Merci à Isabelle Pearl, Eunolie & Jolierosedu68 (J'ai une foule d'idées pour cette fic et je sais exactement où je veux aller, mais ça ne t'empêche pas de proposer, ça se trouve on voit les choses de la même façon ! Merci pour ta review :) )
Bonne lecture !
Votre véritable ami est celui qui ne vous passe rien et qui vous pardonne tout
Diane de Beausacq
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- On pourrait faire une partie de cartes explosives ?
Tout en parlant, James Potter avait plongé la main droite dans la poche de sa cape et ressortit un jeu de cartes un peu brûlées sur les coins et dont les figures étaient légèrement effacées. Ce n'était pas vraiment étonnant, après tout, c'était un jeu qui avait appartenu à ses parents et donc qui avait du vécu. Dewi Carlson le regarda d'un air un peu perplexe et Wil Jordan haussa les épaules, ce qui fit grimacer le jeune garçon.
- Aller quoi, on est samedi, c'est le soir d'Halloween et personne ne fait attention à ce que l'on fait, lança-t-il tout en jetant un coup d'œil à la table des Professeurs qui étaient tous occupés à manger, discuter ou s'endormir dans son plat, tel le professeur Lastek qui n'écoutait pas un traitre mot de ce que lui disait Miss Joly, sa voisine. Et même si c'est le cas, personne ne viendra nous réprimander. On va quand même pas passer notre soirée comme de vrais Serdaigle ! Y'a qu'à regarder Lysenko pour en être convaincu, non ?
Et effectivement, à deux tables d'eux, Lysenko avait pris du retard sur les autres élèves et attaquait seulement son plat, tandis que son amie Flint, une très jolie fille, lui parlait de temps en temps. James fronça les sourcils. Est-ce qu'un jour ses amis et lui auraient un air de rabat-joie eux aussi ? Il frissonna à cet idée et, relevant le nez vers Dewi, ne comprit pas immédiatement pourquoi elle levait les yeux au ciel.
- Bonne idée …, commença Wil.
- Tu ne veux vraiment pas arrêter avec elle ? le coupa Dewi. Ca commence à devenir lassant.
Lentement, James dévisagea sa meilleure amie, ne sachant pas vraiment comment réagir. Aux nombreuses allusions qu'elle faisait depuis le début de l'année, il avait bien compris qu'elle était sérieuse. Ce qui lui échappait était pourquoi ? L'an passé, si Dewi ne s'attaquait jamais personnellement à la Serdaigle, cela ne l'empêchait pas de rire de son comportement avec eux. Et elle n'était jamais la dernière à leur rapporter que Lysenko avait encore pleuré suite à une de leur rencontre. Dewi n'avait jamais fait dans la dentelle.
Sauf que, depuis le début de l'année, il la trouvait bien plus secrète et renfermée, savait pertinemment qu'elle cachait quelque chose et n'avait pas encore réussi à faire parler Wil, et cette façon qu'elle avait de se mêler de ses histoires l'agaçait vraiment.
- Est-ce que tu vas me dire, un jour, pourquoi tu me gonfles comme ça avec Lysenko où, ça aussi, je dois le deviner tout seul ? ironisa le Préfet-en-Chef sans la quitter du regard.
- Tu l'as fait pleurer pendant six mois, il serait peut-être temps d'arrêter de la chercher, lança Dewi mais il lui sembla qu'elle avait rougi, comme si elle ne disait pas entièrement la vérité.
- Elle m'a foutu une baffe en début d'année et on dirait qu'elle est toujours sur le point de tuer Dominique, ça me suffit comme raison.
- Sauf que tu n'es pas si proche que ça de ta cousine, ce n'est d'ailleurs carrément qu'un prétexte idiot et que tu as bien mérité ta gifle.
- Bien mérité ? rétorqua James en occultant la première partie, qui n'était d'ailleurs pas loin de la vérité. J'ai seulement dis qu'elle devait arrêter de se goinfrer ou un truc du genre, c'était une blague, je ne vois pas pourquoi elle a réagi comme ça.
- Lysenko est tout à fait normale, soupira Dewi en attrapant une mèche de ses cheveux avec laquelle elle se mit à jouer, comme toujours lorsqu'elle était agacée. De toute façon, on ne trouve beau que les gens qu'on aime et toi tu n'aimes que toi.
