Je m'excuse direct 1-pour le retard 2- parce que ce chapitre n'est pas corrigé. Ma bêta est en vacances et n'a pas une très bonne connexion , il a fait beaucoup trop chaud ces derniers temps pour se mettre derrière un ordi et je fais pas mal d'heures supp' au boulot en ce moment alors ... Le temps est passé très très très vite :)

Du coup, ce chapitre a été corrigé par ... moi (oui, enfuyez-vous maintenant !), je vous assure que j'ai relu X fois mais me connaissant, je sais pertinemment qu'il reste des fautes, j'espère que ça ne vous choquera pas trop !

Une fois n'est pas coutume, je vous dis MERCI et je poste le chapitre avant de répondre personnellement à vos reviews. Bonne lecture (malgré tout) !


Dominique Weasley travaillait avant d'aller en cours, sautant plusieurs fois le petit déjeuner. Elle révisait pendant les pauses, n'arrivant parfois pas à finir son repas à cause de la pression. Sans oublier la soirée, consacrée entièrement aux études. Bref, elle respectait à la lettre le planning despotique de Molly. Sauf en cours.

Là, elle pouvait esquiver la surveillance de Molly et surtout sa fureur, sa cousine ne pouvant décemment pas se lever pendant les heures d'Histoire de la Magie pour lui abattre un manuel de trois cents kilos sur la tête.

- Vingt, trente-quatre, quarante-cinq, quarante-huit […] cent-trente-deux, donc cent-trente pour moi, compta Camille Teyssier, et trente pour toi. Tu es nulle.

Dominique ne répliqua pas et rassembla les cartes avant de les séparer en deux car c'était à son amie de distribuer. Cette dernière avait raison de toute façon, elle perdait cent-cinquante à huit cent trente et n'allait pas tarder à rendre les armes. De toute façon, elle n'aimait plus la belote de comptoir depuis qu'Arthur lui avait dit que c'était sa grand-mère qui lui avait appris à jouer. Et Dominique Weasley n'aimait pas les jeux de vieux.

Pendant ce temps là, Binns débitait son cours d'un ton monotone et, étant située au dernier rang, elle pouvait observer tous les autres septièmes années, certains n'étant pas plus assidus que Camille et elle. Carlson et Jordan, au deuxième rang, avait sorti un plateau d'échecs et jouaient au nez et à la barbe du professeur fantôme. Derrière eux, Flint et James notaient le cours (en apparence du moins). En plissant les yeux, elle remarqua que seule la première le faisait et que son cousin se contentait de dessiner en dormant à moitié. Joana n'avait pas ce problème, elle voyait très bien son dos se soulever de manière régulière et entendait parfois de petits bruits s'échapper de sa bouche.

La plupart des élèves n'étaient donc pas très concentrés, hormis Gemma Lysenko qui, bien entendu, suivait le cours avec assiduité, semblant boire la moindre des paroles de Binns.

La Poufsouffle suivit du regard le bras de la jeune fille pendant de longues secondes, observant sa main faire de larges allers-retours sur ses feuilles de parchemins. Si sa première pensée était moqueuse, elle devait avouer qu'au moins, Lysenko aurait ses ASPICS sans aucun problème et pire, qu'elle allait en entendre parler pendant de longues années, la Préfète-en-Chef étant capable de lui envoyer un hibou par semaine pour lui ressasser sa victoire.

C'était étrange et nouveau pour elle de voir sur le long terme en pensant à la Serdaigle. Mais, il était évident que leur entente cordiale n'allait pas cesser avec la fin de l'année. Oh, elles ne se verraient plus tous les jours, surtout si Gemma partait vraiment à Tallahassee (et n'auraient plus l'occasion de s'insulter aussi souvent ce qui affectait beaucoup la petite blonde), mais cette dernière ne la lâcherait pas. Elle non plus d'ailleurs. Elle ne savait pas comment elle le savait mais c'était une évidence qu'elle n'avouerait jamais à voix haute.

Leur relation était tellement spéciale. Elles pouvaient être aussi cordiales que détestables l'une envers l'autre sans que cela n'ait aucun impact. Peut-être parce qu'elles n'attendaient rien l'une de l'autre. Peut-être parce que cela leur était égal.

- Belote, annonça fièrement Camille en posant le roi de pique et retournant une autre carte, dévoilant un neuf de trèfle.

