Merci à La Plume de Sucre, ChevalHistoire, UranusMarie, Shiriliz, dobbymcl, m13a, Pepoune (Rien qu'une review me fait déjà super plaisir, ne te sens pas obligée de tout commenter hein (bon, si tu le fais, je te cracherai pas dessus, rassure-toi). En tout cas, ravie de voir que le suspens fait effet ! Dix ans ? T'es gentille ! Va falloir toute une vie avant qu'elles n'admettent qu'elles s'entendent alors qu'elles sont amies ... ahaha ! Merci pour ta review !), Isabelle Pearl, SmilingSparrow, Elia (Hello ! Et oui, Dom & Gemma se rapprochent sans s'en rendre compte ... la preuve que cette fic avance quand même un peu ! Tu as raison aussi sur James, il évolue (un peu) mais il a encore du chemin à faire ! Merci pour ta review et à bientôt :) ), JolieRosedu68, Barbiemustdie et FandeFiction (Aaah, la dispute arrive ! Promis ! A toi de juger pour le prochain et merci pour ta review, à bientôt !)


[...] dans les banlieus d'Hanoï, de Sfax ou de Munich
6 milliards de lépreux qui cherchent leur pitance
dans les rues de l'amour en suivant la cadence
mais toi tu cherches ailleurs les spasmes élémentaires
qui traduisent nos pensées comme on traduit Homère

Fièvre resurrectionnelle - HF Thiéfaine


Aujourd'hui, samedi 06 mars, les Serdaigle affrontaient les Gryffondor pour la compétition des quatre maisons au Quidditch. Les premiers n'avaient aucune chance de l'emporter et, de ce fait, la plupart des piafs s'étaient désintéressés de la compétition, préférant réviser les examens qui approchaient à grand pas.

Ainsi, on trouvait plus d'écharpes rouges, ou même jaunes ou vertes, que de bleues dans les gradins. Les maisons qui ne jouaient pas rappelaient ainsi qu' elles avaient encore une chance de remporter la coupe elles aussi. Tout dépendrait des deux matchs suivants, opposant Serpentard à Serdaigle et Serpentard à Poufsouffle.

En réalité, si tout se déroulait comme prévu, le seul match qui compterait serait celui qui opposerait Dominique à Isaac, les Serdaigle ayant encore moins de chance de gagner contre Serpentard que contre Gryffondor.

Une foule compacte était donc réunie dans le stade. Abel Johnson, commentateur officiel, avait laissé sa place à Thomas Ayling de Serpentard, pour plus de neutralité. Cette règle avait été érigée en 2005, après un léger accrochage entre le commentateur issu de la maison Gryffondor et un joueur de Serpentard qui s'était senti obligé de lui prouver qu'il ne jouait pas comme une "face de Troll". Depuis, on s'assurait que le présentateur soit toujours neutre.

Ayling avait joué dans l'équipe des Serpentard jusqu'à cette année où, selon ses dires, il avait abandonné son poste de Batteur pour se concentrer sur ses études. Cela ne l'empêchait pas de suivre chaque match avec ferveur et d'encourager sans vergogne son équipe. Tout naturellement, il était farouchement contre les Gryffondor et allait sans doute tenter de glisser quelques piques dans son discours. Néanmoins, aucun professeur ne semblait y avoir songé et aucun élève ne s'en préoccupait. Ils étaient tous sûrs et certains que les Gryffondor allaient gagner, même ceux qui soutenaient les Serdaigle.

Au milieu de tout ça, Dominique, après une nouvelle dispute entre Camille et Molly qui concernait toujours ce devoir de sortilège disparu, s'était retrouvée au milieu de la tribune des Serdaigle et regrettait amèrement son choix depuis de longues minutes.

A sa droite, Lysenko caressait la main d'Abel Johnson - absorbé par le match - tout en lui lançant quelques coups d'œil énamourés que le garçon ne remarquait pas. A sa gauche, un gamin de Serdaigle qui lui avait marché sur le pied, soi-disant sans faire exprès, parlait à voix haute avec sa voisine - une rouquine - sans que cela n'ait aucun rapport avec le match. C'était le première année qui avait fait une pancarte pour Lysenko à son anniversaire : Kalls.

