Merci à tous pour vos reviews (et à BD qui n'a pas de compte et à qui je ne peux donc malheureusement pas répondre !).

Et dire qu'à une époque, je postais toutes les deux semaines ... Les chapitres ont beau être écris depuis des lustres, je n'arrive plus à tenir le rythme, du coup, je ne me risque plus à vous donner une date pour le prochain chapitre. (Aller, le prochain avant ... 2016 ?)

Sinon, si vous aimez les multiples OC, les histoires compliqués, les trucs bizarres, je vous ai déjà dis que ma bêta était encore plus tordue que moi ? Allez donc lire Le poids de l'Héritage de Mlle Point de Cote, ça devrait vous occuper pendant des heures et des heures ... L'histoire porte sur la Next-gen aussi mais son point de vue est bien différent du mien -la preuve, son James a un cerveau !-, c'est parfois glauque et dérangeant, on a envie d'en frapper certains, mais surtout on ne peut pas lâcher l'ordi avant la fin du chapitre. Puis du suivant. Et encore du suivant. Ce qui peut être problématique quand on a un boulot et une vie sociale mais peu importe.

Sinon, bonne lecture !


C'était cela, la vie, cette descente continue vers le néant tout tombait, l'univers n'était qu'un immense, qu'un extatique engloutissement.
La Fièvre (1965)

Jean-Marie Gustave Le Clézio


- On va où ?, interrogea Nella Flint, sans baisser sa garde pour autant.

La Serdaigle ne comprenait rien. Nott venait de la dépasser, l'air sombre et concentré. Weasley tenait toujours sa baguette dans sa direction et James faisait de même avec Mervin Kalls qui semblait mourir d'envie de se jeter sur lui pour l'étrangler. Et, au milieu de tout ça, se trouvait Gemma Lysenko qui semblait ne pas savoir quoi faire et évitait tout autant qu'elle de croiser son regard.

- Le parc, murmura étrangement cette dernière. Elle doit déjà y être.

- Quoi ? Mais on n'a rien vu !, s'exclama Weasley en tournant brusquement la tête vers la Préfète-en-Chef, comme si ses paroles avaient un sens.

- Il y a peut-être un raccourci.

- Faut espérer.

Nella ne pouvait pas savoir qu'ils espéraient tous fortement qu'Assem s'échappe par l'extérieur du château mais pas par un obscur passage secret qui pourrait exister dans les cachots. A ce moment précis, comme s'ils ressentaient tous les trois une même urgence, James, Weasley et Gemma bougèrent brusquement. Tous gardèrent leur baguette dans la main mais ils ne visaient plus ni Mervin, ni elle.

Ils se dirigèrent vers elle et elle se demanda s'ils allaient l'attaquer par surprise. Elle fut surprise lorsqu'ils passèrent à ses côtés sans rien dire et comprit qu'ils suivaient simplement Nott. Mervin Kalls ne tarda pas à se remettre de sa surprise et il trottina derrière eux, répétant inlassablement les mêmes questions :

- On va où ? On fait quoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

Nul besoin de préciser que personne ne faisait plus attention à eux. Sans trop savoir pourquoi, Nella se mêla au groupe. Ils eurent le temps de rattraper Nott avant que James ne s'intéresse à elle. Elle sentit sa main s'abattre sur son épaule et la tirer un peu en arrière.

- Faut que tu remontes.

- Pourquoi ? Je ne comprends rien James, alors ne me dis pas ce que j'ai à faire.

- Fais-moi confiance.

- Attends, je te retrouve ici avec Weasley, Nott et Gemma et tu me demandes de te faire confiance ?, s'exclama-t-elle. Est-ce que tu te rends compte que la situation est totalement surréaliste ?

- Je sais que ça peut paraître fou, mais bordel, on n'a pas vraiment le temps de discuter !

Nella fronça les sourcils, songeant que James n'avait jamais été aussi sérieux de sa vie.

Alors qu'ils arrivaient tous dans le hall d'entrée, avançant grâce à la lumière qui sortait de la baguette de Nott et leur permettait à tous de se repérer sans se cogner dans une armure ou le mur, quelques évènements lui revinrent à l'esprit.

Ce n'était pas la première fois qu'elle surprenait James avec Gemma. Visiblement, cela faisait un moment qu'ils manigançaient quelque chose. Que Weasley y soit associée ne la surprenait pas mais Nott ? Ce roc de neutralité et qui semblait ne se soucier de rien ? Quel était son lien avec les trois autres ?

Il y avait aussi les humeurs parfois bizarres de James qui avaient jalonné la fin de l'année. Comme Dewi le lui avait dit, elle avait cru que c'était à cause de l'annonce de sa meilleure amie et de sa relation avec une Serpentard. Mais si ce n'était pas le cas ? S'il y avait autre chose ? Dans quel pétrin s'était-il fourré ?

Ils dépassèrent les sabliers sans rien dire et puis, comme s'il savait exactement où aller, Nott ouvrit la porte qui menait vers le hall d'entrée. Chacun à leur tour, ils se faufilèrent à l'extérieur. Nella aurait pu aisément remonter dans la salle commune des Serdaigle et oublier toute cette histoire. Mais elle n'avait aucune envie de fuir, malgré une peur sourde qui s'était emparée d'elle en posant le pied sur la première des trois marches de l'escalier qui menait au parc. Il ne faisait pas froid, pourtant elle se mit à frissonner et tira sur les manches de son pyjama.

- Et maintenant ?, marmonna Weasley.

Nella ne fit pas attention à elle. Son regard se porta sur le lac. On voyait la lune s'y refléter mais cela lui procura une drôle de sensation. Brusquement, elle tourna le regard vers James, comme s'il allait pouvoir répondre à toutes ses questions, alors qu'il refusait de le faire depuis tout à l'heure. Ce dernier était justement en train de l'observer, pensif. Alors qu'il semblait pressé quelques minutes plus tôt, l'absence d'un quelconque évènement semblait l'avoir un peu apaisé.

- Qui est-ce que vous poursuivez ?

- Personne.

- C'est l'agresseur c'est ça ?

Cette idée horrible lui avait traversé l'esprit un peu plus tôt, sans qu'elle n'ose l'approfondir. A voir la tête du Gryffondor, elle avait bien deviné. Alors c'était ça qu'il trafiquait dans son coin pendant toutes ces semaines ? Visiblement, son entreprise avait été couverte de succès. Néanmoins, elle ne comprenait toujours pas ce que venaient faire les trois autres là-dedans.

- Là-bas !, s'exclama Gemma, la gorge sèche.

