Merci à ChevalHistoire, Dobbymcl, Shiriliz, Lyra Morgana, LouRêve et LuuMineusement pour leur review !

J'espère que vous avez tous passé de bonnes vacances !

Bon, ce chapitre n'est pas corrigé (par quelqu'un d'autre que moi-même en tout cas, malheureux !) et Barbie a de moins en moins le temps de s'occuper de moi (quelle égoïste celle-ci !).

Du coup, je cherche une nouvelle escla ... bêta pardon. Pas pour la remplacer, enfin si, un moment du moins et ensuite pour continuer à corriger de concert avec elle, si ça se passe bien et si la personne en a envie ! Si quelqu'un voit ceci et veut épargner aux autres les immondes fautes d'orthographes (mais surtout de conjugaison :D) que je peux faire ... qu'il se manifeste ! Je cherche bien sûr quelqu'un de disponible, prêt à corriger un chapitre toutes les deux semaines et SURTOUT, supporter mes interrogations multiples et les conneries qui sortent de mon imagination tordue (et donc prêt à me dire que je vais beaucoup trop loin des fois). L'avantage pour vous ? Ma charmante compagnie ... Bon d'accord, aucun à part les chapitres en avance.


Jusqu'à ce que le soleil se lève à l'Ouest et se couche à l'Est, jusqu'à ce que les rivières soient asséchées et que les montagnes frémissent au vent tels des feuilles...

Game of Thrones, Daenerys à Khaal Drogo.


Dominique pouvait distinguer à la perfection les longs cheveux bruns de Lysenko si elle tournait un peu la tête vers la droite. Ils lui chatouillaient un peu le visage mais moins que sa poitrine opulente sur laquelle la Serdaigle l'écrasait sans faire exprès. Elle pouvait aussi très bien sentir les effluves de pèche qui s'échappaient de cette dernière. Normal, elles étaient plus proches que jamais.

- Ne tombe pas dans les pommes, s'énerva Gemma, dans un état proche de la crise de panique.

La jeune Poufsouffle tenta de lui souligner que ce n'était pas dans ses plans mais y renonça très vite. Respirer était déjà difficile, alors parler.

Dire que dix minutes plus tôt, elles étaient encore en train de se chamailler dans une salle de classe abandonnée, tout en discutant de ce qui pouvait et allait véritablement se passer le vingt-huit mai. La situation avait très vite dégénérée, comme souvent entre les jeunes filles, lorsque Dominique avait tenté de lui dicter sa conduite sur sa façon de se comporter avec Johnson, décidant qu'écouter, c'était bien mais agir c'était mieux. Gemma voulait des conseils mais refusait de les entendre. C'était bien elle ça.

Elles n'avaient même pas eu le temps de finir leur petite scène habituelle. Celle où Dominique allait trop loin et Gemma s'enfuyait, rouge de colère, après avoir promis de ne plus jamais l'approcher et lui parler. Inutile de préciser qu'elle n'avait jamais tenu parole et qu'elle n'avait décidemment aucune dignité.

Dominique s'était effondrée au moment où elle déclarait que Gemma finirait cocue et heureuse de l'être à chacune de ses relations si elle n'enlevait pas son … Elle n'avait pas eu le temps de finir sa phrase que ses genoux rencontrait le sol dur de la salle de classe. Comme ça, sans prévenir, sans aucun signe avant-coureur. C'était terrifiant. Les poumons qui se vident, le corps qui se met à chauffer, le tourbillon devant ses yeux, elle avait l'habitude. Mais, généralement, cela n'arrivait jamais en même temps. D'abord la fatigue intense, ensuite l'essoufflement et puis après la crise.

A cet instant précis, elle était bien contente que Lysenko ne l'ait pas laissé crever dans cette vieille salle moisie. Parce que bon, quitte à mourir pour de bon, autant que ce soit sous le feu des projecteurs : dans la Grande Salle ou mieux, en plein cours de Potions.

Lysenko la trainait plus qu'elle ne la portait jusqu'à l'infirmerie. Pourtant, contrairement à la première fois, Dominique savait qu'elle ne le faisait pas exprès et qu'elle était réellement paniquée. Pour preuve, elle marchait assez vite et la Serdaigle était plutôt réticente au moindre effort physique.

