Merci à Mlle Point de Cote, Maneeya, EllieFowl, SmilingSparrow, ChevalHistoire, UranusMarie, Isabelle Pearl, Dobbymcl, Elia (Eeeet ... Non, c'est pas toi ! Effectivement, elle va évoluer, ils peuvent pas rester au stade "je te déteste" toute leur vie, je te rassure ! T'as raison, va falloir du temps pour ces deux-là ... Merci pour ta review :)), LouRêve, Crepuscule1, Pepoune (Bon courage ! Même si apparemment, t'en as pas besoin ... Ahah, le talent, je connais, c'est comme ça que j'ai eu mon bac. T'inquiète pas, la plupart du temps, y'a pas besoin de plus. Bon, sinon, je t'ai un peu perdue avec le prochain chapitre, j'espère que ça ira mieux avec les suivants ! Merci pour ta review en tout cas !) et Barbiemustdie.

Alors déjà, un grand PARDON pour ce retard ! Je me trouverai bien des excuses mais en fait c'est de la faute de Barbiemustdie et de ses épreuves anticipées du BAC. Voilà, ça c'est dit, à elle les tomates maintenant ! (et les remerciements après, pour avoir un chapitre lisible et prêt deux jours après la fin de ses examens). Bonne lecture !


"Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences..."

Anna Gavalda


- Elle préfère les filles.

Pendant un instant, le temps sembla s'arrêter et un silence de plomb s'installa autour d'eux. Gemma Lysenko entendait même les clapotis de l'eau du lac, qui était pourtant très loin d'eux. Pendant qu'elle hurlait, son assaillant avait eu le temps de sortir sa baguette et si elle le tenait toujours en joue avec la sienne, elle pouvait sentir le bois lisse et fin de celle de Potter contre son ventre. Si seulement elle ne sentait que sa baguette. Mais non, il était si près d'elle qu'il lui avait postillonné dessus.

- Je…, marmonna brusquement Potter, l'air désarçonné. Oublie tout ça.

- Comme si j'avais pris l'habitude de noter chaque débilité qui sort de ta bouche, railla la Préfète-en-Chef.

Un gerbe rouge sortit de sa baguette, brûlant brusquement le cou de Potter. Depuis le temps qu'elle en rêvait. Le Gryffondor n'eut pas l'air d'avoir très mal mais recula d'un bon pas, le visage menaçant.

- Tu sais quoi Potter ? Tant mieux ! cracha-t-elle. Au moins tu sais ce que c'est de souffrir, toi qui as toujours eu une vie rêvée.

- Une vie rêvée ? s'offusqua-t-il en oubliant de contre-attaquer à cause du choc. Encore une fois, tu ne sais pas de quoi tu parles.

- Je compatis, vraiment. C'est quoi ton quotidien ? Tu passes la journée à jouer au Quidditch en attendant que ta mère t'appelle pour le repas ? C'est vrai que ça doit être dur. T'es un Potter, bordel !

La jeune fille plissa les yeux, le défiant du regard de rétorquer. Il n'avait pas le droit de se faire passer pour une victime, comme si ses petits soucis existentiels valaient les siens. Quand bien même ce qu'il disait était vrai, il ne pouvait pas se comparer à elle.

- Effectivement, gronda James pour toute réponse. Mais je n'ai pas eu le choix.

Les yeux de Gemma se plissèrent et elle éclata de rire. Mais qu'est-ce qui n'allait pas chez ce type ? En plus d'être le garçon le plus méchant et vicieux qu'elle connaissait, il ne pouvait s'empêcher de se prendre pour le centre du monde. Et il l'était. Il avait tout ce qu'il voulait : célébrité, popularité, amitié. Qu'il n'aille pas lui faire croire que c'était dur pour lui d'être un Potter. Oh non. Il n'avait jamais rien vécu de grave, de douloureux. Ses parents, auxquels il avait un peu trop tendance à s'identifier, semblant ne plus arriver à faire la différence, avaient vécu de grandes aventures et connu un univers noir. Pas Potter. Il n'avait pas le droit de se plaindre encore une fois.

