Merci à dobbymcl, jolierosedu68 (Oula, je vais essayer de faire une réponse constructive, pas facile avec toutes ces reviews ! Ne m'en veut pas si ça part dans tous les sens ;). Oui, oui, oui, y'a du changement pour tout le monde ! Mais ça veut pas forcément dire que ça avance, tu t'en rendras compte en lisant ce chapitre ! Molly a pété un câble parce qu'elle est triste et perdue mais ça lui a fait du bien, t'inquiète ... Enfin, p'tet pas la beuglante que lui enverras Percy quand il saura qu'elle s'est montré en public comme ça mais c'est accessoire ... Merci pour tous ces compliments (et pour le titre aussi!) a bientôt!), Claroushka, barbiemustdie, Elia (Déjà merci pour ta review ! Et j'essaierai de toujours poster aussi régulièrement parce que je déteste moi-même attendre la suite d'une fanfiction ... c'est trop frustrant ! Ils commencent à grandir/mûrir (que ce soit Molly ou James) mais le chemin est long avant que ça ne se voit vraiment ... Molly a péter un câble à cause d'un surplus d'émotion, elle aura d'autres moments difficiles. Heu .. Par contre Gemma ne se pose pas de questions du tout et elle est pas prête de s'en priver, naïveté power ! A bientôt et merci encore !) et Isabelle Pearl !

Dans ce chapitre, vous allez être fiers de James (un p'tit peu du moins j'espère).

Bonne lecture !


La véritable amitié sait être lucide quand il faut, aveugle quand elle doit.

Francis Blanche


Ce matin-là, Nella était déçue. Non pas furieuse comme elle aurait dû l'être après que sa meilleure amie ait, pour la deuxième fois en quelques jours, oublié qu'elle lui avait promis de l'aider sur ce fichu devoir d'Histoire de la magie mais affreusement déçue. Oh, bien sûr qu'elle pouvait se débrouiller toute seule et récolter un O si elle passait plusieurs heures à la bibliothèque, mais c'était le geste. Elle ne supportait pas que Gemma passe plus de temps avec Abel Johnson qu'avec elle.

C'était de la jalousie mal placée. Elle n'était pas plus mature que cet idiot de Mervin Kalls qui avait déclaré ouvertement la guerre au petit ami de Gemma et lui faisait comprendre sa désapprobation envers leur relation par des œillades furieuses à chaque fois qu'elle parlait de lui ou se sauvait pour le retrouver. C'était peut-être même pire car Nella, elle, gardait tout pour elle. Elle avait été élevée comme ça, malgré l'excentricité de sa mère. Son père ne supportait pas les geignards et lui avait toujours fait comprendre qu'elle n'obtiendrai rien de lui ainsi. Alors elle avait appris à tout garder pour elle et cela ne lui avait jamais causé de soucis jusqu'à maintenant.

Oh et puis, Gemma avait bien le droit d'être heureuse. Même si sa relation avec Johnson était des plus bizarres. Elle lui avait confié leur discussion près du lac et loin d'être aussi enthousiaste que Gemma sur leur façon de préserver leur couple des autres en se cachant, ou presque, cette idée lui semblait louche. Comme si Johnson, plutôt que de se cacher lui, voulait cacher Gemma. La faire oublier aux autres. Elle voyait sûrement le mal partout mais cette idée lui trottait dans la tête depuis quelque temps et elle ne savait pas comment aborder le sujet avec sa meilleure amie.

Ainsi, après les cours, la jeune fille avait filé directement à la bibliothèque tentant d'oublier les mots de cette dernière qui lui martelaient les tempes "Je vais faire un tour près du lac avec Abel, on se retrouve au dîner". Loin d'être concentrée sur son Histoire de la Magie elle avait vite laissé tombé et attrapé la Gazette du Sorcier, datée de quelques jours.

LES ENFANTS DE MOLDUS MENACES PAR L'INEFFICACITE DU CORPS PROFESSORAL ?

Les journaux faisaient choux gras de cette histoire, n'ayant certainement pas mieux à se mettre sous la dent, et on comptait par dizaine les unes sur les agressions depuis qu'on avait découvert un rapport entre elles. L'information avait filtré mais elle était certaine que ce n'était pas à cause des Professeurs.

Cette fois-ci, cela disait :

Nous comparions ces agressions à l'époque de la Terreur, instaurée par le tristement célèbre Vous-Savez-Qui lors de l'année mil neuf cent quatre-vingts dix-huit dans un dernier numéro et n'avions pas tort. Après qu'il eut été prouvé que les enfants de moldus aient été agressé pour cette raison, nous nous attendions à plus de professionnalisme de la part de la direction de Poudlard. Si Minerva McGonagall s'est toujours refusée au moindre commentaire, Miss Joly, professeur d'Aritmancie nous a confié "que tout a été mis en œuvre, et pour protéger vos enfants, et pour retrouver le coupable". Plusieurs semaines plus tard, force a été de constater que, si aucune autre agression n'est à déplorer depuis Ludovic Estebald, quatrième année à Gryffondor, le coupable, lui court toujours et est toujours en capacité de recommencer.

