C'était maintenant officiel dans tout Poudlard, Dominique Weasley et Isabel Lowell étaient en froid. Et c'était vraiment bizarre à voir. Les Poufsouffle de Septième année qui mangeaient autrefois tous ensemble se retrouvaient scindés en deux groupes.

Camille Teyssier, par solidarité avec Dominique, ne la quittait plus. Joana Mayer en avait fait de même avec Isabel et Arthur, Anatole et Molly oscillaient entre les deux plus ou moins franchement. Le premier n'avait pas envie de prendre parti, le second s'était fait enrôlé par Isabel et la troisième n'avait pas vraiment le choix. C'était sa cousine après tout.

Mais selon Molly Weasley, qui s'était bien gardée de le dire à sa cousine, tout ceci était véritablement ridicule. Chacune de ses amies avaient des torts dans l'histoire et, avec une fierté à toute épreuve, elles n'étaient pas près de se réconcilier.

De ce fait, tous les Poufsouffle semblaient emprunts d'une mauvaise humeur générale. C'est ainsi qu'Anatole Bensberg avait crié contre un gamin de première année qui avait renversé son encrier, lui qui ne se laissait jamais aller à ce point, que Joana Mayer prétextait un rhume pour cacher ses yeux souvent rougis, et qu'Arthur évitait tout le monde, y comprit sa petite-amie, ayant décrété que cette histoire était trop débile pour qu'il daigne seulement y prendre part.

- Arthur ?

- Oui ?

- Tu veux pas aller faire un tour dans le parc, il fait encore beau et …

- Je bosse là, répondit sèchement le jeune homme.

Heu, d'accord.

Un peu vexée de s'être ainsi fait rabrouée par Arthur, Molly décida de bouder jusqu'au repas, espérant cependant que son petit-ami ne change d'avis. En ce moment, il était vraiment bizarre, encore plus dans la lune que d'habitude, plus distant aussi. Dominique lui avait dit qu'elle se faisait des idées mais Molly était sûre que non.

Cela devait avoir un rapport avec … avec ce qu'elle refusait de lui donner depuis de longs mois maintenant. Elle avait beau avoir demandé des conseils à ses amies le soir de la rentrée, ils n'avaient pas encore été mis en application. Molly n'avait tout simplement pas très envie. Ils avaient le temps, après tout, elle n'avait que dix-sept ans et cela ne faisait qu'un an qu'ils étaient ensemble. Bien sûr, Arthur était merveilleux et ne lui avait jamais fait aucun reproche mais ce ne pouvait pas être autre chose.

Ils n'avaient jamais eu d'autres sujets de désaccord en un an. Molly songeait parfois qu'elle était tellement amoureuse de lui qu'elle aurait pu craquer s'il avait un peu insisté. Mais, pour l'instant, elle tenait, ayant plus peur du résultat qu'autre chose.

Oui, Molly aimait très fort Arthur Lowe, qui, à ce moment même, était en train de penser à une tout autre jeune fille, plus petite, plus brune et tellement adorable avec ses cheveux courts et ses yeux noisettes.

oOoOoOoOoOO

Ce soir-là, vers minuit et demi, Gemma Lysenko fut réveillée par une main qui lui chatouillait les côtes. Elle maugréa quelque chose comme "fiche moi la paix Nella" avant de se souvenir que son amie était présentement en train de prendre une douche. Elle l'avait entendu un peu plus tôt se glisser dans la salle de bain en rentrant de son cours d'Astronomie et les pas feutrés de Nella étaient inimitables.

Et ce n'était pas une des autres filles du dortoir qui se serait permis une telle familiarité. Certes, elles avaient des relations cordiales mais ce n'étaient pas ses amies.

Ouvrant grands les yeux avec terreur, Gemma Lysenko poussa un petit cri en voyant le visage enfantin de Mervin Kalls se dessiner devant elle, la regardant avec attention.

- Non mais ça va pas ? Qu'est-ce que tu fais là ? A cette heure ? Et … Comment ?

- Mistt, elle me devait un service, répondit le gamin en haussant les épaules.

- Tu n'as pas le droit d'être ici, espèce de demi Troll !

- Mais Chef, je …

Mervin Kalls, l'effroyable mais si attendrissant Mervin, lui adressa une petite moue dépitée, tout en baissant la tête comme s'il était un gamin pris en faute. Non mais, une minute. Il était vraiment un gamin pris en faute ! Elle n'avait pas le droit de se laisser attendrir par un garçon de onze ans, même si ses yeux bleus étaient larmoyants comme pas possible et ses joues toutes rouges.

- J'ai fais un cauchemar et j'arrive plus à dormir, avoua Mervin en redressant vers elle un regard plein d'espoir.

- Je ne suis pas sûre de te suivre.

- Je peux pas dormir avec toi ?

