Merci à Isabelle Pearl, UranusMarie, Al (Merci beaucoup pour ta review ! Effectivement Camille et Arthur semblent avoir eu une bonne idée pour une fois ...) et Elia (Merci pour ta review ! Quant à James, il va se remettre petit à petit en question, t'inquiète mais il lui faudra du temps ... En tout cas, on ne le voit pas dans ce chapitre, désolée).
Bonne lecture !
Tout le monde a des secrets. Il s'agit simplement de découvrir lesquels.
Stieg Larsson
- Il y a une sortie à Pré-au-Lard, remarqua Nella Flint en fronçant les sourcils. Je pensais qu'elles seraient annulées jusqu'à ce qu'ils retrouvent ce taré.
- Apparemment la sécurité a été renforcée. Il y aura des Aurors à Pré-au-Lard et les professeurs se concentreront sur Poudlard, murmura Gemma en tournant distraitement une page de son bouquin d'Histoire de la Magie.
Les deux jeunes filles trainaient en pyjama dans leur dortoir, profitant momentanément de l'absence de leur colocataires. Si Gemma avait décidé de prendre encore un peu plus d'avance dans le programme d'Histoire qu'elle appréciait particulièrement, Nella relisait méthodiquement ses fiches de révisions, les ASPICS commençant à lui donner des sueurs froides.
- Très bien, reprit la blonde en hochant la tête. Il me faut une nouvelle plume. On a qu'à y aller après manger.
- C'est-à-dire que …, murmura Gemma en relevant le nez et rougissant imperceptiblement.
- Oui ?
- J'y vais avec Abel Johnson.
Quelques heures plus tôt
Tentant vainement de se rendormir depuis de longues minutes, la jeune fille dût se rendre à l'évidence : le cauchemar qui l'avait réveillé l'empêcherait de fermer l'œil de sitôt.
Elle avait rêvé de sa mère. Ce n'était plus vraiment elle, juste une créature sans forme et décomposée qui hurlait alternativement "sauve-moi" et "trouve-moi" tandis que Gemma, petite fille aux nattes sombres tentait vainement de lui courir après. La créature hirsute parvenait toujours à s'enfuir et elle se retrouvait seule au milieu de nulle part, sa voix grave résonnant dans sa tête.
La jeune Serdaigle s'était réveillée dégoulinante de sueur et le cœur battant avec irrégularité dans son sein. Fort heureusement, ni Mervin -qui avait fini par comprendre (ou presque) qu'il n'était plus le bienvenu dans son lit mais qui avait profité d'un instant de faiblesse de la part de la Préfète en Chef pour se faufiler dans ses draps- ni les filles de son dortoir ne l'avait entendu.
Il faisait encore nuit lorsqu'elle avait décidé de se lever, comprenant qu'elle ne parviendrait pas à se rendormir. Gemma avait passé un jean moldu un peu déchiré en dessous de sa chemise de nuit verte et mit un gilet en laine pour ne pas prendre froid. A pas feutrés, elle s'était glissée dans le couloir, puis dans la salle commune où, visiblement, elle n'était pas seule.
- Abel ? murmura-t-elle en jetant un coup d'œil à sa montre.
Il était à peine sept heures et on était samedi. Personne n'était debout à cette heure hormis les Serdaigle les plus obnubilés par les cours et encore. Elle avait le souvenir que cette période de travail non-stop ne commençait qu'en mars ou avril, avant les ASPICS. A part le sixième année qui occupait une table de travail, quelques manuels sous les yeux, la salle commune était déserte.
- Oh, c'est toi, s'exclama le garçon en sursautant. Salut !
- Salut !
Elle hésita mais finit par s'assoir à ses côtés, jetant imperceptiblement un coup d'œil à ses cours. Apparemment, ils portaient sur les Strangulots qu'elle avait elle-même étudiés en sixième année.
