Merci à JolieRose (Ah je suis bien d'accord avec toi, les maths c'est pas du gâteau ! Et ça s'arrange pas au lycée ... Merci pour ta review), UranusMarie, harry-potter-fictions, Isabelle Pearl et Elia (Très bonne analyse, c'est exactement ce que je veux amener : tout le monde grandit et change et tout le monde est capable de se remettre en question. Bon, après c'est pas gagné, y'a de sacrées têtes à claques dans ma fic. Certains murissent moins rapidement ... Merci encore pour ta review !)

Et, comme Isabelle Pearl me l'a gentiment fait remarqué, petite bourde dans le chapitre précédent. Camille Teyssier et Tawson sont bien sûr à Poufsouffle et non à Serpentard !

Et ... Bonne lecture ! (Un chapitre plus centré sur les agressions et on avance, j'attends vos réactions avec impatience :) Et d'ailleurs, qu'est-ce que vous pensez d'Abel Johnson ? Vous le sentez celui-là ou pas ? )


Les chiens ne m'ont jamais mordue. Seuls les hommes l'ont fait -

Marylin Monroe


Depuis la dernière agression, les élèves n'avaient plus le droit de se promener seuls le soir. D'ailleurs, le couvre-feu avait été reporté à l'heure du dîner où un professeur ou un préfet devait raccompagner les élèves jusqu'à la quatrième année. Pour contrer les petits malins qui ne se préoccupaient pas de cette nouvelle règle, tous les professeurs avaient été mis à contribution et patrouillaient dans les couloirs toute la nuit.

Ludovic Estebald, le batteur des Gryffondor et dernière victime, s'était réveillé la veille grâce aux bons soins de Pomfresh et à une décoction préparée par le professeur Assem, la même que pour Camille Teyssier. Sorti de l'infirmerie ce lundi matin, il semblait particulièrement fier d'être le centre de l'attention et ne se lassait pas de conter ses aventures même si, comme les trois autres, il n'avait rien vu et rien entendu. Néanmoins, on l'écoutait et il était devenu le nouveau héro de Poudlard et semblait aimer ça.

Pour Gemma, cette histoire n'avait ni queue ni tête. Oh bien sur, il était évident qu'un taré rodait dans le château et, cette fois, les journaux ne se privaient pas pour mettre en avant l'incompétence de l'équipe professoral. Non, ce qui n'avait aucun sens, c'étaient sa manière d'opérer. Pour Hemwould, cela avait été la disparition complète des os de ses jambes et il avait été cloué au mur dans un semblant de scène macabre. Tawson avait été retrouvé à même le sol, dans un couloir, tel un pantin. Teyssier dans la volière, emportée par un sommeil profond. Pour Estebald, c'était la même chose mais dans un couloir du septième étage, près de sa salle commune, alors qu'il se rendait à la bibliothèque.

Gemma n'était pas une experte des tueurs en série comme elle les voyait parfois à la télévision mais il lui semblait que ces derniers utilisaient le même mode opératoire. Alors, elle songeait -parce que tout le monde ne parlait et ne pensait plus qu'à ça- que le taré qui avait fait ça avait peut-être été dérangé les premières fois. Ou, et Nella était d'accord avec elle, qu'il n'était pas parvenu à son but pour Hemwould et Tawson.

Ou alors, et c'était encore plus effrayant, il n'avait pas de mode opératoire et agissait comme bon lui semblait.

Mais, et c'était la preuve que la panique gagnait le château, des parents effrayés avaient déjà retirés leurs enfants de Poudlard. Ainsi, on comptait cinq départs, rien que la veille et Gemma avait entendu dire que Tessa Warm -une première année de sa maison- allait être la suivante.

Tout ça à cause des médias. Voilà ce que titrait la Gazette du Sorcier dans son édition spéciale du dimanche.

AGRESSIONS INEXPLIQUEES A POUDLARD

Chacun se souvient des heures les plus sombres de Poudlard, instaurées par le tristement célèbre Vous-Savez-Qui en 1998. Néanmoins, cette année-là, le château semblait à même de se défendre et nous savons tous comment s'est terminé l'histoire.

