Merci à Dobbymcl, UranusMarie, Barbiemustdie, Harry-potter-fiction et pepoune (ah bah, si tu n'aimes pas Gemma tu vas être servie là ! Oui, ne t'inquiète pas, le temps guérit tout, Molly s'en remettra un jour. Quant à Isaac/Dom, p'tet, p'tet pas. En même temps, ils sont tellement différents maintenant que pour redevenir amis ... tu as raison, ça va être dur ! Merci pour ta review et à bientôt j'espère !

Bonne lecture !


«Se faire des nouveaux amis, c'est bien. Conserver les anciennes amitiés, c'est encore mieux»

Joseph Parry


Ce jour-là, Nella Flint se réveilla, plutôt confiante. Un coup d'œil au lit vide de Gemma aurait pu la démoraliser comme cela le faisait habituellement mais, même pas. Sans se préoccuper de sa tenue et des autres filles de leur dortoir qui dormaient encore, la jeune fille s'allongea en travers de son lit et farfouilla à tâtons en dessous de ce dernier. Elle en ressortit une petite boîte entourée de papier cadeau argenté et un fin sourire s'afficha sur son visage.

Il n'était pas encore neuf heures et Gemma avait déjà dû rejoindre cet Abel Johnson qu'elle ne s'interdisait plus de détester -au même titre que Dominique Weasley- depuis qu'il était petit à petit en train de lui voler sa meilleure amie. Mais tout ça lui paraissait insignifiant car aujourd'hui était l'anniversaire de la Préfète-en-Chef.

Nella n'aimait pas particulièrement fêter son propre anniversaire parce qu'elle détestait être le centre de l'attention. Fort heureusement, née en plein mois de Juillet, elle n'avait pas besoin de se l'entendre souhaiter à Poudlard. Par contre, elle adorait fêter celui des autres et celui de Gemma en particulier. La voir hésiter, bafouiller qu'elle n'aurait jamais dû lui acheter quelque chose tous les ans, puis finalement abdiquer et admettre qu'elle adorait ouvrir des cadeaux et déchiqueter son paquet avec une maladresse touchante la remplissait de joie.

Pour l'instant, avant de retrouver la jeune fille et profiter de leur samedi libre de tout cours et révisions -la Serdaigle s'était promis de ne pas mettre un seul pied à la bibliothèque-, elle replaça le petit paquet à sa place et fila sous la douche. Elle ne perdit pas beaucoup de temps sous l'eau chaude, fit gaiment voleter sa serviette jusqu'à elle et se sécha magiquement les cheveux.

Coquette, elle s'attarda néanmoins sur son reflet et rougit jusqu'aux oreilles lorsque le miroir lui assura qu'elle était magnifique. Elle qui aimait trainer en jean ou pantalon -toujours impeccables ceci dit-, elle avait voulu marquer le coup et enfilé une jupe marron et d'épais collants blancs, assortis à son pull brillant. Après quelques coups de pinceau, la jeune fille sortit de la salle de bain alors que les filles de son dortoir commençaient à se réveiller.

Les saluant aimablement, Nella sortit le petit paquet argenté de sous son lit et le rangea délicatement dans sa besace. Elle attrapa son manteau gris et son bonnet rose avant de sortir de son dortoir, filant à toute allure vers la salle commune qu'elle ne mit pas longtemps à quitter.

Cela avait beau être son anniversaire, Gemma avait rejoint Abel à la bibliothèque très tôt ce matin, pour travailler. Officiellement. Nella doutait que cette dernière travaille autre chose que les muscles de sa langue, cachée entre deux rayonnages mais peu importe. La veille encore, la Préfète-en-Chef avait promis de la retrouver devant la Grande Salle à neuf heures trente pour prendre le petit déjeuner et elle était sûre et certaine qu'elle tiendrait sa promesse. Gemma savait très bien qu'elle comptait lui offrir quelque chose.

Même le fantôme de sa mère qui planait sur sa meilleure-amie qui n'aurait pas de présent de sa part pour la première fois, n'arriverait pas à gâcher cet instant. Elle ferait tout pour rendre heureuse Gemma.

Un fantôme, sûrement pas, mais pas un seul instant Nella n'avait pensé à Dominique Weasley qui était bien faite de chair et d'os, elle.

oOoOoOoOo

Bien loin de toutes ses préoccupations, Dominique Weasley trainait des pieds dans le hall de Poudlard, baillant à s'en décrocher la mâchoire. L'entrainement de Quidditch s'était terminé tard la veille et l'un de ses joueurs avait été blessé par un cognard. Abel McKinley était à l'infirmerie avec un bras cassé mais Pomfresh, face à son insistance, avait fini par menacer de l'envoyer chez la Directrice si elle n'arrêtait pas son cirque et promis que son Poursuiveur serait plus qu'en forme pour le dernier match de l'année contre les Serpentard, prévu dans deux mois.

N'empêche qu'elle n'avait pas beaucoup dormi, s'inquiétant de voir la Coupe lui échapper à cause d'un Batteur trop enthousiaste. Camille avait fini par la réveiller, à peine trois heures après qu'elle ait réussi à fermer les yeux, pour aller prendre le petit déjeuner mais, une heure plus tard, elle peinait toujours à ouvrir les paupières, ses pieds raclant le sol.

Elle passa ainsi la porte de la Grande Salle sans entendre la voix nasillarde de Lysenko qui la saluait et rentra dans Camille qui avait pilé net.

Depuis leur réconciliation, l'ambiance s'était améliorée chez les Poufsouffle. Si Molly n'adressait toujours pas la parole à Arthur et Camille -et inversement-, ils mangeaient de nouveau tous ensemble, ces trois-là se tenant le plus loin possible des autres. Et les deux derniers évitaient toute effusion quand Molly était dans les parages. Anatole et Isabel étaient nettement soulagé même si Joana Mayer semblait se retenir de ne pas faire de commentaire sur la situation. Les repas étaient calmes mais, au moins, ils étaient ensemble.

Entre elle et Camille, il y avait parfois des silences gênés, des moments où elles ne savaient pas quoi dire mais chacune des deux jeunes filles s'accommodaient tant bien que mal de la situation, tentant de reconstruire une amitié solide jour après jour.

Ainsi, Dominique ne s'interdit pas d'insulter à haute voix la Poufsouffle lorsque son nez rencontra son épaule.

- T'as vu ça ? ricana la brune.

- Aïe, grogna Dominique au même moment.