Tout le monde s'arrêta de parler et se tourna vers la jeune fille, qui désignait un endroit dans le parc en contrebas. Ce fut très furtif mais Nella Flint crut voir des sillons orangés se propager dans l'air. Le phénomène dura tellement peu de temps qu'elle crut avoir rêvé.

Autour d'elle, les autres s'agitaient déjà.

- C'est le portail, comprit Weasley.

- Ils passent par la grande porte ?, s'étonna Gemma en même temps. Ils ne manquent pas de toupet.

Un peu plus bas, au bout d'un chemin aménagé, se trouvait le grand portail en fer qui permettait de sortir de Poudlard. Nella l'empruntait plusieurs fois par an pour entrer ou sortir du château lors des vacances scolaires. Il permettait de se rendre à Pré-au-Lard. Néanmoins, pendant les cours, il était toujours fermé et ne servait pas à grand-chose.

- On y va, ordonna James avant de se tourner vers Mervin Kalls. C'est ta dernière chance de partir.

Il paraissait avoir abandonné l'idée que Nella remonte dans la tour des Serdaigle or la jeune fille hésitait réellement à s'enfuir en courant. Tout ceci ne lui disait rien qui vaille. Néanmoins, elle ne pipa mot, partagée entre sa peur et sa curiosité naturelle.

- Même pas en rêve. On va où ? Faire quoi ? Qu'est-ce qu'il se passe ?, questionna ce dernier en ignorant le regard blasé de Potter.

- Oh, la ferme !, s'exclama Weasley.

Elle ne paraissait pas vraiment supporter le jeune garçon et Nella ressentit une bouffée de haine envers la jeune fille, en oubliant qu'elle-même avait parfois du mal avec le caractère de ce dernier.

Néanmoins, l'heure ne paraissait plus à la discussion. Nott et Weasley les premiers, après un regard entendu, se mirent à courir, sans attendre les autres. Gemma ne tarda pas à les suivre, tentant d'adopter le même rythme. Mervin la rattrapa sans peine, semblant refuser de la laisser s'embarquer seule dans une situation qu'il ne comprenait pas.

Lorsque James, après un dernier regard vers elle, bougea brusquement, à la poursuite de ces derniers, Nella n'hésita pas longtemps. La peur avait beau lui brûler l'estomac, elle n'envisageait même plus de faire demi-tour. C'était beaucoup trop tard.

oOoOoOoOoOoOo

Le rythme auquel l'astreignait Isaac était si intense que Dominique avait du mal à respirer. Ils étaient partis les premiers, coupant court à une dispute qui, de toute façon, n'avait pas d'échappatoire. Ils n'avaient pas le temps de convaincre les deux Serdaigle de remonter dans le dortoir et Gemma ne semblait pas vouloir leur lancer un sortilège pour les convaincre. Tout ce qu'elle espérait, c'était qu'ils ne gâcheraient pas tout.

La jeune Poufsouffle dérapa brusquement sur les graviers, manqua de finir sa course dans un buisson et ne dut son salut qu'à Isaac qui la rattrapa par le bout de sa cape. Ils n'étaient plus très loin à présent et il lui fit signe de ralentir l'allure pour plus de discrétion. Dominique se retint de lui dire que ce n'était pas à elle qu'il fallait dire ça mais à Lysenko qui avait la grâce d'un veau lorsqu'elle courrait. A cause de leur arrêt, cette dernière, suivie de très près par Kalls, ne tarda pas à les rejoindre, le visage rouge et le souffle court.

Le portail leur faisait face, une vingtaine de mètres plus bas. Elle ne le distinguait pas très bien parce que la lune n'éclairait pas cette partie du parc à cause du château adjacent et des arbres millénaires qui peuplaient le terrain. Néanmoins, elle arriva très bien à reconnaitre les deux silhouettes plantées devant.

Même à cette distance, elle reconnaissait très bien Fil de fer et Gros Derrière.

- Merde, s'exclama-t-elle.

- Les buissons, murmura Gemma qui venait de les remarquer aussi.

Aussitôt dit, aussitôt fait. La Préfète-en-Chef agrippa Kalls et le poussa dans les buissons qui bordaient le sentier. Ils avaient à peine la place de tenir entre ce dernier et le mur du château mais, au moins, ils étaient sûrs qu'on ne pouvait pas les voir. Elle crut que James et Flint, qui arrivaient enfin, allaient les faire repérer mais le premier aperçut directement les deux hommes. Alors qu'il regardait autour de lui, se demandant où se trouvaient les autres, Dominique lui fit un petit signe de la main. Deux secondes plus tard, ils les avaient rejoints, les autres se serrant avec plus ou moins de bonne volonté pour leur faire de la place.

- Qui c'est ?, chuchota Kalls.

Au moins, il avait comprit qu'il était dangereux de crier. Mieux valait tard que jamais. Personne ne prit la peine de lui répondre. Nott, inconscient du danger, s'était un peu redressé pour mieux voir les deux hommes. A ses côtés, Dominique en fit de même, parvenant à voir en dessous du coude du garçon.

Fil de fer et Gros derrière semblaient attendre quelque chose. Mais ce ne fut pas ça qu'elle remarqua en premier mais le gros portail de fer entrouvert. Alors, c'était par là qu'ils passaient à chaque fois qu'ils entraient dans le château ? Assem avait dû déverrouiller les sortilèges qui le protégeaient et avait eu beaucoup de chance que personne ne s'en rende compte avant. Comme l'avait dit Gemma un peu plus tôt, ils ne manquaient pas de culot pour rentrer à Poudlard par la porte d'entrée. Elle ressentit une bouffée de haine supplémentaire contre leur professeur de Potions qui, décidemment, les avait tous bien roulés.

- Ils avancent, chuchota Nott en reprenant sa place initiale.

Alors que tout le monde se tapissait un peu plus dans l'ombre, Dominique elle, regardait toujours les deux inconnus. Par hasard, son regard croisa celui de Nott qui était en train de l'observer. Ils ne s'étaient pas vus depuis l'histoire des vestiaires et elle avait pris la décision de cesser immédiatement d'avoir des contacts avec lui. Seule, s'entend. La fois où tous deux avaient élaboré le plan avec Gemma ne comptait pas.

C'était trop naturel et étrange pour que cela ne soit pas dangereux. Elle éprouvait quelque chose de bizarre dans le ventre quand elle repensait à tout ça -et il ne fallait pas se mentir, rares étaient les moments où autre chose lui passait par la tête- et s'ils continuaient ainsi, cela allait mal se terminer.