L'affaire n'aurait pu être tenue secrète plus longtemps. Minerva McGonagall (rappelons que cette sorcière officie à Poudlard depuis la fin des années 40), engagée dans la dernière guerre et décorée de l'Ordre de Merlin, semble totalement dépassée par les évènements. Un élève nous confiait, il y a quelques heures ne plus avoir confiance en ses professeurs qui semblaient, je cite "Ne pas savoir que faire, comment le faire et surtout comment nous protéger" avant d'ajouter "nous ne sommes plus en sécurité à Poudlard". Cette même source -qui souhaite rester anonyme- confirme actuellement les quatre agressions inexpliquées et leur teneur épouvantable.

L'affaire qu'on a vraisemblablement tenté d'étouffer a provoqué un tôlé général parmi nos concitoyens et certains parents d'élèves nous ont confié être en colère contre la direction de Poudlard pour n'avoir pas été prévenus plus rapidement et vouloir retirer leurs enfants de l'école. Une pétition générale a été envoyée au Bureau des Aurors qu'on somme de bien vouloir reprendre l'affaire. Harry Potter s'est refusé au moindre commentaire là-dessus mais personne ne doute qu'il considère sérieusement la chose.

Au final, Poudlard est-il toujours l'endroit le plus sûr au monde ? Cette idée n'a-t-elle pas disparue avec la dernière guerre et Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore ? Et que penser du silence de Minerva McGonagall ?

Votre dévouée reporter ...

Et blablabla. Ce n'était pas parce qu'une journaliste minable dont elle ne se souvenait même pas le nom décriait Poudlard et la Directrice que tout le monde était du même avis.

Et puis, Gemma avait entendu dire dans les couloirs qu'une équipe d'Aurors avait rencontré Minerva McGonagall dès le samedi soir, juste après l'agression d'Estebald. Pour l'instant, cela n'avait rien donné mais son poste de Préfète-en-Chef lui avait permis de savoir que Wiertz allait dorénavant installer ses quartiers à Poudlard et qu'il ne dormirait que d'une oreille.

- Weasley et Lysenko, rien à signaler ?

Quant on parlait du loup. Wiertz venait de surgir d'un couloir perpendiculaire à celui où ils patrouillaient, Louis Weasley et elle, baguette bien serrées dans leurs mains. Les deux jeunes gens secouèrent négativement la tête et l'Allemand les laissa repartir après leur avoir conseillé d'être très prudent. La preuve que les professeurs prenaient la chose au sérieux contrairement à ce que sous-entendait la Gazette.

Cela faisait une heure que la jeune Serdaigle marchait silencieusement à côté de Louis Weasley et, plongée dans ses pensées, elle ne pouvait s'empêcher de lui lancer des regards étranges. Ce n'était pas la discrétion qui devait l'habiter car, quelques minutes après le départ du professeur Wiertz, il se retourna vers elle, l'air agacé.

- J'ai quelque chose sur le visage ?

Gemma secoua la tête négativement avant de hausser les épaules et ils reprirent leur marche, silencieuse.

En vérité, la jeune fille aimait bien patrouiller avec Louis Weasley dont la principale qualité était d'être légèrement asocial et qui ne parlait pas beaucoup. C'était beaucoup moins oppressant et gênant qu'avec Potter. D'ailleurs, elle venait de sortir d'une heure de retenue avec ce dernier (ils étaient les seuls à être encore punis pour la bagarre de la dernière fois, à cause de leur statut de Préfets-en-Chef) et si Potter s'était abstenu de tout commentaire, elle était sûre que si elle avait croisé son regard, elle n'y aurait lu que de la haine. Tant mieux, c'était réciproque.

Si elle le regardait de manière aussi impolie, c'était à cause de sa soeur bien entendu. Une semaine et demi avait passé depuis qu'elle avait découvert le secret de Weasley et elle ne savait toujours pas quoi faire.