Camille ne s'excusa pas, bien trop occupée à se bidonner. Alors qu'elle reniflait à cause de son fou rire solitaire, Dominique pensa à se décaler pour voir ce qui faisait autant rire la jeune fille.

- Par-les-couilles-de-Merlin, murmura-t-elle en appuyant sur chaque mot, les yeux soudainement grands ouverts, oubliant soudainement toute forme de politesse.

A la table des Serdaigle, au milieu de la plupart des étudiants qui déjeunaient, il y avait une immense pancarte. Mais immense … elle devait à peu près faire la taille de l'infâme tapis dont sa mère rechignait à se séparer. Dessus, un aigle. Un véritable aigle.

S'ils n'était pas rares dans les vieilles familles de sorciers d'utiliser ces rapaces pour porter le courrier, peu le faisaient encore. D'ailleurs, Dominique n'en avait jamais vu dans la volière ou dans la Grande Salle. Si elle connaissait cette étrange coutume, c'est parce que son oncle Percy en avait reçu un du Ministère et l'utilisait couramment, fier de son rapace. Néanmoins, il ne l'envoyait jamais à Poudlard car Molly en avait peur.

Il y avait donc un aigle à la table des Serdaigle, sur une pancarte. Jusque-là, la situation n'était pas risible. C'étaient les inscriptions sur la pancarte qui rendaient la situation burlesque.

JOYEUX ANNIVERSAIRE GEMMA était écrit en grosse lettrine bleue. Des petits cœurs ridicules étaient dessinés plus ou moins adroitement autour ainsi que deux personnages se tenant par la main. Une fille avec des cheveux épais et une grosse frange tenait un personnage plus petit aux cheveux court, sûrement un garçon. Deux grosses flèches partaient de chacun des personnages mais elle ne voyait pas ce qui était écrit, sa vue n'étant pas assez perçante.

De toute façon, ce qu'elle voyait lui suffit. Il n'y avait qu'une seule Gemma à Serdaigle à sa connaissance, à Poudlard aussi d'ailleurs et cette dernière allait être absolument ravie en découvrant la pancarte ridicule.

Moqueuse, Dominique se mit à rire aux éclats, rejoignant Camille dans son hilarité avant qu'une scène nuageuse ne lui revienne à l'esprit. Lysenko l'avait salué ce matin avant qu'elle ne rentre dans la Grande Salle et elle avait occulté son bonjour, trop occupée à coordonner ses pas et à finir sa nuit en même temps. Si ça se trouve, la Préfète-en-Chef n'avait pas encore vu l'attention dont elle était l'objet et elle allait pouvoir se foutre d'elle en première.

- Je reviens, lança-t-elle à Camille, toujours morte de rire, avant de faire demi-tour.

Lysenko était toujours là avec son éternelle acolyte Flint qu'elle n'avait pas remarqué en entrant. Les deux jeunes filles discutaient à voix basse mais Dominique ne se gêna pas pour les interrompre, trop pressée.

- Joyeux anniversaire ! lança-t-elle gaiement, interrompant la jolie blonde qui referma immédiatement la bouche.

- Comment …

- Oh, j'ai un talent certain pour la Divination très chère, rétorqua Dominique du tac-au-tac.

Lysenko la regarda d'un air septique, pensant à voix haute qu'elle désespérait de trouver un jour un quelconque talent chez la Poufsouffle. Un sourire carnassier s'installa sur le visage de Dominique. Rirait bien qui rirait le dernier.

- … Et même que j'ai un cadeau pour toi.

A force de persuasion, Dominique finit par lui faire comprendre qu'elle ne se moquait pas -pas réellement du moins- d'elle et passa un bras amical autour de ses épaules, lui ordonnant de fermer les yeux jusqu'à ce qu'elle l'autorise à les rouvrit. Satisfaite, la jeune fille guida sa camarade jusqu'à la Grande Salle.

Derrière, restait Nella Flint dont le cœur s'était brisé au moment où Gemma s'était prêtée au jeu, obéissant à Weasley avec une confiance naturelle, et l'avait laissé planté là comme une idiote, la main enfoncée dans son sac, serrant le petit paquet argenté avec hargne.

oOoOoOoOoOo

Ses pas l'avait naturellement mené près du lac, vers le terrain de Quidditch. Elle entendait quelques cris qui venaient de là-bas et avait vu des robes rouges et or en sortir quelques minutes plus tôt mais n'y prêtait pas attention.

Nella avait les yeux rouges, embaumés et les joues striées de larmes. Elle qui s'était tant apprêté pour aujourd'hui avait perdu son temps car il était certain que le résultat n'était plus à son avantage maintenant. Déjà qu'elle ne s'était jamais trouvé jolie alors avec un visage écarlate et boursoufflé.

Tout ça c'était la faute de Gemma, ragea-t-elle. Non pas de Weasley ou de Mervin Kalls qui était à l'origine de la pancarte -elle avait quand même poussé le vice à entrer dans la Grande Salle après cette humiliation et avait tout de suite compris que Weasley voulait simplement se moquer de sa meilleure amie-. Mais ce n'était pas à elle qu'elle en voulait le plus.

Gemma l'avait instantanément oublié à la vue de la petite blonde populaire et était rentré dans son jeu sans réfléchir. Elle suivait Weasley à la trace … s'en était … énervant et médusant et triste et … La Préfète-en-Chef avait changé. Elle n'avait plus besoin d'elle dans sa vie et son insignifiance était devenue telle qu'elle n'avait même pas pris la peine de lui annoncer.

La tristesse prit le pas sur la colère et ses larmes redoublèrent. Lasse, elle s'essuya doucement les yeux alors que son regard se posait sur son sac jeté négligemment à ses côtés quelques minutes plus tôt. La petite boîte argentée avait glissé et reposait maintenant sur l'herbe. Nella tendit le bras et le souleva au dessus de sa tête, un étrange éclair traversant ses yeux alors qu'elle regardait le lac.

C'était une plume. Mais pas n'importe laquelle, une plume enchantée qui écrivait toute seule grâce à un sortilège qu'on lui appliquait, lui permettant de suivre n'importe quel professeur. Ce n'était pas une de ses plumes à papote ridicules qui perdaient leurs pouvoirs après plusieurs semaines d'utilisation. Celle-ci était assez rechargée en magie pour tenir plusieurs générations. Nella avait mis toutes ses économies dans ce cadeau, avait demandé conseil à son père pour trouver une bonne adresse où acheter cet objet assez rare en soi et était certaine que cela ferait plaisir à son amie.

Mais maintenant ? Elle ne savait plus trop.

