Merci à UranusMarie, LuuMineusement, chevalhistoire, dobbymcl, Isabelle Pearl, Barbiemustdie, Shiriliz, m13a, Jolierosedu68, fandefiction ( A ... maintenant ! Ahah, merci pour ta review !) et Pepoune (Oui, oui, bien sûr, je me souviens que j'étais trèèèèèèès fatiguée au lycée, c'est fou. Hum. Non mais t'as raison, dormir sur de vieux bureaux pas confortables, c'est épuisant ! Aller, plus qu'une semaine à tenir ! Ahah, j'adore énerver les gens. D'ailleurs, je te laisse chercher hein, ça m'amuse. Merci pour ta review en tout cas et à bientôt j'espère !

Merci à Barbiemustdie pour sa correction :)

Bonne lecture !


On transforme sa main en la mettant dans une autre - Paul Eluard


Je pense que vous pourriez aisément vous tourner vers une carrière de droit international.

Plus d'une semaine après les conseils d'orientation, Nella Flint était toujours songeuse. A vrai dire, elle commençait à trouver la proposition de son directeur de maison tentante mais une modestie et une pudeur enfantine l'empêchaient de réellement y croire. Comment pouvait-il penser, qu'elle, la si timide Serdaigle qui osait à peine lever la main en cours, pourrait embrasser une carrière qui demandait autant d'assurance et de confiance en soi ?

Vous pourriez devenir une grande avocate. J'ai toute confiance en vous.

Nella avait de l'ambition. Mais pas de ce genre. Non, le métier parfait pour elle était un poste à responsabilités mais qui ne l'obligerait pas à prendre la parole dans d'interminables réunions ou de manager des employés. Elle commençait à se demander si ce poste existait vraiment.

Devrait-elle se faire violence, renier ce qu'elle était au plus profond d'elle-même, jouer le rôle d'une autre pour arriver à quelque chose dans la vie ? Mais ce n'était pas le pire dans la carrière qu'on la poussait à embrasser.

Orel est une très grande école de Potionistes. L'année prochaine, une toute autre branche va ouvrir ses portes. Je pense que vous devriez vous inscrire.

Et, surtout, à qui pouvait-elle se confier ?

Wil Jordan n'avait aucune ambition dans la vie, elle répugnait toujours à engager par elle-même une conversation avec Potter et Dewi Carlson avait ses propres soucis en tête, pas plus avancée depuis son rendez-vous avec Londubat.

Gemma aurait compris, elle. Compris qu'Orel était en Russie et que c'était là un immense problème pour elle.

Mais Gemma n'était plus là, songea-t-elle en lançant un regard vide à la table des Serdaigle où son ancienne meilleure amie paradait avec son foutu Abel Johnson tandis que, à ses côtés, Mervin Kalls boudait visiblement, le nez plongé dans son bol de céréales.

- Factrice ! s'exclama Dewi en relevant brusquement la tête, manquant de projeter sa propre cuillère de céréales sur un James Potter à moitié endormi qui fit un immense bond en arrière.

- Tu peux pas faire un peu … fac-quoi ?

- Factrice ! On appelle comme ça les moldus qui distribuent le courrier, expliqua-t-elle. Je pourrais me lancer là-dedans.

- En gros, murmura Wil Jordan avec un regard effaré, tu veux devenir Hibou ? C'est bien ça ?

Dewi le fusilla du regard avant de replonger dans son bol, l'air de lui en vouloir d'avoir brisé ses espérances. Malgré son entretien avec Londubat, Dewi n'avait toujours aucune idée de ce qu'elle voulait faire. Après cela, aucun des trois autres adolescents n'eut l'audace de continuer la conversation et ils terminèrent leur petit déjeuner en silence.

On était samedi, ce qui voulait dire qu'ils avaient quartier libre. Comme le mois de mars approchait à grand pas et, avec lui, le match Serdaigle-Gryffondor, Potter allait sûrement passer la moitié de la matinée sur le terrain de Quidditch, les deux autres iraient le soutenir - ou plutôt finir leur nuit sur un banc humide - et Nella pourrait tranquillement réviser à la bibliothèque sans en avoir un pour l'interrompre avec des questions stupides sur tel ou tel cours.

Mais, d'après ce qu'elle comprit, l'entrainement des Gryffondor n'intéressa plus personne lorsque James annonça que sa cousine Dominique Weasley avait réservé le terrain très tôt ce matin. Il décida d'aller l'espionner ce qui ne convainquit pas Dewi. La jeune fille déclara préférer rester bien au chaud dans la salle commune des Gryffondor et disparut très vite.

- Wil, Flint ? s'enquit James tout en suivant Dewi d'un regard étrange.

- Bibliothèque, déclara immédiatement cette dernière, de peur qu'il ne la force à le suivre.

- Moi aussi.

Potter leva les bras au ciel, grommela quelques mots dans sa barbe mais n'insista pas plus, déclarant quand même à Wil qu'il le lui paierait un jour. Il prit ensuite la même direction que Dewi, manquant de rentrer dans une amie de sa petite sœur Lily.

Nella commençait à connaitre toute la famille Potter-Weasley et, aussi étonnant que cela puisse paraitre, en appréciait quelques uns, Rose Weasley en tête. Son fort caractère, au lieu de rebuter Nella, la rendait admirative. Cette fille se foutait de tout. Elle pouvait très bien tenir tête à un septième année deux fois plus grand qu'elle que réconforter un petit de première année qui avait un bobo. Les rares fois où Rose lui avait parlé, elle l'avait écoutée sans oser trop parler et avait découvert, avec grand plaisir, qu'elle ne s'était pas trompée sur le compte d'Abel Johnson. Malheureusement, James et Rose ne s'entendaient pas vraiment. Pas longtemps du moins et pas tant qu'ils n'avaient pas un intérêt commun.

Ensuite, il y avait Albus, calme et intelligent, contrastant indéniablement avec son frère. Il trainait toujours avec Scorpius Malefoy que le trio de Gryffondor ne paraissait pas vraiment apprécier. D'après ce qu'elle avait compris, si les relations des deux frères étaient à présent au beau fixe, James avait passé la majeure partie de sa scolarité à lui reprocher la maison où il avait été réparti.