C'était elle l'instigatrice de ce jeu. Maintenant, elle allait devoir abdiquer pour ne pas se mettre en danger. Perdre intentionnellement la partie pour ne pas qu'Isaac découvre son secret.

Pour la première fois de l'année, sa volonté ne plia pas et elle tourna la tête de l'autre côté, croisant cette fois-ci le visage rond de Gemma. La Préfète-en-Chef avait une main sur la bouche de Kalls pour l'empêcher de parler, même si celui-ci était calme à présent. Dans son regard, elle lut une certaine panique mais aussi une assurance nouvelle. Gemma hocha la tête et chuchota :

- On attend qu'ils passent devant nous et on les prend par surprise par derrière.

Personne n'eut le temps de répliquer. Pas parce qu'ils étaient tous d'accord mais parce que les deux hommes étaient arrivés à leur niveau et avaient ralenti l'allure. Pire encore, ils semblaient s'être arrêtés et Dominique comprit en voyant Fil de fer fouiller dans sa poche et en ressortir un paquet de cigarette qu'ils n'avaient pas l'intention d'avancer plus. Il porta la clope à sa bouche et l'alluma d'un coup de baguette magique, la cendre tombant sur le sol avec un rouge vif tranchant.

Puis, ils se mirent à discuter en Russe, à voix basse. Il était impossible pour eux de les entendre et encore moins de comprendre ce qu'ils se disaient mais la conversation était calme. Ils avaient gagné. Enfin, ils le croyaient, tout n'était pas joué. Ils étaient quatre … enfin six, contre deux. Les adolescents avaient encore une chance.

Puis tout dégénéra. Dominique ne comprit pas ce qu'il se passa mais entendit distinctement un bruit sourd au bout opposé de leur cachette. Flint ou James. Immédiatement, les deux hommes cessèrent de parler et leurs visages se tournèrent vers les buissons où ils se trouvaient. Elle crut mourir de panique lorsqu'ils se dirigèrent vers eux et ferma les yeux, priant Merlin et les Fondateurs pour qu'ils croient à un rongeur.

Plus près que jamais, les deux hommes avaient toujours l'air soupçonneux. Leur regard se baladait d'un bout à l'autre du pan de mur, même s'ils n'avaient pas encore eut l'idée de regarder dans les buissons.

Puis Fil de fer laissa tomber sa cigarette à ses pieds, l'écrasant consciencieusement. La jeune Weasley, qui se retenait toujours de respirer, crut qu'ils venaient d'échapper aux deux hommes. Ce ne fut pas le cas. Vif comme l'éclair, l'homme au visage anguleux se jeta contre les buissons, sa main crochue agrippant la chevelure de Flint. La Serdaigle se mit à hurler.

- Lâchez-là, cria James à son tour.

Fil de fer tirait Flint par la tête tandis que son cousin tentait de la retenir par la taille. Gemma Lysenko fut la première à comprendre qu'il ne servait plus à rien de rester cacher s'ils voulaient avoir une chance de récupérer la Serdaigle. Elle bondit sur ses pieds, baguette en avant. Immédiatement, Nott et Dominique adoptèrent la même posture, à contrecœur pour la première.

- Tiens, tiens, siffla Fil de fer en reculant d'un pas et lâchant finalement Flint. Qu'est-ce que nous avons là ?

L'homme fin revint se placer aux côtés de Gros derrière qui ne paraissait pas plus impressionné que ça. Ses yeux pourceaux passaient de Nott à Gemma à toute vitesse et un fin sourire s'afficha sur son visage. Il finit par éclater de rire quand Mervin Kalls bondit à son tour, baguette en main, et que James parvint à se relever, tenant toujours Flint dans ses bras qui avait l'air passablement traumatisée.

- Des enfants, pouffa-t-il avec un sale accent allemand.

- C'est fini, vous avez perdu !, s'exclama James avec bravoure. Les autres professeurs sont au courant et ils ont déjà arrêté Assem !

Leur réaction ne fut pas vraiment celle escomptée. Les deux hommes se mirent à rire de plus belle. Enfin, Dominique supposait que les bruits aigus qui s'échappaient de la bouche de Fil de fer étaient un gloussement car ses lèvres n'avaient pas bougé.

En attendant, les deux hommes étaient toujours tenus en joue par six personnes. Ils n'avaient pas l'avantage, quoiqu'ils puissent croire. Même s'ils avaient sûrement un meilleur niveau en magie qu'eux, ils ne pouvaient sûrement pas grand-chose contre eux.

- Fini de rire, murmura soudainement Fil de fer avec son accent russe.

Il sortit à son tour sa baguette, ignorant celles qui étaient tendues vers lui.

- Lâchez-vos baguettes, reprit-il, plus calme que jamais.

Décontenancée, Dominique se tourna instinctivement vers Isaac qui n'avait pas bougé d'un poil. D'un signe de la tête furtif, il lui fit comprendre qu'il était hors de question de leur obéir. De l'autre côté, personne n'avait lâché sa baguette non plus et elle fut soulagée de constater que ses camarades avaient l'air déterminé, même Flint dont la main tremblait plus ou moins mais qui regardait férocement Fil de fer.

- Ne faites pas les im …

- Qu'est-ce qu'il se passe ici ?

Soulagement. Le cœur de Dominique repartit à un battement plus régulier lorsqu'elle reconnut la voix amie de Wiertz. C'était fini. Leur professeur de Duels allait botter les fesses des deux affreux en moins de temps qu'il n'en fallait pour dire "baguette" et ils pourraient retourner se coucher.

Gemma semblait avoir le même sentiment de puissance car elle commença à parler d'une voix plus détendue alors que Wiertz s'avançaient vers eux.

- Professeur ! Les voix, ce sont eux ! Les deux hommes qui ont aidé Assem. Il faut les arrêter, il faut …

Wiertz dépassa le petit groupe et s'arrêta devant Fil de fer et Gros derrière, leur tournant ostensiblement le dos, son visage inquisiteur se posant alternativement sur chacun d'entre eux.

- Qu'est-ce que vous faites ?, s'exclama Dominique, interloquée alors que la voix de Gemma se disloquait peu à peu devant l'étrange comportement de leur professeur. Ils sont dangereux, il ne faut pas les laisser s'échapper, ils vont vous …

- Tais-toi, siffla Isaac à ses côtés. Par Merlin, tais-toi.

Lui avait compris. Avant tout le monde. Ce n'était pas Assem, cela n'avait jamais été elle et la preuve était sous leur nez.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?, s'exclama James, aussi perdu qu'elle. Qu'est-ce que vous faites ?