Dominique, qui pressentait encore une fois la défaite, grimaça et regarda la petite brune lui piquer son as de cœur.

C'était différent de la Poufsouffle, justement, parce qu'elle n'avait jamais mis Lysenko sur un piédestal, la savait faible et pleurnicharde et sentait que cette dernière n'allait pas tarder à faire quelque chose qui la répugnerait un peu plus -encore une fois-. Dans un sens, ce sentiment de dégout et d'abattement total devait être réciproque de sa part.

Depuis le début du cours, elle alternait entre regarder Lysenko et observer Isaac, assis deux rangs derrière la Serdaigle. A ces moments là, elle souriait.

Là, au moins, la jeune fille avait gagné. Elle avait sauvé son égo et son secret. Double carton. Depuis leur dernière rencontre, elle n'avait pas cherché à lui reparler. Leur prochain cours en commun de Potions était juste après celui de Binns mais elle ne l'appréhendait pas. Bien entendu, le Serpentard ne ferait aucun commentaire sur ce qu'il s'était passé mais elle savait qu'il savait qu'il avait perdu : quoiqu'il en dise, elle avait réussi à le récupérer, d'une manière qui la faisait se sentir très mal à l'aise parfois.

C'était fini ?

C'était ce qu'elle se promettait à chaque fois mais, en sa présence, l'envie de lui rabattre le caquet était trop forte. Ce n'était pas comme son rapprochement avec Lysenko, c'était inné.

Elle n'arrivait même plus à résister, oubliait tout ce qu'elle cachait et qu'il ne devait pas découvrir. En attendant, elle était lucide. Ce qu'ils étaient en train de faire s'arrêterait avant que l'un des deux participants ne s'essouffle. Après les ASPICS donc. Elle n'était pas encore prête mais n'avait pas le choix.

- Qu'est-ce que tu fous ? s'inquiéta Camille. Tu comptes pourrir ici jusqu'à ce que tu deviennes un fantôme toi aussi ?

Dominique sursauta et se rendit compte que le cours était fini. Les élèves commençaient déjà à ranger rapidement leurs affaires alors qu'elle était toujours affalée sur son pupitre. Elle imita son amie en quatrième vitesse et ses amis lui changèrent les idées sans le savoir lorsque, en se rendant dans les cachots, Anatole trébucha dans les escaliers, entrainant à sa suite Joana et Arthur qui avaient eu le malheur de se trouver devant lui. Au final, grâce à un magnifique effet domino, on dénombra deux bras cassés et une cheville foulée ainsi qu'une scène totalement irréelle qui firent bien rire la jeune Poufsouffle.

oOoOoOoOoOoOo

- Ils sont là ! chuchota Gemma Lysenko, toute excitée, comme inconsciente du danger.

Dominique faillit oublier toute forme de prudence et pousser un immense soupir mais elle n'en eut pas le temps. Trois choses lui coupèrent le sifflet.

Premièrement, la Serdaigle lui écrasa soigneusement le pied, l'ayant vu lever les yeux au ciel et ouvrir la bouche.

Deuxièmement, elle se rappela qu'elle se trouvait devant la porte du septième étage, que l'ancienne salle d'Aritmancie n'était pas vide et qu'on entendait des voix -était-il utile de préciser que les personnes s'y trouvant étaient sûrement des psychopathes- en sortir.

Troisièmement, la porte grinça.

Comme à chaque fois, Dominique se demanda ce qu'elle fichait ici.

Et puis, Gemma qui avait décidément beaucoup plus de réflexes qu'elle, l'attira vivement vers la droite et la força à se dissimuler derrière une armure. Avec la cape d'invisibilité, elles auraient été plus tranquilles mais Dominique n'avait pas eu le temps de la demander à son cousin et il est inutile de préciser que la Serdaigle n'y était pas allée à sa place. Depuis leur dernière rencontre, Gemma refusait ne serait-ce que de sentir Potter à cinq-cents mètres et James … ben elle n'avait pas revu James mais ce n'était pas un mal. Elle n'était pas sûre de ne pas lui révéler qu'elle savait tout pour lui et Carlson.

La jeune fille secoua doucement la tête. Ce n'était pas le moment de penser à ça et elle se concentra sur ce qu'il se passait devant elle, imitant Gemma dont la tête paraissait vouloir se décoller tellement elle mourrait d'envie de ne rien louper.