Parler et voir ses propres secrets révélés à tout Poudlard ? Elle n'était plus tout à fait sûre que le jeu en vaille la chandelle. D'ailleurs, si elle y avait cru un jour, pourquoi n'avoir déjà pas parlé ?

- Je suis au courant pour ta soeur, lâcha-t-elle brusquement, au détour d'un couloir.

Le jeune homme la fixa d'un air étonné et elle se demanda s'il n'allait pas nier et jouer aux idiots en faisant semblant de ne pas comprendre de quoi elle parlait. Finalement, il s'appuya contre le mur, récoltant des insultes d'un groupe de troll fixés sur une tapisserie et la dévisagea lentement.

- Oh ..., marmonna-t-il et ce fut la première fois que Louis Weasley laissa transparaitre un quelconque sentiment en sa présence.

Il passa la main dans ses cheveux clairs et reprit :

- Je suppose que ce n'est pas elle qui te l'a dit ?

- Non, murmura Gemma. Je l'ai découvert toute seule.

- Fallait bien que ça arrive.

Il lui lança un regard qu'elle jugea ... admiratif et son visage se tordit dans un rictus.

- Pardonne-moi mais Dominique est très douée pour mentir sur ce point. Ses copines ne sont même pas au courant, alors que toi, tu ais pu le découvrir ... c'est surprenant.

- Attends, tu veux dire que les Poufsouffle ignorent tout ? s'exclama-t-elle, légèrement intriguée.

- Sauf Molly, répondit-il en haussant les épaules. En fait, seule notre famille est au courant.

La jeune Serdaigle eut du mal à digérer cette information et détourna le regard. Etait-ce le fait qu'elle venait de découvrir que Weasley savait garder un secret ou tout ce que cela engendrait qui la rendait mal à l'aise ? Elle n'aurait su le dire.

- Quand est-ce que tu vas le dire aux autres ? reprit Louis sans paraitre s'apercevoir de sa gêne.

- Quoi ?

- Je ne suis pas idiot, je sais très bien que tu détestes ma soeur.

- Et bien ..., hésita-t-elle.

- Ce serait sûrement mieux même que tout le monde soit au courant.

Le jeune homme se redressa sans expliquer ses paroles à Gemma qui ne put que le suivre en lui lançant un regard interrogateur tandis qu'ils reprenaient leur ronde. Le blond haussa les épaules sans plus d'explication.

Ils marchèrent silencieusement pendant quelques minutes avant que Gemma n'ose reprendre la parole.

- C'est quoi exactement ?

- De quoi ?

- Sa maladie.

- Lysenko, c'est pas à moi d'en parler, murmura-t-il avec un semblant de sourire. T'en sais déjà bien assez.

OoOoOoOo

L'AGRESSEUR RODE TOUJOURS ! MAIS QUE FAIT POUDLARD ?

...

Avec hargne, Dominique repoussa la Gazette du Sorcier qui titrait, comme depuis quatre jours, l'incompétence des Professeurs et plus particulièrement de McGonagall, leur directrice. Si Joana Mayer se délectait de ses informations, elle-même n'appréciait pas qu'on dénigre son école. De plus, beaucoup de mesures avaient été prises pour leur sécurité et c'était à peine s'ils avaient le droit de respirer à présent.

A la limite, cette histoire aurait pu lui faire oublier Lysenko. Mais non.

Elle surprenait toujours le regard de cette dernière sur elle, que ce soit en cours ou dans la grande salle, sans pour autant comprendre pourquoi, deux semaines plus tard, cette dernière n'avait rien dit.

C'était sûrement ça son plan. La liquéfier d'angoisse avant de porter le coup final. Simple, précis et terriblement efficace. Sacrés Serdaigle, toujours les plus intelligents pour mettre en place des plans diaboliques.

Comme souvent ces temps-ci, l'appétit lui en fut coupé et elle se leva de table la première, laissant planté là Camille qui était en train de lui raconter ses dernières vacances. Sa meilleure amie fut vexée comme un pou.