Si elle n'avait pas reparlé à Abel en tête à tête depuis qu'il avait eu la gentillesse de lui porter ces cours, ils s'étaient recroisés dans les couloirs ou à la Grande Salle et ce dernier l'avait toujours salué avec un grand sourire.
- Tu as vu ? s'enquit Abel en repoussant son parchemin, manquant de renverser l'encrier dessus.
- Vu quoi ?
- Il y a une affiche qui dit qu'il y a une sortie à Pré-au-Lard autorisée tout à l'heure.
- Quoi ? Mais c'est bien trop dangereux, s'exclama la jeune fille, horrifiée.
Elle se tourna vers le tableau d'affichage et il s'avéra que le sixième année avait raison. Une grande affiche indiquait une sortie prochaine au village sorcier et elle s'aperçut que les horaires avaient été restreints. Sûrement pour la sécurité des élèves mais, tout de même, ce n'était vraiment pas prudent avec ce qu'il s'était passé la dernière fois.
- Tu trouves ? fit Abel d'un air surpris. Personnellement, ça ne m'empêchera pas d'y aller.
- Tu ne prends pas ce type au sérieux ?
- Pas vraiment …, marmonna-t-il. Enfin, c'est surtout que je n'ai aucun moldu dans ma famille.
Il afficha une moue boudeuse, comme si cela l'ennuyait de parler de choses aussi futiles et chassa la conversation de la main.
Ce type avait une telle manière d'occulter ce qui l'entourait que cela fascinait Gemma. Il paraissait toujours de bonne humeur, très énergique, et il semblait que rien ne pouvait le faire redescendre sur terre. En réalité, elle appréciait Abel Johnson même s'il pouvait se montrer aussi agaçant que Mervin Kalls.
- Mais bon, si tu trouves ça trop dangereux, je ne t'inviterai pas à y aller avec moi, murmura-t-il d'un ton goguenard.
- Et toi, tu as dis oui, constata Nella d'une voix suspicieuse.
- Pourquoi est-ce que j'aurais dis non ?
Nella eut une moue boudeuse et elle claqua nerveusement ses fiches de révisions sur son lit. Celles-ci s'éparpillèrent un peu partout sans qu'elle ne fasse un geste pour les récupérer. La jeune fille regarda le visage de son amie quelques secondes avant de répondre, timidement.
- J'en sais rien, avoua-t-elle.
- Mais ?
- Je sais pas, je le sens pas ce type. Je m'inquiète pour toi, c'est tout.
Gemma rougit imperceptiblement et se leva, rejoignant Nella en quelques enjambées. Elle posa sa tête sur son épaule et murmura, un grand sourire aux lèvres.
- Je suis une grande fille maintenant, tu sais.
- Oh, je ne sais pas, avoua nerveusement Nella. Mais très bien, tu as raison. Tu as bien le droit de sortir avec ce type si tu veux …
- On ne sort pas ensemble !
- Ouais, ouais … Tu me ramèneras une plume ?
oOoOoOoOoOo
Quelques heures plus tard, Nella Flint se rendit compte qu'elle n'était pas du tout satisfaite du faux bond de sa meilleure amie sur ce coup. Seule avec ses pensées, la jeune fille s'était rendue à la bibliothèque avec la ferme intention de mettre à profit cet après-midi pour avancer dans ses révisions. Certes les ASPICS n'étaient que dans quelques mois mais la pression s'accroissait de semaines en semaines. Les professeurs semblaient trouver une quelconque forme de jouissance à les surcharger de devoirs et de leçons en tous genres.
Nella avait beau avoir des facilités, elle n'avait aucune envie de louper ses ASPICS à cause de son manque de travail. Déjà qu'elle n'était pas douée sur un balai à la grande peine de son père, si en plus elle ne récoltait pas le plus d'ASPICS possibles, cela allait être sa fête à la maison. Pourtant, la jeune Serdaigle n'avait aucun rêve d'avenir en particulier. Elle n'était pas faite pour de grands métiers comme Auror ou Médicomage, s'évanouissait presque à la vue d'une araignée et n'aimait pas trop les travaux manuels. Elle ne savait même pas dans quoi s'orienter à la sortie de Poudlard et c'est pour ça qu'elle tenait à mettre toutes les chances de son côté pour ses examens de fin d'année.