Et puis, il y avait Lily et Hugo le Serdaigle qui étaient inséparables. Lily était une sorte de grand bébé auquel personne n'avait envie de faire de mal mais Nella se demandait parfois si ce n'était pas une sorte de jeu pour elle afin de récolter toute l'attention autour d'elle. Elle n'en restait pas moins très gentille et Hugo doué aux échecs.

Fort heureusement, en dehors de certains cours, James Potter ne trainait pas avec Dominique ou Molly Weasley.

- On va faire un tour ? s'enquit Wil en lui adressant un clin d'œil.

- Je croyais que tu voulais aller à la bibliothèque.

- J'ai dit ça pour que James nous fiche la paix.

Le jeune homme haussa les épaules, tout en positionnant sa besace sur son épaule, la regardant d'un air interrogateur. Comme toujours lorsque ce genre de paroles si spontanées sortaient de sa bouche, elle rougit jusqu'aux oreilles.

Wil Jordan était celui qu'elle appréciait le plus et, elle devait l'avouer, qui s'occupait le mieux d'elle. Comme il l'avait promis près du lac, il n'avait plus essayé de la prendre par surprise en l'embrassant. Néanmoins, il ne loupait jamais une occasion de la complimenter sur ses notes, sa tenue ou sa coiffure, ce qu'elle trouvait aussi embarrassant qu'appréciable. Les semaines s'enchainant, elle avait fini par comprendre qu'il s'intéressait réellement à elle et s'était confiée, tout d'abord hésitante, à lui. La jeune Serdaigle lui avait beaucoup parlé de sa famille, de son père qui lui mettait la pression, de sa mère qui vivait dans un monde à part et de Gemma qui parfois lui manquait tout en sentant au fond d'elle que la situation était irrévocable.

A sa plus grande surprise, le moulin à paroles avait su l'écouter et lui avait même prodigué quelques bons conseils qu'elle s'appliquait à tenir : comme de ne pas informer tout de suite son père des doutes concernant sa future carrière.

Néanmoins, certains côtés de sa personnalité la gênaient beaucoup. Par exemple, il lui semblait que jamais Wil ne prendrait quelque chose au sérieux - il suffisait de voir la motivation qu'il avait concernant les ASPICS, pourtant très importants - et sa manie de presque toujours tout tourner en dérision. Et en plus, il voulait se contenter d'un stage chez un marchand de farces et attrapes à la fin de sa scolarité. Projet validé par Londubat qui plus est, ce dernier devant déjà être ravi que Wil ait trouvé quelque chose vu ses notes.

- Bon, d'accord, accepta-t-elle finalement en repoussant la tartine beurrée qu'elle avait à peine grignoté.

Néanmoins, certaines fois, la jeune fille se disait qu'elle était beaucoup trop coincée.

Apparemment ravi, le jeune homme se dépêcha de lancer un sortilège réchauffant à sa cape tandis que Nella faisait de même, n'ayant pas très envie de remonter sept étages pour aller chercher son manteau. Il avait fait beau ces dernières semaines mais les matinées étaient encore fraiches et il avait même neigé deux jours plus tôt. La poudreuse blanche tenait encore sur les allées du parc.

En passant dans le hall, ils croisèrent Rose Weasley qui était en train de hurler, au beau milieu d'un groupe d'étudiants. En face d'elle, Dexter Holtz, un Gryffondor de cinquième année vraiment très bizarre.

- UNE FOIS ÇA NE T'A PAS SUFFIS ?

Ils passèrent devant Albus Potter et Scorpius Malefoy pleurant de rire. Il n'était pas difficile de deviner qu'Holtz avait encore dû tenter de l'embrasser contre son grès, comme il l'avait déjà fait avec certaines filles de Poudlard.

- J'AI UN PETIT-AMI JE TE SIGNALE !

Scorpius Malefoy eut l'air beaucoup moins ravi et les deux septièmes années se dépêchèrent de sortir en voyant Londubat arriver en courant, de peur d'être retenus dans le hall eux-aussi, même s'ils n'étaient pour rien dans l'altercation.

- Ce type n'a aucune gêne, commenta Nella en réajustant sa cape, le souffle coupé par le vent froid.

- Holtz ?

- Oui.

- Si Rose lui plait, pourquoi ne tenterait-il pas de l'embrasser ? Au contraire, je trouve ça très courageux.

Nella lui lança un regard étrange qu'il soutint sans peine avant de baisser les yeux, faisant le parallèle entre les deux situations. Ils marchèrent silencieusement au hasard pendant quelques secondes avant qu'elle ne reprenne, enhardie par une bouffée de courage sorti d'elle ne savait où :

- Embrasser une fille qui n'est pas consentante, c'est comme un viol.

- Tu ne vas pas un peu loin, là ?

- Rose le lui a signifié la dernière fois.

- Dis plutôt qu'elle l'a défiguré, ricana-t-il au souvenir de l'œil au beurre noir et la joue rougie qu'avait abordé le Gryffondor pendant quelques jours.

Sans qu'elle ne s'en rende compte, Nella se mit à sourire et, bientôt, elle riait aux éclats au souvenir de la colère de la jeune fille. Lorsqu'ils s'arrêtèrent, la tension était totalement retombée.

Ils étaient près du lac, là où la Serdaigle avait pleuré dans ses bras au début de l'année et Wil s'appliqua à dégager la neige près du grand saule pour qu'ils puissent s'asseoir sans se mouiller les fesses. Une fois fait, il se laissa tomber sur le sol et il invita la jeune fille à en faire de même. Elle ne se fit pas prier même si elle mit un peu plus de douceur dans son geste.

Nella ne tarda pas à se sentir mal à l'aise, sentant la chaleur du corps du Gryffondor et son épaule qui venait parfois, accidentellement la frôler.

Quant à Wil Jordan ?

