Vous vous êtes lâchés sur les reviews pour le chapitre précédent, si j'avais su, j'aurais tué Mervin bien avant :)
Trêve de connerie, MERCI beaucoup à :
SoftAsparagus, Dadzetos, dobbymcl, cat240, Liaux, EllieFowl, Shiriliz, Eylae, Le Loir, Kervana, Isabelle Pearl, Mlle Point de Cote, TheDevilOfSlytherin aka le retour de celle-qui-n'est-pas-toute-seule-dans-sa-tête, Anaria-Strauss et LouRêve.
ET les anonymes : Pepoune, Meo et la Team anti-Nella : Roxane, Zazou23, Arc-en-Ciel et Lilou. D'ailleurs. Comme LouRêve l'a souligné, c'est un complot ? Personnellement, j'ai plus l'habitude qu'on se déchaîne sur Gemma, ça me change un peu x))
J'espère que vous avez passé un bon Noël et je vous souhaite un excellent réveillon le 31 ! Sans trop d'excès ;)
Avant dernier chapitre : Bonne lecture !
" J'ai reconnu le bonheur au bruit qu'il a fait en partant. "
Jacques Prévert
Les jours qui suivirent passèrent étonnement vite.
Dès le lendemain, tout le monde était au courant du drame qui s'était déroulé aux abords du château. Ce n'était pas tant de la faute des fuites humainement causées par certains protagonistes de cette histoire mais celle des journalistes, de la presse à scandale au plus sérieux des journaux, qui titrait en long, en large et en travers sur les derniers événements à Poudlard. Sans qu'on ne sache comment, Londres semblait mieux informée que les élèves.
Même la presse internationale s'était emparée de l'affaire en s'offrant un deuxième tirage sous les coups de midi. Bientôt, personne dans le monde sorcier n'ignora qu'un meurtre avait été commis à Poudlard.
Pour ceux qui s'étaient réveillés bien au chaud dans leur lit, la situation était incompréhensible. Une nuit et voilà qu'un élève était mort ? Que leur professeur de Duels -au demeurant, fort sympathique- en serait responsable ? Il se murmurait aussi dans les couloirs qu'une poignée d'élèves de septième années semblait bien au courant, impression renforcée par la disparition de Dominique Weasley, dont on avait très vite appris l'évacuation précipitée dans la nuit, direction Sainte-Mangouste.
Ils n'avaient pas eu plus d'explications au dîner et l'annonce de la démission de Minerva McGonagall avait provoqué un choc général. Cette dernière, après un bref discours, leur avait annoncé la nomination d'Agnès Assem au poste de Directrice par intérim et cette dernière avait incité au calme sans pour autant leur fournir ce qu'ils réclamaient. Apparemment, le Ministère avait déjà désigné un coupable.
McGonagall quitta le château dans la nuit sans que quiconque ne s'en rende compte.
Le mardi matin, les cours n'avaient toujours pas repris mais des salles d'études avaient été établies et les élèves pouvaient réviser leurs examens sous la houlette d'un professeur. Autant dire qu'elles n'eurent pas beaucoup de succès. Autre incident notable, plusieurs élèves parmi les plus courageux osèrent demander à James Potter ce qu'il s'était réellement passé ce soir-là et l'un d'eux se retrouva à l'infirmerie, recouvert de furoncles. A partir de ce moment-là, on ne se risqua plus à approcher un seul des élèves à propos desquels il se murmurait qu'ils en savaient plus que les autres, même si on en avait la confirmation à présent.
Dans le plus grand secret, deux Aurors se présentèrent au château après la tombée de la nuit dans l'intention d'interroger tour à tour Nella Flint, Heather Moorehead, James Potter, Isaac Nott et Gemma Lysenko et ce fut sans doute cette dernière qui fut la plus intéressante à écouter, la Préfète-en-Chef décidant de ne rien cacher de ce que Dominique et elle avaient pu entendre derrière la porte du septième étage.
Le mercredi, on annonça que l'enterrement de Mervin Kalls aurait lieu le vendredi suivant dans un petit village près de Londres et que chaque élève souhaitant s'y rendre devrait s'inscrire auprès de son directeur de maison. L'opération eut un franc succès et Agnès Assem dut recourir aux services de Portoloin du Ministère afin de pouvoir déplacer tout le monde. Les cours reprirent dans l'après-midi et tous les septièmes années sans exception notèrent l'absence de leur Préfète-en-Chef que l'on n'avait d'ailleurs plus revu depuis l'annonce de la démission de Minerva McGonagall.
