Merci à UranusMarie, Guest (Et oui, c'est la fête et grande question : qui va assassiner l'autre en premier ? Merci beaucoup pour ta review, à bientôt !), Harry-potter-fictions, Barbiemustdie, Isabelle Pearl et Elia (Merci beaucoup pour ta review, pas de suspens, réponse ci-dessous !)
Bonne lecture !
On n'est pas celui que l'on voit dans le miroir. On est celui qui brille dans le regard d'autrui
Tarun J. Tejpal
- Mademoiselle devrait mettre celle-ci.
- A quoi servirait de mettre une robe alors que je vais passer le réveillon de Noël toute seule ? soupira tristement Gemma.
Le regard de son elfe de maison se fit plus vitreux et la jeune Serdaigle s'en voulut immédiatement de ses paroles. Tilmit faisait tout pour la réconforter depuis le petit déjeuner où elle tournait et retournait tristement son petit pain au lait sans parvenir à l'avaler.
A vrai dire, Tilmit n'était pas vraiment un elfe de maison pour les Lysenko, plutôt un membre de la famille à part entière. En raison de son très grand âge, son père lui avait interdit de faire le ménage depuis quelques années sans parvenir à le résonner sur les repas. Tout au plus, parvenait-il à le convaincre de s'assoir avec eux quelques rares fois sans qu'il ne tente de se brûler les oreilles dans le four. Tilmit était dans la famille de sa mère depuis si longtemps qu'il avait même servi ses arrière-grands-parents. Et, même si son père était né-moldu, il s'était habitué depuis longtemps à la présence de ce serviteur si particulier qui n'acceptait pas la moindre rémunération et dédaignait le repos au profit du labeur. Tilmit était de l'ancienne école mais il avait finit par s'habituer partiellement aux lubies des Lysenko, veillant sur Gemma comme une mère poule. Surtout depuis cet été.
- Votre père doit travailler très dur Miss vous savez, déclara-t-il en lui tapotant la tête. Il fait ça pour vous.
- Ouais, grogna-t-elle en enfouissant sa tête entre ses bras.
- Et vos amis ? Ne peuvent-ils pas vous accueillir ce soir ?
Ses amis ? Elle n'avait qu'Abel et Nella. Cette dernière était loin d'elle à cause de sa grande tante et elle ne voulait pas déranger son petit-ami. Mervin ? Elle n'allait quand même pas supplier un gamin d'onze ans de l'inviter chez lui. Et puis, il était avec son père et sa belle-mère et ces derniers avaient peur de la magie.
- Je pourrais quand même contacter Nel, soupira-t-elle au bout d'un moment. Je suppose que ce n'est pas si grave de passer Noël toute seule.
Remerciant Tilmit du regard alors qu'il se précipitait pour débarrasser les restes de son petit déjeuner auquel elle n'avait pas touché, Gemma traina les pieds jusqu'à la cheminée familiale. Ils ne l'utilisaient plus à présent mais son père n'avait pas songé un seul instant à la déconnecter.
- Nella Flint, lança-t-elle à tout hasard.
L'âtre resta désespérément noir et elle abdiqua quelques minutes plus tard, après trois essais infructueux. Grognant, Gemma se laissa tomber contre le mur en pierre, regardant d'un drôle d'air l'âtre remplis de braises chaudes.
Pourquoi est-ce que son père n'avait pas le courage de lui faire face ? C'était une fête familiale, certes, mais à ce qu'elle sache, ils étaient toujours une famille, même atrophiée d'un membre. Et prendre son travail en prétexte de cette manière … Elle qui avait toujours tant admiré son père, il lui brisait lentement le cœur. Et la douleur n'était pas prête à s'envoler.
La Préfète-en-Chef ferma doucement les yeux, tentant de chasser les mauvais souvenirs qui venaient d'envahir son esprit. Au bout d'un moment, ses pensées se firent faussement plus claires et elle occulta le visage doux de sa mère qui s'était infiltré derrière ses paupières.
Je … Je vais faire débloquer la cheminée de mes parents pour que tu puisses y accéder. Si je te manque trop … N'hésite pas. Pas un mot à qui que ce soit.
Gemma fronça le nez. Qu'est-ce qu'il lui prenait de penser à Dominique Weasley à cet instant précis ? Elle était bien la dernière personne qu'elle avait envie d'entendre ou de voir.
Elle n'allait quand même pas contacter Weasley ? Non ?
Elle n'allait pas s'abaisser aussi bas. Parce que même s'il existait une certaine connivence entre elles, cela ne suffisait pas pour passer une soirée ensemble. Surtout le soir de Noël. Non, c'était vraiment une très mauvaise idée et elle devait être vraiment désespérée pour seulement y songer.
- Dominique Weasley ! lança-t-elle en songeant que, si cette dernière ne répondait pas dans les quelques secondes qui suivaient, elle retournerait se coucher.
Hésitante, elle fixa l'âtre pendant quelques secondes avant de secouer la tête. Premièrement, Weasley n'était visiblement pas là et, deuxièmement, c'était une très bonne nouvelle parce c'était une très mauvaise idée. Elle était déjà en train de reculer pour se redresser lorsqu'une longue chevelure blonde -emmêlée, est-il utile de le préciser ?- lui boucha la vue.
- Lysenko ? s'exclama la Poufsouffle. Mais qu'est-ce que tu fous-là ?
Gemma la dévisagea sans se gêner, lui trouvant l'air plus fatiguée que d'habitude. Presque abattue. Puis, elle se reprit.
- C'est toi qui a déverrouillé ta … oh et puis laisse tomber.
- Je pensais pas que tu me prendrais au mot.
Ouais, bah moi non plus, songea la brune en regardant Weasley croquer dans une pomme avec autant d'élégance qu'un jeune porc. Elle devait l'avoir dérangée pendant son petit-déjeuner.
- Tu baves, déclara-t-elle calmement.
