Merci à LuuMineusement, SmilingSparrow, dobbymcl, Isabelle Pearl, Shiriliz, Mlle Point de Côte et Calire 92 pour leur review !
Bonne lecture à tous !
(Et on applaudit Mlle Point de Côte, ma nouvelle bêta ! Clap, clap !)
N'oublies jamais ce que tu es, car le monde ne l'oubliera pas. Puise là ta force, ou tu t'en repentiras comme d'une faiblesse. Fais-t-en une armure, et nul ne pourras l'utiliser pour te blesser.
Game of Thrones, Tyrion Lannister à Jon Snow.
- Qu'est-ce qu'il fout ?
Thomas Ayling releva le nez du plateau d'échecs, prêt à ordonner à Heather Moorehead de se concentrer un peu.
Les échecs, c'était un peu leur truc à eux. Peut-être la seule chose qui arrivait à dompter le caractère implacable de la demoiselle et pouvait donner envie à Ayling de se taire pendant plus de cinq minutes. Les deux Serpentard y jouaient depuis leur entrée à Poudlard, surtout pendant le week-end et avaient même acheté un jeu d'échec ensemble afin que les pièces obéissent et à Thomas et à Heather. A force, ils étaient passés maître dans cet art et les parties pouvaient durer de longues heures, tant leur niveau respectif était élevé.
Malheureusement, ils étaient tous les deux dotés d'un profond défaut : ils détestaient perdre. Tout le monde avait compris qu'il fallait se tenir loin d'eux lorsqu'ils jouaient, sous peine de subir le courroux du perdant. Les deux jeunes gens s'affrontaient donc dans un coin reculé de la salle commune, à peine éclairé par la lumière qui émanait du feu de cheminée.
Ce qui expliquait pourquoi Isaac Nott n'avait pas fait attention à eux en sortant de la salle commune des Serpentard.
- Ça fait un moment que j'ai envie de savoir ce qu'il nous cache, marmonna Heather qui ne s'intéressait plus du tout au jeu d'échecs à présent.
Ce qui, au final, n'ennuyait pas Thomas plus que ça. Le Serpentard avait remarqué, quelques secondes plus tôt, que la jeune fille pouvait le mettre en échec très facilement et qu'il n'avait plus aucune chance de gagner.
Les Serpentard n'étaient pas du genre à se poser des questions sur les absences répétées de l'un des leur. Néanmoins, chacun y pensait de son côté et avait sa petite théorie. Pour Harriet -qui était allée ce coucher tôt ce soir-là, victime d'un mal de crâne épouvantable-, c'était de l'ordre amoureux : Nott avait une petite-amie secrète. Heather, à qui sa sœur s'était confiée, avait éclaté de rire. Elle pensait à quelque chose de plus sérieux. Voir Isaac avec une fille reviendrait à croire que le Père Noël existait. La jeune fille se demandait si cela n'avait pas quelque chose à voir avec les agressions. Sans trop savoir pourquoi, elle le croyait capable d'avoir découvert la vérité là-dessus.
Quant à Thomas, il imaginait rêveusement qu'Isaac avait trouvé le moyen de se débarrasser de Potter une fois pour toutes et qu'il préparait sournoisement son coup dans son coin afin que tout soit parfait avant l'apothéose.
- Tu le suis, ordonna Heather en se levant de son siège.
- Et pourquoi donc ?
- Parce que j'ai une retenue avec Lastek. Une sombre histoire de crevettes du Brésil.
… qui s'étaient bizarrement retrouvées dans le pantalon du Préfèt-en-Chef des Gryffondor lors de leur dernier cours de Soins Aux Créatures Magiques. Moorehead n'avait même pas nié son implication dans cette histoire et accepté deux heures de retenues avec le sourire. Ces petites bêtes étaient réputées pour être irritantes pour la peau et ne devaient être manipulées qu'à l'aide de gants. Autant dire que la tête de Potter valait le coup.
- Tu crèves d'envie de savoir ce qu'il fait, susurra Heather en attrapant son sac en bandoulière gris qui trainait par terre, à côté de la table. Ne dis pas le contraire.
