Merci à Suna (Contente de te retrouver ici aussi ! Oui, Nella est la fille de Marcus mais ce n'est pas très important pour l'histoire. Elle aura son moment de gloire elle aussi. Argh, brrr, l'appart' des Prefets ça n'existe que dans les Dramiones ça ! Et si j'oblige James et Gemma à "vivre" ensemble, ils s'entretuent à ce stade de l'histoire -tiens, c'est une idée- ahahah) et Pepoune (Oui, James est un crétin, mais Gemma se laisse faire aussi, il en profite. Merci pour ta review, j'espère que la suite te plaira !)

Bonne lecture !

Le temps est le maitre absolu des hommes ; il est tout à la fois leur créateur et leur tombe, il leur donne ce qu'il lui plait et non ce qu'ils demandent

William Shakespeare


Gemma Lysenko

- Voici vos emplois du temps. Vous devrez les respecter à la lettre, c'est compris ?

Tout en distribuant les précieux parchemins à sa petite troupe de première année, Gemma Lysenko surveilla du coin de l'œil Mr Catastrophe -qui s'appelait en réalité Mervin Kalls- et l'observait avec un sourire trop grand pour être honnête. Qu'avait donc déjà fait ce gamin ? Oh, et puis, ce n'était pas son problème.

Gemma avait terminé la distribution par ces sept-là, afin de pouvoir répondre à leurs questions s'ils en avaient et après leur avoir indiqué le chemin pour se rendre en cours de Sortilèges, au deuxième étage, elle put se rendre à la volière, se rendant compte qu'elle avait complètement oublié d'écrire à son père, comme elle le lui avait promis.

Papa,

Je suis vraiment navrée mais je n'ai pu monter à la volière avant ce matin. En vérité, je ne me doutais pas que ce poste de Préfète-en-Chef serait si prenant. Je dois m'occuper des premières années jusqu'à ce qu'ils trouvent leurs marques et ce n'est pas chose aisée. Il y a un petit nouveau, Mervin Kalls, qui, je crois, va me donner beaucoup de fil à retordre par sa maladresse -et il est pire que moi, si j'ose dire-. En plus de cela, il y a les rondes du soir, plus nombreuses que l'année dernière et qui vont m'occuper plusieurs soirs par semaine. Mais ne t'inquiète pas, je ne négligerais pas mes devoirs pour autant.

Les cours commencent dans moins d'un quart d'heure avec Histoire de la Magie et, si je suis contente, ce n'est pas le cas de Nella -qui d'ailleurs te passe le bonjour-.

J'espère que tout se passe bien à la maison et que Tilmit t'aide comme il faut pour la cuisine. De toute façon, je ne serais pas longtemps absente, les vacances d'Octobre vont arriver vite.

Il faut que je te laisse ou je vais être en retard.

Je t'embrasse,

Gemma

PS : N'oublie pas de laisser True se reposer quelques jours, elle commence à devenir vieille.

Après avoir scellé son parchemin, Gemma siffla sa chouette, True, qui possédait un plumage beige de plus en plus terni avec les années. Mais, même si cette dernière se révélait de moins en moins rapide avec les années, il n'était pas question pour la Serdaigle d'en acheter une autre. Avant d'être à elle, True avait appartenu à sa mère.

- A la maison, ma belle, chuchota Gemma.

Pendant quelques minutes, elle suivit des yeux l'animal qui voletait au dessus du lac et, lorsqu'elle fut hors de sa portée, décida de se rendre directement en cours. Elle n'avait pas eu le temps de déjeuner et cela allait poser problème dans les heures à venir mais n'avait pas le temps de repasser par la Grande Salle.

En descendant les escaliers de la Volière, à sa plus grande horreur, la jeune fille manqua de rentrer dans un certain Préfet-en-Chef qui montait les marches en vitesse. Et puis, à la différence de la veille où elle lui avait ironiquement sourit, Gemma le fusilla du regard. Parce qu'elle venait de se rappeler l'enfer qu'avait été la fin de sa sixième année et sa propre idiotie. Parce que James Potter était un crétin imbu de sa personne. Parce qu'elle n'avait pas été capable de voir au-delà des apparences et l'avait jugé sur son physique plaisant et son statut de rigolo avant de découvrir qu'il n'était qu'apparence et méchanceté. Et elle ne savait pas à qui elle en voulait le plus. A lui, qui lui avait fait tant de mal alors qu'elle ne lui avait jamais rien demandé ou à elle qui avait espéré.