Sa baguette commençait à s'agiter toute seule et Gemma se revit, gamine, en train de perdre le contrôle de sa magie. A l'époque, rien de grave n'arrivait. Elle se contentait de dénouer ses tresses ou de briser une assiette à l'occasion. Là, c'était Potter qu'elle avait envie de briser.

- Vous allez continuer votre cinéma encore longtemps ?

Depuis combien de temps était-elle là ? Dominique Weasley, ses longs cheveux blonds se balançant au rythme du vent qui soufflait fort aujourd'hui, les regardait, un peu plus haut, les bras croisés. Elle hésitait visiblement à intervenir vraiment, le visage tourné vers la baguette de Gemma qui crachait de petites étincelles rouges.

Qu'aurait-elle pu faire ? Elle était beaucoup plus douée qu'elle en Sortilège et avait l'avantage de la distance. La Préfète-en-Chef pouvait tout à fait carboniser son homologue masculin avant que la petite blonde n'arrive à la désarmer. Idée tentante.

- C'est bon, c'est bon, j'me casse, grommela Potter en rangeant sa propre baguette.

Inconscient du danger, le Gryffondor tourna le dos à Gemma dont les yeux brillèrent étrangement. Qu'est-ce qui la poussa à tourner la tête ? Une sorte d'instinct ? La surveillance dont elle se savait l'objet ? Toujours est-il qu'elle se tourna automatiquement vers la droite, rencontrant une nouvelle fois le regard bleu de Dominique et que ce geste sauva sûrement James Potter.

La Poufsouffle secouait la tête, visiblement partagée entre la surprise et l'agacement. Qu'est-ce qu'elle croyait ? Que cette histoire de septième étage allait endiguer la haine qu'elle ressentait pour Potter ? Qu'ils pourraient, un jour, discuter calmement et sans à-priori ? Et puis quoi encore, aller prendre une tasse chez Madame Piedodu en se racontant les derniers potins ?

Dominique se rapprochait dangereusement d'elle lorsqu'elle songea qu'elle tenait une occasion en or de blesser son ennemi. Malheureusement, un coup d'œil en direction du parc lui apprit qu'il était déjà loin. Beaucoup trop pour prendre le risquer de toucher quelqu'un d'autre.

- Je ne veux plus entendre parler de Potter, grinça Gemma. Je ne veux plus être obligée de lui parler ou monter au septième avec lui, tu m'entends ?

- J'avais cru comprendre.

- Tu as tout entendu ?

- Ouais, marmonna Dominique, visiblement perturbée.

Cette dernière passa machinalement sa main dans ses cheveux, son regard se posant à l'endroit où son cousin se tenait quelques instants plus tôt. Elle sembla réfléchir quelques secondes avant de se rappeler de la présence de la Serdaigle et ne se tourna pas tout de suite vers elle.

- Mais tu sais, il a pas tout à fait tort, grogna-t-elle finalement. Être un Weasley, c'est parfois chiant. Alors un Potter...

- Bien sûr, approuva Gemma, ironique.

Dominique poussa un soupir agacé, signe que la jeune fille ne comprenait pas ce qu'elle voulait dire. Mais, malgré tout, elle ne rajouta rien, ses lèvres se pinçant dans une imitation parfaite de Minerva McGonagall. Merlin, qu'elle avait l'air sérieuse et mature à ce moment précis.

- Quoi ?

- Cette histoire de fille qui...

- Non ! s'offusqua Gemma. Ne me parle plus de Potter. En plus, il a dû inventer cette histoire pour se rendre intéressant.

- D'accord, d'accord, abdiqua-t-elle. De quoi on parle alors ? De ta manie de toujours fuir les problèmes ?

Par problème, elle entendait Abel. Avec son altercation avec Potter, Gemma se rendit compte qu'elle avait totalement oublié l'incident survenu seulement quelques minutes plus tôt. Elle rougit jusqu'aux oreilles.

