Merci à Lyra (Vous l'attendiez depuis longtemps et j'avoue que je me suis bien marrée à écrire ce chapitre, autant la scène dans les toilettes que la vengeance, totalement absurde quand même ! Du coup, oui, c'est vrai que c'était l'occasion de les voir ensemble ... Mais pas forcément de les rapprocher ^^ Tu comprendras par la suite ! En tout cas, je suis vraiment contente parce que, pour le coup, c'est mon but d'arriver à faire apprécier tous mes persos, même les plus idiots :D Et merci pour ta review !), LuuMineusement, Kervana, Shiriliz, dobbymcl, Maneeya, Isabelle Pearl, UranusMarie, Eylae, Elia (J'avoue, j'ai aussi adoré écrire cette scène où ils sont que tous les quatre, c'était sympa (de l'écrire, pas le moment :p). C'est vrai que Gemma est peut-être pas beaucoup entourée mais au final, la qualité est là. Heu, je sais plus si c'est Mervin, il ne me semble pas l'avoir mentionné mais après tout, pourquoi pas ^^ Même si je pense pas qu'elle aurait eu besoin de le menacer si c'était pour casser la figure à Abel ! Ah, pour l'inscription, je comprends mais il ne me semble pas que ce soit si compliqué que ça. Tu donnes ton pseudo, ton mail et basta, non ? En tout cas, merci pour ta review :D), SmilingSparrow, Pepoune (Hello ! Effectivement, t'as raison, à part Dom, personne ne se sent vraiment concerné (bon, même si les trois quart de Poudlard supportent Gemma, c'est pas pareil), Isaac s'en fout royalement et James c'est juste pour se marrer, pour sa cousine et aussi pour son égo qui en a pris un coup ^^ Ahah, oui, Abel n'a rien a voir avec les agressions. C'est juste un pauvre type ! En tout cas, merci pour ta review ... et bonne reprise demain non ? Ou c'est déjà fait ?), LouRêve et Barbiemustdie.

Et bah, vous vous êtes lâchés sur les reviews pour le dernier chapitre ... Visiblement, les malheurs de Gemma ont du succès ! En tout cas, un grand MERCI !

(et aussi à Barbiemustdie pour sa correction et son pétage de câble nocturne dans les reviews. D'ailleurs vous voulez lire un commentaire littéraire sur la relation entre Isaac et Dom, n'hésitez pas, c'est super fun (et un peu taré aussi m'enfin) :))

Bonne lecture !


« Un mensonge ne peut jamais être effacé. Même la vérité n'y suffit pas. » de Paul Auster


Quelques jours plus tard, plus personne ne parlait d'Abel Johnson. Il y avait une raison toute simple à cela : les examens approchaient et tous avaient plus ou moins oublié son humiliation dans la Grande Salle, trop occupés à travailler ou rattraper un retard quelconque dans une ou plusieurs matières. La plupart des personnes qui connaissaient l'ancien commentateur de Quidditch l'évitaient, comme Savannah Harper, Louis Weasley et leurs amis qui avaient été plutôt satisfaits de la manière dont s'étaient déroulées les choses.

Le mois d'avril était bientôt terminé et les choses sérieuses commençaient. Tous s'étaient mis au travail, même les plus paresseux comme Dominique Weasley ou Thomas Ayling, et les premiers effets du stress commençaient à se faire sentir. La tension était énorme, tout autant que l'enjeu. Il n'était pas rare qu'une dispute éclate dans l'une ou l'autre des salles communes en début de soirée, après une dure journée de labeur. Cela désolait la jeune Serdaigle qui restait persuadée que, sans le gros poil qu'il avait dans la main, Wil pouvait avoir des résultats tout à fait corrects à ses examens. Néanmoins, elle n'avait pas le temps de se disputer avec lui, trop occupée à réciter à Dewi ses cours de Sortilèges, qu'elle connaissait par cœur depuis longtemps.

Les Serpentard étaient plus silencieux mais pas en reste pour autant. Harriet étudiait avec application une bonne partie de la nuit, sous les yeux agités d'Heather qui s'inquiétait régulièrement de sa santé. Thomas Ayling, inquiet de devoir subir le courroux de sa petite-amie Isabel mais aussi de sa mère et de ses sœurs s'il échouait avait acheté un stock important de potion de force malgré les recommandations de Nott. Grâce à cela, il avait emmagasiné une partie du programme en très peu de temps et était incollable dans de nombreuses matières. Nott, bien entendu, étudiait seul mais rarement, certain de ses capacités. Heather, qui avait toujours eu des notes correctes sans trop travailler était plus sereine mais étudiait en secret entre les cours, au cas où.

Chez les Poufsouffle, Molly Weasley avait dû menacer Dominique d'écrire à sa mère si elle ne se mettait pas au travail. La petite blonde avait été effarée par sa menace et n'avait eu d'autre choix que de s'exécuter mais restait furieuse et, si elle acceptait d'ouvrir un livre de Sortilèges ou d'Histoire de la Magie pendant les heures d'étude, ne retenait pas grand-chose par manque de concentration. Arthur Lowe relisait cinquante fois des fiches qu'il connaissait, lui aussi, par cœur et Camille avait réussi un sortilège qui n'était absolument pas au programme mais l'empêchait de dormir depuis deux jours. Anatole n'était pas mauvais élève mais le stress le rattrapa. Il passa une journée à l'infirmerie après avoir reçu un A à un devoir de Métamorphose ce qui acheva de convaincre Joana de lever le pied - elle avait à peine commencé ses révisions - et fit rager la douce Molly qui la força à se concentrer. Pour la deuxième fois en un an, Joana et Dominique se retrouvèrent alliées dans l'adversité mais ne trouvèrent aucun moyen de destituer Molly de son règne de tyran. Quant à Isabel, elle regardait tout ce petit monde s'agiter sans paraitre s'inquiéter des examens.

Au final, seule Gemma Lysenko avait été incapable d'ouvrir un livre, relire ses fiches ou faire des exercices pour réviser ses ASPICS. Elle n'avait aucune concentration et, lorsqu'elle trouvait le courage de s'asseoir à une table, elle n'arrivait pas à faire autre chose que de lorgner sur son sac d'un air vide.

Abel, Abel, Abel.