Jeudi fut un nouveau jour. Les journaux titrèrent le procès imminent de Gunther Wiertz, qui risquait de croupir pour le reste de sa vie à Azkaban ce qui n'était pas encore assez pour certains.
A ses meilleurs amis, tout comme les autres, James refusait de dire quoi que ce soit à propos de cette nuit-là. Hormis le fait qu'on le lui avait fermement interdit, que ce soit Assem et Neville ou les Aurors, il n'avait aucune envie de revivre cette nuit sombre. Il préférait encore subir les regards d'incompréhension de Dewi et Wil ou les questions répétées de Camille Teyssier à propos de l'absence de sa cousine, auxquelles il ne pouvait non plus répondre.
Une élève semblait mieux gérer cette tragédie que les autres : c'était Heather Moorehead. Néanmoins, et peut-être à contrecœur, cette dernière avait aussi refusé de répondre aux questions des plus curieux.
Le vendredi arriva trop vite et, par groupe de dix, les élèves furent acheminés vers un petit village campagnard près de Londres. Il fallut environ deux heures pour que tous puissent assister à l'enterrement de Mervin Kalls.
C'était un immense parc boisé où se dressaient fièrement de coûteux autels et, plus discrètes, de petites tombes fleuries. Le caveau des Kalls, côté sorcier, se trouvait dans un petit coin reculé, plus austère que les autres mais qui, en ce triste jour, était, et de loin, celui qu'on regardait le plus. Le tombeau ressemblait à une petite maison, tant il était grand. On devinait que des générations de sorciers avaient dû s'y succéder. Les élèves de Poudlard s'étaient entassés dans l'herbe, entre les tombes et tout ce petit monde faisait un certain bruit malgré la teneur de l'évènement.
A moitié dissimulée derrière un platane, Gemma Lysenko tentait de ne pas broyer du noir. Elle n'était pas sortie de son dortoir depuis la démission de McGonagall, lançant des sortilèges de protection autour de son lit à baldaquin pour ne pas être dérangée. Oh, cela ne l'empêchait pas d'entendre les filles de son dortoir parler d'elle le soir. Elles croyaient sûrement qu'elle dormait mais ce n'était pas le cas. Elle avait à peine fermé les yeux ces derniers temps. Elle n'était pas la seule chez les Serdaigle. Plusieurs fois, les sanglots étouffés de Nella l'avaient tirée de sa léthargie sans qu'elle ne fasse un pas vers son ancienne meilleure amie. Quand bien même elle l'eut voulu, elle n'aurait pas pu. A certains moments, elle était incapable de faire un seul geste, tant la douleur avait pris possession d'elle.
Le silence se fit soudainement. Tournant la tête, la jeune Serdaigle aperçut un cercueil doré, porté par six garçons. Elle le suivit lentement des yeux, jusqu'à ce qu'elle les remarque. La famille de Mervin. Son père, qui l'avait obligé à passer des vacances avec sa nouvelle amie, qui avait peur de lui et de sa magie. Il semblait très vieux et elle ressentit une bouffée de haine contre cet homme. Derrière lui, deux petites filles qui semblaient un peu perdues dans cette marée humaine et se tenaient par la main. C'étaient ses affreuses demi-sœurs, qui ne l'aimaient pas plus que leur mère.
Derrière, elle, une dame aux longs cheveux bruns marchait dignement, le bras fermement tenu par une vieille dame qui lui ressemblait étrangement. La Serdaigle devina que ce devait être sa mère et sa grand-mère.
Il n'y avait pas que les élèves de Poudlard et la famille de Mervin qui se trouvaient là. De son coin, un peu en retrait, Gemma avait aperçu quelques personnalités comme le Ministre de la Magie lui-même, le directeur de la Justice Magique et même Harry Potter. L'Auror n'était pas très loin d'elle et elle lui trouva l'air pensif. Avec tout ce qu'elle avait lu sur lui, Gemma savait qu'un de ses camarades était mort lors de sa quatrième année.
Est-ce qu'en y pensant il avait l'impression d'avoir le souffle coupé ? Ressentait-il cette affreuse culpabilité qui vous tenaillait les entrailles ? Se sentait-il oppressé par la foule, vide de toute énergie, plongé dans une léthargie profonde ? Etait-il possible qu'elle ne soit pas la seule à ressentir ça ?
- Gemma, chuchota une voix derrière elle alors que le corbillard prenait place devant l'autel. Ma chérie !