- Les gars …, marmonna Wil qui s'était, pour l'instant, contenté de les regarder tour à tour. Ca ne vaut pas vraiment le coup, non ?
En jetant un coup d'œil autour de lui, James remarqua que de nombreux regards avaient convergé vers eux, parfois avides parfois septiques, et certains élèves ne prirent même pas la peine de faire semblant de ne pas écouter leur conversation. Le Gryffondor poussa un profond soupir d'agacement, autant à leur encontre qu'à celle de Dewi qui le regardait d'un œil noir.
- Ecoute, reprit-il en se levant, je ne comprends pas pourquoi tu défends cette fille alors qu'on est amis depuis des années et que je n'ai strictement rien fait pour arriver à cette situation, mis à part deux ou trois taquineries. Mais, maintenant, si tu préfères jouer les donneuses de leçons et les cachotières, pas de soucis. Seulement, compte pas sur moi.
Le jeune homme eut un rictus qui lui déforma le visage et tourna les talons, peu désireux de s'attarder plus longtemps, tout en fourrant rageusement le jeu de cartes dans la poche de sa cape. Estomaqué, Wil le suivit du regard jusqu'à ce qu'il passe la porte de la Grande Salle comme s'il croyait seulement à une saute d'humeur. Mais James ne fit pas demi-tour.
Lorsqu'il reporta son attention sur Dewi, elle avait pâli mais ne semblait pas calmée pour autant, le défiant du regard de dire quelque chose.
- Il est vraiment de mauvaise foi, marmonna-t-elle en fronçant les sourcils.
- Mais il a raison Dewi, t'es franchement bizarre avec Lysenko et si je ne savais pas pour l'autre, je penserais qu'il y a Veracrasse sous roche. Sauf que je ne crois pas un seul instant à cette théorie, ni même que tu joues les sauveuses. Tu sais quelque chose sur cette Serdaigle, j'en suis sûr et certain. Qu'est-ce qu'elle a cette fille ?
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Que devait-elle faire ?
Gemma se posait inlassablement la question sans parvenir à déterminer une réponse acceptable pour elle. Méthodiquement, elle passait et repassait les images de la soirée dans sa tête, extrêmement frustrée. Parce qu'elle en était sûre, elle n'avait pas encore atteint la solution.
Les faits étaient simples.
- Alors il y a Etude des Moldus, Soins Aux Créatures Magiques, Aritmancie, Etude des Runes …, énuméra Nella devant les visages silencieux mais attentifs de trois premières années dont Mervin Kalls, Aurora la rouquine et une certaine Tessa, qui avait la frimousse recouverte de tâches de rousseurs et de longs cheveux bruns très épais.
Elle avait vu Weasley soufflant comme un bœuf et véritablement mal en point la dernière fois à l'infirmerie et, ce soir, elle venait de la voir semer ses amis pour se rendre à l'infirmerie et en repartir avec un stock de potions dans sa cape. Cape qu'elle n'avait pas en entrant, or il ne lui semblait pas que Pomfresh faisait la distribution de vêtements. Ce qui signifiait que l'infirmière était au courant et que les fioles venaient d'elle.
Super, elle avait donc découvert que Weasley souffrait d'une angine ou d'un truc comme ça. Parce que plus elle y pensait, plus il lui semblait qu'elle avait mis le balai avant le joueur et que son intuition avait été nulle.
- … et Divination, compléta Mervin avec un grand sourire, l'incident du jus de citrouille étant apparemment totalement clos.
- Exact, grinça son amie. Mais je ne vous conseille pas de prendre cette option en troisième année. Ce n'est que fumisterie et imagination. Personne ne peut prétendre lire l'avenir dans une boule de cristal ou des feuilles de thé. Non, il vaut mieux prendre l'une des quatre autres et même plusieurs pour mettre toutes les chances de votre côté.
- Toi, t'as pris quoi ? l'interrogea Aurora la rouquine faisant taire Mervin qui allait riposter, n'aimant pas franchement être contredit.
- Soins Aux Créatures Magiques et …
Franchement, ne s'était-elle pas emballée pour rien ? N'avait-elle pas imaginé quelques secrets parce que Weasley lui sortait par tous les orifices et qu'elle cherchait simplement à se venger ? Son excitation était retombée comme un soufflet et elle était un peu dépitée même si … oh même si elle voulait croire de tout son être que quelque chose n'était pas clair. Après tout, pourquoi avoir semé ses amis juste pour une angine ? Pourquoi cette histoire de vilaine chute pour expliquer un séjour à l'infirmerie à cause d'angine (ou quelque chose d'approchant) qui aurait pu être tout aussi plausible ?