La jeune Poufsouffle la fusilla du regard avant de s'essuyer le menton. Elle allait répliquer, sans doute l'une de ses insultes salaces dont elle avait le secret mais son visage se détendit soudainement. Elle semblait prendre son mal en patience. Vraiment étrange surtout que Gemma cherchait plus ou moins inconsciemment à la faire sortir de ses gongs. Oui, voilà, la Préfète-en-Chef voulait juste se détendre avant de passer une soirée lamentable toute seule. D'ailleurs, en parlant de Noël …
- Qu'est-ce que tu veux ? T'es pas en train de fêter Noël ?
- DOMINIQUE ? VIENS ICI TOUT DE SUITE, TA COUSINE HELENE VOUDRAIT QUE TU LUI PRETES TON JEU D'ECHECS !
Même Gemma sursauta, manquant de se cogner dans l'âtre de pierre. Décidemment, c'était de famille de vociférer de cette façon ? A sa plus grande surprise, Dominique esquissa un geste obscène vers sa droite. Est-ce qu'elle agissait vraiment comme ça … Avec sa mère ? Car nul doute que c'était sa mère. Mais, dans ce cas, c'était carrément bizarre comme façon d'agir.
- Sympa l'ambiance, commenta-t-elle.
- Et toi, personne pourquoi ne te cries après ? Merde … Pardon.
Les yeux écarquillés, la jeune fille la fixa méchamment tout en regrettant de ne pas l'avoir sous les yeux.
- Au final, c'était plus qu'une très mauvaise idée.
Elle allait tuer Weasley à la rentrée. C'était sûr et certain. Cette dernière s'excusa une nouvelle fois et, curieusement, elle avait l'air sincère. Elle l'était. C'était bien ça le problème avec Weasley : elle ne réfléchissait jamais avant de parler, la portée de ses paroles ne semblant jamais l'atteindre.
Elle n'eut pas le temps de détester un peu plus la Poufsouffle que celle-ci la pressait de lui dire ce qu'elle voulait. L'étrangler ?
Mais ce ne fut pas ce genre de choses qui sortit de la bouche de Gemma mais plutôt quelque chose comme …
- Qu'est-ce que tu fais ce soir ?
Ahurie elle-même par son audace, la Préfète-en-Chef s'interdit de baisser les yeux devant Weasley qui la regardait … Et bien sûrement de la même façon qu'elle la dévisageait. Venait-elle vraiment de demander à Weasley de passer Noël avec elle ? Préférait-elle ce supplice -car nul doute que cela en serait un- à la solitude initialement prévue ?
Ou, tout simplement, ne détestait-elle plus autant la Poufsouffle qu'avant ? Ne se voilait-elle pas la face ? Non. Objectivement, elle n'appréciait pas Weasley. De ça, elle en était sûre. Mais, contrainte de passer Noël loin de Nella et d'Abel, elle venait de se rendre compte qu'elle n'avait personne d'autre à contacter. Aucun ami. Aucune famille. Contrairement à la Poufsouffle soi-dit en passant. Et, au vu de la lueur ironique qui venait de s'afficher sur le regard de la jeune fille, elle venait de le comprendre elle aussi.
- Je … Oublie ça. Je vais … Il faut que j'aille faire du rangement.
- Ce soir, dix-huit heures, déclara laconiquement Dominique. Mets une robe, ma grand-mère n'aime pas qu'on s'habille comme des garçons le soir de Noël.
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- Qui c'était ? Je t'ai entendu parler dans la cheminée ?
Dominique releva les yeux vers sa mère, occupée à débarrasser la table. Fort heureusement, Hélène avait foutu le camp par la porte donnant directement dans le couloir et la plupart avaient suivi. Sa mère ne supportait pas d'avoir quelqu'un dans les pattes lorsqu'elle s'activait dans sa cuisine, ce qui l'arrangeait bien, elle et son père.
Ne restait que Gabrielle qui faisait léviter des bols jusqu'au placard et lui adressa un petit sourire en remarquant qu'elle était revenue. Malgré le monstre qu'elle avait engendrée, Dominique ne put s'empêcher de le lui rendre.
- J'ai invité quelqu'un ce soir, marmonna Dominique, songeant qu'il valait mieux prévenir sa mère en avance.
- Qui donc ? Camille ? Elle peut rester plusieurs jours si elle veut.
- Tu sais bien qu'elle est en France et que je pars là-bas demain soir.
Sa mère n'écoutait donc jamais ce qu'elle avait à lui dire ? En vérité, la réponse était évidente et Dominique ne se faisait plus d'illusions là-dessus : non. Fleur Weasley avait beau être sa mère, elle n'était pas mieux que les autres. Oh, bien sur, c'était sa mère et elle l'aimait mais elle ne s'était jamais sentie proche de cette femme au caractère si sérieux et enfantin en même temps. Sa mère pouvait n'être que gentillesse et l'instant d'après, lui crier dessus parce qu'elle avait oublié de mettre ses chaussons.
Non, elle, c'était Bill qu'elle préférait. Son père, elle le mettait sur un piédestal et, d'ailleurs, il le méritait totalement. Sa force et sa grandeur n'avait d'égales que sa gentillesse et son humour. Et puis, son visage qui ressemblait un peu à celui de Dominique en plus épaté la fascinait. Ses cicatrices l'émerveillaient depuis toute petite et elle frissonnait autant de rage que de peur lorsqu'il lui racontait comment il les avait eu.
- Un garçon ? pouffa sa tante Gabrielle en interrompant le fil de ses pensées.
- Non, une fille, répondit Dominique en levant les yeux au ciel. Lysenko. Gemma Lysenko, c'est une … camarade.
- Tu ne nous en a jamais parlé, remarqua Fleur.
- C'est parce que … nous ne sommes pas dans la même classe. C'est … une Serdaigle. Elle est Préfète-en-Chef.
Elle vit sa mère tiquer, comme s'il était véritablement étrange que Dominique ramène une telle fille chez elle. Puis elle se détendit, songeant certainement qu'une Préfète-en-Chef ne pouvait qu'avoir une bonne influence sur sa fille. Tu parles, Lysenko était pourrie jusqu'à la moelle.