Gemma Lysenko fixait étrangement Wiertz, semblant se demander si tout ceci n'était pas qu'un simple cauchemar. Cet homme calme et sympathique, avec ses lunettes en cul de bouteille et ses cheveux roux, se pouvait-il qu'il se soit joué d'eux depuis le début ? Se pouvait-il qu'ils aient placé leur confiance en la mauvaise personne ? Trahie. Voilà, comme elle se sentait. Car il ne pouvait pas y avoir d'autre explication à présent.

Fil de fer et Gros derrière n'avaient pas fait mine de se défendre du nouvel arrivant et le sourire horrible de l'obèse était sans équivoque. Ils s'étaient joués d'eux.

- Ce n'est pas possible !, s'exclama James.

- C'est quoi ce bordel ?, rugit Mervin Kalls, qui n'avait pas ouvert la bouche depuis longtemps.

- Wiertz … Assem, murmura Flint, qu'est-ce qu'il se passe ici ?

- Pourquoi ?, cria Gemma, couvrant de sa voix rauque toutes les autres.

Tout le monde se retourna vers elle, y comprit leurs trois assaillants. Un sourire ironique défigura le visage amical de Wiertz. Elle aurait dû le comprendre avant, ne serait-ce que par les origines de Fil de fer et Gros derrière. Le seul à Poudlard qui soit étranger était Wiertz. Mais, alors, qu'est-ce que venait faire Assem dans cette histoire ?

Quel était le lien ? Dominique et elle l'avaient vu en chair et en os avec les deux autres. Potter et elle l'avaient surpris à se disputer avec Wiertz. Ils avaient tous entendu sa voix. Ils ne pouvaient pas avoir été victimes d'hallucinations, ce n'était pas possible. Assem ne pouvait être que leur complice et allait bientôt faire son apparition. Ou alors … il existait des moyens de changer de voix et d'apparence. Mais c'était bien trop compliqué, trop difficile à mettre en place.

Le sourire tordu de Wiertz s'étira un peu plus en voyant son air horrifié, comme s'il suivait lui-même le fil de ses pensées.

- Vous êtes trop curieuse Lysenko, murmura-t-il. Beaucoup trop. Depuis le début vous fourrez votre nez dans une histoire qui vous dépasse.

- Lysenko ?

Fil de fer avait fait un pas en avant et la dévisageait tant et si bien que Gemma se sentit rougir jusqu'aux oreilles. Qu'est-ce qu'elle avait de spécial pour qu'il bute sur son nom ? Un frisson lui traversa l'échine tant le regard de l'homme fin était pénétrant. Elle n'était sans doute pas la seule à avoir cette impression car elle sentit Dominique se rapprocher d'elle et la Serdaigle la remercia silencieusement même si elle ne serait pas très utile en cas de combat.

- C'est vous, lâcha James Potter qui, lui, ne se préoccupait pas de l'intérêt de Fil de fer pour la Préfète-en-Chef, vous qui avez agressé tous ces élèves et qui avez tué la licorne. Et le mur des cachots …

- Bien deviné Potter, ironisa Wiertz. Mieux vaut tard que jamais. Maintenant, vous m'excuserez, je n'ai pas le temps pour des bavardages inutiles.

Le grand costaud se tourna vers Fil de fer qui sortit de sa léthargie à ce moment précis. Il tendit la main, semblant attendre quelque chose. Son complice fouilla dans la poche de sa veste et en ressortit un petit médaillon argenté. Wiertz poussa un glapissement de contentement et sortit à son tour une petite fiole de sa poche : la potion. Avec précaution, il versa son contenu dans le médaillon que tenait toujours Fil de fer. L'opération ne prit guère plus de quelques secondes et ce dernier referma sa main cupide sur l'objet qu'il passa autour de son cou et dissimula dans sa chemise brune.

C'était le moment. Ils ne paraissaient plus s'intéresser à eux à présent, ne semblant même pas les considérer comme une menace. Dominique Weasley donna un coup de coude à Gemma qui hocha la tête.

- Très bien, très bien, murmura Wiertz. Lysenko, ne vous faites pas plus bête que vous ne l'êtes et baissez cette baguette. Vous n'avez aucune chance contre nous trois.

- Lysenko, murmura Fil de fer en croisant son regard pour la deuxième fois. Je savais que ce nom me disait quelque chose … Vous ressemblez beaucoup à votre mère.

- Ma mère ?, murmura Gemma, interloquée.

- Oui, votre mère Lysenko, répondit sèchement Wiertz, comme s'il regrettait que la conversation prenne cette tournure. Bien. Maintenant …

- Qu'est-ce que ma mère a à voir là-dedans ?

Fil de fer poussa un rictus mais ne répondit pas. Ce fut Wiertz qui reprit la parole.

- Voyez-vous, je suis plutôt surpris. Qu'un groupe de gamins ait pu me soupçonner alors que les incapables qui dirigent Poudlard n'aient pas vu se qui se passait sous leur nez … Vous avez droit à toute mon admiration, déclara-t-il d'un air ironique.

- Et qu'est-ce qui se passait sous leur nez ?

Cette fois-ci, ce n'était pas Gemma mais James qui avait pris la parole, semblant particulièrement intéressé par ce point. Cela frustra Dominique qui aurait voulu connaitre le rapport avec la mère de Gemma elle-aussi mais elle ne fit pas le moindre commentaire. Tant que Wiertz parlait, il ne les tuait pas.

Wiertz balaya l'interrogation de James d'un geste de la main, comme si c'était une évidence.

- Vous n'avez pas besoin de savoir.

- Qu'est-ce-que-ma-mère-a-à-voir-dans-cette-histoire ?, répéta Gemma en appuyant chaque mot, d'une voix plus ferme.

Contrairement à toutes les recommandations de prudence élémentaire et malgré l'avertissement de Wiertz, elle avança de quelques pas et aurait dépassé Dominique si cette dernière n'avait pas eu la présence d'esprit de lui attraper le bras.

Gemma ne lui accorda aucune attention, se contentant de fixer Wiertz avec colère.

- Lysenko, je croyais vous avoir dit de ne pas …

- MA MERE !, hurla la jeune fille.

La jeune Préfète-en-Chef sentit la poigne de Dominique se faire plus ferme et elle la laissa la tirer en arrière doucement. Elle s'en fichait. Elle n'avait plus qu'une idée en tête, découvrir pourquoi Wiertz et Fil de fer semblaient connaitre sa mère et pire encore pourquoi le deuxième abordait un tel sourire sur le visage.