Le prénom de son ancien petit-ami tournait en rond dans sa tête. Plus d'une fois, elle avait été sur le point d'aller lui parler et, peut-être, le supplier de lui dire que tout ça n'était qu'une erreur voire un cauchemar. Plusieurs fois, sa dignité avait été mise à dure épreuve. Elle aurait aimé pouvoir penser que c'était grâce à son courage qu'elle avait résisté mais c'était plutôt Dominique qui lui mettait des bâtons dans les roues. Plusieurs fois, la petite blonde avait paru lire dans ses pensées et avait détourné habilement son attention. La dernière fois, ce matin-même, elle n'avait pas été aussi discrète. Alors que Gemma lorgnait d'un air triste une plume qui lui avait été offerte par Abel, elle avait reçu un petit coup sur la tête.

- Crétine, avait dit Dominique en secouant la tête d'un air dépité, avant de reprendre un plein bol de céréales.

A présent, elle prenait tous ses repas avec les Poufsouffle, Dominique ayant refusé tout net de continuer à côtoyer une personne aussi peu drôle qu'elle à une heure essentiellement destinée à se détendre. Molly Weasley, Anatole Bensberg et Isabel Lowell étaient plutôt sympathiques avec elle, Arthur Lowe et Joana Mayer indifférents mais Camille Teyssier ne lui adressait jamais d'autres mots que bonjour, bonsoir et passe-moi le sel. Gemma se demandait réellement comment elle pouvait être jalouse. Weasley et elle n'étaient rien, ou pas grand-chose, ce n'était pas difficile à comprendre.

- Il est bientôt huit heures, soupira Dominique.

- Je croyais que tu aimais bien les Potions ? s'étonna Molly.

- Je déteste cette vieille bique d'Assem.

Seule Gemma comprit son aversion pour la Directrice des Serpentard mais personne n'eut l'air d'avoir de soupçons, sûrement trop habitués à l'humeur lunatique de Dominique. Comme cette dernière l'avait annoncé, il fut très vite l'heure de se mettre en chemin direction les cachots et la Préfète-en-Chef se retrouva seule avec elle et Anatole, les seuls à suivre encore ce cours.

Ils arrivèrent un peu en avance et, le garçon, qui semblait particulièrement de bonne humeur depuis sa rupture avec Rose Weasley - la chance ! - se mit à raconter blague sur blague pour détendre l'atmosphère. Gemma avait été plutôt étonnée de découvrir un garçon drôle et enjoué en Anatole Bensberg qui lui paraissait auparavant maladroit et un peu idiot. Les autres jours, elle faisait un effort pour sourire à ses tentatives d'humour mais là, elle n'avait pas très envie.

Dominique semblait aussi peu réceptive qu'elle car elle ordonna bientôt au garçon de se taire, ce qu'il fit, un peu vexé. Malgré la dureté des paroles de la Poufsouffle, Gemma fut plutôt soulagée de ce silence.

Assem ouvrit la porte à l'heure précise, comme d'habitude et elle se dirigea d'un pas morne vers le bureau qu'elle partageait avec Wil Jordan. La jeune fille s'assit à sa place sans un regard pour lui et sortit ses affaires de façon monotone. Auparavant, le grand ami de Potter l'aurait gratifiée d'une boutade plus ou moins méchante mais depuis l'affaire Johnson, il semblait s'être calmé et ils travaillaient en silence. Bon, Gemma travaillait avec plus ou moins de réussite et il se contentait d'éplucher quelques ingrédients entre deux bâillements ce qui ne dérangeait pas du tout la Préfète-en-Chef.

Ce matin-là, ils durent préparer une potion de bonne humeur, à une échelle élevée. Celui à qui était destiné la potion devait en ressentir les effets pendant une bonne partie de la journée, sans quoi cette dernière était ratée. Dewi Carlson fut choisie pour tester le résultat d'un des groupes et elle sembla ravie. En effet, tous n'avaient pas cette chance. Elle se souvenait encore de Weasley qui avait failli mourir après avoir été le cobaye d'Assem ou d'une Gryffondor qui avait été endormie pendant près de deux jours après avoir ingurgité une potion mal préparée.

Gemma passa la première moitié du cours à suivre mollement les instructions au tableau et l'autre moitié à détailler Assem avec plus ou moins de discrétion.

La femme entre deux âges était de taille et de corpulence moyenne. Ses longues mains aux ongles aiguisés faisaient penser à celles d'une sorcière comme on les décrit dans les livres moldus. Elle portait en permanence des vêtements sombres, verts ou gris, qui ne souffraient d'aucune imperfection. Jamais elle n'avait vu une seule tâche sur ses tenues. Assem était une perfectionniste mais ça, elle le savait déjà.

La Directrice des Serpentard corrigeait des copies tout en relevant de temps en temps la tête pour surveiller la salle de classe, plus que silencieuse et Gemma profita d'un moment où elle était concentrée sur ses devoirs pour l'observer plus en détail.

Ses longs et épais cheveux gris étaient serrés dans un chignon sévère qui ne différait pas vraiment de ceux de McGonagall. Pourtant, elles n'étaient pas vraiment de la même génération. Pourquoi tant d'austérité dans cette femme qui devait avoir à peu près l'âge de sa mère ? Sa mère avait été joyeuse, rayonnante et heureuse et tout le monde l'aimait. Gemma ne se souvenait pas avoir déjà vu Assem sourire. Et pourtant, c'était elle qui se tenait devant elle, bien vivante. La vie était injuste.

Gemma chassa rapidement ses idées noires de sa tête, reportant son attention sur Assem tout en surveillant l'heure et faisant semblant de griffonner quelques notes. A ses côtés, elle entendit nettement un ronflement. Comment diable Jordan faisait-il pour dormir les yeux ouverts ?

Son visage était encore bien conservé même si les premiers signes de l'âge apparaissaient nettement, surtout aux coins de ses yeux ou sur son front, plutôt petit. Ses joues étaient creuses et ses pommettes saillantes. Elle avait les yeux foncés, peut-être marrons ou noirs, Gemma n'y avait jamais porté attention.

La jeune fille se demanda si elle avait été jolie plus jeune. L'idée d'une Assem pétillante, souriante et aux cheveux détachés et blonds lui sembla tellement ridicule qu'elle failli éclater de rire. Non, décidément, sa professeur de Potions n'avait jamais été jeune.

Quand on l'avait eue en cours, on savait qu'elle était terriblement sévère, avare en compliments et parfois sèche. Pour autant, elle avait toujours été pédagogue et juste avec ses étudiants. Et c'était cette femme-là qui agressait ses élèves la nuit dans les couloirs ?

Quelque chose lui sembla bizarre mais cela lui sortit très vite de l'esprit. Sa potion était terminée, tout comme celle de la plupart des autres étudiants et, si elle n'était pas parfaite, avait l'avantage d'avoir la couleur demandée. Elle en remplit un flacon et se leva en faisant racler sa chaise, ce qui fit sursauter Wil Jordan qui manqua de tomber par terre, et s'approcha du bureau d'Assem en même temps que Dominique qui avait l'air aussi heureuse qu'elle de se retrouver en face de la Directrice des Serpentard.