Il était sérieusement en train de se demander combien de temps encore il pourrait suivre les conseils de Dewi. Une heure ? Dix minutes ? Trente secondes ?

Assis aussi près de Nella, s'il osait, il pourrait passer son bras autour de son épaule. Il ne se serait pas gêné s'il n'avait pas eu aussi peur qu'elle le repousse. Avec une autre, il l'aurait fait, malgré la gêne évidente qui régnait.

Les autres filles qu'il avait connu n'étaient pas aussi sauvages que Nella. Au contraire, jamais aucune d'elle n'avait répugné à faire le premier pas et glisser sa main sous le chemisier d'une fille ne lui avait posé aucun problème de conscience. La Serdaigle, elle, c'était différent. Avec sa classe aristocratique, son air de poupée fragile et sa tête bien pleine, jamais elle n'aurait accepté qu'il aille aussi loin. Malheureusement - car c'était loin d'être son point fort -, il était bien conscient qu'il ne l'aurait que par la discussion.

Un sourire narquois s'afficha sur son visage.

Discussion peut-être mais ça ne voulait pas dire que Dewi avait totalement raison. Il avait peut-être trouvé un juste milieu entre ce dont il avait envie et ce qu'il fallait faire.

- Alors comme ça tu penses qu'on ne peut pas embrasser une fille sans lui demander son consentement avant ? osa-t-il, espérant provoquer une réaction chez elle.

Et il ne fut pas déçu car il la sentit se raidir à ses côtés sans pour autant qu'elle ne se lève pour partir en courant.

- Oui, je pense ça.

- Et ce, même si ses intentions ne sont pas mauvaises ?

- Je …, hésita-t-elle nettement.

- A la limite, il faudrait carrément demander une fille en mariage avant de se jeter sur elle ?

- Non, mais il y a une certaine décence à avoir.

Nella avait l'air totalement paniquée à présent et il s'en voulut un instant de la pousser autant dans ses retranchements, elle qui était si timide et pudique. Il était déjà surpris qu'elle n'ait pas coupé court à la discussion et embrayé sur un sujet plus familier et sans nul doute plus sérieux.

Toutes ses bonnes résolutions disparurent devant cette petite victoire.

- Ah bon ? Et quel est le juste milieu pour toi ?

- Et bien … je … il faut que … Wil !

- Quoi ? demanda-t-il innocemment.

- Je n'ai pas envie de parler de ça.

- On est pas obligé de parler.

Ce fut sans nul doute le mot de trop car elle se leva brusquement et il faillit perdre totalement le contrôle de la situation. Néanmoins ses réflexes étaient très bons car, deux secondes plus tard, il la retenait fermement par le poignet, l'empêchant de s'enfuir.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'exclama-t-elle en rosissant de plus belle.

Par Merlin et les Fondateurs, cette fille ne se rendait même pas compte qu'il avait encore moins envie de la lâcher lorsqu'elle faisait cette moue boudeuse, innocemment sensuelle.

- Je ne te demande pas en mariage, rassure-toi, plaisanta-t-il.

La jeune Serdaigle lui lança un regard courroucé, en oubliant même de tirer sur son poignet pour tenter de se soustraire à son étreinte. Amusé, il se rendit compte que si elle avait vraiment voulu fuir, elle l'aurait fait. Elle n'avait qu'à hurler pour rameuter les quelques élèves présents non loin d'eux qui assistaient à la scène sans en saisir la portée et elle serait libre en un instant.

Parce qu'il était de plus en plus convaincu que seuls le manque de confiance et la pudeur naturelle de Nella l'empêchaient de se laisser totalement aller.

Il l'avait remarqué avant que Dewi ne le lui dise mais Nella avait toujours tendance - inconsciemment peut-être - à se tourner vers lui en premier lorsqu'elle posait une question et s'asseyait naturellement à ses côtés en cours. Elle était celui avec qui elle parlait le plus et semblait moins sur ses gardes.

Était-ce juste un stupide semblant d'amitié qui s'installait entre eux ? Pas de sa part en tout cas et, de toute façon, il ne l'aurait pas accepté sur le long terme. Et la patience n'était pas son fort, de ce côté-là, il était sorti du même moule que James.

- Écoute …

- Je ne veux rien entendre ! Laisse-moi partir.

- Nel, soupira-t-il. Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?

- Chez toi ?

La jeune Flint avait haussé la voix et levé la tête, l'air réellement surprise.

- Ben oui. J'ai respecté ma promesse, je t'ai laissée tranquille, tu as eu du temps pour réfléchir. Je pensais que tu comprendrais que je reviendrais à la charge un jour et que tu t'y préparerais. Enfin, je commence à te connaitre Nella et la fuite est beaucoup plus confortable pour toi. Tu as peur de quoi ? De me dire non ? Je ne suis pas un monstre, je comprendrais même si je suis carrément génial et que tu serais stupide … désolé, se reprit-il en rencontrant son regard qui s'était fermé face à sa pitoyable tentative de plaisanter. Nel, tu me plais.

- Mais pourquoi ?

Pourquoi ? Elle n'était pas sérieuse quand même ? Il connaissait l'estime qu'elle avait d'elle et qui n'était pas bien élevée mais à ce point, ce n'était pas possible ! Quels hommes avaient croisé la vie de cette jeune fille pour qu'elle se rabaisse à ce point ?

Sans lui laisser le moyen de répliquer, il la rapprocha de lui, sentant avec un plaisir non dissimulé son ventre plat venir se coller contre sa taille. Doucement, sa main qui ne la retenait pas vint se glisser sous le menton de Nella, le relevant juste assez pour qu'il se plonge dans ses yeux bleus si particuliers selon lui.

