Merci à Isabelle Pearl, UranusMarie, dobbymcl, JolieRosedu68 (Ah oui il était temps ! Ahaha oui, James est toujours très gentil voyons ... T'as raison, je pense qu'il n'en aurait rien à foutre mais bon, on peut toujours rêver. Wil & Nel, ça avance, ça avance ... Lentement ! Merci pour tes reviews.) et Barbiemustdie.


L'amour rampe lorsqu'il ne peut marcher - William Shakespeare


Ce samedi matin, Dominique avait tenté par tous les moyens d'occulter la trahison de Camille comme elle l'appelait familièrement.

Elle avait tout d'abord avancé l'entrainement de son équipe au lever du jour et occulté les exclamations outrés de ses joueurs qui voulaient profiter du week-end pour dormir un peu plus. Malgré tout, ils ne pouvaient le nier malgré la fatigue, ces quelques heures passées en commun à peaufiner leur stratégie avait été bénéfique. Poufsouffle ne jouerait son dernier match contre les Serpentard qu'à la fin de l'année mais, en attendant, leur niveau évoluait de semaine en semaine.

Pendant le repas, Dominique s'était tout naturellement incrustée avec Abel McKinley et Emmeline Carpentier, les deux autres Poursuiveurs, car elle n'avait pas envie de supporter le spectacle désopilant qu'offrait Camille en se pliant en quatre pour Molly. Bien entendu, elle l'avait regretté, les deux jeunes gens ayant une complicité naturelle et les mêmes centres d'intérêts mais il lui avait suffit de croiser le regard d'Isabel pour savoir qu'elle préférait s'ennuyer ferme que d'essuyer un sermon de la blonde.

Pour finir, elle avait filé alors que personne ne la regardait profitant de l'occasion pour s'enfermer à la Bibliothèque. Là, aucune tête connue hormis quelques érudits de sa maison qui prenaient de l'avance dans leurs devoirs. Dominique, sortit une feuille, se mit à griffonner dessus tout en rêvassant. Dix minutes à peine avaient passé lorsqu'elle se rendit compte que son parchemin était entièrement noir et elle replia bagage.

Elle n'allait quand même pas s'enfermer à la bibliothèque jusqu'à la fin de sa scolarité pour éviter Camille et Arthur, non ? De toute façon, elle avait prévu de retourner dans son dortoir pour prendre une douche et, si elle trouvait quelqu'un pour l'accompagner, se rendrait à Pré-au-Lard où la plupart des Poufsouffle devaient être à cet instant.

Son intuition était la bonne, son dortoir tout aussi désert que sa salle commune et elle prit une longue douche.

"Ta mère ne te nourrit pas ?"

- La ferme !

Un jour, il faudrait qu'elle trouve le moyen de clouer le bec à se fichu miroir enchanté qui ne se lassait jamais de l'insulter. Après avoir enfilé pantalon ample et gros pull en laine mauve, Dominique retourna dans son dortoir tout en se frottant les cheveux.

Sauf qu'elle n'était plus seule.

- Salut.

- Salut Molly, sourit la jeune fille.

Et ce sourire ou la douceur contenue dans sa voix n'étaient même pas forcés. Non, elle plaignait réellement sa cousine, même si elle avait été la première à affirmer que son couple ne tiendrait pas la route très longtemps.

Sauf que Molly le voulait et y croyait elle, et ça, ça changeait tout, même pour l'impétueuse jeune fille qui ne prenait rien au sérieux.

Sa cousine esquissa un sourire à son attention avant de sortir sa baguette et de sécher les cheveux de la blonde en un tournemain. Elle baragouina quelque chose à propos d'un sortilège que lui avait appris Joana avant de devenir plus sérieuse.

- Dis, tu veux pas descendre avec nous ? On t'attendait pour aller à Pré-au-lard, Anatole voulait s'acheter un jeu d'échec, le sien devient trop vieux. Ils sont en train de faire une partie de cartes explosives mais il n'en peut plus. Tu sais qu'Anatole perd tout le temps et il est vraiment très drôle avec les sourcils brûlés.

C'est vrai que Bensberg n'avait jamais gagné aucune partie en six ans, presque sept, et tout naturellement elle opina du chef. Avant de se souvenir que Molly avait dit "tout le monde". Et tout le monde incluait sans nul doute Camille et Arthur à qui elle ne parlait plus. Finalement, elle secoua la tête.

- J'ai des devoirs.

- Quoi ? Franchement Dominique tu sais à qui tu parles ?

A la fille qui avait presque un radar anti-mensonge intégré dans le cerveau sauf quand cela concernait sa propre personne ?

- Et quand bien même … tu ne convaincrais personne. Des devoirs ? Un samedi alors qu'on peut aller à Pré-au-Lard ? Toi ?

- Les ASPICS approchent, soupira la jeune fille en levant les bras au ciel.

- Dominique ! Cesse de me mentir !

La rouquine croisa les mains sous sa poitrine, la regardant d'un air soupçonneux et inquiet en même temps. Elle se rapprocha de Dominique qui déglutit et plongea ses yeux chocolat dans les siens, tout en posant une main chaude sur son épaule.

- Qu'est-ce qu'il se passe avec Camille ? Je veux savoir !

- Rien …, répondit Dominique en avalant une nouvelle fois sa salive.

- Arrête ! Jamais vous ne vous êtes fait la tronche à ce point ! D'habitude, vous vous contentez de vous criez dessus et de bouder dans un coin mais là c'est différent. Joana pense que ce n'est qu'une passade mais moi je doute, surtout avec Isabel qui parait être au courant. C'est sérieux n'est-ce pas ?

Sérieux ? Franchement, elle n'en savait rien. D'un côté, elle en voulait énormément à Camille qui avait chuté du piédestal où elle officiait depuis six ans. Bien entendu, elle était têtue et rancunière, surtout quand on s'attaquait à sa famille et à une amie qui plus est mais … Camille, c'était aussi sa famille. Celle qu'elle avait choisi. Une petite voix dans sa tête se demanda ce que Molly entendait par "Isabel qui semble au courant". Se pouvait-il qu'elle ne soit pas la seule à avoir compris ce qui se passait lorsque sa cousine n'était pas là ?