Au moins, sa potion était parfaite. La Poufsouffle et son binôme, Nott, enchainaient les O depuis de longs mois même si la première avait cessé de s'en vanter depuis longtemps.

Elles remirent leur flacon à Assem qui les étiqueta d'un coup de baguette magique et leur fit signe de rester quelques instants. Alarmées, les deux jeunes filles se lancèrent un regard sans équivoque mais se calmèrent aussitôt. Assem était seulement en train d'humer leur potion afin, sûrement, de leur donner son avis avant le prochain cours. Celle de Gemma ne lui attira qu'un signe de tête, ni approbateur, ni réprobateur mais elle eut l'air vraiment satisfaite après avoir refermé celle de Dominique et Nott.

- Bien. Vous obtiendrez sans difficulté un O à vos ASPICS si vous continuez dans cette voie, déclara Assem à voix basse pour ne pas gêner ceux qui travaillaient encore.

- Cool, marmonna effrontément Dominique.

- Comment ? répondit-elle en fronçant les sourcils.

Gemma adressa une prière silencieuse à la Poufsouffle mais celle-ci ne devait pas être très réceptive à la télépathie.

- Cool, répéta Dominique. Comprenez : rien à foutre.

- Très bien. Nous verrons ce que vous inspirent deux heures de retenue. Comprenez : vous êtes toute désignée pour nettoyer les toilettes du sixième étage. Un petit malin a cru bon de boucher les canalisations. Ce soir dix-neuf heures. Retournez à vos places.

Gemma vit nettement Dominique serrer les dents comme si elle se retenait de répliquer mais la petite blonde fit brusquement demi-tour, le menton en l'air et retourna s'asseoir à côté de Nott, se mettant à fixer Assem de manière particulièrement désagréable. La Préfète-en-Chef fut persuadée que cette dernière ne laisserait pas passer autant d'effronterie mais ce ne fut pas le cas. Elle ignora Dominique jusqu'à la fin du cours.

La cloche sonna et la plupart des étudiants se préparèrent à affronter un cours d'Histoire de la Magie. Dominique fut l'une des premières à sortir de la salle de cours mais Gemma la retrouva à la sortie, en pleine discussion - ou dispute vu la tête des deux protagonistes - avec James Potter.

- … tu aurais pu être plus discrète, décréta Potter alors qu'elle passait à côté d'eux, ne comptant pas s'arrêter avec ce dernier dans les parages.

- Discrète ? J'ai été discrète ! rétorqua Dominique.

- Qu'est-ce que ça doit être quand tu n'es pas discrète.

Pour une fois, Gemma était plutôt d'accord avec lui. Par sa mauvaise humeur inhabituelle, Dominique avait sûrement éveillé les soupçons d'Assem qui devait trouver ça bizarre de la part de l'une de ses meilleures élèves. Il n'allait pas être très compliqué pour elle de se rendre compte de l'origine de cette soudaine animosité et de redoubler de prudence.

- Je suis sûre que Wiertz n'a pas été plus discret et que c'est pour ça qu'elle se méfie. Bouge pas toi.

Cet ordre était destiné à Gemma et cette dernière obéit. Oh pas par bonne volonté. La Poufsouffle lui avait agrippé le bras et elle avait plus de poigne qu'elle n'y paraissait. Dominique paraissait vouloir son avis et elle mit quelques secondes à comprendre. La jeune fille pensait qu'Assem l'avait collée parce qu'elle se méfiait d'elle et non parce qu'elle avait été méprisante avec elle.

La Préfète-en-Chef la regarda fixement sans répondre.

- Bon d'accord, grimaça Dominique. J'ai peut-être été un peu trop loin.

- De toute façon, marmonna Gemma, qu'est-ce que tu veux qu'elle fasse ?

- Et bien, par exemple, être plus prudente. Fouiller les environs quand elle monte au septième étage, ironisa Potter.

Est-ce qu'il insinuait qu'ils montaient toujours là-haut ? Gemma se tourna vers Dominique qui haussa les épaules. Après le fiasco de la bibliothèque, la jeune fille était persuadée qu'ils allaient se montrer encore plus prudents. D'ailleurs, en vérité, elle pensait qu'ils n'allaient plus là-haut. La Poufsouffle ne lui en avait pas parlé depuis près d'une semaine - depuis qu'elle avait découvert la vérité sur Abel à vrai dire - et elle pensait qu'ils avaient abandonné.

Elle-même n'avait pas eu la tête à ça et n'avait pas pensé à le lui demander. D'ailleurs, elle se souvint à ce moment-là du livre qui était toujours caché aux cuisines et qu'elle n'avait pas pensé à aller chercher. Une pointe de curiosité lui traversa l'échine. Oui, elle devait se replonger là-dedans. C'était une bonne manière de penser à autre chose.

- Je suis remontée avec James et Isaac plusieurs fois, précisa Dominique.

A ce moment-là, la porte derrière eux se referma et ils remarquèrent qu'Assem était en train d'en sortir. Sans perdre leur reste, les trois adolescents s'éloignèrent en direction de leur cours d'Histoire de la Magie. Inutile de se faire remarquer encore plus aujourd'hui.

- Alors, vous avez trouvé quelque…

- Non, la coupa Potter.

La jeune fille se demanda si elle devait répliquer, pour qu'il comprenne qu'elle n'allait pas à nouveau se taire face à sa méchanceté mais décida de ne pas provoquer une dispute. Ils discutèrent - enfin, Dominique et Potter - pendant quelques minutes encore, se mirent d'accord sur le fait que la Poufsouffle éviterait de trainer là-bas pendant quelques temps, ce qu'elle prit avec plus ou moins de plaisir. Non, en vérité, elle écrasa violemment le pied de Potter, très en colère mais il n'en démordit pas.

Gemma ne voulut même pas savoir comment il comptait organiser les choses à présent et se dépêcha de rentrer en cours d'Histoire alors que les deux cousins se disputaient encore.

oOoOoOoOoOo

Deux jours plus tard, après un cours particulièrement intense de Botanique, Dominique Weasley rejoignit Gemma Lysenko dans le hall d'entrée de Poudlard, un grand sourire aux lèvres qui ne prévoyait rien de bon, surtout que c'était Nott qu'elle attendait et pas elle.

