Merci à Isabel Pearl & Maneeya d'avoir pris le temps de laisser une review :)
Bonne lecture !
(Quelques secrets qui tombent dans ce chapitre ...)
A quoi reconnait-on que l'on est amoureux ? C'est très simple. On est amoureux quand on commence à agir contre son intérêt.
Extrait de l'amour en fuite.
Lorsqu'Isabel Lowell pénétra dans la Grande Salle ce matin, son visage était tout aussi pâle qu'à son habitude et aucune mèche ne dépassait de son chignon. De plus, c'était toujours une coutume pour elle de porter un uniforme impeccable et sa chemise sans plis était moulée dans sa jupe noir dans une harmonie parfaite.
Rien ne donnait l'impression que quelque chose dérogeait à la règle.
Sauf qu'en ce mercredi 18 octobre, Isabel Lowell dépassa la table des Poufsouffle sans donner l'impression d'avoir reconnu ses amis et alla tout naturellement s'assoir à la table des Serpentard, aux côtés de son petit ami. Ignorant avec un flegme remarquable les regards étonnés qui se posaient sur elle, la jeune fille adressa un frêle sourire à Thomas Ayling, qui avait la bouche légèrement entrouverte et attrapa un toast, comme si ce geste était parfaitement naturel.
- Tu t'es trompée de table, remarqua une jeune fille aux cheveux clairs qui tombaient en dessous de ses oreilles, relevant le nez d'un tas de parchemins dans lesquels elle était plongée.
Isabel s'autorisa à détailler Heather Moorehead pendant quelques secondes et décida que, si son ton n'était pas franchement amical, elle ne pensait pas réellement que la Poufsouffle ait pu s'installer volontairement au milieu des verts et argents.
Heather n'était pas quelqu'un que l'on appréciait spontanément, bien au contraire, mais Isabel la fréquentait depuis quelques années maintenant et elle devait avouer qu'elle possédait bien quelques qualités. Franche et entière, la jeune fille ne l'avait pas totalement acceptée depuis qu'elle sortait avec Ayling, et cela faisait quand même cinq ans !, mais, la plupart du temps, elle l'ignorait royalement et cela ne dérangeait pas le moins du monde la Poufsouffle qui lui préférait sa sœur, Harriet, beaucoup plus calme et douce. D'ailleurs, cette dernière, occupée à rassembler les miettes occasionnées par les deux ou trois tartines qu'elle venait de manger lui adressa un demi-sourire par-dessus le pichet de jus de citrouille et elle le lui rendit avec bon cœur.
Isaac Nott était le dernier membre de leur quatuor et elle le trouvait très intéressant. Outre le fait qu'il soit un exemple de stoïcisme, elle ne l'avait jamais entendu avoir un mot plus haut que l'autre, contrairement à Heather et avait compris dès les premières semaines que c'était lui le leader du petit groupe. Une place qu'il n'avait sûrement pas choisie mais qui s'accordait d'elle-même.
- Plus sérieusement, reprit Thomas qui n'était pas dupe de son petit jeu, qu'est-ce que tu fais là ?
- Est-ce que je n'ai pas le droit de m'assoir à côté de mon petit ami si l'envie m'en chante ? s'enquit Isabel sans le quitter des yeux tandis qu'elle levait un sourcil septique. Passe moi la marmelade s'il te plait.
- Heu, non, enfin si, ouais bien sûr tu peux …, s'embrouilla le Serpentard avant de pousser un grand soupir.
Visiblement mal à l'aise, il préféra lui tendre le pot et se replongea dans la contemplation d'un gâteau sec au chocolat qui n'avait rien de particulièrement alléchant mais qu'il préférait au regard accusateur d'Isabel.
- Tout le monde nous regarde, constata simplement Harriet en balançant les miettes dans son assiette vide.
- Peu importe, marmonna Nott en prenant la parole pour la première fois, interrompant ainsi Heather qui allait faire une réflexion. Lowell s'assoit où elle veut.
Satisfaite, la jeune fille hocha doucement la tête, tandis qu'un petit sourire appréciateur se nichait sur son visage.
- Il est normal qu'elle ne puisse plus supporter ses camarades, à sa place je serais déjà partit en courant depuis longtemps, continua le garçon d'un ton sérieux.