Mais là, impossible de se concentrer. Déjà parce qu'il y avait beaucoup de monde à la bibliothèque malgré la sortie à Pré-au-Lard -même Dominique Weasley était là, le nez plongé dans une pile de journaux- et ensuite parce qu'elle n'avait pas menti tout à l'heure. Elle s'inquiétait vraiment pour Gemma.
Sa dernière humiliation avait encore un peu plus renfermée Gemma qui passait de plus en plus de temps toute seule. Elle-même s'en voulait encore de ne pas être intervenue plus fermement et de n'avoir pas collé une gifle à Potter. Mais non, il avait fallut que cette Poufsouffle s'en mêle et, pour ça, la jeune Serdaigle avait un mauvais pressentiment.
Mais concernant Abel Johnson, ce n'était pas un mauvais pressentiment mais pire que ça. Peut-être était-elle paranoïaque ou de mauvaise foi mais ce type était une trop grande énigme pour être honnête. Continuellement de bonne humeur, rien ne semblait l'atteindre. C'était pour ça que Gemma était attirée par lui, même si elle lui avait affirmé le contraire.
Nella n'aimait pas les garçons trop sûrs d'eux et, incontestablement, Johnson entrait dans cette catégorie. Et puis, la façon dont il avait abordé sa meilleure amie lui paraissait louche. Pire : Mervin lui avait confirmé qu'il ne lui avait jamais rien demandé. Elle n'avait rien dit, attendant la suite des évènements. Après tout, c'était un mensonge assez mignon s'il voulait juste aborder Gemma.
Sans doute se montait-elle le bourrichon pour rien, songea-t-elle nerveusement en tentant d'endiguer la boule dans son estomac.
oOoOoOoOoOo
Rien depuis un mois. Rien dans les couloirs, entre les cours, rien dans la grande salle, rien quand elles se croisaient par hasard. Ni un geste, ni un sourire, ni même un quelconque signe d'intérêt envers la Gryffondor. Aucun courrier non plus mais Dewi Carlson n'en espérait pas tant de sa part.
Cela faisait plus d'un mois qu'Heather Moorehead l'ignorait royalement, agissant avec une facilité déconcertante quand elle-même ne pouvait penser à autre chose.
Ce n'était pas que cela ne faisait rien à Dewi, bien au contraire. Mais, seulement, elle avait tellement souffert les deux premières semaines qu'elle se sentait presque étrangère à tout ça. Il était néanmoins évident, qu'en plus de mentir à Wil Jordan qui la soutenait de son mieux, elle se mentait à elle-même.
Car sinon, la jeune Gryffondor n'aurait pas esquissé un seul geste vers Heather Moorehead, rencontrée par hasard dans un couloir désert.
Et elle n'aurait pas sentit la fêlure s'agrandir encore alors que celle-ci esquissait un pas en arrière après lui avoir adressé une moue qui lui sembla dégoûtée.
Et, alors qu'Heather disparaissait déjà, loin d'elle, Dewi Carlson sentit les larmes familières lui monter aux yeux et elle fit demi-tour, oubliant la promesse qu'elle avait fait à Wil de le retrouver à la bibliothèque pour travailler.
oOoOoOoOoOo
- Où est-ce que tu m'emmènes ? gémit Gemma, fatiguée.
Ils avaient marché pendant deux bonnes heures, entrant dans la plupart des magasins sans pourtant s'y attarder. Abel Johnson ressemblait à un gamin, voulant tout visiter, impatient de sa prochaine découverte.
Pour l'instant, ils marchaient sur un chemin de terre désert, le vent soufflant sans vergogne face à eux. En plus d'avoir les jambes en compote, elle arrivait à peine à respirer.
- Tu connais la cabane hurlante ?