- Oh, comme James alors. Ils doivent se connaitre, c'est bien.
James. Elle avait oublié ce petit détail. Bien évidemment, l'ensemble de sa famille serait présent et son cousin aussi. Cousin qui ne supportait pas Lysenko, tout comme elle, et la réciproque était vraie. Enfin, perdue entre ses cousins tous plus bizarres les uns que les autres, Lysenko n'aurait pas le temps de lui reprocher de ne pas lui avoir dit.
Tu parles.
- De toute façon, une personne de plus ou de moins ne se remarquera pas, continua sa mère. J'ai prévu tellement à manger qu'il nous en restera sur les bras. Et je suis curieuse de voir cette Serdaigle que tu fréquentes. Mais … au fait ? Ton jeu d'échec ! Aller, file. Ta cousine doit t'attendre.
Elle ne perdait jamais le nord, Fleur Weasley.
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- Mademoiselle est magnifique !
Septique, Gemma fronça les sourcils tout en contemplant son corps qui se reflétait dans le miroir de sa penderie. Tilmit avait véritablement été ravi qu'elle sorte ce soir et s'était affairé tout l'après-midi pour recoudre l'une des vieilles robes à sa mère, n'écoutant pas les reproches de Gemma qui aurait préféré que son vieil elfe de maison se repose.
C'était une robe fluide toute simple. Bleue nuit, elle était resserrée à la taille et tombait délicatement au dessus de ses genoux et était serrée par un ruban autour de son cou. Du coup, l'absence de décolleté faisait ressortir sa poitrine sans la montrer, tout en cachant ses hanches et la jeune fille convainc que ce n'était pas si mal que ça. Ses épaules nues étaient couvertes par un châle noir qui lui permettrait de ne pas avoir froid.
Sa mère aimait beaucoup cette robe qu'elle portait à chaque occasion importante selon elle. C'était un cadeau de sa propre mère, la grand-mère de Gemma, qui était décédée quelques années avant sa naissance et elle n'était pour ainsi dire pas démodée.
Tilmit avait réussi à discipliner ses cheveux et lui avait fait un chignon, plaquant son épaisse frange sur le haut de son crâne. Même si Gemma se trouvait nettement mieux que d'habitude, elle n'était pas totalement satisfaite. Ses joues étaient trop rondes et on voyait beaucoup trop son visage comme ça. D'ailleurs quel était ce bouton sur son front qui venait d'apparaitre ?
- Je n'ai plus envie d'y aller, murmura-t-elle en sentant ses épaules s'affaisser. Et puis, Weasley ne peut pas me voir. Et je ne l'aime pas non plus.
- Dans ce cas, pourquoi l'avoir contacté tout à l'heure ? Et pourquoi vous a-t-elle invité ? demanda finement l'elfe de maison. Mademoiselle devrait y aller.
Gemma ouvrit la bouche pour répliquer mais sentit que ce n'était pas utile. Autant ne pas proférer encore plus d'idioties ce soir-là. Elle devait bien se l'avouer, même si elle ne serait jamais amie avec Weasley, elle ne la détestait plus. Depuis qu'elle avait découvert qu'elles avaient quelque chose en commun, la Poufsouffle lui paraissait plus … atteignable, presque humaine.
Oh et puis, elle n'avait pas fait courir son elfe de maison dans tous les sens pour rien. Elle devait y aller.
- Très bien, murmura-t-elle en regardant laconiquement la pendule.
Il était presque dix-huit heures, il ne lui restait donc guère de temps pour se décider si elle ne voulait pas être en retard. Remerciant Tilmit d'un regard chaleureux, la jeune fille sortit doucement de sa chambre pour descendre jusqu'au salon. Après un dernier regard autour d'elle, elle attrapa un petit pot en terre et en ressortit une poignée de poudre marron, comparable à de la terre.
Tilmit l'avait suivi doucement sans qu'elle ne fasse de commentaires mais, au dernier moment, elle se retourna vers lui, hésitante. L'elfe hocha la tête en signe d'affirmation et elle se retourna vers la cheminée.
Puis, elle prit une brusque inspiration et pénétra dans l'âtre, clamant bien distinctement "la chaumière aux coquillages". Pendant quelques secondes, elle eut l'impression d'étouffer et dut se concentrer pour ne pas défaillir, gardant les yeux hermétiquement clos. Puis, tout cessa d'un coup : elle était arrivée.
Essuyant la poudre de Cheminette qui était restée collée sur sa main, elle mit un pied en dehors de l'âtre, baissant les yeux sur sa robe pour vérifier qu'elle ne s'était pas salie. Lorsqu'elle releva la tête, elle n'était plus seule.
Une jolie et très élégante jeune fille se tenait devant elle. Le dos droit, le port altier, cette dernière la dévisageait sans vergogne, ne semblant pas surprise pour autant. Elle avait les yeux bleus et de longs cheveux blonds soyeux et un sacré air de famille avec Dominique Weasley sans lui ressembler pour autant. Néanmoins, quelque chose ne lui plut pas chez cette fille. Elle dégageait une assurance non feinte et tout semblait étudié chez elle : de sa robe empire rose saumon jusqu'à sa main droit posée sur sa taille, comme si elle participait à un défilé de mode.
- Salut, s'exclama Hélène Delacour d'une voix enjouée.
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- Hors de question, grogna Dominique.
- Mais …
- J'ai dis non !
- Fais un effort ! C'est la treizième que tu essaies et rien ne te convient, râla Victoire. Tu sais très bien que grand-mère n'aime pas que nous soyons trop décontractées le soir de Noël.
Outrée, Dominique pointa le doigt sur la robe en laine verte qu'avait osé lui faire enfilé sa sœur.
- On voit mes jambes. Et mes bras, déclara-t-elle.
- C'est le principe d'une robe.
- DOMINIQUE ! hurla sa mère, coupant court sans le savoir à la dispute naissante entre les deux sœurs. TON AMIE EST ARRIVEE.