Son sourire se changea en grimace et elle le fusilla du regard tandis que Thomas éclatait de rire, comme s'il venait de sortir la meilleure blague du monde. Heather Moorehead, sans doute rassurée sur l'état mental de son ami ricana à son tour et un son rauque sortit de sa bouche, un peu comme un tambour que l'on tape sur un mur.
- Non mais vraiment, lâcha-t-elle, tu es mal placé pour me parler de mes amis Nott, n'est-ce pas ? J'ai la mémoire longue, contrairement à certaines personnes ici. Je me souviens très bien de notre première année. Pas toi ?
Isabel se permit un sourire satisfait lorsque les trois autres Serpentard se tournèrent vers Nott qui sembla, l'espace de quelques secondes, perdre un peu de sa superbe. Néanmoins, et elle n'en attendait pas moins de lui, il se reprit très vite mais ne rentra pas dans son jeu, se contentant de la dévisager d'un air sombre. Le Serpentard secoua la tête et fit signe à ses amis que cela n'en valait pas la peine, même si cela n'empêcha pas Heather Moorehead de continuer à le regarder d'un air étrange, et, pour clore totalement la discussion, s'empara d'une quatrième tartine en l'espace de quelques minutes.
- Plus sérieusement, reprit Harriet en se désintéressant de l'Attrapeur, est-ce que tu comptes démontrer à l'ensemble du château en t'asseyant avec nous pour la première fois en cinq ans que les maisons peuvent parfaitement se mélanger sans se battre comme des moldus ? Parce que si c'est le cas, je trouve ça complètement stupide.
Harriet avait toujours été la plus intelligente des jumelles.
- Et pourquoi donc ? lâcha-t-elle.
- Personne n'a envie de croire que les rebuts de la société sont fréquentables.
- Personne n'est un rebut de la société.
- A part Potter, marmonna Heather d'un ton torve. Lui, il l'est.
Isabel fronça le nez tout en poussant un petit soupir affligé, commençant à regretter de ne pas avoir rejoint ses amis qui, en plus, allaient lui poser des tonnes de questions pendant le cours de Soins aux Créatures Magiques sur les raisons de son comportement. Effectivement, même si elle sortait avec Thomas (qui n'avait pas l'air d'en mener large à cet instant précis) depuis bientôt cinq ans, jamais elle n'avait ressenti l'envie ou le besoin de déjeuner avec lui. Plutôt discrets sur leur relation, elle considérait au contraire que c'était cela qui avait scellé leur amour indéniable et, mieux encore, l'indéfectible amitié qu'ils se portaient mutuellement. De plus, elle n'avait pas envie de partager ses moments de plaisirs, doux et calmes, avec les autres. Cela ne regardait qu'eux.
Pas comme Molly et Arthur qui se bavaient dessus dès qu'ils en avaient l'occasion.
- C'était totalement immature et stupide ce qu'il s'est passé hier, commenta-t-elle doucement tout en posant son regard sur Isaac Nott.
- Je n'ai pas dis le contraire, marmonna ce dernier. Sauf, qu'il me semble que ce sont Potter et Weasley qui ont commencé à chercher la bagarre. Je n'ai fais que me défendre.
- Un sortilège du Saucisson, c'est une mince revanche, l'interrompit Heather. Potter a eu de la chance et il n'a pas intérêt à recommencer où c'est moi qui m'occuperait de son cas. Pareil pour Weasley.
- Ridicule, commenta Isabel tout en affrontant sereinement le regard noir de la jeune fille. Et tu sais que j'ai raison parce que vous devriez être au-dessus de tout ça. Nous n'avons plus douze ans à parier comme des gamins sur un match de sauvage.
Thomas Ayling eut la présence d'esprit de baisser la tête, comme -justement- un gamin pris en faute. Néanmoins, un léger sourire se dessinait sur son visage et il savait qu'Isabel n'était pas dupe. Doucement, sa main se glissa autour de la taille de la jeune fille et il se rapprocha d'elle en effectuant de petits soubresauts, faisant de son mieux pour afficher une tête peinée et repentante.
- Crétin, lâcha-t-elle alors qu'Harriet ne pouvait s'empêcher de glousser, sous le regard réprobateur de sa sœur. Mais ce que je dis est vrai ! Vous arrivez tout à fait à me supporter -ne dit pas le contraire Heather-, alors ignorer Dominique et Potter ne devrait pas être trop dur, non ? Cette guerre contre les autres maisons est totalement stupide.
- Et pourquoi nous ?
