CHAPITRE 20 : Frozen

You only see what your eyes want to see

Tu vois seulement ce que tes yeux veulent bien voir

How can life be what you want it to be

Comment la vie peut-elle être ce que tu désires ?

You're frozen when your heart's not open...

Tu es frigorifié lorsque ton coeur n'est pas ouvert...

You're so consumed with how much you get

Tu es tellement intéressé par ce que tu peux avoir

You waste your time with hate and regret

Tu perds ton temps avec cette haine et ces regrets

Les cours reprirent rapidement. Les résultats des examens de fin de trimestres arrivèrent rapidement eux-aussi et Elena fut plutôt satisfaite de ses résultats. Elle ne manqua pas d'ailleurs de faire quelques remarques au sujet des notes de Teddy qui étaient très correctes. Sauf pour les potions et l'astronomie pour lesquelles il n'avait même pas obtenu la moyenne.

L'hiver commençait à s'éloigner lui aussi et au début du mois de janvier, la neige semblait avoir définitivement laissé la place à la pluie. Le parc était détrempé. Chaque fois qu'ils sortaient, les élèves ramenaient avec eux des mottes de boue qu'ils laissaient un peu partout dans le château, pour le plus grand malheur de Rusard dont les vociférations s'entendaient parfois jusque dans les salles de classe des étages les plus hauts.

Les journaux parlaient d'évasions à Azkaban et la mode fut lancée parmi les élèves de se traiter de Mangemort lorsque des disputes éclataient. Evidemment, les Serpentard étaient toujours les premiers visés.

Et évidemment, Astrid ne se privait pas pour faire des remarques à Elena, et la traiter de future Mangemort dès que l'occasion se présentait. Bien sûr, la Serpentard s'énervait, mais, que pouvait-elle répondre à ça ?

Ce jour là, elle se dirigeait seule à la serre pour se rendre à son cours de botanique. Artémis était avec Alex, que c'est étonnant, et les garçons étaient dans leur salle commune.

Quant à elle, elle revenait du terrain de quidditch où elle était allée voler pour se détendre.

À peine sortie du stade, elle entendit un bruit, semblable à un souffle. Elle pressa le pas, pas vraiment rassurée d'être toute seule. Elle resserra son bras autours de son sac de cours, et pressa le pas. Mais à peine avait elle emprunté le chemin pour se rendre à la serre, qu'un Détraqueur fonça sur elle.

Elle eut à peine le temps de crier.

Immédiatement, une intense sensation de froid l'envahit et un horrible désespoir la prit à la gorge. L'espace d'une seconde, elle eut la vision de ses parents qui se détournaient d'elle et de son frère qui lui préférait maintenant une autre fille avec qui il passait maintenant tout son temps. Et puis il y avait aussi Artémis qui ne parlait plus que d'Alex, ne jurait plus que par Alex et en venait même à prononcer son prénom dans son sommeil.

Seule. Voilà le terme qui lui sautait au visage, sortant toutes ses griffes pour la saisir, à l'instar de l'affreuse créature dont le souffle glacé et putride la prenait à la gorge. Elle hurla à s'en déchirer les poumons et à s'en crever les tympans. Elle chercha à se débattre mais lorsque sa main enserra le poignet squelettique du Détraqueur, son malaise s'accentua encore.

Désespérée, perdue, Elena tenta de faire un bond en arrière. Elle se prit les pieds dans sa robe et s'effondra dans une grande gerbe de boue. La créature la saisit par la mâchoire et son horrible visage s'approcha du sien, prête à lui donner le baiser mortel qui la plongerait pour l'éternité dans les affres du désespoir.

Et alors que l'énorme créature commençait à se nourrir de ses bons souvenirs, elle entendit une voix lointaine.

« SPERO PATRONUM ! »

Elle aperçut brièvement un léger flash à travers ses paupières. Car bien entendu, elle avait fermé les yeux depuis longtemps, pour retenir ses larmes entre autres.

L'impression de froid disparut alors, et elle entendit des bruits de pas arriver vers elle.

« Miss Grape ! »

Elle ouvrit les yeux et découvrit son professeur de Défenses Contre les Forces du Mal penché au dessus d'elle, l'air inquiet. Elle se redressa, essuya les quelques larmes qui avaient coulé sur ses jours, et tenta de se redresser. Mais son professeur la retint au sol.

« Une chance que j'étais près du lac et que j'ai entendu votre cri. »

Il sortit du chocolat de sa cape et lui tendit. Elle le prit sans trop d'appétit.

« Je vais vous emmener à l'infirmerie. Et ce n'est pas la peine de discuter », conclut-il alors qu'elle s'apprêtait à répliquer.