- Oui, c'est sérieux, marmonna-t-elle en baissant les yeux, comme si elle avait la coupable de l'histoire.

- Bien, on avance. Maintenant, vas-tu me dire pourquoi ?

Dominique songea à accéder à sa demande, lui avouer que son petit-ami, l'homme dont elle était folle, la trompait avec l'une de ses meilleures amies depuis quelques mois mais c'était au dessus de ses forces. Et ce n'était pas à elle d'assumer de détruire Molly au moins un peu mais à Camille. Elle lui devait bien ça, elles aussi étaient amies depuis longtemps.

- Non.

- Dom …, chuchota Molly en la regardant d'un air dépité. Je ne peux pas t'aider si je ne sais pas ce que Camille a fait.

- Comment tu sais que c'est de sa faute ?

- C'est … la façon dont tu la regardes, frissonna la rouquine. C'est différent. Je sens bien que tu es en colère et qu'elle, elle s'en veux. Mais qu'elle n'ose pas te parler.

Face à la sollicitude de sa cousine, qui n'était d'ailleurs pas aussi naïve qu'on le disait, Dominique craqua. Abdiqua. Et lança.

- Tu n'as qu'à demander à Camille.

oOoOoOoOoO

Dans la salle commune des Poufsouffle, Isabel Lowell avait sorti son plus vieux jeu de cartes qui avait la particularité de parfois exploser même quand le joueur ne perdait pas. C'était d'ailleurs ce pour quoi Anatole déplorait le manque d'équité et la piètre opinion que le jeu avait de lui car il était toujours en pôle position au niveau explosion. Au bout de deux minutes une mèche de ses cheveux avaient déjà flambé, faisant gentiment ricaner Joana.

- Même après six ans, le spectacle est toujours aussi admirable, lança-t-elle tout en lançant un regard déçu à Isabel qui avait déjà remplacé la mèche disparue. C'était beaucoup mieux avant.

- Je vais te faire pareil, tu vas voir, lança Anatole, pas méchamment pour autant.

Les trois jeunes gens prenaient plaisir à la partie, en oubliant même la présence d'Arthur et Camille qui semblaient plongés dans un état léthargique sur le canapé, juste derrière eux.

- Oh non, gémit Joana, je passe déjà des heures à …

- Jojo l'affreuse, s'il te plait, épargne nous la vie trépidante de tes cheveux, lâcha sarcastiquement Isabel en redistribuant les cartes.

- Mais, c'est facile pour toi, ils sont déjà parfait. Moi, avec mes cheveux frisés, je passe des heures à les rendre souple et soyeux.

- Soyeux ? s'enquit Anatole d'un air septique en posant sa main sur la tête de Joana. Pas vraiment.

- Hé !

Pour se venger, Joana attrapa une carte au hasard et la lança sur Anatole en s'écriant "explose". Preuve que ce dernier n'avait vraiment pas de chance, la carte se volatilisa dans un nuage de fumée alors qu'elle n'avait aucune raison de le faire.

Et, alors qu'Anatole tentait de dissiper la fumée, crachant ses poumons à cause du fou rire qui le prenait, Dominique et Molly Weasley arrivaient derrière la petite bande, la seconde se faisant apparemment trainer de force par la rouquine.

oOoOoOoOo

Loin de toutes ces considérations, Wil Jordan était sur le point d'entrer en transe. Au minimum. Nella Flint venait d'accepter de boire un verre en sa compagnie.

Quelques minutes plus tôt

- Merlin, qu'est-ce que ça fait du bien de sortir de ce château de malheur, confia Dewi. Et ce, même si nous devons être rentrés avant la nuit. Les Bierraubeures de Rosmerta sont les meilleures au monde.

Ses éternels acolytes hochèrent la tête en signe d'approbation. Attablés bien au chaud aux Trois Balais, ils étaient entourés, au bas mot, par la moitié de Poudlard qui semblait avoir eu la même idée qu'eux, surtout à cause de la neige qui tombait drue sur le petit village sorcier. On ne voyait déjà plus la rue et les trois Gryffondor se doutaient que rentrer au château ne serait pas une partie de plaisir. Mais, ils préféraient profiter de l'instant présent plutôt que de penser à ce petit désagrément.

- Hé, regardez qui est là, murmura James en leur faisant signe de se retourner.

Sans aucune discrétion, Dewi et Wil tournèrent la tête et purent ainsi voir ce qui attisait la curiosité de leur ami. Près du comptoir, un verre rempli d'un liquide brun dans une chope, le professeur Wiertz discutait âprement avec la directrice des Serpentard : Assem. Cette dernière, emmitouflée dans un gros manteau noir fronçait les sourcils au possible.

- La moitié des Professeurs sont à Pré-au-Lard, signala Wil. Et l'autre moitié surveille qu'aucune agression n'ait lieu à Poudlard.

- Ils n'ont pas l'air ravis d'être ensemble, marmonna James.

- En même temps, qui serait ravi de se retrouver face à Assem ? rappela narquoisement Dewi. La connaissant, elle aurait préféré nous enfermer tous dans nos dortoirs plutôt que de nous laisser aller à Pré-au-Lard.

James et Wil éclatèrent de rire, hochant la tête en signe d'approbation. Leur professeur de Potions avait beau être compétente dans sa matière, elle faisait froid dans le dos avec son chignon brun serré et ses mains d'homme qui magnait aussi bien les potions que la baguette. Tous comprenaient l'air abattu de Wiertz qui semblait vouloir s'enfuir en courant.

- Hé ! Regardez ! s'exclama le capitaine des Gryffondor pour la deuxième fois.

Cette fois-ci, il désignait la rue du doigt, sans se soucier d'être impoli. Wil et Dewi se penchèrent en avant et frottèrent la buée sur la vitre pour mieux voir, curieux. Dehors, une jeune fille aux cheveux blonds, emmitouflée dans un manteau gris et cachée par un gros bonnet rose tenait dans ses bras une liasse de parchemin. Elle avançait doucement dans la neige, sans doute gênée par les flocons qui lui tombaient devant les yeux.