La situation était assez ironique. Des mois plus tôt, lorsque Lysenko avait dû l'amener à l'infirmerie, à contrecœur, elles ne pouvaient pas se supporter et étaient prêtes à en arriver aux mains. Aujourd'hui, elles étaient toujours prêtes à en arriver aux mains mais se supportaient. S'appréciaient ?

- T'es toujours vivante ? On arrive. Olala, quand tu tousses comme ça, j'ai l'impression d'entendre la terre trembler.

Ouais, on pouvait dire ça comme ça. Jamais Dominique n'aurait laissé quelqu'un qu'elle n'appréciait pas l'écraser de cette manière sans rechigner, même dans un moment pareil.

Là, même ses bras qui pendouillaient lamentablement contre son corps semblaient ne plus vouloir lui obéir. Comme un pantin décharné, elle se laissait guider aveuglément par Lysenko, sans arriver à émettre une seule pensée cohérente. La preuve, elle était en train de se demander si elle ne trouvait pas cette dernière plus que supportable au final.

Une porte qui s'ouvre, violemment.

Elles avaient au moins un point commun : les deux jeunes filles ignoraient la définition de douceur.

- Que … Par Merlin, posez-là ici !

Pomfresh ne lui avait pas manqué. Cette vieille bique était encore plus insupportable en ce moment, si c'était possible. Lorsqu'elle passait récupérer ses potions à l'infirmerie, elle insistait toujours pour contrôler son état et Dominique en prenait pour son grade. Elle ne faisait pas assez attention à elle, à croire qu'elle le faisait exprès.

C'est vrai quoi, elle ne voulait vraiment pas mourir maintenant. Il se passait beaucoup trop de choses pour qu'elle s'en aille, comme ça et redevienne poussière parmi tant d'autres. D'abord, elle avait réussi à récupérer Isaac, même s'il n'était pas encore au courant. Et puis, elle voulait être là le vingt-huit mai, même si elle crevait de trouille. Hors de question de laisser Gemma seule à moins de vingt mètres du Serpentard.

Parce que les garçons voulaient en être aussi. James, parce qu'il avait du sang de Potter, était courageux et patati et patata, Isaac parce qu'il n'avait rien de mieux à faire ce soir-là.

- Ouvrez-lui la bouche !

Hein ? Quoi ? Argh ….

Dominique sentit les ongles acérés de Gemma s'enfoncer dans ses joues et sa bouche s'ouvrit automatiquement. Elle ne voulait pas parce qu'elle savait très bien que Pomfresh allait lui faire boire quelque chose au goût plus horrible que jamais, comme d'habitude. Cela ne loupa pas et elle faillit mourir de dégoût.

Non, elle ne voulait pas crever comme ça, surtout parce qu'elle avait découvert beaucoup de choses sur elle-même qu'elle ignorait un an avant encore. La tolérance et l'ouverture d'esprit.

Lysenko était fréquentable. Plus que ça même.

Elle arrivait à supporter Joana Mayer plus de cinq minutes.

Camille Teyssier n'était plus sa meilleure amie.

James avait un cœur, des fois.

L'espèce de nœud qui s'était formé dans la gorge de Dominique sembla se dissoudre peu à peu et elle réussit à prendre une vraie bouffée d'air. Bonheur.

- Nom d'un gratin de Troll, soupira Gemma.

Dominique voyait à présent beaucoup plus clair et elle s'aperçut qu'elle avait un peu sous-estimé l'état de panique dans lequel se trouvait la Serdaigle. Son visage rougeaud transpirait à grosses gouttes. Sa main droite tremblait -toujours en lui lacérant la bouche- et la gauche lui pressait, non écrasait consciencieusement, la sienne. Mais le pire étaient ses yeux verts, embrumés.

- Ta réputation, gémit Dominique en plongeant son regard bleu dans le sien.

Gemma renifla et la fusilla du regard, signe qu'elle n'était pas totalement en train de perdre le peu de dignité qu'il lui restait.

- Que s'est-il passé ?

Il fallait toujours que Pomfresh interrompe les moments les plus festifs ! Quelle rabat-joie celle-ci.

