Merci à Dobbymcl, Isabelle Pearl, UranusMarie, LuuMineusement, Pepoune (Je crois que Gemma ne fait vraiment pas l'unanimité ... C'est normal en même temps, je la montre pas sous son meilleur jour -si, si, elle a des bons côtés ! En tout cas, vraiment, merci d'avoir prit le temps de laisser une review !), Jolierosedu68 (C'est pas grave, t'inquiète :) Tu vois, James évolue ! Bah non, c'est pas drôle si Wil/Nel ça se fait comme ça ! Oh, t'inquiète, y'en aura encore des altercations entre James et Gemma et, un jour, elle arrivera à se défendre ! Merci pour ta review !) et Barbiemustdie.
Bonne lecture !
Hier était le début, demain sera peut-être la fin, mais quelque part entre les deux, nous sommes devenus les meilleurs amis du monde.
Les yeux perdus dans le vague, Dominique planchait sur un devoir de Sortilège. En réalité, elle était moins passionnée par la vision de son parchemin que par celle de Camille Teyssier. Plus loin La brune était en train de replacer une mèche de ses cheveux derrière son oreille. Elle aussi paraissait absorbée par ses devoirs mais la jeune Weasley savait qu'il n'en était rien. Son amie était trahie par ses tics, sa manière de se mordiller les lèvres montrait l'anxiété qui l'habitait. Ses joues pâles et les grandes cernes sous ses yeux appuyaient le fait qu'elle ne dormait et ne mangeait pas beaucoup en ce moment.
La pétillante Camille allait au plus mal et ce n'était pas la première fois qu'elle le remarquait, contrairement à ce que pouvait penser cette donneuse de leçon d'Isabel Lowell.
Dominique n'avait pas adressé un seul mot à sa meilleure amie depuis ce qui lui paraissait être des lustres et un pincement exécrable à l'estomac la faisait se sentir coupable malgré la colère qu'elle avait contre elle. Colère renforcée par l'expression de chien battu qu'abordait Molly ou la façon qu'avait Arthur de glisser la main dans la sienne.
Malgré tout, la jeune Poufsouffle commençait à regretter cet excès d'animosité. N'avait-elle pas, comme d'habitude, réagi trop violemment au lieu de réfléchir à ses motivations ? Camille avait -involontairement, soit- brisé Molly mais elle commençait à se demander si certaines choses n'étaient pas incontrôlables. Elle qui n'avait jamais été amoureuse comparait cela avec sa relation avec Lysenko : le moment où elle avait frappé James lors d'une énième humiliation, quand elle l'avait invité à passer Noël chez elle -même si ce geste avait été en partie motivé par la présence de son insupportable cousine Hélène-. Dans ces moments-là, elle n'avait pas réfléchi avant d'agir.
Bien sûr, elle n'avait blessé personne à part l'égo de James.
Camille lui manquait. C'était aussi simple que ça.
Elle passait tout son temps avec Joana et Molly, parfois Anatole, et si ces dernières étaient bien gentilles, elle commençait à en avoir marre d'entendre parler de garçons, de Sorcière Hebdo, et de vernis à ongle. Camille avait toujours été sa préférée, son double, sa meilleure amie. Le piédestal où elle l'avait placé était brisé mais cela l'empêchait-elle de renouer la même relation avec elle ?
Au moment où elle allait se lever brusquement pour discuter avec Camille, Molly se planta devant elle, les joues rouges et les yeux brillants. Elle tira une chaise, salua Anatole qui, lui, étudiait vraiment, et annonça.
- Je sors avec Rodriguez.
Si Dominique tiqua, la réaction de Joana qui dormait à moitié à ses côtés fut toute autre. La Poufsouffle battit des mains, une expression réjouie sur le visage.
- Cet idiot de Gryffondor ? s'enquit Anatole en levant les yeux d'un air inquiet.
- Il n'est pas … Bon d'accord il est un peu idiot.
Et pas vraiment fidèle non plus, songea Dominique. Luis Rodriguez, sixième année chez les rouges et or, qui avait la particularité de se prendre pour un sacré charmeur, faisant tomber les filles de l'école dans ses filets une à une. Joana était sortie avec lui en quatrième année mais elle-même n'avait jamais compris ce qu'on lui trouvait. Physiquement, il était grand et brun, prenant soin de sa barbe de trois jours comme d'un lingot d'or et avait le tic insupportable de commencer ses phrases par "moi, je ...". Il avait été Poursuiveur dans l'équipe des Gryffondor l'an passé et n'était pas si mauvais que ça mais l'équipe, essentiellement masculine, ne l'aimait pas et James avait été obligé de le virer. Remarque, son cousin avait été plutôt satisfait de ça. C'était la période où il enchainait les conquêtes lui aussi et n'aimait pas vraiment qu'on lui fasse de l'ombre.