- Très bien. Mais cela ne veut pas dire que je te le dirai, sourit Ayling en se levant à son tour pour passer sa cape car il faisait encore frais dans les couloirs le soir.
La jeune fille ne se laissa pas démonter et eut un rictus amusé qui semblait dire "c'est ce qu'on va voir". Ils ne perdirent pas plus de temps à discuter car tous deux étaient pressés. Heather avait beau être insolente, elle savait quand obtempérer, surtout avec un professeur comme Lastek qui n'avait jamais traité les Serpentard différemment des autres, un peu à la manière d'Assem. L'homme n'avait peut-être pas beaucoup d'autorité mais elle n'avait pas très envie de lui désobéir.
Quant à Thomas Ayling, il ne tenait pas à perdre Nott. Heather et lui se séparèrent devant la salle commune, après un clin d'œil complice.
Le grand blond se dirigea vers la gauche, dans le couloir qui menait au hall d'entrée. Il doutait que Nott puisse être allé dans une autre direction et n'avait pas tort. Il ne tarda d'ailleurs pas à le rattraper et faillit se faire repérer alors qu'il tournait dans un couloir. Nott n'était qu'à quelques mètres devant lui. Le Serpentard taquin n'eut que le temps de se jeter derrière une armure pour ne pas se faire voir.
Nott se retourna brusquement, balaya son regard de droite à gauche mais finit certainement par croire qu'il s'était trompé et reprit sa marche. Le hall n'était pas désert, il était à peine huit heures mais le couvre-feu allait bientôt tomber et les élèves se dirigeaient pour la plupart dans leur salle commune. Caché par la foule qui déambulait dans le hall, Thomas n'eut aucun mal à suivre de loin son meilleur ami qui se dirigea vers la porte. Là, sans même regarder autour de lui, il se faufila à l'extérieur.
Ayling poussa un soupir -il n'avait pas vraiment prévu de se rendre dans le parc maintenant- et resserra l'encolure de sa cape avant de sortir du château lui aussi.
Il ne faisait pas encore nuit, mais le temps était gris, annonciateur d'un orage prochain, ce qui rendait plus facile sa progression. Si Nott se retournerait, il le verrait. Thomas prit quand même le risque et continua à le suivre de loin avant de s'arrêter net.
Nott allait au stade de Quidditch.
Tout ça pour ça ? Heather allait l'entendre en rentrant. Cela n'avait rien de franchement captivant, tout le monde savait déjà que le Serpentard ne s'intéressait qu'aux balais et aux potions.
Il allait faire demi-tour quand quelque chose retint son attention, près des vestiaires. Une silhouette se dessina sur un sentier parallèle à celui où il se tenait, un peu plus en contrebas. Plissant les yeux, il reconnut une Poufsouffle mais pas n'importe laquelle : Dominique Weasley. Celle qu'il avait déjà surpris en compagnie de Nott quelques mois plus tôt, il l'avait même taquiné là-dessus. Celle qui, même s'il ne s'en souvenait pas, trainait beaucoup avec le Serpentard en première année. Ça, c'était Isabel qui le lui avait rappelé.
Il observa pendant quelques secondes la jeune fille marcher puis rentrer dans le vestiaire à la suite de Nott, tout en essayant de ne pas éclater de rire.
Alors, c'était Harriet la romantique qui avait raison ? Tout ceci n'était qu'une banale histoire de cœur ? Enfin, banale. Il allait pouvoir se moquer de son meilleur ami pendant une décennie au moins avec ça. Il se demanda comment Heather réagirait lorsqu'elle le saurait.
Comme il n'avait plus rien à faire ici, le Serpentard décida de ne pas s'attarder plus longtemps et ne perdit pas de temps pour remonter au château, pensant avoir découvert la raison des absences répétées de Nott ces derniers temps.
oOoOoOoOoOoOo
Dominique pénétra doucement dans l'un des deux vestiaires des équipes de Quidditch, espérant être arrivée la première pour pouvoir se changer tranquillement. Lors des compétitions, chaque équipe disposait d'un vestiaire pour se changer mais le reste de l'année, les équipements des joueurs étaient rangés bien au chaud dans un casier par ordre alphabétique. Par habitude, Dominique y laissait sa tenue et son balai, surtout parce que Molly et Joana ne voulaient pas d'un objet volant dans le dortoir, qui n'obéissait qu'à Dominique. Elles avaient peur que l'impétueuse jeune fille n'ordonne à son balai de les poursuivre. Elle en aurait été capable, juste pour rire.
