CHAPITRE 19 : Le premier amour

"Le premier amour

C'est n'importe quoi !

On s'aime pour toujours

Et ça marche pas !

C'est n'importe quoi ! "

Malgré la frayeur occasionnée le soir d'Halloween, la tension retomba rapidement et, bien vite, les choses reprirent leur cour normal. Dans la salle commune des Poufsouffle, Teddy entendit une élève de troisième année, Hannah Abbot, disserter sur le fait que Sirius Black était probablement capable de se transformer en cactus ou en plante aquatique ou même en plante en pot et que c'était la raison pour laquelle il n'avait pas été découvert après l'inspection des professeurs.

« Ecoutez la, gémit Alex un matin, quelques temps seulement avec les vacances de Noël. On dirait qu'elle ne sait même plus quoi dire pour attirer l'attention. »

Teddy enfila ses gants en laine et par-dessus ses gants en peau de dragon qu'il utilisait pour la botanique. Ceux-ci étaient déjà usés et griffés, il était temps qu'il demande à ses parents de lui en acheter des nouveaux.

« Peut-être qu'elle a raison ?

_Oh non Teddy ! Ne me dis pas que tu y crois !

_Je disais ça juste comme ça, c'est tout. »

Il prit son sac afin de suivre les autres deuxièmes années qui allaient en botanique. Dehors, les trois Poufsouffle retrouvèrent les deux filles qui complétaient leur bande. Mais Artémis les quitta pour aller avec son amie Serdaigle, et Elena put se mettre avec Teddy pour étudier les Mandragores.

« Qu'est ce que c'est répugnant ce machin, se plaignit-elle. Et dire qu'à la naissance on était aussi moches que ça.

_Mais ne dis pas ça !, s'exclama Teddy alors qu'Alex rigolait derrière eux. Tu avais une fleur sur la tête quand tu es née ?

_J'espère que non. Mais en fait je n'en sais rien, il n'y a aucune photo de moi à la naissance. »

Teddy haussa les sourcils.

« C'est vrai ? Ouah tes parents sont de vrais cas. Les miens ont des photos de Jack et moi partout, comme s'ils avaient peur qu'on disparaisse du jour au lendemain. »

Ils coupèrent la conversation le temps d'enfiler leurs protège-oreilles et de rempoter leur mandragore. Teddy dut néanmoins s'avouer que mettre de la terre dans la bouche de celle qu'il partageait avec Elena n'était peut-être pas vraiment utile mais sur le coup, ça lui fit un bien fou. Lorsque la plante fut à nouveau couverte de terreau, ils se débarrassèrent des accessoires.

« Mes parents se fichent de me voir disparaître du jour au lendemain. »

Le jeune garçon laissa ses protège-oreille tomber sur le bureau.

« Dis pas ça.

_ Ils se fichent déjà de l'endroit où je vais passer Noël.

_ Je suis sûr que non.

_ Ah oui ? Et combien de hiboux de leur part tu as vu arriver pour me demander si j'avais des projets ou me dire ce qu'ils allaient faire de moi ? »

Il soupira, résigné.

« Aucun.

_ Eh bien voilà. Aucun. Pas même un pigeon !

_ Ils sont peut être trop occupés.

_Oh oui, trop occupés pour faire attention à leur propre fille. Dans ce cas ils n'avaient qu'à pas m'avoir.

_Aaron t'as écrit lui, dit Teddy afin de montrer qu'il y avait des points positifs dans cette histoire.

_Bien sûr, et ils préfèrent batifoler avec sa nouvelle copine plutôt que de passer Noël avec sa chère petite sœur qu'il aime tant.

_Aller, fait pas la tête. J'aime pas te voir triste. »

Il lui passa un bras autours des épaules et lui embrassa la joue dès que la profs avait le dos tourné. Et après un petit sourire encourageant, ils se remirent au travail.

Elena se sentait à peine mieux. Elle appuya son menton au creux de sa main et tourna les yeux vers Artémis. Celle-ci lui envoya un grand sourir et leva le pouce. Elle soupira. Pourquoi est-ce que tout le monde voulait qu'elle sorte avec Teddy ?

« Non mais c'est pas la peine, je ne t'aime pas ! »

Le garçon se figea tout à coup, sa plume dégoulinant d'encre sur le croquis très approximatif qu'il était en train de réaliser de sa mandragore.

« Pardon ?

_ Non ce n'est pas... ce que tu crois.

_ A qui est-ce que tu parles ? »

Il avait l'air tout à coup suspicieux et, l'espace d'un instant, Elena en voulut horriblement à Artémis de l'avoir plongée dans cette situation.

« Je ne suis pas amoureuse de toi.

_ Je le sais. »

Mais il avait tout de même rougi.

« Et sinon …, essaya de changer de sujet la jeune fille, tu veux quoi pour Noël ?