- Parce que eux n'y arriverons pas, grogna-t-elle après un court laps de silence, la mine soudainement revêche.
- Sauf que, pour ta gouverne, ce n'est pas parce que Potter est à Gryffondor que nous ne pouvons pas le sentir, mais parce que c'est un parfait crétin, conclut Heather en commençant à rassembler ses parchemins, prête à partir pour leur premier cours de la journée.
OoOoOoOo
Papa,
A l'heure qu'il est, tu as sûrement dû recevoir le hibou de Poudlard et un parchemin signé de la main du Professeur McGonagall elle-même. Tu dois être terriblement déçu mais pas autant que je ne le suis moi-même.
Des excuses, je pourrais en trouver des centaines mais la vérité est que, même si cette fille, cette Weasley, a commencé, je sais très bien que je n'aurais pas du rentrer dans son jeu. Malheureusement, j'ai agit comme le plus stupide des Gryffondor et cela a failli me coûter mon insigne.
Je me souviendrais longtemps de ma punition, même si McGonagall a été clémente et ramené les heures de retenues jusqu'aux vacances de Noël, mais cela ne m'empêchera pas d'accepter la tienne en plus.
J'espère que tu vas bien et Tilmit aussi, je t'embrasse et j'ai hâte que les vacances arrivent.
Gemma.
PS : Ne devrais-tu pas consulter pour True ? Elle m'inquiète, elle vole de plus en plus bizarrement et parait fatiguée.
Avec un pincement au cœur, la jeune fille scella le parchemin qu'elle venait de terminer à la va-vite et l'accrocha aux pattes de sa chouette qui hulula en guise de remerciement. Effectivement, elle n'avait pas menti, si True se faisait vieille et de plus en plus fatiguée, sa chouette mettait toujours autant d'entrain à faires les trajets jusqu'à Londres pour retrouver son père.
- Tu crois que cela suffira pour s'excuser ? déglutit Nella en regardant l'un des grands ducs de l'école disparaitre à l'horizon, le même type de lettre accroché à ses pattes.
Gemma lui lança un regard équivoque et le visage de son amie se ferma un peu plus. Là où elle-même avait de la chance et savait pertinemment que son père ne pourrait s'empêcher de lui adresser des remontrances salées mais qui resteraient décentes, Nella ne pouvait pas prétendre anticiper la réaction de ses parents et, plus particulièrement de son père, qui était parfois dur et injuste avec elle. C'était d'autant plus rageant que la Préfète-en-Chef avait beau eut répéter que Nella n'était pour rien dans la bagarre de la veille, McGonagall n'avait rien voulu entendre.
- J'espère qu'ils ne vont pas m'envoyer une Beuglante, reprit la Serdaigle en passant une main dans sa nuque. Tu imagines l'humiliation ?
- Bien sûr que non, ne t'inquiètes pas, murmura Gemma en portant ses mains par l'une des meurtrières, tandis que True s'envolait doucement. Peut-être même qu'ils iront voir McGonagall, pour enlever ta punition.
Nella se mordit les lèvres tout en baissant le regard tandis que la jeune fille esquissait un geste réconfortant vers elle. Néanmoins, elle retira bien plus son bras, alertée par des pas dans l'escalier, puis des éclats de voix. Les deux jeunes filles se retournèrent vers l'escalier, intriguées par la conversation.
- Ca t'apprendra, disait une voix féminine, un peu grave.
- Tu veux peut-être suggérer à ma mère de m'envoyer une beuglante ?
- Excellente idée !
Mais cette fois-ci, la voix était plus moqueuse et elles entendirent un petit rire mutin.
- Et puis, combien de fois faudra-t-il que je te fasse remarquer que je n'ai rien fait ! Tu voulais peut-être que j'assomme ta copine pour l'empêcher de se donner en spectacle ?
Elles n'entendirent pas la réponse de la jeune fille, car les deux protagonistes venaient de pénétrer dans la volière et eurent la surprise de voir apparaitre Thomas Ayling, accompagnée d'une fille aux cheveux blonds impeccablement tirés en arrière et au visage très pâle, sa petite-amie, une certaine Lowell. Elle appartenait à la maison des Poufsouffle et jouait au poste de Batteuse dans l'équipe mais, surtout, c'était l'une des amies de Weasley et, automatiquement le visage des deux Serdaigle se ferma.
