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Bonne lecture !


Saw my reflection in a window I didn't know my own face
Oh Brother are you gonna leave me wasting away
On the streets of Philadelphia

Bruce Springsteen


Ce matin-là, Dominique se réveilla avec un étrange sentiment d'écrasement dans son cœur. Lorsque ses yeux s'ouvrirent, il faisait déjà jour et les filles étaient déjà toutes réveillées. Certaines plus que d'autres. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre ce qui l'avait sorti de sa léthargie. De bon matin, alors que les cours commençaient dans une heure à peine, Molly Weasley et Camille Teyssier se disputaient. Elle reconnaissait très bien leur voix, sans pour autant arriver à saisir le sens des mots à travers la couette sous laquelle elle se trouvait, ce qui n'était pas forcément un mal. Malheureusement, il lui faudrait bien se lever un jour et cela ne servait à rien de repousser l'échéance.

Outre la dispute de ses deux amies, autre chose chiffonnait la jeune fille : aujourd'hui on était le vingt-huit mai.

La lumière l'aveugla un instant mais, malheureusement, son ouïe fonctionnait toujours.

- TU SAIS QUOI ? PERSONNE NE VEUT TE LE DIRE MAIS TU ES VRAIMENT AFFREUSE ! CA FAIT DES MOIS QUE TU …

- MOI JE SUIS AFFREUSE ? NON MAIS TU RIGOLES ? A CE QUE JE SACHE, JE NE T'AI PAS PIQUE TON PETIT-AMI !

- Heu, les filles ? Vous ne pourriez pas essayer de discuter normalement ?, lança timidement Joana Mayer.

Dominique Weasley se tourna vers la droite. Assise sur son lit, Joana peaufinait sa tenue et boutonnait sa chemise maladroitement, lançant des regards inquiets vers le centre de la pièce où se tenaient Camille et Molly, dressées l'une vers l'autre.

La porte de la salle de bain s'ouvrit et Isabel Lowell en sortit, une serviette autour de la taille, sa poitrine se mouvant au rythme de ses hanches généreuses. Sans paraîtreavoir remarqué la dispute des deux filles elle se dirigea vers son armoire, poussant même le vice à passer entre les deux jeunes filles qui la regardèrent sans un mot.

Pendant un instant, Dominique crut que cela allait régler les choses.

- ARTHUR A DECIDE TOUT SEUL DE TE QUITTER !, se remit à hurler Camille, l'air vraiment en colère. ET TU SAIS POURQUOI ?

Même Dominique comprit que ce que Camille allait dire était une grosse bêtise et qu'il n'y aurait pas de point de retour après ça. Pour sa défense, son amie subissait les attaques répétées de Molly depuis de longs mois et même elle la plaignait. Pendant ces quelques mois, elle avait pu parfois croire que sa cousine allait tourner la page, notamment grâce à ses nombreuses conquêtes mais cela faisait quelques temps qu'elle savait que ce n'était qu'un moyen d'attirer à nouveau l'attention d'Arthur. Lequel ne semblait pas comprendre les agissements de Molly et Dominique devait avouer qu'il avait l'air de tenir à Camille, ce qu'elle n'avait pas cru au début.

Joana s'allongea sur son lit pour attraper sa baguette posée sur sa table de chevet mais elle ne fut pas assez rapide. Camille, lasse d'être le bouc-émissaire de son ancienne amie, la devança :

- PARCE QUE TU ES COLLANTE ET SUPERFICIELLE ! PARCE QUE TU ES COINCEE ET PAS DROLE ! PARCE QUE TU PASSAIS TES JOURNEES SUR SON DOS ! ET TOUT LE MONDE DANS CE DORTOIR SE FICHAIT DE VOUS ET PERSONNE N'A LE CRAN DE TE DIRE A QUEL POINT TU ETAIS RIDICULE ! ARTHUR PAR CI, ARTHUR PAR LA … ET GNAGNAGNA ! TU SAIS QUOI MA PAUVRE ? JAMAIS PERSONNE NE POURRA SUPPORTER D'ETRE AVEC TOI PARCE QUE TU ES PIRE QU'UN POULPE SUCEUR DE SANG !

