Chapitre 18 : I wanna be your boyfriend

Hey, little girl
Hey, petite fille
I wanna be your boyfriend
Je veux être ton petit copain
Sweet little girl
Douce petite fille
I wanna be your boyfriend
Je veux être ton petit copain

Les feuilles avaient bruni sur les arbres et le parc de l'école avait rapidement pris une allure figée. Les pluies, de plus en plus fréquentes, avaient détrempé le sol. Afin de ne pas risquer de rester embourbé, comme le chat d'une fille de première année que Hagrid et le professeur Flitwick avaient mis plus de vingt minutes à dégager, Archi évitait de plus en plus de sortir du château, mais Elena sentait bien que son pauvre compagnon commençait à s'ennuyer.

Un dimanche matin, elle le trouva assis sur un appui de fenêtre à regarder paisiblement dehors.

Elle s'approcha de son chat et lui gratta la tête. Il adorait ça. Elle s'assit à côté de lui, tout en continuant de le caresser, lorsqu'une voix, qu'elle n'aimait pas vraiment, interpella.

« Elena. Quelle bonne surprise de te voir là ! »

Cette voix, c'était celle de Bérénice Price, sa cousine. C'était la seule personne de sa famille qu'elle avait pu croiser à Poudlard, et encore, elle avait tout fait pour l'éviter. Mais le château n'était pas assez grand pour passer à côté elle. Bérénice avait beau être sa cousine, ça n'empêchait pas Elena de tout faire pour ne pas la croiser, au contraire. Si c'était pour l'entendre se vanter sur ses performances scolaires, sur les nombreux talents de son petit ami actuel, et en plus se faire rabaisser parce que c'était la dernière des petits enfants, ça n'en valait pas la peine.

« Bérénice, répondit-elle sur le même ton un peu acerbe. Mais tu es toujours à Poudlard ? »

L'attaque était petite, elle le savait. Au cours de l'été, Elena avait entendu dire que Bérénice pourrait peut-être ne pas passer sa septième année d'étude, ses résultats étant beaucoup trop bons et lui assurant presque tous ses ASPICs avec la meilleure note. Cela n'avait pas empêché ses parents de la punir dans sa chambre pour une raison inconnue. Selon le père d'Elena, elle avait probablement eu plus de mauvaises notes qu'elle voulait bien le croire.

Bérénice fit une moue lui donnant des airs de troll s'étant pris un orteil dans une porte.

« Je voulais quand même passer mes ASPICs. Il y a peut-être encore des choses à apprendre. »

Elena leva les yeux au ciel. Sa cousine l'avait toujours insupportée mais là, elle battait des records.

« Et tu as été nommée préfète en chef alors ? »

Ca aussi c'était petit, puisqu'Elena savait très bien que non. Mais sa cousine le voulait, et elle pensait vraiment être nommée à ce poste. Et quand elle vit la tête qu'elle faisait à ce moment, elle ne regretta pas ses paroles.

« Non, puis quand on voit qui ils ont pris à la place, ils auraient plutôt dû. »

Elle reporta alors son attention sur Elena.

« Au fait, tu passes où ton Noël puisque personne ne veut de toi dans la famille ? »

Ça, c'était la spécialité de la famille d'Elena. Niveau unicité, on pouvait repasser. Entre cousins, cousines, oncles, tantes et autres, on s'envoyait constamment des méchancetés. Bérénice avait dix-sept ans, elle était habituée et était même passée maître dans l'art de blesser les gens. Mais Elena n'avait que douze ans et même si certains soutenaient qu'elle avait parfaitement sa place à Serpentard, elle ne savait pas blesser les gens. Ou pas réellement. Il lui arrivait évidemment de lancer quelques méchancetés, surtout lorsque ça concernait Astrid Lowmind et son incroyable stupidité mais jamais elle ne faisait ça gratuitement.

Son visage se décomposa et elle blêmit.

« Non, je ne passe pas Noël dans la famille, en effet. Mais je vais chez une amie. Mais toi, tu ne peux probablement pas comprendre, n'est-ce pas ? Tu n'as pas d'amis. »

Sa cousine blêmit, et se retint de se jeter sur sa cousine.

Derrière elle, Teddy arrivait en trottinant, ses livres à la main. Il perdit sa bonne humeur en voyant les deux jeunes filles s'affronter du regard.

La plus vieille, que Teddy ne connaissait même pas de vue, le fixa, et porta à nouveau son attention sur Elena.

« Tu sais ma très chère cousine, dans la vie, mieux vaut être seule que mal accompagnée. »

Et sur ce, elle partit. Elena ne la lâcha pas du regard jusqu'au moment où elle disparut de son champ de vision.

« Qui c'est celle-là ? demanda Teddy en faisant la moue. On dirait un gnome qu'on a trop secoué avant de le lancer. »

La remarque arracha tout de même un sourire à Elena.