Tétanisée, la jeune fille ne se retourna pas tout de suite. C'était la première fois depuis longtemps qu'elle avait envie de pleurer mais de joie.
Lorsqu'elle tourna la tête, deux bras fins l'encerclèrent. C'était son père. Elle n'avait pas été mise au courant de sa présence ici mais c'était normal. Elle avait refusé d'ouvrir toutes les lettres que les hiboux lui avaient amenées, redoutant de lui faire face. Elle ne savait pas s'il avait vu les Auror ou ses professeurs et ignorait ce qu'on lui avait dit pour la mort de sa mère.
Mais pour l'instant, tout ce à quoi elle pensait était le soulagement qu'elle ressentait bercée par les bras familiers de son père qui lui caressait doucement les cheveux. Lorsqu'elle recula, elle fut frappée par ses yeux cernés, son air fatigué et ses tempes plus grises que jamais. Il savait. Ce n'était plus la peine qu'elle s'en fasse sur le meilleur moyen de le lui dire.
Le regard plongé dans les yeux bruns de l'homme qu'elle aimait le plus au monde, malgré ses défauts et son comportement cette dernière année, Gemma souhaita pouvoir redevenir une enfant. A l'époque où son plus gros problème était les couettes affreuses que lui faisait quotidiennement sa mère ou la purée de rhubarbe qu'on la forçait à manger.
Une note de luth interrompit le fil de ses pensées et le père et la fille remarquèrent que l'enterrement avait commencé. Un homme en noir, qui faisait office de Magiprêtre, présidait la cérémonie. Elle l'entendit proférer quelques paroles mais le reste fut un long brouillard. Quand elle se rendit compte que l'on avait déposé le cercueil à l'intérieur du caveau et que quelques personnes s'avançaient déjà vers les Kalls pour leur présenter leur condoléance, elle n'aurait pu dire combien de temps s'était écoulé. Son père était toujours derrière elle, ses bras passés autour de ses épaules.
- Papa, murmura-t-elle en redressant la tête, je suis désolée.
- Pourquoi ?
- Cette année je … j'ai manqué de discernement et tout ceci … c'est ma faute. Et je suis désolée de ne pas avoir répondu à tes lettres … Je …
Les larmes lui montèrent aux yeux et elle ne comprit pas que son père ne réponde pas. Au lieu de ça, il se contenta de l'éloigner d'elle et de poser ses mains sur ses épaules. Il la regarda intensément et répondit, calmement :
- Ce n'est pas ta faute, lui assura-t-il. Ce n'est pas toi qui a assassiné ce jeune garçon, tu m'entends ? Tu as fais des erreurs mais, s'il y a quelqu'un à blâmer pour le nombre d'erreurs qu'il a commis ici, c'est moi d'accord ?
- Oh papa, je …
- Non, je voulais m'excuser. Je n'ai pas été assez présent cette année, je me suis laissé envahir par le chagrin. Ta mère … me manquera toujours beaucoup et ça a été un choc pour moi toute cette histoire. Mais il faut que je pense à toi. Tu es tout ce que j'ai désormais. Tout va changer.
Gemma fondit définitivement en larmes et se jeta dans les bras de son père. Cela faisait des mois qu'elle rêvait qu'il lui dise ça mais cette victoire avait un arrière goût amer à présent.
- Qu'est-ce qu'on va faire ?
- On va rester soudés comme on aurait dû le faire depuis le début, d'accord ? On va … A vrai dire, je ne sais pas ce qu'on va faire mais on avisera pendant les vacances. Une fois que tu auras tes ASPICS ce sera plus simple.
La jeune fille n'en était pas si sûre mais elle ne fit aucune réflexion. Et puis les ASPICS, tout ceci lui paraissait vraiment abstrait. Elle demanda à son père de la ramener à Poudlard par ses propres moyens, n'ayant pas très envie de reprendre le Portoloin sous les regards interrogateurs d'autres élèves. Il accepta mais préféra prévenir un professeur et, comme Gemma refusa catégoriquement de se mêler à la foule, s'éloigna seul. Elle le suivit longtemps même après qu'il eut disparu, englouti par des liasses d'élèves.
