Merci à Maneeya, Dobbymcl, Shiriliz, Isabelle Pearl, LuuMineusement, UranusMarie, Mlle Point de Cote, Le Loir, Elia (Merci pour ta review ! A chaque fois, j'ai vraiment envie de te faire un pavé pour te répondre, mais comme tu n'es pas inscrite, j'peux malheureusement pas ... Dommage ! Du coup, en vrac : Gemma/Isaac amical, c'est vrai qu'ils ont quelques ressemblances, je pensent qu'ils pourraient vraiment tirer profit de leurs forces mais bon, après ils ont pas forcément envie ces idiots. James/Gemma ? Ahahah. Et oui, Nella et Gemma s'éloignent de plus en plus, y'a plus rien qui les raccroche. Et au final, comme tu dis, ça a été bénéfique. C'est triste mais c'est comme ça, les amours durent pas toute la vie et les amitiés non plus :)), SmilingSparrow et Pepoune (Et non, pas de vacances pour moi et je ne sais même pas si j'en aurais cet été :( Mais profite-en bien toi ! Ah, t'aimes bien le Scorose mais pas là ? Honnêtement, c'est pas important, je sais même pas c'que je vais en faire, tellement ils servent à rien dans l'histoire. Bah, oui, évidemment, ça allait pas être si simple pour nos Arsène Lupin en herbe, sinon c'pas drôle ! Bon, j'en dis pas plus parce que je veux pas spoiler ce chapitre tu m'excuseras. Et merci pour ta review !)

Et merci à Barbiemustdie pour sa correction ! Bonne lecture !

(Et le mot du chapitre est ... Enfin ?)


« Faire confiance aux hommes, c'est déjà se faire tuer un peu. »

Louis-Ferdinand Céline


- Cours !

Facile à dire pour Potter qui s'élançait déjà dans le couloir en prenant ses jambes à son cou, l'énorme grimoire qu'il tenait dans ses mains ne paraissant même pas le ralentir. Entendant un grondement sourd derrière elle, la Préfète-en-Chef se rendit compte qu'elle avait perdu de précieuses secondes à réfléchir et s'élança derrière son homologue.

Elle n'avait jamais couru aussi vite de sa vie, pour preuve, elle rattrapa Potter et le dépassa au bout de quelques secondes. C'est bien connu, la peur donne des ailes.

Courir. Elle n'avait plus que ça en tête.

Elle imaginait déjà la suite si on l'attrapait. Elle ne tiendrait pas longtemps avant d'avouer à un professeur ce qu'ils avaient découvert au septième étage, comment ils avaient poursuivi un malade mental - qui n'était autre qu'Assem - qui préparait une obscure potion dans une ancienne salle d'Aritmancie et de ce fait, décidé d'aller voler des livres à la Réserve pour résoudre tout seuls ce mystère.

Son père allait la tuer si elle était renvoyée de Poudlard à quelques semaines des ASPICS. Et, malgré toute la rancœur qu'elle éprouvait à son égard, elle n'avait aucune envie de le décevoir.

Alors elle courrait.

- Les escaliers, gronda Potter derrière elle.

Il n'avait pas cherché à la dépasser, gardant le même rythme qu'elle, au détail près que lui ne soufflait pas comme une baleine. La jeune fille se promit de se mettre au sport dès le lendemain, si elle s'en sortait sans anicroche.

- Plus vite.

Elle eut envie de lui dire de se taire mais la peur de perdre un poumon prit le dessus. Comment Weasley arrivait-elle décemment à faire autant de sport sans se tuer dans son état ? Au final, elle était peut-être plus forte encore que ce qu'elle laissait paraitre. A sa place, Gemma aurait passé son temps dans un canapé, refoulant le moindre effort. Ce qu'elle faisait déjà d'ailleurs.

Au prix d'un immense effort, elle accéléra le pas, tentant d'oublier les escaliers et de ne pas penser à ce qui l'attendait si elle perdait l'équilibre. Elle avait mal au cœur de l'avouer mais Potter avait raison, ils ne devaient pas trainer. Elle entendait encore les pas de Martin qui les suivait à la trace sans parvenir à les rattraper pour l'instant.

Au bout de ce qui lui parut une éternité, les escaliers laissèrent place au Hall de l'école.

- A droite.

Encore une fois, Gemma obéit, espérant que le Gryffondor savait ce qu'il faisait en s'enfonçant vers les cachots, un endroit certes rempli de cachettes mais où il était facile de se perdre et, de ce fait, d'être pris. Néanmoins, ce ne semblait pas être le but de Potter qui s'arrêta quelques mètres avant la salle commune des Poufsouffle, devant un tableau représentant une coupe de fruits.

Mais oui, les cuisines !

Potter chatouilla une poire et, le passage à peine ouvert, la poussa à l'intérieur avant de la rejoindre. L'endroit était désert, les elfes ne devaient pas être tenus de rester là durant la nuit et devaient soit se reposer, soit vaquer à d'autres occupations.

Une fois certaine d'être en sécurité, la jeune fille se laissa tomber sur l'un des bancs en respirant bruyamment, terrassée par l'effort qu'elle venait de produire tandis que, appuyé contre le pan de mur qui dissimulait l'ouverture des cuisines… Potter explosait de rire.

D'accord, maintenant elle en avait la confirmation, ce type était taré.

Si elle avait pu lire dans ses pensées, Gemma aurait compris que sa réaction était tout à fait naturelle, pour lui en tout cas.

James Potter adorait l'adrénaline. Cette course-poursuite avec Martin l'avait galvanisé et rempli de joie comme lorsqu'il sortait vainqueur d'un match de Quidditch. Dans ces moments-là, il pouvait prétendre savoir ce qu'avaient vécu ses parents lors de leur enfance. A ceci près qu'il n'imaginait que vaguement les épreuves et la dureté de la deuxième guerre, trop immature pour ça.

Non, à ce moment précis, James Potter se confondait avec Harry Potter. Ou plutôt, avec l'adolescent qu'il imaginait être son père à son âge.

Son hilarité retomba comme un soufflet au bout de quelques secondes. Il n'avait aucune envie de partager ce moment avec Lysenko qui le regardait d'un air de Veracrasse constipé, affalée comme un cachalot sur un banc, les tempes brillantes et suantes. Il regretta une fois encore le refus de Dominique de venir avec lui. Même si sa cousine était plus peureuse que lui, elle aurait compris.

Mais, au moins, ils avaient les livres. Regardant avec satisfaction les Mythes Slaves du 18ème siècle qu'il tenait toujours dans les mains, il sursauta et redressa la tête vers Lysenko. Oh l'idiote !

- Le Sac-à-l'infini ! s'exclama-t-il. Où tu l'as mis ?

Le visage de Lysenko perdit encore quelques couleurs lorsqu'elle se rendit compte à son tour qu'elle avait oublié le fameux sac dans la Réserve. Pour la première fois depuis longtemps, elle balbutia quelques mots qu'il ne comprit pas, furieux.

- Mais quelle gourde !

oOoOoOoOoOo

Loin de toute cette agitation, Nott et Weasley guettaient devant la porte close du septième étage. Enfin, le Serpentard surveillait et son acolyte cherchait à le faire sortir de ses gongs, sans parvenir à ses fins pour l'instant.

Assis côte à côte dans leur cachette habituelle, derrière l'armure, ils n'avaient pas été dérangé depuis plus d'une heure. Là, la silhouette familière de Wiertz s'était dessinée au loin et Dominique avait été soulagée qu'il prenne les choses au sérieux tout en espérant qu'il ne les trouve pas. L'Auror avait rodé quelques minutes dans le couloir, tentant même d'ouvrir la porte définitivement close ce soir-là et était reparti.

Depuis, plus rien.

A part Dominique qui baillait toutes les trente secondes, rompant sans aucune gêne le silence. Il avait l'air tellement sûr de lui, songea la Poufsouffle. Sur de quoi ? Elle, elle n'était plus sûre de rien.

- Tu crois que Gemma et Potter ont réussi ? l'interrogea-t-il superficiellement.

Toute occupée qu'elle était à essayer de ne pas fermer les yeux, la jeune fille ne le remarqua même pas. Ce n'était pas le genre de Nott de s'inquiéter pour quelqu'un d'autre que lui, pas plus que la question n'avait d'importance. Potter et Lysenko devaient réussir. Ils n'avaient pas d'autres alternatives.

Non, Dominique tomba tête baissée dans le piège qu'il lui avait tendu.

- Gemma ? tiqua-t-elle. Depuis quand...

- Cela ne te regarde pas.

Comme elle ne répondait pas, il poussa un peu plus loin le vice.

- Elle m'est sympathique.

Ce compliment équivalait, de sa part, à une déclaration d'amour et il prit plaisir à détailler la fureur évidente de Dominique, qu'elle ne cherchait même pas à dissimuler.