- Parce-que … parce-que tu fronces toujours les sourcils de cette façon quand tu penses qu'on se fiche de toi, sourit-il sans pouvoir s'en empêcher. T'es belle Nel, un peu trop intelligente pour mon bien, je me sens toujours un peu débile avec toi, et marrante aussi, quand t'es détendue. Parce-que tu es la fille la plus adorable et fragile en même temps que je connaisse et … je pourrais continuer pendant des heures mais, par pitié, ne m'y oblige pas. Je ne suis pas doué avec les mots et tu me prendrais pour un fou si je te disais que je connais par cœur le moindre de tes tics maintenant. Tu sais quoi ? Je vais me pencher …

Montrant qu'il était sérieux, le jeune homme baissa un peu plus la tête, peinant à rester calme en sentant le souffle chaud qui sortait de sa bouche. Il ferma les yeux une demi-seconde et reprit :

- Tu as le droit de me repousser, je ne te forcerai jamais à quoi que ce soit. Si tu le fais, ça ne changera rien entre nous, d'accord ?

Comme Nella ne disait rien, il tenta d'endiguer les derniers centimètres entre eux. A sa plus grand surprise, alors qu'il croyait la partie gagnée, elle plaça sa main sur son torse, l'empêchant de poser ses lèvres sur les siennes.

- Attends ! s'exclama-t-elle. Et si ça ne marche pas et si on ne se supporte pas ? Et si tu changes d'avis dans une semaine ou même demain ? On ne pourra plus se parler et je ne pourrai plus rester avec Dewi ou Potter ? Je … on se détestera et tout sera fichu, ce serait idiot et … je ne veux pas de ça, je ne veux pas que tu me détestes ou te détester. Il faut être lucide Wil, on n'a absolument rien en commun. Tu es si … et moi je … tu vois ce que je veux dire ? Ça ne peut absolument pas marcher entre nous, c'est perdu d'avance ! On est beaucoup trop …

- Oh, tais-toi !

Et, sans hésitation, il colla sa bouche contre les lèvres douces et chaudes de la jeune fille, se permettant même de glisser sa main dans son dos pour rendre le contact entre leurs deux corps encore plus fort. Au début, il la sentit réticente et il se demanda même si elle n'allait pas l'envoyer bouler.

Mais ce ne fut pas le cas.

oOoOoOoOoOo

- C'est pas l'un de tes deux potes débiles ça ?

Dewi Carlson lança un regard de reproche à Heather Moorehead qui haussa les épaules en désignant quelque chose derrière elle. Ah oui, quand même. Elle ne pouvait même pas défendre Wil, là. Même si sa petite-amie était particulièrement de mauvaise humeur car Assem lui avait ajouté une double retenue à l'issue de son entretien d'orientation - la jeune fille n'avait cessé de lui poser des questions sur les agressions, éludant tout rapport à son avenir -, elle n'exagérait pas, pour une fois.

Les deux jeunes filles se trouvaient sur un banc en pierre menaçant de s'écrouler, sur une allée parallèle au château. Là, il n'y avait jamais personne, surtout pas un samedi et avec un temps pareil. Et puis, même si quelqu'un était passé par là, Dewi et Heather - surtout la première en fait - faisaient bien attention à se tenir à distance respectable. On s'étonnerait peut-être de les voir converser mais jamais on ne songerait à une relation amoureuse entre elles. Cela convenait à la Gryffondor et la Serpentard l'acceptait avec plus ou moins de piques sarcastiques.

Pour en revenir à son ami Wil, le jeune Gryffondor venait successivement de se prendre les pieds dans une motte de terre, puis un obstacle invisible et, pour terminer, le muret haut d'une cinquantaine de centimètre qui permettait d'accéder au petit chemin de cailloux.

Étonnement, pas perturbé pour un sou, il continua son chemin en enjambant le muret et se dirigea tout naturellement vers les deux jeunes filles. Ce ne fut que lorsqu'il fut à quelques mètres d'elles que Dewi repéra l'étrangeté de son visage. Pour un peu, elle aurait dit qu'il avait vu un fantôme s'il n'y avait pas eu ce sourire un peu idiot affiché dessus.

- Carrément débile, affirma Heather sans prendre la peine de baisser la voix.

- Hé ! N'insulte pas mes amis !

- Ben voyons, c'est pas ma faute si tu fréquentes des autistes.

- Heather !

- Je vais rentrer. Ça sent la bouse de vache par ici.

La jeune fille adressa une mimique entendue à sa petite-amie et se leva d'un bond pour retourner au château. Ce faisant, elle croisa Wil et ne put s'empêcher de tendre son pied. Le garçon ne manqua pas de trébucher et faillit finir face contre sol. Courageuse mais pas téméraire, la Serpentard disparut en quelques enjambées, protégeant ainsi ses arrières.

- Charmante, murmura Wil, l'air blasé pendant quelques dixièmes de secondes.

Mais son visage reprit cet air joyeux, vraiment inquiétant. Dewi hésitait entre ça et une crise de folie. Heather n'avait peut-être pas tort, après tout, il ne paraissait pas dans son état normal.

Inquiète, elle attrapa la main de son ami lorsqu'il se laissa tomber à ses côtés, le regardant bizarrement.

- Tu as un problème ?

- Non, soupira-t-il en souriant. Aucun problème. Ah si, tu es nulle pour séduire les filles !

- Comment ça ? demanda-t-elle tout en s'interrogeant sur le sens de la conversation.

- Tu te souviens quand tu m'as dis d'attendre que Nella fasse le premier pas ?

- Qu'est-ce que tu as fais ? soupira-t-elle, soudainement lasse.

- Tout le contraire !

Avec un sourire radieux, Wil se dégagea de son étreinte et lui tapota doucement la joue.

- Mon pauvre, soupira Dewi en se méprenant, elle t'a lancé un sortilège ? C'est pour ça que tu as l'air si bizarre ?

- Non, elle m'a laissé l'embrasser! Plusieurs fois !

La jeune fille ouvrit légèrement la bouche, décontenancée, avant de saisir le sens de ses paroles.

- Non ? s'exclama-t-elle.

- Si !

- Nooooon ?

Et Dewi Carlson explosa de rire, véritablement ravie pour son ami, avant de l'entrainer dans une danse totalement immature sur le banc.

oOoOoOoOoOoOo

- Mardi, dix-huit heures même endroit, lança Dominique Weasley à ses joueurs avant de s'éclipser, souhaitant véritablement prendre une douche.