Une autre personne à laquelle elle ne s'attendait vraiment pas se planta devant elle. Il s'agissait d'Assem. Son professeur avait les cheveux emmitouflés dans un châle noir et avait quitté sa traditionnelle robe verte pour une tenue d'enterrement noire. Elle faisait encore plus peur comme ça mais Gemma ne songea pas à fuir. Maintenant qu'elle savait qu'elle n'avait rien à voir avec cette histoire d'agressions, il lui paraissait stupide d'avoir pu la soupçonner. Assem avait toujours été très dure mais juste avec chacun de ses élèves, qu'il soit à Serpentard ou non. C'était une excellente enseignante bien qu'un peu sombre.
- Bonjour Lysenko. Comment allez-vous ?
Gemma ne répondit pas. Pas par bravoure mais plutôt parce qu'elle ne savait pas trop quoi dire ? Bien ? Ce n'était pas vrai. Pas bien ? Ce genre de choses ne se disait pas.
Comment aller bien alors que Mervin était mort et qu'on venait de le rentrer dans cette horrible maison de pierre ? Comment aller bien alors qu'elle venait d'apprendre que sa mère n'était pas morte de maladie mais assassinée par un malade mental ? Comment aller bien alors que Dominique était toujours à Sainte Mangouste ?
Elle attendit simplement la suite, s'imaginant qu'Assem venait la sermonner pour avoir loupé une bonne partie des cours cette semaine.
- On m'a rapporté vos absences répétées cette semaine en cours, murmura la nouvelle Directrice comme elle s'y attendait. Je voulais vous prévenir que j'ai fais le nécessaire. Vous trouverez vos cours dans votre dortoir. Néanmoins, je veux que vous compreniez bien qu'il est hors de question que cette situation perdure. Je compte sur votre présence la semaine prochaine.
Elle s'en sortait bien. Mais Assem n'avait pas fini.
- J'ai assisté aux audiences de vos camarades avec … ces gens du Ministère, indiqua Assem en lui faisant comprendre qu'elle n'appréciait pas ce genre de procédés.
- Désolée, murmura automatiquement Gemma.
Elle l'était réellement mais son ton était maladroit. Heureusement, Assem hocha la tête en signe d'approbation avant de balayer l'air d'un geste du bras comme si ce n'était pas grand-chose.
- Vous ne pouviez pas savoir, reprit-elle d'un ton sec. Néanmoins, j'aurais préféré … que vous veniez m'en parler.
- Je … nous n'avons pas réfléchi.
- Néanmoins, les preuves étaient contre moi. J'estime que vous avez assez perdu là-dedans et qu'il ne sert à rien de ressasser le passé. Vous … devriez adopter cette doctrine.
Surprise mais comprenant ce qu'elle voulait dire, sans pour autant se sentir capable de le faire, Gemma hocha la tête. Assem inclina doucement la tête devant elle pour clore l'entretien mais, cette fois-ci, c'était la Serdaigle qui avait une question :
- Professeur, lança-t-elle. Quand nous étions dans le parc … Wiertz … il a dit que vous le soupçonniez. Non, en fait … plutôt qu'il s'était passé quelque chose et qu'il voulait vous rendre la monnaie de votre pièce.
- Ceci est une vieille histoire, murmura-t-elle d'une voix sèche.
Elle sembla se radoucir en comprenant que Gemma ne voulait pas être impolie et reprit, en lançant un étrange regard en direction de son père qui revenait avec le professeur Lastek.
- Mais je ne vois pas l'intérêt de la garder pour moi. Je connais ce misérable insecte qu'est Günter Wiertz depuis qu'il a tenté d'intégrer la famille Assem en passant par cette chère Elena. Ma sœur est une personne très naïve qui n'a malheureusement jamais eu une once de bon sens. Ils se sont rencontrés en Allemagne, à la fin de ses études.
Elle fronça les sourcils, comme si tout ceci lui rappelait de mauvais souvenirs, ce qui était sans doute vrai. Gemma ouvrit grand les oreilles ne comprenant pas, pour le moment, où elle voulait en venir.
- Elena était peut-être assez crédule pour croire qu'un garçon comme Wiertz pouvait s'intéresser à elle, mais pas moi. A l'époque, je l'ai trouvé très sympathique. Trop sympathique. Voyez-vous, jusqu'à présent, les seuls garçons qu'avait fréquenté ma sœur lui avaient brisé le cœur. C'est peut-être horrible à dire mais c'est sa gentillesse qui m'a fait m'en méfier.
Gemma ravala sa salive et le nom d'Abel s'imposa à elle presque naturellement. Elle comprenait à présent. Et n'aurait jamais de cesse de se méfier des hommes trop parfaits pour être réels.