Assem. Fil de fer. Et Gros Derrière. Les deux derniers avaient l'air toujours aussi effrayant que la dernière fois, surtout que le premier souriant. Enfin, c'était plutôt un rictus sur son visage fin et tranchant. Bref, un truc à faire froid dans le dos des plus courageux.

Comme si c'était possible, Dominique chercha à se rapetisser encore un peu et dissimula, sans faire de bruit, sa tête derrière le dos de Gemma. Heureusement qu'il faisait sombre car les armures ne les cachaient pas entièrement : leurs pieds dépassaient d'un côté.

Devant elle, Gemma Lysenko n'en menait pas plus large même si elle mourrait d'envie d'entendre quelque chose. Mais, si l'un des trois comparses les surprenaient, elle avouerait tout avant le premier coup de baguette. Elle faisait la téméraire, comme ça, devant Weasley, mais, après avoir rapidement analysé tous les dangers, savait très bien qu'elle ne serait pas la dernière à s'enfuir en courant en cas de pépin.

Assem tendit la main en direction de Gros Derrière, l'air très satisfaite d'elle et ce dernier en fit autant, son gros bras tremblotant de plus en plus au fur et à mesure de son geste. Ils se serrèrent cordialement la main et la Directrice des Serpentard en fit de même avec Fil de Fer. Le geste fut plus appuyé et son regard resta posé plus longtemps sur ce dernier. Peut-être que Gros Derrière n'était qu'un homme de main et Fil de Fer le cerveau de l'opération. Ce ne serait pas difficile à croire : l'obèse n'avait pas l'air très futé.

Mais, s'il y avait bien une chose à laquelle elle ne s'attendait pas, c'était que les trois personnages se mettent à parler en anglais. Le son de leur voix était faible mais c'était suffisant pour qu'elles comprennent ce qu'il se disait quelques mètres devant elles.

- Et bien Messieurs, considérons cette mission comme remplie, déclara fièrement Assem.

- Enfin, souffla Gros Derrière, avec un gros accent allemand.

- Doucement M … Madame … doucement, siffla Fil de Fer qui, lui, avait des tonalités russes dans la voix. Ce n'est pas encore fini. Nous devons encore la sortir de Poudlard.

- Ce sera fait d'ici le vingt-huit mai, précisa la Directrice des Serpentard en lui lançant un drôle de regard.

- Si tout se passe bien.

- Tout se passera bien, conclut-elle sèchement.

Assem dut se rappeler où elle se trouvait car elle jeta un petit regard autour d'elle, les deux jeunes filles retenant leur souffle tout en priant Merlin et les Fondateurs de ne pas se faire repérer. Mais jamais les yeux de la femme entre deux âges ne se posèrent vers l'endroit où elles étaient dissimulées et elle écourta l'entretien. Les deux hommes partirent vers la droite et elle se dirigea vers le grand escalier, sûrement pour retourner dans ses quartiers.

Encore une fois, Gemma se demanda par où ils passaient pour entrer et sortir à leur guise du château.

Les deux filles laissèrent passer quelques minutes avant de se détendre.

- Mais pourquoi ça tombe toujours sur nous ? gémit Dominique en se redressant.

- Demande toi plutôt ce qu'il va se passer le vingt-huit mai, railla Gemma en tentant de masser son dos endolori par le poids de la Poufsouffle.

- Il faut pas avoir fait ASPICS + 5 pour le savoir. Ils parlaient de sortir la potion de Poudlard.

La jeune fille, déjà sur ses pieds, tendit la main pour aider Gemma à se relever. Son expression était indéfinissable, partagée entre la peur et la curiosité. La Serdaigle imagina que son visage n'était pas très différent du sien.

- Mais pourquoi attendre ? questionna-t-elle. Pourquoi ne pas le faire tout de suite ? Et où vont-ils la cacher en attendant ?

Gemma, à présent sur ses pieds, se dirigea vers l'ancienne salle d'Aritmancie sans répondre. Elle n'avait vu aucun des trois personnages la verrouiller avec sa baguette et, lorsqu'elle appuya sur la poignée, son intuition se retrouva justifiée. La salle était ouverte et on sentait même une douce odeur de Senbon, le même produit qu'utilisait sa mère pour nettoyer la maison. Elle s'avança à l'intérieur, baguette pointée vers l'avant mais était sûre et certaine que toute trace de danger était écarté. Elle n'avait pas tort. Il n'y avait …

- Rien ! marmonna Dominique qui l'avait suivi silencieusement. Ce qui veut dire qu'Assem va garder la potion sur elle.