Elle hésita à rabrouer Dominique. Néanmoins, elle avait déjà admis qu'elle avait un véritable problème. A quoi cela servirait de se mettre à dos la seule personne avec qui elle avait encore des relations sociales alors qu'elle était en tort ?

Pire, il lui avait fallu un an pour affronter Potter. Elle n'avait aucune envie de s'effondrer à chaque fois qu'elle voyait Abel. Cela ne voulait pas dire qu'elle se sentait capable de ne plus l'aimer, oh non. Une partie d'elle espérait encore tandis que l'autre voulait juste retrouver un semblant de dignité.

- D'accord, je t'écoute.

oOoOoOoOoOoOo

Trois heures plus tard, Dominique Weasley se glissait entre ses draps et son lit moelleux, encore sous le choc, après avoir prétexté un réel besoin de faire la sieste à ses amis de Poufsouffle.

Oh, rien à voir avec Lysenko et ses gémissements. Plus que le contraire, c'était elle qui l'avait écoutée. Se plaindre. De tout. Sans pourtant arriver à trouver une solution, alors qu'elle était juste là, sous son nez et que même James lui avait dit. Enfin, hurlé plutôt. Redresse la tête.

Elle n'avait pas voulu le lui répéter, persuadée que la Serdaigle allait trouver mille et un arguments prouvant qu'elle n'en était pas capable tout en se dénigrant. C'était ça son problème. En cours, elle savait tout mieux que tout le monde et en était parfaitement consciente, jouant même de ses facilités avec un snobisme énervant et, dans le monde réel, elle était nulle. Complètement en dehors de la réalité, des adolescents et de ses codes. Elle était d'une nature faible, émotive et n'importe quel problème prenait une proportion énorme parce qu'elle n'avait pas confiance en elle. Dominique se doutait que ça avait un rapport avec sa mère, dont elle avait été très proche et n'arrivait visiblement pas à faire le deuil. Néanmoins, sur ce point aussi, elle s'était tue.

Pas par peur. Mais parce qu'elle n'était pas très douée pour les conseils, plutôt abrupte et que c'était un sujet bien trop délicat pour elle qui préférait la frivolité au sérieux. Mais, elle avait compris quelques semaines plus tôt qu'écouter Lysenko était plus que suffisant et c'était ce qu'elle avait fait. Pendant trois longues heures, elle avait été comme plongée dans un état léthargique.

Choquée.

Choquée d'apprendre que James pouvait aimer autre chose que son nombril et Wil Jordan. Parce que, contrairement à Lysenko, elle en était arrivée à la conclusion que son cousin avait dit la vérité. Pendant longtemps, la petite blonde avait réfuté ce fait, songeant que James voulait seulement se rendre intéressant mais elle les avait observés, de loin, avant que la situation ne dégénère. Il était en colère, au point de vouloir tordre le cou à Lysenko mais voulait aussi lui prouver quelque chose. Comme le fait que porter le nom de Potter - ou Weasley- n'empêchait pas d'avoir ses propres problèmes, qu'elle n'était pas seule sur terre et que la plupart des gens se contentaient de survivre au lieu de vivre. Dominique était bien placée pour le savoir d'ailleurs.

De plus, il ne devait pas avoir peur que la Serdaigle aille le répéter à qui que ce soit. Premièrement, elle ne l'avait pas cru et, deuxièmement, il savait pour la mort de sa mère.

Choquée d'apprendre que James Potter était amoureux de Dewi Carlson.

Là aussi, tout en réfléchissant à la possibilité que cette histoire soit vraie, elle en était arrivée à la conclusion que trouver la fille revenait à trouver la vérité.

Cela avait été facile. James n'était pas du genre à s'attacher rapidement et on avait souvent confondu son amitié avec Carlson avec autre chose de plus fort. A l'époque, lorsqu'ils avaient commencé à trainer ensemble - en troisième ou quatrième année - il passait son temps à réfuter ce fait. Il devait être sincère à ce moment-là mais ses sentiments avaient dû se transformer au fil du temps.