Au final, les choses avaient été simples. Nott et elle montaient ensemble et Potter qui ne voulait rien avoir à faire avec eux y allait seul. Ces moments étaient synonymes d'intense ennui pendant lesquels Gemma avait tout le temps de ressasser son chagrin d'amour au contraire de Nott qui révisait ses cours. Généralement, ils ne se parlaient pas ou très peu, ce qui arrangeait bien la jeune fille habituée aux bavardages incessants de Dominique. Au final, elle commençait même à s'accommoder à sa présence.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je monte avec toi, répondit la jeune fille.

- On avait dit que …

- James est à l'infirmerie, il a une éruption de furoncles, lui apprit-elle avec un sourire plus ou moins innocent. Isaac est en cours, un truc de rattrapage, je n'ai pas trop bien compris.

Gemma faillit répliquer mais préféra ne pas perdre son temps. De toute façon, elle finirait bien par abdiquer à un moment où à un autre, alors autant le faire maintenant. La Poufsouffle sembla satisfaite de son absence de réponse, qu'elle prit pour une approbation et elles montèrent tranquillement au septième.

Elles furent retardées en chemin par Anatole Bensberg qui ne comprit pas ce qu'elles faisaient à cette heure-ci dans les couloirs au lieu d'aller étudier ou dîner, puis par le professeur Wiertz à qui elles adressèrent un sourire angélique mais qui ne parut pas dupe de leur manège. Fort heureusement, il ne leur fit aucun commentaire même s'il devait se douter qu'elles allaient à l'ancienne salle d'Aritmancie sans pouvoir le prouver.

Il faisait encore jour mais le couloir était toujours très sombre et il n'était pas difficile de s'y cacher. Pour ce qu'il s'y passait en ce moment d'ailleurs... Rien n'était arrivé, pas plus que la semaine dernière. A chaque fois, la porte était verrouillée mais aucune odeur ne s'en échappait. Gemma en était même venue à se demander si la potion n'était pas terminée et si Assem ne l'avait pas récupérée à un moment où ils n'étaient pas là.

- Je le sens bien ce soir, chuchota Dominique en se faufilant derrière les armures.

Tu parles, elle tenait simplement à justifier sa présence ici. Gemma ne fit encore une fois aucun commentaire, et se glissa derrière elle, se laissant tomber sur le sol une fois sûre d'être bien dissimulée. Elle sortit de son sac une feuille de parchemin griffonnée qui l'obsédait depuis quelques jours.

- Fais voir ? lança Dominique.

Sans attendre sa réponse, elle lui arracha la feuille des mains et, pendant une ou deux minutes resta silencieuse.

Mistt (poussée dans les escaliers), Hemwould (plus d'os dans les jambes), Tawson (plus d'os nulle part), Teyssier (endormie), Estebald (endormi), licorne (volé du sang puis morte)

Lien entre eux ? Aucun mis à part leur ascendance moldue.

Potion

- Sang de licorne, Asphodèle et sûrement les os. (Intégrés de quelle manière ?)

Potion où l'on veut prouver son innocence ou prouver qu'on peut voler l'innocence. Ou aucun des deux ?

Coupable

Assem. Pourquoi ?

Les deux autres voix.

Livre des Mythes Slaves du 18ème siècle. Ramassis d'idioties.

Finalement, Gemma avait été cherché le fameux livre dissimulé dans les cuisines. Elle avait parcouru avec attention la préface et les premiers chapitres mais avait vite deviné qu'il ne contenait rien d'important. Pire encore, au lieu de mythes, l'auteur aurait pu parler de contes. Le troisième chapitre racontait la légende d'un géant qui aurait fait la prospérité de tout un village autrefois. Jusque-là, Gemma voulait bien y croire si elle écartait la personnalité de ces êtres, hostiles à toute vie humaine, même celle de leurs semblables. Mais l'auteur décrivait le géant comme agréable et bavard, distribuant son or au commun des mortels. Arkadiy, c'était son prénom, tombait ensuite amoureux de la fille d'un riche marchand et celui-ci la lui offrait en mariage. C'était à ce moment là que Gemma, dégoûtée et l'image d'un géant et d'une humaine lui trottant ignoblement dans la tête, avait refermé le grimoire avant de le ranger dans sa malle.

Ils avaient pris beaucoup de risques en s'introduisant dans la Réserve et, en plus, pour rien.

- Qu'est-ce que Mistt vient faire là-dedans ? l'interrogea Dominique qui avait fini de lire ses annotations.

- Et bien je ne suis pas sûre, hésita Gemma. Mais tu te souviens qu'on l'avait retrouvée dans les couloirs la nuit en début d'année ?

- Oui, quelqu'un l'aurait poussée dans les escaliers. Mais ce sont des bêtises, cette fille a toujours été une menteuse …

- Peut-être. Ou alors, c'était Assem et ça ne s'est pas passé comme prévu. Cette histoire est quand même bizarre.

Peu convaincue, Dominique hocha néanmoins la tête. Les deux jeunes filles continuèrent à discuter quelques minutes encore avant de se lasser. Sans élément nouveau, elles n'arriveraient pas à démêler le faux du vrai et Gemma espérait de tout son cœur que la jeune Poufsouffle ait eu raison et qu'il allait se passer quelque chose. Et si possible avant leur futur cours de duels.

Pendant près d'une heure et alors que la nuit tombait peu à peu, elles se tinrent silencieuses derrière l'armure, plongées dans leurs pensées respectives. Gemma avait fini par repenser à Abel et, à certains moments, avait dû serrer les dents pour ne pas pleurer. Dominique avait l'air étonnement pensive et sérieuse et la jeune fille se demanda à quoi elle pensait, sans vraiment souhaiter avoir la réponse.

Il était presque sept heures et demi et elles allaient partir afin d'avoir le temps de dîner quand des bruits de pas se firent entendre. Après avoir échangé un regard, les deux jeunes filles se recroquevillèrent dans leur cachette, priant pour ne pas se faire repérer tout en espérant que ce soit Assem.

Ce n'était pas Assem. Pas que.

Avec elle, deux hommes. L'un était fin et peu avenant avec son costume gris à l'ancienne mode sorcière qui lui donnait l'air de sortir d'un autre temps. L'autre était l'homme le plus gros que les deux filles n'aient jamais vu. Pas une seule parcelle de son corps ne semblait épargnée par la graisse. Il n'avait pas l'air plus agréable que le premier avec son tee-shirt moldu trop petit et ses trois mentons.

Les trois personnages se dirigèrent vers la porte close qu'Assem déverrouilla grâce à une formule que Gemma ne comprit malheureusement pas, trop longue pour qu'elle puisse la retenir et se faufilèrent à l'intérieur.