- Je sais que j'ai raison, marmonna Gemma en tapant mollement du poing sur la table sans faire attention aux regards des trois premières années et de Nella qui convergèrent instantanément vers elle.
- De quoi tu parles chef ? demanda Mervin avec un enthousiasme certain, peut-être un peu trop affiché, car il fit sursauter la jeune fille.
- Hein ? Oh, je pensais à un devoir d'Histoire de la Magie, désolée je ne m'étais pas aperçue que je parlais à haute voix.
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- Je ne peux pas en parler …, hésita Dewi. C'est une histoire d'adultes. Ma mère m'a … enfin je ne crois pas que ce soit une bonne idée de le crier sur tous les toits.
- Ta mère ? Qu'est-ce que ta mère a à voir là-dedans ? s'offusqua le métis.
Si ses souvenirs étaient bons, la mère de Dewi Carlson travaillait au Ministère, à un poste d'encadrement du Bureau de Régulation des Immigrations Magiques. Il se souvenait de … Evie ? Oui, c'était ça Evie Carlson comme d'une sorcière trentenaire, qui avait eu sa fille très jeune sans jamais connaitre réellement le nom de son père. D'ailleurs, elle n'avait ni la beauté ni la luminosité de sa fille, seulement le même caractère joyeux et taquin de cette dernière (enfin, le caractère de la vraie Dewi). La dernière fois qu'il l'avait vu, deux étés plus tôt, il se souvenait qu'elle déplorait n'avoir pas pu trouver de travail plus intéressant que le sien qui, même si elle avait plusieurs personnes sous ses ordres, se composait de paperasses.
- Pas grand-chose, rougit Dewi en évitant son regard. Mais si je te le dis alors James sera au courant et cela fera le tour de Poudlard. Je ne veux pas être à l'origine d'une telle rumeur. Alors, par Merlin, ne me pose plus de questions là-dessus.
Et Wil fut tellement abasourdi par la réaction de son amie, qui semblait cacher bien plus de choses qu'il ne l'aurait soupçonné, qu'il n'osa pas la contredire.
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Les mains enfouies dans ses poches, la mine sombre, James n'était pas remonté au dortoir des Gryffondor comme il l'escomptait au départ mais avait préféré faire un tour dans le parc pour calmer ses nerfs. Il avait un instant songé à enfourcher son fidèle balai mais le couvre-feu était trop proche pour qu'il tente une telle escapade nocturne. Non pas qu'il soit du genre à respecter le règlement à la lettre mais il était déjà en retenue jusqu'à Noël et le souvenir cuisant d'une missive de ses parents lui trottait toujours dans la tête.
Alors James marchait et se demandait ce qui ne tournait pas rond à Poudlard en ce moment.
Entre ces agressions inexpliquées, la haine spontanée qu'il nourrissait envers Lysenko depuis quelques semaines et l'avait conduit à écoper d'une bonne cinquantaine de retenues (il n'avait pas vraiment compté mais avait hâte de voir Décembre s'achever) et le comportement étrange de sa meilleure amie, il y avait de quoi se poser des questions.
Mais, même lui n'était pas autant de mauvaise foi, il devait bien avouer que la seule chose qui le dérangeait vraiment ce n'étaient pas les leçons de morales de Dewi mais ses mensonges. Sa plus vieille amie, la seule d'ailleurs, qui ne lui avait jamais rien caché, lui mentait ouvertement et, pire, Wil Jordan était dans la confidence et lui non plus ne voulait rien lui dire.
Mis à l'écart, comme un vulgaire étranger.
C'était frustrant, gênant et terriblement agaçant, songea James tout en s'accoudant un instant contre la volière, où ses pas l'avaient tout naturellement menés.
Il n'était pas n'importe qui, quand même.
Et malgré ses airs immatures et effrontés, il n'était pas idiot James et sentait que ce qui se tramait autour de son amie n'était pas bon, pas bon du tout. Peut-être même grave étant donné l'énergie qu'elle mettait à le lui cacher.
Et Lysenko, bordel, qu'est-ce qu'elle a avec Lysenko en se moment ? s'enquit-il silencieusement alors qu'il se dégageait violemment du mur de pierre et pénétrait dans la petite tour en raclant des pieds contre le sol caillouteux.