A ce moment, un groupe de premières ou deuxièmes année la bouscula et, ce faisant, plusieurs parchemins s'envolèrent pour retomber misérablement dans la neige. La forme grise se retourna prestement mais les enfants étaient déjà loin. De là où ils étaient, Dewi, James et Wil distinguèrent parfaitement la jolie blonde, dépitée, soupirer et s'agenouiller pour ramasser ses parchemins.

- Vas-y, ordonna Dewi en donnant un petit coup sur la tête de Wil.

- Hein ?

- Oh oui Wil, va l'aider à ramasser ses parchemins, Flint te tombera dans les bras après un tel acte de bravoure, minauda faussement James avec un grand sourire.

Du coup, il eut aussi droit à un coup de la part de Dewi et poussa un gémissement.

- Hé, je rigolais, signala le jeune homme.

- Je sais, avoua Dewi. Mais j'aime tellement … Wil, qu'est-ce que tu fous encore ici ?

Ce dernier haussa les épaules, l'air de dire qu'il ne voyait pas tellement l'intérêt mais le regard entendu de Dewi eut raison de lui. Bizarrement, James aussi semblait l'encourager à aller parler à Nella Flint -et c'était là toute l'amitié du jeune homme qui parlait à sa place- et il n'eut pas vraiment le choix. Et puis, inutile de nier, c'était pour lui une occasion en or de se retrouver seul à seul avec la jolie Serdaigle.

Il finit par sortir des Trois Balais sous les sifflements moqueurs de James, enfonça son bonnet marron jusqu'aux oreilles et frissonna de froid. Devant lui, à quelques pas, Nella tentait toujours de rassembler ses affaires et il s'aperçut que c'était une tâche ardue pour elle à cause de ses gros gants en laine roses, assortis à son bonnet. Il fut à ses côtés en quelques enjambées et s'agenouilla à sa hauteur.

- Salut.

La Serdaigle poussa un petit cri et sursauta avant de se ressaisir en le reconnaissant. Elle serra les parchemins qu'elle tenait déjà contre sa poitrine et haussa un sourcil, l'air de se demander ce qu'il lui voulait.

- Laisse-moi t'aider, proposa Wil avec un grand sourire.

Il devait avoir l'air un peu taré comme ça mais Flint semblait de moins en moins avoir envie de l'interner au fil des semaines qui passaient. Déjà, depuis leur promenade en compagnie de Dewi, elle était plus amicale avec lui, allant même jusqu'à lui sourire lorsqu'ils se croisaient dans les couloirs. Et Wil se sentait vraiment fier de ça parce que Nella ne souriait pas à grand-monde et que ça le rendait un peu particulier. Bon, okay, elle avait l'air beaucoup plus chaleureuse lorsque Dewi était avec lui, mais quand même : elle savait qu'il existait et qu'il n'était pas si idiot que ça … n'est-ce pas ? Bon, ce n'était pas encore l'amour fou, mais il restait optimiste.

Ramasser les parchemins rendus collants par la pluie ne fut pas une mince affaire mais, à deux, ils en vinrent rapidement à bout et bientôt, la liasse était enfouie bien profondément dans le sac de la jeune fille, ce qui semblait en effet plus prudent.

- Tu rentres déjà à Poudlard ? s'enquit-il en se redressant.

- J'étais juste venue acheter des plumes et ce parchemin, répondit-elle d'une voix douce.

- Seule ?

Levant un sourcil septique, elle désigna les alentours déserts du bras et son visage s'orna d'un petit sourire dépité. Effectivement, il ne s'était pas fait la réflexion avant mais son fidèle basset de Lysenko n'était pas là. La pauvre petit chose avait dû avoir peur de prendre froid. Prudent néanmoins, il évita de la taquiner là-dessus, sentant que ce n'était pas la meilleure chose à faire.

- Viens boire un verre avec nous, proposa-t-il à toute vitesse avant de changer d'avis.

Pour ne pas regretter de s'entendre dire non ? Ou parce qu'il se disait que si elle ne comprenait pas le sens de sa phrase, elle serait plus encline à dire oui ? Sûrement un mélange des deux.

Le visage de la Serdaigle s'orna d'une expression de surprise et ses joues se colora de rose. Etonnement, elle semblait mal à l'aise.

- Enfin, pas toi et moi. C'est-à-dire … pas que … Dewi est là aussi, s'embrouilla le jeune homme qui craignait d'avoir été trop loin. Et … James aussi.

Il désigna les Trois Balais où il savait que ses amis devait se rouler de rire derrière la fenêtre à nouveau couverte de buée et baissa le ton en finissant la fin de sa phrase. Effectivement, si à la mention de Dewi elle avait paru moins gênée, James ne semblait pas trouver grâce à ses yeux.

- Je … j'ai des devoirs, murmura-t-elle en baissant les yeux.

Un bleu clair, comme le ciel en été à Poudlard.

- Toi ? Je parie qu'ils sont finis depuis belle lurette.

- N'importe quoi, murmura la Serdaigle mais ses joues rosirent un peu plus et cela le fit rire.

- Tu travailles trop. Aller viens, c'est moi qui paie.

- Bon … d'accord.

Wil Jordan était sur le point d'entrer en transe. Au minimum. Nella Flint venait d'accepter de boire un verre en sa compagnie.

Bon, accessoirement, James et Dewi se trouveraient là aussi mais cela ne l'empêchait pas de flotter sur un petit nuage.

Il faillit même se prendre la porte des Trois Balais en pleine face lorsqu'il la tira beaucoup trop fort vers lui pour laisser passer Nella devant lui.

oOoOoOoOo

Dans la salle commune des Poufsouffle

Ils étaient tous là et Molly ressentit de la satisfaction. Au moins, elle n'allait pas devoir courir derrière Camille pour avoir le fin mot de l'histoire et tenter de réconcilier ces deux-là. Car elle ne doutait pas rabibocher la blonde et la brune, rêvant d'apaiser les tensions qui ressortaient sur tout le groupe depuis quelques jours.