- … mais on ne lui demande pas d'avoir un Hippogriffe d'or, n'est-ce pas ? minauda Molly en rejetant ses longs cheveux roux derrière ses épaules.
Anatole haussa les épaules, apparemment convaincu qu'un garçon se devait de savoir conjuguer les verbes du premier groupe plutôt que d'avoir un physique à toute épreuve et Dominique n'était pas loin de le rejoindre sur ce point.
- Bien sûr que non ! approuva immédiatement Joana. Rodriguez est si …
Dominique n'aurait pas été surprise qu'elle se mette à baver.
- Mais … il n'a jamais gardé une de ses copines plus de deux semaines, opposa-t-elle.
C'était plutôt ça qui l'inquiétait. Elle n'avait aucune envie que Molly se fasse briser le cœur une nouvelle fois, c'était beaucoup trop tôt. Elle ne s'était pas encore remis de sa rupture, c'était plus que visible. Si elle faisait de son mieux pour donner le change, alliant bonne humeur apparente et nouvelle coiffure hebdomadaire, tout le monde avait remarqué ces regards mélancoliques envers Arthur.
- Oh ça. Au moins, avec lui, je sais à quoi m'attendre, lança la Poufsouffle en haussant le ton.
Tout en regardant Arthur et Camille du coin de l'œil, s'assurant que les deux Poufsouffle avaient bien entendu.
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- Tu ne peux pas t'assoir ici à chaque fois que les dindes de ton dortoir se disputent, murmura Isaac Nott en relevant doucement les yeux.
Isabel Lowell nota qu'il ne semblait pas l'inclure dans le groupe de dindes et prit cela comme une invitation à se glisser entre Thomas Ayling qui hésitait à éclater de rire et Harriet Moorehead qui lui fit un petit sourire.
Elle remplit entièrement son assiette de riz et tomates, ignorant volontairement le malaise qui s'était installé à la table des Serpentard où elle détonnait avec son uniforme noir et jaune. Mais elle préférait encore ça à la mauvaise ambiance de la table des Poufsouffle.
Dominique, Joana, Molly et Anatole d'un côté, Camille et Arthur à l'autre bout de la table. Stupide.
Dominique et Joana refusaient de parler à Camille et Arthur, Molly mourrait littéralement d'envie de tuer Camille et était sur le point de fondre en larmes lorsqu'elle surprenait un geste d'affection entre les deux Poufsouffle. Anatole voletait généreusement entre les deux groupes, refusant de prendre parti, mais il restait en majorité avec les filles, n'approuvant pas totalement la conduite d'Arthur et Camille. Et elle ? La jeune fille s'épuisait aux entrainements, forçait Thomas à déjeuner avec elle aux cuisines, restait tard dans la salle commune pour éviter le dortoir et avait vu ses notes -pas mauvaises à la base- augmenter grâce au travail supplémentaire auquel elle s'astreignait.
Et, contrairement aux autres, Isabel en voulait à Dominique et non à Camille ou Arthur. Il était clair pour elle que la mauvaise ambiance était dû à cette soupe-au-lait. Celle-ci semblait avoir posé un embargo autour du nouveau couple et scindait le groupe en deux. Son acharnement à éviter Camille posait un gros problème car Joana la suivait et Anatole n'osait pas trop aller au devant de ses amis devant elle.
Oh bien sur, elle n'était pas idiote. Elle se doutait que Molly refuserait tout net d'adresser la parole à Camille avant un long moment, ne regarderait plus Arthur normalement à présent, mais sa cousine l'entrainait dans un changement morbide. Il n'y avait qu'à voir la tête de son nouveau petit copain pour savoir que Molly, à défaut d'être totalement naïve, s'engageait dans une relation … Non, une absence de relation plutôt. Rodriguez était un idiot et il lui avait fait des avances en cinquième année.
Thomas Ayling l'avait enfermé dans un placard, ornant son joli minois d'un œil au beurre noir et n'avait daigné prévenir un de ses amis que de longues heures plus tard. Les nombreuses heures de retenues qui en avait découlé à l'époque ne l'avaient pas dérangé.
Mais, pour en revenir aux Serpentard, ce n'était même pas la première fois qu'elle déjeunait avec eux, même si, d'habitude, c'était Heather qui lui faisait une remarque de ce genre. Oh bien sûr, l'absence de la Serpentard pourrait expliquer ce silence mais, même pas. La seconde Moorehead était là, mangeant tranquillement et s'était contenté de la fusiller amicalement du regard.