Quelle … Ah oui, Lysenko. Ce n'était pas son amie mais il n'aurait pas été très correct pour elle de le faire remarquer. Et puis, pour une fois, la Serdaigle tombait à pic. Lançant un regard triomphant à sa sœur, elle se déshabilla à la va-vite, fit une boule de l'affreuse robe verte et la lui lança dans les bras avant de passer un jean déchiré et un gros pull bleu. Victoire, les lèvres pincées, la replia correctement et la rangea dans son armoire sans rien dire.
Pendant ce temps, Dominique avait eu le temps de sortir de la chambre de sa sœur où elles se préparaient depuis une heure parce qu'Hélène avait réquisitionné sa chambre et descendit les escaliers quatre à quatre pour rejoindre le salon, d'où sa mère venait de l'appeler.
Outre sa mère, la première personne qu'elle vit fut sa cousine Hélène et elle se retint de grimacer autant devant son air angélique que pour sa robe saumon qui, malheureusement, lui allait à ravir. Malgré tout, elle avait toujours l'air d'une coincée et cela rassura la jeune Weasley.
Gabrielle venait d'entrer à son tour, attirée par les cris de Fleur elle-aussi et Dominique remarqua qu'elle s'était changée et abordait une robe claire décolletée tout en tenant fermement un immense plat en ferraille dans les mains, d'où un fumet délicieux s'échappait.
Et puis il y avait Lysenko bien évidemment qui avait respecté la consigne de mettre une robe et semblait mal à l'aise au milieu de toutes ces Delacour. Sa mère la couvait d'un regard bienveillant dans son dos, signe qu'elle était particulièrement satisfaite de l'arrivée de Lysenko. Elle aurait pu s'en douter : une lèche-botte comme la Serdaigle arriverait facilement à trouver grâce aux yeux de Fleur.
- Salut, murmura-t-elle. Tu viens ?
- Dominique ! Les bonnes manières, grinça sa mère.
- Ouais ouais. Ly … Gemma voici ma mère, Fleur, ma tante Gabrielle et ma cousine Hélène …
Tout en parlant, elle s'était rapproché de la jeune fille, abordant un semblant de sourire. Septique, Lysenko haussa un sourcil mais ses lèvres se retroussèrent lorsqu'elle qualifia à voix basse Hélène de "sale sorcière". Sentant le regard brûlant de sa mère sur elle, elle poursuivit, non sans une pointe d'ironie.
- Et voici mon salon. Là, tu as le canapé rose favori de ma sœur Victoire et là c'est le tapis que maman a acheté en Inde. Papa le qualifie d'horreur mais elle l'adore. Derrière, c'est une vieille commode que ma cousine Lucy a fabriqué, elle travaille dans une qui…quicaill… non quincaillerie et elle est très bricoleuse. Et puis il y a aussi …
- Dominique, lui reprocha sa mère alors que sa tante Gabrielle semblait s'empêchait de sourire. Cesse tes enfantillages et va plutôt enfiler une robe, nos invités vont bientôt arriver. Gemma tu es la bienvenue ici, fais comme chez toi. Veux-tu quelque chose à boire ?
- Oh … je, tenta la Serdaigle.
- Viens, je vais te montrer ma chambre, la coupa Dominique.
Enfin, la chambre de ma sœur plutôt, songea-t-elle en lançant un regard noir à Hélène. Elle attrapa Gemma par le bras et la traina jusqu'à l'escalier, heureuse d'avoir réussi à s'enfuir, où elles croisèrent Victoire qui redescendait. Sa sœur la regardait d'un air satisfait avant de murmurer d'un ton pédant :
- Je te l'avais bien dit que tu serais obligée de mettre une robe. Tu ne peux plus reculer. Gemma c'est ça ? Bon courage pour l'habillage.
- Heu … merci, répondit la Serdaigle, interloquée.
Dominique tira immaturement la langue à sa sœur qui lui répondit par un geste obscène tout en continuant à descendre les marches et les deux septièmes années finirent par rejoindre la chambre de Victoire. Là, elle se laissa tomber sur le lit et son regard se posa véritablement sur Gemma Lysenko pour la première fois de la soirée.
Cette dernière était tirée à quatre épingles et même si cela lui en coûtait de l'avouer, elle était vraiment jolie. Elle avait eu l'idée de se dégager le visage et ses nombreuses tâches de rousseur faisaient ressortir ses yeux verts fardés. Ouais, Lysenko était une vraie fille ce soir et elle-même allait être contrainte de se déguiser pour ne pas faire de peine à sa grand-mère. Quelle horreur.
- Qu'est-ce qu'il y a ? lança Lysenko, sur la défensive, en remarquant que Dominique la dévisageait.
- Rien, t'es juste moins moche que d'habitude, c'est bien. Oh, c'est bon, on dirait que tu vas me tordre le cou. Détends-toi, je suis la moindre affreuse de la famille. T'as bien vu Hélène.
- Elle a l'air … charmante.
- Cette fille est une peste ! Et elle m'a piqué ma chambre.
- Quel âge as-tu ?
- Oh, la ferme. Aide moi plutôt à choisir une robe.
Ragaillardie par cette joute verbale, la jeune fille désigna l'armoire en pin de sa sœur et se redressa pour l'ouvrir, dévoilant une penderie pleine à craquer.
- Elle les a enchanté pour qu'elles soient à ma taille quand je les enfile, précisa-t-elle sans trop savoir pourquoi.
Peut-être parce que Lysenko avait eu l'air septique un instant, faisant le lien entre la taille de crevette de Dominique et les jolies courbes de sa sœur qui faisait deux tailles de plus qu'elle. Puis, étonnement, pendant un laps de temps non négligeable, elles s'attelèrent à la tâche, plus ou moins sur la même longueur d'ondes. Il y eut des ratés, comme lorsque Gemma tenta de faire enfiler à Dominique une robe moulante au décolleté ahurissant mais dans l'ensemble, elles passèrent un bon moment et la Poufsouffle en oublia même momentanément sa cousine.