- Bien, s'exclama-t-elle en croisant les bras sur son ventre plat.

Camille et Arthur qui ne les avaient pas entendu arriver sursautèrent tandis qu'Anatole poussait une énième quinte de toux, son visage apparaissant enfin à travers la fumé. Joana eut un grand sourire en voyant qu'elle avait réussi à convaincre Dominique de les rejoindre.

- On part enfin à Pré-au-Lard ? s'enquit-elle avec un grand sourire, prenant appui sur Anatole, prête à se relever et ce dernier manqua de tomber au sol, toujours terrassé par la fumée.

- Non. Je veux savoir ce qu'il se passe entre elles. Et Dominique a promis que Camille allait tout m'expliquer. J'attends.

Gênée, Dominique s'apprêta à dire qu'elle n'avait rien promis du tout lorsque son regard croisa celui de sa meilleure amie. Celle-ci semblait tomber des nues et avait blanchi en quelques secondes. Elle paraissait sur le point de fondre en larmes et la Capitaine la connaissait assez pour dire qu'elle ne tiendrait pas longtemps.

Elle n'avait pas adressé la parole à Camille depuis qu'elle l'avait surpris en train d'embrasser -elle arrivait enfin à penser à ça- Arthur, l'avait évité de son mieux et n'avait même pas songé à ce qu'elle pouvait ressentir. Et la jeune fille avait beau être fautive, cela lui retourna l'estomac et elle se sentit étrangement mal pour elle. Avant de se souvenir que ses révélations allaient anéantir Molly et que c'était bien fait pour elle.

- Vas-y Camille, je suis sûre que Molly sera ravie d'entendre ce que tu as à dire, susurra la jeune fille de cette voix qu'elle ne réservait habituellement qu'à ceux qu'elle n'aimait pas -Lysenko donc-.

Sa meilleure amie semblait au bord de l'évanouissement et ouvrit la bouche, les autres Poufsouffle, Molly compris, suspendus à ses lèvres.

- Et si on allait plutôt prendre un verre entre amis ? l'interrompit brusquement Isabel en se relevant d'un bond.

Cette interruption acheva de convaincre Dominique qu'Isabel savait ce qui se passait entre Camille et Arthur. Depuis quand ? Et pourquoi n'avait-elle pas jugé bon d'en parler à Molly ? La jeune fille ressentit une bouffée de haine contre la slave qu'on vantait souvent comme la meilleure des conseillères et qui n'avait, finalement, pas assez de jugeote pour faire ce qui était bon.

- Non ! s'exclama fort heureusement sa cousine. J'en ai assez, je veux savoir !

- Moi aussi, confirma Joana, toute ouïe.

- Et moi, je vois Rose dans une demi-heure, alors si vous pouviez vous dépêchez de vous réconcilier, maugréa Anatole en rosissant.

L'espace d'un instant, tous les regards convergèrent vers le jeune homme et il rougit jusqu'aux oreilles. Mal à l'aise, il reprit :

- Quoi ? Je lui ai demandé d'aller boire un verre avec moi et elle a accepté, vous avez déjà oublié ? s'enquit-il avant de se tourner vers Camille. Nous t'écoutons !

Et toutes les têtes se tournèrent à nouveau vers la brunette qui, l'espace d'un instant, semblait avoir cru qu'on l'oublierait. A ses côtés, Arthur semblait plus serein mais trahissait sa gêne par sa manie de remonter ses lunettes sur son nez toutes les deux secondes. Camille prit une grande inspiration, l'estomac de Dominique se retourna et …

- Ce n'est vraiment pas grand-chose mais avant, Molly je voudrais te dire que …

- Cesse-donc de tourner autour du pot, l'interrompit Arthur. Quoi ?

Il fixait Dominique qui le fusillait du regard pour avoir osé couper la brune alors qu'elle semblait sur le point de tout avouer à Molly -laquelle paraissait totalement perdue et venait de comprendre qu'Arthur était au courant, lui aussi-. Etait-ce une autre manigance de sa part pour continuer à butiner allégrement sur deux fleurs différentes ?

Dominique avait bien réfléchi durant ces quelques jours et n'arrivait toujours pas à déterminer lequel des deux elle détestait le plus. Arthur qui trompait allégrement sa cousine et lui mentait sans vergogne ou Camille qui était responsable de tout ça et l'avait fait tomber dans ses filets ?

- Voilà Molly, reprit-il en remontant une nouvelle fois ses lunettes sur son nez. Toi et moi, c'est fini. Je veux dire … Je te quitte. Je voulais le faire depuis longtemps mais …

Son regard se posa momentanément sur Camille et il reprit après avoir inspiré une grande bouffée d'oxygène.

- … Camille et moi sommes ensemble. Je suis amoureux d'elle. Et … elle aussi, ajouta-t-il en tournant de nouveau la tête vers elle. Voilà. Dominique l'a appris alors que nous allions t'en parler et, du coup, nous n'avons pas trouvé l'occasion. Je suis désolé d'avoir dû te mentir mais …

Arthur Lowell n'avait jamais eu une once de tact. C'était l'un des seuls points communs qu'il partageait avec Dominique mais, même elle, aurait trouvé une meilleure façon de formuler la chose. Enfin, après tout, existait-il une bonne manière ?

Molly ne semblait pas dévastée. Pas autant que Joana ou Anatole qui, bouche bée, regardaient alternativement en direction de Camille, d'Arthur et d'elle.

Non, Molly semblait seulement ne pas y croire. Pas encore. Sa cousine, ouvrit la bouche plusieurs fois, sans qu'aucune parole n'en sorte. Elle fit un pas en avant vers Arthur, semblant attendre qu'il éclate de rire et lui révèle que ce n'était qu'une blague de mauvais goût mais cela n'arriva pas. Alors, seulement, elle sembla se rendre compte que quelque chose clochait.

- Est-ce que c'est vrai ? s'enquit-elle d'une voix trouble en direction de Camille et d'Arthur qui détournèrent le regard, véritablement mal à l'aise. EST-CE QUE C'EST VRAI ?