- De nom … il parait qu'elle était hantée.
Le jeune Serdaigle se retourna vers elle, esquissant un sourire moqueur sans s'arrêter de marcher.
- Personne n'a jamais vu de fantômes dans le coin, c'est juste une vieille rumeur. Non, j'aime bien aller là-bas, c'est … calme.
- C'est vrai que t'es un garçon très calme, railla-t-elle.
Immaturement, il lui tira la langue et, comme si c'était un geste naturel, son bras vint se poser autour des épaules de Gemma qui se sentit rougir comme une tomate.
- Tu veux faire demi-tour ?
- Non … Non.
Sûrement pas.
La jeune fille devait avouer qu'elle était bien, son bras posé sur elle, et qu'elle n'aurait échangé sa place pour rien au monde même si elle restait mal à l'aise. Cette balade était salvatrice pour elle, lui faisant oublier la plupart de ses problèmes pour la première fois depuis très longtemps. Il était tellement aisé de s'entendre avec Johnson qu'elle se demandait pourquoi il l'avait choisit, elle, pour l'accompagner à Pré-au-Lard alors qu'il avait sûrement pleins d'amis avec lesquels s'y rendre.
oOoOoOoOoOo
Fébrilement, Dominique releva la tête, l'air complètement estomaquée. Son regard coula dans la grande pièce, passant nerveusement entre les groupes d'élèves jusqu'à venir se nicher sur l'étagère des manuels de Sortilèges. Non, ce n'était pas possible, elle avait dû rêver ou du moins, inventer cette étrange découverte totalement dû au hasard.
Quand Lysenko avait laissé sous-entendre qu'elle cachait quelque chose, elle aussi, elle ne s'attendait pas à … si gros. D'ailleurs, elle avait totalement occulté cette partie-là de leur dispute, bien trop obnubilée par son propre secret, qu'elle pensait menacé à l'époque, jusqu'à l'oublier. Seul le hasard et un peu Scott, était responsable de cette découverte.
La jeune fille avait abandonné à regrets ses amis qui se rendaient tous -sans exception- à Pré-au-Lard. Elle avait récolté un P en Sortilèges et Scott lui avait collé un devoir supplémentaire. Son directeur de maison n'avait jamais été très sympathique avec elle -ou même avec les Poufsouffle en général, d'ailleurs- et avait décrété qu'elle lui rendrait ce devoir le lendemain. A savoir aujourd'hui, samedi.
La jeune fille avait eu beau pester contre cette injustice, Scott l'avait seulement menacé de doubler sa peine en lui infligeant une retenue alors qu'elle était à peine sortie de celles imposées conjointement McGonagall et Assem pour … sa petite bagarre en cours de Duels. Et aucun de ses amis n'avaient jugé intéressant de l'accompagner alors qu'une sortie à Pré-au-Lard était programmée.
D'ailleurs, elle ne leur en voulait pas, elle-même aurait eu la même réaction à leur place.
Toujours est-il que la jeune Poufsouffle s'était assise sur l'une des seules tables libres à cette heure-là -et ce malgré la sortie organisée-, table que son utilisateur précédent n'avait pas jugé utile de débarrasser, laissant trainer une dizaine de journaux datant de quelques mois. Dominique, qui n'avait aucune envie de perdre plus de temps, les avait regroupé dans un coin, les oubliant momentanément.
Elle avait écrit à toute vitesse, s'appliquant néanmoins pour récolter une note acceptable et ne pas subir cette torture deux semaines de suite, recopiant parfois des paragraphes entiers du manuel qu'elle avait trouvé.
Puis la lassitude s'était emparée d'elle, comme souvent lorsqu'elle était forcée à travailler et son esprit avait commencé à vagabonder juste avant la conclusion. Machinalement, sa main avait attrapé l'un des journaux et la Poufsouffle avait commencé à le feuilleter.