- Ce ne sont pas des dindes, murmura la Poufsouffle machinalement en avalant une bouchée de légumes. Elles ne se concentrent simplement pas sur l'essentiel.
- Le Quidditch ? tenta Thomas dans une tentative d'humour.
Personne ne fit l'effort de sourire, même pas Harriet, bon public d'habitude.
- Il se passe des choses étranges à Poudlard cette année si vous n'aviez pas remarqué, déclara sèchement Isabel.
- Des sang-mêlé et des nés-moldus appartenant tous aux maisons Gryffondor, Poufsouffle et Serdaigle ont été agressé, endiguant les derniers doutes que pouvaient avoir certains illuminés sur l'absence d'intégrité légendaire de notre maison, tout étant fait pour désigner le coupable parmi nous. Et tu crois que nous n'avons rien remarqué ?
Peut-être qu'elle n'arriverait pas à percer la carapace d'Heather Moorehead cette année au final.
- Tu ne te préoccupes que de ton intérêt, réplique Isabel sur le même ton, peu désireuse d'user de diplomatie aujourd'hui. L'important n'est pas votre maison. En plus, tout le monde sait qu'il n'y a plus vraiment de Sang-pur à Serpentard et, en plus, plus personne ne s'en préoccupe. C'est évident que ce n'est qu'une mise en scène pour porter les soupçons sur vous. Non, la vraie question, c'est le but de ces agressions que tout le monde semble avoir oublié. Pourquoi vider de ses os deux adolescents et en endormir deux autres d'un sommeil magique ? C'est totalement stupide.
Thomas poussa un soupir peu discret, trop habitué aux divagations sans queue ni tête de sa petite-amie. A vrai dire, seul Nott avait l'air un tant soi peu intéressé par ses paroles.
Elle semblait être la seule à s'inquiéter encore des évènements étranges survenus à Poudlard avant Noël, comme si les autres considéraient cela comme du passé et se satisfaisait de ne pas avoir de réponses.
Tout le monde semblait se désintéresser de ce problème. Les professeurs donnaient le change pour des raisons politiques avec la présence permanente de Wiertz à l'école, le couvre-feu avancé à vingt-heures trente et l'interdiction de se déplacer seul, ce qui n'étaient pas de mauvaises choses en soi. Mais, et elle était peut-être trop prétentieuse, il lui semblait que personne ne s'était demandé à quoi rimait les méthodes du coupable. Que cherchait-il ?
Et elle ne pouvait pas en discuter avec ses amis. Camille et Molly étaient trop prises dans leurs histoires, Anatole n'avait pas envie d'y réfléchir, Joana s'en désintéressait totalement et elle doutait que Dominique s'était un jour posé une question sérieuse sur le sujet. Quant à Arthur, celui qu'elle considérait comme le plus intelligent et logique, il était trop occupé à protéger Camille qu'à se poser les bonnes questions.
Alors, quoi ? Des Serpentard ? A défaut de réponses, elle aurait aimé qu'ils proposent des pistes. Elle aimait l'esprit logique et terre à terre de leur maison pour la bonne raison que ses interrogations reposaient seulement sur un mauvais pressentiment.
Rien de concret. Un putain de pressentiment qui lui faisait croire qu'il se passait des choses étranges et vraiment terribles à Poudlard qui n'avaient rien à voir avec un quelconque sang et les évènements de la dernière guerre.
Oui, Isabel aurait aimé qu'on lui dise qu'elle n'était pas folle.
- Ca ne m'a pas l'air stupide à moi, murmura sombrement Nott. Tout ceci ne semble pas être l'œuvre d'un fou, contrairement à ce que pense l'ensemble de l'école. Non … c'est trop bien étudié. Tout ceci à un sens.
Il détourna brusquement la tête et se désintéressa d'elle, retournant à sa propre assiette. Aligner trois phrases à la suite à l'attention d'une Poufsouffle était déjà un exploit pour Nott.
La jeune fille tourna la tête vers Thomas d'un air suppliant. Ce dernier eut la décence d'hocher la tête, peu désireux de l'énerver. Elle connaissait par cœur son petit-ami et connaissait sa façon de penser : pour lui tout ceci était l'œuvre d'un fou et Isabel se prenait la tête pour rien. Néanmoins, il était inquiet pour elle.
Harriet ? Elle n'aurait jamais osé donner son avis avant de connaitre celui d'Heather. Et cette dernière se préoccupait plus de l'affront fait à sa maison que d'un quelconque complot sortit tout droit de son esprit tordu. D'ailleurs, elle conclut de façon particulièrement morbide :
- Ne t'inquiète pas Lowell. Avec un peu de chance, Lowe se fera agresser avant la fin de l'année à cause de ses origines moldues et tu n'auras plus à t'inquiéter de la table où t'assoir. Tout rentrera dans l'ordre.