Voir Molly se mettre à hurler était nettement plus terrifiant que lorsque Dominique s'énervait et n'était jamais de bon augure. Autour d'eux, les conversations s'étaient tues et les quelques élèves qui restaient dans la salle commune, pour la plupart des gamins qui n'avaient pas encore le droit d'aller à Pré-au-Lard, se retournèrent vers la petite troupe, curieux.

Isabel esquissa un geste de la main en direction de Molly comme pour l'apaiser mais elle la repoussa brusquement et se retourna vers Dominique.

- EST-CE QUE C'EST VRAI ? cria-t-elle d'une voix trop aigüe pour être naturelle.

- Molly je … Oui, c'est vrai, affirma Dominique, n'y tenant plus. Molly, attends !

Sa cousine, explosant brusquement en sanglots, venait de faire brusquement demi-tour. A la supplication de sa cousine, elle se retourna et s'avança vers elle, cherchant sans doute du réconfort. Néanmoins, Dominique comprit qu'elle s'était fourvoyée lorsqu'elle la dépassa et s'arrêta net devant Camille.

- Espèce de salope, grinça-t-elle alors que des larmes perlaient dans les yeux de la jeune fille. Ne … m'adresse plus jamais la parole.

Et elle la gifla. Littéralement. Sous la force du coup, la mâchoire de Camille manqua de se décrocher. A partir de ce moment-là, ce fut la foire. Dominique vit distinctement sa cousine, effondrée, faire demi-tour et sortir de la salle commune, Camille s'enfuir dans leur dortoir sans entendre les cris d'Arthur qui tentait de la retenir. Tout ça sous les yeux des autres élèves qui piaillaient entre eux, ravis des commérages qu'ils allaient pouvoir rapporter aux autres.

Isabel, le visage rouge ne tarda pas à suivre Camille.

- Je crois que c'est loupé pour aller à Pré-au-Lard ensemble, souffla Anatole, toujours sous le choc.

Il parut reprendre ses esprits à cet instant et se dirigea vers son propre dortoir, sans doute pour retrouver Arthur et démêler toute l'histoire. Ne restait plus que Dominique et Joana Mayer qui était à moitié tombée dans le canapé au moment de la révélation. Son regard chocolat rencontra celui de la jeune blonde et elle murmura :

- Ce n'est vraiment pas une blague ?

- Je les ai surpris en train de … s'embrasser la semaine dernière, révéla sombrement Dominique. Ça fait des mois que ça dure apparemment.

- DES MOIS ? couina-t-elle. Et on a rien vu ? Mais comment … Il faut qu'on retrouve Molly !

- On y va, ordonna donc logiquement Dominique en lui tendant la main.

oOoOoOoOo

Aux Trois Balais

- Houhou, s'exclama Dewi Carlson en agitant les bras.

Le visage de Nella Flint s'orna d'un fin sourire alors qu'elle allait rejoindre la Gryffondor qui paraissait d'excellente humeur. Wil la regarda se glisser à ses côtés, son amie l'embrassant avec chaleur comme si elles se connaissaient depuis des années. En s'asseyant à côté de James, en face d'elle, il lui donna un coup de coude et celui-ci se targua d'un âpre "salut", dévisageant la jeune fille sans aucune gêne.

- Tu parles de Lysenko, je te tue, lui murmura Wil à un moment où elle ne les regardait pas.

James hocha doucement la tête, en signe d'approbation. Mais, avec son meilleur ami, on pouvait s'attendre à tout. Ainsi fut-il soulagé lorsque le Gryffondor se leva pour aller chercher les commandes, demandant d'une voix aussi polie que fausse à Nella ce qu'elle voulait boire.

Wil poussa un soupir intérieur de soulagement lorsqu'il s'éloigna. Il était sûr et certain que ce dernier voulait faire des efforts par égard pour lui mais savait aussi qu'il ne pouvait pas faire semblant. Il était comme ça James, peu réfléchi et mauvais comédien, mais pas hypocrite. Et il associait directement Flint à Lysenko ce qui pouvait faire déraper la situation à n'importe quel moment. A présent, il se demandait si ce n'était pas une mauvaise idée de l'avoir ramené ici.

Les deux filles étaient en train de discuter naturellement, comme si elles se connaissaient depuis longtemps. Au moins, avec Dewi, il était rassurée. Elle était sociable et bavarde, cherchant à la mettre à l'aise par tous les moyens. En plus, elle ne faisait même pas semblant et lui avait confié qu'elle appréciait Flint.

- Non mais tu vois, même si les professeurs ont l'air de tout faire pour nous défendre, je suis pas sûre que ça empêche ce taré de recommencer, babilla Dewi. Rien ne l'a jamais empêché d'agir en plein jour.

Le regard de Nella coula vers le comptoir où tentait péniblement James de se faire entendre par Rosmerta, de plus en plus dure d'oreille avec les années, et où Wiertz et Assem discutaient toujours, la dernière ayant l'air de plus en plus ennuyée au fil du temps.

- Ils finiront bien par l'attraper, murmura la jeune Serdaigle.

- Ils font tout pour en tout cas, approuva Wil.

Ils discutèrent encore quelques minutes des agressions, chacun y allant de sa petite supposition plus ou moins sérieuse. Le Gryffondor fut ravi de voir que Nella pouvait arriver à se dérider au point d'éclater de rire lorsqu'il supposa qu'Assem faisait tellement froid dans le dos qu'elle était capable de tuer quelqu'un rien qu'avec un regard et lui rappela la légende de l'élève disparu dans son cours en troisième année et qu'on avait jamais revu depuis.

Lorsque James revint, ils étaient encore en train de rire et son regard courroucé ne fit qu'augmenter l'hilarité de Dewi et Wil. Il déposa les trois Bierraubeures sur la table, et, ironiquement, fit une petite courbette à Nella en déposant son sirop d'œillet. Cette dernière releva la tête vers lui, ne semblant pas dupe de son manège.

Wil se demanda ce qui lui traversait l'esprit en ce moment même. Après tout, la situation était assez surréaliste et il la connaissait assez pour dire que la jeune fille n'aimait pas les complications et préférait quand tout coulait de source. Bizarrement, elle ne semblait pas si énervée par les moqueries évidentes de James, mais plutôt perturbée.