Dominique ne s'intéressa pas du tout à ce que racontait Gemma. Elle avait déjà compris elle. Sa maladie avait atteint un palier plus élevé. Et, lorsqu'on franchissait une marche, on ne pouvait plus la redescendre. Elle n'avait plus qu'à apprendre à tolérer cette souffrance, bien plus tranchante que les précédentes et vivre avec. Elle faisait ça depuis des années. Elle pouvait prendre sur elle.

Plongée dans une léthargie tout à fait volontaire cette fois-ci, elle sentit qu'on l'allongeait sur l'un de ces affreux lits d'hôpitaux qui jonchaient l'infirmerie. Elle entendit vaguement Pomfresh tirer les rideaux et quelques mots d'une conversation lointaine lui parvint. Il était question de sa mère mais aussi de Louis, de Sainte-Mangouste et d'inconscience. Elle supposait que ce mot la décrivait mais n'était pas tout à fait d'accord.

Elle était totalement consciente d'atteindre parfois ses limites. C'était même une de ses raisons de vivre. Aller plus loin que ce que les barrières que les adultes avaient érigées. Ils les tenaient d'où d'ailleurs ? Qu'est-ce qui leur faisait dire "toi, tu n'iras pas plus loin. C'est dangereux" ? Personne n'avait jamais tenu compte de son caractère dans sa maladie et c'était pour ça qu'elle parvenait à faire plus de choses que ce que l'on croyait possible.

- Pomfresh a dit que tu allais passer la nuit ici, annonça Gemma.

L'infirmière avait disparu, sûrement pour passer un coup de cheminée dans son bureau. Dominique le savait, parce qu'elle lui avait déjà fait plusieurs fois le coup et que, les lendemains de crises, elle recevait de longues lettres inquiètes de sa mère. Pomfresh était la pire traitresse au monde.

- Grmph, marmonna Dominique qui n'avait rien d'autre à dire.

La Serdaigle leva les yeux au ciel et lui signifia qu'elle allait partir et qu'elle reviendrait le lendemain matin. Dominique fut, une nouvelle fois, surprise par son regard inquiet et songea un instant qu'elle basculait dans la condescendance et la pitié à son égard. De mauvaise humeur, elle ne répondit rien d'autre que :

- Cool, rends-moi ma main maintenant, ordonna-t-elle à Gemma qui ne s'était même pas rendu compte qu'elle la tenait toujours.

oOoOoOoOoOoOo

- Tu devrais faire plus attention.

Dominique n'était pas du tout d'accord. Après une bonne nuit passée à l'infirmerie, les potions de Pomfresh l'ayant aidé à trouver un sommeil réparateur, elle songeait, somme toute, que tout ceci n'était qu'une alerte parmi tant d'autre et se sentait parfaitement en forme, malgré une petite douleur au thorax.

- Je suis sérieux. Je m'inquiète pour toi.

Etonnée, la jeune Poufsouffle s'arrêta net en plein milieu de son geste. Elle commençait à s'habiller lorsque son frère lui avait ramené son sac de cours et des sous-vêtements propres et il n'avait pas prononcé un mot, se contentant de fixer le rideau tiré avec pudeur pendant qu'elle se changeait derrière lui. Louis Weasley était renfermé et taciturne. Précédé par deux sœurs exubérantes et qui n'hésitaient jamais à dire ce qui ne leur plaisaient pas, on avait peu l'habitude de l'entendre donner son avis tant il était en retrait des jeux et discussions de la famille. Il n'avait jamais donné l'impression que cela le dérangeait, il était d'un naturel calme et solitaire, mais pour la première fois, Dominique se demanda si ce n'était pas à cause de Victoire et d'elle. Si elles avaient accueilli un peu plus souvent leur frère dans leurs aventures d'enfants, peut-être serait-il différent à présent.

La jeune Poufsouffle termina d'enfiler ses chaussettes avant de répondre.

- C'est bon, tu peux te tourner, lui lança-t-elle en fourrant ses affaires sales dans son sac. Et tu n'as pas besoin de t'inquiéter pour moi, tout va très bien.

- Ce n'est pas ce que Pomfresh m'a dit.