C'était étrange et inhabituellement mature de sa part de songer à son cousin de cette manière mais elle commençait à s'habituer à l'idée. Après tout, elle avait refusé de grandir pendant dix-sept ans mais dans quelques semaines, elle passerait dans le monde des adultes.

Mais pour en revenir à Carlson, elle avait eu un peu de mal à admettre qu'elle préférait les filles. Elle était bien connue pour ses nombreuses conquêtes, jusqu'à la fin de la sixième année. Était-ce là qu'elle avait commencé à changer ?

Dominique ne connaissait aucun homosexuel. Elle ne pouvait pas dire que ce fait la choquait vraiment, en fait, c'était plus que ce soit Dewi Carlson qui la surprenait mais c'était sûrement parce qu'elle l'avait toujours vue en compagnie de garçons. Après tout, chacun faisait ce qu'il voulait. C'était juste une nouvelle fracassante.

- Hé Dom, tout va bien ?

Dominique sursauta et redressa la tête, ses yeux bleus rencontrant le visage lunaire de Camille qui la regardait du pas de la porte du dortoir, l'air septique. Elle devait avoir l'air pensive depuis un bon moment. Un instant, un instant seulement, elle hésita à partager cette découverte avec sa meilleure amie. Quelques mois plus tôt, elle n'aurait pas hésité et l'histoire aurait déjà fait le tour de l'école. Mais elle songea que c'était un peu plus compliqué que ça cette fois-ci et que, tout comme pour la mère de Lysenko, il y avait des secrets à ne pas dévoiler.

Un petit sourire s'afficha sur son visage et elle hocha la tête, rassurant ainsi Camille.

oOoOoOoOoOo

- Psst, chuchota Mervin Kalls, tu dors ?

- Hein quoi ? Y'a le feu ?

A tâtons, la main de Gemma se posa sur sa table de chevet à la recherche de son réveil. Elle finit par le trouver, au bout de quelques secondes et se rendit compte qu'il n'était que cinq heures du matin. Un peu plus réveillée, elle balaya le dortoir des filles et découvrit, sans surprise, qu'il n'y avait aucune trace d'un quelconque incendie.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- J'ai plus sommeil.

- Moi si. Rendors-toi, les filles vont finir par nous entendre.

Comme au début de l'année, Gemma Lysenko avait fini par accepter à nouveau la présence du gamin de première année dans son lit, quelques soirs par semaines. Il s'arrangeait pour monter lorsque toutes les septièmes années étaient endormies et partait bien avant qu'elles ne se réveillent. Malgré tout, Gemma tremblait que l'une d'elle ne le surprenne là un jour.

Après tout, ils ne faisaient rien de mal et elle aimait bien avoir une présence à ses côtés la nuit, contrairement au début de l'année où elle était plus réticente. Néanmoins la jeune fille se doutait que beaucoup d'interprétations pouvaient ressortir si on savait qu'ils passaient la plupart de leurs nuits ensemble.

Elle faisait donc tout pour le cacher. Hormis leurs précautions habituelles, elle appliquait toujours un sortilège autour de son lit qui faisait qu'on ne pouvait les entendre jusqu'à ce qu'elle s'endorme. Elle tirait ensuite les rideaux et priait pour qu'aucune des filles ne les ouvre pour une quelconque raison.

- Mais l'année prochaine tu seras plus là, profite-en chef ! marmonna le gamin en tirant une grande partie de la couette vers lui.

- Délivrance, grogna Gemma en effectuant le même geste vers elle, découvrant Mervin à moitié.

- T'en penses pas un mot.

- Non, admit-elle. Dors maintenant.

Gemma crut qu'il allait encore discuter mais, bizarrement, il n'en fit rien. Le première année se recroquevilla sous la mince partie de la couette qu'il avait réussi à glaner et elle l'entendit soupirer dans son dos. Quelques secondes plus tard, il posait sa main sur son épaule, dans un geste d'affection inhabituel chez lui. Elle faillit le repousser mais décida que ce n'était pas important et, de toute façon, elle sombrait déjà dans les bras de Morphée, dans un sommeil sans rêve.