Ses pas la menèrent vers les cachots, où elle avait un cours de Potions dans quelques minutes et elle se laissa tomber contre le mur, le visage fermé.

Tout le monde avait remarqué un changement chez elle. Dominique ne riait plus aussi fort qu'avant, ne racontait plus autant d'idioties et avaient même cessé de crier contre Joana lorsqu'elle restait trop longtemps dans la salle de bain.

Camille avait même émis l'idée que sa meilleure amie était devenue dépressive. Prétexte qui lui avait permis, sans que personne ne le sache, de convaincre une nouvelle fois Arthur de ne rien révéler à Molly. Après tout, si Dominique avait des idées suicidaires, ce n'était pas une bonne idée ...

Anatole Bensberg ne tarda pas à la rejoindre et quelques minutes plus tard, Assem les fit entrer en cours. La jeune fille s'assit silencieusement. Cela faisait aussi deux semaines qu'elle ne parlait plus à Isaac et lui épargnait ses dialogues fatiguant et qui ne voulaient rien dire. Elle se contentait de le saluer.

Cela devait l'énerver tout autant car, pour la première fois, il répondit en la regardant d'un air torve.

- Ce n'est pas parce que tu as fais ton mea-culpa la dernière fois, que je t'excuserai un jour.

Etonnée, autant par sa prise de parole que par ce qu'il disait, elle se tourna vers lui, se souvenant soudainement qu'elle l'avait défendu contre son cousin. Ah ça.

Même ses paroles n'avaient aucune saveur. Quelques semaines plus tôt, elle aurait sauté de joie et peut-être poussé l'affront à danser autour d'Isaac (au risque de se faire coller) mais là ... en vérité, elle n'en avait pas grand chose à faire.

- Tu ne me parlerais pas si ce n'était pas le cas, conclut-elle en plongeant la main dans son sac pour sortir ses affaires de cours.

Et ils passèrent les deux heures de Potions silencieusement, sans s'adresser la parole.

OoOoOoOo

Papa,

J'ai mis quelques jours à répondre à ta dernière lettre et je m'en excuse.

Je sais bien que tu t'inquiètes au vu de ce qui se dit dans les journaux et ce que tu dois entendre au Ministère mais, rassures-toi, Poudlard est toujours un endroit sûr. Des mesures ont été prises et je ne me balade plus seule. Concernant nos rondes de Préfet, les professeurs sont toujours dans les parages et, à plusieurs, nous sommes capable de nous défendre. D'ailleurs, je suis sûre que ce n'est plus qu'une question de jours avant que le coupable ne soit arrêté.

J'utilise un hibou de l'école comme tu as pu le remarquer car True m'inquiète de plus en plus. Elle dort des jours entiers et n'a pas l'air de pouvoir supporter un trajet aussi long. Je sais très bien qu'elle est très vieille et que c'est la continuité d'une vie, mais son déclin m'insupporte ... J'avais quatre ans quand vous me l'avez offerte avec maman et elle fait partie de la famille. Tu crois que je pourrais l'emmener voir un soigneur ? Nella m'a dit qu'il y en avait de très bons à Londres.

J'ai aussi quelque chose à te demander mais pardonne-moi d'avance si tu ne comprends pas tout.

L'autre jour, j'ai appris quelque chose qui ne cesse de me troubler. Quelque chose d'important et de grave. Si je révélais cette chose, cela pourrait m'apaiser mais je me demande si cela ne m'apporterait pas plus d'ennuis. Selon toi, ce casse-tête a-t-il une solution ? J'ai beau y réfléchir, personnellement, je n'en vois pas. A part me taire ... et cela ne m'arrange pas non plus.

Aller, je cesse de te tracasser avec mes enfantillages et je te fais pleins de baisers.

Ta fille, Gemma.

PS : J'ai hâte que les vacances d'hiver arrivent pour rentrer à la maison et fêter Noël avec toi. Cela m'a manqué de ne pas te voir en novembre et j'espère que tu pourras te libérer, au moins pour quelques jours.