- Et les Patat'citrouilles ? Tu aimes les Patat'citrouilles ? s'exclama Dewi, s'attirant trois regards perplexes sur elle.

La jeune fille haussa les épaules, l'air de dire que c'était la seule chose intelligente qu'elle avait trouvé pour défendre l'atmosphère.

- Ce groupe avec des coiffures bizarres ? répondit Nella après quelques instants de nette hésitation. Je ne sais pas, je n'ai jamais écouté. Mes parents sont plus groupes moldus. Surtout … Ma mère.

Elle tiqua un instant avant de prendre une gorgée de jus d'œillet.

- Ta mère est moldue ? s'enquit Dewi, l'air intéressée.

Nella opina doucement du chef.

- Ton père aussi ?

- Non, c'est un sorcier, répondit James à sa place. Quoi ?

Tout le monde s'était retourné vers lui, Nella y comprit et elle le regardait étrangement, attendant la suite. James haussa les épaules et se tourna vers Wil.

- On l'a vu sur le quai du Poudlard Express. Enfin, nos parents se sont connus à Poudlard.

- Ah oui, se rappela Wil. Ton père a enfermé le mien dans les toilettes juste avant un match de Quidditch.

- Quoi ? s'exclama Nella, l'air mortifiée. Je suis … désolée.

Wil éclata de rire, signe qu'il trouvait l'anecdote plus drôle qu'autre chose. Pendant une bonne heure, ils continuèrent à discuter de leurs parents, dévièrent un peu sur les cours et revinrent vite sur les agressions, le grand sujet qui occupait tous les esprits en ce moment.

Quand il fut l'heure de partir, personne n'avait vu l'heure passer, même pas James Potter.

oOoOoOoOo

- Blaireau en vu !

Le nez plissée, Isabel Lowell ignora volontairement la pique d'Heather Moorehead et fit glisser une chaise entre Thomas Ayling et Isaac Nott, qu'elle bouscula sans faire exprès. Hormis Thomas, seule Harriet daigna lever les yeux pour la saluer avec un petit sourire.

Elle avait rejoint les quatre Serpentard à la bibliothèque après une longue discussion avec Camille, n'étant pas très encline à retrouver le choc qui avait envahi l'ensemble de ses amis. Chacun avait réagit à sa manière. Camille pleurait toujours lorsqu'elle l'avait quitté, Anatole était dans un tel état de panique qu'il avait presque oublié son rencard avec Rose Weasley et était parti en courant en voyant l'heure avancée et Arthur était invisible. On lui avait dit que Dominique et Joana étaient parties à la recherche de Molly mais les trois jeunes filles n'avaient donné aucun signe de vie.

- Tu as l'air chiffonnée, murmura Thomas qui jouait négligemment avec sa cravate depuis son arrivée.

- Un peu, souffla la jeune fille.

- Raconte.

Tout sourire, comme à son habitude, il caressa doucement sa joue tandis qu'Heather faisait semblant de vomir. Une fois n'est pas coutume, Isabel s'autorisa à fusiller la jeune fille du regard, la trouvant vraiment agaçante. La reine des glaces était épuisante quand elle s'y mettait et la Poufsouffle avait épuisé toute sa patience à tenter de convaincre Camille qu'il était hors de question qu'elle s'enferme dans son dortoir jusqu'à la fin de sa scolarité.

- Pas envie. Toute façon, ce sont des idioties et vous serez bientôt au courant, répondit nerveusement la Batteuse.

- Le fait que Lowe change d'allégeance te chiffonne autant ? susurra Nott qui, visiblement, n'avait pas oublié le coup de coude involontaire qu'elle lui avait donné.

Isabel haussa un sourcil septique envers le jeune homme qui n'avait pas bougé d'un iota et écrivait à toute vitesse, le nez presque collé à son parchemin. Néanmoins, cela parut intéresser Harriet et Thomas qui l'interrogèrent du regard et même Heather s'arrêta d'écrire, faisant néanmoins mine de ne pas s'intéresser à la conversation.

- Comment est-ce que tu peux savoir ça ? s'enquit-elle en se tournant vers Nott.

Il releva la tête vers elle, la jaugeant de son regard noir et, finalement, fit un petit signe de la main pour dire qu'il n'avait aucune envie de répondre à cette question.

- Mais tu as raison, ce sont des idioties, confirma-t-il.

- Si je te suis bien, cet idiot de Lowe n'est plus avec ta bécasse de copine rousse ? s'enquit Thomas en se grattant la tête. Et alors ?

Isabel lui administra une petite tape sur la tête, qui le fit faussement grimacer, tandis que le visage d'Heather s'ornait d'un rictus moqueur.

- Tu veux en parler ? s'enquit cette dernière, l'air ironique.

- Et si je te prenais au mot ?

- Pitié, murmura la Serpentard. Laisse-moi me jeter par la fenêtre, je n'ai aucune envie d'entendre parler des amourettes débiles des Poufsouffle.

- Si un jour, le mot "amour" veut dire quelque chose pour toi, fais-moi signe, lui signala Isabel avec humeur.

- Qu'est-ce que tu viens de dire ?

Isabel n'avait pas peur d'Heather Moorehead et elle aurait beau la toiser du regard de cette manière pendant des heures, jamais elle ne baisserait les yeux. Le début de dispute entre les deux jeunes filles avait au moins eu le mérite de faire sortir Nott de son parchemin et il la regardait maintenant d'un air circonspect, se demandant sûrement ce qu'il s'était passé pour qu'elle sorte autant de ses gongs.

- Weasley a fini par dire à … Weasley ce qu'il se passait sous son nez ? s'enquit-il, révélant ainsi qu'il en savait bien plus que ce qu'il voulait bien admettre.

Ce que se demandait Isabel, elle, c'est comment avait-il bien pu s'en apercevoir ? Tout comme Dominique, les avait-il surpris au détour d'un couloir ? Ou les avait-il entendu parler ? Ou, tout simplement, comme elle, avait-il compris dès le début le drame qui allait se jouer entre Molly, Arthur et Camille, parce que c'était l'évidence même ?