Mais Isaac Nott était déjà là. Dos à elle, torse nu, le jeune homme était en train de sortir sa robe de Quidditch de son casier, situé au fond à gauche de la pièce. Sur le banc devant lui, sa chemise était parfaitement pliée. Le Serpentard n'avait pas forcément le physique d'un attrapeur. S'il était fin, il était plutôt grand, ce qui le désavantageait forcément devant quelqu'un comme James Potter, à peine plus musclé mais qui faisait une tête de moins. Paradoxalement, l'équipe des Serpentard avait rarement perdu contre les Gryffondor depuis qu'il en faisait partie.
Elle ne pouvait pas le voir à cette distance mais il avait une cicatrice dans le dos, qui partait de son épaule et se terminait sur sa hanche et qui datait de sa naissance. Il la lui avait montré lors de leur première année, au moment où il avait décidé de lui parler de sa mère.
Isaac Nott avait un point commun avec Gemma Lysenko mais elle doutait que l'un d'entre eux le soupçonne. La mère du Serpentard était décédée à sa naissance, après un accouchement compliqué. Il avait toujours vécu avec son père avec qui il entretenait une relation cordiale à défaut qu'elle soit amicale. Pour ce qu'elle en savait, les deux avaient sensiblement le même caractère et les repas de famille ne devaient pas être très animés.
Toujours est-il qu'il n'en avait plus jamais parlé après cette révélation et que la gamine qu'elle était à l'époque n'était pas différente de l'adolescente d'aujourd'hui : les discussions sérieuses la paniquaient et elle avait été soulagée qu'il ne s'épanche pas plus.
- Tu comptes rester plantée là longtemps ?
Dominique sursauta. Elle ne s'était pas rendue compte qu'elle était restée devant la porte à le fixer et encore moins qu'il s'était retourné et la toisait maintenant du regard. Il avait même enfilé sa tenue sans qu'elle ne s'en aperçoive.
Elle tourna la tête vers son propre casier, à sa droite, vers la porte et s'en approcha doucement, sans répondre. Brusquement, elle changea d'avis.
- Quelle est ton idée ?, murmura-t-elle.
- A la loyale, répondit-il en la fixant. Un balai, un souaffle, dix points.
La Poufsouffle remarqua qu'il avait la prétention de la battre sur son propre terrain. Après tout, elle était habituée à marquer des buts et pas lui. Elle renifla dédaigneusement.
- Et après ?, reprit-elle en croisant les bras autour de son ventre.
- Après on est quitte et tu me fous la paix.
- Et si je gagne ?
Le Serpentard leva les yeux au ciel, ne semblant pas avoir envisagé cette éventualité. Il attrapa son balai, referma soigneusement son casier à l'aide de sa baguette après y avoir précautionneusement glissé sa chemise sans plis, et se dirigea vers elle calmement, comme si cela ne l'étonnait pas qu'elle n'ait pas encore bougé.
- Ça ne changera pas, n'est-ce pas ?, murmura-t-elle. Quel que soit le résultat ?
- Je ne sais pas, répondit-il en la regardant bizarrement. Tu abandonnes maintenant ?
La jeune fille lança un regard vers son casier où brillait son nom en lettres orangées. Elle se mordilla la lèvre et, étrangement, un sourire naquit sur ses lèvres.
- Tu aimes ça. Mais tu ne l'avoueras jamais parce que ça ferait trop de mal à ton égo, expliqua-t-elle tandis que ses lèvres s'étiraient de plus en plus.
- Non, réfuta-t-il.
- Si, ça te plait. Dans un certain sens, tu fais tout pour que ça dure. Tu as fais exprès de me laisser me rapprocher de toi au début de l'année, tu as fais exprès de te rapprocher de Gemma parce que tu savais que ça me rendrait furieuse, tout ça tu le contrôles depuis le début. Bien mieux que moi.