OoOoOoOo

A la table des Poufsouffle

- Pourquoi tout le monde est-il toujours aussi agité ? s'enquit doucement Molly en rejoignant ses camarades pour le dîner.

Chacun parlait avec son voisin sans chercher à masquer son agitation, que ce soit à la table des Serpentard ou des Serdaigle, habituellement beaucoup plus calmes que les autres.

A sa question, tout le monde haussa les épaules, signe qu'ils n'étaient pas au courant sauf Joana qui leva le bras en l'air, comme pour répondre à un professeur.

- Y'a du nouveau sur les agressions, lança-t-elle. J'ai entendu un groupe de Serdaigle en parler, ils le tenaient de quatrièmes années de Gryffondor, qui ont surpris une conversation entre McGonagall et Wiertz et ...

- Abrège, lança Camille, surexcitée.

- Et tu ne nous le dis que maintenant ? s'étonna Anatole en la regardant d'un drôle d'air.

Joana haussa les épaules, semblant dire qu'elle avait complètement oublié et allait reprendre la parole, fixée par six paires d'yeux, avides de connaitre ce fameux rebondissement lorsqu'ils furent interrompus.

James venait de déraper après une course folle et s'était glissé entre Camille et Arthur, manquant de faire tomber la première. Des cris de protestations s'élevèrent, surtout de la part de Dominique qui n'avait toujours pas oublié la pseudo-dispute qu'elle avait eu avec son cousin le samedi d'avant.

Il avait l'air un peu taré James d'ailleurs, le bras levé et la main tenant un petit papier de quelques centimètres carrés. Il regardait Camille avec de grands yeux brillants et cette dernière poussa un couinement, réellement apeurée.

- J'ai trouvé ! lança-t-il à l'assemblée.

- Ton cerveau ? grogna Dominique en agitant les bras en signe de colère.

- Oh toi, la ferme. Je te retiens d'ailleurs, parce que ça confirme ma théorie que les Serpentard sont derrière tout ça.

Isabel et Anatole poussèrent un soupir blasé tout en se regardant. Cette obsession des Serpentard étaient vraiment dure à comprendre et à accepter pour certains, surtout sans preuve.

- Pourquoi est-ce que tu agites un timbre comme si tu avais découvert le trésor des Incas ? s'enquit calmement Arthur en regardant Potter d'un drôle d'air.

- Ah, ça s'appelle un timbre ? murmura James en regardant le petit objet d'un air nouveau. Et ça sert à quoi ?

- A poster des lettres, souffla Camille d'un air désespéré. C'est moldu. Chez nous, on a pas de hibou. Alors on met notre courrier dans des enveloppes et on colle ça dessus pour dire qu'on a payé et le facteur ..., oh c'est un hibou humain Potter, c'est un homme qui distribue le courrier ! On ne vous apprend rien en Etude des Moldus ?

- J'ai pas pris cette option, grogna le garçon. Mais peu importe, tu le reconnais ?

Le jeune Gryffondor avança sa main entre les deux yeux de Camille qui se mit à loucher. Agacée, la jeune fille le lui arracha des mains et observa le timbre, plus pour se débarrasser de Potter que par réelle conviction.

- Jamais vu. Pourquoi, c'est ton principal suspect dans cette histoire d'agressions ?

- N'importe quoi, soupira-t-il. Non, c'est juste que je l'ai retrouvé sur toi dans la volière quand ... quand tu as été agressé.

- QUOI ? s'exclama Dominique d'un air atterré. Et tu ne te réveilles que maintenant ?

Camille paraissait légèrement décontenancée à présent et réexamina le timbre sous toutes les coutures avant de le rendre à James en haussant les épaules. Ce n'était pas le sien et d'abord, on avait pas besoin de timbre à Poudlard.

- Je ne pensais pas que c'était important, pas avant aujourd'hui en tout cas, grogna-t-il, irrité.

- Oh ! s'exclama soudainement Joana. Je viens de comprendre !