- J'ai fais quelques recherches. Sa famille avait été ruinée à cause de mauvais placements et leur réputation mise à mal par de mauvaises fréquentations. On les disait partisants de Lord Voldemort après la première guerre. Je n'ai jamais su si cela était vrai mais les rumeurs sont souvent fondées. Toujours est-il que ma sœur avait de l'argent. Beaucoup d'argent. J'ai tenté de la mettre en garde contre cet homme, Wiertz, mais Elena ne m'a pas écoutée. Elle l'a épousé.
- Alors …
- Alors nous avons fait partie de la même famille pendant presque cinq ans et, au bout d'un moment, j'ai même cru m'être trompée sur Günter Wiertz. Jusqu'à ce que je découvre qu'il avait soumis une assurance vie au nom de ma sœur dont il était l'unique bénéficiaire. Elena était très malade à l'époque et quelques analyses plus tard, nous savions qu'on lui administrait régulièrement une dose d'Amarante distillée.
Le regard de son professeur de Potions s'assombrit un peu plus encore et elle reprit, d'une voix plus saccadée.
- La pauvre Elena a bien failli en mourir de chagrin lorsqu'elle l'a su. Mais elle a trouvé la force d'affronter Wiertz. Il est parti sans que l'on ne sache jamais ce qu'il était devenu. Tout ceci s'est déroulé il y a plus de dix ans.
La femme sans âge poussa un petit soupir qui semblait attristé. C'était la première fois que Gemma la voyait si humaine, si démunie et un frisson d'horreur traversa son échine.
- Il n'avait guère changé quand il est arrivé à Poudlard. Malgré tout…
Son regard se porta sur le père de Gemma et le professeur Lastek qui revenaient vers elles, la démarche rapide, et elle conclut, les yeux à moitié clos.
- Il a eu tort. Je ne l'ai jamais soupçonné d'être responsable de tout ça. Je l'ai toujours cru trop stupide pour orchestrer ces agressions. J'aurais peut-être dû me rappeler. Me souvenir qu'il avait failli tuer ma sœur pour quelques gallions. Alors peut-être …
- Juste une dernière question professeur, reprit Gemma après quelques secondes de silence.
Quitte à être indiscrète, autant l'être jusqu'au bout.
- Cette nuit-là, nous vous avons vu dans les couloirs. C'était bien vous, pas Wiertz n'est-ce pas ?
- Je suppose, acquiesça-t-elle avec un regard méfiant. Disons que j'allais rejoindre quelqu'un.
Et son regard se tourna une nouvelle fois vers le professeur Lastek qui revenait vers eux, accompagné de son père.
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Dominique revint deux semaines après l'enterrement de Mervin Kalls à Poudlard et fut exemptée de cours jusqu'à la fin de l'année. Mis à part pour les repas, elle n'aurait pas le droit de sortir de son dortoir et devrait rester couchée le plus possible. La seule raison de sa présence ici était les ASPICS -qui commençaient dans deux jours- et les cours qu'elle devait apprendre avant la fin de l'année. Il lui avait fallu beaucoup de force de persuasion pour convaincre sa mère de la laisser revenir.
Elle-même ne savait plus trop ce qu'elle faisait là. Plantée dans le hall d'entré de Poudlard, elle avait l'impression que tout le monde la regardait.
- J'ai un bouton sur le nez ?, lança-t-elle à Louis Weasley qui avait été désigné par le reste de la famille pour porter ses affaires.
Son frère leva les yeux au ciel, signe qu'il était inutile qu'il lui explique la situation ou même qu'elle s'en étonne. Les élèves, lui compris, avaient soif de réponses. Ils n'avaient pas compris grand-chose à la mort de cet élève de première année hormis le fait que le professeur de Duels en était le responsable. Il était apparut très vite que Wiertz et l'agresseur ne faisaient qu'un. Mais pourquoi ? Comment Dominique Weasley et les autres étaient-ils au courant ? Qu'est-ce qu'il s'était réellement passé ce soir-là, dans le parc, avant que James Potter ne déboule paniqué, blessé, couvert de terre, dans le hall, tombant par un extrême hasard sur Lou Delort et lui-même qui finissaient leur ronde ?
Lui savait très bien que sa sœur ne lui répondrait pas. Mais, mentalement, il songeait qu'elle aurait bien du mal à ne pas se confier à Teyssier ou Molly qui n'étaient pas nées de la dernière pluie. Ce en quoi il se trompait complètement. Dominique ne dirait rien à personne.