Une fois encore, la jeune fille ressentit une bouffée de haine envers l'infirmière qui se mêlait un peu trop de sa vie.

- Ecoute, c'est très touchant mais j'ai cours et il faut que j'aille déjeuner avant. Les filles m'attendent.

- Si tu veux, marmonna Louis qui n'était pas du genre à s'épancher très longtemps. Au fait, pour ta gouverne, Molly a dit que tu avais peut-être un début de varicelle.

oOoOoOooOoOo

- Tu es contagieuse ?

- C'était une fausse alerte.

Joana Mayer, qui s'était décalée d'un bond en voyant arriver Dominique, reprit sa place initiale tandis que la petite blonde se laissait tomber entre Molly et Isabel. En face d'elle, Camille l'observait bizarrement mais ne fit pas de difficultés à lui passer le beurrier et deux ou trois biscottes.

Pendant quelques minutes, personne ne parla plus de son séjour à l'infirmerie, la discussion du matin étant orientée vers le couloir du sixième étage qui avait été envahi par des Morfales durant la nuit. Comme leur nom l'indiquait, les Morfales étaient de petites bêtes qui se nourrissait de tout ce qui était fait de bois ou de papier. Ils n'étaient pas très dangereux pour les humains mais terriblement envahissants. Apparemment, le professeur Scott avait réussi à en venir très vite à bout et quelques professeurs s'activaient à reconstruire le couloir, qui était l'animation du jour.

Au moment où Dominique rendit le beurrier à Camille, le visage de cette dernière s'éclaira, comme si elle venait de mettre le doigt sur quelque chose qui la titillait depuis longtemps.

- Mais tu n'as pas déjà eu la varicelle il y a longtemps ?

- Heu …

- Mais si, même que tu as une cicatrice en forme d'étoile sur les fesses à cause de ça ! Tu me l'as dis en première année.

- Tu as une cicatrice en forme d'étoile sur les fesses ? s'étonna Joana qui avait l'air très intéressé tout à coup. C'est à la mode dans ta famille.

Dominique maudit tout à coup Camille et sa mémoire bizarre, qui lui faisait se souvenir des détails les plus insignifiants. Effectivement, elle avait étonnement eue la varicelle quand elle était petite, qui était sensée être une maladie disparue chez les sorciers. Ce n'était pas très grave, quelques uns l'attrapaient quand même, assez pour qu'on sache ce que c'était et comment soigner la maladie. Elle avait effectivement une petite cicatrice en forme d'étoile sur les fesses à cause d'un bouton qu'elle avait soigneusement gratté pendant plusieurs jours.

Elle l'avait dit à Camille alors qu'elles commençaient à se rapprocher, vers la fin de leur première année et la jeune fille avait beaucoup ri.

Alors qu'elle cherchait à se justifier sous les yeux interrogateurs de tous les autres Poufsouffle, Molly intervint.

- Les moldus peuvent attraper deux fois la varicelle. Hein Arthur ?

- Heu, ouais, marmonna le jeune garçon qui était d'origine moldue, tout comme Camille d'ailleurs.

Il replongea le nez dans son bol de chocolat, n'ayant apparemment pas envie de prendre parti entre son ancienne petite-amie et l'actuelle. Tous les yeux se tournèrent vers Camille qui avait rougi. Elle semblait se retenir de ne pas exploser et le sourire mielleux et les yeux brillants de Molly n'arrangeaient rien.

Soudainement, la petite brune repoussa le banc, manquant de faire tomber Anatole à la renverse et se leva, les deux mains sur les hanches.

- Vous savez quoi ? De toute façon, j'aurai toujours tort, alors à quoi bon ?

Restant digne, la Poufsouffle retint ses larmes et tourna les talons, s'éloignant à grands pas. Arthur poussa un soupir, lança un regard noir à Molly et se lança à sa poursuite.

Un silence de plomb s'abattit sur la table des Poufsouffle, interrompu quelques secondes plus tard par cette dernière.

- Elle est tellement susceptible, lança la rouquine avec un sourire narquois. On se rejoint en cours ? Je dois passer voir Bernt.