Tout le monde se retourna vers elle, se demandant si elle n'avait pas perdu l'esprit. Sans méchanceté aucune, il était rare de voir Joana comprendre quoi que ce soit avant Arthur Lowe ou même Isabel qui passaient pour les plus intelligents de la troupe. Elle parut se rendre compte de l'hésitation dans les yeux de ses camarades car elle se rembrunit et marmonna.

- C'est moldu, c'est ça ?

- Ouais, répondit James avec un grand sourire. Comme la petite boiture qu'on a retrouvé sur Estebald.

- Boiture ?

- Ouais, un truc avec des roues et des sièges.

- Ah voiture, s'exclama Camille.

OoOoOoOo

A la table des Serdaigle

- Je t'ai cherché partout !

Gemma offrit son regard le plus contrit à Nella Flint qui ne parut pourtant pas lui en tenir rigueur et chassa ses excuses d'un geste de la main. La jolie blonde se glissa à ses côtés, un air hébété sur le visage. Pendant quelques instants, elle se dévisagèrent gravement, sans dire un mot.

L'agitation et la tension à leurs côtés étaient palpables et elles n'étaient pas les seules. A avoir deviné. Non, maintenant ce n'était plus qu'une question d'heures avant que chacun ne fasse le rapprochement entre les quatre agressions et ce qu'elles en avaient conclus, chacune de leur côté, faisait froid dans le dos.

- On aurait dû s'en douter avant, murmura Gemma. Quand j'ai retrouvé Hemwould dans cette position, j'aurais du ...

- On a pas de certitudes n'est-ce pas ? murmura Nella comme si elle aurait aimé que son amie lui confirme qu'elles se trompaient certainement.

- Je sais pas c'est ...

Elle hésita franchement un instant et reprit :

- Non, j'en suis sûre. Ecoute, on a retrouvé cette petite voiture sur Estebald et Hemwould était cloué au mur comme le Christ. J'ai fais des recherches depuis, ils sont tous les deux nés-moldus.

- Et pour Tawson et Teyssier, on a rien retrouvé sur eux ? frissonna Nella.

- Les deux parents de Teyssier sont Moldus mais le père de Tawson est un sorcier.

Elles se turent un instant comme pour bien digérer ses paroles.

- Ca veut dire que la personne qui fait ça ne s'en prends qu'aux enfants de Moldus ... et même ceux qui ont au moins un parent sorcier, murmura Nella.

Nella et Gemma n'étaient pas idiotes, elles avaient toutes les deux grandis dans un environnement d'après-guerre. Toutes deux connaissaient au moins une personne, un oncle, un père, un grand-père, qui avait été mêlé de près ou de loin à cette guerre et qui le leur avait raconté avec forces et fracas. Et si, par hasard, cela n'avait pas suffit à leur donner une idée de l'époque, elles avaient lu l'Histoire de Poudlard. Plusieurs fois pour Gemma.

On ne parlait plus de sang-impur maintenant, ni même de nés-moldus. La notion était d'ailleurs devenue assez abstraite pour la plupart des jeunes sorciers nés après la guerre. Néanmoins, il ne fallait pas se leurrer. On ne change pas les mentalités en claquant des doigts et dans de vieilles familles cette notion était encore primordiale.

Nella Flint était l'une des mieux placées pour s'en rendre compte. Contre toute attente, son père avait épousée une moldue dont le caractère exubérant et chaleureux n'avait jamais trouvé grâce aux yeux de ses grands-parents paternels. Elle avait toujours été tenue à l'écart des discutions d'adultes mais savait qu'on considérait son père comme un traitre à son sang. D'ailleurs, elle n'avait pas vu plus de quatre ou cinq fois ses grands-parents, toujours à des cérémonies ennuyeuses ou à des enterrements, comme pendant les vacances d'octobre. Et son père avait largement coupé les ponts avec la plupart de sa famille.

Tout ça pour une histoire de sang.

- C'est assez effrayant de se dire que certains ne voient toujours que par le sang, murmura la jeune Serdaigle.