Gryffondor menait 300 à 30 au bout d'une heure et James semblait mettre beaucoup d'ardeur à retarder la fin du match afin de marquer le plus de points possibles. Pourtant, elle avait vu le Vif d'or voleter près de la jambe de son cousin quelques minutes plus tôt et il aurait été très simple pour lui de l'attraper.

- Tu sais quoi ? chuchota brusquement la Serdaigle en se penchant vers elle.

Dominique, qui avait les yeux qui se fermaient lentement, sursauta avant de lui adresser un regard de reproche. Elle ne savait pas ce que la Préfète-en-Chef lui voulait et elle ne tenait pas à le savoir. Cela faisait une heure que Gemma parlait uniquement de la salle du septième étage et elle était certaine que cela avait encore un rapport avec ça.

La Poufsouffle l'ignora délibérément.

- Je suis persuadée que la personne qui était là-bas essayait de faire une potion, chuchota-t-elle pour ne pas se faire entendre de leur voisin.

Dominique ne leva même pas un sourcil. C'était maintenant qu'elle s'en rendait compte alors qu'elle-même l'avait compris dès le début ? Et après, on allait encore dire que les Poufsouffle étaient idiots. Soit elle était l'exception qui confirmait la règle, soit Gemma n'avait pas vraiment sa place chez les érudits.

Une friandise tomba sur son pantalon en toile. Elle la balaya négligemment.

- Et il a dû essayer de la coupler avec un sortilège.

- On n'utilise plus de sortilèges sur les potions, lui rappela Dominique sans pouvoir s'en empêcher.

- Mais ça se faisait avant, objecta Gemma. J'ai lu des livres là-dessus. Un sortilège peut décupler le pouvoir d'une potion ou...

- ... ou lui donner d'autres propriétés. Mais je te dis que ça ne se fait plus. Maintenant, les potions sont aussi efficaces qu'un sortilège sur de nombreux points.

Ce n'était pas parce qu'elle était intéressée qu'elle tentait de réfléchir avec la Préfète-en-chef. Au contraire, maintenant que celle-ci paraissait avoir compris l'essentiel, elle allait très vite faire le rapprochement avec ce que Dominique avait déjà deviné.

C'était d'ailleurs vraiment étrange que ce soit elle, la mauvaise élève en général, qui ait immédiatement assemblé les morceaux du puzzle. Mais elle avait un avantage que Gemma n'avait pas. Elle était douée en Potions, bien plus que la Serdaigle, et savait très bien reconnaitre la plupart des composants de base qu'on utilisait dans cette matière. Et ce qu'elle avait senti n'augurait rien de bon.

Une autre friandise tomba de ses cheveux, roulant sur sa maigre poitrine pour se retrouver sur ses cuisses. Agacée, elle leva la jambe et cette dernière tomba.

Les Gryffondor avaient encore marqué 20 points, ce qui donnait un score de 350 à 40, les Serdaigle ayant réussi à feinter le gardien des rouges et or entre temps. James semblait enfin s'être mis sérieusement à la recherche du vif d'or, semblant avoir vraiment envie d'en finir avec ce match ennuyeux au plus haut point.

- Il me semble avoir lu que c'était seulement utilisé pour des Potions d'une branche particulière...

Et voilà. Contrairement à ce qu'elle laissait entrevoir depuis quelques jours, Lysenko n'était pas idiote. Elle venait de comprendre et allait sans doute s'empresser de partager sa trouvaille avec Dominique, croyant cette dernière trop stupide pour avoir deviné avant elle.

- La magie noire ! s'exclama la Serdaigle, soudainement blême.

Une troisième friandise atterrit sur Dominique qui perdit le peu de patience en elle.

- NON MAIS TU VAS ARRÊTER ? hurla-t-elle à l'intention de Mervin Kalls qui n'avait pas cessé de lancer des Patacitrouilles mâchouillées sur elle de tout le match ESPÈCE DE PETIT …

On ne sut jamais ce qu'était exactement Mervin Kalls car James attrapa la petite balle dorée à ce moment-là, provoquant un tôlé d'applaudissements dans la tribune des Gryffondor rendant les mots de la Poufsouffle incompréhensibles.