Gemma adressa un regard entendu à Nella et toutes deux amorcèrent un pas en direction des escaliers mais, à son plus grand damne Thomas Ayling, qui les avait reconnu, se tourna vers elle avec un petit sourire en direction de sa copine.
- Vous aussi, vous essayez de réduire les dégâts en envoyant milles excuses et platitudes à vos parents ?
Lowell qui venait elle aussi de les apercevoir, se tourna vers Gemma, un mince sourire se dessinant sur son visage, chose que la Préfète-en-Chef ne comprit pas et répondit par un coup d'œil étonné.
- Ouais …, murmura Nella tout en consultant Gemma du regard.
Cette dernière haussa imperceptiblement les épaules, signe qu'elle n'avait aucune idée de l'attitude à adopter. Pendant un instant, elle jaugea Lowell du regard, et même si elle ressentait une aversion naturelle à son égard à cause de Weasley, elle fut étonnée que cela ne paraisse pas réciproque. Il n'y avait effectivement aucune animosité sur son visage ou dans ses gestes.
- Ta joue va mieux ? s'enquit par ailleurs cette dernière en tournant la tête vers Nella qui sembla se ratatiner sur elle-même au souvenir du coup qu'elle avait reçu. J'ai cru comprendre que tu avais été blessée.
- Ca va mieux …, elle hésita un peu avant de poursuivre mais se ravisa et tourna la tête vers Ayling qui ne s'était pas départi de son sourire. Tu remercieras Nott de ma part.
- Tant mieux …, répondit Lowell alors que ce dernier hochait la tête.
Un silence assez gênant s'installa dans la volière, seulement rompu par les hululements des nombreux hiboux et chouettes qui y logeaient. Les deux Serdaigle décidèrent sans se concerter d'écourter la conversation, enfin l'absence de conversation plutôt et, après un bref "Bon bah … au revoir", se faufilèrent dans les escaliers à toute vitesse.
Aucune d'entre elles ne prononça un seul mot avant d'arriver dans le hall du château alors que Gemma devait se rendre en cours de Potions et Nella avait quartier libre jusqu'à seize heures où elle devait retrouver son amie en Etude des Runes.
- Bizarre n'est-ce pas ? résuma finalement Gemma en lançant un regard équivoque à la jolie blonde, laquelle hocha la tête d'un air perturbé.
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- Copier des lignes, récurer des vasques moisies, astiquer des trophées, j'aurais compris, siffla Dominique en se laissant tomber sur une chaise entre Camille et Arthur qui rédigeaient un devoir d'Histoire de la Magie dans leur salle commune. Mais, sincèrement, pourquoi est-ce que je dois faire des dissertations de Métamorphose ? J'ai abandonné cette matière y'a deux ans, est-ce que McGonagall est devenue folle ?
Sa directrice avait tenu parole et, ce matin, Dominique s'était vu remettre l'emploi du temps de ses retenues qui allaient durer jusqu'à début décembre. Et elle s'était vite rendue compte que tout avait été fait pour que cela cadre avec son emploi du temps et c'était d'ailleurs pour ne pas empiéter sur l'entrainement de Quidditch qui avait lieu à dix-huit heures que sa première retenue avait eu lieu durant les deux heures de libres qu'elle avait juste avant.
Anatole Bensberg, qui sortait lui aussi de sa retenue, vint s'asseoir aux côtés des deux autres Poufsouffle qui les regardaient d'un air compréhensif, le visage tout aussi sombre que Dominique.
- Divination, grogna-t-il. Est-ce que j'ai une tête à lire l'avenir dans une boule de cristal ? Je n'ai jamais pris cette matière en option et il a fallut que je fasse vingt centimètres de parchemin sur les divagations de vieilles sorcières complètement tarées.
- Attendez une minute …, murmura Arthur Lowe en fronçant le nez. Vous voulez dire que McGonagall vous oblige à faire des devoirs sur des matières que vous n'étudiez même pas ?
Les deux Poufsouffle hochèrent la tête d'un air sombre tandis qu'un grand soupir de lassitude s'échappait de la bouche de Dominique. For heureusement, Camille lui adressa un sourire de compassion et lui frotta vigoureusement les cheveux, qui retombèrent encore plus emmêlés sur ses épaules, détendant l'atmosphère.
- James a été obligé de faire un devoir d'Etude des Runes, ricana d'ailleurs cette dernière en se souvenant de la mine déconfite de son cousin qui étudiait d'un air vitreux un énorme manuel. Et je crois que Jordan a aussi eu droit à de la Divination.