Sur l'un de ses rares coup de tête, la jeune fille lança le paquet qui s'écrasa un ou deux mètres plus loin dans l'eau. Il flotta pendant quelques secondes avant de disparaitre sous la surface.

Loin de calmer son chagrin, ce geste redoubla ses sanglots et elle se laissa tomber sur l'herbe humide, remontant ses genoux pour enfouir sa tête dedans. Cela faisait plusieurs jours qu'il n'avait pas neigé et le soleil pointait déjà le bout de son nez mais en ce quatre février, elle sentit la rosée du matin imbiber sa jupe et son collant blanc en quelques secondes.

Perdu pour perdu …

- Nel ? Hé ! Nel !

Une main fine se posa sur son épaule, faisant autant sursauter la jeune Serdaigle que l'interjection.

- Les garçons ! reprit la voix féminine, plutôt inquiète.

La Serdaigle entendit un bruit de cavalcade et enfouit un peu plus sa tête entre ses genoux. Elle n'avait aucune envie de faire face à Dewi Carlson dans son état et se doutait plus ou moins qui étaient les garçons qu'elle appelait. Elle se souvint au même moment que Potter était capitaine de l'équipe des Gryffondor qui s'entrainait lorsqu'elle était arrivée un peu plus tôt et songea qu'elle aurait dû choisir un endroit plus discret pour épancher sa tristesse.

- Pousse-toi. C'est bon, dégagez, je gère.

La pression de Dewi sur son épaule s'évanouit brusquement.

Oh, non, non, non. C'était le pire des scénarios. Elle n'avait pas fait face à Wil Jordan depuis qu'il l'avait embrassé et avait ignoré les recommandations de Potter. En vérité, elle ne lui en voulait pas. Seulement, s'aurait été bien trop gênant de retourner vers lui après ça. D'ailleurs, elle pensait que lui non plus ne voudrait plus lui parler après qu'elle l'ait repoussé ce qui était sûrement le cas car il ne lui avait plus reparlé depuis. En cours comme en duels, ils s'ignoraient et elle aurait pu croire être transparente si elle n'avait pas croisé plusieurs fois son regard cette semaine.

- On va attendre un peu plus loin, proposa Potter qui, étonnement, n'avait pas encore fait un seul commentaire.

Elle les entendit s'éloigner et songea un instant que Wil les avait suivi devant son silence. Mais, malheureusement, quelques secondes plus tard, elle l'entendit s'assoir à ses côtés et, du coin des yeux, l'aperçut déplier ses longues jambes.

- Tu es blessée ?

Nella renifla avant de secouer la tête à la va-vite, convaincu qu'il aurait été capable de la forcer à lui montrer son visage si elle avait ignoré sa question. Le Gryffondor poussa un petit soupir qu'elle assimila à du soulagement et elle songea ironiquement qu'elle aurait préféré que la douleur soit physique. Mais elle n'allait certainement pas lui dire ça, surtout avec sa gorge sèche qui suintait encore les sanglots.

Repenser à Gemma laissa les dernières larmes s'échapper sans qu'elle ne puisse l'empêcher malgré tout sa bonne volonté.

- Hé Nel …, il hésita visiblement puis se rapprocha d'elle et glissa un bras bienveillant autour de ses épaules.

A quelques mètres d'eux, James Potter paria avec Dewi Carlson qu'il ne tiendrait pas deux minutes dans cette position avant de se faire jeter dans le lac.

Nella, elle, hésita à s'enfuir en courant à cause de cette étreinte qu'elle n'avait pas demandé et qui la gênait, surtout qu'elle ne croyait toujours pas réellement à cette histoire de sentiments qu'auraient le Gryffondor envers elle, mais se surprit à penser qu'un peu de réconfort ne lui ferait pas de mal. Etonnement, elle n'était pas si mal que ça au final et la chaleur qui émanait de son manteau la réchauffait, elle qui était froide comme un glaçon.

James Potter sortit un Gaillon de sa poche qu'il tendit à sa meilleure amie, profondément dépité.

- Tu veux en parler ? hésita nettement Jordan, une fois rassuré de savoir qu'elle n'avait pas été attaquée. Enfin, je suis pas doué pour donner des conseils, c'est plus Dewi mais … Mais si tu ne veux pas parler je …

Le métis hésita une nouvelle fois alors que sa main se crispait sur l'épaule de la jeune fille. Il secoua la tête et reprit, sentant qu'il n'avait rien à perdre, après tout.

- Je peux aussi m'excuser pour la dernière fois. Non pas que je regrette de t'avoir embrassé. Je n'aurais juste pas dû te prendre par surprise. Mais ça ne change rien à … enfin, tu peux lever la tête, je ne recommencerai pas. Je te le promets.

Comment voulait-il qu'elle arrive à se tenir droite après ce qu'il venait de dire ? Perdue entre la franchise du jeune homme et sa rancœur contre Gemma, elle ne savait pas quoi faire.

Le Gryffondor venait explicitement de lui révéler que ce n'était pas une erreur et qu'il avait réellement eu envie de l'embrasser. C'était le premier garçon qui se comportait de cette manière avec la Serdaigle qui n'était pas vraiment sûre d'avoir assez de confiance en elle pour affronter la situation. C'était si simple de fuir, de se cacher. Pire, la honte de son apparence peu glorieuse en cette matinée l'empêchait tout simplement de se montrer.

Parce qu'il était sûr que Wil n'aurait plus du tout envie de l'embrasser après avoir vu son visage.

Pas du tout conscient de ce qui se passait dans son esprit et pas vraiment patient non plus, Wil glissa sa main dans son refuge, effleurant son menton. Instantanément, la jeune fille se redressa et le regarda d'un air effaré.

Avant de se souvenir du monstre dont elle avait l'apparence et d'avoir une grimace horrifiée.

Loin d'avoir envie de s'enfuir en courant, le cœur du jeune homme se serra à la vue du visage de la jeune fille, songeant que la voir dans cet état n'était pas dans l'ordre des choses. Nella Flint représentait une certaine joie de vivre dissimulée derrière une candeur touchante et une timidité amusante pour lui. Il ne trouvait pas laid ce visage bouffi et ces yeux bleus humides, bien au contraire, mais ce n'était pas comme ça qu'il voulait la voir.

Dewi aurait trouvé les mots, elle. Déjà, elle était une fille et par conséquent n'avait pas la sensibilité d'une cuiller à café. C'était James qui lui avait sorti cette expression un jour, hilare, expliquant qu'il avait entendu sa tante Hermione le dire à son oncle Ron un jour et elle l'avait beaucoup marqué.