Encore une fois, personne ne lui posa de question sur sa répugnance à utiliser les vestiaires du terrain de Quidditch pour se laver et elle salua tout le monde avant de partir.

L'entrainement avait été long et peu glorieux. Ce n'était peut-être qu'une passade mais il semblait à la jeune entraineuse que la défaite des Poufsouffle contre les Gryffondor avait miné tout le monde, même si cela commençait à dater à présent.

Et ce n'était pas son idiot de cousin qui allait changer l'état d'esprit de ses joueurs. Ils avaient beau s'être disputés quelques jours plus tôt, James avait poussé le vice à venir espionner son entrainement. Même s'il avait été très vite repéré par les deux batteurs, la mine défaite qu'il abordait en les voyant n'avait échappé à personne.

En réalité, James espérait sûrement qu'ils arrivent à battre les Serpentard. Là encore, les rouges et or n'étaient pas sûrs de gagner, cela dépendrait du score mais, au moins, ils avaient encore une chance. Et le pire c'est qu'il n'avait pas tort : ils manquaient de niveau pour battre leurs redoutables adversaires.

Carrie, la jeune Attrapeuse, avait beau être douée, elle ne ferait sans doute pas le poids face à Isaac qui avait plus d'expérience en ce domaine. Et leur équipe était tout aussi coordonnée que la leur.

En vérité, ils n'avaient pas beaucoup de chance de gagner la coupe cette année. Mais ça, il était hors de question qu'elle le laisse transparaitre. C'était elle la Capitaine, elle se devait de motiver ses joueurs et non pas deles désespérer un peu plus.

- Weasley ?

- Grhumph ?

Heureusement, Isabel Lowell avait eu le temps de lancer un sortilège d'exéma à son cousin. C'était sa seule consolation ce matin.

Relevant la tête en se rendant compte que c'était à elle qu'on s'adressait - en même temps, il n'y avait guère d'autres Weasley qui trainait dans le parc à cette heure-là -, la jeune fille se rendit compte que Lysenko se trouvait face à elle, l'air heureux. Comment pouvait-on être heureuse alors que l'équipe de Quidditch de sa maison était aussi nulle ? C'était quelque chose qui échappait à la jeune fille.

- Je devais rejoindre Abel, s'exclama la Serdaigle, indifférente aux pensées qui agitaient son interlocutrice. Tu ne l'as pas vu ?

- Apparemment non, grogna-t-elle.

Il doit être en train de bécoter une autre fille, songea-t-elle méchamment. En même temps, Lysenko avait l'air véritablement niaise. Et c'était pour cette fille qu'elle avait été parler à ce type ?

- On devait aller …

- Pitié, je m'en fiche, gémit Dominique qui n'avait pas envie de s'entendre conter les histoires d'amour de la Préfète-en-Chef.

- Charmante, railla cette dernière en haussant un sourcil.

- Tu t'es vue ? Tu es à la botte de ce type alors qu'il te mène visiblement en bateau. Pire encore, tu es la seule à ne pas l'avoir compris !

Le regard de Lysenko se fit plus sombre et Dominique remarqua à ce moment-là qu'elle avait pris soin de tirer ses cheveux en arrière, comme le jour de Noël et s'était même maquillée. Elle portait un jean moldu sans trou pour une fois et son pull n'était ni large ni délavé. C'était un changement minime certes, mais il était certain qu'elle s'était préparée avec attention pour son petit-ami.

- … et tu finiras vieille fille, conclut Lysenko en refermant la bouche après ce qui semblait être une longue tirade.

Dominique n'avait rien entendu d'autre mais elle n'était pas certaine de le regretter.

- Stop, lança-t-elle.

C'est vrai quoi, elle commençait à avoir pitié de la jeune fille et ce n'était pas bon, pas bon du tout.

- Je n'ai pas vu Johnson mais il devrait arriver. Il y a peut-être du monde dans les couloirs, sourit-elle faussement.

Un samedi matin ? Tu parles. Lysenko parut tout aussi septique qu'elle d'ailleurs.

- Sinon … je n'ai pas eu de crises depuis longtemps.

Terrain moins dangereux. Et puis c'était sortit out seul, même si l'information n'était pas capitale. Bon, ce n'était pas réellement vrai, mais c'était mieux que de se disputer pour rien. Si elle n'avait pas été à l'infirmerie depuis des lustres, son souffle était mauvais et elle avait du mal à respirer. Vivement la fin de l'hiver !

- Et la dernière fois dans les cachots ? s'enquit Lysenko, acceptant visiblement de mettre un terme à leur dispute.

Ah oui, c'est vrai que Lysenko lui avait sauvé la mise quand James avait tenté de l'assassiner. Dominique plissa les sourcils, réfléchissant à toute vitesse.

- N'importe qui serait mort d'asphyxie dans ces conditions.

- Pas faux.

- Même vrai, ajouta inutilement la Poufsouffle.

Un silence pesant s'installa quelques secondes.

- Bon bah, à bientôt, lança-t-elle négligemment. Je dois me laver.

- Ah, c'était ça cette odeur ?

- Nul. Même pour une Serdaigle comme toi.

Néanmoins, la jeune fille ne put s'empêcher de sourire lorsqu'elle dépassa Lysenko, montant enfin les marches de l'entrée devant lesquelles elle avait croisé la Préfète-en-Chef.

oOoOoOoOoOoOo

- Grhumph.

- Tu es sûr que tu ne veux pas aller à l'infirmerie ?

- Grhumph, répéta James Potter en résistant à l'envie frénétique de glisser une main dans son pantalon pour se gratter le derrière.

Le jeune homme fusilla du regard Dewi Carlson qui se retenait visiblement d'éclater de rire. Finalement, consciente qu'il n'en faudrait pas beaucoup plus pour vexer totalement le garçon, elle se replongea dans son roman, écartant ses longs cheveux châtains qui s'étaient glissés devant ses yeux.

- En même temps, tu aurais dû te douter que les Poufsouffle n'allaient pas te raccompagner à la porte sans rien dire, lui reprocha Wil, plus courageux, un grand sourire aux lèvres.