Puis, sans plus de cérémonie, la jeune fille se déporta sur sa droite, descendant les marches quatre à quatre.

James Potter n'était qu'un insecte insignifiant et que, cet été, elle l'avait rayé de sa vie, après six mois à subir moqueries et méchancetés.

Dominique Weasley

- Pourquoi ? soupira bruyamment Dominique Weasley d'un ton dramatique. POURQUOI Merlin est si méchant avec nous ? Binns en première heure du premier jour de cours, franchement, on ne va pas s'en sortir vivants.

Autour d'elle, des rires se firent entendre et, satisfaite, la jeune fille esquissa un sourire. Dominique était plutôt populaire et, même si seule la compagnie de Camille, de Molly et des autres Poufsouffle la satisfaisait entièrement, elle aimait beaucoup le fait d'être capable de faire rire par ses simples blagues. Elle aimait savoir que jamais elle ne serait seule. Parce que la solitude, ce n'était pas pour elle. Et puis, il fallait bien avouer que sa sociabilité aidait à remplir ce besoin jouissif de toujours tout savoir sur les autres élèves même ceux dont elle se foutait comme de son premier balai jouet. C'était seulement de la curiosité maladive qui, comme sa mère aimait le répéter en poussant de grands soupirs, aurait mieux fait d'être mise à profit durant les heures de cours.

- J'ai emmené le plateau d'échec, marmonna Camille Teyssier qui, appuyée contre la porte de la salle de cours, n'était pas vraiment réveillée.

- Le plateau d'échec ? Je vous signale que nous sommes en cours, pas dans une salle de jeu. Et si je ne prenais pas des notes pour vous jamais vous n'auriez pu avoir vos BUSES.

Dominique roula des yeux face au petit sermon d'Arthur qui était sensiblement le même chaque début d'année. Comme si l'Histoire de la Magie pouvait lui servir à quelque chose après les cours. Elle, elle voulait devenir Apothicaire, pas Historienne ou professeur fantôme, elle n'avait besoin que de son ASPIC de Potion.

- Mais justement, très cher, dis-toi que sans toi nous ne serions rien, rigola Camille en battant des cils, accrochée au bras d'Arthur.

Les trois jeunes gens éclatèrent de rire, bientôt rejoints par Molly qui, comme toujours, était agrippée à son petit-ami, imaginant sans doute qu'il allait s'enfuir en courant si elle le lâchait. C'était plutôt bizarre comme réaction mais sa cousine souffrait d'un manque évident de confiance en elle qui se traduisait par une peur panique de ne pas être à la hauteur -il suffisait de voir la discussion que les filles avaient eu hier au soir-.

Ils étaient tous les quatre les seuls Poufsouffle a avoir continué l'Histoire de la Magie et Dominique enviait particulièrement Isabel Lowell, Anatole Bensberg et Joana Mayer qui n'avaient pas cours à cette heure-ci.

La porte s'ouvrit brusquement et Camille, toujours appuyée contre, manqua de tomber à la renverse, retenue au dernier moment par Arthur qu'elle remercia.

Ce geste sonnait le début des cours. Pfff.

- Tu crois qu'on va parler de quoi ?

- De la cent-quatre-vingtième révolte des gobelins en Austrasie, répondit Dominique en sortant ses affaires.

- Bien. Je sors les échecs.

Et, tandis que Binns commençait son cours par, une fois n'était pas coutume, l'importance de réussir son ASPIC dans sa matière, Camille installa son vieux plateau d'échecs sorciers qui n'obéissait à personne d'autre qu'elle. En gros, Dominique allait perdre contre les dix-huit dernières parties et les dix-huit suivantes. Mais tant, pis, cela passait le temps.

Alors que le cours commençait -et elle s'était trompée, il portait apparemment sur les Trolls-, la jeune fille laissa son amie commencer la partie et, bientôt, elle se retrouva entièrement plongée dans le jeu, ignorant le discours endormant du fantôme et les regards pleins de reproches d'Arthur.

A un moment, Dominique Weasley s'étira en baillant bruyamment, récoltant un rire étouffée d'une élève de Gryffondor -Dewi Carlson, une amie de James, son cousin- qui dormait à moitié, affalée sur son propre pupitre. Sans trop savoir comment, elle rencontra le regard de la Préfète-en-Chef, qui, installée au premier rang, écoutait attentivement le cours.