Elle n'avait pas tort, ses précautions étaient efficaces. Nella Flint n'avait pas entendu leur conversation mais avait nettement distingué la silhouette de Mervin Kalls se glisser dans les draps de son ancienne amie, quelques minutes plus tôt.

oOoOoOoOoOo

- Cesse de faire l'enfant !

Cesse de faire l'enfant !

Si Nott avait su combien cette supplique et le ton ferme qui l'accompagnait rappelait sa mère à Dominique Weasley, alors peut-être qu'il aurait compris son absence de réponse et le geste obscène qui l'accompagnait. Sans plus de considération pour Isaac, elle accéléra sa foulée, songeant qu'il la rattraperait aisément s'il le voulait.

- Dominique, entendit-elle rager derrière elle. Il fait nuit et un taré rode dans le château mais je ne compte pas te suivre éternellement. Alors…

Elle n'entendit pas la fin de sa phrase car ses mains s'étaient posées automatiquement sur ses oreilles pour ne plus entendre cette voix rauque et chaude qui l'insupportait. Mais cela devait donner quelque chose comme "alors, arrête de m'emmerder et arrête-toi". Parfait. Emmerder Isaac était sa deuxième passion après le Quidditch.

Il était… il était insupportable ! Et en plus, il adorait ça, elle en avait conscience. Elle ne savait pas quel tour de magie il avait opéré en devinant que l'ignorer au profit de Gemma l'emmerderait à ce point, ni pourquoi il la suivait alors qu'il devait savourer l'instant, mais elle n'avait qu'une obsession : retourner dans son dortoir et se nicher sous les couvertures de son lit.

Surveiller la porte du septième étage avec Isaac ET Gemma était une erreur à ne plus faire. La situation avait très vite dégénéré, sans qu'elle ne comprenne pourquoi.

Dominique s'était promis d'ignorer le Serpentard, surtout après ce qu'il s'était passé la dernière fois, mais c'était viscéral. Elle ne pouvait pas s'empêcher de sentir ses tripes remuer à chaque fois qu'il était aimable avec la Préfète-en-Chef. Elle ne pouvait pas s'empêcher de vouloir sauter sur Gemma pour l'étrangler alors qu'elle n'avait rien fait et ignorait tout des manigances stupides du Serpentard. Si la jeune fille ne voulait pas vraiment qu'Isaac s'intéresse à elle avec ce qu'elle cachait, elle ne voulait pas non plus qu'il fasse semblant de s'intéresser à une autre.

- T'es née pour m'emmerder.

A cause de l'emprise qu'il exerçait à présent sur son poignet, elle avait stoppé net sa course endiablée, manquant tomber la tête en avant dans le couloir. Une goutte de sueur perla sur son front et elle s'aperçut en relevant le nez qu'elle avait presque traversé tout le château en quelques minutes sans faire attention. Elle aurait très bien pu tomber nez à nez avec un Préfet ou un Professeur à cette heure avancée de la nuit à cause de sa négligence.

- Ne-me-touche-pas, haleta la jeune fille tout en contrôlant sa respiration.

C'était sans nul doute son égo qui avait le dessus à cet instant présent et ce dernier ne voulait pas se montrer faible face au Serpentard. Jamais. Quand elle se serait écroulée au sol en suffoquant dans d'autres circonstances, à peine ressentit-elle quelques fourmillements dans sa poitrine.

- Allons, lâcha-t-il dans son dos comme s'il avait affaire à une enfant récalcitrante. Allons.

Lentement, Dominique se retourna, levant ses yeux bleus à moitié clos par la fureur vers le visage d'Isaac qui était, décidément, un spécimen de neutralité. Sa main se posa sans aucune gêne sur son torse, sur sa cravate verte et argent négligemment nouée et elle le repoussa sans vergogne. Surpris par son geste, le jeune homme fit un pas en arrière, sa main se dénouant de son poignet.

- Jamais tu n'auras le dessus, grogna-t-elle.

- Vraiment ?

Isaac lui octroya un regard qui en disait long, se demandant si elle se fichait de lui après la scène qu'elle venait de faire.