- Et un sortilège d'exéma, c'est assez gentil, affirma Dewi en relevant la tête lorsqu'elle comprit qu'elle ne serait pas la seule à se dresser contre lui.

- Gentil ? s'exclama finalement James. C'est … comme si je m'étais assis sur une fourmilière ! J'ai l'impression qu'il y a une guerre dans mon caleçon.

N'en pouvant plus, ses deux amis explosèrent de rire. Face au regard réprobateur de James, qui paraissait si snob et hautain à cet instant, leur frénésie redoublaet Dewi glissa du canapé confortable de la salle commune des Gryffondor, tenant sa tête tremblante entre ses mains. Wil, moins gêné, se laissa carrément tomber sur le sol, les mains sur le ventre, se tordant de rire sans se cacher.

- Tu les connais ?

- Non.

- C'est pas ton frère là-bas ?

- J'ai qu'un frère et il est à Serpentard.

Lily Potter, assise près de la cheminée, redressa fièrement la tête lorsqu'elle passa près de James et ses amis pour monter dans son dortoir, lui signifiant ainsi qu'ils lui faisaient honte. Ce dernier suivit sa petite sœur du regard et se tourna vers Wil et Dewi - qui avaient à présent de larges sillons de larmes sur les joues - et leur reprocha :

- Vous n'avez pas honte de faire fuir ma sœur ?

- Si.

- On est très honteux, ajouta Wil en tentant de prendre une mine repentante.

Malheureusement, il croisa le regard de la jeune fille et tous deux repartirent de plus belle. Malgré lui, un sourire commençait à se nicher sur le visage de James - peu rancunier - et ce, même s'il avait les fesses qui le démangeait fortement.

C'était tellement bon de rire avec ses amis, surtout en ce moment où il avait l'impression que ces derniers lui échappaient peu à peu. Entre Dewi qui trainait de plus en plus avec Moorehead et sur qui de drôles de rumeurs circulaient - néanmoins, il n'avait pas informé sa meilleure amie de cela, ne voulant pas la blesser et Wil qui avait finalement réussi à séduire sa princesse, lui-même ne savait pas trop où il en était au milieu de toutes ces histoires de cœur.

Et il avait beau pouvoir se trouver une petite-amie rien qu'en claquant des doigts, il n'en avait pas envie. Les filles avec qui il étaitsorti - principalement en quatrième et cinquième année- étaient soit intéressées par son nom, soit par sa popularité. Et lorsque ce n'était pas le cas, il les trouvait stupides, laides ou maniérées. Ou prises.

Et, maintenant, il allait devoir gérer l'absence de Wil en plus.

- Oh mon Jamie chéri d'amour, gémit Dewi en entourant ses jambes de ses bras, posant sa tête sur ses genoux. Qu'est-ce qu'on t'aime. Il n'y a que toi pour nous faire rire comme ça.

-Ça fait mal ! lui reprocha faussement ledit Jamie d'amour, sa mauvaise humeur presque totalement envolée.

- On peut voir ? s'enquit Wil en se redressant.

- Si tu veux, approuva-t-il. Et quand je dirai à Flint que tu m'as malaxé les fesses, elle ne voudra sûrement plus de toi.

Le garçon lui tira la langue avec immaturité avant de remonter sur le canapé, passant ses longues jambes au dessus de la tête de Dewi qui fit mine de lui mordre les mollets.

- C'est toi qui rigolera moins quand tu seras obligé de fréquenter Lysenko, rétorqua-t-il.

- Quoi mais je croyais que …

Wil lui fit un grand sourire narquois, signe qu'il se fichait ouvertement de lui. Bien sûr que les deux Serdaigle étaient toujours en froid, et heureusement pour James d'ailleurs qui, à l'idée de supporter Lysenko, avait des sueurs froides.

oOoOoOoOoOoOo

Dans un couloir du septième étage, vingt-trois heures.

- Qu'est-ce que tu fous-là ?

- Et toi ?

- Je suis Préfète-en-Chef, je fais ma ronde.

- Seule ?

- Quelqu'un a lancé un sortilège d'exéma sur Potter. Tu penseras à le remercier de ma part, il se tord de douleur à l'infirmerie parce qu'il a attendu toute la journée pour se faire soigner. Mais ne change pas de sujet. Le couvre-feu est dépassé depuis belle lurette.

- Euh … je … et bien … moi aussi je suis Préfète et je fais une ronde ?

Gemma Lysenko lança un regard circonspect à Dominique Weasley qu'elle éclairait de sa baguette depuis près d'une minute, après avoir failli mourir de peur en la découvrant au détour d'un couloir. La jeune fille, les cheveux encore plus ébouriffés que d'habitude, avait les joues rouges et tentait de paraitre penaude sans que cela ne prenne.

- Et la vérité ? Avant que je ne te colle trois heures de retenue ?

- Quoi ? Mais t'as pas le droit de faire ça !

- Tu veux vérifier ?

Dominique Weasley poussa un soupir irrité, se décalant un peu sur le côté pour s'appuyer contre le mur du couloir à peine éclairé par la baguette de la Serdaigle.

Une demi-heure plus tôt

- ESPÈCE DE TROLL ! VERACRASSE BOUILLI ! PÉTASSE ! OÙ EST-CE QUE TU L'AS MIS ?

Étonnée par les mots très durs qu'elle entendait s'échapper de la porte de son dortoir, la jeune fille interrogea Isabel Lowell du regard tandis que celle-ci haussait les épaules, signifiant ainsi son incompréhension à elle aussi. Les deux jeunes filles précédaient Joana Mayer qui, elle, ne s'embarrassa pas d'autant de considérations et se faufila entre elles deux, ouvrant la porte du dortoir avec fracas.

- Mais qu'est-ce qu'il se passe là …

La jeune fille ne termina pas sa phrase, ce qui acheva de convaincre Dominique et Isabel que quelque chose de grave se tramait à l'intérieur. Les deux blondes se bousculèrent pour rentrer mais une fois dans la chambre, Dominique aurait tout donné pour pouvoir ressortir en courant.