Néanmoins, lorsque Dominique lui écrasa volontairement le pied, il poussa un hurlement strident qui n'échappa à personne, pas même) aux joueurs sur le terrain car l'un deux manqua de tomber de son balai à cause de la surprise et ne fut sauvé que grâce au batteur de l'équipe des Serdaigle qui le rattrapa in-extremis.

- Tu pourrais être plus sympa, lui reprocha distraitement Gemma qui n'avait rien compris à ce qu'il s'était passé. Viens.

La Préfète-en-Chef, sans laisser le temps à Dominique de protester, l'attrapa par le bras et la traina vers la sortie où se massaient déjà de nombreux élèves, en oubliant même son petit-ami qui, de toute façon, s'en accommoda très bien et fila rejoindre des amis de sa classe. Cette dernière, comprenant qu'elle n'aurait pas l'avantage, n'oublia néanmoins pas de fusiller le gamin de première année du regard, celui-ci répondant par un geste obscène.

- Ce morveux est démoniaque, marmonna la Poufsouffle.

- Je sais, admit Gemma en lui lançant un regard entendu.

Au final, elle n'avait peut-être pas été si indifférente que ça à la scène qui s'était déroulée à quelques centimètres d'elle.

- Il faut qu'on retourne là-haut, reprit-elle.

- Non !

- Il faut qu'on sache ce qui se trame dans cette salle et qui s'y trouve ! Tu imagines ? Et si c'était l'agresseur ?

- Justement. Qu'est-ce que tu veux faire ? L'attraper toute seule ?

Un éclair de surprise traversa le visage de Gemma, signe que la Poufsouffle se fourvoyait. Les deux jeunes filles commencèrent à descendre les gradins doucement, entourées par une masse d'élèves bruyants qui empêchait qui que ce soit d'entendre leur conversation.

- Et puis, tu as bien vu hier, la porte était déverrouillée et il n'y avait rien dedans.

- Très bien, allons vérifier tout de suite.

Dominique poussa un soupir agacé tandis que les deux jeunes filles retrouvaient finalement la terre ferme. Se rendant compte que Gemma était toujours agrippée à elle, comme une mère avec son petit, elle se dégagea, croisant les bras sous sa poitrine.

La Serdaigle fronça les sourcils avant de se rendre compte, horrifiée, que dans cette posture, on aurait pu les prendre pour ce qu'elles n'étaient pas, à savoir des amies. Le moment devenait gênant et chacune accueillit avec bonheur la diversion que leur offrit Mervin Kalls qui loupa la dernière marche de l'escalier et s'écrasa face contre terre, le visage recouvert de gadoue bien fraiche. Gloussant, son amie Aurore l'aida à se relever avant qu'il ne provoque un bouchon et les deux jeunes premières années s'éloignèrent bras dessus bras dessous, Kalls tentant de garder le peu de dignité qui lui restait en regardant bien droit devant lui et défiant quiconque de faire un commentaire sur la boue qui s'étalait sur son uniforme et son visage.

- Bien fait, sourit Dominique.

- Ecoute, je sais qu'on ne se supporte pas...

Aucune des deux ne fit de commentaire. Au contraire, elles se supportaient trop bien ces derniers temps, se retrouvant plus souvent ensemble qu'à leur tour à cause des différents qu'elles avaient avec leurs amis respectifs. Mais l'avouer serait revenu à rendre la chose réelle.

Et Dominique ne pouvait décemment pas apprécier Gemma Lysenko qui possédait les défauts qu'elle détestait le plus au monde : la faiblesse et la pédance.

Et Gemma ne pouvait décemment pas apprécier Dominique Weasley qui possédait les défauts qu'elle détestait le plus au monde : le nombrilisme et une exubérance surjouée.

Elles étaient juste alliées à un moment de leur vie.

- Mais il faut qu'on retourne là-haut. Tu ne veux pas découvrir celui qui a agressé Teyssier ?

- Si c'est bien lui, opposa Dominique, apparemment pas prête à céder.

- Si ce n'est pas le cas, alors peu importe. La magie noire est interdite par la loi.

- Est-ce que tu t'ennuies tellement ? s'exclama la Poufsouffle.

Gemma baissa un instant les yeux. Elle n'avait rien compris.

- Très bien, j'y vais toute seule alors.