Pour la Poufsouffle comme pour elle.
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- Je peux m'assoir ?
Mal à l'aise, Dominique fut rassurée de voir Camille hocher la tête, bien trop surprise par sa présence pour refuser. De l'autre côté de la jeune fille, Arthur Lowe lui adressa un regard noir, semblant s'attendre à tout moment qu'elle ne lui saute dessus pour l'étrangler.
Pendant que les septième années déballaient leurs affaires avec plus ou moins d'entrain pour un nouveau cours d'Histoire de la Magie qui prévoyait d'être aussi ennuyeux que tous les autres, Dominique se laissa simplement tomber sur le pupitre à côté de celui de Camille, sans prendre la peine de sortir le moindre parchemin ou même son bouquin. Après tout, ce n'était pas Binns qui commençait déjà son cours d'une voix monocorde qui allait l'en empêchait.
D'ailleurs, dans toute la salle, il n'y avait que Lysenko pour suivre les cours avec autant d'attention et elle était la seule à écrire frénétiquement sur son parchemin. En s'éloignant de Camille et si elle ne voulait pas sombrer dans la folie, Dominique avait bien été obligée de la fréquenter. Malgré sa panoplie de défauts, dont sa fascination étrange pour l'Histoire, Lysenko avait la décence de ne pas poser de questions et surtout ne mettait pas de maquillage ou de vernis à ongle. En plus, depuis qu'elle sortait avec Johnson, elle était beaucoup moins à cran et Dominique s'était surprise -avec mauvaise foi- à apprécier sa présence.
Elle ne détestait plus Lysenko et ne savait même plus quand elle avait fait cette constatation. Cela ne les empêchait pas de se lancer des piques à chaque fois qu'elles se voyaient et de ne pas se supporter plus de cinq minutes mais leur relation avait évolué. En plus, avec Lysenko, elle progressait en cours.
Ce qui la faisait encore plus regretter Camille. Dominique n'était pas fille à aimer les changements.
Elle avait fini par se convaincre que s'excuser était la seule solution. Camille était beaucoup trop gênée pour revenir vers elle de son plein-gré. Ce qui ne voulait pas dire qu'elle ne lui en voulait plus et que c'était facile.
Ainsi, elle passa une bonne partie des deux heures de cours à rêvasser, regardant Camille du coin de l'œil tout en cherchant ses mots. Plusieurs fois, elle faillit ouvrir la bouche et s'excuser mais une certaine pudeur la retint.
Le destin vint à son secours lorsque Jordan renversa son encrier, Dominique ne pouvant s'empêcher de ricaner. Un son sourd lui fit écho et elle tourna instinctivement la tête vers Camille pour partager son hilarité, avant de se souvenir qu'elles étaient fâchées. A ses côtés, la brune en avait apparemment fait de même et son visage s'était figé en croisant son regard.
- Désolée, murmurèrent-elles dans un parfait accord.
Le poids dans l'estomac de Dominique s'estompa immédiatement.
Oh rien n'était gagné et tout avait changé. Il y aurait de la rancœur, des non-dits mais on ne tirait pas un trait sur une telle amitié. Elle était de celle qui survivent à tout, même en s'effritant à certains moments. Les fissures restaient mais le ciment permettait de préserver le plus important.
- Ne m'attends pas, lança Camille alors que le cours se finissait.
Elle lança un regard entendu à Dominique qui hocha doucement la tête. Les deux jeunes filles avaient un cours de Soins aux Créatures Magiques juste après mais il était important qu'elles discutent immédiatement pour mettre les choses au clair. Repousser l'échéance n'aurait pas été bénéfique pour elle.
Arthur, à qui la demande était adressée, leur lança un regard indéfinissable et son regard se troubla un peu mais il finit par obéir et se glissa hors de la salle de cours parmi les derniers. Dominique attrapa son sac fermé et attendit que Camille range ses affaires qu'elle avait studieusement sorti en début de cours.
En sortant de la salle, Lysenko la salua à toute vitesse, avant de disparaitre, son amie Flint à ses côtés. Cette dernière ignora Dominique avec brio.
- Vous vous en entendez bien maintenant, remarqua Camille, une pointe de regret dans la voix.
- Ouais, elle n'est pas si débile que ça.
Sous-entendu : t'es cent fois mieux.
La brune hocha la tête, semblant comprendre ce que voulait dire la jeune Weasley et se tourna brusquement vers elle, l'air bien trop sérieuse.