Les yeux bleus de la Poufsouffle étaient plus sombres, comme une tempête en plein océan et formaient un contraste avec sa peau laiteuse, plissée par endroits en ce moment. Ses cheveux emmêlés entouraient son visage avec fureur et il se demanda si elle pouvait l'étrangler avec. Elle en avait envie, c'était certain. Dominique Weasley n'avait jamais su dissimuler ses émotions et c'était là sa plus grande faiblesse.

La Poufsouffle parut brusquement comprendre qu'elle s'était laissée un peu trop aller et replaça fermement une mèche derrière son oreille, comme si cela pouvait arranger sa coiffure.

- Elle n'est rien, déclara-t-elle fermement.

- Si. A vrai dire, elle est intelligente, calme et elle réfléchit avant de parler. Et j'aime bien ses yeux.

Il avait dû réfléchir quelques minutes avant de trouver autant d'adjectifs pour qualifier Lysenko. Au final, ne connaissant pas trop bien la Préfète-en-Chef mais ayant deviné le peu qu'il savait, cela l'arrangeait bien. Elle était tout le contraire de Dominique. Et il comptait bien lui faire comprendre que les qualités de Lysenko - qu'elle n'avait donc pas - trouvaient grâce à ses yeux.

- Elle n'est pas moi, affirma-t-elle.

- Justement.

- T'arriveras pas à me faire mal.

- Vraiment ?

- C'est pas de la douleur, juste de la colère, répondit-elle après quelques secondes de réflexion, son visage se détendant peu à peu au fur et à mesure qu'elle se calmait.

oOoOoOoOoOo

- Si ce que je te dis ne t'intéresse pas, dis le moi, s'offusqua Gemma Lysenko en croisant les bras en dessous de sa poitrine.

Elle ne comprenait plus Weasley. Bon, d'accord, elle ne l'avait jamais compris mais il lui semblait que quelque chose lui échappait. Cela faisait plusieurs jours que la jeune fille était plus agressive avec elle, la titillant plus méchamment que d'habitude. Leurs échanges verbaux n'avaient plus le même goût tant les insultes que lui sortait Dominique avait la saveur de la sincérité.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

En face d'elle, Dominique adopta la même posture, sans pour autant répondre à sa question.

Gemma avait retrouvé la jeune fille après un cours commun de Potions pour discuter, comme d'habitude, de leur enquête. Celle-ci n'avait pas pipé mot depuis qu'elles marchaient, ce qui avait éveillé l'attention de la Serdaigle. Weasley n'avait pas pour habitude de se taire, jamais.

Qu'est-ce qu'il se passait ? Qu'est-ce qui pouvait être si important pour qu'elle garde ça pour elle ? Ça n'avait rien à voir avec le fiasco de la Réserve, Dominique l'ayant spontanément défendue lorsqu'elle avait appris qu'elle avait laissé le Sac-à-l'infini de sa cousine dans la Réserve, décrétant qu'il aurait été trop dangereux pour eux de le cacher dans l'un de leur dortoir. Elle n'avait pas eu tort d'ailleurs, les professeurs avaient fait fouiller tous les dortoirs dès le lendemain, pour la deuxième fois de l'année. Ils n'avaient rien trouvé, Potter ayant pris soin de laisser le seul livre qu'ils avaient réussi à prendre bien caché dans les cuisines. Pour l'instant, elle ne l'avait pas récupéré mais comptait bien le faire d'ici peu, espérant de tout cœur trouver quelque chose afin que leur escapade ne soit pas vaine.

Qu'est-ce que c'était alors ?

- Je m'en fous comme de mon premier balai jouet de tes humeurs mais j'aimerais, au moins, que tu fasses semblant de t'intéresser à ce que je dis, gronda Gemma.

- On dirait un vieux couple.

La voix faussement moqueuse d'Anatole Bensberg, qui venait de les rattraper à la sortie du cours de Potion qu'il partageait avec elles, les fit sursauter toutes les deux. Finalement, Weasley sauta sur l'occasion pour s'éloigner avec lui, lançant un sourire narquois à la Serdaigle, ravie de s'en tirer à si bon compte.

Gemma les regarda s'éloigner sans savoir que, dans quelques instants, elle se ficherait réellement de ce qui tracassait Weasley. Au bout de quelques secondes, elle décida de profiter de ce moment d'accalmie pour se rendre dans les cuisines. Au diable la pause déjeuner, au pire, elle grignoterait quelque chose chez les elfes de maison. Elle n'eut que le temps de faire quelques pas.

- Lysenko ? s'exclama une voix claire tandis qu'une poigne décidée s'abattait sur son avant bras.

La Préfète-en-Chef sursauta et manqua de trébucher à cause de la pression exercée sur son poignet. En se retournant, elle s'aperçut avec surprise que la personne qui s'était permis cette familiarité lui était inconnue, ou presque.

Il s'agissait de Lou Delort, une jeune fille d'origine française, qu'elle connaissait seulement pour l'avoir croisée quelques fois à des réunions de Préfets. Delort était grande, fine et arborait en ce moment même un visage sérieux et décidé qui contrastait avec le désordre dans lequel évoluaient ses cheveux autour de son visage allongé.

Qu'est-ce qu'on lui avait dit, déjà, sur cette fille ?

Elle était appréciée parmi ses condisciples pour son calme et son intelligence. A vrai dire, c'était une adolescente souriante, sage et mutine. Rien ne paraissait ternir le personnage, pas même son acné très développé au niveau des joues et du front. D'instinct, Gemma ne l'apprécia pas, ce qui était absurde parce que c'était seulement parce qu'elle était jolie et intelligente alors qu'elle-même n'avait que l'une de ces deux qualités.

- Je voudrais qu'on parle, murmura la française en lissant les plis de son uniforme vert et argent.

- Un problème de Préfet ?

En sa qualité de Préfète-en-Chef, Gemma se devait d'être attentive à tous ses condisciples, surtout les plus jeunes qui, comme Delort, commençaient seulement à se faire au poste. Bizarrement, la jeune fille secoua la tête et, jetant un regard autour d'elle, reprit :

- Je voudrais qu'on parle de Johnson, seules à seules, expliqua-t-elle avec une franchise déconcertante.

- Johnson ? Abel Johnson ? s'enquit Gemma, comme si une confusion pouvait être possible.

Preuve de la stupidité de sa question, Delort ne prit même pas la peine de répondre et, une nouvelle fois, hocha la tête. La Serdaigle, elle, fronça les sourcils.

- Si tu as un problème avec lui, tu devrais aller le voir directement.

- J'ai un problème avec lui mais je crois que tu devrais en être informée aussi.

Gemma avait passé la nuit à réfléchir, le nez plongé dans des bouquins qu'elle avait déjà parcouru plusieurs fois, scrutant chaque page avec application. Aucun mythe, aucune légende ancienne ne parlait de potions où l'on aurait besoin d'innocence. Aucune ne mentionnait non plus la présence d'ossements dans la composition des ingrédients. Comme si ce qu'ils cherchaient n'existait pas. Ce qui n'était pas possible puisque, justement, Assem était en train de fabriquer une potion de cet acabit. Et ils n'avaient plus beaucoup de temps, elle le sentait.

Tu parles que ça n'existait pas. C'était seulement de sa faute et à cause d'elle s'ils n'avaient pu récupérer qu'un seul bouquin dont le titre, d'ailleurs, ne l'inspirait pas. Mythes Slaves du 18ème siècle… Quelle idée avait eu Potter de ramener ce grimoire ? Mais elle ne pouvait décemment pas se plaindre.

Tout ça pour dire qu'elle n'avait pas une minute à perdre, surtout pas pour écouter les divagations d'une adolescente sur son petit-ami.

- Désolée mais j'ai à faire.

- Je ne crois pas que tu aies mieux à faire en ce moment précis. Crois-moi, insista la jeune fille en secouant sa chevelure volage.

Et Gemma abdiqua, convaincue que ce serait la meilleure façon de s'en débarrasser. Si elle avait su, elle aurait sûrement répliqué que ce n'était pas le cas et qu'elle devait cesser de l'importuner, préférant garder ses œillères familières.

Personne n'a envie de se faire briser le cœur.

Delort commença par l'entrainer dans un couloir désert, qui donnait sur un cul-de-sac et croisa les bras avant de s'adosser contre le mur. A ce moment précis, Gemma se rendit compte d'où provenait son animosité naturelle envers cette fille : elle ressemblait à Weasley. Outre les traits communs qu'elles possédaient, Delort dégageait un charisme naturel plus qu'énervant. De plus, son petit cinéma pour l'entrainer à l'abri des regards rappelait la théâtralité sans égale de la Poufsouffle mais, surtout, sa mauvaise humeur des derniers jours.