Lysenko, cette petite idiote qui paraissait être née pour jouer les souffres douleurs. Sa haine s'était encore accentuée depuis la dernière fois, depuis cette bagarre où il avait tant voulu l'envoyer valser contre le mur, Nott avec, pour entièrement illuminer sa journée. Il la trouvait énervante, terriblement énervante à se laisser faire de cette manière tout en sachant très bien qu'il n'avait commencé à s'intéresser à son cas que le jour où elle avait réagi, justement.
Une marche, puis deux, trois, quatre, cinq.
Une gifle, une humiliation. Personne n'avait le droit d'humilier James Potter de la sorte.
Six, sept, huit, neuf, dix, onze marches.
Une gifle, une humiliation, rendue au centuple. Cela fonctionnait comme ça pour lui.
Vingt, vingt-et-une, vingt-deux, vingt-trois.
- Bordel !
James n'avait pu s'empêcher de jurer et, plus tard, se demanderait si c'était une coïncidence que ses pas l'aient justement mené ici, dans la volière, où si tout cela avait été prémédité depuis le début. Se désintéressant totalement de Dewi, de ses problèmes si insignifiants à ce moment précis, James se précipita vers le fond de la volière, juste devant des hiboux hululant d'une voix criarde.
Puis, il se laissa tomber lourdement à genoux, agrippa la masse sombre qui reposait sur le sol froid par les épaules et la secoua vivement. Sa tête avait l'air d'un pantin désarticulée et elle garda les yeux clos. Maladroitement, ses yeux se posèrent sur le reste de son corps et il n'hésita pas à poser ses mains sur l'une de ses jambes, nues car sa robe noire remontait le long de ses cuisses.
Oh, non, James n'était pas l'un de ces pervers qui profitent de la détresse des filles. Il voulait juste vérifier si tous les os de la fille étaient bien là. Et, au contraire d'Hemwould et Tawson, elle avait l'air d'avoir tous ses membres. Peut-être était-elle évanouie ? Dans ce cas, pourquoi ne se réveillait-elle pas ?
James secoua plus fort et la tête brune de la fille rebondit sur les pierres de la volière. Alors il cessa. Ses yeux se posèrent sur la petite main serrée qui reposait sur un bout de parchemin scellé et qui se trouvait près de l'un de ses genoux et, plissant les yeux, il remarqua que quelque chose en dépassait. Il hésita mais sa curiosité fut la plus forte et il attrapa le petite bout de papier, tout en essayant de ne pas le déchirer.
Il était très petit et ne faisait que quelques centimètres carrés. Dessus, une peinture d'un quelconque artiste était dessinée très finement et représentait une large bande de sable et une longue étendue d'eau. Il releva un chiffre en bas, à droite. C'était quoi ce truc ?
Revenant à la raison, James se releva et lança un dernier regard à la fille allongée par terre.
- Bouge pas Teyssier, je reviens.
Evidemment, elle n'avait pas vraiment l'air en état de bouger mais peut-être que la meilleure amie de Dominique pouvait l'entendre. Il n'en savait rien.
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A la table des Serpentard, l'ambiance avait fini par se réchauffer et Thomas Ayling réussit à faire rire Heather Moorehead avec une blague sur une harpie, un inferi et un gnome. Blague qu'il racontait depuis ses onze ans et qui variait légèrement selon les situations, énervait souvent car tous la connaissait par cœur mais arrivait parfois à dérider les cœurs.
- Tu pourrais en apprendre une autre, lui suggéra Nott avec un regard entendu.
Evidemment, dans chaque groupe d'élèves, il y avait toujours un pour se montrer plus rabat-joie que les autres. En réalité, même le placide Isaac Nott abordait un semblant de sourire tandis qu'Heather se gondolait toujours (et la blague d'Ayling ne valait vraiment pas ça).
- Celle-là suffit, remarqua ce dernier en fronçant les sourcils. Je n'imagine pas dans quel état sera notre Heather si je place la barre plus haut.
Tout comme Harriet, il avait les yeux qui pétillaient, ravi de pouvoir enfin s'amuser un peu.