- Ecoute, je voulais te le dire ! Je te jure que je n'ai pas pensé un seul instant à te cacher quelque chose comme ça mais … j'avais peur de ta réaction. Je ne voulais pas que tu me regardes comme tu l'as fais ces dernières semaines et j'ai flippé. Et puis, je ne pensais pas que ça durerait et que … j'ai été prise dans les mensonges, c'était un cercle vicieux, plus j'avançais, plus je voulais en parler et moins je pouvais parce que … tu m'aurais demandé pourquoi je ne l'avais pas fais avant !
La brune prit une brusque inspiration et sa main se posa sur le mur de pierre juste à côté de Dominique, cherchant un soutien.
- Et je me sens si minable … Envers toi et surtout envers Molly … Je … J'en peux plus de cette ambiance et je sais que j'ai tout gâché. C'est ma faute.
Elle baissa la tête et la jeune Poufsouffle comprit qu'elle avait les larmes aux yeux mais quelque chose semblait l'empêcher de craquer totalement. Elle supposa qu'elle se retenait par rapport à elle, pas encore certaine de l'envie de Dominique d'une réconciliation entre elles.
Touchée par cette pudeur, la jeune fille la prit instinctivement dans ses bras, posant sa tête contre la poitrine de Camille qui la dépassait de vingt bons centimètres. Cette dernière se mit à renifler, tandis que de gros sanglots l'agitaient. Des larmes montèrent aux yeux de Dominique et elle ne fit rien pour les endiguer, bien trop heureuse d'avoir retrouvé Camille.
- Ecoute, murmura-t-elle en reprenant son souffle. Je ne cautionne pas ce qui s'est passé et le mal que tu as fais à Molly mais je suppose que ce ne sont pas mes affaires. Et … Oh je déteste quand on est fâchées, je veux oublier cette histoire !
Ce fut main dans la main que les deux jeunes filles arrivèrent en cours de Soins aux Créatures Magiques.
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- Attends-moi !
Si Isaac n'en avait nullement eu l'intention, il fut bien obligé de se plier à la demande de Dominique.
Les cours de Duels avaient tout d'une routine à présent et cette dernière était plutôt agréable. Avec Lysenko, elles n'avaient pas repris le dessus sur James et le Serpentard lors d'un autre combat mais elles s'en sortaient toujours honorablement bien. Les progrès de Dominique étaient notables. Wiertz paraissait en être conscient lui aussi car il avait plusieurs fois gratifié la jeune fille de signes approbateurs.
Et puis, elle avait réussi à produire un Patronus aujourd'hui. Sous les rires de tous, une petite couleuvre argentée était sortie de sa baguette. Toute à la joie d'avoir réussi cet exercice compliqué quand son cousin avait du mal et qu'Isaac ne produisait rien d'autre que de la fumée, elle avait mis de côté les moqueries quant à son appartenance à la maison des Poufsouffle, à présent remise en cause.
D'ailleurs, concernant le Serpentard, Wiertz lui faisait toujours un petit sermon à la fin des cours, sûr que ce dernier ne se concentrait pas assez pour produire un Patronus correct, exercice qui était plus qu'à sa portée.
Dominique donnait toujours un coup de main pour ranger la salle quand ses amis préféraient rentrer directement à la salle commune, même Camille malgré leur amitié retrouvée. Ca n'avait pas dérangé la jeune Weasley qui appréciait les moments passés avec le Serpentard, même si ce n'était pas réciproque.
- Tu as vu ? J'ai réussi mon patronus, lança-t-elle avec enthousiasme alors qu'ils sortaient de la Grande Salle.
Le jeune homme lui lança un regard torve et continua à avancer malgré la bonne humeur évidente de la Poufsouffle. C'était justement ça qui l'insupportait, elle en était certaine, car il semblait lui-même de fort mauvaise humeur. Ce qui donnait encore plus envie à la jeune Poufsouffle de le faire sortir de ses gongs, d'autant plus maintenant qu'elle avait réussi à produire un Patronus et que lui peinait encore.
- Une parfaite vipère, murmura Isaac, signe qu'il n'était pas tout à fait indifférent face à ce succès.
- Et oui, qui l'eut cru ?
- Tout le monde Weasley.
- Dominique, corrigea-t-elle négligemment.
Surtout qu'il le faisait exprès pour l'embêter. Les deux jeunes gens dépassèrent le hall et les sabliers -celui de Serpentard étant malheureusement beaucoup plus remplis que celui des Poufsouffle-, s'engouffrant dans le couloir qui desservait les cuisines et la salle commune des jaunes et noirs.
- Et je ne suis pas une Serpentard ratée, contrairement à ce que tout le monde affirme, reprit-elle, rompant négligemment le silence.