- Non !

- Mais, j'arrête pas de penser à mes parents et ça me rend vraiment triste Chef.

Il était démoniaque. Gemma en était certaine à présent, ce gamin n'avait pas sa place chez les Serdaigle. Le Choixpeau avait dû picoler un peu trop et décider de faire une fleur aux Serpentard en leur évitant de supporter un tel gamin. Et, bien sûr, c'était sur elle que ça tombait.

Il savait qu'il touchait une corde sensible en parlant de ses parents, Gemma ne lui avait jamais caché son empathie à ce sujet. Il était malin, vraiment malin. Et attendrissant, encore une fois.

- Allez viens, soupira la jeune fille. Mais c'est juste pour ce soir et tu ne prends pas toute la couette, compris ?

Mervin lui adressa un sourire réjouit et toute trace de larmes dans ses yeux avait disparu lorsqu'il se glissa sous la couette à ses côtés, plaquant ses petites mains gelées autour de son bras. Deux minutes plus tard, il dormait comme un bienheureux, alors que Gemma se retournait pour la quinzième fois dans son lit, gênée par le garçonnet qui prenait toute la place.

Pourquoi elle avait accepté déjà ?

OOoOoOoOo

Dominique et Camille dévalaient rapidement le sentier qui menaient à leur Cour de Soins aux Créatures Magiques pour ne pas être en retard. A huit heures, en ce mercredi matin de milieu de semaine, la blonde n'était pas très bien réveillée et, en plus, l'ambiance dans le dortoir la minait. Cela faisait déjà une semaine qu'elle ne parlait plus à Isabel et ce n'était pas vraiment pratique lorsqu'on partageait la même chambre et qu'on fréquentait les mêmes endroits. Pire encore, pour les entrainements de Quidditch où elle s'efforçait de ne pas commenter le jeu de la jeune fille même lorsqu'elle faisait quelques erreurs. A cause de ça, c'était l'équipe qui en pâtissait et elle en était consciente.

Mais ce n'était pas à elle de s'excuser. Isabel avait été véritablement abjecte avec elle et les mots qui étaient sortis de sa bouche étaient tout simplement trop forts. Dominique n'avait tout simplement pas compris que le fait qu'elle rabaisse son petit-ami, encore une fois, avait déclenché la dispute et que les mots avaient été dis sur le coup de la colère.

Au final, elles arrivèrent à l'heure en cours et quand elles rejoignirent le petit groupe d'étudiants devant la forêt interdite -pourquoi diable Lastek les avait-il fait venir ici ?- la cloche venait de sonner depuis deux secondes. Ils n'étaient pas très nombreux à suivre ce cours, seulement une petite quinzaine. Parmi eux Isabel qui, à côté de Thomas Ayling, les regarda d'un drôle d'air.

- Bien, bonjour à tous, fit le Professeur Lastek, un grand homme fluet aux tempes grisonnantes. Si je vous ai fais venir ici, c'est parce que nous allons étudier les Licornes. Quelqu'un peut-il me dire ce qu'est une licorne ?

Il les prenait pour des débiles ou quoi ? Pour une fois, l'ensemble de la classe leva la main, sûr de rapporter des points à sa maison sur ce coup. Finalement Lastek donna la parole à Camille qui avait été la plus rapide.

- C'est un animal qui ressemèle à un cheval mais avec une corne. Il parait qu'elles ont des propriétés magiques particulièrement puissantes, ajouta t'elle finalement, sûrement pour ne pas se contenter d'une réponse aussi partielle.

- Très bien Miss Teyssier, cinq points pour Poufsouffle. Mais ce n'est pas vraiment la licorne en elle-même qui possède des propriétés magiques. Mais plutôt ses différents attributs. Pouvez-vous m'en dire plus ?

- La corne de licorne est utilisé dans certaines Potions, comme par exemple le filtre de paix, expliqua une fille de Serdaigle.

- Et il peut y avoir des crins de licornes dans certaines baguettes, ajouta calmement Heather Moorehead qui n'était pas très loin d'Isabel.

- Cinq points pour Serdaigle et cinq pour Serpentard, approuva Lastek.

- Monsieur ? s'enquit James en levant brusquement la main. Le sang de licorne est très puissant n'est-ce pas ?

Un instant, Dominique trouva que leur Professeur avait l'air assez mal à l'aise face à sa question mais il se reprit bien vite, retrouvant une attitude neutre mais néanmoins amicale. La jeune Poufsouffle aimait bien Lastek principalement parce que ses cours étaient très faciles et qu'elle avait toujours des notes de A ou EE. Mais, James, lui, aimait vraiment ça et était naturellement attiré par les créatures magiques, quelles qu'elles soient.

- Oui Potter, très bien. On dit que le sang de licorne permet de rester en vie lorsque la situation est vraiment désespérée.