C'était un exemplaire de la Gazette du Sorcier et il datait du 1er juillet de cette année. Ses parents n'étaient pas abonné au journal, qu'ils considéraient comme trop racoleurs et lui préférait le Chicaneur. Dominique, elle, n'avait aucune opinion là-dessus. Il était rare qu'elle lise quoi que ce soit, encore moins un journal.
La couverture parlait de la victoire de l'équipe d'Angleterre sur la France -une première depuis des années- qui avait fait coulé beaucoup d'encre cet été. Dominique connaissait par cœur ce sujet, s'y étant elle-même intéressée et avait tourné machinalement les pages.
Une gamine était mise à l'honneur quelques pages plus loin à cause d'une invention révolutionnaire, on faisait l'éloge du Premier Ministre et, plus particulièrement de la Brigade Magique, et juste en dessous de la rubrique "mariages" où on annonçait les fiançailles de la sulfureuse Sacha Touille -une chanteuse en vogue- avec un Auror reconnu, il y avait la rubrique nécrologie.
Et Dominique Weasley n'en avait pas cru ses yeux la première fois. La seconde, elle avait dû abdiquer et convenir qu'elle avait découvert le secret de Lysenko.
Si elle avait pu avoir un doute en voyant le visage de Stella Lysenko -qui ne ressemblait vraiment pas à sa fille-, une employée du bureau de la Régulation Magique, le nom de sa fille apparaissait clairement dans les quelques lignes qui lui étaient consacrées. La Dragoncelle. C'était ce qui lui devait d'apparaitre dans cette rubrique. Dominique ne savait pas grand-chose de cette maladie sinon qu'elle était très rare à présent et qu'on ne savait pas très bien la soigner.
Elle comprenait beaucoup de choses à présent y compris l'attitude de Lysenko face à son cousin James. Ce revirement de situation était dû au décès de sa mère. Si, avant elle s'effondrait en larmes à chaque fois qu'elle le voyait il était normal à présent qu'elle considère cela comme illusoire et enfantin. Et, en fait, Dominique n'imaginait même pas tout ce qu'elle pouvait ressentir. Rien que l'idée de perdre sa mère, avec qui elle n'était pourtant pas sur la même longueur d'ondes, lui donnait envie de se vider de ses entrailles.
Son cousin avait été le pire dans sa lutte contre Lysenko mais, bordel, pourquoi son estomac se serrait-il de cette manière ?
oOoOoOoOoOo
- Heu … salut. T'aurais pas vu Dewi ? Dewi Carlson, une fille de Gryffondor, elle …
- Je sais qui est Carlson, murmura Nella sans même relever la tête.
Deux heures. Cela faisait deux longues heures qu'elle s'escrimait à retenir milles et unes formules d'Aritmancie qu'elle connaissait déjà par cœur pour la plupart. Durant ce laps de temps, elle n'avait pas été dérangée -ce qui était un miracle si on considérait le nombre d'élèves présents dans la salle et un peu vexant en même temps-, hormis par Weasley qui, en courant, avait glissé sur son sac et s'était étalée nez contre sol. La Poufsouffle était partie en courant comme si elle avait eu un fantôme à ses trousses mais s'était quand même fait arrêté par la bibliothécaire qui avait enlevé des points à sa maison.
Aucune autre diversion depuis et même si Nella s'ennuyait et déprimait ferme sans sa meilleure amie, ce n'était pas pour ça qu'elle avait envie de voir Wil Jordan. Elle ne savait pas pourquoi il s'escrimait à lui parler et n'avait pas envie de le savoir. D'ailleurs, depuis qu'elle lui avait demandé d'arrêter, en début d'année, il avait plutôt bien respecté sa promesse. Plutôt bien.
- Mais elle n'est visiblement pas dans le coin, murmura-t-elle, espérant le voir faire demi-tour.
- Dommage, soupira le grand métis tout en tirant une chaise jusqu'à lui.
Dommage était bien le mot. Mais il ne voulait pas dire la même chose à cet instant présent pour les deux adolescents.