Son cri semblait avoir eu son effet. Wiertz sembla perdre patience et émit un petit claquement de langue avant de reprendre, d'une voix doucereuse.

- Votre mère, Lysenko, était une fouineuse. Et une fouineuse idiote. Elle n'a jamais cru à cette histoire de mutation et a voulu faire du zèle. Elle a découvert beaucoup de choses sur mon passé que je m'étais efforcé de faire disparaitre.

- Quel rapport ?, murmura Potter, passablement déconcerté, derrière eux.

- Le … Ministère. Ma mère travaillait au bureau de l'immigration magique … Chaque sorcier doit se faire enregistrer s'il veut pouvoir travailler en Angleterre, souffla Gemma, les yeux exorbités. Il y a des papiers à remplir entre autres et …

Et … Alors ? C'était sans nul doute la question que tout le monde se posait, hormis Wiertz qui paraissait avoir oublié l'affront de la Préfète-en-Chef et se délectait à présent de sa réaction. Gemma paraissait réfléchir à toute allure. Son visage devint soudainement grave et elle pâlit, semblant se liquéfier sur place.

- Je l'ai éliminé, déclara négligemment Fil de fer tout en regardant le petit groupe avec un sourire.

Le monde sembla s'arrêter pendant quelques secondes, laps de temps durant lequel les choses se précipitèrent. Gemma poussa un glapissement rauque et défaillit légèrement. Dominique ne la lâcha heureusement pas et glissa son bras gauche en dessous de ses épaules pour l'empêcher de tomber tout à fait.

- Sa mère est morte de la Dragoncelle, affirma Flint qui semblait peu encline à faire confiance à leur professeur de Duels sur ce point.

L'obèse éclata de rire, suivit par Wiertz et Fil de fer que la situation paraissait particulièrement amuser.

- Une maladie bien rare et quasiment disparue depuis des lustres, railla finalement Wiertz. Et personne ne s'est étonné qu'une femme de quarante-cinq ans, en pleine santé, la contracte. Je considère cela d'une intelligence fine. Aucune autopsie n'a été pratiquée car personne n'a eu de soupçons. Mais de toute manière, ils n'auraient rien trouvé, nous nous en sommes assurés. On ne laisse pas de traces nous …

Il regarda Fil de fer qui opina du chef. Fil de fer… avait empoisonné la mère de Gemma à l'aide d'une décoction qui imitait les symptômes de la Dragoncelle ? Dominique avait peur de comprendre.

Mais la Serdaigle avait été plus rapide qu'elle, comme d'habitude.

Elle se mit brusquement à hurler et pleurer en même temps et échappa à sa poigne. Elle repoussa Dominique en arrière qui se raccrocha à la cape d'Isaac Nott pour ne pas tomber. Avec horreur, elle vit la Serdaigle se précipiter vers les trois acolytes et poussa un cri apeuré.

- Faites taire cette enfant, soupira Fil de fer, indifférent au danger.

Gros derrière, et c'était surprenant vu sa corpulence, leva brusquement le bras et Lysenko retomba comme un chiffon aux pieds de Dominique. Cette dernière s'accroupit à côté d'elle pour vérifier qu'elle n'était pas blessée et constata avec soulagement qu'elle respirait toujours et avait même les yeux ouverts.

Mais ne pas avoir de blessures apparentes ne voulait pas dire qu'on ne souffrait pas. Et Gemma avait mal comme jamais elle n'avait eu mal dans sa vie. Sa rupture avec Abel n'était rien à côté et ce que lui avait fait subir Potter non plus. Même le décès de sa mère, presque un an plus tôt, avait l'air doux à côté des révélations de Wiertz.

Elle n'était pas partie toute seule. Elle n'avait même jamais été malade et était morte lentement à cause de ces trois hommes. Ils lui avaient pris sa mère. Ils la lui avaient prise et elle n'avait même pas été capable de le voir. A cause d'eux, elle avait passé un an à souffrir de son absence.

Elle vit à peine la main de Dominique essuyer les larmes qui roulaient sous ses yeux et sentit à peine celle de Mervin -qui s'était agenouillé près d'elle- lui caresser doucement la joue. Entendit à peine Potter parler.

- Pourquoi ?

- Nous venons de vous l'expliquer Potter, soupira Wiertz.

- Non, pourquoi agresser les enfants de moldus ? Quel est le but ? Vous voulez prendre le contrôle de Poudlard, asservir les sang-mêlé et les nés-moldus, c'est ça ?

- Pas du tout.

Sa mère avait été tuée par l'un de ces trois hommes devant elle. Qu'est-ce qu'elle faisait allongée par terre, dans les bras de Weasley et Mervin à pleurer comme une lâche ? Gemma se leva brusquement, repoussant les deux jeunes gens. Elle se serait sûrement jetée à nouveau dans la gueule du loup, si Nott ne l'en avait pas empêché, passant son bras devant elle.

- Non, murmura-t-il. Laisse-le les faire parler.

Gemma pouvait très bien repousser son bras, c'était facile. Il n'avait même pas l'air de faire mine de la retenir plus que ça, semblant lui laisser le choix. En attendant, Dominique et Mervin s'étaient relevés. La première secoua la tête, lui demandant d'écouter Nott.

Wiertz, Fil de fer et Gros derrière ne semblaient pas vraiment la considérer comme une menace. Seul le dernier avait encore sa baguette pointée sur elle pour lui faire comprendre qu'il pouvait très bien réitérer son dernier sortilège si elle bougeait d'un pas. Et puis Wiertz se mit à parler.

- Cela n'a rien à voir avec les nés-moldus, expliqua-t-il, l'air très satisfait de lui. J'avais seulement besoin de récupérer … certaines choses.

Des os.