- Je t'écoute, murmura-t-elle pour abréger leur entrevue.

- Très bien, je vais tâcher d'être la plus claire et concise possible alors.

Pour la première fois, Delort parut assez mal à l'aise et passa une main mal assurée dans ses cheveux. Son nez fin et court se fronça et elle ferma les yeux pendant quelques secondes. De trop longues secondes qui donnèrent envie à Gemma de s'enfuir en courant.

L'instinct naturel ? N'était-ce pas trop tard ?

- Je connais Abel depuis qu'on est petits. Nos parents sont voisins. Je crois que j'ai toujours été un peu amoureuse de lui.

- Je ne veux pas en entendre plus.

De quel droit cette fille se montrait aussi familière avec elle ? A présent jalouse, Gemma devait se retenir pour ne pas lui pointer sa baguette sous le nez. Savait-elle qu'elle parlait de son petit-ami ? Elle pouvait très bien être un peu amoureuse de lui comme elle le disait, néanmoins, elle n'avait pas besoin de le lui avouer. Elle n'avait qu'à se contenter de se tenir loin d'eux.

- Je crois que si, reprit Delort en ayant la décence de baisser un peu la tête.

- Et pourquoi ?

- Parce que tu es une idiote. Nous sommes des idiotes. Et nous n'avons pas à l'être plus longtemps.

Gemma était bien d'accord. La Serpentard était idiote avec ses mots sans queue ni tête. Elle amorça un geste de recul mais, une fois encore, cette dernière la retint, enfonçant ses ongles parfaitement manucurés dans sa chair. Ses doigts étaient rouges sang, contrastant avec la peau de Gemma qui avait blanchi là où elle les lui avait enfoncés.

D'accord, elle avait compris. Cette fille était tarée, souffrait sûrement d'un dédoublement de la personnalité et elle avait réussi à la coincer seule dans un couloir. Et personne ne viendrait à son secours, car personne ne l'attendait. Ce qui laissait tout le temps possible à Delort de l'égorger et de cacher son cadavre dans un endroit où on ne le retrouvait pas avant qu'il soit rongé par les asticots.

- Je sais que ça va paraitre dur à croire, mais tu n'as pas le choix, il est temps d'ouvrir les yeux, reprit la Serpentard, étrangère à tout ce qui se passait dans la tête de Gemma à ce moment précis. Je ne sais pas trop comment ça a commencé. En quatrième année peut-être. Tu dois d'abord savoir que nos parents sont assez… conservateurs. Pour ne pas dire qu'ils vivent comme au moyen-âge.

La jeune fille eut une moue boudeuse, presque nostalgique. Gemma ouvrit la bouche pour lui dire qu'elle se fichait comme une guigne de sa famille et lui ordonner de retirer ses ongles de son bras - elle commençait à en avoir les larmes aux yeux. Comment une fille d'apparence aussi frêle pouvait avoir autant de poigne ? Weasley avait-elle pris du polynectar ? - mais la Serpentard fut plus rapide.

- Les mariages forcés n'existent plus mais on m'a toujours fait plus ou moins comprendre à quel point ça serait merveilleux si je m'unissais à Abel. Et inversement. Comme je t'ai dit, j'ai toujours été un peu amoureuse de lui, alors je n'y ai pas vu d'inconvénient. Lui, par contre, il a commencé à enchainer les petites-amies au plus grand damne de ses parents.

A quel moment Weasley redevenait elle-même et lui criait "Surprise ! Je t'ai bien eu !" en se roulant à moitié par terre, terrassée par son hilarité ?

Néanmoins, son estomac se serra bizarrement, tandis que Delort poursuivait, l'air aussi songeuse que rêveuse.

- Je crois que c'est parce qu'il était promis à une seule fille qu'il a commencé à en voir plusieurs en même temps. Dans un sens, je n'y voyais pas non plus d'inconvénient parce qu'un jour, il serait à moi et rien qu'à moi. Mais, à la fin de notre cinquième année, ses parents ont mis le holà. Ils ne voulaient plus entendre parler de ses multiples aventures qui les mettaient dans une situation gênante vis-à-vis de mes parents. Je crois qu'ils ont menacé de lui couper les vivres s'il ne se calmait pas. Pour eux, il se devait d'avoir une relation stable et durable pour conserver l'image de leur famille.

Brusquement, elle éclata d'un rire aigu saugrenu, qui n'avait nullement sa place dans la conversation.

- Bien évidemment, ses parents pensaient à moi mais c'est là qu'il t'a trouvée. Et qu'il a décidé de leur prouver qu'il pouvait avoir une relation stable et durable avec quelqu'un.

Gemma eut un petit sursaut. Depuis quelques secondes, son cœur s'était serré. Presque broyé à l'intérieur de son corps.

Elle n'aurait pas dû croire ce que lui disait cette inconnue, mais ne pouvait s'empêcher de l'écouter. Et là, elle lui influait une sorte d'espérance, douce et amère. Pourquoi est-ce qu'elle faisait comme si elle croyait ses délires ? Elle n'en savait rien. Mais toujours est-il que, dans ce cas, Abel n'était-il pas sincère ? Ils étaient ensemble depuis quelques mois maintenant, elle était peut-être celle sur laquelle il avait réellement jeté son dévolu.

Oui, c'était ça. Il n'osait seulement pas avouer à ses parents qu'il ne voulait pas de cette Delort.

Gemma se mit à sourire à Delort mais celle-ci secoua la tête, comme si elle avait pu lire dans ses pensées.

- Tu étais juste son alibi. Il a continué à fréquenter d'autres filles en même temps.

N'importe quoi.

N'importe quoi.

N'importe quoi.

N'importe quoi.

- Je sais que tu ne dois pas me croire, reprit Delort. Et je n'ai pas de preuves pour ces filles, si ce n'est que c'est lui qui me l'a dit. Paradoxalement, je crois qu'Abel m'aime bien. On se connait depuis qu'on est petits, alors… Écoute Lysenko, je ne voulais pas forcément en arriver là mais… Il m'a dit aussi qu'il te trouvait bêcheuse et sans intérêt.

N'importe quoi.

N'importe quoi.

N'importe quoi.

N'importe quoi.

- Qu'il trouvait ton obsession des cours, et plus particulièrement l'Histoire de la Magie idiote et qu'il comprenait Potter. Il a dit qu'il comprenait Potter et que s'il n'avait pas besoin de toi pour donner le change à ses parents, il adopterait le même comportement que lui. Il a dit que tu étais coincée et que tu ne savais pas t'amuser. Et que tu n'avais pas d'amis. Il m'a dit tout ça Lysenko et je suis désolée.

Gemma se défit brutalement de l'étreinte de Delort, ses ongles aiguisés arrachant un petit bout de sa peau qui se mit à saigner. Peu importe.

Une larme.

N'importe quoi, se força-t-elle à penser. N'IMPORTE QUOI.

La violence qu'elle mettait à se convaincre ne franchit pas son palais.

A sa décharge Delort parut désolée et ses yeux semblèrent s'humidifier elle aussi.

- Tu es juste jalouse, réussit à murmurer la jeune Serdaigle entre deux sanglots.

- Non, affirma-t-elle. Plus maintenant. J'ai… J'ai ouvert les yeux. Il n'aurait pas du… Il n'aurait pas dû essayer de jouer avec moi. Tu ne lui as jamais suffi, mais il avait ces autres filles. Et il a fallu qu'il essaye… qu'il essaye de me séduire, tout ce dont j'avais toujours rêvé pour que je me rende compte. Il disait tout le temps qu'il allait te laisser tomber et que c'était moi, que ça avait toujours été moi. Alors, j'ai attendu. Une semaine. Deux semaines. Trois semaines. J'ai attendu mais j'étais là. Quand il n'était pas avec toi, il était avec moi, la plupart du temps. Je…

Elle reprit son souffle, une seconde.

N'importe quoi.

N'importe quoi.

N'importe quoi.

N'importe quoi.

- J'ai des preuves. Une fille de sixième année, Savannah Harper. On est cousines. Elle était au courant de tout et Louis Weasley, son petit-ami aussi. Il voulait le dire à sa sœur mais Sav l'en a empêché. Tu vois de qui je parle ?

Un bras trop amical. Un silence troublant. Des révisions de Botanique alors qu'Harper était la meilleure de sa promotion dans cette matière. Un devoir de Sortilèges qui n'en était pas un. Des œillades entendues entre Louis Weasley et sa petite-amie qu'elle n'avait pas pris en compte.

Elle voyait.

- Abel se servait d'elle comme alibi parce qu'il savait qu'elle ne dirait rien, pour moi. Après ça, elle m'a posé un ultimatum. Elle m'a dit que Johnson se jouait de moi comme il s'est joué de toi et toutes ces filles. Je ne l'ai pas crue.