- Ou la cacher autre part jusqu'au vingt-huit mai.

La petite blonde opina du chef et les deux jeunes filles convinrent de ne pas rester là plus longtemps même si aucune des deux ne pensait sérieusement qu'Assem ou Fil de Fer et Gros Derrière ne reviendrait. Elles quittèrent les lieux aussi silencieusement que possible et ne s'autorisèrent à se détendre qu'une fois dans le grand escalier. Et encore, elles devaient faire attention à ne pas croiser de professeurs ou de préfets, l'heure du couvre-feu étant dépassée depuis belle lurette.

- Tu sais, quand tu demandais pourquoi ils ne la sortaient pas tout de suite, reprit Gemma après de longues minutes de silence. Je crois savoir pourquoi.

- Je t'écoute Miss-Je-Sais-Tout, railla la Poufsouffle, bien plus en forme que précédemment.

- A cause des défenses du château, répondit la Serdaigle en éludant l'insulte.

- Des … quoi ?

- Tu n'as jamais lu l'Histoire de Poudlard ?

- Ne me regarde pas comme si c'était le pire crime au monde ! Personne n'a lu ce livre à part toi !

Gemma leva les yeux au ciel, atterrée, mais ne rétorqua pas. Elles s'arrêtèrent près des rambardes de l'escalier, Dominique rejoignant le rez-de-chaussée pour retourner dans son dortoir et elle-même devant continuer tout droit pour se rendre à la tour des Serdaigle.

- Le château possède ses propres défenses. Des sortilèges extrêmement puissants mis en place par les Fondateurs si tu préfères. Il doit être plus aisé de faire rentrer deux individus que de passer une potion remplie de magie noire. Il doit y avoir des détecteurs et la dernière chose qu'ils veulent, c'est alerter McGonagall et les autres.

- Alors, Assem va devoir trouver un moyen de contourner ces défenses en moins d'un mois ?

Et elle y arrivera, songèrent les deux filles en même temps sans pour autant le formuler à voix haute.

Elles se quittèrent après les salutations d'usage, sans avoir prononcé un seul autre mot. Gemma attendit quelques secondes que la silhouette frêle de la Poufsouffle disparaisse avant de se mettre à marcher.

Toute cette histoire devenait de plus en plus folle. Une chose était sûre, et elle était certaine que Dominique était arrivée à la même conclusion, elles devaient empêcher Assem de sortir cette potion de Poudlard, sinon elles n'auraient plus aucune preuve de sa culpabilité. Le vingt-huit mai, quoiqu'il se passe, tout serait terminé.

Parce qu'il était hors de question qu'elles ne tentent pas d'attraper leur professeur de Potions sur le fait. Sur ce point, Dominique ne serait sûrement pas d'accord pour se mettre autant en danger, mais elles n'avaient pas le choix. Il était inutile d'en parler à un adulte sans avoir de preuve et quoi de mieux qu'Assem prise la main dans le sac ? Après ça, peut-être que Wiertz et les autres pourraient agir.

La jeune fille parvint devant sa salle commune sans aucun encombre et répondit distraitement à l'énigme lui permettant d'entrer. La grande salle circulaire était sombre et il n'y avait sûrement plus personne depuis belle lurette. Plus personne ?

- Tu étais où ?

La Préfète-en-Chef sursauta et, si elle avait reconnu la voix de Mervin Kalls, ne parvenait pas encore à situer le premier année. En plissant les yeux, elle se rendit compte qu'il était tout simplement affalé dans un des canapés devant l'âtre de la cheminée éteinte, la tête tournée vers elle.

- Qu'est-ce que tu foutais dehors à une heure pareille ? reprit-il sans détour.

Une fois encore, la jeune fille ne répondit pas, son cerveau fonctionnant à toute vitesse pour tenter de trouver une excuse plausible qui contenterait son cadet. Elle ne pouvait pas simplement lui dire qu'elle faisait juste un tour dans le château parce qu'elle n'arrivait pas à dormir, il ne la croirait pas.

- Tu vois quelqu'un c'est ça ? l'interrogea-t-il, lui offrant ainsi une excuse sur un plateau d'argent.

- Oui, répondit-elle à toute vitesse. C'est ça, j'ai vu quelqu'un. Et toi, pourquoi n'es-tu pas couché à cette heure ?