Au final, elles parvinrent à se mettre d'accord sur une robe aux couleurs sombres qui arrivait en dessous des genoux de Dominique et couvrait entièrement ses bras avec ses manches en taffetas. Cette dernière râla pour la forme lorsque Lysenko pointa sa baguette sur sa chevelure, tentant de la démêler avec plus ou moins de succès.
- Pourtant c'est censé marcher du premier coup, murmura la Serdaigle en regardant sa baguette d'un air dépité. Je ne comprends pas, est-ce que tu … Ne me dit pas que tu ne te coiffes jamais ?
- …
- Weasley, je comprends mieux pourquoi tu te trimbales avec cette immondice sur la tête à présent, reprit-elle. Disons que c'est bon, ta mère sera satisfaite.
Lysenko n'était pas idiote, elle avait visiblement compris que la personne à satisfaire était Fleur Delacour.
Des bruits de voix commençaient à se faire entendre en bas et la jeune Weasley se rendit compte qu'elle n'avait pas vu le temps passer. Si elle ne descendait pas bientôt, sa mère se ferait un plaisir de lui rappeler ce manquement aux bonnes manières jusqu'à ses trente ans. Et puis, il fallait avouer qu'elle avait hâte de retrouver sa famille, enfin, une partie du moins.
- Descendons, marmonna Lysenko, comme si elle avait pu lire dans ses pensées.
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- … Et, surtout, ne mange rien de ce que peux te proposer Fred. Il y a forcément un piège. Oh, et si tu veux marquer des points avec ma cousine Lucy, dis que tu adores la commode du salon.
Gemma ne songea même pas à interrompre le moulin à paroles qu'était Weasley tant elle était occupé à refreiner l'envie de vomir qui s'était emparée d'elle. Quand elle avait accepté l'invitation de la Poufsouffle et, plus tard, qu'elle avait mis un pied dans l'âtre de sa cheminée, elle n'avait pas totalement mesuré l'ampleur de la situation. Mais maintenant …
L'ensemble de la famille de Weasley serait là. C'est-à-dire son oncle le célèbre Harry Potter ainsi que sa cousine Molly Weasley mais aussi, et c'était la raison de sa nausée, James Potter. Et cela ne lui avait pas traversé l'esprit avant de descendre les marches et d'entendre, tout en sentant l'escalier craquer sous son poids, sa voix. Elle s'était retournée vers la Poufsouffle, l'air effaré, mais cette dernière était bien trop occupée à lui décrire l'ensemble de sa famille, leurs préférences et habitudes qu'elle n'avait rien remarqué. Bordel, pourquoi Weasley ne lui en avait pas parlé avant ? Là, elle était sûre d'elle : elle préférait de loin passer Noël toute seule que de se retrouver dans le périmètre de Potter.
Les humiliations qu'il lui faisait subir à Poudlard étaient déjà de trop et jamais elle ne supporterait de se retrouver dans ce genre de situation en présence de la famille de Dominique.
Aurait-elle le temps de plonger dans leur cheminée avant qu'on la remarque ? Fleur Weasley serait-elle capable de la poursuivre tout en lui reprochant d'avoir oublié les bonnes manières ? Que devait-elle faire … Elle … Elle …
- Qu'est-ce qu'il y a ? T'es blanche comme un linge, s'étonna Weasley en la dévisageant d'un drôle d'air.
Gemma n'eut pas le temps de répliquer car elles furent interrompus par un cri de joie. Là, dans le long couloir où elles se trouvaient et qui desservait à la fois l'escalier, la cuisine et le salon, un immense métis à la chevelure longue, tirée en arrière, venait de hurler à la vue des deux jeunes filles. Le silence se fit quelques secondes dans le salon et Gemma se mit à rougir. C'était raté pour ne pas être le centre de l'attention.
- Merlin mais … mais les miracles existent, balbutia faussement le garçon tout en avançant vers elles, les bras grands ouverts. Dominique est une fille !
Il lui pinça le bras comme pour avoir la confirmation qu'il ne rêvait pas puis éclata de rire. La Poufsouffle, qui avait l'air véritablement en colère se dérida très vite en l'étreignant et lui tira les oreilles en riant.
- Espèce de débile ! Tu sais bien que grand-mère …
- N'aime pas qu'on s'habille n'importe comment le soir de Noël, compléta-t-il en désignant la cravate rouge qu'il portait nouée autour de son cou.
Puis, comme s'il venait de s'apercevoir de son existence, le métis se tourna vers elle, avec un grand sourire.
- Elle a l'air plus normale que Camille. Moi c'est Fred et je suis le plus cool des Weasley. Et toi ?
- Lysenko. Gemma Lysenko, répondit Dominique à sa place sans relever l'allusion à sa meilleure amie. Et elle est malheureusement pire que normale. Ennuyeuse à souhait.
- C'est l'amour fou à ce que je vois, rigola Fred alors que Gemma fusillait Dominique du regard.
La jeune Serdaigle ne se détendit pas tout à fait face au coup de coude complice du jeune homme, son regard s'étant posé sur la porte du salon par automatisme. Elle n'avait pas oublié ce qui se trouvait derrière. Qui, plutôt.
- Je suppose qu'il faut aller saluer tout le monde. Je me suis éclipsé en cuisine en prétextant te chercher et j'ai pu goûter deux ou trois amuses gueules mais ta mère ne sera pas dupe très longtemps, commenta Fred. Gentes dames ?
Gemma n'était pas sûre d'apprécier ce garçon qui lui tendait son bras gauche tandis que Dominique s'accrochait à lui de l'autre côté. Ses manières trop affirmées et son air sur de lui, lui rappelaient dangereusement la septième année à ses côtés et elle songea que ces deux-là devaient très bien s'entendre.
Néanmoins, il ne lui laissa pas le temps de protester et le pli soyeux de sa chemise blanche se glissa entre sa robe et son châle noir. Et, bras dessus dessous avec Fred et Dominique Weasley, la jeune fille se retrouva dans le salon de la Poufsouffle qui, en une heure, avait complètement changé d'apparence.