- On dit ? insista le garçon, pas tout à fait satisfait de la réponse.

- Je ne me suis jamais risqué à essayer, grimaça Lastek. Ecoutez, il faut boire le sang de la licorne pour survivre. Et, tuer une licorne est un acte vraiment abject, que seule une âme désespérée pourrait faire. Une âme emplie de magie noire. Lorsqu'on boit du sang de licorne, oui Moorehead on le boit ne faites pas cette tête, quelque chose se brise. On est plus totalement humain.

Le professeur balança ensuite son regard sur l'ensemble de la classe puis claqua farouchement dans ses mains lorsqu'il remarqua que la plupart des élèves abordaient un air dégoûté.

- Bien suivez-moi.

Quelques murmures se firent entendre, certains demandèrent même à voix haute s'il comptait vraiment les emmener dans la forêt interdite mais le professeur fit taire les interrogations d'un geste de la main, leur ordonnant de marcher le plus silencieusement possible.

Au bout d'un moment, ils arrivèrent un peu plus loin à la lisière de la forêt interdite et, Dominique, comme les autres, ne put s'empêcher de s'extasier. Dans une espèce d'enclos, se trouvaient quatre licornes, dont une qui n'était pas plus haute qu'un chien. Elles semblaient irradier et la jeune Poufsouffle comprit à ce moment là que Camille avait vu juste. Les licornes possédaient de grandes propriétés magiques. Elles avaient de longues jambes minces, et la crinière gris-perle et leur robe était d'un blanc si éclatant que la neige paraît terne en comparaison. Dominique posa ses yeux sur leurs sabots qui semblaient … ils étaient tellement brillants qu'ils semblaient fais d'or et elle ne douta pas que c'était effectivement le cas.

Lastek les fit s'arrêter près de la barrière de bois et reprit, d'un ton plus doux, presque chuchotant.

- Les licornes sont des animaux sauvages et ceux-ci n'exceptent pas à la règle. Si elles sont dans cet enclos, c'est qu'elles l'ont bien voulu. Ainsi, je vous demanderez de ne pas abuser de leur patience. Ce sont des animaux très doux mais difficile à approcher. Les garçons, je vous demanderais de reculer d'un pas. Généralement, les licornes préfèrent la douceur féminine.

Tous les garçons obtempérèrent, même James qui avait l'air particulièrement déçu d'être mis à l'écart. Pendant quelques minutes, les filles essayèrent de s'approcher des licornes en douceur et Dominique fut particulièrement fière d'elle lorsque l'une d'elle, le poulain, se rapprocha tout naturellement d'elle, frottant ses naseaux contre son ventre. Doucement -et Merlin sait à quel point la Poufsouffle ignorait cette notion- elle porta sa main contre sa crinière, la caressant doucement. Enhardie par le succès de son amie, Camille l'imita immédiatement et les deux jeunes filles passèrent un excellent moment en compagnie du poulain au point qu'elles furent extrêmement déçues lorsque Lastek leur demanda de reculer pour laisser leur place aux garçons.

- M. Potter, vous allez les effrayer, lui reprocha le professeur alors que son cousin, inconscient du danger, grimpait sur la barrière et se penchait en avant pour tenter d'approcher plus rapidement les licornes.

Et tout le monde fut abasourdit lorsque les quatre licornes trottèrent tout naturellement vers son cousin. Dominique crut même que Lastek allait faire un malaise lorsque l'une d'elle passa sa langue râpeuse sur le joue de son cousin. Ce dernier fut le seul garçon à pouvoir approcher une licorne et il avait l'air particulièrement fier de lui.

- Bien, balbutia Lastek encore éberlué, qui peut me dire de quoi se nourrissent les licornes ?

oOoOoOoOo

Juste après le déjeuner, Dominique avait un cours de Potions et, comme d'habitude, elle s'y rendit à reculons. Elle savait d'avance que le cours allait mal se passer et qu'elle allait décevoir son Professeur et n'aimait pas ça. Mais, était-ce sa faute si son binôme était un garçon sacrément rancunier, capable de se taire pendant six ans pour une bêtise d'enfant ? Assem n'avait qu'à la changer d'équipier, d'ailleurs, elle avait pensé sérieusement à lui en faire la demande avant de se souvenir de qui elle parlait. La Directrice des Serpentard lui rirait sûrement au nez arguant que, dans la vie, on ne travaillait pas qu'avec des personnes qu'on appréciait.

Dans les cachots elle retrouva Anatole Bensberg mais l'ignora farouchement. Il avait choisi son camp en la personne d'Isabel, ce n'était sûrement pas elle qui allait ramper à ses pieds. La jeune fille se posa donc contre le mur de pierre sans lui adresser un mot et la tension était palpable alors même que le cours n'avait pas commencé.