Cette fois-ci, il n'eut pas l'audace de la contredire. Enhardie par cette découverte, elle réduisit à néant la distance entre eux, les bras enserrant toujours sa taille. Relevant la tête pour continuer à le fixer dans les yeux, la jeune fille reprit, sans se départir.
- Peut-être que tu croyais pouvoir te venger, ou juste parce que tu t'ennuyais, je n'en sais rien, admit-elle. Je penche pour la première. Sauf qu'il y a un truc qu'on ne contrôle pas tous les deux. Et si, moi, je vis très bien avec …
Ou à peu près. Ou pas du tout en fait.
- … toi, ça te fait chier au plus profond de tes trippes, n'est-ce pas ? Alors, qu'est-ce que ça fait au grand Isaac Nott de savoir qu'il n'est qu'un être humain parmi les autres ? demanda-t-elle en lui tapotant l'épaule avec une arrogance toute particulière.
- Est-ce qu'une fois dans ta vie, tu t'es demandé si tu ne te trompais pas du tout au tout ? Tu me connaissais, Dominique, quand on était enfants. Je ne le nie pas. Tu es bien trop prétentieuse pour croire que je n'ai pas changé.
Peut-être.
Sa belle assurance retomba comme un soufflé et elle hésita un instant. L'instant de trop peut-être. Isaac se pencha vers elle, arrêta son geste au niveau de son oreille, et elle sentit leurs joues se frôler l'espace d'un instant.
- Peut-être que c'est encore une manipulation de ma part, chuchota-t-il.
- Peut-être, admit-elle en plissant les yeux. Peut-être que tu as fais tout ça pour me faire croire que je pouvais mener le jeu, que j'étais plus intelligente que toi et que tu attends le bon moment pour abattre le reste de tes cartes.
- Ça veut dire que tu déclares forfait ?
Isaac se redressa d'un coup, la toisant de tout son être. Elle devina qu'il n'attendait que ça pour se déclarer vainqueur. Pour lui prouver qu'elle était toujours la gamine égoïste qui l'avait laissé tomber six ans plus tôt. Il se méprenait sur ce point : ce n'était pas du tout son intention.
- Tu sais quoi ?, l'ignora-t-elle. Tu peux tromper tout le monde mais moi je sais qu'il y a quelque chose là-dessous.
Doucement, elle déposa sa main sur son torse, à l'endroit où son cœur se trouvait. Si elle avait pu en douter un seul instant, elle aurait été rassurée d'entendre les battements réguliers de l'organe sous sa robe de Quidditch.
- Est-ce que tu déclares forfait ?, répéta-t-il, en posant sa main sur la sienne.
Quand elle descendait le sentier pour rejoindre les vestiaires, Dominique s'était promis que cette partie se jouerait sur un balai.
Mais c'était plus fort qu'elle. La jeune fille occultait tout ce qui faisait qu'elle ne pouvait pas continuer à jouer avec Isaac à chaque fois qu'il se trouvait dans son champ de vision. Oubliait le jour où il découvrirait qu'elle lui avait menti et qu'elle était malade. Réfutait même l'idée qu'il le découvre un jour et que ce moment serait encore pire qu'en première année quand il lui avait signifié qu'ils ne pouvaient plus être amis.
Une idée horrible s'infiltra en elle.
" Quand je serais grande, je veux bien être amoureuse de toi."
Gemma Lysenko avait été horrifiée d'apprendre qu'elle considérait Nott comme sa propriété mais était-ce bien le cas ?
Elle réfléchit un instant et conclut que c'était bel et bien le cas. Parce qu'elle ne pouvait pas être amoureuse de lui.
L'amour pour elle, c'était ce qui avait lié Molly et Arthur, Gemma et Abel Johnson. Rien de très réjouissant et excitant. A l'inverse, cette relation spéciale qu'elle avait avec Isaac l'amusait et la faisait se sentir plus vivante que jamais. Rien à voir avec les larmes et la colère qui unissaient Gemma et Molly dans la déchéance. Jamais Isaac n'arriverait à lui faire mal, vraiment mal.
- Alors ?, insista-t-il en resserrant sa poigne sur sa main.
Il connaissait très bien la réponse. Il aurait même pu le dire lui-même.