Si un Auror permanant et donnant déjà, occasionnellement des cours de Duels à Poudlard, le professeur Wiertz, a élu domicile au château, nous commençons sérieusement à nous poser des questions sur sa manière de résoudre le problème et ce, même si Harry Potter nous assuré dernièrement "avoir toute confiance en lui". Le chef du bureau des Aurors se voile-t-il la face ? L'incompétence de cet Auror bavarois nous saute aux yeux.

Un parent d'élève, souhaitant rester anonyme, assure que si l'enquête ne progresse pas, il retirera ses enfants de Poudlard. Il ajoute à demi-mots n'avoir "plus confiance dans le personnel de Poudlard". Nous vous rappelons que six élèves ont déjà quitté le château.

L'adage, "C'est dans les vieux chaudrons qu'on fait les meilleurs potions" nous semble alors désuet. Minerva McGonagall, rappelons-le, officie à Poudlard depuis les années mil neuf cent quarante, ce qui fait presque quatre-vingt ans. Cette héroïne de la dernière guerre n'a-t-elle pas fait son temps ? N'est-ce pas le moment de laisser la place à la jeunesse ? Nul doute qu'elle doit y réfléchir, vu la non-avancée de l'enquête.

Et bla-bla-bla. L'article taclait Wiertz qui faisait pourtant de son mieux et, selon Gemma qui était au courant de ce genre de choses avec son statut de Préfète-en-Chef, patrouillait toutes les nuits dans le château pour protéger les élèves. Son professeur de duels lui était sympathique et elle n'aimait pas qu'on le traine dans la boue comme ça. Par contre, elle n'était pas loin d'approuver lorsque la journaliste proposait ouvertement de mettre quelqu'un d'autre à la direction de Poudlard. C'est vrai que McGonagall n'était pas de toute jeunesse et cela se voyait d'autant plus en ce moment lorsqu'on la croisait dans les couloirs. Ses cheveux étaient plus blancs encore et sa mine fermée prouvait qu'elle avait beaucoup de soucis. Les journalistes et le Ministère devaient lui mener la vie dure en ce moment.

Les journaux répétaient tous la même chose, hormis le Chicaneur qui plaçait, sans qu'on ne sache pourquoi, toute sa confiance en Minerva McGonagall. La Gazette ne lui avait rien appris de plus ce jour-là et c'est, désappointée, qu'elle balança le journal sur la droite, lequel rebondit tristement contre la fenêtre avant de tomber au sol.

- Qu'est-ce qu'il t'a fait ce pauvre journal ? lança une voix taquine derrière elle, faisant sursauter la jeune fille.

Nella n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qui était son interlocuteur mais préféra tout de même lui faire face. Appuyé contre un des bureaux dans son dos, bras croisés sur son ventre, Wil Jordan la regardait avec son sourire et son assurance habituels, encore emmitouflé dans un gros manteau gris, son sac sur l'épaule. Depuis combien de temps était-il là ?

- Assez pour savoir que tu avais l'air vachement concentré, assura le jeune homme comme s'il avait pu lire dans ses pensées.

Le Gryffondor se pencha en avant pour ramasser la Gazette et la parcourut rapidement du regard, son sourire se transformant en grimace. Une fois fait, il balança le journal dans un coin, sous l'œil interrogatif de la jeune Serdaigle.

- McGo est peut-être une momie mais elle est compétente. Les gens ne savent pas de quoi ils parlent. Bon, tu viens faire un tour dans le parc ?

Et son éternel sourire se réafficha sur son visage tandis qu'il passait une main assurée dans ses cheveux. Cela faisait quelques semaines qu'il se comportait de cette manière avec elle et ne ressemblait plus vraiment à l'imbécile qu'elle avait rejeté quelques mois plus tôt parce qu'il était ami avec Potter -et, il fallait l'avouer, plutôt idiot-. De plus en plus, elle commençait à croire qu'elle s'était trompé et s'étonnait toujours de trouver ça normal de le saluer lui ou Dewi -et Potter lorsqu'il était avec eux- dans les couloirs, pas certaine de ne pas se fourvoyer.

- Tu n'es pas venu étudier ? demanda-t-elle néanmoins prudemment en désignant le sac du Gryffondor.

- Non, je te cherchais.

- Comment tu savais que …

- A la bibliothèque ? Mais tu passes ta vie ici ! rigola-t-il gentiment. Je ne suis même pas sûr que tu dormes encore dans ton dortoir tellement tu y passes de temps.