Rouge de colère, bras croisés sous sa poitrine, Molly faisait face à Camille Teyssier qui pleurait silencieusement sans que cela ne paraisse attendrir sa cousine qui reprit de plus belle :

- JE SAIS TRÈS BIEN QUE JE L'AVAIS POSÉ LÀ ! IL N'A PAS PU DISPARAITRE COMME ÇA !

Camille sembla se ratatiner un peu plus sur elle-même et Dominique se décida à intervenir :

- Molly ! s'exclama-t-elle, pourquoi est-ce que tu hurles sur Camille comme ça ?

- Parce que tu prends sa défense en plus ? J'aurais m'en douter, de toute façon, tu es de son côté depuis le début !

Et voilà. Jamais Molly ne le lui avait encore reproché mais elle avait bien deviné que cela la gênait qu'elle reparle à Camille, sans pour autant l'avoir formulé à voix haute. La jeune Poufsouffle ne sut quoi répondre. Dans un sens, elle comprenait sa cousine.

- Qu'est-ce qui a disparu ? s'enquit Isabel, d'apparence assez calme.

- Mon devoir de Sortilèges ! Elle me l'a pris pour le recopier !

- Je n'ai rien …, commença Camille.

- Oh ne nie pas ! De toute façon tu as l'habitude de prendre ce qui m'appartient maintenant, n'est-ce pas ?

Décontenancée, Dominique put ainsi voir l'étendue de la terrible vérité : Molly, malgré toute l'ardeur qu'elle mettait à le faire croire, n'avait pas du tout oublié Arthur. Et, apparemment, elle tenait à faire savoir à Camille que sa trahison restait ancrée dans sa mémoire à tout jamais.

Elles ne pourraient jamais redevenir amies. Cela n'allait pas passer. Jamais.

Les Poufsouffle ne pourraient plus vivre sereinement ensemble sans craindre une saute d'humeur de la rouquine. Chaque cours, chaque repas, chaque soirée passée dans le château le serait avec une pointe d'appréhension.

Tout ce qu'elle avait connu et la rassurait quand elle n'avait pas le moral à cause de l'une de ses stupides crises volait en éclat. Cela ne datait pas d'hier mais c'était la première fois qu'elle le constatait d'aussi près. Dominique n'aimait pas les changements.

Avec hargne, elle fit demi-tour, bouscula sans faire exprès une Joana Mayer éberluéeet claqua avec fracas la porte du dortoir. Et courut sans réfléchir.

- Eh bien, quelle ambiance, constata Lysenko en s'adoucissant un peu.

- Le pire, c'est que Camille n'a sûrement pas pris ce stupide devoir. Elle est bien meilleure que Molly en Sortilèges.

Lentement, comme si elle était parfaitement au courant de la situation, la Serdaigle hocha la tête. A la plus grande joie de Dominique qui commençait à avoir des tâches noires devant les yeux, elle baissa un peu sa baguette, éclairant à présent les dalles du couloir. La Poufsouffle serra les dents, attendant de savoir ce qu'elle comptait faire d'elle à présent.

La trainer dare-dare chez McGonagall ?

Pire, Scott ?

Dix fois pire, Assem ?

- Tu sais quoi ? Moi-même, je ne suis pas sensée être dans les couloirs. Comme Potter est à l'infirmerie et qu'on a pas le droit de patrouiller seul, je devrais être dans mon dortoir.

- Pourquoi t'es là alors ? s'enquit Dominique, fronçant les sourcils.

L'air las, Lysenko passa une main dans ses cheveux qui, contrairement au moment où elle l'avait croisée dans la matinée, étaient lâchés,sa frange épaisse lui arrondissant un peu plus le visage. Elle frissonna et resserra un peu la veste grise qu'elle portait en dessous de sa cape avant de désigner le bout du couloir.

- On a qu'à marcher un peu, non ?

- Vers là bas ? Ça fait un peu flipper non ?

Si Dominique n'avait pas insisté, c'est parce qu'elle pressentait un nouveau couplet sur Abel Johnson et n'avait ni l'envie de se disputer avec Lysenko ni le courage de jouer les hypocrites face à son grand amour.

Face à elle, un immense couloir sombre qu'elle n'avait jamais emprunté. En même temps, elle ne venait jamais dans ce coin du château, surtout depuis qu'elle avait abandonné la Divination, dont les cours ne se déroulaient pas très loin si elle avait bonne mémoire. En s'enfuyant de son dortoir, elle avait monté les étages et traversé les couloirs sans faire attention ou croiser personne.

Et Dominique se méfiait des coins du château où il y avait peu de passage depuis une sale mésaventure en quatrième année. Camille et elle avaient découvert un passage secret derrière une tenture et s'étaient précipitées à l'intérieur sans réfléchir. Plus loin, le sol était fin, trop fin pour supporter leur poids. Elles étaient tombées dans un trou de la taille d'un placard, rempli d'araignées et de rats et avaient bien failli mourir de peur. Elles avaient passé douze heures à l'intérieur avant que James Potter ne les retrouve par un miracle bienvenu. Bien entendu, il avait été obligé d'aller chercher de l'aide pour les sortir de là et les deux Poufsouffle avaient écopé de plusieurs retenues en compagnie d'Assem. La rumeur de leur déchéance - en même temps, Camille n'avait cessé d'hurler qu'une fois dans le bureau de la Directrice des Serpentard - s'était propagée en un rien de temps. Cela avait beaucoup fait rire Thomas Ayling qui était son binôme de potions à l'époque et avait passé la moitié de l'année à faire apparaitre des rats sous son nez juste pour le plaisir de la voir se figer de peur.

Sans parler du taré qui rodait peut-être dans les couloirs en ce moment. A choisir, Dominique préférait encore les trous de la taille d'un placard à balai et les rats.

Alors non, cela ne lui paraissait pas être une bonne idée.

- Okay, répondit-elle néanmoins, heureuse d'avoir échappé à une punition.

Pendant une bonne minute, elles marchèrent silencieusement, arrivant par miracle à ne pas se disputer ou se lancer des regards furieux.