Un sourire se nicha sur son visage à cette pensée. N'importe quoi. Nott n'avait rien à faire de ses amis. La seule chose qui l'intéressait était sa tranquillité et il n'allait pas s'embêter à observer des personnes qu'il n'appréciait pas. Et puis, au pire, elle s'en fichait du comment. De toute façon, tout Poudlard allait être au courant d'ici demain. Arthur et Molly était un couple en vu et tout le monde savait qu'ils sortaient ensemble depuis un an ou presque. Si la plupart se plaignaient de leurs effusions de tendresses, personne ne les imaginait se séparer. Pas avant la fin de leurs études. La nouvelle allait provoquer un tollé général et Isabel pressentait beaucoup d'épreuves pour Camille qui allait devoir endurer les méchancetés des autres élèves.

Quant à Molly ? Elle se doutait que la plupart de ses amis pousseraient des hauts cris s'ils pouvaient lire ses pensées, mais la rouquine était forte. Elle ne le savait pas encore, mais elle n'avait pas besoin d'un petit-ami pour exister. Alors oui, Molly allait être dévastée, brisée, effondrée mais elle s'en remettrait parce qu'elle avait cette force innée chez elle qui faisait qu'elle pouvait tout affronter, vaciller parfois, mais toujours se relever. Seulement, le chemin était long avant que cette dernière ne parvienne à s'en rendre compte.

- Et bien Nott, deviendrais-tu la pire commère des Poufsouffle ? railla Heather, épargnant sans le vouloir la peine à Isabel de se justifier.

oOoOoOoOoOo

- Je n'en peux plus, souffla Dominique, épuisée.

Pendant plus de deux heures, Joana Mayer et elle avaient crapahuté dans tout le château, explorant même les endroits les plus reculés, comme la Tour d'Astronomie, ce qui était vraiment idiot étant donné que jamais Molly n'irait se cacher dans un endroit susceptible de contenir des araignées.

Dominique se laissa tomber contre le mur, essoufflée et tentant de reprendre sa respiration, chose particulièrement ardue car elle ne songeait qu'à retrouver sa cousine et son inquiétude augmentait de minutes en minutes. Qui sait ce qui avait pu passer par la tête de cette dernière dans l'état où elle était ?

- On a du oublier quelque chose, lança Joana, tout aussi essoufflée, en se posant à ses côtés, sans paraitre remarquer l'état de Dominique. Il y a forcément un endroit où on a pas cherché.

C'était l'une des premières fois où la jeune fille la voyait réfléchir aussi sérieusement et on sentait qu'elle prenait les choses à cœur. Et puis, il ne fallait pas oublier qu'elle avait été la seule à s'inquiéter pour Molly. Quand Anatole et Isabel avaient suivis les fautifs, c'était la seule qui avait une réaction à peu près normale à son sens et Dominique était heureuse d'avoir une alliée.

Alliée qui était tout aussi inutile qu'elle étant donné qu'elles avaient perdu deux heures à courir de part et d'autres.

- On a fait tous les étages, le parc et on a même poussé jusqu'à la Forêt Interdite, murmura Dominique avec une voix rauque.

- Molly n'irait pas là, murmura Joana avant de pousser un petit cri.

La jeune fille se tapa la tête devant une Dominique médusée, avant de se remettre à courir, obligeant cette dernière à en faire de même si elle ne voulait pas se faire distancer.

- Les cuisines ! hurla Joana.

- Quelles … cuisines ?

- Bah les cuisines !

Quelques minutes plus tard

- Il y a vraiment des cuisines à Poudlard ? souffla Dominique alors que Joana venait de stopper sa course folle devant un tableau représentant une coupe de poires.

- Bien sûr, les plats n'apparaissent pas comme ça. Tu croyais quoi ?

Si Dominique ignora la pique évidente, c'est seulement parce que Joana, après avoir chatouillé étrangement le tableau, venait visiblement d'ouvrir un passage. Elle n'eut pas le temps de s'étonner plus que la jeune fille s'y était engouffré, lui faisant signe de la rejoindre. Et lorsque Joana poussa un petit cri de surprise, elle fut stupéfaite de constater que son intuition avait été la bonne.

C'est ainsi qu'elle ne s'étonna même pas des elfes de maisons qui tourbillonnaient dans la pièce, ne se préoccupa pas de commenter la découverte de ces cuisines et n'insulta pas Joana pour ne pas lui avoir dit qu'un tel endroit existait avant.

Molly avait l'air tellement pathétique. Assise sur l'unique table de bois constituée de deux bancs, un véritable festin lui faisait face. Pêches, chocolat, sucreries, des biscuits par dizaines et, derrière, sa cousine et ses joues rouges, ses yeux luisants et la sueur qui avait collé ses cheveux sur son visage. Même de loin, on voyait qu'elle n'avait pas regardé ce qu'elle avait engloutit et qu'il lui restait du chocolat au coin des lèvres.

Médusée par un tel spectacle, Dominique mit quelques secondes à réagir.

- Qu'est-ce qu'il y a ? murmura sombrement Molly qui n'avait pas loupé l'arrivée des deux Poufsouffle. Vous venez vous moquer de moi ? Molly l'idiote qui, décidemment, ne voit jamais rien. Molly l'imbécile qui n'est même pas capable de garder un mec. Molly le cochon qui … j'ai mal au ventre !

La rouquine explosa en sanglots et Dominique porta pour la première fois son attention sur les elfes de maisons qui s'étaient amassés autour de sa cousine, tentant de lui apporter du réconfort. Elle se demanda un instant s'ils ne lui avaient pas servit une boisson plus forte que le jus de citrouille qu'elle voyait sur la table dans un pichet transparent.

Mais non, aucune bouteille non autorisée à Poudlard ne se trouvait là -et elle doutait que McGonagall autorise les elfes à en garder dans un endroit que tout le monde (sauf elle, apparemment), connaissait-. C'était seulement la tristesse qui faisait parler Molly.