- Mais …

- Nel, ne discute pas. On sort. Tu es bien trop sérieuse.

La jeune Serdaigle rougit jusqu'aux oreilles, comme lorsque quelqu'un d'autre que Gemma se permettait d'utiliser le diminutif de son prénom et, ce, même si Wil Jordan et Dewi Carlson ne s'en privaient pas depuis qu'ils avaient découvert à quel point cela la mettait mal à l'aise.

Néanmoins, il avait tort sur un point : elle n'était pas sérieuse. Pas aujourd'hui. Elle n'avait même pas écrit une seule ligne à son devoir d'Histoire de la Magie et l'échéance approchait. Ce n'était pas prudent d'aller se promener alors qu'elle était en train de prendre du retard dans ses devoirs, non ? Qu'avait dit son père déjà … Concentre-toi sur tes études.

- Okay, murmura-t-elle subitement. Je viens.

oOoOoOoOoOo

S'il n'était pas sûre et certain de faire chuter sa côte de popularité envers Nella Flint, Wil aurait bien fait une petite danse de la victoire pour fêter ce "je viens". Malheureusement, ils n'étaient pas encore assez proches -mais ils le deviendraient un jour, foi de Jordan- pour se permettre d'être immature à ce point sans qu'elle ne le prenne pour un plouc. Car, Wil en était sûre, en plus d'être la plus jolie fille qu'il ait jamais vu, Nella cachait un grand sens de l'humour et une grande tolérance aux conneries sous sa carapace. Restait plus qu'à gratter un peu plus.

Il avait, encore une fois, bien fait d'écouter Dewi lorsqu'elle lui avait suggéré cette idée de parc après leur cours de Défense Contre les Force du Mal. Elle avait ensuite ajouté d'arrêter de baver devant Flint comme ça en cours car quelqu'un allait bien finir par le remarquer. James avait approuvé et ajouté qu'il avait l'air idiot en plus de ça.

Le temps de se disputer avec son meilleur copain et Flint, qui suivait le même cours, avait disparu. C'était, encore une fois, Dewi qui avait proposé la bibliothèque et elle n'avait pas eu tort. Même James avait paru consentant à ce qu'il les abandonne et cela avait beaucoup fait rire Dewi qui lui avait frotté très fort le cuir chevelu tout en murmurant d'une voix chevrotante "Mon Jamie grandit. Maman est fière !". Wil Jordan n'était pas trop inquiet pour ses amis. Lorsqu'ils s'engueulaient comme un vieux couple, c'est que tout allait bien entre eux.

Reprenant ses esprits alors que Nella avait fini de ranger ses affaires dans son sac, il attrapa prestement son manteau gris avec un sourire angélique, attendant qu'elle l'enfile. Il la vit légèrement tiquer face à l'attention mais ce ne devait pas être si désagréable que ça car elle accepta en se retournant et écartant légèrement les bras qu'il l'aide à l'enfiler.

Un parfait gentlemen, aurait raillé Dewi si elle avait été là. James, lui, l'aurait une nouvelle fois traité d'idiot. En attendant, ce n'était pas lui qui venait d'avoir la chance de sentir les cheveux doux et fins de Nella, juste sous son nez. Et encore heureux, parce que si James aurait osé se tenir aussi près de la Serdaigle, il l'aurait jeté en pâture au Calmar Géant.

Ils descendirent silencieusement les quelques étages qui les séparaient du parc, avant que Nella ne se retourne vers lui, l'air interrogateur.

- Dewi n'est pas là ?

S'il remarqua qu'elle ne demandait pas après James, Wil fut particulièrement blessé qu'elle pense à sa meilleure amie. Néanmoins, gardant bonne figure, il hocha négativement la tête.

- Elle et James font un truc. Mais si ça te dérange …

Le jeune homme laissa la fin de sa phrase en suspens tandis qu'elle réfléchissait visiblement. Au bout de quelques secondes, un sourire qu'il jugea mutin s'afficha sur son visage et elle secoua la tête.

- Non, c'est bon, je pourrais en profiter pour faire rentrer les dix lois de Gant dans ta tête ! lança-t-elle, faisant référence au devoir de Métamorphose où il lui avait demandé de l'aide, quelques mois plus tôt et que Wil avait avoué ne toujours pas connaitre la dernière fois, aux Trois Balais.

- Même pas en rêve ! rétorqua-t-il, faussement horrifié mais particulièrement fier qu'elle se souvienne de ça.

Ils finirent par atteindre le parc et, pieds dans la neige jusqu'à mi-mollet -il avait neigé pendant toute la nuit et une partie de la matinée-, se dirigèrent vers le lac, le jeune homme manquant plusieurs fois de tomber alors que Nella semblait se déplacer avec une souplesse surnaturelle.