Une cuiller à café était exagéré et il avait une bonne dizaine de blagues en tête pour tenter de la faire sourire mais une voix aiguë ressemblant étrangement à Dewi lui criait intérieurement que s'aurait été totalement stupide.

- Je t'ai déjà dis que tu étais franchement jolie ? lança-t-il avec une franchise déconcertante, autant parce qu'il ne savait pas trop quoi dire d'autre.

Ce qu'il regretta immédiatement car, à en voir l'expression de colère qui déforma un instant le visage de la jolie blonde, elle dut croire qu'il se fichait d'elle et enfonçait simplement le clou. Elle amorça un geste pour se relever et il la retint au dernier moment par la main, se fichant totalement d'aller trop loin par ce geste. Il n'allait pas la laisser s'enfuir encore une fois.

- Pardon, lança-t-il à toute vitesse. J'ai dis que j'arrêtais de t'embrasser pas que j'essaierais pas de faire en sorte que ça soit toi, la prochaine fois. Aller, Nella, reste je t'en prie. Dis-moi ce qui ne va pas.

James Potter donna un nouveau Gaillon à Dewi Carlson, légèrement agacé. Il ne lui en restait plus qu'un à parier et les choses ne suivaient aucune logique quelques mètres devant lui.

Nella s'était laissée à nouveau tomber sur le sol froid et humide et le jeune Gryffondor remarqua qu'elle n'avait pas cherché à enlever sa main, au contraire, et semblait la serrer instinctivement. Il se garda de faire le moindre geste, par peur qu'elle ne change d'avis et décide de remonter au château.

Quelques minutes s'écoulèrent, silencieuses, pendant lesquels il alternait la vue sur le lac et de petits coups d'œil inquiets en direction de la jolie blonde. Alors qu'il avait accepté le fait qu'elle ne voulait pas se confier, elle murmura d'une petite voix gonflée de larmes.

- C'est Gemma. C'est idiot.

Puis, sans qu'il le prévoit, elle lui raconta la scène du matin. Comment sa meilleure amie l'avait lâchement abandonné au bout de quelques secondes à cause de Dominique Weasley, comment elle l'avait oublié alors qu'elles discutaient seulement depuis une ou deux minutes. Elle poussa les confidences à narrer différentes situations similaires qui s'étaient produis durant ces dernières semaines, ajouta qu'elle se sentait seule et ne savait pas à quel Saint se vouer. Elle poussa un grand soupir en terminant et redit une nouvelle fois que tout ceci était idiot.

Et même si Wil fut un peu perdu lorsqu'elle se mit à parler de seins, il écouta en silence, sans l'interrompre. Lorsqu'elle tourna la tête vers lui d'un air interrogateur, semblant attendre qu'il confirme qu'elle faisait des histoires pour rien, il sentit qu'il devait dire quelque chose. Et d'intelligent, si possible.

- Si Dewi m'avait traité de cette manière, j'aurais fait un esclandre. Et si ça avait été James, il aurait déjà trouvé six façons différentes de le lui faire payer. Je ne trouve pas ça idiot. Je trouve Lysenko …,

Il hésita nettement à enfoncer le clou, sachant combien Nella désapprouvait chaque parole ou chaque geste humiliant qu'avait pu avoir James envers sa meilleure amie mais se décida néanmoins.

- … égoïste. Et je crois que tu as tout à fait le droit d'être triste ou de te sentir abandonné parce que c'est humain comme réaction. Ca n'a rien d'idiot. Tout le monde change mais … ça n'a parfois pas que du bon.

Wil tourna la tête vers Dewi, songeant à ces quelques semaines où ces deux meilleurs amis ne s'étaient pas adressé la parole.

- Tu veux savoir un secret ? lança-t-il, brusquement inspiré.

Nella hocha doucement la tête.

- Ces deux idiots derrière. Ils ont l'air inséparables mais depuis quelques mois, quelque chose a changé. Enfin, je ne peux pas te dire pourquoi, mais ils se sont violemment disputé à un moment parce qu'ils n'étaient pas d'accord sur un point. Ils ont fini par se réconcilier mais il a fallut du temps et beaucoup de discussion. Tu devrais parler à Lysenko parce que sinon ça ne s'arrangera pas.

La jeune Serdaigle hésita un peu avant d'hocher le menton, l'air d'être d'accord avec lui ce qui le fit se sentir particulièrement fier. Et, mieux encore, durant tout ce temps, elle n'avait pas lâché sa main.

S'enhardissant de ce succès, il avança son autre main vers son visage et elle tressaillit à peine. Méticuleusement, il passa un doigt sur ses larmes, effaçant les trainées d'eau noires sur son visage. Il ne s'arrêta qu'une fois sa peau redevenue à peu près normale. Ses yeux étaient secs à présents mais restaient rouges. Au moins, elle ne pleurait plus. A chaque seconde, il eut envie de se pencher en avant et de poser ses lèvres sur les siennes et se retenir lui demanda un énorme effort.

S'aurait été désastreux. Nella n'était pas en état de répondre à ses avances et il était sûr et certain qu'elle se serait encore braquée. Il ne savait pas combien de temps il parviendrait à écouter les conseils de Dewi qui arguait que cela devait venir d'elle mais se rendait bien compte que ce n'était pas le bon moment.

Un fin sourire s'étala sur ses lèvres alors qu'il enlevait ses doigts de sa peau.

- FLINT !

Nella sursauta, lui aussi et les deux adolescents se retournèrent dans un bel accord.

Derrière eux, Mervin Kalls dévalait le terrain en beuglant son nom. Quand il arriva au niveau de James, ce dernier tenta de le retenir mais le gamin, en plus d'être rapide et sec, était passablement décidé à la rejoindre. Il passa la barrière que faisait James avec ses bras avec une facilité déconcertante et se planta devant la jolie blonde avec un aplomb effroyable.

Le gamin croisa les bras sur son torse et releva le nez d'un air snob.

- On l'a ensorcelé.

Il n'avait pas remarqué l'air paniqué de Nella et son brusque mouvement de retrait. Sa main s'échappa de l'étreinte de Wil Jordan et elle se releva, dépassant le premier année de deux têtes. James et Dewi, qui avaient accouru lors de l'arrivée fracassante du Serdaigle stoppèrent net derrière lui, le Capitaine de l'équipe de Quidditch posant une main ferme sur son épaule.

- Toi, me touche pas Potter, grogna-t-il, apparemment suicidaire. Je t'aime pas et j'ai d'autres soucis.