- Qu'est-ce que tu fais ?
Un gâteau ?
Malgré elle, un sourire s'orna sur son visage. Jordan n'était pas le plus intelligent de tous, bien au contraire et il était ami avec Potter mais elle devait avouer qu'il s'avérait être distrayant dans cet après-midi grise au possible. Et elle ne songeait pas qu'au temps.
- Aritmancie.
- Ca à l'air … passionnant. Bon, évidemment, je n'ai jamais pris cette option mais j'imagine que c'est l'éclate assurée. Savoir calculer tel ou tel exponentiel, c'est … le but ultime d'une vie, n'est-ce pas ?
- Est-ce que tu te moques de moi ?
Elle se renfrogna quand le Gryffondor éclata de rire, confirmant ses paroles. Il allait sans nul doute continuer lorsqu'il remarqua qu'elle s'était rembrunit et ferma la bouche comme un poisson.
- Flint …, soupira-t-il, je ne me moque pas de toi, je te taquine, nuance. Il faut tout te dire …
La jeune fille le foudroya du regard avant de replonger dans ses cours, lui signifiant ainsi que la conversation était terminée. Elle se redressa brusquement quand elle remarqua que, loin de s'en aller, il avait poussé l'audace à sortir ses propres affaires et s'éparpillait sur la table comme s'il était le seul et unique occupant de l'endroit.
Qu'est-ce qu'il lui avait pris de croire que Wil Jordan pouvait être distrayant ?
- Qu'est-ce que tu fais ? osa-t-elle demander, plutôt timidement.
- Et bien … je profite de ce moment pour terminer un devoir de Métamorphose … ca ne te dérange pas ?
Il la regardait étrangement, l'air de la défier de dire le contraire. Dans tous les cas, il ne décamperait sûrement pas, surtout que ses amis avaient l'air de l'avoir abandonné. Nella secoua la tête en s'empêchant de soupirer et replongea le nez dans ses fiches de révisions.
Il avait beau rigoler, l'Aritmancie était une matière importe qui lui permettrait certainement de débloquer certaines filières plus tard. Elle n'avait aucun intérêt à louper cet ASPIC et ce n'était pas ce bougre de Jordan qui allait l'en empêcher.
Vraiment ?
- Flint …, qu'est-ce que tu connais des dix métamorphoses animales de Grant ?
oOoOoOoOoOo
- Est-ce que tu sais pourquoi on dit qu'elle est hantée cette cabane ?
- Non.
- A une époque, dans les années soixante-dix plus exactement, une fois par mois durant la nuit les villageois entendaient, soi-disant, des hurlements provenants de cet endroit. Les cris ont cessé depuis bien longtemps mais cette rumeur a continué de se propager et encore maintenant, pas grand monde n'ose s'aventurer ici.
Et Gemma comprenait pourquoi. Assise sur un vieux tronc d'arbre qui faisait face à la cabane miteuse, elle n'aurait pas fait la maline toute seule. L'endroit était lugubre et la petite maison de bois tombait littéralement en ruine. Des deux fenêtres qu'ils pouvaient apercevoir entre les mauvaises herbes et la mousse, l'une était fissurée et l'autre inexistante. La nuit, tout ceci devait avoir l'apparence d'un mauvais film d'horreur et on s'attendait à voir surgir un fantôme à n'importe quel moment.
Bien évidemment les fantômes existaient et n'étaient pas mauvais pour la plupart, surtout quand on avait l'habitude de fréquenter le moine gras, le fantôme de sa propre maison. Seulement, Gemma avait encore en tête sa première rencontre avec le baron sanglant et, depuis, elle l'évitait comme la peste, l'ectoplasme lui donnant des frissons dans le dos rien qu'en y pensant.
Elle était véritablement heureuse de ne pas être toute seule ici.