- Mais comment tu fais ? grogna-t-il finalement alors qu'il venait de manquer de finir les quatre fers en l'air, une énième fois.

- J'ai lancé un sortilège à mes bottes pour ne pas qu'elles glissent, avoua-t-elle avec un petit sourire.

Et elle ne lui avait même pas dit et … se délectait de le voir tomber ? Il l'avait bien dit qu'elle avait de l'humour sous cette carapace douce et sérieuse. Eclatant de rire, alors que Nella se mettait elle-même à rigoler, il poussa un petit cri guerrier et, sans songer à passer pour un gamin, se mit à la poursuivre. Après le premier moment de surprise, Nella s'enfuit à toute vitesse, entrant dans son jeu. Bien évidemment, elle était la plus douée avec son sortilège sur ses bottes et il se cassa plusieurs fois la figure alors qu'elle slalomait gaiement entre les arbres et les buissons près du lac.

Le nez et la bouche dans la neige, le bras levé, Wil se contenait pour ne pas exploser de rire et avaler un peu plus de poudreuse. Deux paires de bottes se dessinèrent juste devant ses yeux et, relevant la tête, il s'aperçut que Nella avait remonté la pente, s'inquiétant de le voir agiter les bras de cette manière.

- Montre-moi ce sortilège, ordonna-t-il en prenant appuis sur ses bras pour se relever, laissant trainer sa main dans la neige.

- Cite-moi les dix lois de …

- Je savais que t'allais dire ça ! Tiens, voilà ce qu'elles te disent les dix lois de Gant !

Et il balança sa main en avant, pleine de neige, qui atterrit en plein dans la figure de la jeune fille.

Cette dernière ne réagit pas immédiatement et il s'inquiéta un instant, se demandant s'il n'était pas allé trop loin. Son bonnet rose de travers, ses longs cheveux blonds mouillés et le visage dissimulé par la neige, elle n'avait pas l'air très bien. Inquiet, il se rapprocha.

Au même moment la Serdaigle éternua, faisant voler la neige autour de son visage. Puis, elle éclata de rire à son tour. Avant d'éternuer à nouveau, essuyant la poudreuse qui restait sur ses joues et son menton avec ses gants rose, assortis à son bonnet.

Alors Wil se mit à rire à son tour. Ils mirent de longues et délicieuses secondes avant de se reprendre leur souffle.

Wil était en train de tomber amoureux de cette fille. Elle était carrément parfaite et, s'il l'avait toujours pensé, le jeune homme en avait la preuve à présent. Mieux encore, ce n'était pas une question de physique comme l'affirmait parfois James, de mauvaise foi. Bon, d'accord, Nella avait une silhouette de rêve et un ravissant minois mais elle était aussi gentille et drôle quand sa timidité s'envolait.

Alors, debout devant cette jolie blonde qui le regardait avec ses grands yeux bleus un peu rouges d'avoir tant ri, le grand métis fit la pire bêtise qu'il put trouver. Il s'approcha d'elle, réduisant considérablement la distance entre eux, se pencha en avant et posa ses lèvres sur les siennes, chaudes et sucrées.

oOoOoOoOoOo

- Tu as fait QUOI ? s'exclama Dewi, horrifiée.

Alors que James Potter était écroulé de rire sur l'un des canapés de la salle commune, manquant même de tomber par terre à cause de son hilarité qui augmentait au fur et à mesure que Wil leur racontait son après-midi, la jeune fille semblait mortifiée et le regardait avec de grands yeux.

Le métis sembla rétrécir à ses côtés et il se cacha la tête dans ses mains, bien décidé à ne pas se redresser.

- Je l'ai …, commença à répéter Wil d'une toute petite voix.

- J'ai bien compris espèce d'idiot, lui assena la jeune fille en le frappant sur la tête avant d'en faire de même avec James qui pleurait de rire à présent. Et elle s'est enfuie en courant.

- Elle aurait pu le frapper, faut relativiser, commenta James, railleur, en se redressant après la tape de sa meilleure amie.

Wil laissa échappé un gémissement, cette idée ne le réconfortant pas du tout. Il trouvait d'ailleurs la fuite de la Serdaigle bien plus gênante qu'une gifle et se maudissait de ne pas avoir réussi à la rattraper à cause de ses chaussures glissantes. Résultat des courses : Nella avait disparu bien avant qu'il n'arrive au château et il n'avait pas eu de meilleure idée que d'aller retrouver ses amis où Dewi, inquiète par sa soudaine mauvaise humeur, n'avait pas tardé à lui faire cracher le morceau.

- T'es vraiment aussi idiot que lui parfois, murmura Dewi en désignant James du doigt.

- Hé !