- Ce n'est peut-être qu'une coïncidence.

Nella hocha la tête, néanmoins peu convaincue.

Fort heureusement, Mervin Kalls choisit ce moment pour s'immiscer entre les deux jeunes filles, déchargeant soudainement l'atmosphère qui était devenue un peu trop graves pour des jeunes filles de dix-sept ans.

OoOoOoOo

Le lendemain matin, dans la salle commune des Serpentard

- Est-ce que c'est vrai ce qui se dit ?

Toujours en pyjama, Harriet Moorehead se glissa entre sa sœur jumelle et Thomas Ayling qui avaient cessé de discuter en la voyant arriver. Preuve que l'heure était grave, Heather ne fit aucune réflexion sur sa tenue et la jeune fille laissa tomber sa tête sur l'épaule de cette dernière.

Elle n'avait d'abord pas cru un mot de ce qui se disait dans son dortoir mais l'ambiance électrique qui régnait dans la salle commune avait achevé de convaincre Harriet. Et si elle avait toujours la naïveté de croire que toute cette histoire n'était que suppositions adolescentes, l'air bien trop sérieux des deux garçons -même si Isaac était en apparence plongé dans un devoir de Potions, sa lèvre supérieure remontait par soubresauts comme toujours lorsqu'il était, non pas inquiet, mais tendu- et de sa sœur n'aurait pu la détromper.

Oh tout le monde n'abordait pas la même inquiétude. Une bande de sixième et cinquième années avaient même l'idiotie d'aborder le même sourire joyeux et on sentait l'excitation dans leurs manières.

- Oui Harriet, murmura sombrement Thomas Ayling en posant son regard sur cette même bande. On agresse les enfants de moldus.

- Tawson avait un parent sorcier, ajouta Heather. Ce qui veut dire que les trois quarts des élèves de Poudlard sont susceptibles de se retrouver à l'infirmerie.

- Ne rêve pas trop Heather, j'ai dans l'idée que personne n'osera agresser James Potter.

La jeune fille se rembrunit et grogna, murmurant faussement que cela ne lui avait jamais traversé l'esprit.

- Dans tous les cas, murmura Nott en relevant le nez de son tas de parchemins, cela n'arrange pas notre cas. La plupart des élèves de Serpentard sont ou se revendiquent de sang-pur. Et les autres n'avoueraient jamais leur ascendance moldue.

Il posa son regard sur Heather d'un air entendu et elle détourna le regard, légèrement agacée.

- Je veux bien crier dans toute la salle commune que ma mère est moldue, si cela peut te faire plaisir.

- Je m'en voudrais un peu si cela te vaut un séjour à l'infirmerie, railla le garçon.

- Je n'ai pas peur de ce type, répliqua-t-elle d'un ton pédant.

Ils se jaugèrent un instant du regard et ce fut Heather qui baissa les yeux en premier. Il n'avait pas tort, ce n'aurait pas été un acte de courage que d'affirmer son appartenance au monde moldu mais de l'idiotie. Et elle n'était pas comme le dernier des Gryffondor, préférant assurer ses arrières que d'affronter le danger.

- De toute façon, personne ne sait pour maman, reprit Harriet en baissant la voix. N'est-ce pas ?

- Non, répondit Heather en haussant les épaules.

La coïncidence avait toujours fait grincer des dents cette dernière mais de la même façon que Dewi Carlson n'avait jamais connu son père, la situation était la même pour les Moorehead. Petites, leur mère avait été incapable de leur dire où il se trouvait, avec qui et s'il avait refait sa vie et, d'ailleurs, aucune des deux n'en avait cure. S'il était facile pour Heather d'ignorer ce père qui avait eu la faiblesse de partir en apprenant la grossesse de leur mère, parfois Harriet se surprenait à rêvasser à son sujet. Qui était-il, où se trouvait-il ? Oh, cela ne dépassait pas le stade de la pensée, jamais la jeune fille n'aurait fait quoi que ce soit pour contrer sa sœur.