- Certainement pas, murmura-t-elle en fermant doucement les yeux. On s'amuse beaucoup trop pour arrêter maintenant, tu ne crois pas ?
Isaac ne répondit pas et un frisson d'excitation parcourut le corps de la jeune fille. Il souriait ! Elle ne le voyait pas à travers ses yeux clos mais elle le savait, le sentait, ses lèvres s'étaient étirées en un véritable sourire. Elle avait gagné, elle avait récupéré Isaac. Ce n'était pas le moment de le lui annoncer, elle était prête à parier que cela gâcherait tout. Il n'était pas encore prêt et, d'ailleurs, ne le serait sûrement jamais. Fort bien, elle pouvait toujours garder ça pour elle tout en faisant semblant de le taquiner là-dessus, elle seule saurait que ce n'était pas qu'une moquerie mais aussi la vérité.
- Mais là, on peut faire une pause, non ?
Un instant, elle crut qu'il allait refuser et ajouta :
- La dernière fois, dans les couloirs, on jouait et …
- Tu veux répéter pour la prochaine fois ?, l'interrompit-il.
- Je crois que oui, affirma-t-elle. Juste pour voir jusqu'où on peut aller.
La jeune fille rouvrit les yeux et se rendit compte qu'elle voyait parfaitement les petites touches de bruns dans son regard. Avec Isaac, il fallait ruser, lui faire croire qu'il faisait ce qu'il voulait alors que c'était elle qui menait. Là aussi, c'était le cas.
Leurs lèvres s'agrippèrent et la jeune fille sentit ses poumons s'ouvrir. Comme si elle pouvait mieux respirer avec les lèvres du Serpentard posées sur les siennes. Ce dernier se débarrassa de la main qu'il tenait toujours en la glissant dans son dos et il put ainsi endiguer les derniers centimètres entre eux.
Dominique dut se dresser sur la pointe des pieds pour continuer à sentir ses lèvres contre les siennes et ne put ignorer son regard. Ce fut l'une des premières fois de sa vie où elle se sentit incapable de deviner ce à quoi il pensait et se sentit plutôt gênée. Ce sentiment de malaise disparut très vite, au moment où l'arrière de sa jupe d'uniforme se soulevait et où deux mains froides prirent la place du vêtement. Isaac la souleva sans aucune peine et elle enroula ses jambes autour de sa taille.
Ils basculèrent contre une rangée de casiers.
Elle ne repoussa pas Isaac lorsqu'il commença à déboutonner un par un les boutons de sa chemise, tout au plus se demanda-t-elle l'espace de quelques secondes s'il n'allait pas la trouver hideuse avec son corps sans forme et son soutien-gorge qui ne servait à rien. Elle ne songea même pas au fait que quelqu'un, un professeur, aurait pu rentrer à ce moment précis.
Tout au plus laissa-t-elle échapper un ricanement rauque, presque inaudible, en tournant doucement la tête vers la gauche alors que la main droite d'Isaac se glissait contre son cou. En lettrine rouge, sur le casier contre lequel ce dernier la tenait fermement, était inscrit le nom de "James Potter".
Elle oublia très vite son cousin.
oOoOoOoOoOoOo
- Alors ?, lança Heather Moorehead en se laissant tomber à côté de Thomas Ayling qui avait passé le reste de la soirée à réviser ses cours de Métamorphose.
- Alors ta sœur avait raison, répondit le Serpentard sans lever le nez de ses fiches. Il a rejoint une fille.
- Quoi ? Qui ?
- Je crois que je vais garder ça pour moi.
- Tu sais quoi ?, reprit la Serpentard après quelques secondes de silence. Peut-être que c'est vrai mais tu ne m'enlèveras pas de l'esprit qu'il y a autre chose.
oOoOoOoOoOoOo
Dominique Weasley reboutonna maladroitement les boutons de sa chemise blanche et noua sa cravate à toute vitesse. C'était idiot mais maintenant, elle ne voulait pas qu'Isaac puisse voir la moindre partie de son corps décharné. Le Serpentard était moins pudique. Seulement vêtu de son pantalon, il prenait tout son temps pour ouvrir son casier, récupérer sa chemise et ranger sa robe de Quidditch. Il était évident à présent qu'aucun autre match ne se jouerait ce soir-là.