- Tu verras si tu as d'autres soucis quand je t'aurais plongé dans le lac.

- Essaie ! Je paris que je te mets à terre en deux secondes.

Ce qui était passablement mensonger lorsqu'on comparait la musculature développée du jeune homme grâce au Quidditch, ses dix-sept ans et son habitude de se mettre dans des situations impossibles au garçon mince, voire fluet qu'était Mervin Kalls, son jeune âge et son incapacité à mettre un pied devant l'autre sans causer un accident.

- C'est quoi ce nabot ? s'exclama finalement James en se tournant vers Nella, médusé de son aplomb.

Celle-ci était terriblement gênée et peu désireuse d'affronter un nouveau scandale en public. Le gamin ne sembla pas se préoccuper de son malaise et reporta son attention sur elle après avoir adressé un dernier regard dégoûté à Potter.

- Il faut que tu viennes m'aider à emmener Gemma à l'infirmerie !

- Elle est malade ? demanda doucement Nella en haussant un sourcil étonné.

- Mais oui ! C'est ce que je te dis depuis le début ! On l'a ensorcelé ! Je lui avais préparé une surprise, une immense pancarte et il y avait même Archie, l'aigle d'Aurore, qui venait d'Amérique et que son oncle avait accepté de me prêter et … Arrête de rire ! Elle …

Il tapa froidement du pied, convaincu que Nella se fichait de lui. En réalité, c'était un rire gras et jaune. La jeune fille avait déjà deviné la suite et comprit qu'elle n'était pas la seule à avoir été blessée par la Préfète-en-Chef ce matin-là.

- … Et elle a détesté ! Elle a dit que j'étais horrible et que même un Veracrasse était moins collant et idiot que moi. Elle a dit qu'elle ne voulait plus que je l'approche. Et ensuite, elle est partie avec cette abruti de Johnson.

- Depuis le temps que je dis que Lysenko est … Aïe ! s'écria James, que Dewi avait violemment frappé sur l'épaule. Oh c'est bon princesse, déformation professionnelle.

A la plus grande surprise de tout le monde, ladite princesse laissa échapper un gloussement tandis que Wil haussait un sourcil septique et regardait James d'un œil noir devant le surnom octroyé.

Cela n'avait pas échappé à ce dernier qui, à toute vitesse, réfléchit à un moyen de se rattraper. Il proposa donc à ses amis, plus Flint et le morveux de retourner au terrain de Quidditch pour se lancer quelques souaffles. Si la Serdaigle eut l'air horrifiée, elle accepta finalement après avoir eu l'assurance qu'elle ne serait pas obligée de participer et qu'on la laisserait faire ses devoirs si elle voulait.

Et chacun d'entre eux passa une très bonne matinée. James s'autoproclama Capitaine du match improvisé et, si Kalls avait du mal à supporter son autorité, il tira très vite partit du jeu et envoya plus de balles sur la tête du Gryffondor que dans les buts. Ce furent finalement ce dernier et Dewi Carlson qui gagnèrent, haut la main. A partir de cet instant, Wil Jordan décida d'alterner le Quidditch avec Nella Flint qui gribouillait sur un parchemin dans les gradins et il finit par lâchement abandonner ses camarade.

Quand ils se retrouvèrent bien trop frigorifiés pour continuer ils montèrent déjeuner après une bonne douche. Nella Flint n'hésita pas longtemps avant de s'assoir à leur table mais Kalls déclara préférer embrasser le Calmar Géant et rejoignit son amie Aurore Marin, une rouquine de son année.

oOoOoOoOo

- Salut les amies !

Ses longs cheveux roux tombant au milieu de ses épaules, ses lèvres fines étirées en un grand sourire, Molly Weasley se laissa tomber à côté de Joana Mayer, après avoir frôlé l'épaule de sa cousine de la main.

Comme d'habitude, elle ignora Camille et Arthur qui étaient pourtant à côté des deux autres Poufsouffle. Si la jeune Weasley n'avait pas moufté quand sa cousine s'était réconcilié avec, elle mettait un point d'honneur et d'excellents talents de comédienne à ne leur parler ou même les regarder. Oh, bien sûr, personne n'était dupe de cette petite comédie, même pas Joana mais tous espéraient que les choses finiraient par s'arranger d'elles-mêmes.

- Tu étais avec Rodriguez ? s'enquit Joana en battant des paupières.

- Oh, non je finissais un devoir dans le dortoir.

- Et Rodriguez ? C'est fini ? demanda Dominique avec un brin d'espoir.

- Oui …

Enfin ! Ce type était pire qu'un poulpe. En quelques jours de relation, il battait tous les records qu'avaient engendré Molly et Arthur en matière d'embrassades. Ses mains n'étaient jamais très loin des fesses de sa cousine et cela démangeait la jeune fille de lui donner une bonne raclée pour son manque de correction. Mais si Molly avait retrouvé ses esprits, cela pouvait dire que cette histoire était finie. Elle s'était amusée pour se distraire, maintenant, elle allait pouvoir correctement tourner la page.

- … Maintenant je suis avec Jamie Wilson ! annonça fièrement Molly en agitant la main devant elle.

Décontenancé, Dominique ouvrit légèrement la bouche avant de se retourner. Derrière eux, à la table des Serpentard, un garçon au physique carré répondit au salut de la jeune fille avant de se faire charrier par ses copains. Elle connaissait Wilson parce qu'il était Batteur depuis sa deuxième année dans l'équipe des Serpentard et il était plus réputé pour ses poings que pour sa cervelle.

Ca aussi elle en savait quelque chose parce que Camille était sortie avec en quatrième année. Cela n'avait duré que deux jours mais elle avait eu le temps de voir l'étendue du désastre.

D'ailleurs, cette dernière avait tiqué elle aussi, mais eut la décence de ne pas faire de commentaire.

Un coup d'œil à Joana acheva de la convaincre que la situation était plus grave qu'elle ne le pensait. Elle aussi pensait que Molly ne s'était pas du tout remis du choc.

oOoOoOoOo

- Lysenko attends !

Agacée, Dominique accéléra le pas pour se retrouver à la même hauteur que la Serdaigle qui avançait toujours et faisait semblant de ne pas l'avoir vu. La Poufsouffle se retint de grimacer dans son dos, certaine que cette dernière allait s'en rendre compte et décida qu'il était plus sage pour elle de se faire pardonner.