- Bien sûr que non, tu n'as aucune des qualités propres à notre Maison.
- Quelle amabilité dis-moi. C'est parce que tu n' arrives pas à produire un sortilège que je sais faire que tu es d'aussi mauvaise humeur ? Je peux t'apprendre si …
- Une fois pour toute Dominique, je sais faire un Patronus depuis longtemps. Je n'ai juste aucune envie de …
Interloquée, la jeune fille ralentit instinctivement le rythme. Ce que venait de dire le Serpentard n'avait aucun sens et était plutôt stupide. S'il savait lancer un Patronus comme il l'affirmait, pourquoi ne pas le montrer à Wiertz qui aurait immédiatement abandonné ses sermons sans fin à la fin du cours de Duels ? Et puis Isaac était assez pédant dans son genre, il n'avait pour habitude de cacher son savoir.
Seul l'agacement soudain du Serpentard la convainquit qu'il disait vrai sans pour autant comprendre ses motivations. Néanmoins, il était rare qu'il se laisse aller à un quelconque sentiment et la chose était importante si cela arrivait à l'énerver.
Les yeux bleus de Dominique se mirent à briller d'une étrange curiosité.
- Oh, laisse tomber, marmonna-t-il en remarquant son intérêt.
Une fois n'est pas coutume, le jeune homme paraissait regretter de s'être laissé aller. Un seul coup d'œil en sa direction la convainc de ne pas tenter le diable en insistant, si elle ne voulait pas qu'il se braque et l'abandonne dans ce couloir.
En passant devant un tableau représentant une coupe et des poires, une idée jaillit dans l'esprit de la jeune fille qui s'arrêta net. Si Joana lui avait assuré que tout le monde connaissait les cuisines à Poudlard, Molly lui avait confié qu'elle n'avait appris l'existence de cet endroit que grâce à leur cousin Fred, éternel baroudeur et qui connaissait beaucoup de choses sur Poudlard pour avoir été un fauteur de troubles notoire.
Donc, elle n'était pas certaine que le Serpentard soit au courant lui. Peut-être que si elle partageait avec lui l'existence de cette pièce magique, il serait plus disposé à faire la lumière sur cet histoire étrange de Patronus.
- Qu'est-ce que tu fous ? lança élégamment le Serpentard qui s'était arrêté quelques pas plus loin.
La jeune fille chatouillait maintenant la poire, concentrée. Si elle n'était pas revenue depuis sa virée avec Joana, elle avait parfaitement retenu comment faire pour se rendre aux cuisines. Elle laissa échapper un gloussement lorsque le tableau pivota, invitant d'une petite courbette ironique le jeune homme à la rejoindre.
- Crois-moi, tu ne vas pas le regretter.
Le Serpentard soupira d'un air ennuyé, regardant avec envie le bout du couloir qui lui permettrait de se débarrasser de la Poufsouffle et de retourner dans ses quartiers mais, lorsque Dominique disparut par l'ouverture, elle était convaincue qu'il ne tarderait pas à la rejoindre, ne serait-ce que pour la trainer par le derrière jusqu'à sa salle commune.
- T'es vraiment …
Il n'avait pas mis plus de quelques secondes à se glisser à son tour par l'ouverture et la jeune fille se frotta intérieurement les mains lorsqu'elle remarqua sa surprise. Il n'avait même pas fini de l'insulter, c'était un signe.
Et puis, déjà, un elfe se précipitait vers eux, tout en courbettes et autres politesses.
Bientôt, les deux jeunes gens se retrouvèrent attablés devant de nombreuses sucreries et quelques gâteaux qu'Alvin -l'elfe qui avait accouru pour les servir- leur avait apporté.
Sept ans plus tôt, outre un goût prononcé pour les bêtises, les deux amis, à l'époque, partageait aussi une gourmandise hors du commun. Si Isaac se tenait mieux que la jeune fille et n'engloutissait pas la moindre nourriture comme elle, il ne résistait jamais à l'attrait d'un gâteau ou d'une confiserie.
- Pour une fois que t'écouter sert à quelque chose, murmura Isaac en avalant la dernière bouchée de sa part de tarte.
Elle allait répliquer violemment lorsqu'elle se rendit compte qu'il était seulement ironique et un fin sourire s'installa sur son visage.
Il était toujours étrange de constater qu'après de longues années sans se côtoyer, elle parvenait toujours à décrypter l'humeur du jeune homme. Cela semblait naturel pour elle qui avait passé un an en sa présence que ce soit en cours ou en dehors. Isaac maniait le cynisme comme personne et, sous couvert de plaisanter, était d'une franchise déconcertante. Elle ne s'y trompait pas. La plupart de ses piques n'en étaient pas et ce qu'il venait de lui dire lui réchauffait le cœur.