- Qu'est-ce que tu connais de Nella ? reprit la jeune fille sans faire attention au cri offusqué de ce dernier. Rien du tout ! A part qu'elle passe sa vie à la bibliothèque. Est-ce que vous avez déjà eu une conversation sérieuse ? Je sais pas moi, tu sais ce qu'elle aime ? Quels groupes elle écoute ? Ce que font ses parents dans la vie ? Si elle a des frères et sœurs, ce qu'elle bouffe au petit déjeuner ? Quelle est sa couleur préférée ? Non, tu ne sais rien de tout ça, parce qu'elle ne t'apprécie pas assez pour te le dire !

Emportée par son élan, Dewi tapa du poing sur le genou de Wil qui sursauta et daigna finalement relever la tête, avant de continuer.

- Avec une fille comme Nel, il faut que l'idée vienne d'elle. Elle a du se sentir agressée et crois-moi, mon vieux, tu vas avoir du mal à te faire pardonner. Non mais vraiment qu'est-ce que tu avais en tête ?

- Ecoute-là, elle s'y connait en fille, railla James.

- Très drôle James.

Mais Dewi sourit néanmoins, ravie de voir que, pour la première fois, il semblait sincèrement s'amuser de son attirance pour les filles -pour Heather du moins- et qu'un sourire s'affichait sur son visage. S'ils n'avaient pas vraiment reparlé de tout ça, elle sentait le jeune homme de moins en moins sur la défensive et était touchée qu'il fasse autant d'efforts par amitié pour elle.

- J'ai pas réfléchi, grogna Wil. Et maintenant, j'ai tout gâché. T'as raison, elle voudra plus jamais me parler.

- J'ai pas dis ça mais qu'elle mettrait du temps. D'ailleurs, on va se mettre à sa recherche, on gagnera du temps, proposa-t-elle en se levant d'un bond. Et toi aussi !

Elle pointait un doigt ferme vers James qui, comme elle l'avait pressentit, tentait déjà de se défiler en secouant la tête et murmurant des choses comme "entrainement de Quidditch, tour de poney ou j'ai mes règles".

- Bon d'accord, abdiqua finalement le capitaine de l'équipe de Gryffondor en comprenant qu'il n'y échapperait pas. Lève-toi mon pote, on va retrouver ta princesse !

oOoOoOoOoOo

Il l'avait embrassé. Wil Jordan avait posé ses lèvres sur les siennes l'espace d'un instant, l'humiliant comme jamais.

Elle avait honte de se l'avouer à présent mais elle avait passé un très bon moment avant que ne lui prenne cette idée saugrenue. Qu'est-ce qu'il croyait ? Elle n'était pas stupide, elle avait immédiatement compris ce qu'il cherchait à faire. Comme une révélation qu'elle aurait pu avoir un peu plus tôt, pour ne pas passer pour une idiote. Et, elle l'avait laissé faire sans se douter ce qu'il avait derrière la tête.

Potter. Ce garçon était machiavélique. Comme il avait épuisé toute sa panoplie de méchanceté pour ridiculiser Gemma Lysenko, il s'attaquait à présent à elle pour faire mal à son amie par contingence. Et quoi de mieux que de tenter de lui faire croire que son meilleur ami s'intéressait à elle ? C'était la seule explication possible car elle ne voyait par ce que pouvait trouver Wil Jordan à une pauvre fille comme elle. C'est vrai quoi, il était plutôt mignon, populaire et avenant quand elle-même se trouvait banale, timide et dénuée d'intérêt.

Et dire qu'elle commençait presque à apprécier Jordan. Elle avait failli tomber dans son piège comme une débutante. Dans leur piège plutôt. Potter, Jordan et même Dewi Carlson devait être de mèche avec eux, jouant les bonnes copines avec un aplomb hors du commun. Oh, ils avaient bien préparé leur coup. Si elle avait été encore plus bête, elle n'aurait peut-être même pas compris. For heureusement pour elle, Nella avait fuit immédiatement, rendant impossible l'humiliation publique.

Et, depuis près d'une heure, marchant dans les couloirs sans but, elle s'interdisait de remonter dans son dortoir, peu désireuse de croiser Gemma ou quelqu'un de Serdaigle, et se retenait de pleurer.

Pourquoi elle ? Qu'est-ce qu'elle avait fait pour mériter ça ? Elle était discrète, parlait peu et ne demandait qu'une chose : qu'on l'oublie. N'avait-elle pas le droit à un peu de considération même par quelqu'un comme …

- Flint ?

Potter et sa clique. Potter en l'occurrence, debout devant elle, les bras ballants, et l'œil vide. La tristesse de s'être fait avoir revint multipliée par dix en le voyant et elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Peu désireuse de s'épancher, la jeune fille le dépassa par la gauche.

- Hé, attends ! s'exclama ce dernier en la retenant par le bras.