Bernt était son dernier petit-ami en date. Inutile de préciser qu'il avait le même niveau que tous les autres et aucun des Poufsouffle ne l'appréciaient, surtout parce qu'il était incapable d'aligner deux mots sans s'interrompre pour regarder Molly comme si elle était la huitième merveille du monde. A sa décharge, il avait l'air un tant soi peu attaché à elle mais la Poufsouffle n'avait pas l'air de le considérer autrement qu'une belle plante verte.

Comme elle l'avait annoncé, Molly s'éloigna de la table des Poufsouffle, son sac de cours dans les mains et se dirigea vers la table des Gryffondor, non loin de leur cousin James.

- Vous savez quoi ? marmonna Anatole tout en plantant rageusement son couteau dans le pot à beurre. On avait tous tort. Ca ne passera pas, jamais, pas avant les ASPICS en tout cas. Tout ce qu'elles vont réussir à faire, c'est gâcher la fin de l'année.

- Je commence à le croire aussi, murmura Isabel.

Elle avait été la première à prédire que Molly était plus forte que ce qu'elle laissait voir. Elle n'avait pas eu tort sur ce coup mais sa cousine utilisait la haine ancrée en elle pour se venger de Camille et non passer à autre chose.

- Vous vous souvenez comment c'était l'année dernière ? murmura Anatole.

L'année dernière, Dominique ne fréquentait ni Gemma, ni Isaac. Elle aimait Camille comme sa sœur et ne s'approchait de James qu'en cas d'extrême nécessité. Sa maladie était déjà là mais elle lui fichait la paix, la plupart du temps. Elle se souvint du dortoir des filles remplis de rires, de chahut, et de cris de joie. Des longues parties de cartes avec Anatole et les autres et des sourcils quotidiennement brûlés du premier. Elle se rappela le plaisir qu'elle avait à tout savoir sur les autres et faire partir les plus incroyables rumeurs.

Pour autant, était-ce mieux ?

Sans qu'elle ne sache pourquoi, elle savait qu'elle n'échangerait sa vie actuelle pour rien au monde.

- Les choses changent, dit sagement Isabel.

- Ce ne sont pas les choses qui changent mais les gens, la contredit Dominique.

Au moins, cette altercation avait eu quelque chose de positif : grâce à Camille, tout le monde avait oublié cette histoire de varicelle.

oOoOoOoOoOo

Dewi Lysenko était follement amoureuse. A chaque fois qu'elle parvenait à voir Heather Moorehead, le monde semblait s'arrêter pour elle et, paradoxalement, les minutes filaient à une vitesse folle. Elle ne savait pas pourquoi elle était attirée par cette fille, très différente d'elle, mais l'avait depuis longtemps accepté. Elle savait que des rumeurs circulaient sur elles contrairement à ce que pensaient ses amis, elles n'étaient plus très discrètes à présent mais s'en fichait. Déjà, parce que personne n'avait encore découvert la vérité et que les gens pouvaient bien jaser, elle était prête.

Prête à révéler à la face du monde, enfin à Poudlard du moins, qu'elle aimait les filles, une fille.

Elle était sûre et certaine qu'Heather et elle cela n'allait pas s'arrêter à la fin de leur scolarité. Non, elles étaient faites pour durer même si, on ne pouvait jamais savoir. Surtout avec le caractère de la jeune fille. Trop entière, obtuse et fermée, Dewi savait qu'elle ne lui laisserait pas de troisième chance. Elle avait déjà failli la perdre, elle ne ferait plus aucun faux pas maintenant.

- A quoi tu penses ?

Le visage de James Potter se ferma un peu alors qu'elle ne répondait pas. Ca aussi, elle se l'était promis. Un jour, son meilleur ami accepterait sa relation avec Heather.

- Au fait que je ne sais toujours pas quoi faire après Poudlard, mentit-elle néanmoins, pour ne pas le blesser.

Ce n'était qu'un demi-mensonge après tout. Malgré le conseil d'orientation qui avait lieu quelques mois plus tôt et les brochures que Londubat lui avait remis, la jeune fille n'avait rien trouvé qui lui convienne. Pourtant, il devait bien exister une carrière faite pour elle en dehors du château ? Elle commençait à en douter et s'était même inscrite à Leeds, la même université que James, mais dans la branche des Enchantements, la matière où elle était le plus à l'aise même si elle n'y excellait pas. C'était ça son problème d'ailleurs, elle était moyenne partout et ne se distinguait dans aucun domaine.