Nella l'avait prévenue. Dominique l'avait prévenue. Mervin aussi à sa façon. Même Potter s'était moqué d'elle à ce sujet.

- Alors j'ai attendu et j'ai gobé ses mensonges. Un par un. Mais, hier, je l'ai surpris avec une autre fille, par hasard. Alors j'ai compris. J'ai compris qu'Abel ne serait jamais à moi.

Gemma fut surprise de voir la jeune fille se mettre à sourire, même si ses yeux semblaient toujours aussi tristes.

Mais, malgré ça :

N'importe quoi.

N'importe quoi.

N'importe quoi.

N'importe quoi.

- Et ça a été une délivrance. Il fallait que je comprenne les choses par moi-même pour avancer, tu comprends Lysenko ? Il fallait que je me rende compte par moi-même quel salaud était Abel et qu'il ne changerait jamais pour que cette espèce de piédestal sur lequel je le mettais s'effondre. Et il faut que le tien s'effondre aussi. Tu… tu as été le dindon de la farce Lysenko et je sais que tu me détesteras toujours parce que c'est moi qui te fais ouvrir les yeux, mais je m'en fous. J'ai décidé d'écrire à ses parents, de leur raconter. Bientôt tout le monde saura la vérité, elle est inévitable et, plus tard, tu préfèreras l'avoir apprise par moi.

- Tais-toi.

Alors, ce n'était pas n'importe quoi ?

La vérité lui explosa brutalement en pleine face et elle comprit. Elle comprit que si Abel voulait qu'ils restent discrets sur leur relation alors que tout Poudlard était au courant, c'était pour pouvoir se débarrasser d'elle au moment opportun. Elle comprit que sa sollicitude n'était que feinte et que jamais il ne s'était intéressé à elle.

Elle comprit surtout qu'elle avait donné son cœur au mauvais garçon et, pire encore, de lui avoir dit qu'elle l'aimait. Un sanglot s'échappa de sa bouche lorsqu'elle se rappela cette scène, sa satisfaction lorsqu'il lui avait affirmé qu'il tenait à elle sans pouvoir encore dire la même chose. Mais quelle conne ! Quelle conne !

- ARRÊTE ! hurla de nouveau Gemma, alors que Delort la regardait seulement d'un air désolé, tripotant sa tresse avec application.

La Préfète-en-Chef bouscula la Serpentard, qui la laissa passer, en ayant l'impression que tout s'écroulait autour d'elle. Non, en fait, ce n'était pas qu'une impression.

Ses repères, ses habitudes, sa dignité, son peu de forces, son monde, son univers, son avenir, ses rêves, ses espérances, ses espoirs, tout s'écroulait, brisant son cœur avec une précision morbide.

Oh, comme elle avait mal. Mal au cœur. Mal à l'estomac. Mal au cerveau. Mal à en crever.

Je te l'avais bien dit. GEMMA !

Oh la ferme, répondit mentalement la Serdaigle à la voix criarde de Dominique qui venait de s'infiltrer dans son esprit.

- GEMMA !

Un cri, bien réel cette fois, un bruit de cavalcade derrière elle.

Oh non, elle ne voulait voir personne et surtout pas Dominique. La Serdaigle accéléra le pas, sa colère et sa tristesse prenant le pas sur la sportive qu'était la Poufsouffle et cru avoir réussi à la semer.

Trahison. Abandon. Humiliation. Déception. Et tant d'autres mots en -on qui voulaient simplement dire "j'ai mal et je ne suis pas capable d'exprimer cette douleur tant elle est intense".

Elle l'aimait Abel, elle. D'ailleurs, ce n'était même pas la peine de parler au passé, songea-t-elle rageusement en ouvrant la première porte qu'elle trouva.

Elle était aux toilettes et il y avait déjà quelqu'un mais la jeune fille ne put l'identifier à travers ses larmes. D'ailleurs, elle s'en foutait royalement. Pénétrant dans le premier cabinet, elle ferma la porte à clé et se laissa tomber sur le toilette, plongeant sa tête entre ses mains.

Suffoquant, tressautant au rythme de ses sanglots, elle ne fit pas attention à la porte qui s'ouvrait et se fermait une nouvelle fois. Au final, sa vie lui échappait une nouvelle fois. Pour la seconde fois, on l'abandonnait sans se soucier de ses sentiments.

- PUTAIN DE BORDEL DE MERDE ! hurla-t-elle sans penser qu'elle n'était pas seule.

La douleur. Innommable.

- Gem…, murmura une petite voix tandis que des grattements se faisaient entendre contre la porte du cabinet. Ouvre.

Dominique Weasley.

- Lysenko, arrête ton cirque.

James Potter. Gemma fut mortifiée.

- Tu veux que je lance un Doloris à Potter pour te changer les idées ?

Isaac Nott. Lui non plus elle ne savait pas ce qu'il faisait là mais l'idée était séduisante.

Weasley, Nott, Potter et elle réunis dans la même pièce. Désœuvrée, elle éclata de rire à travers ses sanglots. Décidément, aucun d'eux ne lui fichait la paix en ce moment. Chacun à leur manière, lui rappelait sa présence. De là à dire qu'ils s'attiraient, il n'y avait qu'un pas. C'était ça qui la faisait rire. Parce que rien ne l'attirait chez Nott, Potter la débectait et si elle ne fuyait plus Weasley, au contraire, elle n'avait aucune envie de la voir à cet instant précis.

Elle voulait juste rester assise sur ce cabinet jusqu'à la fin de sa scolarité.

Pleurer.

Ce n'était pas n'importe quoi.

Pleurer encore.

Ce n'était pas du tout n'importe quoi.

Pleurer encore et encore.

Ce n'était vraiment pas n'importe quoi.

Pleurer toutes les larmes de son corps.

Ça avait été n'importe quoi pour Abel Johnson.

Elle avait été n'importe quoi. Rien. Le vide. Un moyen de garder la face devant ses parents.

- Aller ouvre, reprit Dominique Weasley, espérant entendre le verrou des toilettes se débloquer. Je vais ouvrir moi-même.

- NON ! JE NE VEUX PAS T'ENTENDRE ! JE NE VEUX PAS T'ENTENDRE DIRE QUE TU AVAIS RAISON !

De l'autre côté, Dominique Weasley plissa les paupières, se demandant de quoi pouvait bien parler Gemma.

A vrai dire, la situation était surréaliste. Après s'être éloignée avec Anatole, elle avait croisé James et délaissé son ami qui était parti se restaurer avec les autres Poufsouffle. A vrai dire, elle comptait seulement lui demander son avis pour l'anniversaire d'Albus qui approchait et la blague qu'ils lui feraient pour l'occasion lorsqu'ils avaient été dépassé par une furie en uniforme de Serdaigle. La jeune Weasley avait eu bien du mal à reconnaitre Gemma et mis quelques secondes à réaliser la situation. Jamais Lysenko n'avait pleuré devant elle, même lorsqu'elles avaient parlé de la mort de sa mère. C'était grave.

Elle s'était mise à lui courir après, étrangement suivie par James et ils avaient failli la perdre lorsqu'elle était entrée dans les toilettes des garçons du quatrième étage. Elle n'avait pas hésité à la suivre et ils étaient tombé sur Nott qui devait être en train de se laver les mains et qui regardait la cabine du fond, un air indéfinissable sur le visage.

Impossible de dire si tout ceci l'ennuyait ou s'il compatissait. Le connaissant, Dominique pariait qu'il n'en avait rien à foutre et elle n'était pas loin de la vérité.

Les sanglots redoublèrent et Dominique sentit une vague de colère lui envahir l'esprit, oubliant totalement tous les différents qu'elle avait avec la Préfète-en-Chef. Elle venait de comprendre, elle aussi.

L'enfoiré. Le putain d'enfoiré.

La porte s'ouvrit de nouveau et des gamins de première année à Serpentard s'arrêtèrent net, intrigués de voir une fille dans les toilettes pour garçon. Dominique les rabroua fermement - en fait, elle leur hurla de se tirer et plus vite que ça - et verrouilla magiquement la porte quelques instants plus tard.

- Et si on veut sortir ? s'enquit Isaac d'une voix neutre.

- On ne sort pas tant que Gemma est ici, rétorqua Dominique.

Elle l'avait prévenu. Johnson, pas Gemma. Bon, cette dernière aussi. Mais cela lui importait peu. Elle venait de se rendre compte que la Serdaigle avait mal et, de ce fait, elle aussi. Sensation bizarre, qu'elle ne ressentait d'habitude que pour Molly ou Camille mais elle ne s'attarda pas là-dessus.

Gemma Lysenko devait sortir de ce fichu cabinet.