Elle se dégagea prestement, fusillant le garçon du regard. Celui-ci avait l'air bien trop sûr de lui pour ne pas avoir eu connaissance des évènements de l'après-midi et comptait sûrement la narguer. Mais elle n'allait pas lui en laisser l'occasion. Jamais !

- Ohé, Flint attends-moi, faut qu'on parle ! Flint ! répéta-t-il alors qu'elle accélérait le pas sans se retourner.

Et puis quoi encore ? Partager un sandwich en se racontant les derniers potins ? Ce garçon ne doutait vraiment de rien … et était incroyablement têtu car il trottinait à présent à ses côtés, semblant comme un poisson dans l'eau. Est-ce que ça l'amusait autant d'humilier les gens ? De quels genres de complexes souffrait-il pour trouver ça jouissif ? Sa mère l'avait-elle bercé trop près du mur ?

Nella Flint ressentit une bouffée de haine pour James Potter et sa belle gueule qui ne semblaient pas vouloir lui fiche la paix.

- Non mais t'es sérieuse là ! Flint !

Et, agacé par son silence, il l'attrapa par les épaules et l'obligea à s'arrêter, la coinçant contre un mur. Le dos contre le mur, un bras de Potter de chaque côté de son visage elle était coincée. La jeune fille hésita à hurler pour qu'on vienne la sauver, mais songea qu'il aurait été bien trop content de raconter sa dernière idiotie devant un public plus large.

- Laisse-moi ! lui ordonna-t-elle alors en tentant de le repousser.

- Tu m'excuseras, mais tu n'iras nulle part avec ta force de Veracrasse, ironisa-t-il tout en la tenant toujours fermement.

- T'es content ? s'énerva-t-elle soudainement. Tu as eu ce que tu voulais ? Franchement, t'es un grand malade et un taré ! Envoyer ton copain pour te venger de Gemma … complètement taré !

La jeune Serdaigle tapait maintenant de toutes ses forces sur le torse de James qui, sur le coup de la surprise face à ses accusations qu'il eut du mal à comprendre au début, la regardait étrangement, sans qu'elle ne parvienne toutefois à prendre le dessus sur lui. Au bout d'un moment, lorsqu'une larme se mit à couler sur sa joue, il comprit qu'elle était sérieuse et pensait véritablement que ce n'était qu'un plan destiné à humilier Lysenko par son intermédiaire.

- Arrête, lui ordonna-t-il tout en attrapant ses deux mains, las de se faire taper dessus. Tu dis n'importe quoi. Je n'aime pas Lysenko, certes, mais je n'ai jamais rien fait contre toi et ça n'arrivera pas. Outre le fait que je ne m'attaque jamais à quelqu'un que j'aime bien, Wil me tuerait.

- NE ME PRENDS PAS POUR UNE CONNE !

James ne savait pas qu'elle pouvait s'énerver et crier la jolie Flint. Décidemment, entre elle et Molly, le monde était plein de surprises. Il comprit à ce moment-là ce que pouvait bien lui trouver Wil et songea, même si c'était toujours un peu à contrecœur, qu'il fallait vraiment qu'il sauve la mise à son meilleur pote sur ce coup, surtout si Flint pensait que tout ceci n'était qu'un coup monté.

- Calme-toi, reprit-il d'une voix douce en resserrant l'emprise sur ses mains car elle gigotait de plus en plus pour échapper à son étreinte. Et laisse-moi parler. Ce n'est un aucun cas un plan débile pour emmerder Lysenko. Je n'aurais jamais eu cette idée-là parce que … Oh bordel, c'est complètement dingue ! Il me suffit d'aller voir Johnson pour m'offrir une occasion en or de la briser un peu plus et crois-moi, ce type-là ne rechignerait pas à la tâche. Et ensuite, pour ta gouverne, si j'ai accepté de te laisser t'incruster dans mon groupe d'amis, c'est pas de gaité de cœur. Franchement, si Wil n'avait pas insisté … M'enfin, t'es pas si idiote que ce que je croyais Flint, plutôt sympathique quand t'essaies pas de me briser les poumons. Ecoute-moi, si je voulais m'en prendre à toi, je l'aurais fais depuis longtemps, d'accord ?

Nella avait fini par l'écouter, la bouche légèrement entrouverte. Vers la fin de sa tirade, la jeune Serdaigle paraissait plutôt décontenancée qu'en colère, comme si elle entrevoyait brusquement la vérité. Sa bouche s'ouvrit encore plus et un "oh" en échappa. Comme James avait finalement desserré son étreinte sur ses mains, elle les plaqua contre ses joues.

- Et oui, Wil en pince pour toi, bienvenue dans un monde rempli d'hormones et …

- Mais … moi, je … pas .. enfin …, balbutia la jeune fille.

- On a compris que t'étais pas intéressée.