- Tout ceci n'a été … comment vous dites ? Ah oui, une diversion. Après Hemwould et Tawson, je n'étais plus en sécurité, il fallait que je sois plus discret. J'ai alors décidé de mener tout le monde sur une fausse piste et j'ai choisi de m'attaquer à des enfants ayant au moins un moldu dans sa famille, ceci afin de faire accuser les Serpentard. Cela a marché bien mieux que ce que je pensais. Ici, en Angleterre vous êtes tellement … fermés d'esprit. Ne faites pas cette tête Potter, vous avez été l'un des premiers à vous tournez vers eux. Vous n'avez jamais entrevu une autre possibilité. Et puis, ma dernière trouvaille et, de loin, la plus brillante : votre professeur de Potions. Dès la première fois où vous êtes montés au septième étage, je l'ai su. J'aurais pu vous dissuader de recommencer ou même vous raconter un mensonge plus que probable quand à l'existence de cette pièce et la présence de personnes extérieures à Poudlard dedans mais, dans le même temps, il fallait que je me débarrasse d'Assem. Cette vieille pie et moi-même avions un vieux différent et elle ne me faisait pas confiance. Heureusement, elle n'a jamais eu aucune preuve contre moi bien que je me doute qu'elle m'a toujours soupçonné. Que disais-je ? Ah oui. Quoi de plus simple qu'un sortilège pour modifier ma voix et mon accent et un peu de Polynectar ? Vous avez marché Potter mais quelle ne fut pas ma surprise quand vous m'avez, tous les quatre, confié vos doutes. Cela voulait dire qu'en plus d'être tombés dans mon piège, vous me faisiez entièrement confiance. Malheureusement j'ai été trop prétentieux. J'ai pensé vous avoir totalement dissuadé de remonter là-haut mais vous ne m'avez pas écouté. Ma seule erreur a été d'avoir pu croire que des entêtés comme vous et votre cousine alliez m'obéir et ne pas tenter de remonter au septième étage. Et vous voilà, face à nous. Vous n'avez aucune chance jeunes gens, alors voilà ce qu'il va se passer …

Ils ne surent jamais ce que Wiertz voulait dire.

- MAINTENANT !, hurla Potter.

Trois sortilèges fusèrent de leur côté. Gemma comprit que certains d'entre eux semblaient s'attendre à cette attaque, comme Nott et Flint qui, chacun de leur côté, avaient tenté de ficeler Gros derrière, sans aucun succès. Elle secoua la tête, la vue assombrie par le flot de ses larmes. Ce n'était pas le moment de pleurer, mais celui de se venger.

Un Expulso se dirigea vers Fil de fer qui le contra d'un geste négligent de la main. C'était lui qu'elle voulait en premier. Ses mots lui avaient fait comprendre que c'était lui et lui seul qui avait assassiné sa mère et elle ne le laisserait pas s'échapper du château, pas vivant en tout cas. Il était à elle, à elle seule.

Potter et Nella enchainaient les sortilèges contre Wiertz, tandis que Dominique et Nott combattaient côte à côté contre Gros derrière. Mervin Kalls alternait entre les deux mais ses sortilèges atteignaient encore moins leur cible que ceux de ses aînés.

Gemma elle, voulait Fil de fer et lui faisait face, parant chacun de ses sortilèges avec une rage peu commune. A droite, à gauche, elle les repoussait tous. Elle était la meilleure en sortilèges et pouvait se remercier d'avoir tant étudié ces dernières années. A présent, elle savait que cela en valait réellement la peine.

Elle avait été sans doute trop présomptueuse car un sortilège de Fil de fer lui effleura la cuisse et elle sentit un liquide chaud et familier s'en échapper. A partir de ce moment-là, ils perdirent l'avantage. D'un coup d'œil, elle vit Dominique valser contre le mur de pierre du château, sa tête retombant comme un pantin contre son corps. Le cœur de la Serdaigle se déchira tandis qu'elle reculait pour éviter un énième sortilège de Fil de fer et elle tenta d'ignorer sa douleur à la cuisse. Mais Wiertz et Gros derrière continuaient à reprendre l'avantage. Après avoir éliminé Dominique, ils vinrent à bout de Potter et Nella, les deux jeunes gens s'écroulant ensemble sur place. Quant à Nott, lorsqu'il vit qu'il ne restait plus que lui, il baissa sa baguette, calmement.

Traitre ! Elle, elle n'allait pas céder, jamais. Surtout devant l'assassin de sa mère.

Néanmoins, à trois contre un et demi -Mervin était toujours debout et lançait vaillement sortilège sur sortilège- elle ne fit pas longtemps le poids. Gros derrière usa du même sortilège que quelques minutes plus tôt et elle tomba quelques mètres plus loin sur le dos.

Le parc était plus calme que jamais à présent. On n'entendait plus aucun bruit, autre que les gémissements de Dominique qui semblait avoir à peu près repris ses esprits.

En découvrant le visage de leurs agresseurs, Gemma comprit qu'ils n'avaient plus envie de jouer à présent. Ils étaient mal barrés.

- J'espère que vous avez compris, cracha Wiertz en essuyant sa tempe pleine de sang -apparemment Potter ou Nella avait réussi à l'érafler-. Vous n'avez pas le niveau contre nous. Vous n'êtes pas assez nombreux.

- Ca, ça peut s'arranger, lança une voix derrière eux.

Gemma écarquilla grand les yeux en reconnaissait Heather Moorehead. Qu'est-ce que cette peste faisait là ? Pourquoi apparaissait-elle sous leurs yeux de la sorte, l'air de trouver la scène totalement normale ?

Esquissant un sourire en comprenant qu'elle était le centre de l'attention, Heather Moorehead vint se placer près de Nott qui la regardait étrangement.

- Bon, alors, qu'est-ce que vous attendez ? On recommence ?

Elle n'attendit aucune réponse pour reprendre le combat. Avec hargne, et prenant leur ancien professeur par surprise, la jeune fille l'envoya valser derrière un arbuste avec brio.

Enhardie par cette apparition surprise, Gemma se redressa brusquement, de même que le reste de ses camarades. Et les combats reprirent. Ils n'avaient toujours pas le niveau. Même avec Moorehead, ils peinaient à repousser les attaques des adultes.

Néanmoins, ils avaient l'avantage de la jeunesse et étaient plus adroits que ces derniers. La situation faillit basculer à leur avantage lorsque Mervin -dans un sursaut de génie- lança un sortilège d'enfumage- qui obscurcit brusquement le terrain, rendant impossible la vision à plus d'un mètre. Profitant de ce moment d'accalmie, Gemma regarda autour d'elle, pour jauger de la situation.

A ses côtés, Mervin avait l'air essoufflé mais avait été épargné par les sortilèges. Ce qui n'était pas le cas de Dominique qui venait de surgir du brouillard, le bras en sang et l'air plus fatiguée que jamais. La Poufsouffle eut l'air néanmoins soulagée de les trouver et elle retrouva un peu de couleur.

- On n'y arrivera pas, chuchota-t-elle. Il faut aller prévenir quelqu'un.

Mais le pire n'était pas encore arrivé. Le brouillard se dissipait peu à peu et elles purent retrouver le reste de leurs alliés. Potter et Flint étaient ensemble -la main droite du premier tordue dans un angle bizarre- et Moorehead et Nott surgirent brusquement à leur droite, sans aucune blessure.