Alors que la conversation s'amenait d'elle-même, Nott resta un peu en retrait. Ses yeux noirs se portèrent sur l'entrée de la Grande Salle et il fronça les sourcils se demandant à quoi jouait encore cet idiot de Potter. Courant comme un Hippogriffe, le Gryffondor fit un dérapage incontrôlé devant la table des Professeurs, manquant de renverser l'assiette d'Assem, leur directrice de Maison, qui ouvrit la bouche pour le réprimander. Il observa Potter lui couper la parole, murmurant quelque chose entre deux inspirations pour reprendre son souffle et le visage inquiet de McGonagall qui se trouvait à côté ne lui dit rien qui vaille.
Il était observateur Isaac. Pas spécialement discret, ni-même invisible, mais observateur et ses méninges fonctionnaient très bien. Seulement, il n'était pas comme la plupart des filles -Heather y comprit- qui commérait à qui le mieux. Par exemple, il savait très bien que la mère de Lysenko était morte cet été et avait même été surpris que personne n'en parle à la rentrée. Certes, la nouvelle n'avait pas fait la une des journaux mais il y avait quand même quelques lignes concernant cette quadragénaire employée au Ministère. Mais, doté d'une grande opinion de sa personne, Nott s'était dit que personne n'avait fait attention au nom de famille, contrairement à lui, et puis Lysenko n'était pas très populaire.
A présent, Potter repartait en direction inverse avec non seulement Assem et McGonagall sur ses talons mais aussi Scott, le Directeur des Poufsouffle et Londubat. Seulement ce dernier fit demi-tour avant d'atteindre les portes.
A présent, il n'était pas le seul à avoir remarqué l'étrange manège des Professeurs et de Potter et de nombreux élèves s'étaient tus, contemplant la scène avec avidité. L'autre moitié en fit de même lorsque Londubat rejoignit la table des Poufsouffle à grandes enjambées. C'était étrange un tel silence dans une salle si remplie d'ailleurs.
Le jeune Serpentard regretta que cette attitude ne s'applique pas à tous les repas.
- Mais qu'est-ce qu'il se passe ? murmura Harriet, les yeux grands ouverts, alors que Londubat se penchait vers les septièmes années de Poufsouffle.
- C'est pourtant évident …, commenta le jeune homme.
Il vit Dominique plaquer deux mains horrifiées contre sa bouche et tout le monde entendit le couinement de sa cousine -une rouquine, Molly Weasley- à mi-chemin entre le crissement d'une craie et le cri d'un Véracrasse. La petite blonde aux cheveux emmêlés se leva d'un bond et ses amis voulurent en faire de même mais Londubat dut s'y opposer car tous se rassirent sauf Lowell, la petite-amie de Thomas, qui les rejoignit en quelques pas.
- C'est pourtant évident, reprit-il avec un sourire crispé alors que les trois autres le regardaient bizarrement. Il y a eu une autre agression.
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Les élèves avaient été priés de retourner dans leurs dortoirs par le professeur Lastek et ceux qui ne voulaient pas obtempérer étaient remercié d'un long sermon voire d'une retenue pour les plus récalcitrants.
Gemma, Nella et leur petite troupe de premières années n'eurent pas besoin que l'on leur répète plusieurs fois. Passant devant un grand échalas à lunettes qui parlementait avec le professeur Wiertz pour, d'après ce qu'elle comprit en quelques mots, rejoindre Weasley, Potter et le reste des professeurs, ils se dirigèrent calmement dans le hall, veillant sur les gamins comme une mère sur sa portée.
En réalité, les deux jeunes filles n'étaient pas très rassurées et se demandaient, sans oser s'avouer la vérité, ce qu'il se passait. Et ils n'étaient pas les seuls. Tout le monde parlait, criait, supposait, faisant naitre des théories plus loufoques les unes que les autres. Suffoquant soudainement dans la foule, Gemma attrapa la main de Nella d'un côté, celle de Mervin Kalls de l'autre et se précipita vers les escaliers, inspirant une grande bouffée d'air quand elle eut monté quelques marches.
- Il y a encore eu une agression n'est-ce pas ? murmura Mervin Kalls dont les joues avaient perdu quelques couleurs et qui n'avait plus l'air d'avoir très envie de plaisanter à présent.
La Préfète-en-Chef croisa le regard clair de Nella, qui lui paraissait terriblement sombre à ce moment précis, et, doucement, hocha la tête.
- Je suppose …, murmura-t-elle sans s'arrêter de marcher.
- Qui c'est cette fois ?