Soudainement, elle rougit jusqu'aux oreilles, relevant la tête avant de lui jeter un regard éloquent. Et James se rendit compte qu'il était beaucoup trop près d'elle et que leur posture n'était pas vraiment naturelle. Mi-railleur envers la pudeur effarante de la jeune fille, mi-gêné de l'interprétation qui pouvait en découler, le jeune Gryffondor recula d'un bon pas.

-Tu l'apprécies ?

- Quoi ? s'enquit nerveusement Nella, semblant tout juste se remettre de son attitude.

- Wil, tu l'apprécies ?

- Je l'aime bien, oui …

La Serdaigle détourna à moitié la tête, tandis que ses pommettes rougissaient à vue d'œil. Honnêtement, il n'était pas sûr de pouvoir un jour comprendre cette fille qui semblait être gênée par tout et n'importe quoi. Néanmoins, comme il l'avait dit, à défaut de comprendre Flint, il l'appréciait. Assez pour savoir qu'elle était intelligente et ne prendrait pas de décision sur un coup de tête. De plus, James se devait de faire tout ce qui était en son pouvoir pour aider Wil.

- Alors, ne l'évite pas. Il saura s'excuser. Il en pince peut-être pour toi mais … ça ne veut pas dire que tu ne changeras pas d'avis. Bon princesse, s'exclama James d'un ton un peu plus joyeux. Je te raccompagne dans l'antre des Serdaigle ? On a pas le droit de trainer seuls.

Nella le regardait d'un air surpris, mais on sentait qu'elle réfléchissait à ses paroles. Au bout d'un court laps de temps, elle hocha doucement la tête sans qu'il ne sache à quoi elle acquiesçait. Acceptait-elle de laisser une chance à Wil ou l'avait-il convaincu de la raccompagner ? Comme elle se mit à marcher et qu'elle ne fit aucun commentaire lorsqu'il arriva à sa hauteur, les deux mains dans les poches, il en conclut qu'elle avait finalement accepté sa première proposition, ce qui le fit étrangement sourire.

Il était peut-être têtu et parfois de mauvaise foi mais il ne pouvait nier que Flint, contrairement à Lysenko, était une chic fille. Et Wil s'était entiché d'elle …

- Princesse ? tiqua-t-elle, quelques minutes plus tard, le faisant éclater d'un rire tellement canin.

oOoOoOoOo

Dewi sursauta avant de se laisser glisser du pupitre où elle s'était installée quelques minutes plus tôt, retrouvant le plancher des vaches. Elle ne l'avait pas entendu arriver, occupée à répéter plusieurs fois un discours préparé depuis des jours. Des semaines.

Face à elle, comme prévu, Heather Moorehead, qui semblait faire exprès de ne pas poser son regard sur elle, détaillant chaque détail de cette salle de classe abandonnée du troisième étage, comme s'ils avaient été importants. Néanmoins, elle ne s'était pas enfuie à sa vue et Dewi se surprit à penser que c'était un bon début.

Doucement, elle se rapprocha de la jeune Serpentard qui ne fit pas plus mine de la regarder. Mais elle l'avait vu, Dewi en était persuadée. Pour milles et une raisons. Cette façon de froncer son nez d'un air dégoûté, le tic qui agitait sa paupière gauche et sa manière de regarder les dalles du plafond, entre autre.

- Je suppose qu'Harriet n'est pas là ? l'interrogea durement la Serpentard, tout en sachant pertinemment la réponse.

Non, évidemment Harriet ne viendrait pas. Et maintenant qu'elle y pensait, s'aurait dû être une évidence pour elle. Qu'aurait bien pu faire sa sœur ici à cette heure-ci alors que la plupart des élèves étaient en train de profiter du dîner des elfes ? Non, la seconde Moorehead était bien au chaud dans son dortoir, attendant patiemment l'heure convenue avec Dewi Carlson pour sortir de sa cachette. Présentement, cette heure avait dû arriver maintenant et elle devait être en train de rejoindre la Grande Salle.

Convaincre Harriet avait été si facile. Elle n'avait pas eu besoin de lui expliquer pourquoi elle voulait un entretien avec Heather et la jeune fille n'avait eu aucun scrupule à piéger sa sœur, chargeant un de leurs amis communs de dire à cette dernière qu'elle l'attendait de toute urgence dans l'ancienne salle d'Etude des Runes. Salle qui avait été abandonné après un incident avec Peeves, l'esprit frappeur. Les dalles du fond de la classe ne tenaient plus mais rien de bien méchant. Tous les élèves étaient au courant et si le lieu servait de point de rencontre entre étudiants aux idées peu louables, aucun n'était encore tombé dans le piège.