Mais, s'ils pouvaient voir ces quatre-là, c'était aussi le cas de Wiertz et ses acolytes. Des silhouettes sombres apparurent non loin d'eux qui se transformèrent en corps fais d'os et de chair quelques secondes plus loin. Ainsi, Dominique ne put appliquer son plan initial : à savoir remonter au château pour réveiller McGonagall.

- CA SUFFIT !, hurla Wiertz.

Il ne ressemblait plus du tout au calme et sympathique professeur qu'ils connaissaient tous à Poudlard et son véritable visage apparaissait peu à peu. Tordu par la fureur, ses joues se plissèrent. Il leva sa baguette et un éclair vert en jaillit.

Lentement, très lentement, il se dirigea vers Gemma. Une main s'abattit sur son épaule, puis un cri de douleur et elle se sentit partir sur la droite, atterrissant contre l'épaule de Potter. L'éclair de lumière vert passa à quelques centimètres d'elle avant de finir sa course derrière elle.

- Lâche-moi, grogna-t-elle alors que le Préfèt-en-chef la tenait toujours par l'avant-bras.

- Ne me remercie surtout pas de t'avoir sauvé la …

- AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

Un hurlement glaçant, déchirant. Gemma aurait reconnu entre mille la voix de son ancienne meilleure amie et, à ce moment-là, tous ses griefs contre elle s'envolèrent. Nella était-elle blessée ? Se pouvait-il que le sortilège l'ait touché ? Qu'est-ce qu'il se passait ? Elle se retourna brusquement.

Nella Flint allait très bien. Ce n'était pas le cas du petit corps étendu à ses pieds.

- Non, non, non, murmura-t-elle en fermant les yeux.

Refusant de regarder. Refusant la vérité qui, pourtant, s'imposait à elle. Ce n'était pas Nella qui avait reçu le sortilège mais Mervin Kalls. Et maintenant … on aurait dit qu'il dormait. Allongé sur le dos, sa petite main tenait toujours sa baguette qui reposait à moitié sur sa hanche. Son visage était calme, presque mutin. Mais il ne bougeait pas. Ce n'était pas normal. Pourquoi ne respirait-il pas ? Son torse aurait dû se soulever au rythme de ses battements, ce n'était pas le cas.

- Non, non, non, répéta la jeune fille en se laissant tomber à côté du corps.

Prise d'un brusque élan, elle l'attrapa par les épaules et se mit à le secouer comme un pantin, le corps secoué par des sanglots.

- Gem, murmura Dominique.

- Non !

- Viens, ordonna la jeune Poufsouffle d'une voix si douce qu'elle se demanda si c'était bien elle.

Malgré son air fatigué et essoufflé, la jeune Weasley n'hésita pas à passer ses deux bras autour de ses épaules et l'obliger à se relever. A ne plus regarder. Elle-même n'avait pas l'air très à l'aise et de gros sillons de larmes coulaient sur ses joues. Un peu en dehors du temps, Gemma trouva ça très bizarre de la voir pleurer, elle qui était si forte.

- Espèce d'enfoiré !, s'exclama Potter qui n'avait pas accordé un seul regard au cadavre.

Car c'était un cadavre. Mervin Kalls, onze ans, la vie devant lui était mort. Pire encore, c'était de sa faute. Elle n'avait pas voulu qu'il la suive mais n'avait pas réussi à le mettre en sécurité. Qu'est-ce qu'elle avait cru ? Qu'il était invincible ? Il n'était qu'en première année bordel ! C'était de sa faute. Le sortilège allait la toucher elle. Si Potter ne l'avait pas sauvée, elle serait à la place de Mervin.

Et ce serait nettement plus doux que le trou béant qu'elle ressentait au niveau de son ventre.

- Vous ne vous en tirerez pas comme ça, lança Flint, qui parvenait à peine à articuler deux mots correctement, les yeux toujours rivés sur Mervin.

- Jeunes gens, je puis très bien répéter ce sortilège encore six fois, soupira Wiertz, lassé. Alors abandonnez maintenant, si vous ne voulez pas finir comme le jeune Kalls.

- Jamais.

Cette fois-ci, c'était Nott qui s'était exprimé. Le Serpentard regardait les trois adultes avec une certaine arrogance, comme s'il était en position de force. Visiblement, il n'avait pas compris ce qu'il venait de se passer.

- Vous êtes décidemment bien sûr de vous Nott, murmura Wiertz.

- Et vous, qu'est-ce qui vous fait croire que nous allons abandonner ? Qu'est-ce qui vous fait croire que ce meurtre ne sera pas le dernier ?

- A vrai dire … tout.

- Alors vous vous trompez, conclut-il en redressant le menton.

Ce fut comme un signal. Quelque chose, sans qu'on puisse déterminer ce que c'était, se jeta sur le dos de Gros derrière qui poussa un hurlement de surprise. Nott fut le premier à se reprendre et lança un sortilège carbonisant sur Wiertz qui l'esquiva de justesse. Les autres finirent par comprendre que ce n'était pas fini et, avec plus ou moins de vigueur, se replongèrent dans la bataille.

La chose qui avait attaqué Gros derrière n'était nulle autre que Moorehead. Elle se tenait maintenant sur ses épaules, luttant pour ne pas tomber. La jeune Serpentard était déchainée. Beaucoup plus fraiche que les autres, elle semblait savoir quoi faire. Pour preuve, elle enfonça sa baguette dans l'œil de Gros derrière qui poussa le hurlement le plus déchirant que Gemma n'ait jamais entendu.

Lorsqu'elle la ressortit, le visage pataud de l'homme n'était plus qu'un amas de sang.

- Bien joué, entendit-elle Nott lancer à sa camarade comme si cela était tout à fait normal.

Puis elle se rappela que Wiertz avait assassiné Mervin, Fil de fer sa mère et conclut qu'elle aurait trouvé ça très étonnant que Gros derrière ait les mains propres.

La Préfète-en-Chef détourna le regard, se reconcentrant sur le combat. Maintenant que Moorehead avait mis hors jeu Gros derrière, les choses semblaient plus simples.

Nella, Dominique et Gemma se concentraient sur Wiertz. Potter et Nott, très vite rejoints par Moorehead sur Fil de fer. Les deux hommes pliaient, reculaient mais ne lâchaient pas. Un hurlement leur parvint, faisant sursauter la plupart des élèves qui se retournèrent dans un bel ensemble en direction du portail, d'où émanait le cri. Apparemment, Gros derrière, déstabilisé par la perte de son œil venait de perdre l'équilibre et s'était rattrapé de justesse à l'un des barreaux.