A l'autre bout du couloir, elle entendit la voix nonchalante de son cousin, qui criait plus qu'il ne parlait.

- Et là, elles sont toutes venues vers moi. Lastek n'en revenait pas, se vanta son cousin à Dewi Carlson qui le suivait d'un air las et Wil Jordan qui faisait semblant de l'écouter alors que son regard était planté sur un point invisible derrière Dominique.

En se retournant, elle remarqua qu'il fixait Gemma Lysenko -qui avait l'air d'une humeur de chien- et son amie Nella Flint, une Serdaigle plutôt timide. La Poufsouffle haussa les épaules en signe d'incompréhension. Peut-être surveillait-il que Lysenko ne saute pas à la gorge de son précieux pote, comme la dernier fois devant la grande salle.

- Tu l'as déjà dis cinquante fois James, soupira Carlson en se passant la main sur le front d'un air épuisé.

- Oui, mais tu ne te rends pas compte. Les licornes n'aiment pas les garçons, je dois avoir un don. Un don je te dis.

- Ou alors, tu es une fille Potter. Désolé que tu ais mis autant de temps à t'en rendre compte, marmonna la voix d'Isaac Nott qu'elle n'avait pas entendu arriver.

Il parlait -Dominique ne savait même pas qu'il en était capable, quelle découverte !- doucement mais assez distinctement pour que tout le monde, y compris l'intéressé, l'entende. Elle vit son cousin porter la main sur sa baguette mais le professeur Assem, sûrement dotée d'un double sens, les fit entrer à ce moment là.

Dommage, le spectacle promettait d'être intéressant entre les deux attrapeurs rivaux.

Retrouvant le sens de la réalité, Dominique se souvint qu'elle allait passer deux longues heures assise à côté d'Isaac qui paraissait de fort mauvaise humeur, pour changer, et poussa un profond soupir en s'asseyant à sa table qui était désespérément familière maintenant. Le Serpentard en fit de même, le silence en plus.

- Bien, aujourd'hui nous allons exécuter une potion de vieillissement. Qui peut me dire ce que c'est ?

Tous les professeurs les prenaient pour des débiles aujourd'hui. Et Dominique était sûre qu'Assem n'allait pas leur montrer quelque chose d'aussi extraordinaire qu'une licorne pour remonter le niveau.

- C'est une potion qui permet de vieillir notre apparence physique. On l'apelle aussi la potion Ages Closum.

Une vraie Miss-je-sais-tout la petite Lysenko. Enfin, pas si petite que ça étant donné qu'elle dépassait Dominique de deux bonnes têtes.

- C'est à peu près ça. Concernant les potions vendues dans tous les magasins de farces et attrapes, répondit Assem d'un ton sec. Les véritables potions de vieillissement, si elles sont correctement exécutées, ne vieillissent pas seulement l'apparence mais aussi chaque organe du corps humain. C'est-à-dire que lorsque nous en aurons fini avec la confection de cette potion, l'un d'entre vous aura la dentition, l'ossature ou encore les poumons d'un vieillard de quatre-vingt ans. Miss Weasley vous serez heureuse de nous faire une démonstration, n'est-ce pas ?

Heu … pas vraiment.

Mais ce n'était pas le genre de réponse que l'on pouvait se permettre avec Mlle Assem ainsi Dominique hocha la tête d'un air docile. Pourquoi elle ? Son professeur de Potions la détestait au point de l'humilier devant toute la classe ? Sûrement, Assem n'aimait personne.

- Bien, les instructions sont au tableau, reprit-elle en pointant sa baguette sur le tableau noir qui se remplit immédiatement. Les ingrédients sont dans ce placard-ci. Vous avez deux heures.

Comme d'habitude, Nott se leva pour récupérer les ingrédients dont ils avaient besoin pour la potion et la jeune fille se contenta d'allumer le feu sous leur chaudron. Bien entendu, le Serpentard baissa immédiatement l'intensité de la flamme et un coup d'œil au tableau lui apprit qu'elle l'avait mis trop fort.

Bordel, il fallait qu'elle se concentre. Elle n'allait pas en plus se faire humilier avec une potion qui ne serait pas réussie. Pas cette fois. Et, ce fut à ce moment là qu'elle comprit qu'Assem avait fait exprès de lui demander à elle de faire le cobaye. Parce que la fierté de la Poufsouffle lui interdisait de rater une potion qui serait testée devant toute la classe.

- Quelle tordue, grogna Dominique en oubliant même de chuchoter.

Et, pendant un instant, elle fut le centre de l'attention de toute la classe. Même Lysenko avait cessé de recopier frénétiquement les instructions au tableau pour darder son regard vert -qui était plutôt noir lorsqu'il s'adressait à elle- sur la jeune Poufsouffle.