_Ce que tu veux.

_Tu m'es d'une aide incroyable tu le sais ?

_Mais je ne sais pas, offre moi un cadeau pas cher déjà. Et utile.

_C'est noté ! Et moi tu m'offres quoi ?

_Je ne te dis pas. »

Elle fit la moue, mais le jeune homme était inflexible. Son cadeau était préparé depuis longtemps, il était hors de question qu'il lui dise de quoi il s'agissait maintenant. Il fallait juste qu'il pense à demander l'adresse d'Arté, et le tour était joué.

Saut qu'avec les devoirs de fin de trimestres, il eut la tête ailleurs. Du lundi, Teddy argumenta sur le devoir d'histoire de la magie qu'il n'avait pas eu le temps de finir et sur celui de métamorphose qu'au contraire, il avait fini trop vite. Du mardi, il se plaignit que pour l'examen de vol, le balai qu'il avait pris dans la réserve de l'école ne volait pas droit. Du mercredi, il clama à grands cris que son parchemin d'énoncé de sortilèges avait été déchiré et qu'il lui en manquait sûrement une partie et de même, en potion, il fut convaincu qu'un reste de poudre de véracrasse avait dénaturé son philtre de bonne aventure. Du jeudi, fut persuadé que son devoir de défense contre les forces du mal avait été ensorcelé pour tenter de l'attaquer pendant qu'il écrivait. Enfin, du vendredi, il annonça que la lentille de son télescope était rayée et qu'il ne put ainsi compléter convenablement sa carte du ciel pour l'astronomie.

Lorsque tous les devoirs furent enfin bouclés, il sourit.

« Je crois que j'ai plutôt bien réussi mes examens. »

Elena n'en croyait pas ses oreilles.

Les examens s'étaient bien passés pour elle, et la seule chose qui lui importait était de finir sa valise. Elle n'avait pas encore fait ses achats de Noël et elle comptait bien aller sur le Chemin de Traverse pour ça. Elle avait quelques économies, et elle ne savait pas si elle pourrait acheter tout ce qu'elle voulait. Déjà, elle n'achetait rien à ses parents. Elle avait décidé ça il y avait quelques semaines, et pour son frère, cela ne serait qu'un petit livre de pacotilles. Mais pour Artémis et le père de celle-ci, elle avait déjà sa petite idée. Et pour Teddy aussi bien évidemment.

Elle songea avec impatience à la troisième année où elle pourrait enfin aller à Pré-Au-Lard. Bien entendu, son père l'y avait déjà emmenée plusieurs fois mais ce n'était pas pareil. Il y avait des magasins qu'elle n'avait pas voulu visiter avec lui.

« Ta valise est prête ? »

Artémis les rejoignit sur le chemin menant à la Grande Salle.

« Presque.

_ Ely ! Le train part demain, souligna Teddy.

_ Je sais. Mais avec les examens, je n'ai pas eu trop de temps. »

Elle se tourna tout à coup vers son amie.

« Est-ce que ça tient toujours les vacances chez toi ?

_ Oui bien sûr, répondit Artémis. Pourquoi est-ce que ça ne tiendrait plus ?

_ Ben je ne sais pas. Si ça te gêne ou...

_ Naaan t'en fais pas. Ted, tu veux venir passer une journée ou deux aussi ? »

Les deux filles se tournèrent d'un bloc vers lui.

Il arrêta alors de regarder ses pieds, qui devenaient toujours très intéressants lors d'une conversation entre filles, pour les regarder elles. Qu'est ce qu'elles avaient dit ?

« Euh, pardon ?

_Tu es le bienvenue à la maison pour le nouvel an, répéta Artémis. Il faut voir avec Alex et Quintus si eux aussi peuvent venir.

_Ooh ça serait génial !, continua leur amie. Un nouvel an en pyjama devant un film cucul avec une tonne de chips et de pop-corn en buvant trois bouteilles de soda chacun. Le rêve.

_On a définitivement pas la même image du rêve. », conclut Teddy.

Il sourit cependant.

« Mais je m'arrangerai. »

Le départ eut lieu le lendemain à neuf heures précises. Quintus manqua de peu de louper le train. En montant dans les calèches, il se rendit compte qu'il avait oublié sa valise. Trop tard pour faire demi-tour, il tenta de minimiser l'impact de la chose en disant qu'il y avait aussi des vêtements chez ses parents.

Les garçons se mirent en tête de porter les valises des filles mais rapidement, ce fut Alex qui se retrouva préposé aux bagages, Teddy prétextant une inquiétante douleur dans l'épaule et Quintus étant parti en avant pour garder des places.

Le voyage se fit dans la bonne humeur. La majeure partie des conversations tourna autour des cadeaux et du nouvel an chez Artémis. Ils firent des projets et encore des projets. Et lorsqu'ils eurent terminés, ils firent d'autres projets, pour la rentrée cette fois.