- T'es tout sauf idiote, murmura Joana en posant une main compatissante sur l'épaule de la rouquine.

- T'es tout sauf aveugle.

- Et t'es la plus jolie fille de tout Poudlard.

- Tu parles, sanglota la jeune Poufsouffle. Mais, même si c'était vrai … dites-moi que c'est un cauchemar. Arthur et …

Elle s'arrêta quelques secondes et Joana en profita pour s'asseoir à ses côtés, repoussant silencieusement les elfes de maison. Dominique se rapprocha et s'installa de l'autre côté, penchant légèrement sa tête pour toucher l'épaule de sa cousine. Cette dernière renifla grossièrement mais parut se reprendre. Un petit peu.

- J'ai l'impression d'avoir perdu une jambe. Qu'on me l'a prise et qu'on ne me la rendra plus jamais. Et ça fait mal, parce qu'on en a besoin pour marcher non ? J'ai besoin d'Arthur …

- Sûrement pas ! s'indigna Dominique. Tu n'as besoin de personne à part de tes amis. Et après ce qu'il t'a fait, je t'interdis de te sous-estimer comme tu le fais. Tu n'es pas fautive dans cette histoire, t'es juste une victime.

- Mais si j'avais …

- Elle a raison ! soutint Joana en la coupant à son tour. Tu es une fille merveilleuse ! Et si Arthur n'a pas vu ça, c'est lui l'idiot. Certainement pas toi.

Molly renifla une dernière fois, tandis qu'une énième larme coulait sur ses joues. Puis, brusquement, elle éclata de rire. Médusées par son comportement, Joana et Dominique se lancèrent un regard étrange, songeant que son attitude était des plus étranges.

- Quoi ? l'interrogea sa cousine.

- Pour une fois que vous êtes d'accord … C'est vrai, vous vous disputez tout le temps, vous n'avez rien en commun et là … Arthur me largue pour … et voilà qu'on dirait que vous êtes sur la même longueur d'ondes.

- Bien sûr que si qu'on a quelque chose en commun, souffla Joana en dressant un sourcil. C'est toi.

Dominique opina du chef, pas loin de défaillir. Elle avait beau fréquenter Joana Mayer depuis sept ans, c'était la première fois qu'elle la voyait si mature … presque adulte. Sa cousine avait raison, elles n'étaient d'accord sur rien, Dominique râlait tout le temps parce que Joana occupait la salle de bain du matin au soir et cette dernière trouvait abjecte qu'une fille porte des pantalons, même le week-end, ce que Dominique ne se gênait pas pour faire.

Joana était très proche de Molly, presque autant que d'Isabel et c'était la première fois qu'elle s'en rendait compte. Tous ces trucs de filles qu'elle ne supportait pas, la rouquine les aimait autant que Joana. Elles se ressemblaient beaucoup au final.

Finalement, cela marqua un tournant dans leur discussion. Les trois Poufsouffle parlèrent pendant des heures, trainant tellement qu'au bout d'un moment, les elfes de maisons leur apportèrent le dîner, visiblement ravis que les larmes de Molly se soient taries. Seules Dominique et Joana firent honneur au repas, la seule odeur de la nourriture donnant la nausée à la rouquine qui s'était empiffré tout au long de l'après-midi pour combler son malheur.

Ce fut l'un des elfes qui vint les déloger, leur rappelant d'une voix aigue que le couvre-feu avait sonné depuis longtemps et qu'il était imprudent pour elle de trainer dans les couloirs si tard.

Si Molly n'avait pas changé d'avis concernant sa rupture avec Arthur, elle avait au moins admis qu'elle n'était pas en tort, même s'il lui faudrait du temps avant de l'oublier. Elle envisageait même de retourner en cours dès le surlendemain, la tête haute pour ne pas perdre la face. Néanmoins, en sortant des cuisines, le blues la reprit et les larmes, loin d'être taries, perlèrent sur ses joues. Ce fut Dominique qui la calma en lui racontant une blague sur une harpie, un troll et un vampire milles fois entendue et elles prirent la direction du dortoir, plus sereinement.

Seulement, elles n'étaient pas seule. Au moment où elles avaient presque atteint le passage ouvrant sur leur salle commune, une voix bien trop familière aux oreilles de Dominique se fit entendre.

- Est-ce que je peux savoir pourquoi vous vous promenez dans les couloirs à cette heure ?

Les trois filles se retournèrent lentement, les épaules rentrées, pour faire face à Mlle Assem qui les fixait de son habituel air sévère, les bras croisés sous sa poitrine, son chignon toujours aussi bien serré malgré l'heure avancée de la soirée. Dominique déglutit et ouvrit la bouche, prête à s'expliquer. Avant de la refermer : Assem serait capable de la tuer pour un tel affront.

Molly renifla.

- Je vois, susurra la Directrice des Serpentard. Vous allez me suivre dans le bureau de la Directrice, nous tirerons ça au clair.

- Non, attendez ! s'exclama Dominique.

Hésitante, elle s'approcha de la femme, jeta un dernier regard à Molly qui pleurait véritablement de nouveau, consolée par Joana qui lui tapotait l'épaule et se décida. Elle raconta tout à Assem, n'oublia aucun détail de la rupture de sa cousine. Peut-être qu'elle tentait d'apitoyer son professeur de Potions ou que son but était de la noyer sous les paroles mais, même dans ce cas, cette dernière ne l'interrompit pas, sans qu'on ne sache si elle compatissait ou si elle hésitait à l'enfermer dans les cachots.

- Vous devriez être honnête plus souvent Miss Weasley, murmura Assem une fois son monologue terminé. Dépêchez-vous d'aller vous coucher.

Si Dominique était ravie d'avoir échappé à la punition, un frisson lui traversa l'esprit quand, une fois dans son lit, elle se rappela l'incident de la potion de vieillissement et les suspicions qu'avaient eu Assem à son égard quelques mois plus tôt, comprenant que cette dernière n'avait rien oublié du tout et, peut-être même continuait à la surveiller de loin, lorsqu'elle n'y prenait pas garde.

Quant à Molly, elle ne dormit pas de la nuit, la première d'une grande lignée.