Les deux canapés et le fauteuil moelleux avait disparu -ainsi que le tapis d'Inde de Fleur- pour laisser place à un immense espace neutre, entouré par deux grandes tables qui débordaient de victuailles. Seul restaient les décorations de Noël et de petits angelots voletaient dans la pièce, passant allégrement d'invités en invités. La grande baie vitrée était ouverte en grand, dévoilant une terrasse illuminée sans pour autant qu'on sente l'air marin très frais en cette saison.
Contrairement à ce qu'elle avait cru, Gemma fut un peu rassurée. Il y avait tellement de monde pour le réveillon qu'elle risquait de ne pas croiser Potter de la soirée. En effet, le salon des Weasley se remplissait doucement aux rythmes des tintements de sonnettes et de halo dans la cheminée familiale.
Certaines personnes avaient un air de famille avec Dominique, d'autres pas et elle se demanda s'il y avait beaucoup de monde qui avait été invité par untel ou untelle sans appartenir au clan Weasley-Potter. C'était plus une réception qu'une fête de famille même si l'ambiance ne paraissait pas guindée.
- Papa ! s'exclama soudainement Dominique en s'arrachant à l'étreinte de Fred.
Gemma la vit serrer fébrilement dans ses bras un homme à la chevelure rousse épaisse et aux yeux bleus brillants. Il portait un étrange uniforme noir et bleu et paraissait éreinté. Malgré tout, son air chaleureux rassura immédiatement Gemma qui pressentit qu'elle allait l'apprécier. D'ailleurs, Dominique le trainait déjà vers eux et, lorsqu'il se rapprocha, elle remarqua d'étranges cicatrices sur son visage qui ne l'enlaidissait pas, bien au contraire, et lui donnait l'air d'un aventurier.
- Oncle Bill, le salua Fred en courbant quelque peu l'échine. Tu travailles même le jour de Noël ?
- Noël n'existe pas pour les gobelins, lui rappela l'homme avant de se tourner vers elle, Dominique toujours accrochée à son bras. Bonjour.
- Bonjour … Je suis Gemma Lysenko, une …
- Une Serdaigle, compléta Dominique en volant à son secours. On est ensemble à Poudlard.
- Enchanté. Bon et bien, vous m'excuserez jeunes gens mais je dois aller me changer. Ma chère femme va me tuer si elle me voit discuter dans cette tenue.
Et il s'éloigna d'eux après un dernier signe de la main, disparaissant dans le couloir par lequel ils étaient arrivés. Fred s'excusa peu après, prétextant devoir régler quelque chose avec sa sœur Roxanne et se fit engloutir par la foule.
- Est-ce que tu hésitais vraiment à dire … amie ? chuchota Dominique tout en le regardant s'éloigner.
- Non, je cherchais un synonyme à peste, débile, Poufsouffle, immature et …
- J'ai compris l'idée, marmonna la jeune fille.
Et les embrassades et présentations commencèrent. Contrairement à ce qu'avait pu supposer Gemma, elle ne s'ennuya pas un seul instant et prit même plaisir à échanger avec les différents invités des Weasley. Les deux jeunes filles papillonnaient de groupes à groupes et malgré l'aisance que Gemma prenait de minutes en minutes, elle remercia silencieusement Weasley de ne pas l'avoir laissé seule au milieu de cette foule.
Elle rencontra donc Molly et Arthur Weasley, les grands-parents de Dominique, et la similitude de leurs prénoms avec ceux de sa génération, à Poufsouffle, la fit intérieurement rire. Il y eut ensuite Rose et Roxanne Weasley qui se disputaient comme des chiffonnières pour une histoire de pompe à vélo -Gemma ne comprit pas un traite mot de ce qu'elles disaient- et Louis Weasley fut obligé de les séparer avant que cela ne dégénère.
Puis, alors qu'elles allaient se servir en petits fours et amuse gueule, elles tombèrent sur la Molly de leur époque qui, distraitement, contemplait Louis qui exhortait Roxanne de se calmer.
- Elles ne se supportent toujours pas. En même temps, pour supporter Rose …, murmura-t-elle en jetant un coup d'œil à sa cousine. Oh … Lysenko ?
- Heu … salut ?
Molly lança un regard étonné à Dominique qui haussa les épaules, l'air de dire qu'elle lui expliquerait tout après. Se sentant étrangement passée aux rayons x, Gemma détourna légèrement la tête, rouge jusqu'aux oreilles. Il lui sembla néanmoins qu'un échange silencieux s'opérait entre les deux cousines et lorsque Molly lui adressa la parole, elle semblait plus amicale.
- Tu as fais connaissance de toute la famille alors ? Pas trop … perdue ?
- Et bien … vous ne devez pas vous ennuyer, lança-t-elle alors qu'Hélène Delacour passait à côté d'elles, les bras pris par un plateau de petits fours.
- La petite fille modèle, soupira Dominique.
- Oh, cesse de faire l'idiote. Hélène est géniale ! Hé, Hélène, tu veux de l'aide ?
- Et Molly est bien trop naïve, murmura la Poufsouffle alors que sa cousine se précipitait vers la jolie blonde.
Gemma acquiesça et le marathon reprit. Elle en sortit lessivée. Mais, étrangement, elle ne regrettait plus du tout d'être venue chez Dominique.
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Et, même si elle avait un peu de mal à se l'avouer, Dominique elle-même s'amusait bien et songea que ce n'était pas une réelle contrainte d'être obligée de se coltiner Lysenko. Loin d'être enquiquinante, cette dernière s'accommodait de ses rencontres avec plus ou moins de brio. Elle la fit d'ailleurs bien rire avec son air ébahi, bavant presque devant son oncle Harry. Dominique savait très bien que c'était parce qu'elle se trouvait en face du Survivant mais ce n'était pas une raison. Son père était bien mieux et, en plus, ses tempes ne commençaient pas à se dégarnir à lui.