Elle en était certaine, il y avait encore de l'espoir concernant leur amitié.
Même s'il était plutôt évident qu'il regrettait d'avoir plaisanté avec elle, son visage étant soudainement redevenu sombre.
- Tu as des miettes sur le nez, lâcha-t-il platement, en fronçant les sourcils.
Il semblait un peu dégoûté mais Dominique ne s'y trompa pas. C'était uniquement pour donner le change et lui faire comprendre qu'il la détestait toujours. Néanmoins, elle passa quand même sa manche sur sa figure pour enlever les miettes.
Dominique détourna avec brio la conversation sur un sujet qui les passionnait tous les deux, à savoir les potions. Pendant de longues minutes, ils discutèrent des derniers cours d'Assem et des O qu'ils parvenaient à enchainer à présent, aucun des deux ne dissimulant leur fierté sur le sujet. Ils se disputèrent ensuite sur la manière de préparer une potion de force -Dominique insistant sur les ingrédients tandis qu'Isaac affirmait que la cuisson était la clé- et parlèrent longtemps des travaux du Professeur Kiev, un maitre des Potions russe, qu'ils admiraient tous les deux. Des banalités en somme.
Mais ce sont bien les banalités qui cimentent l'amitié, non ?
Ils ne s'arrêtèrent que parce qu'Alvin l'elfe de maison vint timidement les interrompre et baragouina quelque chose à propos du couvre-feu, dépassé depuis presque deux heures et du fait qu'ils n'avaient pas le droit de trainer dans les couloirs à cette heure-là.
- Tu vois, c'est plutôt sympa quand tu joues pas à l'asocial, murmura Dominique en époussetant sa jupe avant de se relever.
Isaac la fusilla du regard tout en l'imitant et cela fit doucement sourire la jeune fille. Dans un de ses excès d'affection dont elle était coutumière avec Camille ou Molly et qu'elle s'était toujours permis avec le Serpentard en première année, alors qu'il détestait toute forme d'étreinte, elle l'enlaça brièvement, ne lui laissant pas le temps de reculer sous le coup de la surprise.
Alors qu'elle s'éloignait brusquement, se rendant compte qu'elle venait de serrer dans ses bras son ancien meilleur ami, lequel répugnait toujours à se trouver en sa présence, malgré les progrès qu'il faisait de semaines en semaines. Le grand brun la fusillait de ses yeux noirs, le menton légèrement baissé de façon à la dominer de toute sa taille.
Soudainement mal à l'aise, la jeune fille recula d'un pas, doutant néanmoins qu'il puisse l'assassiner pour une étreinte. Plus que ces reproches silencieux, ce qui la gênait était plutôt la façon dont il tentait de la repousser, jour après jour. Comme s'il aimait lui faire mal.
- 'solée, marmonna-t-elle, soudainement de mauvaise humeur. Mais c'est ta faute aussi.
Comme il ne répondait pas, elle continua, malgré l'évidence. Elle était en train de lui tendre le bâton pour se faire battre.
- Tu me manque.
- Je ne vois pas de quoi tu parles.
S'il cherchait sciemment à lui faire mal, et c'était le cas, il réussissait parfaitement. Les épaules de Dominique s'affaissèrent un instant mais elle se reprit très vite comme à son habitude et se glissa dans le couloir.
Sans attendre Isaac, elle continua à marcher, le couloir résonnant des bruits de leurs pas. Leurs, car il marchait un peu plus loin derrière elle, sans même tenter de la rattraper. Etonnement déçue, la jeune fille fut bien contente d'arriver devant sa salle commune et disparut à l'intérieur après avoir lancé le mot de passe au mur de pierre.
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- Weasley ?
Si Isaac Nott ne fit pas un bond tellement il avait été surpris de cette interruption impromptue, à deux pas de la salle commune des Poufsouffle, ce fut grâce à une maitrise parfaite et aussi parce qu'il avait immédiatement reconnu la voix de Thomas Ayling. Et, déjà, son ami contournait l'armure qui le dissimulait et il le rejoignit en quelques pas, les joues rouges et l'œil brillant.
Le Serpentard mit son excitation sur le fait de l'avoir surpris avec Dominique -quelle obstinée, d'ailleurs- puis remarqua sa cravate de travers et sa chemise froissée et grimaça imperceptiblement, ce qui n'échappa pas à Thomas qui, sous ses airs de joyeux rigolo était parfois plus observateur que ce que l'on pouvait croire.
- J'étais en train d'essayer de mettre mes mains sous la jupe d'Isabel, expliqua-t-il avec un sourire un peu salace. Tu faisais pareil avec Weasley ? Remarque, elle est plutôt mignonne pour une crevette.