- Ouvre-moi. Tu sais qu'il va bien falloir que tu sortes n'est-ce pas ? On va lui faire payer à cet enfoiré, mais sors de là, je t'en supplie.

- Oh merde, ça recommence, soupira James Potter qui paraissait avoir compris de quoi il retournait.

Même Nott le regarda d'un air bizarre, semblant trouver qu'il allait trop loin mais le Préfet-en-Chef n'eut pas la décence de s'excuser. Pire encore, il prit appui contre le mur carrelé, regardant la scène avec un vif intérêt.

Le Serpentard s'était rapproché des deux cousins, ignorant ostensiblement le regard noir de Potter qui n'avait pas oublié sa remarque sur le Doloris quelques minutes plus tôt. Doucement, il sortit sa baguette, la pointa sur la porte du cabinet où était enfermée Gemma et murmura "Alohomora". La serrure se déverrouilla, la porte grinça et s'ouvrit d'elle-même, emportée par ses ressorts.

- Et voilà, lança le Serpentard, plutôt satisfait. Maintenant, vous m'excuserez mais il faut que je…

Personne ne sut jamais ce qu'il avait de si important à faire car Gemma se jeta dans ses bras, manquant de le faire tomber à la renverse autant de surprise que de dégoût. Car oui, il n'y avait rien de réjouissant à se faire étreindre par une fille pleurant toutes les larmes de son corps et qui s'essuyait présentement le nez sur son épaule.

Il ferma les yeux, dégoûté mais ne se dégagea pas. Merlin était devenu fou. Ou alors c'était lui qui l'était de se laisser faire.

- Il… il a raison, sanglota Gemma qui tremblait à présent de tous ses membres. Il… je suis nulle et inintéressante et moche et grosse et…

- T'es pas inintéressante, rétorqua Dominique.

- T'es pas moche, marmonna spontanément Isaac.

Juste comme ça parce qu'il avait bien remarqué que Dominique détestait lorsqu'il chantait les louages de sa copine ? Pas forcément.

Il détestait les pleurnichardes et les faibles et Lysenko l'était. Malgré tout, il ne pouvait rester indifférent. Pas même lui. Malgré tout, si elle continuait à tâcher son uniforme, il n'hésiterait pas à lui en coller une. Paradoxalement à ses pensées, le jeune homme tapota maladroitement l'épaule de la Serdaigle et ses sanglots redoublèrent.

- T'es pas grosse…, marmonna Potter après quelques secondes de silence, se croyant obligé de rajouter quelque chose.

Cette dernière tressaillit avant de repousser violemment Nott pour se libérer de son étreinte. Enfin, c'est plutôt lui qu'elle libéra même si elle n'était pas en état de comprendre la nuance. Lorsqu'elle releva la tête, permettant aux autres de voir son visage pour la première fois, le Serpentard sentit Dominique se tendre à ses côtés. C'était un mélange de colère et de tristesse, non pas dirigé contre ce Johnson - lui aussi avait compris, il n'était pas idiot - comme cela aurait du être le cas mais contre elle-même.

Ses joues étaient rouges, faisant ressortir encore plus ses tâches de rousseur, et les mèches épaisses qui encadraient son visage étaient trempées par ses larmes.

Et puis, elle péta un câble.

- TOI TU NE ME PARLES PAS, hurla-t-elle en désignant Potter du doigt et ce dernier la regarda d'un air stoïque, sans bouger. ESPÈCE DE PETIT CON HYPOCRITE ! Tu as passé des mois à me rappeler à quel point j'étais horrible et tu te permets de... T'AS RIEN A FAIRE ICI !

Là, Dominique esquissa un mouvement vers la jeune fille mais cette dernière lui repoussa violemment le bras, n'en n'ayant apparemment pas fini avec Potter qui, étrangement, ne fit aucun commentaire.

- TU NE FAIS QUE M'HUMILIER ! TU TE MOQUES DE MOI, DE MON CORPS ET TOUT ÇA C'EST DE TA FAUTE ! C'EST TOI QUI A DECLENCHÉ TOUT ÇA ! AVANT … AVANT JE NE ME SERRAIS JAMAIS LAISSE APPROCHER PAR ABEL PARCE QUE J'AVAIS CONFIANCE EN MOI ! T'ES QU'UN MINABLE ET UN PAUVRE TYPE QUI PREND DU PLAISIR À RABAISSER LES AUTRES, T'AS JAMAIS FAIT L'EFFORT DE TE METTRE À MA PLACE POTTER ! TOUT ÇA C'EST DE TA FAUTE ET TU NE VAUX PAS MIEUX QUE... LUI ! TU PRENDS EN HORREUR CELUI QUI COMMET CES AGRESSIONS MAIS, AU FINAL, VOUS ÊTES PAS SI DIFFÉRENTS ! TU… tu aimes faire souffrir les gens…, reprit Gemma en baissant un peu la voix, son visage rond défiguré par la colère. JE TE DÉTESTE ! OH ÇA OUI, TU M'INSUPPORTES POTTER À TE PAVANER DANS LES COULOIRS ET JE TE DÉSTESTE. JE T'ABHORRES, JE TE HAIS, JE TE VOMIS, TU COMPRENDS ÇA ? BORDEL DE MERDE JAMAIS JE NE TE PARDONNERAI. JAMAIS TU M'ENTENDS ?

Un long silence s'installa, pendant lequel personne ne dit rien.

Gemma parce qu'elle avait tenté d'épancher sa peine.

Isaac parce qu'il n'avait rien à dire.

Dominique parce qu'elle ne savait pas quoi dire.

James on ne sait pourquoi.

- Bon, maintenant que tout le monde a dit ce qu'il avait sur le cœur, on va se calmer et…, réussit à balbutier la jeune Poufsouffle pendant quelques secondes avant de s'interrompre.

Gemma venait de sortir avec fracas des cabinets après avoir désensorcelé la porte.

oOoOoOoOoOo

Deux jours plus tard

Gemma Lysenko était brisée et refusait de quitter l'infirmerie depuis sa rencontre avec Lou Delort. S'alimentant aussi peu que possible, la jeune fille se tournait et se retournait dans son lit immaculé, ses pensées sombres lui accaparant tout l'esprit. Elle avait fini par conclure que tout était de sa faute.

C'était elle qui l'avait laissé entrer dans son cœur, petit à petit. Elle qui avait fait tomber toutes les barrières en oubliant toute prudence. Elle qui avait été gourde, nulle, embêtante, et amoureuse.

La Serdaigle l'avait laissé se jouer d'elle et elle en payait aujourd'hui le prix. Dans sa peine, elle avait au moins une consolation. Abel Johnson n'était pas venu la voir à l'infirmerie.

Consolation, vraiment ? Non, cela rendait seulement la chose réelle. Il était vraiment ce personnage que lui avait décrit Lou Delort et ne s'en défendait même pas. En vérité, il n'avait aucune considération pour elle et cela lui brisait un peu plus le cœur si c'était possible. En venant à l'infirmerie, elle avait encore un mince espoir que tout ceci ne fut qu'une méprise ou une farce à la limite.

Ce n'était pas le cas.

Elle ne savait pas que Dominique Weasley avait été trouver Abel Johnson dans la salle commune des Aigles, seulement quelques heures après avoir appris la vérité. Cela avait été facile pour elle de s'y rendre, la simple vue de son visage furieux et quelques menaces avait suffit à un gamin de première année pour qu'il réponde à la question à sa place -ils ne pouvaient pas se contenter d'un mot de passe ceux-là, comme tout le monde ?- Là, elle avait eu de la chance et n'avait pas eu à aller plus loin.

Johnson était là, entouré par ses amis de sixièmes années.

Louis avait bien tenté de l'arrêter, il étudiait avec Savannah Harper, Najat Stevenson et Ben Miller à une table, mais quelque chose dans les yeux de sa sœur l'avait convaincu de ne pas insister.

Elle avait d'abord mis son poing dans la figure de Johnson. Normal.

Cela lui avait fait un bien fou avant de se mettre à hurler. Au bout de quelques minutes, plus personne n'ignorait rien des frasques de Johnson à qui elle ne laissa aucune chance de s'exprimer. Elle beugla tant et si bien qu'elle rameuta la plupart des Serdaigle qui étaient déjà dans leur dortoir et qui, curieux de tant de grabuge, descendaient par groupes de trois ou quatre dans la salle commune. Au final, elle réussit à l'humilier, le descendre plus bas que terre, elle, une fille mais lorsqu'elle quitta l'antre des Serdaigle, elle avait comme un goût d'inachevé dans la bouche.

C'était Gemma qui aurait dû être à sa place et non plongée dans une léthargie profonde à l'infirmerie. Ce détail aussi elle allait le régler. Elle lui laissait encore une journée pour se ressaisir, sinon ce serait elle qui agirait, une fois de plus.