- Bordel de merde, jura Dominique une fois certaine de ne pas avoir été entendue. Là, on a quelque chose.

Quelque chose oui mais quoi ? Elle ne savait pas qui étaient ces hommes. D'ailleurs, comment Assem arrivait-elle à les faire pénétrer dans le château ? Dans quel but ? Travaillait-elle pour eux ? Venaient-ils vérifier l'avancée des opérations ?

La Poufsouffle se leva et Gemma la suivit contre toute prudence. Apparemment, elles avaient eu la même idée, celle de coller leur oreille à la porte pour entendre à défaut de voir. Au début, elles n'entendirent rien d'autre que le battement de leur cœur puis, quelques sons se firent entendre, impossible à décrypter. C'était à peine audible et aucune des deux ne comprit grand-chose. La dernière fois que ces deux hommes - elles supposaient que c'était les mêmes - avaient été là, ils ne parlaient pas Anglais. C'était sûrement pour ça qu'elles ne pouvaient pas décrypter leurs paroles.

- Il faudrait qu'ils haussent le ton, chuchota Gemma.

Comme si elle pouvait apprendre à parler une langue qui s'apparentait au Russe en quelques secondes. Dominique lui lança un regard noir, lui signifiant sa bêtise mais se reconcentra très vite sur ce qu'elle entendait. La prière de Gemma avait été exhaussée et les trois individus parlaient beaucoup plus fort à présent. Ils n'étaient pas très prudent mais, en même temps, personne ne trainait par là en temps normal. D'ailleurs, cela voulait dire qu'Assem ne se méfiait pas de la Poufsouffle ce qui était une bonne nouvelle.

- ….свет !

Une voix étouffée lui répondit, celle d'Assem, dans la même langue. Bien entendu, elles ne comprirent rien mais le mot "свет" revint plusieurs fois dans la conversation. Gemma se concentra pour ne pas l'oublier, quitte à passer trois heures dans la bibliothèque pour savoir ce qu'il voulait dire. C'était peut-être une fausse piste, un mot couramment utilisé dans cette langue mais cela valait le coup de tenter.

Plus étonnant, quelques minutes plus tard, elles entendirent prononcer le nom d'une ville française : Nice. Gemma n'était jamais allée en France mais Dominique avait fait plusieurs séjours dans la famille Teyssier et chez ses grands-parents maternels et savait à peu près où Nice se situait. Cela semblait avoir un intérêt pour eux car ils le répétèrent aussi plusieurs fois. Au final, ce fut tout ce qu'elles comprirent car les voix s'éteignirent au bout de dix minutes et elles décidèrent de s'en aller au cas où ils décideraient de sortir, ne voulant pas se trouver là à ce moment-là.

Gemma n'était pas certaine mais il lui semblait qu'elles avaient appris quelque chose de grave et d'intéressant ce soir-là.

- Il faut qu'on trouve ce que veut dire свет, murmura Dominique une fois qu'elles furent en sécurité.

- Et on n'en parle pas aux autres.

- Pourquoi ?

- Attendons de savoir ce que ça veut dire. Fais-moi confiance pour une fois ?

Étonnement docile, Dominique hocha la tête. Au final, elles convinrent de parler à Potter et Isaac des deux hommes mais de garder pour elles ce qu'elles avaient entendu. La jeune Serdaigle ne savait pas si elle avait compris ses motivations mais fut satisfaite qu'elle respecte sa demande, pour une fois.

En vérité, elle n'avait aucune envie de se ridiculiser à nouveau. Si ce mot свет voulait dire quelque chose comme "merci", "et" ou "donc", cela allait encore être un échec pour elle. Ce n'était pas le moment.

Alors qu'elles allaient entrer dans la Grande Salle, Gemma fut soudainement frappée par la pâleur de la Poufsouffle. Elle ne l'avait pas remarqué avant, trop occupée à se mettre en sécurité mais la jeune fille était blanche comme un linge. Elle savait que Dominique n'était pas très courageuse et que cet épisode avait dû lui foutre une trouille d'enfer mais de là à sembler sur le point de tomber dans les pommes...

- Hé, ça va ? lança-t-elle doucement.

- Hein ? Pourquoi ça n'irait pas ? Bon, tu bouges ton gros cul qu'on aille manger ou on campe ici ?

oOoOoOoOoOo

Non, effectivement Dominique Weasley n'allait pas bien. Et ça ne datait pas d'aujourd'hui.

Cela faisait plusieurs jours qu'elle passait du chaud au froid et sa tête tournait de plus en plus souvent. Ce n'était pas très inquiétant, pour elle, et annonçait juste l'arrivée d'une nouvelle crise. Lorsque son corps la prévenait, comme maintenant, elles étaient toujours plus violentes et douloureuses mais ce n'était pas la première fois. Elle espérait seulement que cela ne lui vaille pas un aller simple pour Sainte-Mangouste comme cela avait été le cas dix ans plus tôt lorsqu'elle avait vécu la plus violente crise de toute sa vie. Ce n'était pas le bon moment.

Alors, elle tentait d'endiguer la crise en prenant plus de potions que d'habitude et, généralement, tout allait bien. Là, elle était fatiguée et venait d'avoir un choc émotionnel. Elle passerait dans son dortoir avant le cours de duel.

Le dîner fut une longue torture pour la Poufsouffle et elle dût se forcer à participer à la conversation. Elle arriva moins bien à faire semblant car Molly se débrouilla pour lui demander, elle-aussi, si elle allait bien, juste avant le cours de duel. Elle ne prit même pas le temps de répondre à sa cousine, trop pressée de prendre sa potion sans arriver en retard et fit l'aller-retour en quelques minutes, un peu apaisée.

Le cours fut néanmoins long et épuisant et lorsque Wiertz les laissa partir, elle n'avait plus qu'une idée en tête : aller se coucher.

Après avoir salué Lysenko, qui la regardait toujours bizarrement, elle rattrapa rapidement le groupe des Poufsouffle qui aspiraient sans doute à la même chose qu'elle mais ne fit rien pour se mélanger à eux. Devant, Arthur et Camille discutaient à voix basse et sa meilleure amie lâchait quelques gloussements à certains moments qui n'échappaient pas à Molly, juste derrière, qui parlait avec Anatole et Joana. Isabel semblait perdue dans ses pensées, un peu à la traine par rapport aux autres.

Mais oui !

Isabel était d'origine russe. Bon, elle n'était pas née là-bas et n'y avait jamais vécu mais parlait couramment la langue à cause de ses parents. S'il y avait bien quelqu'un qui pouvait l'aider, c'était elle. Sans réfléchir, Dominique l'apostropha.