Et elle s'éloigna rapidement, laissant la Poufsouffle plantée là. Non, elle ne s'ennuyait pas. Même si Nella lui manquait, le ressentiment qui l'agitait à son encontre l'empêchait de trop y penser. De plus, elle avait un petit-ami formidable qu'elle n'était pas prête à lâcher et un avenir tout tracé. L'année prochaine, elle quitterait ce château qui n'était synonyme que de malheur pour elle et commencerait une nouvelle vie.

Mais, et Gemma avait toujours été très pointilleuse là-dessus, elle ne supportait pas le manquement aux règles, quelles qu'elles soient. Personne n'avait le droit de préparer une potion mêlant sortilèges et magie noire dans un coin du château, au milieu de centaines d'élèves qui auraient pu être blessés. Si cela arrivait, elle se sentirait bien trop coupable. Et puis, elle était Préfète-en-Chef, c'était à elle de s'assurer que tout le monde se pliait au règlement.

Et si c'était l'agresseur derrière cette porte ? Alors, tant mieux. En plus d'arrêter ce taré, elle réussirait à récolter l'admiration et la reconnaissance des autres élèves. Non, elle ne comptait pas agir seule, seulement prévenir les professeurs une fois qu'elle aurait toutes les preuves devant elle.

- Tu me tueras un jour Lysenko, prédit la voix fluette de Weasley.

Cette dernière l'avait rattrapée en quelques enjambées et, même si elle boudait clairement, le visage fermé et les deux mains glissées dans les poches de son pantalon, elle avait l'air décidée à l'accompagner. Gemma dissimula un début de sourire sur son visage et hocha la tête d'un air grave.

- Dis toi que ce sont les meilleurs qui partent en premiers, ironisa Lysenko.

La jeune fille ne fut pas dupe de sa moquerie et ne répondit rien, marchant silencieusement à ses côtés.

Elles remontèrent jusqu'au château au milieu de nombreux élèves, croisèrent brièvement l'équipe des Gryffondor qui fêtait dignement sa victoire en hurlant et chantant devant la grande porte, mais ne s'attardèrent pas. Dominique paraissait pressée d'en finir et de démontrer à la Serdaigle qu'elle ne trouverait rien de plus que la veille et Gemma priait Merlin et les Fondateur pour découvrir quelque chose.

Les sept étages furent vite avalés. Cette aile du château était déserte en ce début de week-end et elles ne croisèrent personne, marchant jusqu'au bon couloir sans hésiter sur le chemin à prendre cette fois-ci.

Rien n'avait changé depuis la veille. Il y avait la première porte, un placard à balais, cinq ou six armures alignées contre le mur, au fond, mais aucune tapisserie ou renfoncement où se dissimuler. Une fois certaine qu'elles étaient seules, Gemma la première s'avança vers la porte.

Comme la dernière fois, elle hésita à appuyer sur la poignée. La Poufsouffle n'hésiterait pas à se foutre ouvertement d'elle s'il ne se passait rien et, contrairement à ce qu'elle avait affirmé, elle n'était pas sûre d'elle, bien au contraire.

Lentement, elle abattit le pommeau. Et tira.

- C'est fermé, glapit-elle. C'est fermé Weasley ! J'avais raison.

- Pousse-toi, ordonna cette dernière.

- Quoi, tu crois que je mens ?

Sans répondre, la Poufsouffle la bouscula et tenta elle-même de faire jouer la poignée. Lorsqu'il parut évident que la salle de cours était bel et bien fermée à clé, elle lança un regard effaré à Gemma, en lui faisant signe de se taire.

Puis, la jeune Weasley colla son oreille contre la porte, aussitôt imitée par Lysenko, qui venait de comprendre à son tour. Si quelqu'un avait verrouillé cette porte, il y avait de fortes chances pour que cette personne se trouve en ce moment même à l'intérieur.

- On n'entend rien, chuchota Dominique au bout d'un moment.

- Quelqu'un aura pris ses précautions.

Dominique ne voulait même pas savoir à qui elle pensait en parlant de "quelqu'un". Après un regard de connivence, les deux jeunes filles s'éloignèrent en faisant attention à ne pas faire de bruit. Peut-être par excès de prudence, peut-être parce qu'il n'était pas utile de parler, aucune des deux n'ouvrit la bouche avant qu'elles ne se retrouvent devant la salle commune des Serdaigle, à l'opposé de l'aile est.