Elles supposaient juste que leur géniteur était un sorcier à cause de leurs pouvoirs. Malgré tout, jamais elles n'en auraient la certitude.

- A part Isaac et moi, suggéra Thomas Ayling en haussant un sourcil ironique.

- Je t'imagines mal rôder dans les couloirs à la recherche de jeunes filles à agresser, railla Heather. Mais si c'est le cas, n'imagine pas t'en sortir entier si tu poses la main sur moi.

- Aucun crainte à avoir, Thomas ne sacrifierait pour rien au monde une nuit de sommeil, rappela Isaac.

Tour à tour, Harriet, Heather et Isaac s'amusèrent à taquiner le jeune homme sur son penchant pour les nuits de plus de douze heures et les siestes. Ce moment détendit l'atmosphère même si personne n'avait oublié ce que supposaient les dernières découvertes concernant l'agresseur.

Pour les nés-moldus comme Heather et Harriet cela supposait une appréhension notable à chaque fois qu'elles se retrouveraient seules dans un couloir même si peu de personnes connaissaient leur ascendance.

Pour la maison Serpentard qui regroupait le plus de Sang-pur et trainait une mauvaise réputation depuis des années, cela signifiait la suspicion et une scission encore plus importante avec les autres maisons.

Au final, les mentalités n'évoluent jamais vraiment.

OoOoOoOo

- Hé ! Gemma !

La jeune fille sursauta et se retourna vivement, manquant de faire tomber la pile de livres qu'elle venait d'emprunter à la bibliothèque. Elle mit quelques instants à situer le jeune homme aux cheveux châtains mi-longs qui lui faisait de grands signes derrière elle et fronça les sourcils avant de sourire.

- Johnson !

- Tu peux m'appeler Abel tu sais, lui confia-t-il en la rattrapant en quelques enjambées. Tiens, donne.

Sans attendre son accord, il attrapa la petite pile de livres qu'elle tenait dans les mains et se mit à marcher à ses côtés, semblant vouloir faire le reste du chemin jusqu'à la salle commune des Serdaigle avec elle. C'était vraiment surprenant pour Gemma qui n'arrivait toujours pas à comprendre le soudain intérêt de son cadet pour elle mais pas vraiment dérangeant ainsi elle le suivit sans faire un seul commentaire.

- C'est fou ce qui se passe à Poudlard, n'est-ce pas ? s'enquit-il après quelques secondes de silence.

- Fou ?

- Qu'ils n'arrivent pas à l'attraper, expliqua-t-il. Je veux dire, la plupart de nos professeurs ont combattu contre Tu-Sais-Qui et ils n'arrivent pas à mettre la main sur un type qui a agressé quatre personnes.

Gemma haussa un sourcil septique, n'ayant pas forcément la même vision des choses mais ne fit aucun commentaire. Comme s'il avait compris ses réserves à ce sujet, Johnson ne fit plus aucun commentaire à ce sujet et dévia la conversation sur les cours et le club de duels. Etonnement, elle n'éprouvait aucune difficulté à discuter avec lui.

La jeune Serdaigle n'était pas timide. Malgré tout, la seule personne qu'elle estimait et considérait comme une amie était Nella et ses rapports avec les autres se limitaient à des échanges cordiaux et quelques considérations inutiles. Cette année était décidemment pleine de surprises. Entre Mervin Kalls qui s'était mis en tête de devenir son nouveau meilleur ami à onze ans et Abel Johnson à qui elle parlait comme s'ils se connaissaient depuis des années.

- Et bien merci, lança Gemma en récupérant ses livres devant l'entrée de sa salle commune. Tu ne viens pas ?

- Oh non, je comptais aller déjeuner en fait, expliqua-t-il en souriant. A bientôt Gemma.

La jeune fille l'observa alors qu'il disparaissait au détour d'un couloir, réalisant qu'il avait fait un immense détour seulement pour … discuter avec elle et lui porter ses livres ? Ce garçon était décidemment un mystère.