- Hé ! J'peux te demander un truc ? lança-t-elle en retenant la grande blonde par le bras.

Il était inutile de s'étaler avec Isabel qui aimait que tout soit net et précis. Elle n'était pas du genre à se laisser prendre avec Dominique, alors autant abréger la conversation.

- Vas-y, accepta la jeune fille en levant un sourcil interrogateur.

- Ça veut dire quoi свет ?

- Depuis quand tu apprends le Russe toi ?

Dominique toussa brièvement - les effets de la potion commençaient à se dissiper - et lança un regard au reste des Poufsouffle. Les deux jeunes filles s'étaient presque arrêtées maintenant et ils étaient loin.

- Je l'ai lu dans un manuel de potions.

- Et il n'y avait pas la traduction ?

- Non, mentit Dominique. Bon, tu sais ce que ça veut dire ?

- Bien sûr, répondit-elle en haussant les épaules. Lumière. C'est quand même étrange que tu aies trouvé ce mot dans un manuel de potions.

- En fait...

La jeune fille n'eut pas le temps d'inventer un autre mensonge, son cœur s'emballant d'un seul coup. Soudainement rouge, elle se mit à tousser tant et si bien qu'Isabel dut lui taper sur le dos, croyant sans doute que cela l'apaiserait.

Pas maintenant, supplia Dominique en tentant de retrouver un semblant de souffle.

Sa main rencontra l'épaule d'Isabel qui avait l'air très inquiète à ce moment et elle prit brièvement appui sur elle, se concentrant pour vider sa tête de toutes ses pensées et rester calme. Si elle paniquait, cela allait empirer.

Ses suppliques n'y firent rien, elle mit plusieurs minutes à se remettre. Les larmes aux yeux, mortifiée, elle comprit que cette fois-ci, elle ne pourrait pas trouver un seul mensonge convaincant. C'était Isabel pas Joana, Camille ou Anatole. Elle ne la croirait pas. D'ailleurs, elle la regardait toujours d'un air mi-compréhensif qui lui donnait des frissons d'épouvante et mi-inquiet.

Isabel était très intelligente, la plus intelligente d'eux tous, et elle connaissait son aptitude à découvrir les secrets. Après tout, elle savait très bien avant tout le monde la liaison qu'entretenaient Arthur et Camille. Il était hors de question qu'elle sache pour elle.

Alors Dominique choisit la solution la plus facile pour elle : la fuite. Elle souhaita vaguement une bonne nuit à Isabel et s'éloigna à grands pas, au risque de déclencher une autre crise.

Il restait deux mois. Même pas. Et, chose qui n'était pas arrivée en sept ans, elle avait eu un malaise devant l'un des Poufsouffle. C'était… carrément catastrophique.

Tourmentée, Dominique passa le reste de la soirée plongée dans ses pensées, évitant le regard inquisiteur d'Isabel et ne tarda pas à aller se coucher. Étonnement, elle avait à peine posé la tête sur son oreiller qu'elle s'endormit.

oOoOoOoOoOo

Ignorant tout des déboires que traversait Dominique, Gemma Lysenko était tranquillement installée à une table de sa salle commune, ses cours de Botanique dispersés devant elle et louchait dessus depuis plus d'une heure. Elle avait bien essayé de se concentrer, avait relu une ou deux fiches avec attention et, sans s'en rendre compte, s'était mise à relire la même phrase des dizaines de fois.

Et maintenant, elle regardait la table d'un air vide, n'ignorant rien des regards posés sur elle tout en se sentant au dessus de tout ça. Bien entendu qu'elle savait que, pour les autres, elle était la fille qui s'était faite rouler dans la farine par Johnson, mais tout ceci lui paraissait tellement loin.

Abel lui manquait. Le matin, au réveil, le midi, au déjeuner et le soir, avant d'aller se coucher. Malgré ça, malgré tout, il lui manquait. Elle était nulle, elle le savait et sans Dominique, elle aurait déjà craqué. Parce que, après tout, qu'avait-elle d'autre qu'Abel ?

Nella ne lui parlait plus depuis de nombreuses semaines - et elle commençait à regretter de s'être emportée tout en lui en voulant de moins en moins - et elle passait toutes ses journées en compagnie de personnes qui se connaissaient depuis des années et n'avaient pas besoin d'elle.

C'était dans ces moments-là que sa mère lui manquait le plus.

- Chef ?

La Préfète-en-Chef sursauta, étonnée qu'on vienne lui parler. Ses yeux se posèrent sur Mervin Kalls qui la regardait avec un sourire sincère qui la rendit immédiatement soupçonneuse.

- Oui ? s'enquit-elle.

- Tu sais quoi ?

Le garçon tira la chaise à ses côtés et se posa dessus comme si de rien n'était. Il lui sourit de toutes ses dents, comme si la situation était des plus normales, et reprit :

- Je vais demander à Aurore d'être ma petite-amie.

- Oh, c'est... super ! s'exclama-t-elle d'une voix faussement enjouée.

- T'es d'accord ?

La Préfète-en-Chef haussa un sourcil en l'air, se demandant de plus en plus si elle n'était pas victime d'un gag. Elle regarda lentement autour d'elle mais Mervin avait l'air sincère, mettait beaucoup d'application à faire comme si tout était normal et Potter n'était pas caché derrière une tapisserie. Elle se mordilla les lèvres tandis que deux solutions s'offraient à elle : lui faire comprendre qu'elle n'avait pas besoin de lui ou accepter sa main tendue. C'était une drôle de coïncidence, elle qui se demandait deux minutes plus tôt qui elle avait d'autre qu'Abel. Son salut ne se présentait sûrement pas en la personne de Mervin Kalls, douze ans à présent et un cran hors norme, mais avait-elle le choix ?

- Oui, murmura-t-elle finalement. Mais t'as pas besoin de mon accord.

Le garçon haussa les épaules d'un geste qui ne voulait ni dire oui, ni non. Passé les premiers moments de gêne, ils se mirent à discuter tout simplement, occultant volontairement leur dispute précédente.

La mère de Mervin avait enfin demandé sa garde exclusive. Il lui révéla que Nella Flint l'avait aidé à le lui demander, l'aidant à rédiger son courrier, ce qui fit mal au cœur à la jeune fille. Elle ne savait pas que son ancienne meilleure amie avait continué à parler à Mervin alors qu'ils ne s'appréciaient pas vraiment. Fort heureusement, le sujet changea très vite et ils en vinrent à parler de tout, de rien, des cours, des examens qui approchaient, des agressions qui avaient cessé - s'il savait... - mais surtout pas de sa rupture avec Abel. Elle trouva ça touchant de la part du Serdaigle qui n'était pas réputé pour son tact. Peut-être ces quelques semaines l'avaient-elles fait grandir…

Ce soir-là et pour la première fois depuis longtemps, Gemma dormit avec Mervin Kalls.

oOoOoOoOoOo

Tout le monde était là.