Le silence retomba dans la pièce. Joana Mayer était allongée sur son lit, la main suspendue au dessus de sa baguette, comme figée. Dominique était assise sur le sien, les mains sur sa couette qui lui couvrait encore les genoux. Isabel était toujours face à son placard mais elle ne bougeait plus, semblant attendre la suite.

Camille et Molly se faisaient face. Il n'y avait pas plus différentes que ces deux-là, tant au niveau physique que mental. Molly était grande, fine, rousse et avait les yeux bleus. Camille était plutôt petite, enrobée, avait les cheveux noirs et courts qui retombaient à moitié sur ses oreilles et les yeux presque noirs. Là où Molly était introvertie, Camille ressemblait plus à Dominique. Sa cousine était douce et sérieuse et rougissait lorsqu'on parlait de sexe. Camille faisait souvent des blagues graveleuses et se fichait de l'avis des gens.

Pourtant, elles avaient été amies. Alors c'était ça l'amitié ? Quelque chose qui ne tenait qu'à un fil et qu'on pouvait briser d'un claquement de doigt ?

Dominique avait plus souvent été du côté de sa cousine que de Camille. Leur amitié en avait pâti. Ce matin-là, elle n'avait plus envie de choisir. A vrai dire, cela avait été une erreur de le faire à l'époque, elle s'en rendait compte à présent. Mais comment rester en dehors de tout ça, alors que les deux jeunes filles avaient complètement brisé la belle entente qui régnait entre les Poufsouffle depuis six ans ? Comment se mettre à l'écart alors qu'elles avaient gâché la fin de leur scolarité et marqué un tournant dans la solidarité qui régnait entre eux ? Pas un tournant, une scission.

La jeune Poufsouffle ressentit une immense bouffée de haine, autant pour Molly que pour Camille.

Elle avança ses mains devant elle et se mit à applaudir doucement puis de plus en plus fort ensuite. Tout le monde sursauta sauf Isabel qui se retourna doucement vers elle, la poitrine enfin couverte par un soutien-gorge en dentelle. Dominique continua à frapper ses mains tout en se levant. Puis, elle s'avança vers les deux jeunes filles qui semblaient ne pas comprendre ce qui se passait et en avaient même oublié de se crier dessus.

- Bravo !, lança-t-elle d'une voix égale. Bravo, vous avez réussi ! Vous savez quoi ? Vous avez totalement gâché la fin de l'année avec une application hors du commun. Je vous félicite, personne n'aurait pu faire mieux. J'espère que vous êtes fières de vous.

Pour une fois alors qu'elle était sous le coup de la colère, elle parlait d'une voix ferme et posée qui la surprit un peu et elle songea qu'Isaac aurait été fier d'elle. Même s'il ne l'aurait avoué que sous la torture.

- Tu sais quoi Camille ?, reprit-elle en se tournant vers la brunette. Oui tu es la fille la plus horrible que je connaisse pour avoir fait ça à une amie. Tu n'es qu'une voleuse de petit-ami et pour ça tu es abjecte. Cesse de sourire Molly. Tu ne vaux pas mieux. Arthur ne reviendra jamais vers toi pour toutes les raisons que Camille a énoncé.

Elle craignit un instant avoir été trop loin en voyant les yeux bleus de sa cousine se remplir de larmes. Camille, elle, était tellement scotchée qu'elle paraissait pétrifiée. Mais le malaise qui régnait chez les Poufsouffle depuis de longues semaines étaient bien trop profond pour qu'elle se laisse attendrir.

- Je vous déteste ! Toutes les deux !

La jeune fille n'arriva pas à rester calme à ce moment-là. Sa voix s'érailla et elle détourna la tête. Eberluées, les quatre autres la regardèrent quitter la pièce en courant. Quelques secondes passèrent pendant lesquelles Joana Mayer et Isabel Lowell se lancèrent un regard sans équivoque. Puis Camille prit elle aussi le chemin de la sortie et claqua la porte.

Les larmes coulaient maintenant à grands flots chez Molly. La jeune fille étouffa un sanglot et courut s'enfermer dans la salle de bain.

- Nom d'un Troll, lâcha Joana les yeux fixés à présent sur la porte de la salle de bain.

A sa plus grande surprise, Isabel Lowell haussa les épaules et se retourna vers son armoire, attrapant sa chemise d'uniforme.