Gemma Lysenko était le stéréotype parfait d'un élève de Serdaigle. Assidue en cours, bonne élève, passant plus de temps à la bibliothèque que dans son lit, solitaire, et surtout coincée. Il n'avait qu'à voir le regard noir qu'elle lui jetait pour comprendre que cela la dérangeait que Dominique se permette de ne pas suivre.

Ah non, en fait, c'était plutôt parce que l'année dernière, Dominique avait révélé à l'ensemble de Poudlard -et donc à l'intéressé- que Gemma Lysenko en pinçait pour son cousin. Vue la suite des évènements, elle ne devait pas beaucoup l'aimer depuis.

Dominique soutint son regard pendant de longues secondes, certaine de gagner à ce jeu-là. Et ça ne manqua pas. Au bout du compte, Lysenko se replongea sur son parchemin, grattant frénétiquement dessus, comme si elle allait rater ses examens si elle loupait une seule phrase. Pfff.

- Oh, c'est à toi, vieux dindon, grogna Camille en face d'elle.

- C'est quoi un dindon ?

- Un animal moldu.

Au final, Camille passa la fin de l'heure à lui dessiner ce fameux dindon et Dominique à pincer son amie, vexée d'avoir été comparée à un animal aussi peu avantageux.

- On a quoi maintenant ? l'interrogea t'elle à la fin du cours.

- Tu n'as pas lu ton emploi du temps ? J'ai Etude des Runes et toi … ben, j'suis pas devin alors regarde.

La jeune Poufsouffle poussa un soupir de soulagement en se rendant compte qu'elle avait potions, son cours préféré. Bon, elle n'était pas avec Camille, mais elle allait passer un bon moment au moins.

- Tu me donneras des nouvelles de ton binôme, se moqua Camille avant de disparaitre au détour d'un couloir.

Bordel. Agnès Assem était la seule de leurs professeurs à s'obstiner vouloir mélanger les maisons pour ses cours et, ce depuis la première année. Jusqu'ici, elle n'était pas trop mal tombée, mis en part en quatrième année lorsque leur Professeur avait décidé de la mettre avec un Serpentard et pas n'importe lequel : Thomas Ayling. Il n'était pas méchant, mais un peu idiot, et surtout il avait un talent indéniable pour faire exploser les chaudrons. C'était la seule année ou Dominique avait écopé de A au lieu de ses O habituels. De là lui venait son rejet total du petit-ami d'Isabel à qui elle en voulait énormément.

Dominique arriva devant la salle de cours de Potions avec quelques minutes d'avances, en compagnie d'Anatole Bensberg qu'elle avait retrouvé dans le hall d'entrée. Anatole était un garçon empoté et un peu enveloppé. A vrai dire, jusqu'à leur cinquième année, la jeune Weasley l'avait totalement ignorée, catastrophée par sa maladresse et, selon elle, son idiotie. Puis elle avait fini par s'habituer à lui, comme elle s'était habituée à Joana Mayer et ses ongles vernis, et, désormais, il faisait partie du paysage.

Lorsque tout le monde fut arrivée, la porte de la salle de cours s'ouvrit comme par enchantement et tous les élèves s'avancèrent à l'intérieur. Pourtant, aucun n'eut la bêtise d'aller s'assoir. Il fallait d'abord qu'Assem annonce les binômes, comme à son habitude depuis six ans.

Cette dernière se tenait derrière son bureau, droite et sèche, un parchemin à la main, et attendit patiemment que tous furent entrés pour prendre la parole.

- Bienvenue à tous, déclara t'elle d'une voix monocorde. Cette année est celle des ASPICS ainsi je ne tolérerais aucune distraction de votre part. J'attends de vous un acharnement au travail certain et une réussite totale. Vous entendez ? Je ne tolérerais aucun échec de la part de mes élèves. Bien, maintenant que vous êtes prévenus, voici la liste des binômes pour votre septième année. Potter et Bensberg …

L'air de celui qui monte à l'échafaud, James s'assit en compagnie d'Anatole à qui Dominique adressa un sourire narquois. Il n'allait pas s'ennuyer, assis à côté de son cousin pendant toute une année. Dewi Carlson fut répartie avec Harriet Moorehead de Serpentard tandis que sa jumelle -à Serpentard aussi-, Heather allait s'asseoir à côté d'une Serdaigle à l'air effrayée, un garçon et une fille de Gryffondor se retrouvèrent ensembles à leur plus grande joie, Lysenko dut aller s'asseoir à côté de Wil Jordan, de Gryffondor -le meilleur ami de James-, et sembla sur le point de se jeter du haut de la tour d'Astronomie.