« C'est ma cousine.

_ Oh. Désolé alors. Je ne savais pas que…

_ C'est un gnome qu'on a trop secoué.

_Et qu'est ce qu'elle te voulait ?

_A ton avis ? Me dire à quel point la famille ne voulait pas de moi pour les vacances et se moquer du fait que je passe Noël chez une amie. »

Teddy ne comprenait pas. Elle était sa cousine, elle devait être gentille avec les gens de sa famille. Non ?

« Mais elle ne t'aime pas ?

_Oh tu sais, dans ma famille, tout le monde me voit comme l'erreur qui est arrivée

trop tard après les autres enfants.

_Qu'est ce que tu veux dire par là ?

_J'ai toujours joué toute seule, passé les vacances seule chez mes grands parents. Mes cousins, oncles et tantes ne se sont jamais vraiment intéressés à moi. Seuls mes grands parents font attention à moi.

_Mais … pourquoi ?!

_Je ne sais pas. Sûrement parce que je suis beaucoup plus jeunes que les autres et moins, comment dire, docile ? »

Teddy écarquillait les yeux, soudainement muet d'incompréhension. Comment des gens pouvaient avoir un tel comportement avec un membre de leur famille ? Et puis, c'était Elena, sa meilleure amie, il ne comprenait pas qu'on ne puisse pas ne pas l'aimer.

« Mais ta cousine, elle a presque le même âge que toi. Elle a juste... (il compta mentalement) cinq ans de plus. C'est trois fois rien. »

Elena haussa les épaules. Le discours de son ami la flattait quelque part mais sa naïveté l'exaspérait également.

« Les gens ne s'aiment pas tous toujours parce qu'ils sont de la même famille.

_ Mais pourquoi ? On est censé aimer sa famille, c'est Merlin qui le dit, on doit faire honneur aux siens. »

Elena haussa les sourcils, partagée entre l'envie de rire et celle de soupirer de dépit.

« Les paroles de Merlin, faut les prendre parfois au sens figuré.

_ Mais c'est la même chose avec tes autres cousins, continua le jeune garçon.

_ Le frère de Bérénice, Félix, est comme sa sœur et comme sa mère, c'est à dire détestable. Les jumeaux restent dans leur coin et ça fait longtemps que je ne leur ai pas parlé. Leur sœur, Bianca, est partie à la sortie de Poudlard avec un moldu et depuis personne n'a de nouvelles. Puis du côté de ma mère, ses parents sont morts quand elle était petite et elle était fille unique autant dire que côté famille, ce n'est pas vraiment la joie chez moi. Et toi, parle moi un peu de ta famille, je connais à peine le nom de tes parents. »

Teddy fit la moue.

« Ma famille est pas si top que ça. Ma mère est une moldue et avec sa famille, il ne faut jamais faire allusion à la magie. Mon père fait tout le temps des gaffes. Avec Jack, on joue souvent à lui faire dire plein de bêtises.

_ Et du côté de ton père ?

_ J'ai deux cousins mais je les vois rarement. Ils ne sont plus en Angleterre depuis longtemps. Mes grands-parents sont cools, on peut faire tout ce qu'on veut. »

Elena pinça les lèvres.

« Je t'envie. Ta famille ne te juge pas en fonction de la maison où tu fais tes études.

_ Mais toi tu es à Serpentard, remarqua le Poufsouffle. Comme ta cousine, et comme ton père si je me souviens bien.

_Je ne parlais pas de moi, mais d'Aaron. Quand il a été envoyé à Gryffondor, il s'en est pris vraiment plein la tronche. J'étais petite mais je me souviens bien l'avoir entendu pleurer plus d'une fois. »

Oh c'est vrai, sa famille paraissait très belle et accueillante d'un point de vue extérieur. Une grande famille, avec un beau nom. Mais dès qu'on y entrait, on se rendait compte que même avec le même sang, il y avait toujours des rivalités.

« Mais... Elena... ta famille n'est pas de sang-pur. Qu'est-ce que ça peut leur faire ? »

La jeune fille acquiesça. Teddy venait de mettre le doigt sur le nœud du problème. Elle y avait longtemps réfléchi aussi un jour et elle s'était demandée ce qui pouvait motiver sa famille a être aussi odieuse.

« Je crois que c'est une question de pouvoir. Il y a plusieurs groupuscules qui se forment et je crois que ma famille tente d'y entrer. Mais les sangs-purs sont les mieux vus donc la plupart tente de se faire accepter dans les grandes familles, éventuellement de s'y mêler ou de s'y unir. »

Ils étaient en train de marcher le long d'un couloir. Teddy s'était soudainement arrêté. Il avait pâli. Elena cligna des yeux.

« Quoi ?

_ Ta famille... ce sont... des Mangemorts ?