Au bout du troisième jour, la Préfète-en-Chef n'était toujours pas réapparue et la nouvelle avait fait le tour du château. Dominique y comptait bien, c'était même pour ça qu'elle avait réglé ses comptes avec Johnson en public et rien ne la satisfaisait plus que d'entendre quelqu'un prendre parti pour Gemma et insulter le commentateur des matchs de Quidditch. Il y en avait toujours pour dire que la Serdaigle avait été bien naïve mais, dans l'ensemble, les gens étaient de son côté.

Peu importe, son succès ne serait pas complet si Gemma n'était pas là pour le voir.

Alors, en pénétrant dans la Grande Salle et en se rendant compte que la jeune fille ne se trouvait pas à la table des Serdaigle, elle fit demi-tour avec la ferme intention de la déloger de l'infirmerie.

- Dom, attends ! lança la voix bien trop connue de son cousin qui était assis juste derrière elle, avec Carlson, Flint et Jordan.

La jeune fille l'ignora, elle l'évitait depuis trois jours, estimant qu'il avait été un peu trop loin en se moquant de Lysenko dans un moment pareil. Elle avait été satisfaite que cette dernière lui dise ses quatre vérités mais, malheureusement, était aussi consciente que, cette fois, ce n'était pas lui le véritable coupable.

Malheureusement, James insista et finit par se lever et la rattraper en quelques secondes.

- Va chercher Lysenko. Maintenant.

La jeune Poufsouffle écarquilla les yeux, stupéfaite par cette demande qui n'avait aucun sens pour elle mais elle n'eut pas le temps d'interroger son cousin. Ce dernier avait déjà fait demi-tour, l'air de rien, et venait d'arracher une tartine à Nella Flint qui le fusillait faussement du regard. Décidant d'ignorer son cousin - si elle se mettait à essayer de le comprendre, elle n'en avait pas fini d'avoir mal à la tête - elle reprit son chemin au pas de course, arrivant à l'infirmerie quelques minutes plus tard.

Lysenko était là, au fond de la pièce, roulée en boule sous une couverture. Sans se préoccuper des convenances, Dominique tira fermement les draps dévoilant le corps partiellement nu de la Serdaigle. Bon, d'accord, elle était en pyjama mais n'avait visiblement pas de soutien-gorge et c'était assez pour la jeune Poufsouffle pour affirmer qu'elle n'avait aucune décence.

- Debout, ordonna-t-elle.

Lysenko ne bougea pas, les yeux toujours aussi fermement clos. Pourtant, c'était évident qu'elle ne dormait pas. Son souffle n'était pas régulier tout comme les battements de son cœur.

- Qu'est-ce que vous faites Weasley ? s'étrangla Pomfresh qui venait de remarquer le manège de la jeune fille.

- Elle n'est pas malade. Personne n'attrape la grippe en plein mois d'avril, à part moi, expliqua Dominique avec un demi-sourire ironique. Mais vous le saviez déjà. Gemma tu entends ? Même Pomfresh a pitié de toi et accepte de te garder là par complaisance. J'ai le plaisir de t'annoncer que tout le château est au courant. Un groupe de quatrième année a même essayé de molester Johnson hier mais ça tu ne peux pas le savoir. Tu sais pourquoi ? Parce que tu te caches à l'infirmerie alors que c'est lui qui devrait se faire oublier ! C'est pas juste Lysenko, je sais, mais la vie n'est pas juste sinon je pourrais vivre jusqu'à quatre-vingt-dix-ans comme Mrs Pomfresh, continua la jeune fille en baissant le ton.

- Miss Weasley ! s'offusqua l'infirmière.

Elle se rendit compte que cette dernière s'était rapprochée d'elle durant son petit laïus et s'excusa mollement, prête à parier que Lysenko avait souri. Bon, dans sa tête peut-être, mais c'était toujours ça.

- Gemma, tu ne peux pas rester ici pour la simple et bonne raison que ce n'est pas possible. Il faut que tu te lèves, que tu affrontes tout ça, comme une grande. Je te jure qu'on va te venger, on trouvera comment. Mieux encore, je vais te dire un truc. Tu t'en remettras. D'après Molly, on s'en remet toujours. Bon, si on se fie à son exemple, je ne suis pas sûre que... enfin, il faut écouter Molly quand même d'accord ? En plus, il y a de la tarte à la citrouille au petit déjeuner ! Tu te rends compte, Poudlard dilapide l'argent de nos parents dans de la tarte. Ce serait idiot de ne pas en profiter.

oOoOoOoOo

Quinze minutes plus tard, Lysenko était assise à la table des Poufsouffle dans la Grande Salle, n'ayant pas voulu quitter Dominique. Bien entendu, elle avait refusé tout net de s'assoir en compagnie des septième années et les deux jeunes filles mangeaient silencieusement à un bout de table.

Lysenko était de toutes les discussions et de nombreux élèves les dévisageaient sans gêne. Malgré tout, la Serdaigle ne paraissait pas s'en rendre compte, absorbée par la contemplation de son bol de chocolat chaud qu'elle touillait avec sa cuillère depuis quelques minutes sans y avoir touché. Dominique, quant à elle, commençait à s'ennuyer ferme et sa sollicitude envers Lysenko avait un goût amer de regrets.

Il était hors de question que la Préfète-en-Chef ne reproduise le même schéma destructeur qu'avec Potter et il ne faisait nul doute que, pour l'instant, c'était ce qu'elle comptait faire. Et Dominique n'avait pas la patience d'être compréhensive envers une attitude qui la rebutait et qu'elle ne comprendrait jamais.

- Est-ce que tu comptes te taire pendant le reste de l'année ? s'enquit-elle finalement en levant les yeux de son propre petit-déjeuner.

La Préfète-en-Chef releva distraitement la tête, comme si elle n'avait pas vraiment compris le sens de sa phrase, poussa un petit soupir et rebaissa le nez vers son chocolat. Dominique grimaça. Elle préférait quand la Serdaigle l'insultait, au moins cela leur redonnait le moral à toutes les deux.

La Poufsouffle finit par comprendre que Lysenko ne se dériderait pas, pas ce matin en tout cas et que le petit-déjeuner se terminerait comme il avait commencé, dans un silence de mort. D'ailleurs, une fois n'est pas coutume, elle avait hâte de commencer les cours. Elle était en train de songer au professeur Binns, le fantôme qui enseignait l'Histoire de la Magie et qu'ils devaient retrouver en première heure, lorsqu'une main s'abattit sur son épaule.

- Dominique, l'interrompit James Potter pour la deuxième fois de la journée. Pourrais-tu conseiller à Lysenko de changer de banc ? Il vaudrait mieux qu'elle soit face aux portes d'ici quelques minutes.

Cette dernière le regarda comme s'il était débile. Premièrement, elle n'avait pas une tête de hibou et s'il tenait vraiment à faire passer des messages à Lysenko, il n'avait qu'à le lui dire. D'ailleurs, il était totalement exclu que la Préfète-en-Chef n'ait pas entendu ces quelques mots. Là, on en arrivait au deuxièmement. Qu'est-ce que mijotait Potter qui avait un rapport avec la Serdaigle ? Le connaissant, ainsi que leurs rapports, ce ne pouvait rien être de bon. Elle n'eut néanmoins pas le temps de lui tirer les vers du nez, ce dernier avait déjà repris son chemin vers la table de leur maison, saluant leur cousin Hugo au passage.

- Qu'est-ce qu'il lui arrive à celui-là ? grogna-t-elle.

Lysenko ne prit pas la peine de lui répondre, le regard perdu dans le vide. Bien entendu, elle ne suivit pas le conseil de James et ne vint pas s'assoir à ses côtés. Dominique se demandait d'ailleurs, à présent, si elle l'avait réellement vu et entendu. Elle paraissait tellement loin …

oOoOoOoOoOo

James Potter retourna s'assoir à côté de ses amis, trépignant carrément sur place, attendant avec impatience ce qui promettait être son plus beau coup de l'année. Le signal prévu lui avait été adressé quelques minutes plus tôt par sa cousine Rose et il n'y avait plus longtemps à attendre avant de découvrir sa création.

Il ne jouait pas les modestes sur ce coup car, si tout se passait bien, ce serait grandiose.

- Est-ce que tu vas faire une grosse bêtise ? finit par demander Dewi, à qui l'impatience du jeune homme n'avait pas échappé.

James ne répondit que par un large sourire. Elle verrait bien et, d'ailleurs, sa meilleure amie allait être fière de lui. Sur ce coup, il avait collaboré avec les quatre maisons. Bon, sa cousine Molly avait joué un moindre rôle mais il ne pouvait nier que c'était grâce à elle qu'il allait pouvoir faire d'une pierre deux coups : avoir Johnson et Holtz en même temps.