La jeune fille omit volontairement de préciser qu'Ayling et Isaac Nott étaient là eux aussi, seules les deux Serdaigle punies ayant cours à cette heure-là, peu désireuse de s'attarder là-dessus. En réalité, si cette punition l'affligeait au plus haut point, pas un seul instant elle n'avait regretté de s'en être pris à Lysenko de cette manière, cette dernière l'ayant bien mérité, et, par conséquent, d'avoir attiré ses camarades dans cet affrontement.
Malgré tout, cela l'ennuyait un peu que James l'ait défendu, d'abord parce qu'elle n'avait vraiment pas besoin de lui et que c'était seulement un prétexte pour s'en prendre à Nott et Lysenko qu'il n'aimait pas. Ensuite parce qu'elle n'avait pas osé ouvrir la bouche au cours de Potions de cette après-midi, même pour un long monologue dont elle commençait à avoir le secret.
- Au fait, changea volontairement de sujet Camille en secouant ses cheveux courts. Tawson est sortie de l'infirmerie. Regardez !
Dominique tourna la tête vers un petit groupe de Poufsouffle de troisième année qui entourait la fillette dont le visage rayonnait, apparemment heureuse d'avoir retrouvé ses camarades.
- Il parait qu'elle ne se souvient de rien, expliqua Camille, l'air très au courant. En fait, elle était retournée chercher un livre dans la salle commune avant de rejoindre son amie à la Bibliothèque, elle se souvient être remontée et puis, plus rien, elle s'est réveillée à l'infirmerie.
- Quand on pense qu'elle a perdu tous les os de son corps, murmura doucement Anatole après avoir lancé un coup d'œil à Tawson lui aussi.
- Qui a pu faire un truc aussi affreux ? songea Dominique à voix haute avant de se reprendre. Je veux dire, ce n'est certainement pas un Professeur et personne ne peut s'introduire à Poudlard, n'est-ce pas ? Ce qui veut dire que c'est forcément un élève.
Si son agression faisait froid dans le dos, Tawson avait au moins l'avantage de lui faire oublier ses propres problèmes et, d'ailleurs, ils lui paraissaient presque dérisoires en comparaison. Parce que la personne qui commis cet acte atroce n'en était pas à son coup d'essai et rien ne l'empêcherait de recommencer. A moins que la peur de se faire prendre prenne le dessus. Après tout, les professeurs étaient à l'affut et tout le monde se méfiait, même si certaines têtes brûlées n'hésitaient pas à se balader dans les couloirs en dehors du couvre-feu.
- Bien sûr que c'est un élève, affirma Arthur en relevant les yeux du devoir dans lequel il s'était replongé. Il n'y a pas d'autres solutions. Mais dans ce cas, ça fait environ quatre cents suspects, alors ils ne sont pas près de le retrouver.
- Un Serpentard ? proposa Dominique.
Anatole leva les yeux au ciel et elle lui offrit l'un de ses plus beaux regards noirs avant de reprendre.
- Hemwould est à Serdaigle et Tawson à Poufsouffle. Ne restent que les Gryffondor et les Serpentard, alors à choisir …
- La personne qui fait ça n'a peut-être pas le même entêtement que toi par rapport aux maisons, soupira Anatole.
- Quoi d'autre alors ? s'enquit Camille, prenant la défense de sa meilleure amie. Tu crois qu'il les agresse parce qu'ils ont fait quelque chose ? Tu vois cette gamine en train de commettre une bêtise ?
Elle désigna Tawson du regard, qui avait l'air aussi angélique que possible avec sa mine réjouie et son long sourire, et Dominique hocha la tête en signe d'approbation. Arthur leva les bras en l'air, signe qu'il ne prendrait pas part au débat alors, finalement, Anatole abdiqua.
Et puis, de toute façon, il était l'heure pour Dominique de se rendre au terrain de Quidditch. Après un rapide passage au dortoir, elle retrouva Carrie, la petite attrapeuse et Abel McKinley qui l'attendaient de pied ferme. Ces trois heures d'entrainement allaient au moins avoir le mérite de lui faire oublier cette laborieuse journée. Plongée dans sa discussion avec ses deux coéquipiers, elle ne fit même pas attention à la silhouette sombre qui les suivait.