En attendant qu'il se soit rhabillé, elle s'assit sur l'un des bancs, juste devant le casier de James, ses pieds battant frénétiquement dans le vide. C'était beaucoup plus gênant après que pendant. Et quand Dominique était mal-à-l'aise, n'importe quel genre de bêtise pouvait sortir de sa bouche.
- C'était ta première fois ?
Il ne se retourna pas vers elle et ne répondit même pas. Elle en conclut que la réponse était oui. Elle se demanda comment elle aurait réagi si ça avait été non. Il ne lui retourna pas la question, comme si la réponse était évidente. Elle l'était, effectivement.
- Ce n'était pas aussi bien que ça, avoua-t-elle franchement.
Là, il tiqua mais ne la détrompa pas non plus. Dominique avait raison. Cela avait été étrange, maladroit et ce n'avait pas été si agréable que ça au moment fatidique. Elle se souvint vaguement du soir de la rentrée, où Molly avait demandé des conseils à Joana sur ce genre de choses. Isabel, celle qui avait sûrement le plus d'expérience, était intervenue en lui disant que la première fois, ce n'était pas la chose romantique que l'on racontait dans les livres pour adolescentes.
Le Serpentard termina de boutonner sa chemise et revint s'assoir à ses côtés. Quelques minutes plus tôt, ils n'avaient jamais été aussi proches de leur vie mais aucun des deux ne fit un geste vers l'autre. La gêne sembla encore plus pesante qu'avant, surtout pour Dominique qui ne s'était jamais sentie aussi mal de sa vie.
- Tu pars à Orel alors cet été ?
- Oui, affirma-t-il alors qu'elle était au courant depuis bien longtemps. Mon père m'a trouvé une colocation.
- C'est bien, murmura-t-elle sans savoir si elle le pensait vraiment.
Le silence se fit, pesant, et elle hésita à prendre ses jambes à son cou.
- Tu as perdu, murmura-t-il après quelques secondes.
- Je croyais qu'on faisait une pause ?
La jeune fille se rendit compte à cet instant précis qu'il n'y aurait jamais de pause. Que ce soit à Poudlard ou à des milliers de kilomètres, il y aurait toujours ce sentiment chez eux de vouloir dominer l'autre. Ce n'était pas un mal, contrairement à ce qu'on aurait pu croire. C'était même plutôt engageant, une relation de ce genre, pour elle.
- D'accord, admit-elle. Mais tu te trompes. Parce que contrairement à toi, je ne serais jamais à toi.
Brusquement la jeune fille se redressa. Isaac ne pouvait pas comprendre mais, pour elle, ces paroles avaient un sens tout particulier. Celui de la vérité. Elle appartenait à sa maladie, depuis des lustres et il n'en serait jamais autrement. Le sentiment de malaise s'accentua et elle décida de partir, comme elle aurait dû le faire quelques minutes plus tôt. Derrière elle, Nott lança :
- Pour la dernière fois, ne te prends pas pour ce que tu n'es pas.
Il n'avait rien compris à ce qu'elle disait et, pour la première fois, cela l'attrista. La jeune fille ne s'attarda pas plus longtemps.
oOoOoOoOoOoOo
- Là, ce sont les appartements d'Assem, lança Gemma en désignant un point sur une feuille de parchemin.
La jeune fille avait dessiné un plan grossier du château. Elle n'avait aucun talent artistique et l'ensemble faisait assez fouillis mais on s'y retrouvait. Pour preuve, Dominique hocha docilement la tête et jeta un coup d'œil à Nott qui parut approuver du regard. Elle ne savait jamais vraiment avec celui-là.
La Poufsouffle était étrangement calme et Gemma en était ravie. Ils allaient enfin pouvoir élaborer un plan d'action digne de ce nom.
Tous trois s'étaient retrouvés dans les cuisines, un peu après treize heures et la Préfète-en-Chef comptait bien mettre à profit le peu de temps qu'ils avaient devant eux.