Là-aussi, c'était un duo on ne peut plus différent. Pourtant, jamais elles n'auraient pu se retrouver dans la même situation. Déjà, parce que Joana n'appréciait pas vraiment Ayling, ensuite parce qu'elle avait toujours su trouver ses propres conquêtes. Fut un temps, elle les collectionnait même.

Mais surtout, parce qu'il y avait une sorte de respect immuable et très fort entre elles. Chacune d'entre elle aurait préféré lutter contre ses sentiments jusqu'à la fin de sa vie plutôt que de faire du mal à l'autre. Pourtant, elles ne passaient pas tout leur temps ensemble, au contraire. Elles étaient de celles qui survivaient très bien l'une sans l'autre mais qui étaient plus qu'heureuses de se retrouver. C'était peut-être là le succès d'une amitié réussie. Garder un semblant de distance.

- Pourquoi tu n'as rien dis ?, s'exclama Joana en bondissant sur ses pieds. Tu aurais pu les faire taire.

- Je sais, soupira Isabel en se retournant et finissant de boutonner sa chemise. J'aurais dû mais j'avais la tête ailleurs.

- La tête ailleurs ? Tu ne les as pas entendu hurler ?

- Pas vraiment. J'ai un mauvais pressentiment. Très mauvais.

oOoOoOoOoOoOo

- Salut, lâcha Isabel, quelques heures plus tard. Tu permets ?

Intriguée -depuis quand lui demandait-elle la permission de s'asseoir avec elle- Dominique releva le nez de son assiette. Elle avait sauté le petit-déjeuner, séché les cours de la matinée et comptait bien faire de même jusqu'à la fin de sa scolarité mais son estomac l'en avait empêché. Après l'esclandre de ce matin, elle ne voulait surtout pas se retrouver en face de Molly ou Camille mais aucune des deux n'étaient présente à la table des Poufsouffle. A vrai dire, il n'y avait qu'Anatole et Joana qui discutaient entre eux à un bout et elle avait préféré s'asseoir seule, pour ne pas avoir à s'expliquer.

Elle avait été un peu loin. Bon, d'accord, beaucoup trop loin. Mais, à sa décharge, elle avait été la seule à oser dire ce que tout le monde pensait tout bas et pour ça elle ne s'excuserait pas. Isabel pouvait lui faire toutes les leçons de morales qu'elle voulait, elle ne le ferait pas.

- Okay, murmura-t-elle sombrement.

Elle n'allait quand même pas se laisser engueuler avec le sourire. Mais, à sa plus grande surprise, Isabel se contenta de s'asseoir et remplit généreusement son assiette avec de la purée, des frites et de la viande et souffla doucement sur son assiette fumante.

- Ca va ?, s'enquit-elle en lui lançant un drôle de regard.

- Pourquoi ça n'irait pas ?

- Dominique, écoute, ça fait sept ans qu'on vit ensemble et … J'ai un mauvais pressentiment. Enfin, ça n'a pas vraiment de rapport avec ce que je voulais te dire mais …, s'embrouilla étonnement la jolie blonde, bon je me lance. Je suis au courant pour ce que tu caches et j'ai un mauvais pressentiment pour aujourd'hui.

Lentement, Dominique relâcha sa fourchette. Cette dernière retomba brusquement dans son assiette, aspergeant généreusement sa chemise de purée. Elle s'en fichait. Totalement.

Au courant pour … son secret ? Un frisson glacé lui traversa l'échine et elle tenta de se reprendre tout en regardant fixement Isabel qui la dévisageait avec une compassion qu'elle détestait.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?, lança-t-elle d'une voix qu'elle espérait assurée. Je ne comprends pas.

- Oh, c'est bon arrête. L'année se finit bientôt et de toute façon je voulais te le dire depuis longtemps. Je le sais depuis des lustres. Sans vouloir me vanter peu de choses m'échappent. Enfin, là je n'ai aucun mérite. J'ai entendu Molly en parler avec toi en troisième année.

- Ne le dis à personne ! s'exclama Dominique, comprenant qu'il ne servait à rien de nier.

Isabel lui lança un drôle de regard.

- Si je voulais en parler, j'aurais eu le temps en quatre ans, lança-t-elle, vexée.