Face à face, le duel qu'ils offraient était des plus intéressants. D'ailleurs, c'était un peu leur conception du tandem qu'ils étaient. Jamais l'un ne voulait plier devant l'autre ou le laisser avoir l'ascendant. Leurs yeux ne se quittaient pas et ils auraient pu rester là des heures à tenter de faire fléchir l'autre, s'il n'y avait pas eu le couvre-feu et un malade qui rodait dans le château.

Oui, leur relation était extrêmement étrange, un constant rapport de force éreintant et destructeur, mais dont ils jouissaient tous les deux sans qu'ils ne puissent dire précisément qui avait l'avantage.

- Tu vois Dominique, j'aurais tendance à penser le contraire, réfuta le Serpentard. Tu te souviens quand tu m'as dis que tu me récupérerais ? Je pense que tu n'es pas prêt d'y arriver.

Allait-elle l'accepter ? Le repousser ? Sûr de lui, il la contempla un instant avec suffisance tandis qu'un véritable dilemme se posait à elle.

Pendant quelques secondes, ils ne bougèrent pas, très raide, elle, la main posée près de son poignet et un air indéfinissable sur le visage. Puis, au même moment, ils firent un pas l'un vers l'autre et la jeune fille se cala contre lui, ses cheveux effleurant le haut de ses épaules. Il pouvait même sentir son shampoing parfumé à la vanille dont les effluves remontaient jusqu'à son nez.

La proximité avec Dominique le soulagea parce qu'il aurait détesté la poursuivre pour rien, rester bredouille devant la salle commune des Poufsouffle et surtout le sourire sadique qu'elle lui offrirait à leur prochaine rencontre comme pour dire "j'avais raison, tu m'as suivi comme un chien la dernière fois". Oui, il connaissait par cœur Dominique Weasley, même après six ans sans lui avoir octroyé ne serait-ce qu'un regard.

- Tu ne peux pas te passer de moi, constata-t-il sans quitter cet air suffisant qu'elle abhorrait tant.

- Il me semblait pourtant que c'était toi qui me courrait après.

Dominique lui offrit son plus beau sourire carnassier tandis qu'ils reprenaient leur marche, leurs pieds martelant le sol au même moment. Il perdit un peu de sa superbe, maudissant sa langue acérée, tout en espérant qu'elle ne s'en rende pas compte. Sauf qu'il ne savait par quel tour de magie elle opérait, mais Dominique semblait être la seule personne à même de se rendre compte des différentes palettes d'émotion que pouvait prendre son visage.

- C'est parce que Gemma me l'a demandé, lui avoua-t-il en se délectant de sa réaction, tout en lui révélant ce qui se trouvait être l'exacte vérité. Elle ne voulait pas que tu traines dans les couloirs à cette heure.

- Gemma est … Gemma n'est pas moi, rétorqua-t-elle tout en stoppant net.

D'un geste rapide, la jeune Poufsouffle se glissa devant Isaac, son menton levé en l'air lui donnant l'air affreusement snob. Comme si ses mots voulaient dire quelque chose, comme si elle voulait le défier de dire le contraire, comme s'il aurait pu pardonner à quelqu'un d'autre qu'elle sa terrible erreur six ans plus tôt. Visiblement, il avait compris tout ce qu'englobait l'ensemble de cette affirmation, lancée à la volée et pourtant terriblement contrôlée.

- Effectivement elle est bien plus…

- Ferme-là, ordonna la jeune fille en posant une main sur son torse, au même niveau que tout à l'heure, sauf que ses doigts agrippèrent la cravate cette fois. Dis pas trop de conneries non plus.

Lentement, sa main se déplia, se glissant sous la cravate, effleurant les boutons de sa chemise du bout des doigts. Tout aussi lentement, son corps s'avança et sa poitrine se plaqua un peu au dessus de son ventre.