Là seulement, sans se soucier de la bienséance, Dominique s'accouda sur le heurtoir en forme d'aigle qui permettait d'accéder à la salle commune des érudits, jaugeant Gemma d'un air grave.

- Je sais ce que tu vas dire...

- Il faut qu'on surveille cette salle. On finira bien par voir quelqu'un entrer ou sortir ! murmura la Serdaigle.

- Je ne suis pas d'accord !

- Arrête d'être aussi peureuse.

- Tu m'emmerdes Lysenko. Je ne vois pas pourquoi je devrais y aller avec toi ! Après tout...

Elle hésita nettement mais se reprit en voyant le visage soucieux de la Serdaigle. Hors de question de céder.

- Je ne te dois rien.

Gemma leva les yeux au ciel.

- Bien évidemment.

- On est d'accord alors.

La Préfète-en-Chef secoua fermement la tête et, alors que le passage menant à sa salle commune s'ouvrait sur un groupe d'élèves de cinquième année, s'y glissa rapidement, l'empêchant de se refermer. Elle attendit que ses camarades s'éloignent avant de reprendre.

- J'irai seule. Et quand on retrouvera mon corps devant cette salle, tu t'en voudras toute ta vie.

Décontenancée par cette attaque vicieuse, qui jouait sur les sentiments, elle se rendit compte que c'était quelque chose qu'elle aurait elle-même pu dire pour forcer Lysenko à la suivre. La dévisageant gravement, elle se demanda si l'apprentissage de la manipulation était une bonne chose pour cette Serdaigle un peu pataude qui avait la phobie de son cousin. Bof, cela ne pouvait pas lui faire de mal.

- Très bien, craqua-t-elle. Mais je ne louperai pas un seul dîner ou entrainement de Quidditch pour aller là-haut, je te préviens ! Et si ça devient dangereux, on prévient un professeur.

Gemma hocha doucement la tête sans répondre, alors que le mur se refermait devant elle. Dominique resta plantée là pendant quelques secondes, avec la pitoyable impression de s'être faite avoir.

oOoOoOoOoOo

James Potter, à moitié avachi sur une chaise, mâchouillait le bout de sa plume avec un ennui non dissimulé. Jusqu'à cette fin d'après-midi, il avait été de fort bonne humeur, en partie à cause de la victoire de son équipe face aux Serdaigle le matin même. Ce n'était pas un exploit, tout le monde s'accordait à dire que les piafs étaient nuls, mais cela donnait de l'espoir à son équipe pour la coupe.

Habituellement, les choses se jouaient avec les Serpentard et il devait bien avouer que ces derniers avaient raflé la victoire plus de fois qu'à leur tour. Mais, cette année, il allait aussi falloir compter sur les résultats des Poufsouffle qui ressortaient de manière inquiétante pour la première fois en sept ans. Même si les Gryffondor avaient gagné contre eux, c'était suite à une manœuvre dangereuse de sa part et non un jeu sensationnel. Les Poufsouffle jouaient très bien en équipe et leur petite attrapeuse était bonne malgré son âge. Le résultat de ces derniers contre les Serpentard serait déterminant pour la suite. De toute façon, il ne pouvait plus rien faire. Les rouges et or avaient joué tous leurs matchs.

Après avoir festoyé en compagnie de son équipe, délaissant pour une fois ses amis, James s'était retrouvé avec Flint et Wil à la bibliothèque, sans trop savoir pourquoi il s'était laissé trainer là-bas alors qu'il était évident qu'il n'avait pas la tête à travailler. Mais cette obstinée des devoirs qu'était Flint lui avait rappelé avec justesse que le prochain devoir de sortilèges était à rendre pour lundi.

Mais James avait vite décroché - au bout de deux paragraphes sur les sortilèges de désarmement plus précisément - et il louchait dans le vide, évitant de regarder en direction de Wil pour ne pas éclater de rire.

Ce dernier, main sous le menton, était plus concentré par le visage de Flint que par ce fameux devoir. Cette dernière faisait mine de ne pas s'apercevoir de l'admiration dont elle était l'objet et croyait à une énième plaisanterie de sa part. Elle le rabrouait quelques fois pour qu'il cesse de la regarder d'un air sérieux mais James ne pouvait manquer ses joues roses et son air tendre à chaque fois qu'elle croyait qu'on ne la regardait pas.