- Oh, aller, ce n'était qu'une blague. Et puis, le gamin était mignon. Enfin, moins quand tu lui as crié dessus mais … Tu t'en remettras.

Gemma Lysenko lâcha un grognement irrité, paraissant être certaine que, non, justement, elle ne s'en remettrait pas. Dominique toujours à ses basques, elle accéléra le pas, espérant ainsi la semer. C'était sans compter la ténacité de la jeune fille qui, lorsqu'elle avait quelque chose en tête, n'abandonnait jamais.

- J'ai peut-être rigolé un peu fort.

- Tu as pleuré de rire.

- C'était peut-être exagéré.

- Tu t'es écroulée par terre !

A ce souvenir, un sourire nerveux revint sur le visage de Dominique. C'est vrai qu'elle avait fini dos sur le sol, les yeux pleins de larmes, tentant de chasser son fou rire tout en reprenant sa respiration. Ce n'avait pas été facile, surtout que lorsqu'elle fermait les paupières elle revoyait la pancarte et l'aigle. Si elle s'était levé, ce n'était pas par pitié pour Lysenko mais plutôt parce qu'Assem était arrivée à ce moment-là et avait enlevé cinq points à sa maison pour son comportement inadapté.

- Bon d'accord, avoua Dominique. Bon ralentis un peu le rythme si tu ne veux pas me porter à l'infirmerie comme la dernière fois.

Un simple coup d'œil à la Poufsouffle aurait suffit pour savoir qu'elle mentait effrontément et qu'elle aurait put courir un marathon sans s'effondrer mais Lysenko s'arrêta spontanément. Ce ne fut que lorsqu'elle se tourna vers elle -et Dominique aurait pu jurer qu'elle avait l'air inquiète si ce n'était pas stupide- qu'elle réalisa qu'elle s'était fait roulé dans la farine.

- Qu'est-ce que tu veux ? murmura la Serdaigle en levant les yeux au ciel.

C'est bien, elle comprenait enfin que c'était la seule moyen que Dominique la lâche. Un grand sourire s'afficha sur le visage de cette dernière.

- Ce soir, devant le tableau avec une coupe dans le couloir qui mène aux cachots. Je te promets que ce que je vais te montrer sera bien mieux qu'une pancarte débile et un rapace.

- J'ai une ronde avec Potter ce soir.

- Après.

- On n'a pas le droit de trainer dans les couloirs après le couvre-feu. Et il sera largement dépassé.

- On ne restera pas longtemps dans les couloirs, promis.

Etonnement, Lysenko referma la bouche, semblant ne plus avoir d'arguments pour contrer les idées idiotes de la Poufsouffle. Dominique apprécia. La jeune fille était capable de rechigner pendant des heures alors qu'un simple "oui" aurait suffit. Ce ne fut que lorsqu'une ironie mordante s'afficha sur le visage de la Serdaigle qu'elle comprit qu'elle s'était fait avoir.

- Est-ce que tu comptes me faire … un cadeau d'anniversaire Weasley ?

oOoOoOoOo

Quelques heures plus tard, quelque part dans les couloirs du sixième étage.

Une demi-heure.

Gemma Lysenko surveillait discrètement l'heure depuis une heure et demi, le poids sur son estomac se déliant au fur et à mesure que la fin de sa ronde avec Potter approchait.

Ce n'était pas parce que, étonnement, le Gryffondor était plutôt calme ces derniers temps -comprenez qu'il n'avait pas essayé de la pousser dans les escaliers depuis les vacances de Noël- qu'elle se sentait plus en confiance. Au contraire. Si Potter n'avait pas vraiment cessé de l'insulter, il ne le faisait que plus rarement, toujours avec une joie non dissimulée, mais plus jamais en public.

Ces rondes étaient le moment parfait pour lui d'attaquer et elle craignait une autre de ses sautes d'humeur. Après tout, quand son nez avait rencontré le sol dur des cachots, elle avait fini à l'infirmerie et ne tenait pas à retenter l'expérience.

Alors, elle marchait. En silence. Et elle regardait sa montre toutes les trente secondes.

Ce qui n'avançait pas le temps néanmoins.

Potter marchait aussi mais il ne regardait pas sa montre. Quelques pas devant elle, il ouvrait la marche, l'astreignant à un rythme intense. Oh, elle avait regardé son visage, quelques secondes, lorsqu'elle l'avait retrouvé dans le hall. Il était en colère. Sûrement contre elle mais dans ce cas, elle ne comprenait pas pourquoi il n'avait pas tenté de la faire sortir de ses gongs.

Il n'avait pas de cœur. Ni de conscience. Encore moins des problèmes personnels en tête, on n'a pas de problèmes lorsqu'on s'apelle James Potter. A part celui d'arriver à mettre ses chaussures, avec des chevilles aussi enflées.

Des fois, il regardait bizarrement vers elle, prêt à déverser son venin. Elle se répétait en boucle "envois le chier, tu peux le faire, tu vas le faire". Mais comme il se détournait rapidement, elle n'avait pas l'occasion de vérifier si sa petite voix intérieur pouvait prendre le pas sur sa peur panique de Potter.

Car elle en avait peur, elle n'avait plus aucun doute. Elle le savait capable du pire, n'avait jamais entrevu une seule bonne intention de sa part et il avait gâché une partie de sa scolarité. Fort heureusement, en ce moment, elle avait d'autres choses en tête, beaucoup plus douces.

- Tu m'emmerdes Lysenko.

Et voilà, il avait craqué. Alors qu'il ne restait que seize minutes. Il aurait pu avoir la décence d'attendre que le compteur se rapproche de zéro.

Marchant toujours silencieusement, la jeune fille ne répondit pas. Elle attendait la suite, car il y aurait une suite, bien entendu.

Lui, stoppa sa marche dans ce couloir du sixième étage, juste à côté de la tapisserie d'un groupe de trolls hideux et se retourna vers elle, bras croisés. Alors, elle s'arrêtait, le dévisageant. Non, en fait, elle fixait la tapisserie mais la différence était moindre et cela pouvait passer pour de la bravoure chez elle. Pour se donner contenance, elle croisa les bras aussi, sentant avec un bonheur infini sa baguette dans la poche intérieure de sa cape.

- Non, en fait, je préfèrerai t'emmerder, rectifia le Gryffondor. Sauf que j'ai arrêté.