Les premiers à se rendre compte de la présence de Dominique et qui osèrent venir la saluer furent Emmeline Carter et Abel McKinley, les deux autres poursuiveurs de l'équipe des Poufsouffle. Après les salutations d'usage et, alors que Louis profitait de l'occasion pour se sauver, un silence gênant suivit. Elle voyait très bien sur le visage d'Emmeline qu'elle mourrait d'envie de lui poser une montagne de questions mais qu'elle n'osait pas.
Abel, plus pragmatique, tira sa petite-amie par le bras, prétextant un cours de Botanique. Elle savait très bien que ce n'était pas vrai, elle avait appris par cœur tous les emplois du temps de ses joueurs cette année pour pouvoir mettre en place des entrainements à n'importe quelle heure de la journée.
- DOM ! C'est elle ! ELLE EST LA !
Evidemment qu'elle était là, sourit doucement Dominique, essayant de ne pas grimacer devant la douleur que lui procurait l'assaut de Camille qui s'était jetée sur elle. Le reste de ses amis ne tarda pas à les rejoindre et elle dut faire face à une montagne d'embrassades et d'accolades.
- Tu as vraiment une sale tête, murmura Molly en la serrant à son tour contre elle.
C'était ce que les Guérisseurs aussi lui avaient dit mais avec des mots plus savants et des justifications biologiques auxquelles elle n'avait rien compris. Elle se souvint de sa souffrance, de son cœur qui battait toujours aussi lentement deux jours plus tard, faute d'air dans ses poumons, de sa léthargie profonde qui avait duré plus d'une semaine et des regards inquiets qu'elle surprenait parfois chez ses parents.
C'était ça le pire. Ceux des Guérisseurs, elle avait l'habitude et puis, ils exagéraient toujours. Mais surprendre son père verser une larme ou entendre sa mère quitter la pièce pour ne pas craquer, ça c'était toujours aussi dur.
La jeune fille déglutit à ce souvenir et lança un regard encourageant à Molly qui voulait dire "Mais je suis là alors tout va bien".
- Il ne t'a pas raté ce salaud, reprit Molly à voix haute.
Par cette phrase, sa cousine lui signifiait qu'elle avait pu protéger son secret et que personne ne savait que son séjour à Sainte Mangouste n'était pas dû à Wiertz et aux deux autres mais à sa santé. Même si deux personnes au moins n'étaient pas vraiment dupe de ce mensonge -Isabel et Molly elle-même, Dominique hocha la tête, autant pour l'approuver que pour la remercier.
Et puis les questions fusèrent :
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?, s'exclama Joana.
- Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?, demanda Anatole.
- C'est vraiment vrai que c'était Wiertz l'agresseur ?
- Pourquoi ?
- Qu'est-ce que Nott et Moorehead ont à voir là-dedans ?
- Et Kalls… Oh, c'était horrible cet enterrement, vraiment horrible.
Lorsqu'ils s'arrêtèrent enfin, Dominique avait un terrible mal de tête. Elle ne pouvait pas répondre pour deux raisons très simple. La première, c'était qu'elle n'avait aucune envie de se replonger dans cette nuit d'horreur. La seconde, c'était parce qu'elle n'en avait pas le droit.
Son oncle Harry était venu la voir à Sainte Mangouste. A vrai dire, même s'il faisait partie de sa famille, elle était à peu près certaine que les Guérisseurs l'avaient laissé entrer juste parce que c'était Harry Potter le Survivant et non pas parce qu'il était le représentant des Aurors. Jusqu'ici, personne à part ses parents n'avait pu venir lui rendre visite. Harry avait beaucoup parlé avec elle, de Wiertz et des deux autres hommes et lui avait signifié que la présence de ces derniers devait rester secrète jusqu'au procès du moins. Apparemment, les Auror étaient à leur poursuite et ils ne voulaient pas que la presse ébruite l'affaire et facilite leur fuite.
Il lui avait confié ensuite qu'il aurait préféré que son fils et elle soient plus prudents et qu'ils préviennent un adulte avant que Dominique ne lui signifie qu'il était mal placé pour dire ça. Il avait souri et lui avait dit qu'il avait appris de ses erreurs et qu'elle ferait de même mais que c'était dommage.
Ouais dommage. Kalls était mort et c'était dommage.
Tout comme les résultats de ses analyses d'ailleurs. C'était … dommage.
- Vous voyez bien qu'on lui fait peur, gronda Molly devant son silence. Allons manger plutôt.
- Je n'ai pas faim, murmura Dominique. Vous savez où est Gemma ?