- Mais tout ceci, ce sont des racontars de vieilles femmes. Personne n'a jamais vu le moindre fantôme ici, même trente ans plus tôt. Tu sais quoi ? J'ai dans l'idée que des gamins de Poudlard avaient trouvé le moyen de venir ici illégalement et qu'ils s'amusaient à faire tous ces bruits pour effarer les villageois. Ils doivent bien rigoler de leurs vieilles croyances maintenant.
Gemma l'écoutait silencieusement, obnubilée par ses paroles. En plus de sa constante bonne humeur, Johnson avait la capacité de bien raconter les histoires. Il mettait tellement d'entrain dans sa voix qu'il accompagnait de gestes qu'elle ne pouvait s'empêcher de le regarder. D'ailleurs, elle devait prendre sur elle pour ne pas ouvrir la bouche comme une gourde.
Pas un seul instant, la jeune fille n'avait regretté de l'avoir suivi jusqu'ici. Abel Johnson était la distraction qu'il lui fallait pour oublier son mal-être constant et ses mésaventures avec Potter. Rajoutons qu'il n'était pas si désagréable à regarder avec sa chevelure châtain mi-longue et ses yeux clair. C'était réellement un garçon très avenant et elle n'imaginait pas un seul instant qu'il puisse s'intéresser à elle.
Comme s'il avait pu lire dans ses pensées, le sixième année se rapprocha imperceptiblement d'elle sur ce vieux tronc d'arbre où ils étaient assis et, pour la deuxième fois de la journée, passa son bras autour de ses épaules. Son visage s'abaissa un peu et elle remarqua qu'il avait les yeux verts. Comme elle, mais alors que les siens étaient clairs, un peu comme une pomme, ses yeux à lui avaient la couleur de la mousse qui s'étalaient sous leurs pieds.
Elle déglutit et n'eut pas le temps de compter jusqu'à trois que ses lèvres se posaient sur les siennes.
oOoOoOoOoOo
- C'était bien ?
- Hum … murmura Gemma en passant les mains sous sa nuque.
Les deux Serdaigle s'étaient retrouvées où elles s'étaient quittées, dans leur dortoir. Allongée sur leur lit respectif, elles avaient adopté, sans s'en rendre compte, la même position. Tandis que Gemma contemplait le plafond d'un air rêveur, Nella devait s'empêcher de soupir devant l'air béat de sa meilleure amie.
La fin de l'après-midi n'avait pas été si horrible qu'elle ne l'avait craint. Wil Jordan avait beau ne pas être très doué pour aligner deux phrases sur son parchemin, il avait réussi à tourner la situation en dérision et elle l'avait aidé de bon cœur, riant même à ses blagues quelques-fois. A la fin, elle s'était même dit que, puisque Gemma l'avait abandonné à son sort pour retrouver ce sixième année sorti d'on ne sait où, elle avait bien le droit de rigoler un peu.
Malgré tout, elle avait l'impression de fraterniser avec l'ennemi. Bizarrement, son amie ne lui avait posé aucune question et paraissait de superbe humeur au dîner, ce qui avait même étonné Mervin Kalls. C'est vrai qu'on voyait plus une Gemma mordante et renfermée que souriant bêtement ces derniers temps. Pour un peu, elle se serait même crut revenue six mois en arrière lorsque sa meilleure amie fantasmait sur James Potter.
Mais Nella Flint n'était pas sûre qu'un Abel Johnson vaille mieux qu'un James Potter.
Surtout qu'il avait embrassé sa meilleure amie. Oh, elle ne lui avait pas encore dit mais c'était comme si la chose était affichée sur son visage avec de gros néons clignotants. Gemma n'était pas très discrète.
- Il m'a embrassé, confirma-t-elle d'ailleurs sans abandonner cet air rêveur.
Dans un sens, c'était bien. Cela permettrait à Gemma de voir autre chose, d'en oublier certaines et, d'une certaine manière, de tourner la page sur sa dernière amourette qui était, nul besoin de le rappeler, complètement catastrophique.
D'un autre côté, Nella se demandait si elle n'allait pas au devant d'une deuxième peine de cœur.