Et Dominique ravala sa salive lorsqu'elle se rendit compte quel était le seul élève à n'avoir pas été réparti avec quelqu'un d'autre à part elle.

Gemma Lysenko

Jordan. Il fallait qu'elle se coltine Jordan, le meilleur ami de Potter -et cela en disait long sur son niveau mental- pendant toute une année. Mais quelle idée aussi de vouloir mélanger les maisons ? Cela donnait des situations comme ça : horriblement humiliantes.

Le grand métis qu'était Wil Jordan donna le ton de l'année au bout de dix secondes en lui murmurant quelque chose comme "Alors Lysenko, pas trop déçue ? T'aurais préféré tomber avec James hein ?" avant de fermer sa bouche illico presto, foudroyé du regard par le professeur Assem qui ne tolérait aucun bavardage. Gemma esquissa un sourire moqueur en voyant ce grand dadais se ratatiner sur sa chaise. C'était ça le fameux courage des Gryffondor ?

Pour la première leçon, ils se contentèrent d'étudier théoriquement le filtre de paix et, fièrement, Gemma fit gagner quinze points à sa maison. Sa joie fut un peu entachée par les ricanements moqueurs de Jordan et Potter -un rang derrière elle avec un Poufsouffle à l'apparence calme- à chaque fois qu'elle levait la main. Evidemment qu'ils ne pouvaient pas comprendre, eux, ils faisaient perdre des points à Gryffondor tout le temps et ils ne les regagnaient même pas, n'étant pas très bons élèves. En même temps, tant mieux, c'était sûrement grâce à ça que Serdaigle gagnait toujours la coupe des Quatre Maisons -à défaut de celle de Quidditch- depuis trois ans, elle n'allait pas se plaindre.

Le cours se termina avec une rapidité étonnante -mais peut-être était-ce parce que Jordan n'avait pas ouvert sa bouche depuis le début- et Gemma fut ravie de retrouver Nella dans le couloir des cachots. Son amie avait été répartie avec Heather Moorehead, une sacrée grande gueule, et elle devait se sentir découragée de cette affectation.

- Merlin, je survivrais jamais, chuchota d'ailleurs cette dernière en attrapant Gemma par le bras.

Se mordillant la lèvre d'un air inquiet -Nella était bien trop fragile pour supporter un fort caractère-, Gemma fit quelques pas en direction du Hall d'entrée avant de se faire bousculer férocement. Si les réflexes de Nella n'avaient pas été aussi bons, elle se serait pris le mur.

Prête à hurler contre son agresseur, Gemma remarqua soudainement que celle-ci, les mains fourrées dans ses poches et la tête baissée, ce qui était étonnant pour Dominique Weasley, l'avait ignoré royalement et avait presque atteint le hall d'entrée. Parce qu'elle n'était pas d'humeur, elle décida de laisser tomber sans pouvoir s'empêcher d'insulter mentalement la Poufsouffle de tous les noms.

Alors qu'elles allaient se remettre en route, Gemma repéra le regard moqueur de Potter qui les dépassait en compagnie de son pote Jordan.

Bordel. Non mais ils s'étaient ligués contre elle aujourd'hui ?

Elle n'allait pas tenir si Potter et Weasley décidaient de lui pourrir la vie.

- Gemma, je …

- Laisse-tomber, je vais bien, la coupa sèchement cette dernière.

La Serdaigle surprit le regard peiné de son amie et s'en voulu immédiatement d'avoir été aussi rude avec Nella. Ce n'était pas sa faute si Potter se moquait d'elle depuis six mois, si Weasley était une peste finie et si elle avait écopée de Jordan comme binôme.

Ce n'était pas sa faute si … si tout allait mal en ce moment.

Et elle avait blessé la seule personne qui la soutenait à Poudlard, la seule en qui elle avait confiance et qu'elle appréciait.

- Nel, pardon, pardon, pardon, balbutia la jeune Serdaigle en pressant la main de son amie.

- Y'a pas de soucis, répondit Nella en esquissant un sourire. Mais tu sais, y'a un moment où faudra bien que ça sorte.