Ces deux-là n'avaient rien en commun. Mais il ne croyait pas se tromper en disant qu'ils tenaient beaucoup l'un à l'autre - bon, Wil était fou amoureux de sa princesse, d'accord - et ce même si cela lui laissait une sensation désagréable.

Ses deux meilleurs amis l'avaient quelque peu délaissé pour une fille et il ne savait pas très bien comment gérer cela. Même si Flint n'était pas du genre à accepter d'avoir son petit-ami sur le dos tout au long de la journée, ils étaient ensemble et il existait une connivence entre eux dont il ne faisait plus partie. Et ne parlons même pas de Dewi qui passait tout son temps avec Moorehead depuis qu'elles étaient de nouveau ensemble.

Un peu déprimé malgré lui, le jeune homme rabattit brusquement la couverture de son livre de Sortilèges, faisant sursauter ses deux camarades.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Flint.

- 'vais me balader. Voir les licornes.

La jolie blonde lui jeta un regard suspicieux mais ne fit aucun commentaire. Il avait déjà remarqué cette chose chez les filles, cette espèce de sixième sens, et il détestait ça. Dewi le possédait aussi et elle ne se serait pas gênée pour le questionner sur ses états d'âme. Néanmoins, Flint n'était pas son amie et elle devait considérer la chose comme un énième caprice.

- On se voit au dîner ! lança Wil, hermétique à tout ça.

En son for intérieur, son meilleur ami devait se réjouir de passer un moment seul avec sa dulcinée et James n'insista pas. Rapidement, il fourra l'ensemble de ses affaires de cours dans son sac, jeta ce dernier sur son épaule et se dépêcha de sortir sous l'œil furieux de la Bibliothécaire qui devait juger qu'il faisait trop de bruit.

Comme il l'avait dit, il se dirigea vers le parc mais, au lieu de descendre le terrain escarpé vers le lac, le jeune Potter fit le tour du château. Ce faisant, il mit deux fois plus de temps qu'escompté, à cause des nombreux supporters de Quidditch qui l'alpaguaient dans le couloir pour le féliciter. Il réussit à échapper à l'étreinte d'une des amies de Dominique - Joana ou un truc du genre - qui avait été beaucoup trop familière avec lui à son goût et fut ravi de se retrouver dans un coin peu fréquenté de l'extérieur.

C'était une petite cour entourée d'un bas muret, avec quelques bancs à l'intérieur. Des fleurs sauvages y poussaient, en été, mais à cette saison l'endroit avait l'air mort. Avec Dewi et Wil, ils passaient beaucoup de temps ici jusqu'à l'année dernière.

James s'arrêta net.

Il n'était pas seul ici. Assises sur l'un des bancs se trouvaient deux jeunes filles, dont une qu'il connaissait particulièrement bien. A la vue de Moorehead et de sa meilleure amie, il ne put retenir un haut le cœur. Son visage devint rouge et il fit immédiatement demi-tour, souhaitant de toutes ses forces oublier sur le champ la vision d'horreur des deux filles en train de s'embrasser.

Alors comme ça, Dewi avait montré leur endroit à cette idiote ? Particulièrement de mauvaise foi, il rebroussa chemin jusqu'à retourner dans le château. La vision des deux filles l'avait refroidi pour la journée.

Il remonta à toute vitesse les marches flottantes, évitant de tomber sur la deuxième qui était escamotable et se retrouva bien vite à errer au hasard dans Poudlard.

oOoOoOoOoOo

- Crétine.

- Gros cul.

- Sac d'os.

Dominique effaça bien vite le sourire satisfait qui flottait sur son visage après cette joute verbale à demi voix avec Lysenko pour se mettre à bailler.

Dissimulée derrière une armure, la jeune fille avait très vite décidé de se laisser tomber par terre, sentant que ses jambes ne tiendraient pas le coup très longtemps. Là, elle comptait faire une sieste bien méritée mais la Serdaigle ne semblait pas d'accord et lui avait martelé l'épaule de petits coups jusqu'à ce qu'elle daigne rouvrir les yeux.