En même temps, personne - pas même Dominique et Gemma - ne pouvait encore ignorer l'entente cordiale entre elles et la vérité était qu'elles s'entendaient bien. Ou presque. Bon, d'accord, elles n'étaient d'accord sur rien mais, au moins, elles parvenaient à avoir une conversation pendant plusieurs minutes sans que la situation ne dérape.

Elles passèrent devant plusieurs portes de salles de cours. Gemma, elle, marchait d'un pas assuré, paraissant connaitre le chemin ce qui la rassura un peu.

- Ma mère me manque, murmura brusquement cette dernière sans cesser de marcher.

Fort heureusement pour Dominique, la Serdaigle marchait un peu en avant ce qui l'empêcha de voir l'air horrifié de cette dernière. Plus que tout, elle détestait ce genre de conversation sérieuse. C'était une chose de se plaindre du comportement de Camille et Molly, s'en était une autre que de recevoir des confidences de la sorte. Sa cousine, justement, aurait su trouver les mots, réconforter Lysenko pour un instant, se sortir de cette bouse de dragon où elle l'avait fichue justement.

Puis, elle se rendit soudainement compte que ce n'était pas elle l'important. En vérité, peut-être que Lysenko ne tenait pas à ce qu'elle la réconforte. Elle savait pertinemment qu'elle était nulle pour ça.

- Elle était comment ta mère ?

Peut-être qu'elle avait juste besoin de parler.

- Elle était …, hésita la Préfète-en-Chef en lui lançant un bref coup d'œil par-dessus son épaule. Très belle. Tout le monde se tournait toujours vers elle dans la rue. Pas le genre de beauté que tu mets devant un objectif. Je crois que c'était plus une question de charisme. Ma mère travaillait au Ministère, au Bureau de l'Immigration Magique. Mais elle avait beaucoup de passions. Elle faisait de la danse et du théâtre. Et, pendant son temps libre, elle travaillait un peu avec une de ses amies qui dirigeait une association pour aider des personnes à remonter la pente après qu'il leur soit arrivé un malheur. Des alcooliques, des petites frappes … Des gamines qui avaient perdu leur mère.

Elle avait un ton un peu acide, presque ironique en prononçantces derniers mots. Dominique hésita à lui dire que sa mère avait l'air beaucoup plus cool que la sienne mais, heureusement, Lysenko ne paraissait pas attendre de commentaire de sa part.

- Elle était gentille et attentive. Et quand elle était encore là, mon père ne passait pas son temps à me fuir, jamais il nous aurait laissées seules un soir de … C'est quoi cette odeur ?

Dominique mit quelques secondes à comprendre que la Serdaigle avait changé de sujet. Elle s'était arrêtée net, humant l'air avec application. L'odeur nauséabonde ne tarda pas à lui venir au nez elle aussi.

Elles étaient dans un couloir excentré et ne voyaient pas grand-chose avec la faible lumière du Lumos qui sortait de la baguette de Lysenko. Autour d'elles, il n'y avait rien, juste un mur vide de chaque côté. Mais elles sentaient, et ce qui arrivait aux narines de la Poufsouffle lui donna un haut le cœur.

Plaçant sa main devant son nez, elle aspira une bouffée d'air frais, ravie de ne plus respirer cet air pollué.

- Sûrement un groupe de première année qui aura posé des Bombabouses, supposa Gemma en baissant d'un ton.

Elle avança de plusieurs pas, prenant soin de ne pas se faire entendre, croyant sans doute prendre les coupables sur le fait. Dominique la suivit avec mauvaise volonté, convaincue que cette odeur n'avait rien à voir avec des Bombabouses. Elle avait développé son odorat avec les années grâce à son intérêt pour les potions et n'arrivait pas à déterminer ce qui lui faisait horreur dans ce qu'elles sentaient dans le couloir. Mais ce n'était pas une boule puante.

La baguette éclaira une rangée d'armures sur leur droite et deux portes sur la gauche, situées à quelques mètres l'une de l'autre. Lysenko s'approcha de la première et l'ouvrit vivement, découvrant … rien. C'était juste un placard à balai, qui contenait quelques balais et une serpillère qui ne dégageaient pas la moindre odeur.

Lysenko referma doucement la porte et, sans un regard pour Dominique, s'avança vers la deuxième. Cette dernière accéléra le pas pour suivre le halo lumineux, elle n'avait aucune envie de rester seule dans le noir. Avec un regard satisfait - l'odeur était beaucoup plus forte devant la deuxième porte - elle avança sa main vers la poignée.

Un éclair lumineux vert passa en dessous de la porte, leur frôlant les chevilles. S'obligeant à ne pas hurler, Dominique tira la jeune fille en arrière, consciente du danger.

- On se casse, chuchota-t-elle après l'avoir entrainée derrière une armure.

- Et on laisse ces gamins saccager le couloir ? Même pas en rêve, s'exclama Gemma, outrée.

- Lysenko ! Pour ta gouverne, ça ne sent pas la Bombabouse.

Cette dernière leva sa baguette vers la tête de Dominique pour vérifier qu'elle ne se fichait pas d'elle et, l'aveuglant à moitié, la détailla étrangement.

- Et ça sent quoi alors ?

- J'suis pas sûre, mentit la jeune fille.

A moitié. Elle avait reconnu une odeur, plus forte parmi les autres, ce qui achevait de la convaincre de ne pas trainer plus longtemps ici.

Pour achever de convaincre Gemma de sa bonne foi, des éclats de voix se firent entendre de l'autre côté, donnant immédiatement des sueurs froides aux deux jeunes filles. D'une, elles étaient bien trop graves pour appartenir à des gamins de première année et, en plus, ce n'était pas de l'anglais.

Les voix s'accentuèrent et, si elles n'en comprirent pas un traitre mot, se rendirent compte que les personnes - au moins deux - derrière la porte avaient l'air de se disputer.

Les deux jeunes filles se fixèrent quelques secondes dans les yeux. Et s'enfuirent en courant.