Sachant très bien de quoi elle parlait, Gemma baissa la tête, maugréant dans sa barbe. Silencieusement, les deux jeunes filles rejoignirent la grande salle et commencèrent à déjeuner dans un calme des plus inhabituels. D'habitude, lorsqu'elles se taisaient, il y avait toujours un devoir ou un livre en cause. Mais là, le silence était gênant, la tension presque palpable. Et, lorsque Gemma levait la tête vers son amie blonde, elle voyait bien que cette dernière la regardait avec une inquiétude tangible.

Et puis, il y eut Mervin Kalls -le gamin catastrophe de première année qui épuisait déjà Gemma au bout de deux jours-.

- Chef ?

Gemma haussa un sourcil septique face à l'appellation, se demandant si le petit blond cherchait à se moquer d'elle, lui aussi. Mais devant son sourire angélique et son air un peu intimidé, elle abdiqua. En face d'elle, Nella réprima un sourire.

- Que veux-tu ?

- Ben, avec les autres on cherche les serres de Botanique, chef, fit le petit en désignant les six autres Serdaigle de première année qui patientaient derrière lui et qu'elle n'avait pas remarqué avant. On a cherché dans tout le château mais on a pas trouvé.

- Vous avez cherché dans le château ? répéta Gemma, incrédule.

- Ben ouais, chef.

Gemma croisa le regard de Nella et ce fut le fou rire. Un fou rire qui dura bien cinq minutes, sous les yeux ébahis des premières années qui n'y comprenaient plus rien, et qui fut extrêmement libérateur pour les deux amies. Toute la pression accumulée depuis la veille ressortait et elle parvint même à oublier ses problèmes durant ce laps de temps.

Finalement, elle allait bien l'aimer ce gamin.

Même si c'était inquiétant. La nouvelle génération des Serdaigle était vraiment stupide pour chercher des serres dans le château. Non, mais vraiment, quelle idée !

- Je vais vous accompagner, marmonna Gemma en attrapant une pomme avant de se lever. Les serres sont dehors et non dedans, vous ne pouviez pas trouver.

- Ahhh, c'pour ça alors, chef, se réjouit Mervin.

Et, bizarrement, Gemma n'eut même pas envie de le frapper tellement son ton naïf était émouvant. Accompagnée par son amie qui n'arrivait pas à retenir un grand sourire goguenard face à la stupidité des Serdaigle, ils se dirigèrent tous vers les serres de Botanique, à l'extérieur du château.

Ils avaient détendu l'atmosphère.

Dominique Weasley

- Pousse-toi, grogna Dominique en s'asseyant violemment sur le banc de la table des Poufsouffle.

Molly lui lança un regard étonné mais se décala néanmoins pour faire de la place à sa cousine. Sa mauvaise humeur fut rapidement repérée -Dominique Weasley n'était jamais de mauvaise humeur- à la tablée et, bientôt, six paires d'yeux se braquèrent sur elle. Faisant fi des curieux, la jeune Poufsouffle agrippa son assiette qu'elle remplit à ras bord de légumes et de viande puis attrapa une part de tarte à la mélasse, croquant dedans avec voracité.

- T'es au courant que tu commences par le dessert ? s'enquit Joana qui examinait ses ongles avec attention.

- Non, je suis débile.

- Ne me parle pas comme ça.

- Je te parle comme je veux.

- C'est bon les filles, on se calme, soupira Isabel Lowell d'un ton ennuyé, comme toujours lorsqu'il y avait des disputes. Dominique, qu'est-ce qui se passe ?

Ce qu'il se passait ? Elle était mortifiée, horrifiée et, pire encore, gênée. Cette séance de Potions l'avait ramenée six ans en arrière, lorsqu'Isabel n'était pas la seule à fréquenter un Serpentard. Six ans auparavant lorsque Camille et elles n'étaient pas encore inséparables et que son seul ami s'appelait Isaac Nott et portait une cravate verte et argent. Un serpent, un stupide serpent rancunier capable de se taire pendant six ans pour une broutille.

Dès sa première rencontre avec Nott, Dominique savait qu'elle tenait là un garçon pas comme les autres. Elle entendait par là, un de ceux qui ne fuient pas les filles parce que, justement, ce sont des filles, un de ceux possédant une imagination sans borne pour faire des bêtises et qui savait raconter des blagues sur les gnomes et les harpies super drôles. Bref, à l'époque, on ne les voyait jamais l'un sans l'autre. Dominique Weasley et Isaac Nott, l'amitié qui faisait jaser jusque dans le dortoir des Gryffondor et dont ils se foutaient.