Aucune des deux ne répondit. C'était plutôt logique en somme. Les septièmes années de Poufsouffle ne se séparaient jamais comme une entité ne pouvant fonctionner sans l'un de ses membres. Il y avait Weasley bien sûr, sa cousine la rouquine et son petit-ami qu'elle ne quittait pas d'une semelle, Isabel Lowell, la grande blonde étrange, un garçon un peu pataud et … Teyssier qui suivait Weasley comme son ombre et n'était pas à ses côtés lorsque Londubat l'avait rejoint.
- La dernière fois qu'il y a eu des agressions inexpliquées … commença Nella d'un ton glauque avant de se faire couper par le coude de son amie qui lui rentra dans ses côtes.
Mais le mal était fait.
- Quoi, il y a déjà eu des agressions à Poudlard ? s'enquit Mervin, la bouche grande ouverte.
- Tu n'as jamais lu l'Histoire de Poudlard ?
- Non.
- Tu la liras alors. Mais ne va rien t'imaginer, cela n'a rien à voir, soupira Gemma alors que Nella baissait les yeux, honteuse.
Bizarrement, le gamin resta silencieux jusqu'à ce qu'ils arrivent à la salle commune des Serdaigle. Là, les obligations de Préfète-en-Chef de Gemma reprirent le dessus et elle resta devant la statue jusqu'à ce que tout le monde soit rentré. Enfin, quand une bande de sixième et cinquième année, précédée de Louis Weasley arriva, ce dernier la rassura en disant qu'ils étaient les derniers et elle les suivit après que le Préfet eut répondu à l'énigme.
Personne, ou presque, n'était retourné au dortoir et elle joua des coudes pour retrouver Nella qui avait réussi à prendre possession d'un fauteuil, Mervin serré à ses côtés. Ils étaient mignons tous les deux, surtout que le première année semblait plus attaché à elle qu'à son amie d'habitude. Pendant un instant, elle hésita à les rejoindre mais n'ayant pas très envie de rester seule dans un moment pareil, Gemma s'installa sur la banquette en prenant soin de ne pas bousculer Nella.
C'était idiot, l'auteur de ses agressions étaient sûrement un élève, peut-être même plus jeune qu'eux, mais cela lui donnait des frissons dans le dos. Seulement, cette fois-ci elle avait l'impression obscène que Poudlard n'était plus vraiment sûr.
Etait-ce ça qu'avaient ressenti les survivants de la Bataille de Poudlard, plus de vingt ans auparavant ? Gemma avait un oncle -le frère de sa mère- qui y avait laissé la vie et elle connaissait ainsi quelques détails sur cette période mais n'aurait jamais imaginé pouvoir ressentir la peur et l'appréhension comme eux avaient pu la connaitre. Malgré tout, il ne fallait pas exagérer, cette fois-ci, aucun mage noir ne venait troubler l'ambiance, seulement un élève complètement taré. N'est-ce pas ?
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- Encore une Poufsouffle, murmura Heather tout en s'asseyant sur un canapé, invitant ses comparses à en faire de même. La deuxième.
Elle venait tout juste de virer une bande de troisième année qui avait pris possession du bien et ignorait ostensiblement leurs regards furieux. Après tout, elle était en septième année. D'ailleurs, habitués et bien contents de pouvoir s'asseoir alors que la plupart de leurs camarades étaient debout, les trois autres ne se firent pas prier.
- Ca commence à devenir flippant, avoua Harriet en se lovant contre sa sœur, la tête appuyée sur son épaule. Quoi ? Ce pourrait être nous la prochaine fois.
- Pour l'instant, celui qui a fait ça ignore ostensiblement les Serpentard, fit remarquer, à juste titre, Isaac Nott tout en fronçant les sourcils. C'est tellement évident que …
- … ça va nous retomber dessus, c'est ça ? compléta Ayling.
Nott haussa les épaules, tout en regardant autour de lui. Après tout, la réputation de sa maison n'était plus à faire, parfois à juste titre d'ailleurs. Il n'y avait qu'à voir cette bande composée de sixième et cinquième années qui ricanaient sans se préoccuper de ce qui venait d'arriver. Malgré tout, malgré leurs manières, cela ne faisait pas d'eux des coupables.
- Ce ne peut pas être l'un d'entre nous, murmura faiblement Harriet qui venait de comprendre. N'est-ce pas ?
- C'est peut-être plus compliqué que ça, réfléchit Heather.