- Je t'attendais mais ne retourne pas la situation. C'est toi qui est en tort.

Un peu plus et Gemma crut qu'il allait agiter sa main sous son nez, la menaçant de la punir si elle n'admettait pas avoir commis une énorme erreur. Elle faillit se mettre à rire.

- Tu vois qui ? Ca ne t'a pas suffit avec Johnson ?

- Ne me parle pas de lui ! s'énerva-t-elle. Ca n'a rien à voir. Je ne voyais pas quelqu'un comme ça mais … autrement.

- Je comprends rien.

- Tu as onze ans, tu n'as pas besoin de tout comprendre, acheva-t-elle en tournant les talons, prête à aller se coucher.

- Mais …

- Silence.

Elle avait finalement réussi à retourner la situation à son avantage car il ne fit aucun commentaire. Tout au plus se contenta-t-il de la suivre alors qu'elle s'engouffrait dans les escaliers menant à son dortoir.

- Tu fais quoi là ?

- Ben, je vais dormir.

- Ton lit se situe dans le dortoir des garçons je te signale.

- Je sais.

- Alors quoi ? Tu ne comptes quand même pas dormir avec moi ? Je suis fâchée je te signale.

- Ouais, bah moi aussi, maugréa-t-il.

Cela ne l'empêcha pas de continuer à la suivre et même la devancer alors qu'elle allait atteindre l'étage le plus haut. Maugréant contre la ténacité du gamin, Gemma ne fit aucun commentaire et c'est, encore une fois, à deux qu'ils allèrent rejoindre son lit.

oOoOoOoOoOo

- Vous avez deux heures pour finir ce devoir, je ne veux entendre personne parler. Retournez les copies.

James Potter s'exécuta en silence, tandis qu'à ses côtés, Nella Flint en faisait de même. Peu convaincu, il posa quelques instants son regard sur le sujet "En six feuilles de parchemins, expliquez l'utilité des sortilèges défensifs". C'était un sujet bateau mais pas pour autant simple, surtout qu'il n'avait pas pris la peine de réviser. A ses côtés, sa jolie voisine remplissait déjà sa feuille de brouillons d'annotations en tout genre.

Sans parler de Lysenko qui, deux rangs devant, avait la tête presque posée contre sa feuille et grattait frénétiquement, comme si elle avait peur d'oublier un seul détail.

Foutu devoir de Sortilèges, foutue Lysenko.

Foutu lui surtout. Qu'est-ce qu'il lui avait pris aussi ? C'était sorti tout seul sans qu'il ne s'y attende. Comme s'il avait voulu lui prouver qu'elle n'était pas la seule à pouvoir avoir une vie de merde et que, même s'il s'appelait Potter, il était à plaindre aussi. Lysenko n'avait pas le monopole de la malchance.

Fort heureusement, elle n'avait rien dit à personne et il ne savait même pas si elle l'avait cru. Tant mieux. Si une rumeur concernant ses sentiments pour sa soi-disant meilleure amie avait commencé à courir, il n'aurait pas donné cher de la peau de Lysenko mais aussi de sa dignité.

Il pouvait bien l'avouer et se l'avouer maintenant. Toute cette histoire avec Dewi, son amourette avec Moorehead, ce n'était pas juste de la fermeture d'esprit. C'était pire que ça. Cela voulait dire qu'il n'avait plus aucune chance. Ni maintenant, ni dans dix ans mais il commençait à se faire à l'idée. Qu'elle ne serait jamais à lui, elle et son petit cul bien roulé et qu'elle préférait roucouler dans les bras de cette Serpentard de malheur. D'ailleurs, en parlant d'elle, il se demandait si elle n'avait pas deviné. Ils ne s'étaient jamais appréciés mais Moorehead ne l'avait jamais attaqué comme elle l'avait fait de nombreuses semaines plus tôt dans les cachots. Et dans ses yeux, il avait vu briller quelque chose d'indéfinissable avant de comprendre. La même lueur de jalousie devait pointer dans ses yeux.