Elle avait été fouiner. Elle avait mis son nez là où elle n'aurait pas dû, en avait tiré des conclusions erronées et cela s'était retourné contre elle. En fin de première année, Isaac Nott ne lui parlait plus. Dominique avait tenté maintes et maintes fois de s'excuser mais il l'ignorait royalement. En fin de deuxième année, elle avait abdiqué et elle avait fini par oublier cet ami d'une autre maison.

Jusqu'à ce qu'il s'impose à elle -enfin, qu'Assem lui impose sa présence- en cours de Potion ce matin même. Bordel, ce qu'elle avait été mal à l'aise pendant deux heures.

Mais elle n'allait certainement pas raconter ça à ses camarades. D'abord, parce qu'elle était la première à s'offusquer de la relation d'Isabel et que celle-ci allait se moquer d'elle, ensuite parce que peu d'entre eux se souvenaient qu'elle avait un jour été amie avec un Serpentard. Six ans avaient passé.

- Rien, répondit la jeune fille en se forçant à sourire. J'ai juste … enfin, les cours me dépriment. D'ailleurs j'ai oublié mon livre de Sortilèges dans le dortoir, je reviens.

Parce que Molly la regardait avec une drôle de tête -sa cousine possédait un radar à mensonges particulièrement désagréable pour elle-, Dominique ne tenait pas à rester plus longtemps dans les parages. Alors, elle agrippa une pomme et abandonna là son repas à peine entamé sous les yeux ébahis des autres Poufsouffle. Depuis quand Dominique Weasley privilégiait les cours à son estomac ? C'était du jamais vu.

Arrivée dans le hall d'entrée, la jeune fille se laissa tomber contre le mur. Cette sensation d'étouffement, celle qu'elle avait ressentie dans le Poudlard Express, puis la veille, elle était revenue.

Pas maintenant.

Suffoquant soudainement totalement, elle posa sa main contre le mur froid en tentant de se calmer. Qu'est-ce que le Médicomage avait dit déjà ? Inspirer, expirer, inspirer, expirer. Et tout ceci en faisant abstraction du reste. C'était plus facile à dire qu'à faire avec le passage continue dans le hall.

Pas maintenant, pitié.

Se calmer. Elle ne devait pas penser à autre chose qu'à reprendre le contrôle de son corps. Ce corps si fragile qui l'abandonnait un peu plus chaque jour, s'affaiblissant peu à peu. A cette pensée, ses mains se mirent à trembler et elle dut se forcer pour garder contenance. Bordel, ce n'était pas compliqué de se calmer ?

Pour Dominique, c'était la difficulté suprême. Elle qui aimait tant avoir le contrôle des choses, le dessus sur les autres et sur-elle-même, sentir son corps lui échapper un peu plus chaque jour était une douleur supplémentaire.

- Dom, tout va bien ? chuchota une voix familière à ses côtés.

Ouvrant grand les yeux, Dominique se rendit compte avec effroi que son petit frère lui faisait face. Pas lui. Elle n'avait pas le droit de montrer ses faiblesses, c'était elle la grande sœur. Décidemment, sa journée était lamentablement gâchée. D'abord par Nott ensuite par elle.

- O…Oui.

- Non, ça ne va pas. Je t'emmène dehors.

Louis, ce Serdaigle de sixième année si calme, si maitre de lui-même qu'elle admirait et ne comprenait pas en même temps. Il aurait pu être populaire et apprécié de tous et il se contentait de bouffer ses livres à pleine dents et d'avoir une sociabilité quasi-inexistante. Pourtant, la Poufsouffle se laissa trainer dehors par son frère et, immédiatement, au contact de l'air frais, ses poumons se libérèrent, lui permettant de respirer avec avidité cet air frais, un cadeau divin.

Rapidement, elle parvint à se calmer, et remercia son frère du regard. Louis était grand -mais en même temps, tout le monde était grand pour elle-, et son air angélique n'avait d'égal que sa présence d'esprit. Son petit frère était beau et il n'en profitait même pas. Pourtant, avec ses épais cheveux blonds, ses yeux bleus et ses quelques tâches de rousseurs sur les joues, il aurait pu en faire des conquêtes. Enfin, cet idiot avait passé tout l'été à réviser ses examens.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Tu as perdu ton calme ? s'enquit Louis qui ne prenait jamais de pincettes avec les gens.

- Non, pas vraiment, répondit la jeune fille en grimaçant. Ce n'est rien de grave, juste un petit coup de mou, ça va déjà mieux là. Vraiment mieux. Ne t'inquiètes pas.