Mais, au moment où elle commençait à se sentir totalement à l'aise, elle croisa le visage familier de James Potter. Il venait de surgir de la terrasse, un verre de Bierraubeure à la main et s'était arrêté net vers les deux jeunes filles. De là où elle était Lysenko ne pouvait pas le voir mais lui ne se gênait pas pour la dévisager d'un air dégoûté. Et puis, au bout d'un moment, la Serdaigle dut se sentir observée car elle se tourna instinctivement vers le Gryffondor.
Dominique était très bien placée pour la voir pâlir, puis rougir, puis carrément verdir tandis que sa bouche s'ouvrait et se refermait toute seule. Une fois encore, elle eut envie de la secouer et lui hurler dessus pour lui demander de reprendre ses esprits et, à défaut de faire taire son cousin, l'ignorer.
C'était là où elle détestait le plus Lysenko. Quand elle avait en face d'elle la fille faible et pleurnicharde qu'elle connaissait et que celle qu'elle avait découvert, plus forte et acide, disparaissait totalement. Ne pouvait-elle pas prendre sur elle ?
Dominique ne pouvait pas comprendre. Plus que la honte, c'était la peur qui prenait le dessus sur Gemma. Elle se demandait à chaque rencontre avec Potter ce qu'il allait bien pouvoir inventer pour ruiner sa vie. Et il y réussissait tellement bien qu'elle aurait pu être admirative de tant d'ardeur et d'imagination s'il n'avait pas été un aussi ignoble personnage. Elle n'était pas comme Dominique qui gueulait aussi fort qu'un veau lorsqu'elle était contrarié ou Isaac Nott dont la seule présence suffisait à hérisser les poils des plus valeureux.
Ainsi fut-elle particulièrement heureuse lorsque Dominique alpagua la première personne qu'elle vit et lui ordonna de rester avec elle, expliquant qu'elle avait quelque chose à régler avec Potter. Et la Poufsouffle de se diriger à grands pas vers le Gryffondor, sa robe noire flottant autour d'elle dans un tourbillon entêtant.
- Ca tombe bien, toi et moi devons parler, lança brusquement Rose Weasley qui, bras croisés et visage fermé, la regardait peu amicalement. Je parie que Dominique a complètement oublié mais pas moi.
Heu … venait-elle d'échanger un mal contre un autre ?
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- James ?
- Est-ce que je rêve ? Qui a invité cette … bordel Dom, qu'est-ce que tu as encore fait ?
Dominique leva les yeux au ciel devant l'air véritablement éberlué de son cousin qui n'avait pas lâché Lysenko du regard, laquelle discutait calmement, en apparence, avec sa furie de cousine Rose.
- Viens, murmura-t-elle en agrippant la manche de James. Allons dehors.
Celui-ci la suivit sans protester, sûrement trop abasourdi pour l'insulter ou l'étrangler. Son verre tanguant dangereusement dans les mains, James et elle se faufilèrent parmi les invités jusqu'à atteindre la terrasse de la Chaumière aux Coquillages. Là, il y avait déjà beaucoup moins de monde et elle n'eut pas de mal à l'entrainer jusqu'au chemin de sable menant à la plage. La mer était calme ce soir-là malgré le vent et elle apprécia de sentir ses cheveux lui fouetter le visage.
- Est-ce que tu apprécies réellement Lysenko ? s'enquit James en se passant une main dans les cheveux, véritablement perdu.
- Je ne dirais pas ça, avoua franchement Dominique. En vérité …
La vérité. Tellement facile à énoncer, plus dure à avouer. Surtout à quelqu'un comme James qui avait la maturité d'un veau en rut. Enfin non, il avait passé sa période "je change de filles comme de chemises" depuis de longs mois, mais l'idée était là. Il était aussi têtu qu'elle, sinon plus.
- J'apprécie certains côtés de Ly … Gemma, révéla-t-elle en fermant les yeux. Mais je la trouve aussi coincée, faible et lâche par moment. C'est juste qu'on a trouvé un terrain d'entente et que ça se passe mieux entre nous.
C'était vrai. Sans la découverte de leurs secrets respectifs, rien n'aurait jamais rapproché les deux jeunes filles qui semblaient destinées à se détester jusqu'à la fin de leur vie. Et même avec ça, elles ne parvenaient pas souvent à se comprendre ou à s'entendre. Ce soir semblait être une trêve. Une petite goutte d'eau dans un vase rempli à ras bord. Malgré tout, il semblait à Dominique que les choses évolueraient d'elles mêmes petit à petit, de façon positive.
Et, chose qu'il lui semblait devoir à Lysenko à défaut de s'excuser pleinement, c'était bien de calmer les ardeurs de James envers elle. Il était bien trop ignoble et elle ne tenait pas à voir Lysenko continuer à subir ce genre de choses.
- Les choses changent anormalement en ce moment, murmura mystérieusement son cousin. Laisse tomber.
Elle allait lui demander ce qu'il entendait par là et haussa les épaules, dépitée. Néanmoins, il ne lui avait pas encore fait la morale et elle s'attendait à ce qu'il lui tombe dessus d'un moment à l'autre. Cela ne manqua pas.
- Où est-ce que tu as la tête ? Cette fille, c'est une pleurnicharde et une idiote. Qu'est-ce qu'elle peut t'apporter de bien ? Qu'est-ce qu'elle a fait pour que, subitement, tu cherches à la défendre ? Ne me dit pas que vous avez monté un club avec Dewi parce que je n'y croirais pas.
- Je ne comprends pas ce que ta copine a à voir là-dedans mais pour Lysenko je peux te répondre. Elle sait tout, lâcha brusquement Dominique sans l'avoir prémédité.
Son cousin la dévisagea étrangement et son visage s'éclaira face au haussement de sourcils équivoque de la jeune Poufsouffle.
- Tu le lui as dit ? balbutia-t-il, encore plus estomaqué.
- Bien sûr que non, elle l'a deviné.
- Et elle te fait chanter depuis ? Je savais bien que quelque chose clochait. Je vais lui refaire le portrait, crois-moi elle ne t'embêtera pas plus longtemps. Bordel, pourquoi tu ne l'as pas dis avant ?