Elena tremblait de tous ses membres. Elle tenta de se relever mais ses jambes tremblaient trop pour ça. Le professeur Lupin fit un geste vers elle. Quoi ? Il n'avait quand même pas l'intention de la porter ? Si on la voyait et surtout si cette peste d'Astrid Lowmind la voyait, elle pouvait faire ses bagages tout de suite et partir pour le fin fond du Pôle Nord, passer le restant de sa vie cachée au milieu des manchots. Elle se redressa soudainement, manqua de peu de tomber.

« Vous devriez manger le chocolat. Ça vous requinquera un peu. »

Hésitante et surtout encore sous le choc, elle mordit dans la barre chocolat. Immédiatement, une sensation de chaleur nouvelle l'envahit. Lupin la considéra un moment d'un œil critique puis il posa la main sur son épaule et l'entraîna à l'infirmerie. Tout le long du chemin, il garda sa baguette à la main, prêt à agir de nouveau si jamais le monstre revenait à l'assaut. Mais il avait l'air loin et même très loin. La jeune fille aurait voulu lui demander ce qu'était le sort qu'il avait utilisé et qui lui serait certainement utile, mais les mots lui manquaient et elle se contenta de mâchonner son chocolat en tremblant.

La traversée du château ne passa bien sûr pas inaperçue. La plupart des élèves les regardaient alors que le professeur l'amenait à l'infirmerie. C'était une situation on ne peut plus honteuse.

Lorsqu'ils arrivèrent à destination, Lupin expliqua rapidement à Pomfresh la situation, et la jeune fille dût s'allonger pour se reposer. Parce que c'était vrai, elle se sentait vraiment fatiguée. Et en moins de temps qu'il faut pour le dire, elle s'était endormie.

Quant à Teddy, il s'inquiétait de ne pas voir son amie au cours de botanique. Celui-ci avait commencé depuis déjà dix minutes, et la jeune fille ne pointait pas son nez. Artémis aussi s'inquiétait, et lorsque le professeur Lupin arriva et demanda à parler à Mme Chourave, ils eurent de quoi s'inquiéter.

Il agrippa le bord de son bureau. Il avait encore en tête l'histoire des pétrifications de l'année précédente. D'ailleurs, on ne les avait pas tellement tenu au courant de ce qui s'était réellement passé. La rumeur voulait que Harry Potter ait tué le monstre. Teddy ne savait pas s'il fallait vraiment s'y fier ou pas. Après tout, il avait son âge à l'époque et là, tout de suite, Teddy s'imaginait très mal tuant un monstre sanguinaire. Ceci dit, il n'était pas Harry Potter non plus. La seule cicatrice qu'il avait était un reste de piqûre de moustique qui s'était infecté parce qu'il s'était trop gratté cet été.

Le professeur Lupin quitta rapidement la pièce et Chourave entama son cours comme si de rien n'était. Au bout de dix minutes cependant, Teddy n'y tenant plus, leva la main.

« Est-ce que je peux sortir professeur ? Une envie pressante. »

Il appuya ses dires par une mimique très convaincante qui fit rire ses camarades.

Elle leva les yeux au ciel mais le laissa cependant sortir de son cours. Il disparut de la classe directement, et rattrapa son professeur en moins de deux.

« Professeur Lupin ! »

Ce dernier se retourna et fronça les sourcils, certain d'avoir vu le jeune garçon dans la salle de classe quelques minutes avant.

« Monsieur Ambrosius, vous ne devriez pas être en cours de botanique à cette heure-ci ?

_Vous savez où est Elena ? »

Lupin fronça les sourcils, et Teddy sut alors que son professeur préféré avait réponse à sa question.

« Miss Grape va bien, elle est à l'infirmerie entre bonnes mains. Retournez en cours maintenant. »

Mais la réponse ne suffisait pas au garçon. Malgré tout, son professeur avait l'air inquiet. Et s'il l'était, alors Teddy l'était aussi. Lupin fit mine de reprendre sa route mais le jeune Poufsouffle passa outre l'étiquette et l'attrapa par la manche.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? C'est grave n'est-ce pas ? »

Lupin soupira. Il fit signe de le suivre et l'emmena dans une salle de classe vide. Les chaises, retournées sur les tables, indiquaient que personne n'était venu ici depuis un petit moment. De même, la poussière qui recouvrait les meubles confirmait cette première idée.

« Je ne devrais peut-être pas vous le dire mais un Détraqueur s'en est pris à elle. »

Teddy resta bouche bée.

« Mais... ce sont les créatures du ministère ! Elles cherchent Sirius Black pas Elena Grape !

_ C'est un accident. Le professeur Dumbledore est au courant et le Ministère le sera aussi. Maintenant, retournez en cours. »

Il dût se faire à l'idée de retourner en cours. Mais lorsqu'il sortit de la salle de classe vide, au lieu de prendre le chemin des serres, il prit à droite pour aller à l'infirmerie. Peine perdue.