Harriet était au courant. Sûrement pas parce qu'Heather le lui avait dit mais parce que le lien entre les jumelles était fort, malgré leurs différences. Elle avait dû remarquer les détails qui avaient échappé à ses propres amis, surprendre les regards avec facilité et comprendre les sautes d'humeur d'Heather mieux que personne. Ce soir, Dewi lui devait une fière chandelle.

- Il faut qu'on parle, murmura Dewi.

Heather daigna à ce moment-là poser ses yeux chocolats sur elle, fronçant négligemment le nez. Tout dans son attitude disait "Soit. Parle. Je m'en contrefous. Je m'en contrefous tellement que je préférerai regarder une émission de football". Et Heather détestait ce sport moldu. C'est dire l'opinion qu'elle avait d'elle.

La Serpentard croisa les bras et Dewi perdit de sa superbe. Oublia le discours rodé et tant répété ces derniers jours. Et sa lança, à l'aveuglette.

- Il faut qu'on parle parce que j'ai fais ce que tu m'as demandé et que tu n'es toujours pas avec moi Heather. Tu m'ignores depuis des semaines, des mois. Cette petite entourloupe était nécessaire.

- J'ai dis que j'aimerais bien voir ça. Pas que je reviendrai.

Blessée, Dewi les yeux une demi-seconde. Elle n'avait pas compris au début. Puis, plus les semaines passaient et plus Heather refusait de lui parler, elle avait finalement réalisé qu'il ne suffirait pas d'informer James de leur relation pour que la Serpentard lui pardonne cet affront. La reine des glaces voulait qu'elle se traine à ses pieds, qu'elle pleure, qu'elle supplie. Et, peut-être qu'après elle accepterait de reconsidérer le fait de lui accorder ne serait-ce qu'un regard.

Mais Dewi restait une Gryffondor. Elle aussi était fière. Elle n'avait pas voulu de cela. Ces dernières semaines, ses tentatives d'approcher Heather s'étaient estompées jusqu'à disparaitre complètement. De cette manière, elle espérait créer un manque. Et peut-être qu'elle avait adopté la bonne technique car la jeune fille lui faisait face.

- J'ai compris, murmura-t-elle en redressant la tête comme on lui avait appris chez les rouges et or.

Ne jamais se dérober. En amitié, mais surtout en amour.

- J'ai réalisé que je n'étais pas la personne que je prétendais être, reprit-elle d'une voix plus assurée, se rapprochant de plus en plus de son opposante. Qu'il fallait que j'arrête de me cacher de vouloir vivre la vie d'une autre. Je n'ai aucune honte à avoir face à ce que je suis Heather. Mieux que ça, je dois en être fière. Je suis Dewi Carlson, la fille qui est sortie avec plus de garçons que ne compte le château et qui, maintenant, aime une autre fille. Je n'ai pas à avoir honte de ça parce que ce n'est pas un crime.

Dewi avait totalement endigué la distance entre elles maintenant et si elle n'osait pas encore effleurer Heather, elle pouvait observer le moindre détail de son visage si dur, si fermé. Néanmoins, elle l'écoutait, la Gryffondor était certaine.

Instinctivement, sans pouvoir plus résister, Dewi amorça un geste vers la jeune fille. Cette dernière lui attrapa le poignet avec une vitesse impressionnante, la regardant sans ciller.

- Je ne veux pas te pardonner.

- Si, Heather, tu le veux. Tu ne peux juste pas parce que tu as peur de ce que ça signifierait. Tu crois que tu serais faible de le faire. Tu as peur de m'accorder une nouvelle fois ta confiance parce que tu crois que je peux la piétiner une nouvelle fois. Tu penses que tu serais faible si tu le faisais.

Haussement de sourcils nerveux, regard fuyant. Un sourire triste vint se nicher sur le visage de Dewi.

- Mais maintenant, il faut arrêter de jouer, reprit la Gryffondor. L'amour n'est pas une faiblesse. Et tu me perdras si tu ne me pardonnes pas maintenant. Aujourd'hui et maintenant. Je ne reviendrai plus si tu me repousses une nouvelle fois.

Heather tressaillit, signe qu'elle n'était pas l'inhumaine que les autres peignaient si souvent dans les couloirs. Cela, Dewi le savait déjà mais son cœur se réchauffa quand même en voyant qu'elle était parvenue à la faire réagir. Et puis, la Serpentard n'avait toujours pas lâché son poignet.

Leurs doigts s'entremêlèrent instinctivement et la distance entre elles se retrouva réduite à néant, pour la première fois depuis trop longtemps. Le cœur de Dewi fit un bond dans sa poitrine et elle ne chercha même pas à dissimuler son trouble.

Joue contre joue, elle sentait le souffle chaud d'Heather contre son oreille, chatouillant son lobe, lui procurant un plaisir sans fin.

- Ne refais plus jamais ça, murmura Heather d'une voix ferme.

Elle n'aurait pas d'autre chance.