Ah bon, il avait arrêté ? Certes, il évitait de nouvelles humiliations publiques mais elle avait très bien entendu lorsqu'il avait dit que son jean était trop serré tout à l'heure. Ou quand il avait juré que ces cheveux provenait du balai de Mr Martin, le concierge. Ou quand il avait comparé ses tâches de rousseurs à de l'éclabouille. Alors bon, d'accord, il ne lui avait pas de nouveau cassé le nez mais elle n'appelait pas ça avoir arrêté de l'emmerder.

- Tu es contente ? Tu as réussi à avoir Dominique dans ta poche ? C'était ça ton plan ? Très Serpentard, cette manière d'agir.

Un sourcil haussé comme pour l'interroger mais toujours sans le regarder. La tapisserie était follement intéressante.

14 minutes.

Avoir Weasley dans sa poche ? Peut-être qu'il ne l'avait pas compris mais Gemma si : Weasley ne serait jamais à la botte de qui que ce soit. Cette fille avait une manière si personnelle et déroutante d'agir qu'elle était imprévisible et dotée d'une morale douteuse, propre à sa personne. Elle était son propre chef et faisait ce qu'elle voulait quand elle l'entendait. Elle n'agissait que sur des coups de tête : comme quand elle l'avait défendu dans les cachots ou qu'elle était venu lui proposer une trêve après avoir appris pour sa mère. Mais elle était aussi la fille qui cherchait à la faire sortir de ses gongs et n'hésitait pas à se moquer d'elle au premier degré.

Weasley n'avait pas de chef. Et elle ne voyait pas ce qu'elle gagnait réellement à s'entendre bien avec.

- Tu as réussi à retourner le cerveau de ma cousine en jouant sur l'affectif mais avec moi ça ne prends pas. Tiens-le toi pour dit. Pour l'instant, je te fous la paix comme elle me l'a demandé. Elle finira par se lasser de toi, je la connais.

Comme elle me l'a demandé.

Gemma fut tellement surprise par cette affirmation qu'elle en oublia d'être muette.

- Qu'est-ce … qu'est-ce qu'elle t'a dit ? balbutia la Préfète-en-Chef.

Fallait pas trop lui en demander, elle n'allait pas paraître sûre d'elle en plus.

Mais, étrangement, Potter détourna la tête comme s'il … était gêné ? Un gloussement s'échappa de la gorge de Gemma. James Potter n'était pas gêné. Il était le fils du survivant, Capitaine de son équipe de Quidditch, Préfèt-en-Chef et considérait la plupart des gens comme de la merde : il n'était pas gêné.

- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? répéta-t-elle et, cette fois, plus fermement.

Comme une mauvaise appréhension. Weasley ne pouvait pas avoir fait ça, non ? Gemma avait oublié d'être stupide en venant au monde et si la grimace de Potter correspondait à de la gêne, alors la Poufsouffle l'avait trahi.

- Je t'ai demandé ce qu'elle t'avait dit !

Elle avait un peu élevé la voix mais ne s'en était même pas rendue compte. L'énervement et la peur lui donnaient des ailes apparemment.

- Elle m'a dit pour ta mère Lysenko, répondit finalement Potter, avec une franchise déconcertante. Mais moi, je n'ai aucune envie d'avoir pitié de toi. Tu …

Mais Gemma avait déjà fait demi-tour alors qu'il restait encore sept minutes. Peu importe, Potter n'oserait sûrement pas rapporter ça à Wiertz qui supervisait les tours de gardes depuis quelques mois s'il ne voulait pas qu'elle le dénonce pour tout ce qu'il lui avait fait.

Et puis elle s'en foutait. Elle n'avait pas accordé sa confiance à la Poufsouffle de bon cœur mais elle avait fini par être convaincue que cette dernière se tairait parce qu'elle la comprenait un peu. Elle avait fini par se convaincre que Weasley n'était pas juste cette boule de nerfs égoïste et méchante. Et juste quand elle baissait sa garde, cette dernière la poignardait dans le dos.

Gemma détestait Dominique Weasley.

oOoOoOoOo

- Qu'est-ce que tu fous là ? Et où est Lysenko ?

Il était minuit passé et la Serdaigle aurait dû finir sa ronde depuis une bonne quinzaine de minutes. Dominique était un peu en retard parce qu'elle s'était endormie un peu après le cours de duels, terrassée par un entrainement de Quidditch éreintant.

Lorsqu'elle était arrivée devant le tableau à la coupe, elle avait entendu du bruit à l'intérieur et était un peu déçue que Gemma connaisse l'existence des cuisines. Elle ne lui avait rien dit quand elle l'y avait convié dans la journée mais c'était sûrement une manière de se venger de son comportement de la matinée. Sauf que ce n'était pas la Serdaigle qui était assise sur le banc en train de dévorer une part de gâteau au chocolat.

Isaac Nott releva la tête d'un petit bouquin dans lequel il était plongé, n'eut même pas la décence de paraitre surpris de la voir ici et continuer à mâcher sa bouchée de gâteau. Avant de baisser la tête et de se remettre effrontément à lire.

- Où est Lysenko ? répéta Dominique, un peu agacée, tout en le rejoignant.

Aussitôt un elfe de maison apparut et lui proposa de la servir tout en lui citant milles mets qui lui mirent l'eau à la bouche. Elle hésita un instant et, malgré le gargouillis significatif de son estomac, estima qu'il valait mieux qu'elle attende l'arrivée de la Serdaigle. Elle avait du être retardée par sa ronde. Dominique espéra que son cousin soit étranger à ce retard. Malgré sa promesse, elle n'était pas sûre qu'il arrive à ne pas provoquer Lysenko.

- C'est l'amour fou entre vous, à ce que je vois, murmura Isaac.

- Les bans vont bientôt être publiés. Tu voudrais bien être ma demoiselle d'honneur ? Je t'imagine très bien avec une robe en tulle rose confectionnée par ma mère. Oh, et un peu de maquillage pour te donner bonne mine, tu es blanc comme un cadavre.

Un seul regard du Serpentard la convainc qu'il ne tenait pas du tout à remplir ce rôle et qu'elle n'avait pas intérêt à le titiller plus là-dessus. Inconsciente du danger, elle hésita à lui demander s'il pouvait se charger des alliances mais l'elfe revint à ce moment précis, un verre de jus de fruit à la main. Si elle n'avait pas voulu manger, il était clair qu'il n'allait pas la laisser repartir sans avoir fait preuve de gentillesse avec elle.

S'asseyant à côté d'Isaac, elle loucha un instant sur son bouquin "Etude Magiques Supérieurs : liste des filières à Orel".