« 10 points en moins pour Poufsouffle, déclara une voix derrière lui. Maintenant vous me suivez, je vous raccompagne en cours. »

Il s'était cru plus malin que ça, et cru pouvoir berner son professeur. Il avait sous estimé ce dernier. Et c'est la tête basse qu'il se fit raccompagner en cours de botanique.

Il rentra en classe la tête basse et ignora les questions de ses amis. Il venait de perdre dix points, il n'avait pas très envie d'en perdre encore. Cependant, il garda le nez en l'air pendant toute la leçon et perdit quand même dix autres points en piquant son bulbobulb trop tard et en arrosant copieusement Quintus de pus verdâtre. Artémis manqua de peu de s'étouffer de rire.

La fin du cours arriva bien trop tard au goût de Teddy. Lorsque la cloche sonna, il fourra ses affaires dans son sac et quitta la pièce en trombe, laissant une plume et un livre derrière lui. Alex se chargea de les ramasser pour lui. Il courut derrière lui mais lorsqu'il arriva dans le parc, Teddy était déjà bien loin.

Les pieds couverts de boue, il fonça dans le couloir où Rusard le cueillit au vol, l'agrippant par le col. Il tomba sur le dos dans un grand crissement de semelles.

Lorsque Quintus, Alex et Artémis arrivèrent dans le hall, ils virent leur ami se faire sévèrement disputer en plein milieu du couloir. Mais apparemment, ce dernier se fichait de ça. Il venait d'écoper d'une retenue, et dès que le concierge lui annonça, il partit en courant à travers le couloir.

Il arriva essoufflé devant les portes de l'infirmerie, et entra sans même frapper à la porte.

« Monsieur Ambrosius, l'incendia infirmière, nous sommes dans une infirmerie, pas dans un moulin !

_Je viens voir comment va Elena. »

Elle tira un rideau derrière elle, dévoilant son amie allongée dans un lit et se reposant. Il put observer que celle-ci avait des cernes sous les yeux, et qu'une tablette de chocolat était entamé sur le table de chevet.

Rien à faire de l'infirmière. Teddy passa outre et fonça vers Elena.

« Ely ! Comment tu vas ? »

Elle jeta ses bras autour de son cou et se serra contre lui. L'infirmière leur fit les gros yeux mais voyant que sa jeune patiente avait besoin d'un peu de compassion, elle finit par les laisser.

« Vous avez une heure. Pas une minute de plus. »

Teddy ferma le rideau du bout du bras.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

En reniflant, son amie lui expliqua.

« Je suis allée m'entraîner au terrain de quidditch, et c'était aussi pour me détendre. Et quand je suis sortie du stade pour aller en botanique, un Détraqueur m'est tombé dessus. Il a commencé à s'en prendre à moi, mais le professeur Lupin est arrivé. Une chance qu'il n'était pas loin de là, sinon je ne sais pas ce qui me serait arrivé. Enfin bref, quand il m'a retrouvé, j'avais horriblement froid, j'étais fatiguée et j'étais par terre. Il m'a donné un peu de chocolat et m'a emmené de force à l'infirmerie. »

Il fronça les sourcils avant de s'installer sur le lit de la jeune fille, et ainsi la prendre dans ses bras.

« D'après lui, annonça Teddy, Dumbledore est au courant et le Ministère va aussi l'être. Ils n'auraient jamais dû s'en prendre à toi.

_J'espère bien, si tu savais comme j'ai eu peur. En plus, cette saloperie m'a fait revivre des moments de ma vie que j'aimerais bien oublier pour de bon. »

Il lui caressa les cheveux, et au bout d'un moment, il sentit qu'elle s'était endormie contre lui, la fatigue l'emportant.

Il se mordilla la lèvre. Quelque chose se louche se tramait à Poudlard et il était sûr que Lupin lui cachait quelque chose. Son air inquiet ne correspondait pas à ses paroles réconfortantes. Les Détraqueurs, son père le lui avait dit mille fois, étaient les chiens de garde du ministère. Ils infligeaient le baiser aux criminels, pas aux adolescentes de douze ans qui jouaient au Quidditch.

Il tourna la tête vers son amie et sentit une boule se former dans sa gorge. Comment est-ce qu'il allait l'aider lui, du haut de ses douze ans et de sa taille un peu petite pour son âge ?

« Monsieur Ambrosius, si votre amie dort, vous devriez partir. »

Il acquiesça.

« J'y allais mademoiselle. »

Et de fait, il allait avoir besoin de Jack et, surtout, de sa capacité à aller à Pré-Au-Lard le week-end prochain.

Elena sortit le soir même. Artémis était sûre qu'elle avait supplié Pomfresh pour cela, lui prouvant par divers manières qu'elle pouvait maintenant se débrouiller toute seule.