- On a le temps d'y penser, déclara sagement James en faisant semblant de la croire.

- On est déjà le douze mai. Les ASPICS sont dans moins d'un mois, répondit la jeune fille.

- Tu sais quoi ? intervint Nella Flint.

Les quatre amis étaient étendus dans l'herbe, près du lac. Une fois n'était pas coutume, la Serdaigle avait décidé de laisser ses manuels et ses fiches de révision au château pour profiter du beau temps et ils avaient passé leurs dernières heures de l'après-midi de libre à flemmarder près du lac.

- Je pense que tu devrais … peut-être … te tourner vers une carrière sociale. J'y ai bien réfléchi, je trouve que ça te correspondrait bien, expliqua-t-elle timidement.

- Oh, tu crois ? s'enquit Dewi, dubitative.

- C'est pas idiot, réfléchit James. Tu es plutôt à l'aise avec les gens.

- Tu sais nous conseiller, ajouta Wil avec un sourire narquois.

Visiblement, Wil faisait allusion aux conseils qu'elle lui avait donné pour séduire Nella et qu'il n'avait pas du tout suivi, à sa plus grande réussite. Le jeune garçon lança un regard entendu à la Serdaigle mais celle-ci l'ignora, trop occupée à fouiller dans son sac. Elle en ressortit un petit tas de brochures, qu'elle tendit à Dewi.

- Qu'est-ce que … Oh, t'y as vachement bien réfléchi, déclara-t-elle en se rendant compte que ce n'était nul autre que de multiples brochures.

- Pas vraiment, murmura Nella. Ca me parait juste évident.

Dewi releva la tête vers la jeune fille qui rougit jusqu'aux oreilles.

Elle se rendit compte que, pour la première fois, elle venait de se faire une véritable amie de sexe féminin. La plupart des filles n'étaient pas très sympathiques -et Dewi n'avait aucune envie de l'être avec elle- mais Nella c'était différent. Elle ne la jalousait pas, l'admirait même et ne se rendait même pas compte qu'elle était terriblement mieux qu'elle. Ce n'était pas que le physique. En plus d'être belle, Nella était charismatique et tout le monde l'appréciait. Si elle n'était pas aussi naïve, elle aurait pu utiliser ce pouvoir pour manipuler n'importe qui et avoir tout ce qu'elle voulait. Même si elle était beaucoup moins timide qu'avant, elle ne s'en rendait pas encore compte.

- Olala, qu'est-ce que tu vas me manquer quand tu seras à Orel, gémit Dewi. Tu es vraiment … formidable !

- Ouais et nous, on pue, grogna James.

- Orel ? s'exclama Wil. Je croyais que tes parents ne voulaient pas ?

Dewi se rendit compte à cet instant précis qu'elle avait dit une bêtise. Sa bouche s'ouvrit et elle lança un petit regard paniqué à Nella qui était encore plus rouge que la cravate d'uniforme de James.

Quand la Serdaigle s'était confiée à elle, jamais elle ne lui avait précisé que son petit-ami n'était pas au courant. Et puis, elle comprit : Nella ne savait pas comment le lui annoncer. Elle avait dû repousser le moment chaque fois un peu plus.

- Bon, on va manger ? s'exclama faussement James, pour dissiper le malaise ambiant.

Personne ne prêta attention à lui. Wil, qui s'était à moitié redressé sur ses coudes quelques minutes plus tôt, se releva entièrement, ignorant ses deux amis et regarda Nella d'un air furieux. La jeune fille elle, avait plutôt l'air d'avoir envie de disparaitre sous terre. Elle baissa la tête.

- C'est vrai alors ?

- Oui, murmura-t-elle d'une petite voix. Ma mère a finalement cédé.

- Tu comptais me le dire quand ?

- Bientôt, je te le jure … Wil … Attends !

Le Gryffondor avait fait demi-tour et remontait maintenant vers le château, sans faire attention à Nella qui, si elle avait été un instant décontenancée, courrait maintenant derrière lui, dans l'espoir de le rattraper et de lui faire entendre raison.