Estomaquée, Dominique la regarda porter à sa bouche sa fourchette, comme si elles parlaient de la pluie et du beau temps. Puis, elle se rendit compte qu'elle préférait ça aux regards pleins de pitié et récupéra sa propre fourchette dans son assiette. Elle l'essuya méthodiquement avant de se remettre à manger.

- C'est quoi cette histoire de pressentiment au fait ?, s'enquit Dominique. Je vais très bien ne t'inquiète pas.

- Hum, murmura Isabel comme si elle n'en croyait pas un mot. Je ne sais pas. Je sens qu'il va se passer quelque chose, quelque chose de grave, mais je ne sais pas quoi. Ca me rend mal à l'aise …

Quelque chose de grave. Dominique tiqua, sachant pertinemment quel jour on était mais réussit mieux à se contenir. La Poufsouffle sentait généralement les choses, tellement bien parfois que c'en était effrayant. Néanmoins, Isabel se refusait à être cataloguée dans la catégorie des illuminés, comme Vancouver, leur professeur de Divination, et elle évitait de mettre l'accent là-dessus. D'ailleurs, pour elle, c'était plus une analyse pertinente des émotions et de ce qui se passait autour d'elle qu'un quelconque don. Elle était trop cartésienne pour croire à ces inepties.

Dominique avait néanmoins appris à ne pas prendre à la légère les émotions de la jeune fille. Ainsi, son estomac se resserra un peu plus en pensant à ce qui allait se passer ce soir et elle perdit l'appétit.

- Que veux-tu qu'il se passe ?, lança-t-elle en reposant définitivement sa fourchette. Aujourd'hui est un jour comme un autre.

- Tu as sans doute raison, je me fais du souci pour rien.

- Les ASPICS nous stressent tous, avoua Dominique avant de changer de sujet. Au fait, j'étais sûre que tu allais me faire une leçon de morale pour ce matin.

- Oh non, avoua Isabel en se déridant finalement. Je vais te confier un secret moi aussi. Je suis plutôt d'accord avec toi, j'ai vraiment hâte que l'année se termine.

oOoOoOoOoOo

Quinze heures une et dix secondes, quinze heures une et onze secondes …

James Potter, le regard rivé sur la pendule fixée au mur derrière le professeur Binns priait Merlin et les Fondateurs encore plus fort que d'habitude pour que l'heure tourne plus rapidement. Malheureusement, ses prières ne parurent pas trouver leur chemin car l'aiguille sembla ralentir.

A contre coeur, il baissa les yeux vers sa feuille de parchemin, vierge. A ses côtés, Nella Flint grattait frénétiquement sur sa copie, semblant presque boire les paroles de l'ennuyeux professeur fantôme. Lui, n'en pouvait plus. Il n'avait qu'une envie, c'était d'être ce soir.

Dans ses pensées, il imaginait cela très simplement. Dès qu'ils auraient Assem et ses complices en joue, il les immobiliserait très facilement et ce serait un jeu d'enfant de récupérer la potion.

Ce soir, il allait enfin prouver qu'il n'était pas un Potter que par le nom.

- Est-ce que tu vas enfin prendre des notes ou est-ce que tu comptes sur moi pour te laisser recopier les miennes ?, demanda sèchement Nella Flint en se désintéressant momentanément de sa copie.

oOoOoOoOoOo

Gemma Lysenko, pour la première fois en sept ans, n'écoutait pas un mot de ce que disait Binns. Pire encore, elle avait prémédité ça en acceptant de s'asseoir à côté de Dominique Weasley, tout au fond de la salle. La Poufsouffle était particulièrement calme à cause de ce qui s'était passé dans son dortoir ce matin-là et des révélations de Lowell -elle lui avait tout raconté- et cela soulageait Gemma qui pouvait se plonger dans ses pensées sans distraction.

Elle était anxieuse et impatiente en même temps. Anxieuse, parce que son esprit méthodique avait parfaitement analysé les risques et qu'il y avait plus de chance que cela se passe mal que bien. Impatiente parce que ce soir, cette histoire aurait une fin. Quoiqu'il se passe, tout cela serait terminé. Plus de longues heures passées à surveiller la porte du septième étage, plus aucune stratégie à monter et plus besoin de fréquenter Potter, même de loin. Sans parler de la reconnaissance des professeurs s'ils arrivaient à attraper Assem et ses comparses.