Évidemment, son amie lui posa les mêmes questions que Teddy, et elle se contenta de répondre la même chose. Elle eut la même réaction, et quand son meilleur ami répéta les faits à ses deux acolytes Quintus et Alex, ils firent de même.

C'était comme s'ils étaient devenus sa garde rapprochée. Ils la suivaient partout, à croire qu'un détraqueur allait entrer dans le château.

« Tu t'es fait attaquer une fois, ils peuvent très bien recommencer », lui répétait Teddy.

D'ailleurs, le dimanche soir, il lui donna un petit objet qui venait tout droit de Pré-Au-Lard.

« Tu pourras être protégée avec ça. Quand tu seras en danger, un bouclier se créera autours de toi.

_Teddy, ce truc est un attrape-nigaud. J'ai plus de chance de me faire attaquer par un poulpe enragé que de me faire protéger par ton machin »

Il en fut vexé.

« Parce que tu me prends pour un idiot peut-être ? »

Il ramena contre lui sa main qui tenait la petite pierre bleutée.

« Le bouclier qu'il y a là-dedans c'est de la gnognotte, ça je le sais, mais tu vois, j'ai fait des recherches sur les Détraqueurs et je sais que les pensées positives peuvent agir comme un bouclier. Or je pensais que ce petit cadeau là t'aiderait à en avoir. Ben tu sais quoi ? Débrouille-toi ! »

Il jeta la sphère dans la première poubelle venue et tourna les talons. Artémis, Alex et Quintus le regardèrent, bouche bée. Elena sentit la culpabilité la mordre au cœur. Elle s'élança pour le rattraper.

« Attends !

_ Pour quoi faire ? Y a un poulpe enragé derrière toi ?

_ Arrête, je voulais pas te vexer. »

Il s'arrêta et soupira, la tête basse.

« Il y a une bestiole qui t'a attaquée et je peux rien faire du tout. Je suis trop nul.

_ J'espère que tu ne penses pas ce que tu dis. J'espère que tu ne culpabilises pas.

_Comment veux-tu que je ne culpabilise pas alors qu'il ne t'arrive que des merdes cette année.

_Teddy, ce n'est pas ta faute si mes parents font comme si je n'existais pas, que mon frère préfère sa nouvelle pimbêche à moi et qu'Alex et Arté se sont mis ensemble pendant les vacances. Et encore moins que je me sois fait attaquer par un détraqueur. Je dois juste attirer le mauvais œil.

_Oui bah ça me fait chier. »

Elle le prit dans ses bras, et continua.

« Tu te rends compte qu'on s'engueule de plus en plus. Les autres doivent se demander pourquoi on est amis.

_Bein quoi ? Ça prouve qu'on tient à l'autre non ? »

Elle éclata de rire.

« T'es un peu naïf parfois quand même.

_ Hé !

_ Les gens pensent qu'on est amoureux et qu'on a déjà des crises de couple.

_ Et c'est mal ? Moi je m'en fiche de ce qu'ils pensent. Tout ça parce que t'es une Serpentard et moi un Poufsouffle, que je suis un garçon et toi une fille, on a pas le droit d'être juste amis. »

Elena déposa un baiser sur sa joue.

« Les autres, on s'en tape, Teddy. T'es comme mon frère. D'ailleurs, si c'était le cas, ce serait trop bien.

_ On ferait tout ensemble.

_ Tout le temps. »

Ils échangèrent un sourire. Elena s'éloigna de lui et alla rechercher la sphère dans la poubelle.

« T'as raison, c'est de la gnognotte mais au pire, ça me rappellera que j'ai de bons souvenirs.

_ Comme ? »

Elle leva les yeux au ciel.

« Comme le jour où je suis monté dans ton wagon nigaud ! »

Ils se réinstallèrent dans les canapés avec leurs trois amis, et entamèrent une partie de bavboules. Quand la soirée fut bien entamée, ils retournèrent chacun dans leur salle commune. Elena avait mis sa pierre dans son sac avec un léger sourire flottant sur ses lèvres. Même si ce ne serait pas un bon bouclier, elle était certaine que cela ferait un bon porte bonheur. Puis la pierre était plutôt jolie.

Cette semaine l'avait plutôt remuée. L'attaque, les souvenirs que celle-ci avait ramenée. Tout ça était plutôt moche. Mais ça lui rappelait aussi qu'elle avait, autour d'elle, les meilleurs amis qu'elle pouvait avoir. Ça lui faisait oublier les problèmes qu'elle avait avec sa famille. Du moins, lorsqu'elle était avec eux.

Mais en se couchant ce soir là, elle ne se douta pas que le lendemain, un de ses meilleurs amis serait dans un lit de l'infirmerie, le visage en sang.