- Tu sais très bien que ça ne va pas, râla Louis. T'es pas obligée de faire semblant avec moi, garde ça pour tes copines.

- Parle moins fort, couina la Poufsouffle.

Maintenant qu'elle avait repris ses esprits, Dominique eut peur que quelqu'un n'entende leur conversation. Ils étaient devant les grandes portes, entre l'escalier et le parc, et il y avait beaucoup de passage. Beaucoup trop à son goût.

- Oh c'est bon, marmonna son frère en regardant néanmoins autour de lui. Viens je t'emmène à l'infirmerie.

- Pas question.

- Le Médicomage a dit que …

- Louis, je vais très bien, fiche moi la paix maintenant, grogna la jeune fille.

Son frère la jaugea un instant du regard, réajusta son insigne de Préfet, et tourna les talons sans un mot. Super, elle l'avait blessé alors qu'il ne cherchait qu'à l'aider, quelle idiote. A son tour, Dominique pénétra à l'intérieur du château avec la ferme intention de ne plus jamais se laisser aller à ce point. Pour preuve, cela ne lui emmenait que des emmerdes.

Gemma Lysenko

- Gem, la guerre des Trolls en Amazonie, elle a fait combien de morts ?

- 503 et deux moldus.

Son amie la regarda avec des yeux ronds et Gemma éclata de rire. C'était inscrit juste devant elle, dans un des dix parchemins qu'elle avait gratté durant ce cours.

Les deux jeunes filles avaient complètement oublié l'incident de la matinée et, assises chacune sur leur lit respectif dans leur dortoir, elles s'attaquaient au devoir d'Histoire de la Magie que Binns leur avait demandé pour la semaine suivante. Autant ne pas prendre de retard dès le début de l'année scolaire.

- N'empêche, trente centimètres là-dessus, c'est beaucoup trop, râla Nella au bout d'un moment.

- Arrête, c'est passionnant.

Un instant interloquée, son amie poussa un gros soupir. Personne mis à part Gemma Lysenko ne pouvait aimer autant l'Histoire de la Magie, ce n'était possible.

- Au fait, lui rappela soudainement Nella, tu n'as pas de ronde ce soir ?

- Si, dans dix minutes, marmonna Gemma en grattant frénétiquement sur son parchemin -le Troll Ulbrik était vraiment passionnant-, de vingt-deux heures à minuit. Et, ce, trois fois par semaines.

- Et tu … enfin, avec qui tu …

- Oh, ce soir avec Weasley, de Serdaigle.

Gemma savait que son amie s'inquiétait de la voir rester seule avec Potter pendant un laps de temps aussi long mais elle n'avait pas à se faire de soucis. Elle n'en avait plus rien à faire de ce singe, vraiment plus rien. L'époque où elle avait été attirée par lui, lui semblait loin à présent, presque illusoire. La seule chose qui l'agaçait, c'était de devoir supporter la bêtise de son camarade et ses réflexions déplacées. Parce que, si le lundi soir, elle patrouillait avec Louis Weasley, d'un an son cadet, le mercredi et le jeudi, les Professeurs avaient eu la merveilleuse idée de la coller avec Potter.

- Tant mieux, renchérit Nella, apparemment satisfaite. J'aime bien Louis.

- Parce que tu connais Louis Weasley toi ?

- Crois-moi, c'est le plus fréquentable des Weasley. Souviens-toi l'année dernière, tous tes tours de garde étaient avec Ayling, le Serpentard.

Gemma afficha un sourire narquois à ce souvenir. Qu'est-ce qu'elle était fatiguée en rentrant de ses tours de gardes. Ayling n'était pas méchant, seulement un peu trop idiot et dissipé. En gros, il profitait de son statut de Préfet pour imaginer les pires violations au règlement et il avait fallu tout l'ingéniosité de la jeune fille pour le remettre dans le droit chemin, au moins pendant leurs tours de garde. Elle n'était d'ailleurs pas sûre d'y être arrivée, il était tellement malin qu'il avait très bien pu lui retourner le cerveau.

Rangeant avec regrets son devoir d'Histoire de la Magie, la jeune fille se leva, récupéra sa baguette magique qui était posée sur son bureau et accrocha à la va-vite son insigne de Préfète-en-Chef qu'elle avait retiré en passant des vêtements moldus plus confortables en son sens.

- Attends, fit Nella en se levant à son tour pour remettre droit l'insigne mal accroché. Voilà, c'est mieux. Au fait, Gem, fait attention à toi.