Mais un seul regard d'Assem suffit à tous les reconcentrer sur l'exercice demandé. Tous sauf Nott qui la regardait d'un air dégoûté.

- Un problème Isaac ? s'enquit faussement la jeune fille en sentant ses pommettes devenir rouges de colère. Ah non pardon, tu n'as pas de problème, sinon tu l'exprimerais. Tu sais comment on fait ? On ouvre la bouche et on produit des sons. Comme ça.

Pendant un instant, elle se moqua de son camarade en appliquant ses paroles, marmonnant des choses sans queues ni têtes. Elle devait avoir l'air débile mais cela faisait du bien d'évacuer la pression des derniers jours. En plus, elle était particulièrement fière de l'avoir appelé par son prénom et non son nom de famille car il lui semblait qu'il avait tiqué à l'appellation. Tant mieux. S'il était muet, il n'était pas sourd au moins.

- Donc, comme tu ne dis rien, j'en conclus que tu n'as pas de problème, continua la Poufsouffle en chuchotant. Alors tu peux cesser de me regarder comme si j'étais un insecte et commencer notre potion de vieillissement. Je te signale que c'est moi qui vais la boire, je n'ai pas envie de me transformer en chameau rose. Tu sais ce qu'est un chameau ? Moi oui, Debra en a parlé en cours d'Etude des Moldus, c'est un animal absolument charmant qui stock de l'eau dans sa bosse. Ainsi, il peut se passer de boire pendant plus d'un mois. Passionnant n'est-ce pas ?

- Tu veux bien cesser de faire ton intéressante ?

Et Dominique fut tellement clouée qu'elle en oublia même de rétorquer. Alors, il lui suffisait d'enchainer les débilités pour que Nott ouvre la bouche ? Et bien, si elle avait su, elle aurait essayée avant.

La conception de la potion se passa dans un calme relatif et, bien évidemment, Isaac n'ouvrit plus la bouche pendant les deux heures réglementaires. Et, à la fin, Dominique constata avec un sourire satisfait que leur potion avait la couleur demandée, orange pâle. C'était déjà un bon point et cela indiquait que si elle n'était pas totalement réussie, elle n'était pas ratée non plus.

Super, elle n'allait pas se ridiculiser devant tout le monde même si une partie d'elle-même espérait qu'Assem avait oublié qu'elle devait tester la potion de vieillissement. C'était sans compter la bonne mémoire et la perversité naturelle de la directrice des Serpentard qui l'intercepta alors qu'elle tentait de lui rendre innocemment une fiole de la potion pour avoir une note.

- Voyons voir ça, fit la professeur en lui rendant la fiole. Allez-y, avalez-là. Il n'y a aucun risque si vous avez suivi les instructions.

D'abord hésitante, Dominique déboucha la fiole avant d'en avaler la mixture. Pendant un instant, elle ne sentit rien, vraiment rien du tout. Seuls les rires étouffés des élèves lui indiquaient qu'elle devait être ridée et ratatinée.

- Une vraie sorcière de contes moldus, lui glissa ironiquement James en passant à ses côtés, tendant une fiole orange claire elle-aussi au professeur.

Pour toute réponse, Dominique lui agrippa le bras en le regardant d'un air paniqué. Elle … elle ne sentait plus ses jambes qui étaient si lourdes et le sang affluait dans ses tempes, lui martelant le crâne. Mais le pire, c'était l'absence inexplicable d'air rentrant dans ses poumons qui faisait qu'elle suffoquait lentement. Et en silence, parce que ses cordes vocales n'avaient pas l'air de fonctionner.

Et puis, soudain elle comprit. La potion avait vieilli tous ses organes. Et elle n'avait pas compris avant ce que ça impliquait. Ses poumons avaient déjà la capacité respiratoire d'une mamie de quatre-vingt dix ans.

Là, elle était réellement dans la merde. La jeune fille glissa avec peine son autre bras autour du bassin de son cousin -il n'était pas question qu'elle se défigure en tombant par terre- et se sentit glisser lentement. Lorsqu'elle remarqua l'éclair de compréhension qui s'affichait sur le visage de James, il était déjà trop tard. Son cousin était horriblement flou. Néanmoins, il lui sembla qu'il la rattrapait fermement avant qu'elle ne s'échappe de ses bras.

Elle ne savait plus trop, la pièce était horriblement noire à présent. Tentant de reprendre une dernière fois sa respiration, la jeune fille se sentit complètement partir.

oOoOoOoOoOoOoO

- Mouvementé ce cours, marmonna Wil Jordan en se passant une main dans les cheveux après avoir regardé sa voisine.

Dominique Weasley venait de faire un malaise sous les yeux de la classe entière et, pourtant, sa potion avait l'air réussie. A vraie dire, elle ressemblait en tout point à une petite vieille de quatre-vingt ans avec ses cheveux blancs emmêlés, ses ridules sur le visage et son dos ratatiné sur lui-même. Alors, que s'était-il passé ?