Elle ignora le regard peiné de Camille mais l'oublia très vite devant le glapissement d'Anatole. Le jeune homme plongea la main dans sa poche et en ressortit un bout de parchemin qu'il lui tendit.
- J'allais oublier, elle m'a donné ça ce matin.
Dominique le remercia du regard avant de déplier le bout de papier.
Là où tu sais.
La garce ! Dominique avait très vite compris où Gemma voulait en venir, ce n'était pas le problème. Ce qui lui causait souci, c'était le chemin à parcourir pour l'y rejoindre.
- Je vous retrouve après le repas ?, s'enquit-elle en direction de ses amis.
- On sera dans la salle commune, lui indiqua Isabel en hochant la tête.
Après un dernier signe aux Poufsouffle, Dominique leur tourna le dos. Elle savait très bien qu'elle leur faisait de la peine en agissant comme ça mais il était hors de question qu'elle reste avec eux. Leur sollicitude lui faisait peur et elle détestait ressentir une quelconque compassion, pourtant véritable, de leur part.
Et puis, elle n'avait pas encore réfléchi à ce qu'elle allait leur dire. Quel sortilège mériterait de passer plus d'une semaine à Sainte Mangouste ? Il faudrait qu'elle demande à Gemma tout en s'accordant avec Molly et ce qu'elle avait pu dire aux autres durant son absence.
A peine cinq minutes après son retour à Poudlard, elle enfreignait déjà les règles. Cela la fit sourire au début, en montant sur le grand escalier mais la jeune Poufsouffle faisait déjà beaucoup moins la maligne deux ou trois étages plus haut. Elle dut même s'arrêter quelques secondes pour reprendre son souffle. Si un professeur ou Pomfresh la surprenait en train de déambuler dans le château, elle en serait bonne pour un gros sermon. Et ces fichus escaliers qui se mouvaient quand ils le voulaient !
Mais elle devait voir Gemma. Cela ne l'empêcherait quand même pas de l'insulter pour avoir eu aussi peu de jugeote.
Une fois au septième étage, la jeune fille ignora le terrible sentiment de peur qui s'était emparé d'elle. Revoir cet endroit lui faisait plus mal encore que de penser à la nuit où ils avaient affronté Wiertz et ses acolytes -et leurs affreuses révélations sur le décès de la mère de Gemma- et où Kalls avait perdu la vie.
Elle ne pouvait pas mentir en disant qu'elle appréciait le gamin mais cela ne l'empêchait pas de revoir son visage figé chaque nuit. Aussi énervant soit-il, sa mort avait été traumatisante, même pour elle.
Comme Dominique l'avait deviné, Lysenko l'attendait bien devant la salle du septième étage. Assise contre le mur, la Serdaigle fixait la porte avec une attention morbide, comme si elle s'attendait que Kalls ou Fil de fer n'en sorte et que tout rentre dans l'ordre. Elle crut un instant que la jeune fille ne l'avait pas vue mais cette dernière leva la main vers elle, sans pourtant avoir la décence de la regarder.
La Poufsouffle se laissa tomber devant elle, provoquant enfin une réaction chez la Serdaigle. Son visage se déforma un peu, comme si elle était mécontente de ne plus pouvoir regarder cette affreuse porte et elle poussa un petit soupir.
- Moi aussi je suis contente de te revoir, lâcha Dominique sarcastique.
Lysenko la regarda bizarrement et esquissa un sourire narquois.
- J'étais sûre que ce n'était que des vacances. La mauvaise graine ne meurt jamais.
- Ma grand-mère dit ça aussi.
La Préfète-en-Chef ne répondit rien et le sourire sur son visage s'effaça pour devenir plus triste. Dominique devinait qu'elle vivait le pire moment de sa vie mais, comme à son habitude, ne savait pas vraiment comment aborder le sujet. Elle n'avait aucune envie que Lysenko ne se mette à pleurer de peur de ne pas savoir trouver les mots pour lui remonter le moral. Mais, visiblement, la Serdaigle n'avait aucune envie de s'épancher.
- Oh, tu tombes bien d'ailleurs, reprit-elle comme si elle ne savait pas qu'elle allait la retrouver ici. J'ai vu Nott ce matin.