C'est très sérieux, qu'elle lui avait dit.

Tu parles, pour l'instant, tout ce que Dominique voyait, c'était qu'elles montaient la garde devant une porte close - elles avaient vérifié en arrivant - d'où on entendait ou ne sentait rien.

Inutile.

Si l'individu avait pris toutes ces précautions pour se cacher, il n'allait pas se dévoiler à elles aussi facilement. Il existait des sortilèges et des potions pour devenir invisible, et il pouvait même posséder une cape d'invisibilité.

Et, s'ils étaient deux comme elles l'avaient cru lorsqu'elles avaient entendu parler une langue étrangère derrière la porte, alors elles avaient deux fois moins de chance de s'en sortir vivantes. Elle l'avait répété plus de six fois à Lysenko mais cette dernière avait fait la sourde oreille.

La jeune fille se demandait encore pourquoi elle avait cédé et se doutait qu'elle ne serait pas aussi patiente très longtemps. Dès que sa vie rentrerait dans l'ordre et que l'ambiance chez les Poufsouffle serait plus détendue - et elle croisait les doigts pour que cela arrive bientôt -, elle ne mettrait plus jamais les pieds au septième étage, à part pour aller dissimuler des Bombabouses dans les canalisations du dortoir des garçons de Gryffondor de septième année.

En attendant qu'il se passe quelque chose - et seule Gemma y croyait -, elles se distrayaient en s'insultant.

- Réveille-toi, ordonna la Serdaigle en claquant des doigts devant ses yeux soudainement devenus vitreux. On y va.

- Oh rêve, oh joie, oh...

- Arrête de faire l'idiote.

Dominique grimaça dans son dos, agitant ses mains près de ses oreilles, alors que Gemma se faufilait en dehors de leur cachette en prenant soin de ne pas faire tomber l'armure, assez haute et large pour les dissimuler toutes les deux. Une fois cela fait, elle se tourna vers Dominique, l'air sévère.

- Et arrête de te moquer de moi en croyant que je ne te vois pas !

- Comment tu fais pour le savoir à chaque fois ? se plaignit la Poufsouffle en s'extirpant à son tour de leur abri de fortune.

- T'es trop prévisible.

Lysenko jeta un dernier coup d'œil dans le couloir, vide, avant de s'avancer. Il était près de sept heures et, apparemment, elle respectait la promesse faite à Dominique de ne pas louper un seul repas pour ça.

- On revient après ?

- Ah non, s'indigna Dominique en oubliant de parler à voix basse. Je suis fatiguée moi !

- Allez...

- Demain si tu veux, mais là, je ne rêve que d'un bon repas et d'une douche brûlante avant d'aller me coucher.

Et, après un geste obscène bien mérité à l'intention de la Serdaigle, elle tourna les talons et s'éloigna sans même attendre cette dernière. Gemma secoua la tête, affligée, avant de se mettre en marche elle aussi, sans essayer de rattraper la teigneuse Weasley.

De toute façon, elle avait raison : ce n'était pas raisonnable. Et puis, au plus profond d'elle-même, la jeune fille sentait qu'elles découvriraient la réponse à ce mystère un jour. Peut-être même en rigoleraient-elles si elle s'était fait des films pour rien. Enfin, Gemma rigolerait, soulagée, et Weasley la découperait sûrement en morceaux pour lui avoir fait perdre son temps.

La jeune fille décida de repasser par son dortoir pour retrouver Abel avant de descendre dîner. Elle n'avait aucune envie de se rendre dans la grande salle s'il n'y était pas et d'affronter la vision de Nella rigolant avec cette bande de Gryffondor. La Serdaigle ne mangeait plus du tout à sa propre table depuis qu'elle sortait avec Jordan et personne n'avait fait de commentaire. Après tout, les couples comme Lowell et Ayling agissaient de la même façon, même si, pour ces derniers, le Serpentard n'avait jamais mis les pieds à la table des Poufsouffle pour ce qu'elle en savait.

Seulement, à sa plus grande horreur, en tournant dans un coin de couloir tout près de sa salle commune, elle bouscula un garçon beaucoup plus grand qu'elle et qui portait l'uniforme des Gryffondor.