Gemma Lysenko leva un sourcil étonné vers lui, tandis que Assem et James sortaient précipitamment de la salle de cours, ce dernier tenant toujours fermement sa cousine entre ses bras. L'ignorant royalement, la jeune fille se leva et rangea ses affaires, supposant que le cours était fini. Après tout, la cloche allait sonner dans cinq minutes et elle doutait qu'Assem puisse faire l'aller-retour en ce laps de temps.

La Serdaigle rejoignit Nella en quelques enjambées qui quittait Heather Moorehead avec un soulagement évident et les deux jeunes filles sortirent de la salle de cours avec le sourire. Non pas que l'accident de Weasley ne les ait pas bouleversé -quoique- mais elles avaient encore un cours d'Etude des Runes avant que la fin des cours ne sonne.

- Au fait, murmura Nella en empruntant l'escalier principal, j'ai rêvé hier soir ou Kalls était dans ton lit ?

- Hum …, marmonna Gemma en rougissant furieusement. Je me suis fait avoir en beauté. Il est venu me voir parce qu'il n'arrivait pas à dormir, en deux minutes il m'avait retourné le cerveau avec ses yeux larmoyants et il était dans mon lit. Deux minutes plus tard, il dormait comme un bébé.

Nella la regarda d'un air ahuri, avant d'éclater franchement de rire.

- Tu sais, je crois vraiment qu'il en pince pour toi.

- Mais non, c'est qu'un gamin de onze ans qui se sent seul.

- Justement, releva la Serdaigle, justement.

- T'es sérieuse là ? s'exclama Gemma, l'air horrifiée.

- Bof, pas vraiment. Je crois plutôt qu'il te voit comme une grande sœur mais qu'il ne le sait pas vraiment. C'est bizarre à cet âge là.

Gemma Lysenko déglutit difficilement se demandant si Mervin pouvait réellement en pincer pour elle. Ce n'était pas possible, non ? Il n'avait que onze ans, elle dix-sept, il devait bien se rendre compte que ce n'était pas possible ? Quoique, Nella avait raison, on ne pouvait jamais savoir ce qui pouvait passer par la tête d'un garçon, encore moins de cet âge.

Elle allait devoir le remettre en place alors. Et hors de question de le laisser dormir une nouvelle fois dans son lit, des fois qu'il se fasse des idées.

- Bon, tu crois que Weasley va s'en sortir sans séquelles ? s'exclama Gemma pour changer de sujet.

- Faut croire, personne n'est jamais mort en ingurgitant une potion de vieillissement. N'empêche, c'est fichtrement bizarre. Elle et Nott sont les plus doués de notre promotion dans ce cours et elle avait l'air réussie leur potion.

- Cette peste devait être occupée à chercher un quelconque ragot à colporter, comme d'habitude.

Elle n'allait tout de même pas se préoccuper des états d'âme de Dominique Weasley, non ? Surtout que, secrètement, Gemma espérait qu'elle ne se soit pas remis de cet incident pour le cours de duels du lendemain soir. Au moins, elle pourrait espérer passer une soirée tranquille.

oOoOoOoOo

La première chose que vit Dominique en ouvrant les yeux … et bien, ce n'était pas une chose mais une touffe de cheveux blancs et un visage couvert de ridules. Bien. Est-ce qu'on lui avait mis un miroir devant les yeux afin de la confronter à la médiocrité de sa propre potion ?

Après avoir cligné des yeux plusieurs fois, la jeune fille se rendit compte que ce n'était que Pomfresh, l'infirmière de Poudlard, et que la lumière qui l'éblouissait et l'empêchait de voir les contours de son visage avec précision provenait de sa baguette. Elle était donc à l'infirmerie. James n'avait donc pas été tué écrabouillé par le poids de son corps. En même temps, c'était un garçon de dix-sept ans, d'un mètre quatre-vingt et dépassant sans mal les soixante-dix kilos. Il y avait intérêt à ce qu'il arrive à supporter Dominique Weasley, un mètre cinquante-deux et quarante et un kilos, sinon s'en était fini de sa réputation de Gryffondor sportif.

- Elle est réveillée, déclara calmement Pomfresh.

En même temps, ce n'était pas la première fois qu'elle la voyait arriver dans un état critique, elle avait appris à ne plus paniquer devant elle. A qui parlait-elle d'ailleurs ? James ?

- Bien. Que s'est-il passé ?

Agnès Assem, professeur de Potions et Directrice des Serpentard. Dominique ne pouvait pas le savoir mais elle l'avait accompagné à l'infirmerie, la faisant léviter à l'aide de sa baguette après avoir congédié son cousin qui avait un cours d'Etude des Runes à suivre.