Dewi et James se retrouvèrent seuls, les deux autres n'étant plus que des petits points dans leur champs de vision.

- Il ne restera pas fâché très longtemps, murmura James pour rassurer Dewi qui avait l'air totalement sous le choc.

- Je pensais qu'il était au courant, gémit Dewi, horrifiée par ce qu'elle avait fait. Je veux dire, nous l'étions bien alors pourquoi …

- Tu sais, elle ne m'a rien dit, affirma James. Mais je l'ai su depuis le début. Qu'elle irait là-bas.

- Quoi ? Mais comment ça ?

- Je crois que Nella a un peu plus d'ambition dans la vie qu'un vendeur de farces et attrapes.

Comme indifférent à la portée de ses paroles, James se releva et essuya l'arrière de son pantalon qui était recouvert de boue, d'un air serein. Il regarda un instant le lac, sans avoir l'air gêné que le bon moment qu'ils passaient tous les quatre se termine comme ça et se retourna vers elle :

- Bon, on va manger maintenant ?

oOoOoOoOoOoOo

- Je reviens dans deux minutes, annonça Dominique en quittant la Grande Salle.

Ses yeux venaient de rencontrer ceux d'un noir brûlant d'un Serpentard qu'elle connaissait bien et elle mourrait d'envie de se vanter de sa dernière victoire. Jusqu'à présent, elle l'avait laissé tranquille mais n'avait pas oublié leur dernière altercation. Elle avait gagné. Il était revenu, il était à elle et il devait le savoir.

- Grmph, grognèrent Camille et Molly en chœur.

En se rendant compte de la similitude de leur réaction, elles détournèrent la tête chacune de leur côté. Les deux filles s'étaient encore disputées au dîner et, sans que personne ne comprenne pourquoi ni comment, elles avaient failli en venir aux poings. Dominique, qui mangeait avec appétit un plat de pois chiche, n'avait pas trop écouté et n'était intervenue que lorsque la petite cuillère de Molly avait atterrie dans son assiette. Finalement, tout le monde s'en était mêlé et, une fois n'était pas coutume chez les Poufsouffle, ils étaient tous plus ou moins boudeurs. Même Anatole avait laissé tombé son air joyeux de toute circonstance et était déjà retourné dans la salle commune des Poufsouffle, les deux mains vissées dans les poches et la tête baissée.

Foutue histoires de cœur. Si elle avait su dès le début de l'année que cela se terminerait comme ça, Dominique aurait éliminé directement le vrai problème : Arthur. Pourquoi est-ce que Camille et sa cousine se battait comme ça pour un gland pareil ? Le grand blond à lunettes n'était pas très drôle ni décontracté et, en plus, il passait son temps la tête dans ses livres. Il était du type à devenir Ministre de la Magie. Très peu pour Dominique.

Paradoxalement, ce fut elle qui regarda Isabel Lowell -d'humeur plutôt morose pour une fois, Joana Mayer, Arthur Lowe Camille et Molly -qui marchaient le plus loin possible l'une de l'autre- s'éloigner vers le couloir derrière les sabliers qui allaient les ramener jusqu'à leurs appartements.

Nott, lui, était assis à l'opposé sur un banc en pierre, apparemment en pleine lecture. Dominique savait pertinemment que ce n'était pas le cas, il la regardait, comme s'il attendait qu'elle vienne vers lui. Par esprit de contradiction, elle imagina faire exactement le contraire mais se souvint qu'elle était en position de force. Un sourire s'afficha sur son visage émacié.

Elle s'assit sur le même banc, à une distance respectable du Serpentard. Le regard figé en face d'elle, la jeune fille articula sans bouger :

- J'ai gagné.

- Tu as gagné quoi ?

- Le jeu.

- Pour jouer, il faut des règles, non ? supposa le Serpentard, à juste titre.

Ses yeux bougèrent vers la gauche, un instant, mais elle reporta très vite son attention sur la masse d'élèves qui passait devant eux sans les voir.