- Très bien, alors là …
Elle agita sa baguette et deux petits personnages apparurent sur le plan, devant les appartements de leur professeur de Potions. L'un était vert et le prénom d'Isaac Nott apparut à côté. L'autre était bleu et avait des cheveux longs -enfin, plutôt un amas de traits sur la tête-, il s'agissait de Gemma.
- Nous, on attendra ici.
A sa plus grande surprise, Dominique ne pipa mot. Même si elles en avaient déjà parlé, la Serdaigle pensait que cette dernière allait s'énerver, crier, négocier avant d'abdiquer et de lui faire promettre de ne pas poser les yeux sur son objet. Mais non. Elle se contenta de poser, une nouvelle fois, les yeux sur le Serpentard, et de rougir.
Rougir ?
Gemma ne s'interrogea pas longtemps sur la nouvelle excentricité de la Poufsouffle et pointa sa baguette devant le bureau d'Assem. Ils avaient bien réfléchi tous les trois et ne voyaient pas où se poster à part devant les appartements et le bureau d'Assem. Ensuite, ils avaient décidé de se scinder en deux groupes et de communiquer par Patronus interposé pour se tenir au courant des avancées de la situation. Wiertz avait bien fait de leur apprendre ce sortilège qui pourrait se révéler très utile. Nott et Potter ne savaient toujours pas en faire, il était donc hors de question de les mettre ensemble -Bon, à la base, personne n'aurait eu une idée aussi risquée-. Gemma préférait sauter de la Tour d'Astronomie que de se trouver à moins de dix mètres de Potter -c'était pour ça qu'elle ne l'avait pas convié à cette réunion d'ailleurs-. Il avait donc été assez aisé de faire les groupes. Nott et elle, Dominique et Potter.
Elle agita à nouveau sa baguette.
- C'est une bouse ?, demanda Dominique, l'air intéressée.
Le nom de James Potter s'afficha à côté de l'amas noirâtre qu'elle avait dessiné avec sa baguette et la Poufsouffle se mit à sourire. Un instant, Gemma crut voir le même type de réaction chez Nott mais elle convint très vite qu'elle avait dû se tromper. Isaac Nott ne souriait pas, jamais. Sait-on jamais, ça aurait pu lui faire perdre sa dignité.
A côté, le prénom de Dominique apparut.
- Alors, réfléchit calmement la Poufsouffle. S'ils passent par le parc, et ils passeront par le parc, ils seront obligés de traverser ce couloir.
Weasley était décidemment très bizarre aujourd'hui. Calme, douce, presque gentille, si Gemma n'avait pas été aussi préoccupée par la date fatidique du vingt-huit mai qui approchait, elle aurait été plus étonnée par l'état étrange de la jeune fille exubérante.
Elle traça une croix rouge sur le couloir qui desservait le hall mais aussi la salle commune des Poufsouffle et les cuisines où ils se trouvaient à cet instant.
- L'équipe qui les verra attendra les autres ici alors.
- Et s'ils ne passent pas par là ?, demanda Nott.
- Il n'y a pas d'autres sorties, opposa Dominique.
- On n'en sait rien, admit Gemma, il y a peut-être un passage dans les cachots qu'on ne connait pas.
Ennuyée, la jeune fille posa son coude sur la table et laissa tomber sa tête en équilibre sur sa main, lorgnant sur le plan qu'elle avait crée. Il y avait peut-être un passage dans les cachots qui permettait de sortir de Poudlard, peut-être même d'atterrir dans le lac. Malgré ça, ils ne pouvaient pas le prévoir à l'avance.
- On avisera ?, proposa-t-elle.
- Lysenko, je ne suis pas sûr qu'on ait le temps d'aviser.
- Je suis d'accord avec lui.
Etonnant, ironisa intérieurement la Serdaigle.
Elle ne rigola plus du tout lorsque Nott se tourna légèrement vers la Poufsouffle et hocha la tête, l'air approbateur. Qu'est-ce qu'il se passait entre eux ? Soudainement plus attentive depuis qu'elle avait remarqué la bizarrerie de la réaction du Serpentard, elle plissa les yeux et tourna alternativement la tête vers chacun de ses deux camarades.
- On vous a jeté un sort ?, s'enquit-elle, soupçonneuse.