- Tu sais…, reprit-elle, plus hésitante. Je n'ai pas oublié…

Son menton se rapprocha aussi, se posant sur son torse sans qu'il ne fasse un seul mouvement pour l'éviter, absorbé dans sa contemplation. Comme attirée par un aimant, sa main se posa sur les épaules de Dominique, se glissant dans son cou, en dessous de la masse de cheveux blonds. Un sourire satisfait mais pas triomphant, presque fragile, se nicha sur son visage.

- Qu'est-ce que tu n'as pas oublié ? s'enquit-il sans la quitter des yeux.

Ces derniers se mirent à briller et il plissa les paupières tandis qu'elle se mordait la lèvre inférieure, dans une tentative obscène de lui faire perdre le contrôle.

- Il y a six ans… quand on était assis près du lac, commença-t-elle.

Rêvait-il ou ses joues venaient de se colorer de rose ?

- Tu m'as dis que je n'avais qu'à être amoureuse de toi quand on serait grands, lui rappela-t-elle. Et moi j'ai dit que, de toi, je voulais bien.

Son corps si frêle, si dur à la fois, se serra un peu plus contre lui, sa main gauche remonta vers son visage et glissa sur ses lèvres. Il baissa la tête, haussa un sourcil, l'enjoignant ainsi à continuer et son cœur manqua un battement lorsque le visage de Dominique se rapprocha de lui.

- Je crois… , murmura-t-elle sans finir sa phrase.

A croire que le corps de Dominique n'était qu'un aimant destiné à l'attirer, et lui-même n'était pas d'assez mauvaise foi pour nier cela. Il ne contempla qu'un instant son front en sueur, ses sourcils fins et irréguliers, ses joues creuses et ses lèvres naturellement roses, se sentant rompre les derniers centimètres qu'il restait entre eux. Il sentit à peine son souffle chaud contre sa bouche.

- Je crois que c'est moi qui avait raison, ricana-t-elle soudainement en lançant son poing contre son torse, tout en esquissant un pas en arrière. Tu vois Isaac, tu rampes à mes pieds. Je t'avais prévenu.

Elle lui octroya une mimique ironique mais satisfaite avant de tourner les talons, ses longs cheveux blonds se balançant au milieu de son dos.

- Tu n'as qu'à aller pleurer dans les jupes de Gemma, lança néanmoins la jeune fille tout en lui octroyant, pour la seconde fois aujourd'hui, un geste obscène.

Songeur, il la regarda disparaitre dans le couloir sombre qui menait à la salle commune des Poufsouffle - ils étaient à peine arrivés dans le hall - sans même penser à la rattraper. Lorsque ses pas ne furent plus que des échos lointains presque éteins, un fin sourire s'afficha sur son visage. Et il éclata de rire. Un rire rauque, puissant, joyeux.

oOoOoOoOoOoOo

- Dominique ! se fâcha Molly en lui octroyant un coup de Manuel de Sortilèges sur la tête. Qu'est-ce que tu faisais tout à l'heure à dix-huit heures ?

- Heu … la sieste ?

- La sieste ? répéta sa cousine d'un air mauvais avant d'abattre une nouvelle fois le bouquin sur sa tête. Tu crois que je me suis embêtée à préparer un planning de révision pour que tu ne le suives pas ?

- Mais…

- Pas de mais ! Pour la peine, tu rattraperas ce soir les Sortilèges. De vingt-et-une-heures à vingt-trois heures.

Molly avait terminé sa transformation en tyran avec brio.

oOoOoOoOoOoOo

Les yeux perdus dans le vague, Nella Flint relisait distraitement les notes de son dernier cours d'Aritmancie, qu'elle connaissait déjà par cœur. Discrètement, elle gardait un œil sur Wil et Dewi qui se chamaillaient comme des enfants, quelques mètres devant elle, au bord du lac.

Ils passaient les ASPICS dans un mois à peine et ils ne pensaient qu'à s'amuser. Bon, à leur décharge, ils avaient étudié studieusement pendant une heure avant d'abdiquer.

Mais, si elle devait être honnête, Nella elle-même avait autre chose en tête. Elle avait reçu une lettre de ses parents le matin même. C'étaient de bonnes nouvelles mais cela impliquait tellement de choses que ses pensées étaient désordonnées, contrairement à ses habitudes.