- Qu'ont en commun un Serdaigle de deuxième année, une Poufsouffle de troisième année et une autre en septième année ? A part le fait de ne pas être à Serpentard ?
- Ou à Gryffondor.
Un silence gênant s'installa qu'Heather rompit en éclatant de rire, se moquant de la dernière remarque de Thomas Ayling qui sourit sans pouvoir s'en empêcher.
- Personne ne va aller soupçonner l'un de ses braves Gryffondor, ricana-t-elle sans avoir besoin d'expliquer ses paroles. Non, non, non, comme cela ne peut pas être quelqu'un de l'extérieur, alors ce sera forcément nous. Peut-être pas pour les professeurs mais attendez demain, je suis sûre que l'on ne nous regardera plus de la même façon. Plus que d'habitude. Mais je ne vais pas me laisser soupçonner moi. Oh non. Il n'est pas dit que quelqu'un accuse ma maison sans l'ombre d'une preuve, foi de Moorehead.
Parfois, le patriotisme d'Heather en faveur de sa maison relevait un peu de la folie. Une cause perdue selon Nott qui, s'il n'aurait changé de couleurs pour rien au monde, acceptait depuis longtemps les stéréotypes sur les Serpentard. Menteurs, roublards, méchants, Mangemorts.
N'est-ce pas Dominique ?
Lui aussi dans sa tête il l'appelait par son prénom. D'abord parce qu'un Weasley aurait souillé le fil de ses pensées ensuite parce qu'il n'arrivait plus à dissocier cette gamine aux cheveux emmêlés de ce patronyme. Un prénom de garçon pour une fille, il avait bien ri au début.
Et, maintenant, rien ne lui plaisait plus que de l'ignorer lorsqu'elle lui parlait en cours de Potions, tout en regrettant un peu ses "mauvaises" notes. Ignorer Dominique, il savait faire, il s'entrainait depuis six ans. Et puis c'était tellement drôle. Pourtant, le gamin qu'il était en première année n'aurait jamais pensé en arriver là.
- Un peu plus à droite, ordonna Dominique.
Isaac grogna, écarta les cuisses de la Poufsouffle qui lui bouchaient la vue et se décala de quelques centimètres.
- A gauche en fait …, ricana-t-elle. Non c'est bon je rigole.
Pour bien lui faire comprendre que la situation était hilarante, la fillette lui tapa sur la tête, comme un maitre félicitant son animal de compagnie et il hésita à la jeter par terre.
Les couloirs étaient sombres, le couvre-feu passé depuis longtemps mais ni Dominique ni lui ne comptait regagner ses quartiers avant d'en avoir terminé. La situation était un peu incongrue d'ailleurs et si un professeur débarquait par hasard, s'en était fini d'eux.
Juchée sur les épaules du Serpentard, la Poufsouffle remuait l'intérieur du casque d'une armure, les os de ses cuisses maigrichonnes s'appuyant sur ses épaules. A vrai dire, elle avait beau avoir la carrure d'une gamine de sept ans, lui n'était pas très fort non plus. Mais pas question de céder, elle allait se moquer de lui pendant toute sa scolarité après.
- C'est bon ?
Aucun signe d'impatience dans sa voix. Parfait.
- Bientôt, lui assura-t-elle tout en se décalant vers l'avant, son ventre écrasant à présent la tête d'Isaac qui sentit sa nuque craquer. Voilà, tu peux me faire descendre.
Avec soulagement, il plia les jambes et Dominique sauta sur le sol, un air indéniablement satisfait sur le visage. Tout en remettant sa chevelure sauvage dans un semblant d'ordre, elle agita une petite fiole vide devant lui et il l'agrippa, lui arrachant des mains avant de la mettre dans la poche de sa cape.
- Je persiste à dire qu'un sortilège de Lévitation aurait suffit, grogna néanmoins Isaac pour la forme.
- Et si la fiole s'était renversée ? s'opposa Dominique. Tu sais bien qu'il faut manipuler cela avec précaution. Assem nous l'a assez répété.
- Et bien sûr, tu es la plus adroite d'entre nous, railla-t-il.
- Non, mais toi tu es trop lourd pour que je te porte.
Dominique ricana, fière de sa blague avant de reprendre un air sérieux, ou presque. Isaac resta stoïque tandis qu'elle soupirait, agacée de ne pas l'avoir fait réagir.