Mais alors qu'ils parlaient des options obligatoires pour l'année prochaine, le train commença à ralentir à sa course. Elena prit la caisse d'Archimède qui commençait à grogner, ce qui ne rassurait pas vraiment Teddy. Au moins, les vacances l'éloignaient de ce chat de malheur.

« Mon père nous attend vers la barrière magique. Il est venu en voiture je crois, alors il faut se rendre dans le monde moldu. », déclara Artémis à son amie.

Cette dernière acquiesça en prenant sa grosse malle de sa main gauche et en tenant fortement la caisse de son chat. Elle sortit du train alors que ses camardes la suivaient.

Elle salua rapidement les garçons et tous se promirent de se retrouver pour le nouvel an pour la plus grande soirée entre amis de toute leur vie. Le père d'Artémis était bien là. C'était un homme de haute stature au visage très doux et au regard empli de bienveillance. Il serra sa fille dans ses bras et Elena sentit une légère pointe de jalousie l'étreindre. Cette homme voyait sa fille comme un véritable joyau. Ce n'était certainement pas lui qui allait la laisser toute seule pour Noël sans même se soucier de son sort.

Parce qu'il n'y avait pas d'autre façon de le dire. Ses parents ne s'inquiétaient pas d'elle, de son bien-être, de son état d'esprit, de son avenir. Ils n'avaient aucune considération pour elle. C'était à croire qu'ils regrettaient qu'elle soit née.

Elle fut tirée de ses pensées par l'homme lui tendant la main.

« Je m'appelle Marius. Mais tu peux m'appeler papa si tu le veux, ça ne me gêne pas. »

Il appuya ses dires d'un clin d'œil. Elena se demanda où elle était tombée.

« Marius... ça ira. »

Elle se retourna pour voir où était ses amis sur le quai. Teddy était dans les bras de sa mère, et elle pensa que celle-ci voulait plutôt l'étouffer que l'embrasser. Quant à Alex, il fit une rapide bise à sa mère et un sourire chaleureux à son père. Et après ça, ils étaient déjà partis. Et enfin, Quintus. Son père lui avait donné une tape sur l'épaule, et il faillit tomber après ça. Sa mère lui fit une énorme bise sur le front et en le serrant dans les bras.

Elena sourit. De ce point de vu, tous les parents étaient pareil, sauf les siens. Ils savaient être protecteurs mais que lorsqu'il ne fallait pas. Bon, il ne fallait pas penser à ça. Elle reporta son attention sur son amie et sur le père de celle-ci. C'était les vacances, et il fallait s'amuser maintenant.

Et elle s'employa à passer un très bon moment. La vie chez Artémis s'avéra être un moment particulièrement agréable et les deux jeunes filles eurent toutes les occasions qu'elles voulurent de s'amuser et de se reposer.

La seule ombre au tableau fut la lettre que Teddy envoya quelques jours à peine après Noël.

Salut Ely, salut Arté,

J'espère que vous passez de bonnes vacances. Moi ça va si ce n'est que mon frère a attrapé l'éclabouille et que ma mère ne veut pas me laisser venir pour le nouvel an. Elle dit que je suis encore trop jeune pour passer plusieurs jours chez une fille de ma classe. J'ai essayé de la forcer à me laisser venir quand même mais je n'ai pas réussi.

Donc à moins que vous ne veniez me kidnapper, je ne serai pas là pour le nouvel an. Mais vous allez venir me kidnapper, n'est-ce pas ?

Saluez Alex et Quintus pour moi,

Bisous les filles,

Ted.

Cette lettre fit de la peine à Elena. Elle n'avait même pas pu passer la soirée du nouvel an avec son meilleur ami. Résultat, ses plans n'avaient pas été réalisés. Et même si elle avait passé de très bonnes vacances, le nouvel an et les jours après celui-ci n'avaient pas été aussi biens qu'elle le voulait.

« Ely ça va ? Tu fais la tronche tout d'un coup. », demanda Artémis alors qu'elles tiraient

leur malle le long du quai.

Elle sourit à son amie pour lui dire que tout allait bien et chercha ses amis du regard. Ne les voyant pas, elles décidèrent de prendre un compartiment, les garçons les rejoindraient plus tard.

« Tu es la bienvenue quand tu veux tu sais, annonça son père pour dire au revoir.

_Merci beaucoup Marius. »

Et après un dernier signe de main, elles montèrent dans un des wagons.

Les deux jeunes filles trouvèrent un compartiment assez facilement, et s'y installèrent rapidement. À peine le train fut parti du quai de la gare de Londres, que les garçons vinrent les rejoindre. Teddy prit Elena dans ses bras, et par dessus l'épaule de cette dernière, il ne manqua pas le baiser timide d'Artémis et d'Alex.