Ca avait commencé à la fin de l'année dernière avec Dewi. Quand elle avait cessé de courir après tous les garçons -et commencé à sortir avec Heather Moorehead, il le savait à présent- et que lui venait de mettre un râteau monumental à Lysenko. Là, il lui avait dit qu'il préférait les filles, les vraies. Les jolies, les courageuses, les grossières, les marrantes, les sûres d'elles. Et il s'était rendu compte qu'il était en train de dresser le portrait de Dewi. Au début, il n'avait pas voulu l'admettre. Puis, l'idée avait commencé à germer dans son esprit et il avait fini par conclure qu'il y avait pire que de tomber amoureux de Dewi Carlson. Il s'était dit qu'elle finirait par lui tomber dans les bras s'il le désirait et avait attendu que l'été passe.

Et puis, au début de l'année, la jeune fille avait commencé à avoir des secrets et s'il avait été terriblement en colère lorsqu'il avait suspecté un nouveau petit-ami, avait fini par se calmer. Elle finirait par s'en lasser, comme les autres. Mais ce n'avait pas été le cas et lorsque Dewi avait fini par lui avouer qu'elle aimait … une fille, il avait pété un plomb. Il n'était pas de taille à lutter.

Il lui avait néanmoins pardonné, préférant la voir à ses côtés. Mais il avait fallu du temps pour que ses sentiments commencent à se tarir - il n'avait pas été très honnête avec Lysenko sur ce coup - et se demandait parfois s'il n'avait pas confondu amitié fraternelle et amour. Après tout, il ne pouvait pas savoir, il n'avait jamais aimé aucune fille. Peut-être était-ce à force de passer du temps uniquement avec Dewi ? Ou son physique enjôleur ? Ou bien encore son caractère exubérant et maternel à la fois ?

Cela ne l'empêchait de détester quand elle allait rejoindre Moorehead ou qu'elle tentait de parler de sa relation avec Flint, Wil ou lui. Dans ces moments-là, il préférait encore disparaitre. Les autres mettaient ça sur le fait que Dewi soit lesbienne et il savait qu'il lui faisait de la peine mais cela valait mieux que d'éclater.

Bon, au final, il n'avait pas vraiment besoin du cours pour répondre à ce devoir. C'était de la simple logique. Et puis, s'il se décalait un peu vers la droite, il arrivait à zieuter sur le contrôle de Nella.

De toute façon, il en était très vite arrivé à la conclusion qu'être en couple c'était nul. Il n'y avait que des exemples poignants autour de lui. Lowe avait trompé sa cousine Molly avant de s'afficher deux jours plus tard avec une autre, Moorehead et Dewi devaient se cacher, Wil et Flint … et bien, il ne savait pas ce qu'il clochait avec ces deux-là mais sentait que tout n'allait pas pour le mieux. Son meilleur pote était en admiration devant la belle blonde mais cette dernière restait sur la réserve. Et, même s'il s'en fichait, il pouvait aussi citer Lysenko et Johnson. Ah et Rose et ce garçon pataud de Poufsouffle, Anatole Bensberg, qui avaient rompu un peu plus tôt.

On n'était pas la même personne à dix-sept ans qu'à vingt ou à quarante. Il était complètement lucide là-dessus et savait parfaitement qu'il oublierait Dewi un jour.

En attendant, c'était dur de regarder ses longs cheveux châtains onduler sur ses hanches sans pouvoir s'en saisir. Pire encore, c'était carrément impossible pour lui à gérer lorsqu'il devinait qu'elle pensait à l'autre.

Merde, Flint l'avait repéré et gratifié d'un regard noir avant de décaler sa copie, rendant ainsi impossible le fait de lui copier dessus. Elle ne devait pas être dans un bon jour car certaines fois, il lui arrivait de corriger ses devoirs et de l'aider dans certaines matières.

Une demi-heure avait passé et il avait à peine attaqué l'introduction. Il devait absolument se concentrer, au moins pour ne pas subir la fureur de sa mère s'il récoltait autre chose qu'un EE ou un O. Mais, après tout, les Sortilèges étaient la seule matière où il était à peu près doué sans travailler, mis à part les Soins aux Créatures Magique, ce ne devrait pas être un soucis pour lui.

oOoOoOoOoOo

Après avoir peiné pendant deux heures en cours de Divination, luttant contre le sommeil et l'ennui, Isabel Lowell et Joana Mayer retournèrent à la salle commune des Poufsouffle, dans l'intention de déposer leurs affaires avant d'aller manger. Les deux jeunes filles furent très surprises de n'y voir qu'Anatole, Dominique et Camille, les septièmes années mangeant généralement tous ensemble.