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Car Gemma Lysenko n'avait pas oublié le secret, présumé, que cachait Dominique Weasley et encore moins après l'altercation de la veille. Pire, il lui paraissait maintenant nécessaire, presque vital, de le découvrir et l'adrénaline qui palpitait dans son cœur alors qu'elle se glissait doucement dans les gradins, restant cachée tout en haut des escaliers, n'était pas déplaisante.
A Nella, elle n'avait rien dit bien évidemment. Son amie avait d'autres soucis en tête, surtout lorsque son père apprendrait qu'elle était en retenue jusqu'à la fin du mois, et il était hors de question qu'elle la mêle à tout ça. Peut-être qu'elle avait un peu peur que Nella ne tente de la détourner de sa mission aussi, même si elle était tout autant enragée qu'elle contre Weasley et Potter. Mais, après tout, ce n'était pas son combat, pas elle qui avait un compte à régler avec les deux cousins. Et si Gemma n'avait pas la force de s'occuper du Gryffondor, elle était sûre et certaine de tenir quelque chose avec la petite garce de Poufsouffle.
Alors, depuis le dernier cours de Botanique, lorsque Nella lui avait dit avoir entendu Weasley parler d'une mauvaise chute alors qu'il était impossible que ce soit ça, elle avait décidé de la suivre, afin de démêler le vrai du faux. Bien évidemment, il était possible que ce ne soit pas intéressant, du moins pas assez pour pouvoir à son tour la briser, mais elle devait quand même essayer. Tenter sa chance.
Alors Gemma suivrait Weasley pendant des mois s'il le fallait, qu'il neige, pleuve ou vente et elle était même prête à supporter tous ses entrainements de Quidditch alors qu'elle avait horreur de ce sport et n'avait jamais su tenir sur un balai.
Parce qu'elle n'avait plus que ça pour se raccrocher.
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Bien plus tard dans la nuit, alors que Gemma Lysenko avait du abdiquer et prendre son tour de garde avec James Potter, une boule dans le ventre qui se faisait presque lacérant, comme tous les mercredi soir, et qu'il l'ignorait avec brio, marchant à quelques mètres devant elle, deux silhouettes sveltes s'engouffrèrent dans une vieille salle de classe inutilisée. Enfin, inutilisée jusqu'à la veille, car c'était là que se déroulaient les retenues de la poule de Weasley et compagnie.
La première était blême et ne cessait de passer sa main dans sa chevelure épaisse et brune, tout en lançant des regards furtifs à la deuxième lorsque cette dernière ne la voyait pas. Plutôt grande, cette jeune fille avait le visage constellé de tâches de rousseurs et des yeux verts dans lesquels on se noyait allégrement. Sa taille était fine mais sa poitrine bien remplie se soulevait au rythme des battements de son cœur sans qu'elle ne fasse rien pour les endiguer.
La seconde était plus petite, plus banale aussi. Ses cheveux clairs, châtains mais pas blonds, tombaient presque sur ses épaules, ses yeux étaient marrons, et ses joues étaient bien rose. Elle dégageait une assurance tranquille que l'autre n'avait pas, à cet instant présent, et qui ne s'ébranla même pas lorsque l'autre ignora la main qu'elle lui tendait. Autre fait marquant, elle n'avait pas quitté son uniforme vert et argent, même à cette heure avancée de la nuit.
- Tu ne veux plus ? s'enquit tranquillement celle qui portait l'uniforme des Serpentard.
- Si, bien sûr que si …, répondit l'autre en ouvrant grands les yeux, même si, avec l'obscurité, la première ne le remarqua pas. Mais, Heather, c'est toi qui fais la gueule depuis tout à l'heure, n'est-ce pas ?
Heather Moorehead se mordilla la lèvre, honteuse d'avoir pu laisser transparaitre son humeur, à moins que ce ne fut l'autre qui arrivait à lire si facilement ses pensées et eut un geste d'impatience.
- Ce n'est pas important, murmura-t-elle sans se départir.
- Si, la contredit l'autre en reprenant un peu de son assurance légendaire. Parce que si tu ne me dis pas tout, alors on y arrivera pas. C'est dur pour moi en ce moment tu sais et j'ai besoin que tu sois honnête avec moi parce que si tu ne l'es pas, je vais arrêter d'y croire. Et j'ai envie d'y croire.
- D'accord, admit l'autre, un peu surprise de l'entendre parler si distinctement. C'est juste … Potter.
- Je le savais.