Elle avait toujours joué avec le feu dans la vie. Toujours plus loin, dépasser les limites, ne se mettre aucune barrière, flirter avec l'indécence. Elle était Dominique Weasley, une des filles les plus respectées du château, tout le monde la connaissait. Parfois, elle se laissait surprendre à penser que c'était à cause de son caractère et non de son nom mais savait pertinemment que ce n'était pas vrai. Ce qui ne l'empêchait pas de vivre, au contraire de James.

- Elles sont-là dedans les règles, murmura-t-elle en touchant sa tête avec son index avant de changer totalement de sujet. Au fait, le vingt-huit mai …

- Okay. J'ai rien de mieux à faire ce soir-là.

En même temps, à part réviser ses cours, il n'y avait pas grand-chose à faire à Poudlard un soir en semaine.

- Cool, t'éviteras de tuer James.

Le Serpentard renifla d'un air dédaigneux, signe qu'il aviserait. Ce n'était pas vraiment bon signe. Ils allaient déjà en découdre avec Assem, Fil de fer et Gros derrière, ils n'avaient pas besoin de s'entretuer par la même occasion.

Dominique évitait de penser au vingt-huit mai. Evidemment, elle en avait déjà parlé à James et il était tout à fait d'accord pour tenter d'arrêter leur professeur de Potions ce soir-là. Quant au Serpentard, c'était Gemma qui l'avait prévenu.

Comme les deux Préfets-en-Chef quelques semaines plus tôt, elle avait pensé à prévenir Wiertz. Néanmoins, quelque chose l'en avait empêché. Elle savait que, cette fois-ci, elle serait la seule à défendre cette idée. Ce n'était pas étonnant, la dernière fois, leur professeur de Duels avait promis de les aider et tout ce qui s'était passé se résumait à : rien. Il ne pouvait rien faire, il n'avait pas assez de preuves et bla-bla-bla. Elle était consciente qu'il leur faudrait ramener Assem et ses acolytes saucissonnés dans le bureau de McGonagall pour qu'on leur accorde une oreille attentive mais ne pensait pas que ce serait aussi facile que ça, contrairement à ce que semblaient croire les trois autres.

Dominique, elle, avait les chocottes.

Elle n'était pas courageuse comme Gemma ou téméraire comme James. Elle ne se foutait pas de toutes les conséquences de ses actes, contrairement à Nott. Et elle ne savait pas aussi bien manier une baguette qu'eux.

Albus Potter et Scorpius Malefoy passèrent devant eux et les saluèrent, faisant semblant de ne pas trouver étrange de les voir assis l'un à côté de l'autre, ce qui sortit Dominique de sa léthargie. Elle répondit fugacement par un signe de la main et, tandis qu'ils s'éloignaient en chuchotant, se tourna légèrement vers Nott qui, droit comme un i, fixait toujours un point invisible devant lui.

- Puisque j'ai gagné, chuchota-t-elle, la partie est terminée.

Qui essayait-elle de convaincre ? Elle, pour commencer.

C'était la première fois qu'elle pensait à leur situation comme un jeu et, évidemment, ce n'était pas le cas malgré l'application qu'elle mettait à le faire penser à Nott et elle-même. Ou alors, c'était un jeu bien trop dangereux pour qu'il se finisse bien. Les règles n'étaient pas équitables.

Nott tiqua à peine, se contentant de pousser un bref soupir. Doucement, il se tourna vers la jeune fille et, de la même manière qu'elle le regardait, plongea son regard noir dans ses yeux bleus.

- Il n'y avait pas de jeu, réfuta-t-il, semblant lire dans ses pensées, sans néanmoins la quitter des yeux. Donc pas de gagnant.

- Mais …

- Mais maintenant, si tu tiens vraiment à jouer, que cela soit à la loyale, sur un terrain que nous connaissons tous les deux.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Demain soir, au terrain de Quidditch.

Sans attendre de réponse, il referma brusquement le livre qu'il tenait dans les mains et celui-ci émit un étrange craquement. Il le fourra ensuite dans son sac et sans un regard pour elle s'éloigna. La Poufsouffle ne chercha pas à le retenir.

Alors, la prochaine manche se jouerait sur un balai ? Elle ne savait pas vraiment ce qu'il avait en tête mais son cerveau émettait déjà quelques réserves.

Elle ne l'écouterait pas, comme d'habitude.