- Non, réfuta Nott. Bon, peut-être qu'on sera obligé d'aviser, mais ça ne nous empêche pas d'être prévoyant. S'ils partent par là …
Il traça un rond sur la partie est des cachots puis une croix dans un des nombreux couloirs.
- On se rejoint là-bas. Et s'ils partent par là …
Il effectua la même opération sur la partie ouest des cachots.
- On se rejoint ici.
- Ça me parait bien, admit Gemma. Et maintenant … Si on n'a pas le temps d'attendre que les autres arrivent ?
- Le sortilège du petit poucet, lança Dominique, de celle qui a bien appris sa leçon.
Nott haussa un sourcil septique, l'air un peu perdu.
- C'est un conte moldu, expliqua Gemma. Mais on s'en fiche. Le vrai nom du sortilège est Inveni. Tu le lances sur tes pieds et à chaque pas que tu feras, tu laisseras une tâche sur le sol. Les autres n'auront qu'à suivre.
- Super, s'exclama Dominique. Il ne nous reste plus qu'à ramener les trois comparses à McGonagall, récupérer la potion et on sera tranquilles pour le reste de l'année ! Facile.
Nott leva les yeux au ciel et s'éloigna de la table. Il ne tarda pas à prendre congé pour aller déjeuner tandis que les deux filles préférèrent rester dans les cuisines où elles étaient plus tranquilles. Gemma, qui n'avait pas oublié le comportement suspect des deux autres mais n'avait pas insisté en présence du Serpentard, suivit du regard Dominique tandis qu'elle demandait gentiment à un elfe de maison de leur apporter deux assiettes et de quoi se restaurer.
La Poufsouffle paraissait plus calme mais aussi très fatiguée. Elle avait de grands cernes sous les yeux, signe qu'elle n'avait pas dû bien dormir cette nuit. Peut-être avait-elle eu une autre crise mais cela n'avait jamais apaisé son caractère de cochon. Non, il se passait quelque chose et …
- … Je n'arrive pas à mettre le doigt dessus, grogna Gemma tandis que Dominique revenait avec deux assiettes, deux couteaux et deux fourchettes dans les mains.
- Qu'est-ce que tu dis ?, l'interrogea cette dernière en disposant les couverts sur la table.
Gemma lui laissa le temps de s'assoir avant de l'imiter. Postée devant la Poufsouffle, elle la détailla sans gêne comme si ce qui la chiffonnait allait s'afficher sur son visage. Dominique ne dit rien, se contentant de sourire faussement et quelques minutes passèrent, durant lesquelles deux elfes vinrent leur apporter un plat de légumes et un bon rôti découpé. Chacune se servit à son tour et, alors que Dominique avalait plus qu'elle ne dégustait, comme à son habitude, Gemma se mit à réfléchir à voix haute.
- Il se passe quelque chose avec Nott, murmura-t-elle en essayant de scruter les réactions de la Poufsouffle. Quelque chose a changé mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. On dirait … c'est ça, on dirait qu'il n'a plus tellement envie de t'assassiner dans un coin sombre … J'ai trouvé ! On dirait que vous allez vous sauter dessus à chaque seconde … Quand il t'a regardé, j'ai presque eu l'impression de voir un chaton. Mais c'est stupide, je vois mal Nott sauter sur quoi que ce soit à part sur Potter pour l'étrangler. Non, oublie, je me fais des idées. Quoi ?
Etrangement, Dominique avait baissé les yeux et ses joues étaient devenues roses. Un terrible pressentiment s'empara de Gemma et elle déglutit.
- Attends, tu veux dire que …
- Hier soir, avoua la jeune Poufsouffle sans chercher à nier. On était dans les vestiaires du stade et je sais pas trop ce qu'il s'est passé mais je me suis retrouvée contre le casier de James et après, j'avais plus ma chemise et …
- STOP !, s'exclama la Serdaigle en plaquant ses mains contre ses oreilles, en oubliant qu'elle venait de planter sa fourchette dans un morceau de brocolis.
Le légume s'échappa et passa à quelques centimètres des cheveux de Dominique.
- Ne dis plus rien ! Je ne veux rien savoir, je retire ce que j'ai dit ! Par Merlin ne dis pas un seul … Attends contre le casier de Potter ?