- On fait un morpion ?

Et Gemma, pour qui ne pas écouter un cours était déjà quelque chose d'inimaginable, accepta avec plaisir.

oOoOoOoOoOo

Vingt-deux heures trente

A tâtons, Gemma Lysenko attrapa sa baguette. Le plus doucement possible, elle se redressa et pria pour que le matelas ne couine pas. Avec précaution, elle réussit à se lever sans faire de bruit.

Elle avait une difficulté de plus que les autres pour s'échapper de la salle commune des Serdaigle : ce soir là Mervin Kalls avait -encore une fois- insisté pour dormir avec elle. La jeune fille avait eu beau crier, menacer et même l'insulter, il ne l'avait pas lâché. Elle avait eu peur d'éveiller son intérêt face à son refus et avait finalement abdiqué, priant pour qu'il ne tarde pas à s'endormir.

Gemma avait cru qu'elle allait devoir l'assommer mais, quelques minutes plus tôt, avait reconnu la respiration familière du jeune homme lorsqu'il dormait. Parfait. Ils avaient convenu de se retrouver à vingt-trois heures et elle avait un peu d'avance mais ne comptait pas perdre de temps. Elle se débarrassa de son pyjama à la va-vite tout en vérifiant que personne dans le dortoir ne bougeait, attrapa ses chaussures qu'elle nouerait dans la salle commune, sûrement déserte en cette veille de cours, et sortit de la pièce le plus silencieusement possible.

Au moment précis où elle refermait la porte, Mervin Kalls se redressa violemment et rabattit la couette sur ses jambes. A son tour, il attrapa sa baguette, enfila un sweat-shirt et traversa silencieusement le dortoir des filles de septième année. Avant qu'il n'ait pu mettre la main sur la poignée, une main s'abattit sur son épaule, manquant de le faire hurler.

- Tu m'as fais peur Flint, râla-t-il à voix basse en reconnaissant soudainement la chevelure blonde familière. Lâche-moi.

- Non, répondit cette dernière sur le même ton. Je ne sais pas où elle va mais le couvre-feu est passé depuis longtemps et il est hors de question que je te laisse te balader dans le château à cette heure, alors que … !

- Oh aller, t'es pas ma mère Flint !

Mervin se dégagea aisément et se jeta sur la porte avant que Nella n'ait eu le temps de le retenir. Quelques secondes plus tard, il disparaissait dans le couloir menant à leur salle commune. La jeune fille, les bras ballants, resta plantée là quelques secondes. Une petite voix particulièrement criarde la sommait de retourner se coucher tandis qu'une autre, plus sérieuse, lui ordonnait de ne pas laisser un gamin de douze ans se promener seul dans les couloirs, surtout en ces moments troubles.

- Et merde, jura-t-elle à demi-voix.

Après un dernier coup d'?il à son pyjama violet, la jeune fille ouvrit la porte à son tour et accéléra le pas pour rattraper Mervin Kalls avant qu'il ne lui arrive quelque chose.

oOoOoOoOoOo

Gemma Lysenko n'était malheureusement pas la seule à être suivie. Dans les cachots, une silhouette fine mais rapide collait aux pas d'Isaac Nott depuis le début.

Heather Moorehead avait décidé d'avoir le fin mot de l'histoire. Elle ne faisait aucune confiance à Thomas sur cette histoire de fille, sachant que son ami était tout à fait capable de modifier la vérité si cela servait ses intérêts, et voulait en avoir le cœur net. Elle ne croirait à cette fille que lorsqu'elle la verrait. Isaac avait toujours été quelqu'un de discret, voire de secret, mais elle avait appris à décrypter certaines de ses attitudes. Et, ces dernières semaines, quelque chose ne tournait pas rond chez le Serpentard taciturne.

Pour l'instant, elle se faisait discrète, ne tenant pas à se faire repérer. Elle espérait ne pas avoir besoin de sortir de l'ombre, se demandant déjà comment lui expliquer qu'elle le suivait. Moorehead n'avait peur de rien, même pas de Nott. Néanmoins, elle n'était pas suicidaire.

oOoOoOoOoOo

Vingt-trois heures dix

- Mervin ! Mervin revient ! s'exclama Nella aussi fort qu'elle le put.