Instinctivement, le Capitaine de l'équipe des Serpentard, tourna les yeux vers la droite puis vers la gauche, s'attendant presque à voir surgir Lowell de derrière une armure, le visage triomphant de ce qu'elle venait d'entendre et l'interprétation qu'elle pouvait en faire. Il pouvait déjà l'entendre se réjouir qu'elle était certaine qu'il restait un fond d'humanité en lui et que, maintenant qu'il était devenu un modèle de sociabilité, il pourrait pousser le vice à se faire des amis chez les Gryffondor. Si Lowell aurait présenté les choses de façons ironiques, s'auraient tout à fait pu être le genre de conneries que Dominique pouvait débiter tout à fait sérieusement.
Mais il n'aimait pas l'ironie mordante de Lowell parce qu'elle était bien plus perspicace que Dominique.
- Je ne tripotais pas Weasley non, lança-t-il doucement en levant les yeux au ciel.
- Dommage, peut-être que tu aurais été plus disposé sinon.
- Disposé à quoi ?
- Disposé tout court.
Son meilleur ami était-il en train de sous-entendre qu'il était … frustré ? Non, vraiment, Isaac n'aimait pas la tournure que prenait la conversation. D'ailleurs, il n'avait pas le souvenir que Thomas puisse discourir sérieusement, lui qui aimait les blagues salaces et jusqu'à aujourd'hui il était persuadé qu'il ignorait le sens du mot "disposé".
- Je remarque que tu ne nies pas le fait qu'elle soit mignonne.
Isaac haussa les épaules. Dominique n'était pas mignonne, ni même jolie.
Elle était belle mais personne ne le savait parce que son caractère de cochon prenait le dessus sur le reste. Il avait déjà vu sa mère sur le quai, à Kings Cross, et on disait que c'était une Vélane. C'était sûrement le cas, vu que tous les regards étaient tournés vers elle, comme hypnotisé. Mais la femme n'avait d'yeux que pour un grand roux et Isaac préférait regarder Dominique.
Mais ce n'était pas la beauté de la jeune fille qui allait l'arrêter. Quand elle lui avait lancé un regard mi-blessé, mi-déçu, qui ne voulait rien dire d'autre que "Tu n'es même pas capable de me faire du mal, enfin, je crois", il avait voulu lui prouver que leur amitié passé n'était rien pour lui. Juste un vague souvenir. Ils ne pourraient jamais redevenir amis à présent et s'il ne l'avait pas su depuis le début, l'épisode de ce soir avait achevé de le convaincre.
- Tu traines avec Weasley ? s'enquit Thomas alors qu'ils s'enfonçaient silencieusement, jusque là, dans les cachots.
- Pourquoi toutes ces questions ?
A ses côtés, le Serpentard, gêné, haussa les épaules. Ce n'était pas dans son caractère, cette façon de le forcer à la confidence. Avec les années, Thomas, qui n'était pas idiot, avait bien fini par comprendre que, lorsqu'Isaac avait quelque chose à dire, il le faisait, et qu'il n'était même la peine d'insister dans le cas contraire.
- Vous étiez amis non, avant ? répondit le grand blond après quelques secondes de silence pendant lesquels Isaac avait été convaincu qu'il avait abandonné. Quand on était en première année, quand je trainais avec les jumelles, toi tu passais tout ton temps avec Weasley.
- On peut savoir ce que Lowell t'as dis ?
Car Isaac pouvait sentir la touche féminine dans ses paroles qui ne pouvait appartenir qu'à Lowell. Il se souvenait parfaitement des allusions qu'elle avait fait en début d'année et était à présent certain que la Poufsouffle avait quelque chose à voir avec les suppositions de Thomas qui, jusqu'à aujourd'hui, avait certainement oublié que le Serpentard n'était jamais avec ceux de sa maison à cette époque.
- Oh, c'est bon, j'avoue, admit Thomas. On vous a vu rentrer dans les cuisines après le cours de Duels. On était … non, tu n'as pas envie de savoir ce qu'on faisait et, d'ailleurs, il y avait moins de passage derrière l'armure de tout à l'heure. Je disais juste ça comme ça. Tu peux fréquenter une Poufsouffle si tu veux. Après tout, je suis mal placé pour dire quelque chose même si Isabel est bien plus supportable que Weasley.
Isaac hésita à lui avouer que, présentement, il trouvait Lowell bien plus insupportable que la petite blonde. Il préféra ne rien dire, ce qui soulagea nettement Thomas et les deux garçons rejoignirent la salle commune des Serpentard en silence, sans croiser personne.