Louis Weasley et son amie Najat Stevenson contemplaient les sabliers avec attention.

Camille Teyssier et Arthur Lowe étaient assis sur un banc en pierre, plongés dans la lecture d'un parchemin. Non loin, Molly et Dominique Weasley, Anatole Bensberg et Joana Mayer discutaient.

Il y avait même Albus Potter et Scorpius Malefoy qui avaient des airs de conspirateurs.

Isabel Lowell tenait distraitement Thomas Ayling par la main tout en regardant en direction des autres Poufsouffle de septième année, l'air préoccupée. Le reste des Serpentard n'était pas très loin, semblant attendre ce dernier pour partir. Et puis Carlson, Potter, Jordan et, bien entendu Nella Flint, qui traversaient le hall avec entrain. Il y avait aussi Mervin Kalls et sa nouvelle petite-amie Aurore Marin qui n'étaient pas très loin d'elle.

Sans oublier les dizaines d'autres élèves qui se ruaient vers la Grande Salle alors que midi venait de sonner.

Lou Delort la regardait, c'était peut-être la seule qui avait remarqué que tout le monde était là.

Tout le monde était là pour la voir se recroqueviller sur place, rougir jusqu'aux oreilles et perdre toute sa dignité. Parce qu'Abel Johnson aussi était là. Il avançait, semblant ne pas avoir remarqué son malaise évident, son envie de fondre en larme et le pire, c'était qu'il ne l'avait sûrement pas vue.

- Hé, Chef ça va ?

Gemma Lysenko ne put répondre à la question du gamin, trop obnubilée par ce qu'elle voyait. Son visage, si parfait, ses yeux verts qui semblaient si innocents et ses longs cheveux bruns retenus en arrière. Son sourire, angélique, révélant une rangée de dents parfaites. Elle se rappela les mots les moments passés ensemble, les confidences, les rires, les joies... et la désillusion en rencontrant le regard noir de Lou Delort qui semblait lui rappeler comment tout ceci s'était terminé.

Le froid lui brûla l'estomac. Mais elle ne put empêcher les larmes de couler.

- Hé ! Mais...

La Préfète-en-chef repoussa violemment l'étreinte fugace du jeune garçon et s'enfuit en courant. Ce faisant, elle passa si près d'Abel qu'elle le frôla. Maintenant, il avait dû la remarquer. Comme l'ensemble du couloir bondé. Elle croyait voir des visages surpris ou excités par la future rumeur ou encore entendre la voix aigüe de Dominique.

Elle ne savait pas trop si elle rêvait ou pas mais quand elle faillit se casser la figure sur James Potter, elle comprit que c'était pire qu'un cauchemar. C'était la réalité.

oOoOoOoOo

- BORDEL ! entendit-on hurler au fond du hall.

C'était la voix d'Abel Johnson. Mervin Kalls lui avait donné un coup de pied dans les parties, ce qui ne soulagea pas pour autant Dominique Weasley.

Elle avait crié, espérant empêcher Gemma de se ridiculiser un peu plus mais cette dernière ne l'avait pas entendue - ou alors elle l'avait ignorée - et avait failli renverser son cousin James. Heureusement trop ahuri pour égorger la Préfète-en-Chef, il lui avait laissé le temps de fuir vers le parc.

- Quelle crétine, grogna Camille Teyssier, semblant vouloir avoir l'approbation de Dominique.

Et la jeune fille ne pouvait même pas la défendre.

A croire que Gemma n'avait rien appris de ses erreurs. La dernière fois qu'elle avait réagi comme ça face à un garçon, il l'avait harcelée pendant des mois et voilà qu'elle n'arrivait même pas à se contenir alors qu'elle le savait très bien. Un pas en avant, deux en arrière. Certaines fois, comme maintenant, il lui arrivait de penser que la Serdaigle était aussi faible qu'elle le pensait au début de l'année.

C'était pour ça qu'elle ne lui courrait pas après. Pour ça et parce que 1) elle n'était pas sa mère, 2) elle n'avait pas envie de s'énerver, 3) Elle avait faim, 4) Après une telle humiliation, plus jamais Isaac ne pourrait trouver Gemma... sympathique.

Dominique s'inquiétait pour elle. Elle ne comprenait pas son comportement. Même quand Isaac lui avait tourné le dos, jamais elle n'avait pleuré, jamais elle ne s'était démontée. Bon, elle l'avait harcelé pendant de longues semaines, ne récoltant rien d'autre que d'interminables silences, mais ce n'était pas pareil. Elle avait gardé sa dignité. Et celle de Gemma était limite anorexique.

- La pauvre quand même, soupira Molly.

Les Poufsouffle semblaient partagés entre son état d'esprit et l'indifférence comme Camille et Arthur - mais, en même temps, il lisait toujours l'une de ses fiches de Métamorphose et ce n'était pas sûr qu'il ait remarqué la scène.

Molly comprenait elle. Dominique, par de petits détails qu'elle n'avait pas remarqué avant, se demandait à présent si elle aussi n'était pas toujours folle amoureuse d'Arthur. C'était une intonation dans la voix, des regards furtifs, un haut trop décolleté et surtout Joana Mayer qui l'avaient mise sur la piste. C'était triste.

oOoOoOoOoOo

- LYSENKO !

- Dégage.

- Tu m'as bousculé.

A travers ses larmes, Gemma distingua nettement le sourire narquois qu'abordait Potter. POURQUOI cet abruti ne pouvait pas la laisser tranquille dans un moment pareil ? Qu'est-ce qu'il voulait ? Lui faire remarquer qu'elle avait un air de parenté avec un fox-terrier ? Lui répéter encore et encore qu'elle était laide et encore plus quand elle pleurait ? Lui démontrer par a+b qu'elle avait le courage d'une endive ?

Elle le savait déjà. Et elle n'avait pas assez de force pour l'envoyer voler dans la barrière qui retenait les licornes à l'orée de la forêt interdite. D'ailleurs ça aurait été vraiment méchant pour ces pauvres créatures qui n'étaient pas tenues de supporter le Gryffondor. Bon, à vrai dire, elles semblaient aimer sa présence. C'était bien les seules.