Potter. Immédiatement, Gemma sentit sa salive s'assécher et elle jeta un coup d'œil autour d'elle pour trouver du soutien. Malheureusement, ils étaient seuls.

- Toujours aussi empotée Lysenko, grogna le Gryffondor en époussetant sa chemise comme si elle l'avait souillé en le touchant.

Crétin. Allez, sors-le !

La voix dans sa tête ressemblait un peu trop à celle de Weasley pour qu'elle ne s'en inquiète pas. Déstabilisée, elle baissa les yeux tout en esquissant un pas en avant.

- Qu'est-ce que tu as fait à ma cousine ?

Surprise, la Serdaigle releva la tête. Il n'avait pas encore compris qu'elle ne lui faisait pas de chantage ? Qu'elle ne l'avait pas envoutée ? Que Dominique était une grande fille qui faisait ce qu'elle voulait quand elle le voulait ?

Quand on a une phobie, le meilleure moyen de la rendre ridicule, à défaut de l'éradiquer, c'est d'y faire face. Et tu ne cloueras pas le bec à mon cousin en baissant les yeux et en l'ignorant à chaque fois, comme la faible que tu es ! Regarde Camille, elle avait peur des araignées et depuis qu'on a passé douze heures dans ce trou qui en était rempli, elle... Bon, mauvais exemple.

Teyssier avait développé une phobie des araignées à partir de ce moment-là.

- Quel est l'avantage pour toi d'avoir une Weasley à ta botte ?

Gemma ferma doucement les yeux, se concentrant sur les bribes de conversations qu'elle se souvenait avoir eu avec Weasley, tentant de trouver rapidement une solution, car il était certain que Potter ne la laisserait pas passer.

Rendre ridicule une phobie… Mais oui ! Elle n'aimait pas Potter. Elle n'aimait pas Weasley mais n'en avait jamais eu peur pour autant.

En rouvrant les yeux, Gemma se concentra étrangement sur la Poufsouffle, remplaçant petit à petit la vision de Potter par celle de sa cousine. Au bout de quelques secondes, elle arriva totalement à se représenter la petite blonde aux cheveux emmêlés qui la regardait d'un air furieux. Et, se croyant face à Dominique, elle se lâcha.

- Tu es un con Potter. Je n'ai absolument rien fait à ta cousine et je me fous totalement de son nom de famille mais ce n'est pas de ma faute si tu ne comprends pas les choses de la vie. Elle et moi on traine ensemble et toi, tu es un con.

La fausse Dominique en face d'elle sembla aussi surprise que furieuse mais elle ne se laissa pas déstabiliser pour autant.

- Tu sais quoi ? Je me demande comment des parents comme les tiens ont pu engendrer une pourriture pareille. T'es sûr que t'as pas été échangé à la naissance ?

Brusquement, ce ne fut plus Dominique qui était devant elle mais Potter en chair et en os qui avait sorti sa baguette. Il n'avait jamais eu l'air plus en colère qu'à ce moment-là et elle devina que l'attaquer sur son nom avait été une grave erreur. Déstabilisée, la jeune fille sentit sa peur revenir en courant et les larmes lui monter aux yeux en voyant qu'il avait sa baguette pointée sur elle.

Dans un dernier sursaut de courage, elle fit la seule chose convenable à ce moment précis : elle se mit à courir à toute vitesse dans la direction inverse.

Quand elle s'arrêta enfin, il n'y avait aucune trace de Potter derrière elle - peut-être avait-il été trop surpris pour réagir - et elle put analyser la situation en récupérant son souffle dans les toilettes du septième étage.

Elle avait attaqué verbalement Potter ! Elle ne s'était pas laissée faire ! Elle… Elle avait passé un cap ce soir-là et avait eu des mots très durs envers lui. Mais, néanmoins, la culpabilité ne l'étouffait pas. Au contraire, en songeant à tout ce qu'il avait pu lui dire auparavant, elle se sentait plutôt satisfaite d'elle-même.

Aujourd'hui était un jour nouveau pour elle. Cela ne serait pas simple, elle aurait peut-être des moments de faiblesse face à la nouvelle colère qu'elle avait déclenché chez le garçon - car il n'y avait pas de doute que ce qu'elle venait de faire équivalait à une déclaration de guerre - mais maintenant elle savait qu'elle était capable d'y arriver.