Il ne savait pas pourquoi il faisait ça. Question d'orgueil sûrement et parce que Rose cherchait à se venger de ces deux garçons depuis longtemps. Oh et puis merde, ça le faisait marrer, c'est tout, tout comme le visage interloqué de Flint qui se demandait pourquoi, par Merlin, il avait été rejoindre Lysenko et Dominique Weasley pendant près de deux minutes.

A ce moment précis, Rose Weasley entra dans la Grande Salle, l'air décidée. La jeune rouquine repéra très vite son cousin, passa derrière lui et lui frôla doucement l'épaule avant de s'asseoir quelques mètres plus loin avec deux de ses amies.

Le spectacle pouvait commencer.

Au début, personne ne se rendit compte de rien. Abel Johnson entra dans la Grande Salle, se dirigeant vers la table des Serdaigle de façon plutôt pataude.

Au cours des derniers jours, le jeune garçon adoptait un comportement renfermé et solitaire qu'on ne lui connaissait pas. Après que Dominique ait révélé à l'ensemble des Serdaigle son double, voir triple jeu, il avait perdu son sourire, ne paradait plus dans les couloirs et semblait adopter profil bas.

- Hips, lâcha-t-il au bout de quelques pas.

Avant de perdre l'équilibre vers la droite, s'emmêlant les pieds et ne réussissant à se redresser qu'au dernier moment. Une fois de nouveau sur pieds, il tituba dans l'autre sens.

- Qu'est-ce que tu lui as fait ? s'enquit Dewi qui avait suivi le regard ravi de Potter.

La jeune fille fronça les sourcils d'un air soupçonneux tandis que le Préfet-en-Chef lançait un regard complice en direction de la table des Serpentard et, plus particulièrement, de Lou Delort et Honorine Parkinson, l'une de ses amies. Lorsqu'il avait abordé la première en lui expliquant son idée, elle avait d'abord été hésitante puis avait finalement cédé. Deux minutes plus tard, elle lui parlait de la collection d'eau de vie de son amie et ils avaient décidé de s'en servir à bon escient.

James sortit de sa contemplation et reporta son attention sur Johnson qui commençait à faire un peu de grabuge entre la table des Gryffondor et celle des Poufsouffle. Complètement extérieur au monde réel, le jeune homme subissait le joug de l'alcool. Il avait été très facile de le lui administrer, il fallait juste le cran nécessaire. Albus et Malefoy l'avait attrapé ce matin alors qu'il passait devant les toilettes des garçons du premier étage, tous deux portait un collant de fille sur la tête. Enfermé dans une cabine, pétrifié, les deux Serpentard avait fait couler régulièrement quelques centilitres du liquide dans sa bouche, Parkinson leur ayant conseillé de ne pas trop forcer la dose s'ils ne voulaient pas avoir un mort sur la conscience.

Une fois certain que ce dernier soit complètement soul, ils avaient ensuite libéré Johnson qui avait été pris en charge par Rose Weasley. James voulait être sûr qu'il se rende à la Grande Salle et avait incité sa cousine à l'y conduire, malgré son aversion pour le Serdaigle. De toute manière, ce dernier n'y avait rien trouvé d'étrange, l'alcool devait obscurcir son raisonnement.

Molly lui avait donné le premier signal. Elle devait attendre de voir apparaitre Rose et Johnson avant de prévenir James que le plan avait fonctionné.

- Regardez ! s'indigna Nella Flint qui avait, elle aussi, remarqué l'étrange comportement du Serdaigle.

Elle n'était pas la seule. Quelques groupes d'élèves montraient du doigt le commentateur des matchs de Quidditch en pouffant de rire. Celui-ci avait perdu toute stabilité et devait user de toute son adresse pour tenir sur ses pieds. James sourit d'un air satisfait et adressa un signe de la main à Rose.

Sa cousine sortit discrètement sa baguette qu'elle pointa sur le Serdaigle. Il tomba instantanément à terre.

Deuxième round. Alors que quelques élèves s'esclaffaient en oubliant tout signe de discrétion, Savannah Harper et Najat Stevenson se levèrent de la table des Serdaigle. Harper n'avait pas été très dure à convaincre, bien au contraire. Le comportement de Johnson la répugnait depuis longtemps et elle n'avait rien dit par amitié pour Delort. Stevenson, quant à elle, était sortie avec le Serdaigle à qui il avait fait subir le même sort qu'à Lysenko, jouant sur deux tableaux à la fois.

D'ailleurs, en parlant de la Préfète-en-Chef, un regard vers la table des Poufsouffle lui apprit qu'elle avait finalement changé de place pour venir s'installer à côté de Dominique et regardait la scène avec un air indéfinissable. Un mélange entre un Véracrasse constipé et un veau tétant sa mère.

Les deux Serdaigle s'approchèrent de leur camarade à terre et, lui lançant un regard dégoûté, lui marchèrent dessus. Harper sembla prendre beaucoup de plaisir à la chose et lui octroya même un coup de pied dans les côtes avant de repartir.

Les rires redoublèrent de plus belle et James sourit avec une certaine suffisance. Ils n'avaient pas encore tout vu. Le plat de résistance serait le meilleur.

Comme prévu, Louis Weasley se leva à son tour de la table de sa maison et fila aider Johnson à se relever. Le sérieux Préfet qu'il était avait hésité longtemps avant de participer à une vengeance aussi grotesque et immature mais Savannah Harper l'avait fait changer d'avis grâce à quelques œillades énamourées. De plus, son rôle était si minime que personne ne pourrait le soupçonner d'avoir participé à tout ça.

Le jeune Louis passa son bras autour de l'épaule d'Abel Johnson, lui murmurant quelque chose à l'oreille. S'il faisait ce que James lui avait dit, il devait proposer au Serdaigle de l'emmener à l'infirmerie. En faisant cela, il était obligé de passer devant les Gryffondor et, le Préfet-en-Chef y avait veillé, Dexter Holtz, qui déjeunait avec deux condisciples tout au bout de la table, encore inconscient de ce qui allait s'abattre sur lui.

En passant devant le cinquième année de Gryffondor, Louis ralentit un peu le pas. C'était maintenant que cela devenait compliqué. Il fallait que Johnson regarde Holtz et le jeune homme avait pour le moment l'air en piteux état. Son menton touchait presque son torse et il avait le teint verdâtre. Louis, comprenant que le hasard ne serait pas leur allié, hésita un instant. Un instant sûrement car, étonnement, il avait l'air très décidé lorsqu'il hocha la tête en direction de James, oubliant toute prudence.

Le Préfet releva lui-même la tête de Johnson qui eut finalement Holtz dans son champ de vision.

Ce fut comme si tout l'alcool avait disparu de son sang. L'œil brillant, le jeune homme se redressa fièrement, un étrange sourire béat sur le visage. Il se dégagea de l'étreinte de Louis avant que ce dernier n'ait eu le temps de le lâcher et parcourut en très peu de temps les quelques mètres qui le séparaient de Holtz.

Là, ça devenait intéressant, songea James en affichant le visage le plus neutre possible en direction de Nella et Dewi qui le regardaient d'un air accusateur.

Pour l'instant, aucun professeur n'avait remarqué l'état de Johnson et n'était intervenu. Il espérait évidemment qu'il en soit de même par la suite mais restait lucide. Il devait conserver une attitude de façade, n'ayant aucune envie d'être mis en retenue encore une fois. Sa mère allait l'achever sinon.

- Oh Dexter ! s'exclama Johnson en se laissant tomber à ses pieds.

Le Gryffondor baissa la tête l'air un instant horrifié et ses petits yeux de fouine se mirent à tourner de gauche à droite, se demandant à quoi tout ceci rimait. Lorsqu'il comprit que tout le monde le regardait, il supposa que Johnson se fichait de lui et son visage vira au rouge. Holtz était connu pour son amour des filles qu'il traitait toujours avec élégance - jusqu'au moment de leur sauter dessus pour les embrasser - mais il s'était aussi fait des ennemis parmi la gent masculine de Poudlard qui n'appréciait pas, pour la plupart, la déférence avec laquelle il les traitait. Et il ne supportait vraiment pas qu'on se moque de lui.

- Dégage Johnson ! hurla-t-il, visiblement furieux.

Le commentateur eut l'air peiné un instant et il reprit en levant ses grands yeux bovins en direction d'Holtz.

- Mais tu es l'amour de ma vie ! C'est toi-même qui disait hier que nous partirions à la fin de cette année, qu'on se cacherait ensemble, jusqu'à la fin de nos jours ! Oh, je t'en supplie Dexter, ne me dis pas que tu as changé d'avis, j'en mourrais !