- Tu veux aller … en Russie ? Je sais où est Orel, lâcha-t-elle, agacée, face à son regard septique. L'école de Magie Supérieure d'Orel est l'une des meilleures au monde. Si ce n'est la meilleure. Siegfried Schmidt enseigne là-bas !

Et pour cause, dans un instant de divagation, elle s'était renseignée sur les filières qu'elle pourrait suivre après Poudlard. Seulement, à part en Potions et dans une mesure moindre en Soins aux Créatures Magiques, elle n'avait pas d'assez bonnes notes. Et Orel demandait une polyvalence pointue dans toutes les matières, même les plus inutiles. Cela aurait pu être envisageable néanmoins, seulement jamais sa mère ne la laisserait partir aussi loin dans son état. Et … elle était plutôt d'accord. Partir loin de sa famille, dans un pays où il faisait encore plus froid … l'Angleterre était sa vie.

Soudainement lasse, la jeune fille lâcha un petit soupir.

Sa maladie lui gâchait la vie. C'était un fait établi depuis longtemps mais qui pesait bien plus sur ses épaules en cette fin d'année scolaire où la plupart de ses amis avait déjà une idée de cursus en tête. Camille comptait bien partir en France et intégrer la filière d'apprentissage des Brigades d'Elite au Ministère alors qu'Anatole ne comptait pas s'embarrasser de longues études et voulait reprendre le petit restaurant de ses parents, assez âgés. Et elle ? Elle ne savait même pas dans quel état elle serait dans six mois.

- Ce n'est pas une option, lâcha Isaac. Je pars là-bas l'année prochaine.

Evidemment, lui n'avait pas tant de questions à se poser. Agacée, la jeune fille attrapa le reste de la part de gâteau que le Serpentard n'avait pas encore mangé et croqua férocement dedans.

- Lysenko. C'est son anniversaire, murmura-t-elle distraitement alors qu'il semblait sur le point de l'étrangler pour cette incorrection. Curieuse coïncidence n'est-ce pas ?

Le jeune garçon releva les yeux vers elle, semblant dire qu'il ne voyait pas de quoi elle parlait mais le visage soudainement sérieux de la Poufsouffle lui coupa le sifflet. Elle le regarda avec attention pendant quelques secondes avant de mordre à nouveau dans le gâteau. Elle l'aurait bien terminé mais il la lui reprit férocement, l'œil noir.

En même temps, ses yeux étaient eux-mêmes noirs. Avec des touches de bruns quand on y regardait de plus près. Elle les avait assez regardé pour s'en souvenir.

- Délicieux, se reprit-elle en secouant la tête. Tu feras gaffe, j'ai bavé dessus.

- Tu ne veux pas arrêter tes idioties cinq minutes ?

- Oh, mais elles ne te dérangent pas sinon tu m'aurais déjà jeté dehors avec un coup de pied aux fesses. Et, il y a trois mois à peine, tu m'aurais arraché la langue pour avoir osé prendre ce gâteau. Je croyais qu'on était d'accord là-dessus Isaac. Cesse de jouer un peu, je te connais par cœur. C'est ta fierté qui agit pas ta rancune.

Doucement, elle se massa la main avant de la tendre vers le gâteau. Avec précaution, elle retira ce dernier des doigts du Serpentard et le finit entièrement.

- Tu vois, on partage à nouveau. Oh, épargne-moi tes commentaires désagréables, ajouta-t-elle alors qu'il allait visiblement s'indigner. T'es pas un dur, juste une mauviette qui se cache derrière une façade en bêton. Tu bluffes tout le monde mais moi tu ne me feras jamais peur. Et tu n'arriveras plus à me faire du mal. T'en es même pas cap. Tu vois, tout à l'heure, j'ai dis que c'était l'anniversaire de Lysenko mais je sais aussi que c'est le tien. Alors joyeux anniversaire Isaac. J'allumerai bien une bougie mais tu as mangé le reste du gâteau.

- Je n'ai pas mangé le reste du gâteau.

Dominique secoua la tête tandis qu'un fin sourire s'affichait sur ses lèvres. Néanmoins, elle n'eut pas le temps de se réjouir de ce qu'elle avait un instant pris comme un grand bon en avant que la baguette du garçon se trouvait sur son cou. Lui, la dévisageait avec cet air impénétrable et farouche qui faisait se liquéfier la plupart de ses opposants. Doucement, il remonta vers son menton en fronçant les sourcils.

- Moi je crois que la mauviette c'est toi. Tu crois que tu peux tromper ton monde mais pas moi. Je t'ai déjà vu pleurer plus de fois qu'il n'en faut pour affirmer que tu es faible. Et, en grandissant, tu es devenue une garce, oui une garce Dominique. Parce que tu ne savais pas faire autrement. Et je n'aime ni les faibles ni les garces.

Tout aussi lentement, sans bouger sa baguette, il se redressa tout en fourrant le petit bouquin dans sa poche à l'aide de sa main libre.

- Et crois-moi, je suis tout à fait capable de te faire du mal. Ne me tente pas.

Et Isaac tourna les talons.

Oh que non. Il avait tout faux. Rien que son petit laïus n'avait eu aucun effet sur elle. Parce qu'il n'y mettait pas tout son cœur et ce discours qui aurait fait trembler n'importe quel Gryffondor de septième année ne l'atteignait pas. Il ne parlait pas d'elle mais de celle qu'il aurait voulu qu'elle soit.

- Sauf que tu aimes, s'exclama-t-elle en se levant brusquement alors qu'il allait passer l'ouverture. Tu m'aimes toujours comme avant sauf que tu n'as pas les couilles de te l'avouer. Tu ne me fuis pas alors que tu pourrais le faire. Tu pourrais faire cesser ce jeu. Tu aimes ça Isaac, tu aimes que ce soit moi qui soit revenu et tu es d'accord pour ça. Et tu sais quoi ? Moi aussi j'aime ça !

Il ne paraissait même pas l'écouter, n'avait esquissé aucun geste pouvant lui faire croire le contraire et pourtant elle était certaine qu'il l'entendait.

- MAIS TU SAIS QUOI ? cria-t-elle alors qu'il passait le tableau. JE TE JURE QUE BIENTOT, CA SERA L'INVERSE. UNE FOIS QUE TU SERAS DE NOUVEAU A MOI, C'EST TOI QUI TE TRAINERAS A MES PIEDS !

Bam.

- Je ne sais pas encore comment mais je trouverai, murmura-t-elle à la porte close.

Minuit passé de quarante-cinq minutes. Pour une obscure raison, Lysenko ne viendrait plus maintenant. Elle ferait mieux de retourner se coucher.