Dominique, si elle continuait à jeter grossièrement des sortilèges dans tous les sens, se sentait mal. Très mal. Son cœur s'agitait en elle depuis de longues minutes et elle mettait autant d'ardeur à refreiner la crise imminente qu'à empêcher Wiertz de s'enfuir. Elle ne savait pas combien de temps elle tiendrait, ni même comment elle avait pu tenir jusque-là, mais elle arrivait de moins en moins à ignorer la douleur dans ses poumons.

Ses tempes battaient très fort et ses yeux étaient recouverts d'un voile noir mais, malgré tout, elle ne voulait pas renoncer, pas tant que ses maigres ressources le lui permettaient.

Ils avaient réussi à faire reculer Wiertz et Fil de fer qui tournaient maintenant le dos au portail.

- Non !, hurla soudainement Gemma.

Personne ne comprit pourquoi elle s'agitait jusqu'à ce que la jeune Poufsouffle s'aperçoive, qu'entre deux sortilèges de défense, Wiertz se tournait vers la grille et qu'un éclair jaune sortait de sa baguette pour venir s'y nicher. Il était en train de détruire les défenses de Poudlard sûrement pour arriver à faire sortir le médaillon et la potion qu'il contenait.

Lysenko envoya rageusement un Expelliarmus à Wiertz et sa baguette s'envola quelques mètres plus loin. Victoire !

- Bien … joué, lança-t-elle, essoufflée.

- Va la chercher !

- De quoi ?

- Sa baguette, idiote !, lâcha la Serdaigle, sur les nerfs.

Les yeux de Dominique se figèrent sur le petit bâton de bois en même temps que Wiertz. Tous deux échangèrent un regard et se mirent à courir. La jeune Poufsouffle, au-delà des limites, mit tout en œuvre pour arriver la première, tandis que les cinq autres se chargeaient de Fil de fer et n'avaient sûrement pas vu qu'elle avait réussi à le désarmer.

Droite, gauche, respirer, droite, gauche, respirer.

Puis, tout simplement, droite, gauche, droite, gauche.

L'air semblait ne plus vouloir entrer dans ses poumons mais cela ne l'empêchait pas de courir. Elle y était presque à présent mais Wiertz aussi et sa baguette semblait les narguer, près d'un grand saule. Au dernier moment, Dominique se souvint qu'elle était une sorcière et lança le Flipendo le plus parfaitement exécuté qu'elle n'ait jamais fait. Wiertz s'envola non loin de là et s'écrasa sur le sol sans bouger. Soulagée, la Poufsouffle se saisit de la baguette. Et dire que c'était lui qui lui avait appris à jeter correctement ce sortilège !

- NON !, hurla son cousin quelques mètres plus loin.

Doucement, Dominique tourna la tête. A travers le brouillard sombre qui obscurcissait sa vision, elle vit nettement Fil de fer reculer de quelques pas et passer la grille, simplement. Rien ne se passa. Wiertz avait réussi à détruire les protections de Poudlard. L'air soulagé, le grand homme repoussa un sortilège de James, se saisit de Gros derrière qui reposait à ses pieds et transplana.

A nouveau, le calme, le silence. Ils avaient gagné. Dominique sourit étrangement et tomba brusquement en arrière. Sa tête toucha la terre, l'herbe et son sourire s'accentua. Elle n'arrivait plus à respirer du tout maintenant. C'était pour ça que c'était aussi calme, son cœur s'était tu.

oOoOoOoOoOoOo

- Ils … ne peuvent pas être partis comme ça, murmura Gemma Lysenko, son regard trouble fixé sur la grille du château. Ce … n'est pas possible.

Personne ne lui répondit. Pour la seconde fois en quelques minutes, la Préfète-en-Chef se retourna vers les autres. Seulement, maintenant, Mervin était mort et ils avaient reçu de nombreux sortilèges, réussissant à dévier la plupart.

Potter était couvert de terre et sa main semblait cassée mais, à part ça, il tenait sur ses jambes. De son bras valide, il pressait l'épaule de Nella qui était toute blanche et pleurait silencieusement en regardant une énorme entaille dans son pyjama violet d'où s'échappait du sang. Son ancienne meilleure amie n'avait jamais supporté la vue du sang et elle devait se retenir de ne pas vomir ou tomber dans les pommes.

Moorehead, fraiche comme la rosée du matin, essuyait sa baguette remplie du sang de l'œil de Gros derrière, tout en regardant le château, l'air absent. Elle n'avait aucune blessure visible, elle.

Pourquoi Mervin était-il mort et Moorehead … Mervin ! Il fallait qu'elle retourne vers lui !

Néanmoins, quelque chose l'en empêcha. Elle n'avait plus vu Dominique depuis qu'elle lui avait ordonné d'aller chercher la baguette de Wiertz. Et … et s'il lui était arrivé quelque chose ? Si elle avait été blessée ou pire à cause d'elle, Gemma ne se le pardonnerait jamais. Ses yeux passèrent à côté de Potter et elle aperçut Nott par terre, une chevelure blonde à ses côtés.

Gemma se mit à courir vers lui.

Dominique était étendue sur le sol, les yeux à demi-clos mais qui bougeaient encore. Nott soutenait sa tête et la Poufsouffle lui avait agrippé la main sans qu'il ne fasse mine de la repousser. Peut-être qu'elle avait raison, songea Gemma en remarquant que son visage d'ordinaire fermé était … inquiet, peut-être qu'il lui avait pardonné finalement.

- Hé, crétine, souffla fébrilement la Poufsouffle en la reconnaissant.

-Tais-toi, lui ordonna Gemma. On va chercher …

- J'ai réussi … J'ai sa baguette !

Une larme roula sur la joue de Gemma qui hocha fébrilement la tête. Elle s'agenouilla à son tour près de Dominique, en face de Nott et la main de cette dernière se posa sur ses cuisses. Elle tenait en effet la baguette de Wiertz fermement serrée.

Elle remarqua à peine la présence de Moorehead et Flint qui leur indiqua d'une voix sourde que Potter avait été cherché du secours.

Dominique était pâle comme la mort. Mais ce n'était pas ça qui lui faisait peur. Elle souriait paisiblement. Comme si elle savait. Comme si elle n'avait plus aucune crainte.

- Au fait, réussit-elle à dire en regardant Nott. Je crois que t'as gagné.

Pour Gemma, cela ne faisait aucun doute. La poitrine de Dominique était presque aussi immobile que celle de Mervin tout à l'heure. L'air était en train de la quitter. L'air, d'accord, mais la vie ?


Ouais bon, je sais. J'ai abusé. Vous avez le droit de me frapper.