Sa mère avait finalement accepté qu'elle parte à Orel à la fin de l'année. Elle allait pouvoir étudier dans cette école prestigieuse qui diversifiait ses activités en proposant une branche de Droit. Dans quelques mois, elle serait assise sur les bancs de l'université dans l'espoir de décrocher un diplôme. Elle n'était pas encore totalement convaincue que cette branche était faite pour elle et se demandait comment elle allait pouvoir gérer le stress des études tout en travaillant sa timidité. Ça, plus le fait de se retrouver dans un pays inconnu, cela faisait beaucoup.

La Serdaigle n'en avait pas encore parlé à Wil même si celui-ci savait pertinemment qu'elle désirait y aller et que sa mère ne voulait pas, jusqu'à hier. C'était dur pour elle. La Russie était à des milliers de kilomètres. Ils ne se verraient plus, plus comme maintenant du moins.

Et puis, elle devait aussi avouer que cela aurait pu être plus facile pour elle si Wil restait en Angleterre pour travailler et non… s'amuser.

Ce n'était pas un détail. Il avait raison. Elle ne le lui avait pas dit, ayant bien trop peur de ce qu'il pouvait se passer si elle en parlait. Alors, elle se taisait en espérant que ce sentiment passe, tout en essayant de deviner ce qu'il n'allait pas chez elle. C'est vrai quoi, elle aurait dû être heureuse que son petit-ami ait la chance de faire ce qui lui plaisait dans la vie.

Ce n'était pas de la honte mais elle n'imaginait pas présenter Wil à ses parents en leur disant "Oh, c'est trop génial, il travaille chez George Weasley, Farces et Attrapes". Déjà qu'il était un Jordan, le fils de celui que son père avait enfermé dans les toilettes juste avant un match de Quidditch et que Marcus Flint ne partirait pas d'un bon apriori sur Wil. Elle allait l'achever. Mais bon, sa mère adorerait ça. Et Maxine Flint gagnait toujours.

- Tu as l'air d'un Veracrasse constipé.

James Potter se laissa tomber à ses côtés, louchant vers son livre d'Aritmancie d'un air dégoûté, avant de tourner la tête vers Wil et Dewi qui se courraient après un peu plus loin.

Nella fronça le nez, à moitié indignée par l'insulte qu'il lui avait octroyé.

Mais, à bien y regarder, Potter n'avait pas l'air très en forme non plus. Les yeux dans le vague, il regardait ses deux amis d'un air indéfinissable. Elle se souvint qu'elle l'avait déjà trouvé pensif plusieurs fois ces derniers temps et se demanda s'il grandissait enfin. Ou alors, peut-être que Gemma lui avait vraiment coupé un bout du… cette fois-ci. Cette pensée la fit rire et il se retourna vers elle, haussant un sourcil septique.

- Laisse tomber, marmonna la jeune fille.

- Laisse tomber quoi ? répéta-t-il.

- Laisse tomber tout court.

- Pourquoi ?

- Parce qu'il faut savoir laisser tomber dans la vie ?

- J'aime pas laisser tomber.

- Information capitale.

La conversation devint si absurde qu'ils se turent un instant tous les deux. Avant d'éclater de rire, franchement, attirant par la même occasion l'attention des deux autres Gryffondor qui remontèrent vers eux, endiguant rapidement les quelques mètres qui les séparaient.

Quant à Nella, elle avait très vite cessé de rire, tandis que Potter s'esclaffait encore. Ce n'était pas très drôle après tout mais fallait-il y voir un signe ? Elle pouvait toujours laisser tomber, remettre à plus tard ce qu'elle avait à dire à Wil et, ce, sans forcément avoir mal. Non, si elle reportait ça à plus tard, c'était parce que cela l'arrangeait bien. Nella détestait les problèmes, les confrontations et tout ce qui s'en suivait. Elle aviserait après les ASPICS.

Et quand Wil et Dewi leur demandèrent ce qu'ils avaient, ils répondirent tous les deux dans un bel accord :

- Laissez tomber !