Pire encore, tous semblaient d'une humeur exécrable. Ce n'était pas étonnant concernant Dominique la lunatique mais Camille avait généralement le sourire et Anatole ne savait tout simplement pas broyer du noir. Il s'était passé quelque chose.

- Où sont les autres ? demanda imprudemment Joana en balançant son sac de cours aux pieds de Camille Teyssier qui la gratifia d'un regard noir.

Dominique poussa un soupir qui s'apparentait plus à un grognement qu'autre chose et même Anatole leva les yeux au ciel.

- A l'infirmerie. Enfin, Arthur est à l'infirmerie.

- Et Molly ? s'inquiéta Isabel.

Camille serra les poings et fit craquer les jointures de ses doigts une par une, inquiétant de plus en plus la grande slave. Molly n'avait tout de même pas envoyé Arthur à l'infirmerie ? Pas elle, pas la gentille et douce Molly … quoique, elle ne semblait toujours pas avoir digéré la trahison d'Arthur malgré les certitudes d'Isabel à ce sujet qui commençait à se demander si elle ne s'était tout simplement pas trompée. C'était une évidence : la rouquine n'avait pas oublié son ancien petit-ami et elle voyait parfois une lueur de jalousie et de haine briller dans ses yeux lorsqu'elle se retrouvait en présence de Camille.

- Aucune idée, gronda cette dernière, mais si je la trouve …

- Bon, qu'est-ce qu'il s'est passé ? s'enquit brusquement Joana, n'en pouvant plus du suspens insoutenable que lui soumettait ses amis.

L'incorrigible jeune fille bouscula Anatole et Dominique pour s'asseoir entre eux et se tourna vers le premier, le visage interrogateur. Pourtant, ce ne fut pas lui qui répondit.

- Tu veux que je te dise ce qu'il s'est passé ? s'énerva Camille. Et bien vous étiez déjà parties en cours de Divination après le contrôle de Sortilège et là Arthur a fait un malaise dans le couloir, il disait qu'il avait tout raté et qu'il ne parviendrait jamais à rien et …

- Tu parles, se moqua Dominique.

- Bref, éluda Camille, il a fait une crise de panique à cause des ASPICS …

Anatole Bensberg hocha la tête, soudainement plus compréhensif. Cela lui était arrivé à lui aussi le mois dernier sauf que lui, contrairement à Arthur, avait des raisons de s'inquiéter.

- Anatole et Molly l'ont amené à l'infirmerie parce que moi j'avais Soins Aux Créatures Magiques avec Dom, reprit Camille.

- Et après j'avais club d'échecs, précisa Anatole.

- Donc, quand je suis sortie de SACM, je suis tout de suite montée à l'infirmerie pour voir Arthur.

- Oh, lâcha Isabel qui commençait à comprendre quelle genre de scène avait perturbé la jeune fille.

- Et elle était là ! gémit Camille. Elle est partie tout de suite après que je sois arrivée mais Arthur m'a dit qu'elle était restée pendant plus de deux heures et qu'elle était franchement bizarre. Et, en plus …

- … Elle lui a amené un gâteau au chocolat.

Le silence se fit, personne ne sachant vraiment comment réagir à cette histoire. Isabel et Joana devaient-elles consoler Camille ou prendre la défense de Molly en assurant que cela lui passerait et que, de toute façon, ils n'avaient plus qu'un mois à tenir ?

- Vous savez quoi ? finit par dire Camille en se levant violemment. J'en ai marre de cette histoire. J'en ai marre de passer pour la méchante à chaque fois et de ne pas avoir le droit de réagir quand ce genre de chose arrive ! J'en ai marre de me sentir coupable et redevable envers Molly alors qu'elle fait tout pour me faire sortir de mes gongs. J'ai fais une erreur mais je pense avoir assez payé. Alors vous savez quoi ? Je l'emmerde ! Et vous aussi !

Et la jeune fille quitta la pièce, la tête droite et le menton relevé, sans plus de cérémonie. Un silence gêné plana pendant quelques secondes, jusqu'à ce que Joana l'interrompe.

- Vous croyez qu'elle va frapper Molly ?

- Elle aura du mal à la trouver dans le dortoir, elle est dans les cuisines en train de se bourrer de glace. Bon, c'est pas que cette histoire m'ennuie mais j'ai faim. Qui me suit ? conclut Dominique en s'étirant de tout son long.