Cela ne servait à rien. Cela faisait de longues minutes qu'elle s'évertuait à le convaincre de remonter dans leur dortoir, sans succès. Au début, elle l'avait très vite rattrapé et était resté quelques pas derrière lui, suivant la silhouette de Gemma un peu plus loin, le plus discrètement possible.

Elle n'avait aucune honte à l'avouer : elle aussi était curieuse de savoir ce qu'elle trafiquait le soir en dehors de leur dortoir mais ne voulait en aucun cas se faire surprendre en excès de curiosité par son ancienne meilleure amie. Quelle situation gênante cela aurait donné !

Puis, avec les grands escaliers, ils avaient dû attendre que la Préfète-en-chef prenne un peu d'avance, sinon ils se seraient fait repérer. Elle avait dû user de tout sa conviction, ou plutôt elle avait supplié Mervin de ne pas lui courir après et lui avait promis qu'elle ne l'obligerait pas à remonter manu militari dans la salle commune des Serdaigle pour qu'il abdique. Mais, du coup, ils avaient perdu Gemma qui avançait plutôt vite et semblait pressée.

Une fois dans le hall, ils étaient seuls. Mervin avait regardé autour de lui puis un bruit étrange leur était parvenu du couloir qui menait aux salles de Potions et, à sa plus grand horreur, le gamin s'y était engouffré en courant. Bien sûr, il avait ignoré son cri.

Toute seule, en pyjama dans le hall, elle se sentit un instant stupide. Puis, pour la deuxième fois de la soirée, elle poussa un juron et se mit à courir derrière Mervin.

- Ah ! Je vous tiens !, l'entendit-elle s'exclamer alors qu'elle arrivait vers la salle commune des Poufsouffle.

Tremblant de peur -il y avait quand même un taré qui rodait dans le château-, Nella se demanda si elle n'allait pas faire demi-tour. Puis elle songea à Mervin qui n'avait que onze ans et conclut qu'elle ne pouvait pas le laisser-là. Elle accéléra le pas et faillit tomber à la renverse.

Nulle trace d'agresseur. Encore moins de Gemma.

Non, Mervin Kalls faisait simplement face à Dominique Weasley et …

- James !, s'exclama-t-elle alors qu'elle arrivait à leur hauteur.

Qu'est-ce qu'il se passait ici ? A sa décharge, Potter semblait se le demander aussi et était tout aussi surpris que Nella de se retrouver face à elle. Il lança un regard paniqué à sa cousine qui poussa un profond soupir et croisa les bras l'air de dire "C'est ton problème".

- Où est Gemma ?, s'enquit Kalls en donnant un coup de pied dans le tibia de Potter.

- Qu'est-ce que tu fais là ?, demanda Nella en même temps.

Le Gryffondor parut agacé de l'audace du gamin et sortit sa baguette, qu'il n'hésita pas à placer entre le Serdaigle et lui.

- Rien, répondit-il finalement. Retournez dans vos dortoir.

A en croire sa tête, ce n'était pas rien. Nella Flint fronça les sourcils, dévisageant silencieusement le Gryffondor. Elle fut peinée qu'il la congédie ainsi alors qu'ils passaient beaucoup de temps ensemble ces derniers mois et qu'une timide amitié commençait à se lier entre eux. Elle pensait de plus en plus que Potter était fréquentable lorsqu'il ne se prenait pas pour le Ministre de la Magie et ils avaient déjà bien rigolé ensemble. Alors quoi ? Qu'est-ce qu'il lui prenait ?

- Sûrement pas !, s'offusqua Mervin à sa place. Rends-moi Gemma !

- Mais je ne sais pas de quoi tu parles !, répliqua Potter. Je ne cache pas Lysenko dans ma poche !

- Il a raison, intervint pour la première fois Weasley. Gemma n'est pas là alors lâchez-nous.

La Poufsouffle donna une pichenette au première année pour lui signifier que la discussion était close et tourna les talons. James lança un regard désolé à Nella avant de suivre sa cousine. Quelque chose ne tournait vraiment pas rond.