- Je l'avais dis, grogna Pomfresh en levant les bras au ciel. Je l'avais dis qu'un jour, cette gamine finirait mal.

Elle me prend pour une délinquante ?

- Je n'ai pas les compétences pour m'occuper de ça, vraiment, je ne sais pas à quoi McGonagall pensait en l'acceptant mais ce n'était certainement pas la meilleure idée de sa vie.

- Je vous entends vous savez, marmonna Dominique en grimaçant.

- Oh, vous, taisez-vous et buvez ça.

Docilement, la jeune fille avala la mixture couleur gadoue que lui tendait l'infirmière. Il ne lui semblait pas utile de reprocher sa brusquerie à Pomfresh. Pourtant, elle faillit recracher tout net la mixture, qui comptait parmi les plus mauvaises qu'elle ait pu avaler tout au long de sa vie.

Se sentant soudainement mieux, la jeune fille se redressa légèrement, prenant appui sur ses coudes et s'aperçut que, malgré son silence, Assem n'était pas partie. Son professeur attendait, les bras croisés devant son lit immaculé et ses lèvres étaient encore plus pincées que d'habitude.

- Restez couchée.

- Je vais mieux, s'offusqua Dominique. Et il faut que j'aille en cours.

- Votre journée est terminée jeune fille, fit Assem en la fixant étrangement. Avez-vous un problème de santé ?

- Non ! s'écria la jeune Poufsouffle un peu trop vivement alors que Pomfresh levait les yeux au ciel.

- Cela répond à ma question. Maintenant, pourquoi le personnel enseignant de Poudlard n'est pas au courant ?

Dominique ressentit un accès de rage contre son professeur de Potions et en profita pour se rasseoir sur son lit, défiant l'infirmière de lui dire quoi que ce soit. Cette dernière la fusilla du regard et elle se rallongea illico presto. C'est qu'elle faisait peur Pomfresh lorsqu'elle se mettait en colère et elle était bien placée pour le savoir. Après tout, depuis sa première année, elle se rendait régulièrement à l'infirmerie pour remplir son stock de potions et elle pouvait se vanter de bien connaitre les humeurs de la vieille dame. Qui aurait détesté s'entendre nommer ainsi.

Lorsque ses sourcils se plissaient et que ses yeux semblaient aussi froids que des icebergs, les ordres de Pomfresh n'admettaient aucune réplique. Lorsque les ridules étaient moins froissées, elle pouvait avoir une chance d'obtenir ce qu'elle voulait. Et lorsque Pomfresh souriait, c'était que sa journée s'était bien passée et qu'elle pouvait se permettre plus de familiarités avec elle.

- Je suis tenue au secret professionnel Professeur, déclara sèchement Pomfresh indiquant ainsi que si cela ne tenait qu'à elle, Poudlard tout entier aurait été au courant. Et cette jeune imprudente refuse d'en parler à qui que ce soit.

- Ce n'est pas vrai ! Neville … Le Professeur Londubat pardon est au courant et le Professeur McGonagall aussi. Je n'ai aucune envie qu'on me regarde différemment, marmonna Dominique en remontant le draps jusqu'à son cou.

Elle se sentait vaguement nauséeuse à présent et perdait peu à peu les forces qu'elle avait retrouvé en se réveillant. Ses paupières se fermèrent doucement mais avant de sombrer dans le sommeil la jeune fille remarqua l'air satisfait de Pomfresh et se souvint de la potion qu'elle l'avait forcé à avaler. Bordel, cette sorcière lui avait donné une potion de sommeil !

oOoOoOoOo

- Mervin, j'avais dis seulement pour un soir, marmonna Gemma dans un demi-sommeil, sentant une petite forme se glisser entre son lit et sa couette. Tu vas réveiller les filles.

- Mais non, elles dorment depuis longtemps, j'ai vérifié, fit le gamin d'une drôle de voix.

Se réveillant peu à peu, Gemma se retourna, faisant face au Serdaigle dont le visage se tenait à hauteur du sien. Il paraissait avoir pleuré et elle se frotta les yeux pour vérifier qu'elle ne rêvait pas. Effectivement, le rayon de lune qui luisait sur son visage révélait deux grands yeux gonflés et quelques trainées d'eau sur ses joues.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- C'est encore mes parents, soupira le gamin. Ils n'ont pas trouvé de solution pour moi, alors ils ont fait appel au juge magique. Ils m'ont tous les deux envoyé un hibou aujourd'hui pour me dire à quel point je leur manque et qu'ils seraient vraiment très heureux et fier de moi si je passais les vacances avec eux. Je te jure, c'était flippant tellement leur courrier se ressemblait.

Compatissante, Gemma hocha la tête.

- Des fois j'ai l'impression d'être une marchandise, chuchota. Je crois que ce n'est pas moi qu'ils veulent mais plutôt que l'autre n'arrive pas à m'avoir, tu comprends ?