Puis, sans se concerter, ils hochèrent la tête dans un bel ensemble et Isaac sortit sa baguette, murmurant une étrange formule tout en visant le casque de la statue qui les dépassait tous les deux d'un bon mètre. Une fois fait, le même sourire narquois s'afficha sur leur visage.
- Tu imagines la tête de la vieille McGo demain quand tout va exploser ? s'enthousiasma la Poufsouffle.
- Sans peine, ricana le Serpentard.
- Viens, partons, je n'aimerais pas tomber nez à nez avec Roxanne ou Victoire.
Dominique glissa son bras sous le sien et, tout en surveillant les couloirs qu'ils traversaient, les deux gamins redescendirent les étages, plus ou moins silencieusement. A vrai dire, Dominique parlait et il écoutait d'une oreille, se contentant de répondre à voix basse quelque fois.
- Tu te rends compte le nombre de cousins et cousines que j'ai qui vont passer par Poudlard et qui y sont déjà ?
- Hum …
- Roxanne à Serpentard, heureusement qu'elle part l'année prochaine d'ailleurs puis Victoire, James et Fred à Gryffondor, Lucy à Serdaigle et Molly et moi à Poufsouffle. Et il reste encore Louis, Rose, Albus, Lily et Hugo.
- Hum …
Isaac n'aimait pas quand elle parlait de sa trop nombreuse famille, parce qu'il s'y perdait à chaque fois. Tout au plus reconnaissait-il Roxanne parce qu'elle était Préfète-en-Chef, venait de sa maison et avait une grosse voix, Victoire parce que c'était sa sœur et qu'elle lui ressemblait beaucoup sauf qu'elle se peignait les cheveux, elle, et James Potter parce que c'était déjà un crétin imbu de sa personne à l'époque.
Rapidement, Isaac et Dominique étaient devenus inséparables. Trop, peut-être ? En cours, ils s'asseyaient toujours côte à côte lorsque leurs deux maisons étaient réunis et avait le talent inné de n'arriver à rien en Métamorphose. Enfin, talent, McGonagall n'avait pas la même vision des choses et ils enchainaient les retenues sans faire aucun progrès. C'était d'ailleurs suite à l'une d'entre elle qu'ils avaient imaginé une vengeance, profitant d'un cours de Potions, matière où ils excellaient tous les deux, pour "emprunter" un peu de potion explosive.
Le lendemain, à quatorze heures, alors que leur Directrice ouvrirait la porte de sa classe, Isaac n'aurait plus qu'à lancer discrètement un sortilège sur l'armure pour qu'elle, et tout ceux à sa portée, soit aspergée d'un liquide vert donnant l'irrésistible envie de se gratter. Tout cela avec une belle explosion pour satisfaire le sens du spectacle de Dominique.
- On est arrivés, annonça finalement Dominique en décrochant son bras du sien. Dis …
La Poufsouffle hésita un instant, se mordilla la lèvre inférieure tout en passant une main dans ses cheveux et ses yeux brillèrent d'un éclat sordide.
- Scott aussi m'a donné une retenue, lâcha-t-elle. Tu voudrais pas mettre de la bouse de Véracrasse sur son siège ? Si c'est moi qui le fait, il va le savoir, il m'a à l'œil depuis la dernière fois.
La dernière fois où elle avait mis de la bouse de Véracrasse dans un de ses tiroirs. Pas très imaginative la Dominique. Malgré tout, il esquissa un sourire.
- Ouais mais tu me donneras des Patacitrouilles.
- Marché conclu, approuva la fillette en se jetant dans ses bras. Tu le répéteras pas mais tu es super cool pour un garçon.
Elle tenta de lui broyer le dos, s'aperçut vite qu'elle n'y arriverait pas et se détacha lentement de lui, prenant un air sérieux qui ne lui allait pas vraiment. Lentement, sa bouche se posa sur sa joue et claqua, tandis qu'elle murmurait.
- Je suis sérieuse.
- T'es pas mal non plus, murmura Isaac quelques secondes plus tard mais Dominique était déjà loin.
Tant pis, il n'était pas disposé à ce qu'elle se moque de lui pendant les six prochaines années.
Oui, il était idiot ce gamin à l'époque. Parce que franchement, tout prédisposait Dominique et Isaac à se séparer. Leurs différentes maisons, les liens qui les unissaient à leurs familles respectives, son horrible caractère. Tout.
Heureusement, l'enfant avait fait place à un adulte qui agissait avec discernement maintenant.