- Non !, s'exclama la Serdaigle avec un aplomb qu'elle ne se connaissait pas. Pas avant que vous nous expliquiez ce que vous faites ici ! Et qu'on sache où est Gemma !

oOoOoOoOoOo

Vingt-trois heures quinze

Gemma ? Elle aurait pu être en train de s'ennuyer ferme si elle n'était pas aussi stressée et avait mal au dos à force de se tenir courbée derrière une armure trop petite pour la dissimuler entièrement. Les appartements d'Assem étaient clos et quelque chose lui disait qu'elle allait encore attendre longtemps avant que quelque chose ne se passe.

Pire encore, elle n'osait pas regarder Nott dans les yeux depuis qu'elle savait ce que Dominique et lui avaient fait. A dix-huit ans, la jeune fille n'était pas très à l'aise avec tout ça, surtout qu'elle n'avait jamais été très loin. Avec Abel, c'était des effleurements doux, quelques mains qui glissaient mais jamais plus et, étonnement, cela lui avait convenu. Maintenant, elle se remerciait intérieurement de n'avoir pas été plus loin, cela aurait été encore plus horrible.

Le couloir était désert. Un bref instant, en arrivant, elle avait cru voir une ombre derrière elle mais avait dû se tromper car rien n'avait bougé depuis. L'appréhension lui faisait croire n'importe quoi.

Pour se détendre, elle récitait dans sa tête tous les sortilèges offensifs qu'elle connaissait et était rassurée de voir qu'elle était encore capable de citer chaque formule et visualiser le mouvement adéquat à chaque fois. Elle espérait que cela suffirait.

Le silence était pesant, presque morbide. Il fut brusquement rompu, à sa plus grande surprise. Un frisson lui traversa l'échine alors que la porte des appartements d'Assem s'ouvrait et elle se tapit un peu plus dans l'ombre. Leur professeur de Potions, emmitouflée dans un grand châle aux couleurs sombres, se dessina dans l'entrebâillement de la porte. Après avoir jeté un regard circulaire aux alentours, elle s'avança dans le couloir et la referma doucement. Ils durent encore attendre qu'elle ait refermé la porte à clé avant qu'elle ne s'éloigne. Alors qu'elle venait de tourner dans un couloir à gauche, se dirigeant vers le parc, Gemma pointa sa baguette devant elle et murmura :

- Spero Patronum.

Le petit renard familier apparut dans l'obscurité des cachots et elle craignit un instant qu'il ne les fasse repérer. Elle attendit quelques secondes avant de lui chuchoter d'aller trouver Dominique et Potter sans se faire voir.

- C'est parti ?, murmura-t-elle alors qu'il disparaissait par le même chemin qu'Assem.

- Il faut croire, approuva Nott.

Les deux jeunes gens, soudainement plus actifs se redressèrent brusquement. Ils suivirent le même chemin qu'Assem et que le Patronus de Gemma, quelques secondes plus tôt, gardant un bon rythme sans se mettre à courir. Ils ne tenaient pas à rattraper la Directrice des Serpentard maintenant.

Au bout d'un moment, ils rattrapèrent pourtant le petit renard, ce qui fit tiquer Gemma. Le bureau d'Assem se trouvait sur la gauche et Dominique et Potter aussi. Si son Patronus poursuivait son chemin, cela voulait dire …

- Il y a un problème, chuchota-t-elle en commençant à paniquer. Ils devraient être là-bas, ou alors, je lui ai mal indiqué le chemin, je ne sais pas mais je crois qu'il y a un problème. Qu'est-ce qu'on fait ?

- Tais-toi et avance, ordonna Nott, plus pragmatique.

Ce qu'ils firent, craignant à tout moment de se retrouver face à Assem. Ce ne fut pas le cas. A vrai dire, lorsqu'ils arrivèrent dans le couloir principal qui desservait la salle commune des Poufsouffle et les cuisines, ce ne fut pas leur professeur de Potions qu'ils trouvèrent mais Potter, Dominique, Mervin et Nella.

Eberluée, Gemma s'arrêta net. Les quatre jeunes gens ne les avaient visiblement pas vu, trop occupés à … se disputer. Comment c'était possible ? Qu'est-ce que faisaient son ancienne meilleure amie et Mervin qu'elle avait quitté profondément endormi une heure plus tôt ?