Heather s'approcha de la jeune fille et, une nouvelle fois, tenta d'attraper sa main. Une fois encore son geste fut coupé en plein vol mais, cette fois, c'était l'autre qui avait pris l'initiative de l'attraper. Son cœur fit un bond lorsque les doigts fragiles lui caressèrent la paume mais son visage resta stoïque. Pas question de lui montrer qu'elle lui faisait autant d'effet, pas maintenant en tout cas.
- James est mon ami, reprit l'autre en se mordillant la lèvre à son tour.
- Justement, approuva la jeune Serpentard, comment est-ce que tu peux être amie avec un imbécile pareil ? Je … tu n'as donc pas vu ce qui s'est passé hier soir ?
- Bien sûr que si. Et il a peut-être porté le premier coup à Nott mais, au final, c'est lui qui s'est retrouvé saucissonné au pied de l'estrade.
- Alors tu cautionnes ?
Un silence plana soudainement, presque gênant, mais son cœur se réchauffa instantanément alors que l'autre reprenait la parole.
- Non, je n'approuve pas tout ce que fais James. Pas ça en tout cas.
- Alors, tu comprends bien que ce n'est que le début ?
A cet instant, elle eut une pensée pour Isabel Lowell, cette grande slave de Poufsouffle, et son discours au petit déjeuner. Heather n'aimait pas Lowell, principalement parce qu'elle n'était pas de sa maison, mais, bizarrement, la respectait. Déjà parce qu'elle n'était pas une de ses poules ricanant bêtement comme Weasley et, la preuve, elle avait très bien deviné que les choses n'allaient pas aller en s'améliorant.
- Mais je ne cautionnes pas le fait que Nott ait répondu à ses attaques, riposta la deuxième.
- Et bien moi si. Il fallait défendre l'honneur de notre maison et il l'a fait brillamment.
Leurs doigts s'entremêlaient toujours.
- Ecoute-toi parler. Potter à le même discours.
- Ne me compare pas avec lui, murmura Heather en baissant la tête. C'est … c'est à cause de lui ... que nous sommes là ce soir, dans cette salle glauque après le couvre-feu au risque de nous faire surprendre, c'est à cause de lui si nous … Bordel, Dewi, je croyais qu'on était d'accord ?
- Alors c'est ça le véritable problème, conclut Dewi Karlson en lui tournant soudainement le dos, sa main se détachant de l'autre avec brutalité.
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- Encore devant ce devoir à une heure pareille ? s'enquit une voix ensommeillée, provenant de l'escalier menant au dortoir des filles.
Arthur Lowell sursauta et releva la tête. Quelle ne fut pas sa surprise de voir, qu'en cette heure avancée de la nuit -il était près d'une heure du matin-, Camille Teyssier se frotter les yeux d'un air fatigué, tout en se dirigeant vers lui.
C'est vrai qu'il avait déjà commencé ce devoir durant l'après-midi mais très pointilleux, trop peut-être, Arthur n'avait pas réussi à s'endormir en songeant que Binns ne lui accorderait pas plus d'un A s'il le lui rendait tel quel. Lui, il n'était pas comme Molly qui avait de bonnes notes dans toutes les matières, comme Dominique qui se tournait les pouces et arrivait quand même à sauver les meubles ou Camille qui excellait naturellement en Sortilèges. Non, s'il avait autant de bonnes notes -toujours des EE ou des O- c'était à force de longues nuits de travail comme celle-ci.
- Joana ronfle, marmonna la jeune fille en passant une main dans ses cheveux noirs épais de quelques centimètres sur le sommet de son crâne, chassant un épis qui se dressait sur sa tête, avant de s'asseoir à ses côtés. Je n'arrive pas à dormir.
Arthur hocha la tête en prenant un air compatissant, tout en remontant ses lunettes sur son nez, signe évident de gêne chez lui. Ce faisant, il remarqua que l'épis noir sur la tête de Camille avait repris sa place et ne put s'empêcher d'y passer la main, avant de la retirer comme s'il s'était brûlé.
Même si ses pommettes rouges avaient pris une délicieuse teinte rouge, cette dernière ne sembla pas s'en apercevoir et le remercia du regard, tout en baillant.
Hormis Molly, Camille avait toujours été sa préférée parmi les filles de son année. Il jugeait Joana trop frivole, Dominique trop impétueuse, et Isabel trop inaccessible malgré toute l'amitié qu'il leur portait. Avec Camille, c'était différent. Ils avaient passé la majeure partie de leur première année ensemble, quand Dominique et elle n'étaient pas encore inséparables, et appréciait véritablement sa compagnie. Douce et joyeuse, elle était doté d'un caractère toujours égal et même s'il n'aurait pas du s'en soucier, vraiment pas, il la trouvait de plus en plus jolie avec les années.