« Quoi ?, s'exclama Quintus à sa place. On a loupé quelque chose

apparemment.

_Crois moi, répondit Elena, c'est impossible à louper un truc comme ça. »

Artémis lui lança un regard noir avant de se lover dans les bras de son petit ami. Sa meilleure amie leva les yeux au ciel, et rangea la cage d'Archimède dans le porte bagage.

Immédiatement, Teddy retira son bras de l'épaule d'Elena et décocha un regard acerbe à Quintus, l'air de dire : si tu penses qu'on sort ensemble, je t'arrache les yeux. Mais ce dernier n'avait d'yeux que pour les deux amoureux qui avaient d'ailleurs l'air très mal à l'aise. Alex finit par se tourner vers la fenêtre et ne garder que la main d'Artémis dans la sienne.

L'adolescente cependant, n'entendait pas laisser les choses se produire de cette manière.

« Quintus, tu n'as pas quelqu'un d'autre à aller zyeuter ? »

Il écarquilla les yeux et pointa son index sur sa poitrine. Le regard de la Serpentard se fit foudroyant.

« Oui toi espèce de Scroutt à Pétard ! Il n'y a pas cinquante Quintus dans ce wagon ! Vas donc jouer un peu sur les rails devant le train. »

Teddy envoya un coup de pied dans le tibia du garçon qui arracha enfin son regard des deux jeunes amoureux pour le tourner vers lui.

« Quoi ?

_ Quoi, quoi ? On dirait que tu n'as jamais vu des gens qui s'embrassent. »

Il grogna, avant de s'asseoir sur la banquette derrière lui. Elena et Teddy en firent autant sur la banquette d'en face.

Alors que les nouveaux amoureux roucoulaient comme un couple du troisième âge, et que Quintus trouvait un soudain intérêt aux cuticules de ses ongles, Teddy en profita pour demander plus d'informations sur les événements qui s'étaient passés pendant les vacances à sa meilleure

amie.

« Alex nous a rejoint pour le nouvel an, expliqua-t-elle. Je ne sais pas vraiment ce qui s'est passé, mais quand je suis revenue de la cuisine avec un saladier de pop corn, ils étaient en train de se bécoter. Résultat, il est resté chez Arté jusqu'à hier et j'ai tenu la chandelle pendant presque une semaine. »

Teddy fit la grimace. La perspective de tenir les chandelles jusqu'à la rentrée lui semblait bien peu agréable. Et puis, si ses parents, et surtout sa mère, l'avaient laissé venir, Elena se serait sentie moins seule. La seule chose qui lui remontait un peu le moral était que, visiblement, Quintus non plus n'avait pas pu venir.

Le train entra en gare de Pré-Au-Lard sous une pluie battante. Les cinq enfants ramassèrent leurs bagages et se précipitèrent vers les calèches, s'abritant sous leurs vestes qu'ils tenaient comme des capuches. Ils furent donc ravis de rentrer rapidement au château.

Après quinze jours d'absence, revenir à Poudlard leur donnait l'impression de rentrer à la maison. Ils se répartirent entre leurs tables respectives, les garçons à Poufsouffle et les filles à Serpentard, puis ils se jetèrent sur le festin.

« Alors, demanda Teddy à Alex. Raconte un peu comment tu as fait. »

Alex ne rougit pas, étonnamment, mais il gonfla le torse, prenant des allures de hibou qui a réussi sa parade nuptiale.

« Eh bien il faut croire que j'ai un charme irrésistible et que les filles me tombent dans les bras.

_ Nan pas ça ! répondit Teddy. Raconte ce que ça fait d'embrasser une fille ! »

Le jeune garçon réfléchit un moment, et alors qu'il avalait son restant de purée, il déclara.

« C'est pas désagréable en fait, un peu mouillé. Mais comme Arté non plus n'avait jamais embrassé personne, on ne peut pas vraiment jugé si l'autre embrasse bien. Mais moi j'aime bien en tout cas. »

Il se servit à nouveau de la purée, alors que ses deux amis hochait la tête, assez intéressés par le discours du jeune Poufsouffle.

Quant à Elena, elle ne parla pas à Artémis de tout le repas. Déjà parce qu'elles avaient passé les vacances ensemble, et qu'elle n'avait donc rien à ne se raconter, et aussi parce que la cadette des Grape avait été plus qu'agacée par le comportement de son amie.

Le début des vacances avait été génial. Elles avaient fait de la luge, et le père de son amie les avait emmenées voir pleins de décorations et de spectacles. Mais dès qu'Alex étaient arrivé et que le père était parti chez des amis, elle avait été reléguée au second plan et avait passé la dernière semaine toute seule.

Pour elle, sa deuxième année était une année plus que nulle.