Une autre question la taraudait. Elle ne savait pas depuis combien de temps ils étaient là mais, soit ils avaient eu de la chance, soit ils auraient dû croiser Assem. Or, Dominique et Potter n'avaient pas l'air de ceux qui venaient de voir passer la complice de Fil de fer et Gros derrière. Non, quelque chose clochait. Soit il y avait une autre sortie, soit Assem s'était désillusionnée ou quelque chose du genre pour échapper à la vigilance des adolescents. Elle jeta un coup d'?il à Nott, semblant attendre qu'il dise quelque chose, mais ce dernier avait l'air en pleine réflexion. Peut-être était-il en train de faire les mêmes constatations qu'elle.

- Chef !, s'exclama soudainement Mervin Kalls qui venait de l'apercevoir.

Dominique lui fit clairement signe de parler moins fort mais il l'ignora royalement et se dirigea vers Nott et elle.

La Serdaigle fut clairement obligée d'avancer, tout en cherchant quelque chose à dire à toute vitesse. Quoi que Nella et Mervin fassent là, il était hors de question qu'ils les suivent. C'aurait été trop dangereux.

La Préfète-en-Chef posa la main sur l'épaule du première année et esquissa un sourire étrange. Au même moment, son patronus qui avait atteint Dominique s'évapora.

- Super !, s'exclama Potter. Lysenko, fais-lui entendre raison et renvois-le dans son dortoir. On n'a pas de temps à perdre.

- Pas de temps à perdre pour quoi, James ?

Gemma détailla pour la première fois son ancienne meilleure amie. En pyjama et chaussons assortis, Nella avait dû être contrainte de sortir de la salle commune pour se promener comme ça et elle devina qu'elle avait suivi Mervin, ce dernier devant être à l'origine de leur petite balade dans le château. Elle ne devait pas être ravie d'être ici et regardait le Gryffondor d'un air fermé, les bras croisés sous sa poitrine.

Potter sembla perdre un peu de sa belle assurance et détourna le regard.

- Il a raison, rentrez, assena Dominique en se plantant entre Nott et elle.

- Non mais ça va pas !, rétorqua Mervin en la fusillant du regard. Hors de question. Je veux savoir pourquoi tu traînes avec Potter et ce que tu faisais dans les cachots avec un Serpentard ?

Cette dernière question s'adressait clairement à elle mais ce fut Nott qui répondit à sa place, commençant visiblement à perdre son calme :

- Rien qui te concerne. Maintenant, retournez vous coucher ou je n'hésiterai pas à user de la magie.

- Je peux l'assommer si vous voulez, proposa Dominique en louchant vers Mervin.

- J'approuve, grogna James.

Et Gemma n'était pas loin de penser la même chose. Seulement, Mervin ne paraissait pas vraiment d'accord avec cette idée et il recula de deux pas, sa main se fourrant dans la poche de sa cape. Il sortit sa baguette, comme s'il faisait vraiment le poids contre quatre adolescents prêts à tout pour s'en débarrasser et, avec pour seule alliée une Serdaigle visiblement désarmée et désappointée. Pour preuve, Potter et Weasley dégainèrent à leur tour, le premier se tournant vers Kalls, la deuxième visant Nella.

Tout cela allait mal finir. Et Assem qui prenait de plus en plus d'avance à cause de ça ! Non, il y avait sûrement une autre solution, plus rapide que de se battre.

- Je crois que nous n'avons pas le temps pour ça, gronda Nott qui, semblant indifférent à la scène devant lui, s'avança brusquement, dépassant Kalls et Dominique.

Sans attendre de réponse, il continua à marcher, les autres étant tous figés. Nella ne paraissait pas comprendre ce qui lui arrivait mais avait sortit sa baguette à son tour et n'hésiterait sans doute pas à viser Dominique qui l'avait mise en joue en première. L'inimitié qu'elle lui portait était plus qu'évidente et sous le coup de la colère, elle ne s'inquiéterait pas de la blesser. Kalls avait beau être petit -il ne connaissait pas beaucoup de sortilèges-, il était rapide et savait se servir de ses poings. Ne restaient que Potter, Dominique et elle.

Son homologue Préfèt-en-Chef semblait en être arrivé à la même conclusion qu'elle.

- Très bien, on y va, murmura-t-il sombrement.