La jeune Serdaigle resta un instant interloquée par ses paroles qu'elle n'imaginait pas pouvoir sortir de la bouche d'un enfant de onze ans. Décidemment, il en avait gros sur la conscience ce gosse. Un peu plus et il allait lui dire que tout était de sa faute et que s'il n'était pas là, ses parents ne se disputeraient pas autant.

- Si j'étais pas là, ils s'égueuleraient pas autant mes parents.

Peut-être que Gemma devrait se détourner de sa future carrière d'Historienne pour devenir Psychomage, après tout, elle avait l'air douée pour deviner les pensées des autres. Quoique. Ca ne marchait qu'avec Mervin Kalls, c'était peut-être un signe de ne pas s'aventurer là-dedans.

- N'importe quoi, grogna la jeune fille. Tes parents t'aiment et s'ils se disputent, c'est pour toi. Ils ne cherchent que ton bonheur même s'ils le font de la mauvaise façon. Même les adultes font des erreurs.

- Ouais, bah, au final, c'est moi qui reste à Poudlard pendant les vacances.

- Tu restes à Poudlard ? Je croyais que c'était le juge qui allait décider ?

- Les juges préfèrent toujours écouter les enfants que les parents. J'ai décidé de rester à Poudlard. Au moins, pas besoin de choisir, révéla Mervin.

Gemma voyait bien que cela le minait mais, même en étant empathique, elle ne trouvait les mots justes comme Nella qui dormait paisiblement dans le lit voisin. Une raison de plus pour ne pas se tourner vers la psychologie. Elle se contenta de hocher doucement la tête en signe de compassion, arrachant un sourire contrit au gamin.

- T'es vraiment nulle pour réconforter les gens.

- Hé ! Je t'ai pas demandé de me raconter tout ça moi, je dormais juste tranquillement et, oh laisse tomber, je voulais pas dire ça, reprit Gemma en se rendant comptant que son visage s'était fermé face à ses mots. D'ailleurs, comment t'es arrivé jusqu'ici ? Encore Mistt ?

- Non, répondit-il finalement en haussant une épaule, j'ai trouvé le truc pour me faire léviter par-dessus les escaliers.

- T'as réussi un sortilège de lévitation corporelle ? Sur toi ? Wahou, je savais pas le faire à onze ans moi.

Les yeux du gamin brillèrent de malice et il chuchota plus doucement encore, comme s'il était en train de lui faire une confidence primordiale.

- J'ai emprunté son manuel à un quatrième année. J'l'ai réussi du deuxième coup ce sortilège, trop facile.

Gemma ricana doucement face à tant de modestie avant de lui assener une petite tape sur la tête en signe de réprobation. En réalité, elle était plutôt admirative. Mervin Kalls avait décidemment un don pour les Sortilèges qui ne demandait qu'à être développé. Ces sept années à Poudlard allait faire de lui un élève doué. Finalement, il avait véritablement sa place à Serdaigle malgré sa ruse surdéveloppée.

- Tes parents y font quoi toi ?

- Mais là n'est pas le problème Mervin, fit Gemma au même moment.

Le silence se fit pendant quelques instants et elle reprit avant qu'il ne l'interrompe.

- Tu ne peux pas dormir tous les soirs avec moi. Quelqu'un va finir par te voir et ça va jaser.

- T'as peur que je te touche les fesses ou quoi ? ricana le gamin particulièrement fier de sa répartie. Bon, ils font quoi tes parents ?

- Si tu fais ça, c'est toi que je collerais au mur. Mais contrairement à Hemwould, je t'appliquerais un sortilège de glue perpétuelle. Il faut que tu comprennes que ce n'est absolument pas sain pour toi de dormir avec moi. Comment tu vas faire l'année prochaine ?

- Je dormirais avec cette fille de cinquième année, Lisa, elle est plutôt jolie.

- Mervin !

- T'as pas répondu à ma question ?

Gemma poussa un léger soupir agacé pour cacher sa gêne. La vérité, c'est qu'elle n'avait absolument pas envie de répondre à sa question. Et il commençait à la rendre mal à l'aise à insister ainsi même si ce n'était que pour détourner la conversation et qu'il ne le faisait pas exprès.

Un nœud bien trop familier commença à se former dans sa gorge lorsqu'elle comprit qu'il allait avoir le dernier mot. Ce gamin était décidemment bien trop malin. Au final, il était peut-être un Serpendaigle, non ?

- Mon père travaille au Ministère, au département des sports et jeux magiques.

- Et ta mère ?

- Retourne dans ton dortoir, vraiment. Tu n'as rien à faire ici.

Et l'intonation de sa voix devait être particulièrement convaincante, car le gamin fila sans demander son reste.