Jamais James n'avait été aussi fier de son petit frère. Albus avait réussi à créer en quelques jours un filtre d'amour assorti d'un philtre de confusion. Ainsi, grâce à un cheveu d'Holtz, Johnson tomberait amoureux, agirait comme s'ils se connaissaient intimement depuis longtemps et oublierait toute forme de pudeur. Lui administrer le filtre avait été un jeu d'enfant car Albus en avait versé dans la bouteille d'alcool avalée par Johnson. N'y tenant plus, le Préfet-en-Chef éclata de rire.

Il n'était pas le seul. A toutes les tables, de petits groupes se tordaient de rire, se moquant effrontément des deux garçons qu'ils pointaient du doigt sans se gêner.

- Bordel, James tu es …, s'exclama Dewi qui riait aux éclats elle aussi et ne semblait plus aussi réprobatrice à présent qu'elle avait deviné ce qu'il se passait.

- Chut, lui souffla le jeune homme en voyant le professeur Assem se rapprocher dangereusement des deux protagonistes et, donc, de lui.

Ainsi, un professeur avait fini par être alerté de l'hilarité générale et se dépêchait d'intervenir avant que les choses ne dérapent. Et pas n'importe lequel des professeurs. Effrontément, James ne put s'empêcher de la suivre du regard et croisa même durant quelques secondes ses yeux noirs, qui semblaient contenir tout l'orage du monde. Il sentit une vague de haine l'envahir qui s'estompa faiblement quand elle détourna le regard.

Mais Assem arrivait trop tard. Preuve de la nervosité d'Holtz, ce dernier avait perdu son calme et s'était saisi de Johnson par le col de sa cravate avant de lui administrer une droite magistrale. Les élèves cessèrent immédiatement de rire et retinrent leur souffle.

- HOLTZ ! beugla Assem, les deux poings sur les hanches. On peut savoir ce qui vous prend !

- Johnson …

- TAISEZ-VOUS ! DANS MON BUREAU IMMÉDIATEMENT !

Rouge de fureur, Holtz allait répliquer, avec l'intention de lui expliquer que Johnson se fichait de lui mais ce dernier ne lui en laissa pas le temps. Se frottant douloureusement la joue, un air indéfiniment triste sur le visage, le jeune homme avait eu le temps de se relever et faisait face au Gryffondor.

- Je préfère mourir que te laisser tranquille ! déclara-t-il d'un ton parfaitement audible.

Et il déboutonna sa chemise sous l'œil courroucé d'Assem qui tenta de le retenir en l'agrippant par le poignet. Le Serdaigle esquiva son étreinte et, frôlant Holtz, sauta sur le banc des Gryffondor. Il enleva rapidement le dernier bouton et l'ouvrit en grand, révélant son torse.

- On veut nous interdire de nous aimer, mais ça n'arrivera pas, rassure-toi, déclama Johnson en regardant Holtz d'un air énamouré. Regarde ce que j'ai fait pour toi.

Il bomba fièrement le torse et se retourna vers Holtz qui faillit s'étouffer de fureur. Indifférent à la colère de ce dernier, le jeune homme pivota lentement sur lui-même, exposant son torse nu à l'ensemble de la grande salle. Au loin, Dominique Weasley glissa du banc des Poufsouffle en poussant un cri aigu, des larmes d'hilarité sur les joues, n'en croyant pas ses yeux. La toison épaisse de Johnson avait été taillée durant la nuit pour former le prénom de Dexter, entouré par un gros cœur.

P-a-r-f-a-i-t. À la base, ce n'était pas son idée et il n'y avait qu'une tordue comme Rose pour avoir pensé à ça. Grâce au sortilège de confusion, le Serdaigle pensait réellement qu'il s'était fait ça lui-même et ne se rendait pas compte de l'allégresse qu'il provoquait.

Il ne fallut que quelques minutes à Assem pour rétablir, en apparence, l'ordre dans la Grande Salle. Lorsqu'elle comprit que Johnson n'était pas dans son état normal, elle lui lança un Stupéfix et le corps raide du Serdaigle retomba avec fracas sur la table des Gryffondor, cassant deux bols et un pichet de jus de citrouille qui éclaboussèrent plusieurs élèves. La Directrice des Serpentard ne sembla pas se soucier des dégâts occasionnés et fit léviter Johnson. Elle pria Holtz de la suivre dans son bureau, d'une voix qui n'était pas souvent aussi sèche.

Malgré tout, alors qu'Abel Johnson et Dexter Holtz quittaient la Grande Salle en bonne compagnie, l'hilarité ne retomba pas. Chacun riait, commentait et approuvait ce qui venait de se passer.

oOoOoOoOo

Comme si le fait de voir Abel se faire humilier en public pouvait faire moins mal à Gemma Lysenko.

Face à elle, Dominique avait réussi à remonter sur le banc de la table des Poufsouffle et essuyait les quelques larmes qui perlaient aux coins de ses yeux.

Et, pour la première fois, Gemma se rendit compte du chemin parcouru depuis le début de l'année.

Elle avait haï Weasley pour sa méchanceté puis avait été obligée de travailler avec elle pour le cours de duel. La haine viscérale qu'elles se vouaient les avait conduit à se battre comme des moldus et, suite à ça, Gemma avait échafaudé un plan pour se venger. Elle avait fini par découvrir le secret de Weasley et n'avait pu se résoudre à le dévoiler. Ensuite, c'était elle qui avait trouvé le sien. Elle non plus n'avait rien dit. Puis, les semaines passant, leur antipathie réciproque s'était tassée, conduisant à une furtive compréhension l'une de l'autre. Sans s'en rendre compte, elles s'étaient mises à passer de plus en plus de temps ensemble en dehors des cours, sans même y être obligées.

Maintenant, pour elle, Weasley faisait partie du paysage. Oh et puis, autant ne pas être de mauvaise foi, elle appréciait vraiment sa compagnie parfois. Pourtant, il n'y avait pas plus différentes qu'elles.

Dominique, trop exubérante, passionnée et têtue.

Gemma trop sage, studieuse et réfléchie.

Était-il néanmoins possible que deux êtres comme ça puissent s'entendre ?

- J'ai de la salade coincée dans les dents ? s'enquit la Poufsouffle qui avait fini par remarquer l'attention dont elle était l'objet.

Gemma rougit jusqu'aux oreilles et secoua la tête de gauche à droite pour lui signifier que sa dentition ne présentait aucun défaut visible.

- Merci, murmura-t-elle.

- De quoi ?

- Tout ça, lança la Serdaigle, faisant référence à l'humiliation d'Abel.

Elle n'allait pas mieux. Elle n'irait pas mieux demain, ni même dans une semaine mais elle appréciait ce que Dominique venait de faire pour elle. Etonnement, il lui semblait comprendre pourquoi elle l'avait fait, même si c'était assez étrange.

- En fait...

Dominique était devenue sérieuse, chose rare chez elle, et semblait plongée en pleine réflexion. Son regard dériva vers la table des Gryffondor et elle se mordilla doucement la lèvre.

- Je n'étais pas au courant. Je crois que c'est James.

oOoOoOoOoOoOo

- Vous connaissez la nouvelle ? lança Arthur Lowe.

Il arrivait au pas de course et se laissa tomber entre Camille et Molly sans remarquer le coup d'œil nerveux que cette dernière lui jeta. Une fois n'est pas coutume, le jeune homme avait l'air surexcité et pressé de révéler ce qu'il savait.

Néanmoins, personne n'avait l'air d'avoir envie de l'écouter. Assis à une table dans leur salle commune, les six autres Poufsouffle de septième année étaient tous occupés à des activités plus ou moins sérieuses. Joana se vernissait les ongles, Isabel lisait un magazine de Quidditch, Anatole terminait un devoir de Sortilèges tandis que Camille et Dominique disputaient une partie de cartes. Seule Molly haussa un sourcil inquisiteur vers lui.

- A propos de Johnson, ajouta-t-il en remarquant le peu d'attention dont il était l'objet.

Aussitôt, tous arrêtèrent leurs activités et même la placide Isabel daigna lever les yeux vers lui. L'air satisfait, un grand sourire s'afficha sur le visage d'Arthur qui s'amusa à les faire languir pendant quelques minutes. Il fallut que Dominique menace de brûler tous ses livres pour qu'il s'explique.

- J'ai surpris une conversation entre McGonagall et Assem. Il va être destitué de son poste de commentateur l'année prochaine.

- Ah tant mieux ! s'exclama Molly qui avait été une des premières à s'indigner de la manière dont il s'était conduit avec Lysenko lorsqu'elle l'avait su.

- Pas plus ? demanda Dominique qui était un peu déçue face à la punition.

- Elles doivent savoir qu'il a été ensorcelé, supposa Isabel.

- Tout à fait, approuva Arthur. Mais, crois-moi, elles n'avaient pas l'air très pressées de découvrir le coupable.