Qu'est-ce qu'avaient ces animaux pour lui lécher le visage de cette manière ? C'était complètement fou, dégoûtant et impudique. Ce n'était pas dans la nature. Les licornes n'aimaient pas les garçons. Elles n'aimaient donc pas Potter.

Et elle, elle aimait Abel, malgré tout. Peut-être que les choses n'avaient pas d'explications après tout.

- A vrai dire, je n'étais pas venu pour te voir te lamenter sur ton sort. Ce n'est même pas drôle. Parce que personne n'aurait parié que tu fasses autre chose que pleurnicher, n'est-ce pas ? reprit Potter en croisant les bras. Tu vas finir par te convaincre que c'est de ta faute, pleurer, tu vas te lamenter sur ton sort, pleurer, t'enfuir en courant à chaque fois que tu vas voir Johnson, pleurer, et finir par retourner cacher ta sale tête sous tes draps.

Le jeune Gryffondor poussa un soupir de lassitude et caressa distraitement l'encolure de la licorne qui se tenait à ses côtés avant de reprendre, tranchant.

- Ça ne te rappelle rien ?

Hébétée et furieuse qu'il ose profiter de cette occasion pour la rabaisser plus bas que terre, encore une fois, Gemma ne réussit même pas à répondre. Potter profita de son silence pour enfoncer le clou.

- Tu crois qu'un jour tu arriveras à être moins ridicule ? Bien que je sois septique sur le nombre d'hommes acceptant de se coltiner ta présence au quotidien, faut croire que de tels fous puissent exister. Parce que ça commence à devenir lassant.

- Tais-toi. Ça n'a aucun rapport avec toi… avec la dernière fois.

- Pourquoi ? l'interrogea-t-il, ironique. Ah oui, pardon, l'amour, les sentiments, tout ça… J'oubliais que moi, c'était plus pour le Potter que pour le James.

- Mais t'es bouché ou quoi ? s'énerva-t-elle un peu plus. Tu es tellement… égocentrique !

Potter opina du chef, se moquant ostensiblement d'elle, comme si tout ce qu'elle disait ne l'intéressait pas. Sa tête s'inclina, se posant doucement contre les naseaux de la licorne et elle hésita à en profiter pour lui enfoncer sa baguette entre les deux yeux.

- Mais Johnson, lui, ne t'aimait pas, remarqua-t-il. C'était juste… une couverture, c'est ça ?

Le Gryffondor semblait hésitant mais la Préfète-en-Chef était sûre et certaine qu'il savait très bien de quoi il parlait et où il allait, se moquant un peu plus de sa déchéance.

- C'était juste une couverture, répéta-t-il. Alors pourquoi est-ce que tu réagis comme ça ?

- Mais parce que...

- Je m'en fous. Tu réagis mal Lysenko et en plus tu le sais. Et je n'ai aucune envie de te voir chialer jusqu'à la fin de l'année. N'est-ce pas ?

La dernière question ne lui était pas adressée. En vérité, il s'adressait à la licorne, la regardant tendrement comme s'il s'attendait à ce qu'elle lui réponde. Ce type était complètement taré, complètement. La créature eut, étonnement, un mouvement de tête qui laissa Gemma abasourdie. C'était juste une coïncidence mais, l'espace d'un instant, elle eut l'impression qu'elle approuvait les paroles du Gryffondor.

- T'as compris ce que j'ai dit ? s'enquit Potter en se redressant.

Oh, elle n'était pas sourde. Pour résumer, elle était nulle, faible et amoureuse du mauvais type. Elle le savait déjà. Ce n'était pas comme s'il ne lui avait pas assez répété tout au long de l'année.

Potter flatta une nouvelle fois l'encolure de la licorne et s'éloigna de quelques pas, la dépassant sans un regard pour elle. Alors qu'elle crut pouvoir être enfin seule pour épancher sa peine il se retourna brusquement.

- Ce que j'ai vraiment dit, précisa-t-il. Arrête tes conneries.

oOoOoOoOoOo

Nella Flint vit nettement la silhouette svelte de James se dessiner devant elle. Assise sur un gros rocher, elle ramena ses jambes sous son menton, pensive. Elle ne savait pas pourquoi elle avait suivi Gemma alors qu'elle s'enfuyait vers le parc. Elles n'étaient plus amies après tout. Elles n'étaient plus rien et ce n'était pas deux mois avant les ASPICS que cela allait changer.

Mais la vision de son ancienne meilleure amie en larmes avait complètement disparue pour laisser place à une totale incompréhension lorsqu'elle avait vu James en sa compagnie, en contrebas. Elle les avait vus discuter sans pouvoir saisir le moindre mot et s'était assise sur ce rocher pour les observer. A sa plus grande surprise aucun d'entre eux n'avait dégainé sa baguette ou ses poings et elle avait regarder avec étonnement le Gryffondor s'éloigner.

Elle aurait pu partir. Elle était restée. A sa plus grande honte, elle n'avait qu'une idée en tête : lui tirer les vers du nez.

A force de trainer avec Dewi et Wil, elle commençait à le connaitre. Il n'était pas si méchant que ça, plutôt intelligent quand il arrêtait de se prendre au sérieux et, même si leurs relations n'étaient pas au beau fixe depuis qu'elle lui avait confié ses doutes sur sa relation avec Wil - une bien terrible erreur de sa part d'ailleurs -, il l'écoutait et la respectait.

- Qu'est-ce que tu fous ici ?

Et il avait l'air légèrement tendu à cet instant présent aussi.

- Et toi qu'est-ce que tu faisais avec Gemma ? demanda-t-elle doucement.

- Tu m'observes ?

- Non, bien sûr que non, réfuta la jeune fille en rougissant car, même si ce n'était pas vraiment lui qu'elle avait suivi, elle était gênée.

James la regarda bizarrement et elle crut qu'il allait s'emporter mais il parut changer d'avis au dernier moment. Au contraire, il se laissa tomber contre le rocher, à ses pieds.

Au loin, elle distingua nettement la silhouette sombre de Gemma se diriger vers la cabane abandonnée de l'ancien garde-chasse. Elle se demanda ce qu'elle allait faire là-bas mais la réponse lui sembla évidente après quelques secondes de réflexion : elle voulait être seule.

- Je me demande comment tu as pu être amie avec une cruche pareille.

- Qu'est-ce que tu lui as dit ?

- Rien.

- Je vous ai vu parler.

- Je réitère ma question alors : qu'est-ce que tu fous ici ?

Nella comprit immédiatement le sens de sa question. Avait-elle réellement suivi une fille qui lui avait tourné le dos après des années d'amitié ? Elle n'eut même pas besoin d'y répondre, c'était une évidence pour elle comme pour lui.