- James Potter, inutile de me prendre pour prétexte ! craqua Dominique en fronçant les sourcils. Lysenko ne me fait pas du tout chanter et quand bien même, ce ne serait pas tes oignons. J'en ai marre que tu me prennes comme prétexte pour l'emmerder. Sois au moins en accord avec ta conscience. Si tu la détestes, ce n'est pas à cause de moi. D'ailleurs, toi et moi on est juste cousins pas amis. J'ai déjà du mal à l'idée que nous soyons en train d'avoir une conversation presque sérieuse …
- Je ne savais même pas que tu pouvais être sérieuse.
- La ferme. On est pas amis toi et moi.
Elle dévisagea sombrement son cousin du regard et celui-ci poussa un bref soupir avant d'opiner du chef. Au moins, ils étaient sur la même longueur d'onde sur ce point. Bien.
Ils firent quelques pas dans le sable, sans s'approcher pour autant de la mer, aucun des deux n'ayant envie de mouiller ses chaussures. Mais Dominique ne comptait pas s'arrêter là. Au risque de regretter ses paroles, elle lâcha brusquement :
- Fous-lui la paix à Lysenko.
- Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tout le monde me demande ça ? Donne-moi une bonne raison et j'étudierai la question. Une bonne raison.
Dominique ne posa pas de questions sur le tout le monde, réfléchissant à toute vitesse. Elle hésita nettement avant de répondre.
- Parce qu'elle est beaucoup trop fragile pour que tu te permettes de la briser encore plus.
- Pourquoi ?
- Je viens de te le dire.
- Pourquoi ?
- Parce que sa mère est morte l'été dernier, abdiqua finalement la jeune Poufsouffle, regrettant ses paroles au moment où elles passaient sa bouche.
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- Qu'est-ce que tu voulais me dire ? s'enquit poliment Gemma tout en resserrant son châle sur ses épaules.
Rose Weasley avait tenu à s'installer sur la terrasse et les deux jeunes filles s'étaient accoudées contre la barrière de bois. Gemma, elle s'interdisait de regarder la plage où les silhouettes de Dominique et Potter se laissaient entrevoir et contemplait distraitement ses chaussures.
Il lui semblait avoir bien cerné la jeune fille. En quelques mots : c'était une Dominique Weasley en beaucoup, beaucoup, beaucoup plus caractérielle. Le personnage était exagéré à souhait et elle jouait de sa réputation avec beaucoup de brio. Ses longs cheveux roux épais dissimulaient son visage sans la rendre laide pour autant, ses yeux bleus ressortant avec une sorte de magnétisme mystérieux. Elle avait plus de tâches de rousseur qu'elle et ses lèvres étaient roses et gonflées. Non, Rose Weasley n'était pas jolie, juste extrêmement charismatique et terriblement intimidante.
- Il faut que je te mette en garde contre Johnson, reprit Rose en plongeant ses yeux dans les siens.
- Abel ?
Etonnée, Gemma leva un sourcil, se demandant ce que son petit-ami venait faire dans la discussion. Ces derniers temps, il avait été l'une des seules choses positives dans la vie. Attentif, il pouvait l'écouter des heures lorsqu'elle parlait de sa passion : l'Histoire de la Magie. Sérieusement, même Nella s'endormait au bout d'une demi-heure, terrassée par l'énième guerre des trolls que lui contait son amie. En plus, il était mignon, ce qui ne gâchait pas la donne.
Elle commençait véritablement à s'attacher à lui. C'était étrange et doux en même temps.
- Ouais, Johnson, grogna Rose, ne semblant pas d'accord avec le fil de ses pensées. Cet enfoiré.
- Quoi ?
- E-n-f-o-i-r-é. Tu veux que je te l'écrives ? répéta-t-elle en la jaugeant du regard, se demandant visiblement si Gemma n'était pas anormale. Je suis sortie avec lui. Tu ne le savais pas ?
La Serdaigle haussa les épaules, faisant de son mieux pour ne pas paraître gênée. Non, effectivement, elle ne se souvenait pas avoir eu connaissance de cette histoire mais, après tout, elle n'était pas très ragots et passait énormément de temps à la Bibliothèque. Non, ce qui la dérangeait, c'étaient les termes qu'avait employé Rose pour parler d'Abel. De quel droit ce démon en jupe courte se permettait-elle de traiter ainsi son petit-ami ?
- Ecoute Lysenko, je vais faire court. Si ça n'a pas marché avec Johnson, c'est parce qu'il se tapait une autre fille en même temps …
Gemma ouvrit légèrement la bouche, décontenancé. Où voulait en venir la jeune fille ?
- Tu ne comprends pas ce que je veux dire ?
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Juste t'aider, lança sincèrement la rouquine en haussant les épaules. Il recommencera. C'est dans sa nature.
- N'importe quoi, murmura Gemma. Abel tient à moi, tu es juste … Jalouse c'est ça ? Ne t'inquiète pas, tu trouveras bien quelqu'un d'autre. Désolée, il faut que je te laisse. Je dois …
Elle hésita mais préféra ne pas pousser le bouchon plus loin. Les joues blanches de la rouquine s'étaient soudainement teintées de rouge, signe qu'elle avait visé juste. Rose Weasley était jalouse d'elle. Pour une fois qu'on lui enviait quelque chose. Néanmoins, elle n'avait aucune envie de continuer cette conversation, sentant que cela allait mal tourner.
- Tu verras que j'avais raison, cria Rose alors qu'elle était déjà loin.
- Sur quoi ? s'enquit Dominique derrière sa cousine, n'ayant saisi que la dernière partie de la conversation.
- Johnson.
- Oh, ça.
Et la Poufsouffle s'éloigna à son tour, rejoignant Lysenko en quelques enjambées, laissant plantée là une Rose Weasley furibonde. Ah, rirait bien qui rirait le dernier. S'il y avait une chose dont elle était certaine, c'est qu'elle ne serait pas la dernière à se méprendre sur ce charmeur de Johnson.