Brièvement, Nella la serra dans ses bras avant de se faufiler dans la salle de bain, serviette de toilette et vanity en main. Un peu interloquée par tant d'effusion de la part de la Serdaigle, qui n'était pas vraiment une adepte du sentimentalisme, Gemma sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle donnait l'impression d'aller si mal que ça ?

Ce fut une Gemma bouleversée qui rejoignit un Louis Weasley un peu agacé -elle était en retard de quelques minutes- dans la salle commune des Serdaigle afin de commencer leur ronde de deux heures. Et celle-ci lui paru interminable.

Dominique Weasley

Trois jours plus tard, lorsqu'elle descendit dans la Grande Salle, bonne dernière car son réveil n'avait pas sonné -en fait elle l'avait envoyé valsé sans faire exprès sur Camille qui, pour se venger ne l'avait pas réveillée- Dominique fut étonnée par tous les murmures inaudibles autour d'elle. Bon, d'accord, cela ne changeait pas de d'habitude mais, les autres jours, personnes n'avait d'air grave planté sur le visage. Hormis son cousin James qui se fendait la poire avec Dewi Carlson, tous parlaient à demi-voix, comme si quelqu'un était mort. Quelqu'un était mort ?

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda la jeune Weasley.

Une fois n'était pas coutume, Arthur et Molly paraissaient un peu en froid. Sa cousine mangeait sans un mot tandis que le garçon avait les joues un peu rouge, signe de nervosité chez lui.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? répéta t'elle, agacée que personne ne daigne lui répondre.

- Gabriella Mistt, tu sais cette Serdaigle de cinquième année un peu loufoque, est tombée dans les escaliers hier soir, expliqua finalement Arthur en levant les yeux au ciel.

Dominique leva un sourcil étonné avant d'attraper une tranche de pain qu'elle beurra avec application. Et c'était de ça que tout le monde discutait à voix basse ? Personne n'avait rien dit quand Camille était tombée de son balai en première année -et trois mètres c'était haut pour une gamine de onze ans- et qu'elle avait passé deux jours à l'infirmerie.

- Elle n'est pas tombée, lâcha Molly en fusillant son petit-ami du regard. On l'a poussé.

- Ca, c'est ce qu'elle dit, marmonna Camille en émergeant de son bol de lait fumant, sûrement pour justifier le fait qu'on l'a retrouvé dans le hall d'entrée à deux heures du matin.

- Je ne crois pas, assura Molly en secouant la tête.

- Et moi j'en suis sûr, trancha Arthur. Mistt n'est pas réputée pour sa franchise et tu le sais. Alors, elle a dû inventer ça pour s'en sortir sans retenue.

- Oh, tu m'énerves.

Sous les yeux ébahis de tous, Molly se leva, emportant avec elle sac et tartines, sans même adresser un regard à son petit-ami. Celui-ci ne tarda pourtant pas à la rejoindre, marchant à grande enjambée pour ne pas se faire distancer.

- Il y a de l'eau dans le gaz on dirait, fit Camille en regardant distraitement Arthur sortir de la Grande Salle.

- De quoi ? firent Anatole, Dominique et Joana en chœur.

- Oh, expression moldue. Ca veut dire qu'ils sont sur le point de se disputer, fit négligemment la jeune fille. Pour ma part, je pense qu'Arthur à raison et que Molly n'aime simplement pas être contredit.

Dominique haussa les épaules, peu intéressée par la discussion. Molly et Arthur finiraient par se rabibocher, d'ailleurs c'était sûrement le cas à cet instant précis et, d'ailleurs, elle se souvint qu'elle en voulait toujours à Camille de ne pas l'avoir réveillée et lui emprunta, l'air de rien, son verre de jus de citrouille.

- Hé ! s'exclama son amie en secouant furieusement la tête, ses petites boucles brunes faisant un bond sur le sommet de son crâne. C'est à moi.

- Oh mais tout ce qui est à toi est à moi, non ?

- Non, pas tout, grogna Camille en reprenant son verre -vide-.

- On ferait mieux d'aller en cours, intervint Isabel pour faire cesser la dispute. La cloche va bientôt sonner.

Et quand elle fut assise derrière son pupitre en compagnie du professeur Scott, Dominique oublia totalement l'accident de Mistt, sa mauvaise humeur et la dispute d'Arthur et Molly qui s'étaient effectivement rabibochée comme elle l'avait prédit.