_ Non !, s'indigna-t-elle. Non bien sûr que non ! Enfin, mon père a épousé une moldue et mes grands parents n'ont jamais eu de postes assez importants au Ministère. Puis de toute façon, Tu-Sais-Qui est mort. Donc plus de Mangemorts.

_Mais les autres membres de ta famille ? Ce sont tous des sang-purs non ?

_Oui. Tous. Et je t'avoue que papa a de certains doutes sur ma tante Hyacinthe, la mère de Bérénice. Enfin surtout son mari en fait. Puis si Bianca est partie avec son moldu, c'est parce qu'elle savait ce que serait la réaction de mes oncles et tantes. Je trouve ça dommage, Bianca est la seule qui se soit occupée de moi quand j'étais petite. »

Il acquiesça mais elle vit bien qu'il n'était pas convaincu.

« Ted ! Je ne suis pas une Mangemort.

_ Ça je le sais figure-toi. Ecoute, pour moi ça ne changerait rien. Tu restes Elena, ma meilleure amie en tout. »

La jeune fille rougit subitement.

« Mais ce que je veux dire, reprit le Poufsouffle. C'est qu'il faut que tu fasses attention à toi. Je voudrais pas qu'il t'arrive quelque chose. »

Avant qu'il ne puisse dire un mot de plus, elle se jeta à son cou et l'embrassa sur la joue. Cette fois-ci, ce fut lui qui vira au rouge pivoine.

« Arrête ! Y a des gens qui nous regardent ! »

Elena éclata de rire et s'éloigna de lui.

« Ah bah je sais où il est passé ton nimbus alors, et tu devrais te l'enlever de là où je pense, ça te ferait le plus grand bien. »

Elle éclata de rire alors qu'il enfonçait sa tête dans ses épaules.

La salle pour Halloween était magnifique, comme si les elfes et Hagrid s'étaient encore plus surpassés que l'année dernière. Le dîner était pareil, succulent au possible. Et même si la tarte à la citrouille n'était pas le plat préféré de Teddy, il en reprit deux fois.

Un seul incident mit une tâche au tableau. La Grosse Dame, le tableau permettant d'entrer dans la salle commune des Gryffondors, avait été attaquée par Sirius Black, le sorcier le plus recherché de toute la Grande Bretagne.

Les deux deuxième années étaient encore dans les couloirs lorsque la rumeur monta jusqu'à eux. Ils crurent d'abord qu'il s'agissait d'une mauvaise plaisanterie. En effet, quelques instants plus tôt à peine, Peeves avait surgi de derrière un tableau et s'était jeté sur Teddy en hurlant. Ce dernier avait eu si peur qu'il en avait poussé un hurlement plutôt aigu pour un garçon. Mais au bout de quelques instants, ils durent se faire à l'évidence que l'information n'avait rien d'un mauvais gag. Et alors qu'ils en étaient encore à se demander ce qu'ils allaient faire, un préfet vint à leur rencontre.

« Tout le monde doit aller dans la Grande Salle. Ordre de Dumbledore. »

Ils n'argumentèrent pas. De toute façon, ce n'était pas la peine.

« Comment est-ce que Sirius Black a pu entrer dans l'école ? demanda Teddy en frissonnant. Je pensais que c'était le lieu le plus sécurisé du monde. »

Elena ne répondit pas. Ils furent rapidement rejoints par Artémis, Alex et Quitus, tous les trois autant perdus. Ils suivirent alors les préfets et les autres élèves, afin de regagner la Grande Salle.

Ils découvrirent un nombre incalculable de sacs de couchages, parfaitement alignés. Les décorations avaient toutes disparues, comme les grandes tables et les bancs. Comme si la soirée d'Halloween n'avait jamais existé.

Artémis montra un coin de la pièce encore inoccupé, et ils décidèrent de s'installer ici. Au moins, ils étaient loin des autres Serpentard et ils pouvaient parler librement, sans se faire interrompre ou entendre.

Quintus fut le premier à se glisser dans son sac de couchage. Il s'installa confortablement puis se tourna vers Elena.

« Tu sais, si tu as peur, tu peux venir dormir avec moi. »

Soufflée, la jeune fille écarquilla les yeux alors que Teddy plongeait la tête sous son propre duvet pour étouffer ses éclats de rire. Artemis, elle, plaqua ses deux mains sur sa bouche.

« Arrête Quintus ! C'est pas drôle ! »

Cette fois, Alex se joignit aux rires.

« Vous êtes des cas désespérants ! retentit la voix aigrelette d'Astrid Lowmind. Il y a un tueur sanguinaire dans l'école et vous vous en amusez.

_ On ne craint rien, rétorqua Teddy. Quel intérêt Black aurait-il à nous attaquer. Non, il vient plutôt pour quelqu'un de particulier. Toi peut-être. »

Astrid s'apprêta à répondre puis elle sourit.