Alors, doucement, les yeux à demi-clos, il se pencha un peu, ses lèvres effleurant celles de la jeune fille avec une délectation non feinte alors que Camille glissait sa main toute douce dans la sienne.
- Tu tombes bien, il faut qu'on parle, fit Arthur quelques secondes plus tard.
- C'est pas forcément bon signe quand tu me dis ça, grogna la jeune fille.
- Il faut le dire à Molly.
- On a déjà eu cette conversation milles fois.
La jeune Poufsouffle sembla se tasser sur son siège et lui adressa un regard plein de sous-entendu avant de reprendre, plus fermement.
- On ne dit rien, on ne fait rien. Ca la tuerait.
- Elle le saura bien un jour. Ca fait des semaines qu'on se cache, tu crois que c'est mieux ?
Oui, c'était mieux selon elle. Il connaissait le fond de sa pensée et n'était pas d'accord. Pourtant, rien que l'idée d'aller à l'encontre de Camille le rendait malade. Si elle avait bien un point commun avec Dominique, c'était qu'elle ne lâchait jamais le morceau. Et elle aurait bien été capable de le laisser tomber sur un coup de tête s'il la trahissait.
Arthur poussa un profond soupir avant de se replonger dans son devoir d'Histoire de la Magie, ignorant royalement la brunette aux cheveux courts.
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- Je t'ai dis que je ne voulais pas en parler à James, pour l'instant, reprit Dewi après quelques secondes de silence. Et ça implique cette salle sombre, toutes ses cachoteries et le fait que l'on ne puisse se voir que rarement. Et encore, si on continue à sécher les mêmes cours, les gens vont finir par se douter de quelque chose, mais tu étais d'accord. Tu étais d'accord pour tout ça.
Malgré tout, elle ne chercha pas à se retourner, certaine qu'Heather était capable de lui faire croire le contraire, que c'était elle qui avait tort, en quelques secondes.
- Est-ce que c'est vraiment le fait que ce troll de Potter soit au courant qui te dérange ou plutôt que, lorsqu'il le sera, les autres aussi ?
Et voilà, elle n'avait pas tort en songeant qu'Heather était bien plus manipulatrice encore que ce qu'elle laissait paraitre. Ou alors, c'était seulement du bon sens, réalisa-t-elle quelques secondes plus tard. Mais elle ne pouvait pas approuver, pas si elle voulait garder Heather.
Parce que Dewi savait pertinemment qu'elle allait l'accuser d'avoir, honte, d'avoir honte d'elle et ce n'était pas ça du tout. Non, en vérité, elle avait la trouille, une peur monstre et ça la foutait en rage. Parce qu'elle était censé être une courageuse Gryffondor, non ? Elle était Dewi Karlson, adulée par la moitié des mecs de l'école et appréciée par la plupart des élèves des deux sexes. Elle était canon, assurée et n'avait jamais douté d'elle.
Et cela faisait déjà quelques temps qu'elle savait que ce n'était pas vrai, plus maintenant en tout cas.
Sauf que, se montrer faible et lâche était contre sa nature et elle se dégoûtait elle-même, alors que tout son être se liguait contre son esprit et prenait le dessus sur son bon sens. Il n'y avait qu'à voir la manière dont elle se comportait avec James, cette manière qu'elle avait de fuir une confrontation qui viendrait de toute façon.
- Comment peux-tu croire ça ? lâcha finalement la Gryffondor. C'est … stupide.
Le souffle de sa camarade se fit soudainement plus léger et quelque chose se brisa un peu plus en elle.
Non, décidemment, aujourd'hui plus que nul autre jour, Dewi Carlson se sentait nulle.
Mais cette sensation de culpabilité disparut lorsqu'Heather cala ses mains autour de son ventre, posant sa tête sur son épaule. La jeune fille ferma les yeux en sentant son souffle chaud sur son cou, son oreille, et se mordit doucement la lèvre.
Ce soir, elle avait mieux à faire que de parler à James Potter. Demain, oui demain, elle lui dirait la vérité.
Alooors ? Et on ne lance pas de tomates sur Camille, je l'aime bien moi !