« Merci Ambrosius.

_ Ce n'était pas un compliment, rétorqua Elena. Il voulait dire que Black venait certainement exaucer le vœu que nous avons tous fait au début de l'année. Celui comme quoi quelqu'un viendrait t'assassiner avant que ta langue venimeuse ne vienne répandre des horreurs. »

Astrid ferma sa bouche rapidement, avant de faire demi tour pour rejoindre ses amies, qui étaient à l'autre bout de la salle. Pour la plus grand bonheur d'Elena. Cette dernière remonta le duvet sous son menton avant de se retourner vers Artémis, elle même en train de s'installer dans ce qui lui servirait de lit pour la nuit.

« Tente ton coup avec Quintus non ?, chuchota-t-elle avec un grand sourire.

_Tu es malade ou quoi ? Tu veux me tuer ?

_C'est juste un exemple. Et aussi pour te dire qu'il va falloir se mettre à la chasse ma belle.

_A la chasse ?

_Mais oui ! On a douze ans, il nous faut des copains ! »

Elena pinça les lèvres. Artémis avait raison pourtant. Les filles cool avaient des copains et elles, elles commençaient déjà à vieillir. Presque malgré elle, elle tourna les yeux vers Teddy. Couché à quelques pas à peine d'elle, il était enroulé dans son duvet et semblait déjà profondément endormi.

« Mais tu me laisses Alex, susurra Artémis alors que le professeur Rogue venait tout juste de passer devant elle. Teddy, il dirait pas non si tu lui demandais.

_ Tu rigoles !

_ Arrête, tu y as pensé !

_ Non ! »

Elena était contente que l'obscurité cache le rouge qui lui enflammait les joues.

« Vous êtes tout le temps ensemble.

_ J'aurais l'impression d'embrasser mon frère. Beeeeeeeeh ! »

Elle se mordit la lèvre. Comment pouvait-elle penser à sortir avec un garçon alors qu'un tableau du château avait été lacéré à coup de couteau par un dangereux criminel ?

« Tu sais, continua son amie, l'amitié se transforme souvent en amour.

_Mais pas avec Ted ! C'est mon meilleur ami, c'est dégoûtant ! Et de toute façon il n'est pas mon genre.

_Ah ? Et c'est quoi ton genre ?, demanda-t-elle, alors qu'elle se rapprochait d'Elena, de plus en plus intéressée.

_Les garçons … plus vieux. Et dans le style de Rémy O'Bryan, tu sais le poursuiveur des Flaquemares ?

_Ah ouais ! J'avoue qu'il est mignon. Moi j...

_Chhhhht !, les coupa Madame Chrouvave. Il est temps de dormir jeunes filles ! »

Artémis leva les yeux au ciel avant d'écraser sa tête dans son oreiller. Elena en fit autant, essayant de trouver le sommeil.

Un froissement attira son attention. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle manqua de peu de laisser échapper un cri d'effroi. Avec le tueur qui rôdait dans l'école, nul doute que tous les professeurs auraient débarqué dans les secondes suivantes, leur baguette à la main. Elle plaqua sa main sur sa bouche puis s'assit. Les battements de son cœur se calmèrent rapidement.

« Quintus !

_ Je t'embête pas longtemps.

_ Mais qu'est-ce que tu fiches ? Va dormir.

_ Attends. J'ai... je voulais pas mais j'ai entendu ce que vous disiez Artémis et toi. »

Il s'assit sur ses talons, prit tout à coup un air grave. Dans l'obscurité et sans ses lunettes, son visage déjà constellé d'acné semblait presque... attirant ? Non, quand même pas.

« Teddy et toi, c'est pas possible hein ?

_ Où est-ce que tu veux en venir ?

_ Ben moi, je suis un garçon sympa. Je veux dire, je t'aime bien et tout. Et les filles cool ont un petit copain à douze ans. »

Elena ouvrit grand les yeux.

« Eh bien ça tombe bien Quintus... (elle ignora le petit sourire sur ses lèvres) parce que mes douze ans je ne les ai pas encore. Bonne nuit ! »

Et alors qu'elle poussait l'importun du pied, elle entendit Artémis glousser de rire dans son duvet.

Elle se retourna dans son duvet alors que son amie rigolait de plus en plus.

« Artémis, aucun commentaire s'il te plait.

_Non mais avoue que c'est à exploser de rire ça. Tu viens de mettre un râteau à Quintus !

_Artémis, tais toi.

_Tu as mis ton premier râteau ! Tu deviens une grande.

_Artémis bonne nuit.

_On parle de copain et deux minutes après tu passes à l'acte !

_Artémis, tout le monde entend la conversation alors franchement, la ferme. »

Mais cette fois-ci, c'était Alex qui avait parlé.