Cette fois-ci, ce fut le visage de Dominique qui se ferma. Quoiqu'ils aient pu se dire, elle ne voulait pas le savoir. Ce qu'elle avait tant redouté était arrivé. Isaac n'était pas idiot. Il avait bien vu qu'elle ne s'était pris aucun sortilège ce soir-là et n'avait pas dû savoir interpréter sa crise. Ses dernières paroles avaient été tout aussi sincères que calculées. En lui révélant qu'elle lui avait menti, qu'il lui avait -encore une fois- fait confiance inutilement, elle s'assurait une certaine tranquillité.
Si elle avait bien calculé, il ne lui adresserait plus la parole pendant une vingtaine d'années, si elle arrivait jusque là.
- Il …
- Non.
- Non quoi ?
- C'est fini, murmura Dominique. Je ne veux plus en entendre parler, peu importe ce que tu lui as dis. Encore moins si tu lui as dis.
Gemma ne parut pas surprise et haussa les épaules. A vrai dire, elle n'avait pas vraiment envie de répéter à Dominique ce qu'ils s'étaient dis ce matin. C'était beaucoup trop violent et contrairement à ce qu'elle avait voulu lui faire croire, elle s'était beaucoup inquiétée pendant que Dominique était à Sainte-Mangouste.
Gemma Lysenko sortit de son cours de Potions à toute vitesse pour éviter la marée humaine et s'assurer de monter au septième étage en toute discrétion. Le septième étage, là où tout avait commencé. C'était idiot mais depuis quelques jours, elle passait la plupart de ses journées là-bas alors qu'elle aurait dû avoir le nez plongé dans ses bouquins en vue des ASPICS qui commençaient dans deux jours déjà. Elle s'en foutait à présent.
Cet endroit n'apaisait pas sa tristesse mais il lui permettait de mettre de l'ordre dans ses pensées. Mervin était mort. Sa mère était morte. Assassinée. Par Fil de fer. Lui et Gros derrière courraient toujours. Ils avaient versé la potion dans un médaillon. Le procès de Wiertz aurait lieu dans l'été. Nice. Cвет, la lumière. Elle s'était souvenue de ces indices en songeant à Dominique. Occupée comme elle l'était à broyer du noir, elle n'avait pas tout de suite entrevu cette porte de sortie. Et puis une idée avait commencé à germer dans son esprit … Une idée folle qu'elle était impatiente de soumettre à Dominique, espérant autant que redoutant que celle-ci l'accepte.
Mais ce matin-là, le destin et Nott n'avaient pas l'air décidé à la laisser réfléchir en paix.
Alors qu'elle allait atteindre le couloir de l'ancienne salle d'Arithmancie, un bras l'avait tirée en arrière, l'attirant derrière une porte, celle des toilettes des garçons. Ni une ni deux, Gemma avait sorti sa baguette et s'était retournée pour faire face à son agresseur, la nuit du vingt-huit mai ayant décuplé ses reflexes et sa paranoïa. Ce n'était que Nott mais elle n'avait pas baissé sa baguette pour autant.
- Alors, c'est à ça que tu occupes tes journées Lysenko ?
La Serdaigle n'avait pas répondu, convaincue que cela n'était pas la véritable raison de cette mise en scène. Comme pour lui prouver qu'elle avait raison, il n'insista pas.
- Désolé pour ta mère, murmura-t-il étrangement quelques secondes plus tard.
Là non plus Gemma ne répondit pas mais le considéra d'un œil plus curieux, songeant que c'était peut-être la première fois qu'elle remarquait que Nott pouvait être capable de ressentir quelque chose. Non, en fait ce n'était pas vrai, elle se prenait pour plus importante qu'elle ne l'était. Nott avait déjà fait preuve d'humanité. Comme cette espèce de lien qui les unissait, Weasley et lui, qu'elle avait remarqué pour la première fois quelques semaines plus tôt. Nott l'avait interrompu en pleines révisions à la bibliothèque pour lui demander de le couvrir et de mentir à Dominique qui ne voulait pas qu'il monte seul au septième étage, au cas où.
- Ma mère aussi est décédée. Quand je suis né. Si ça peut te consoler, je me suis longtemps dis que le seul responsable de sa mort, c'était moi, expliqua-t-il en s'appuyant contre un vieil évier.
- Super ! Nos mères sont toutes les deux mortes et en plus, nous sommes nés le même jour. Que de coïncidences, nous devrions être amis.
- L'humour ne te va pas Lysenko, remarqua-t-il en croisant les bras.
- Désolée, regretta-t-elle immédiatement.
Après tout, elle n'avait pas le monopole d'une vie pourrie.
- Désolée pour tout, pour ta mère tout ça, reprit-elle en baissant finalement sa baguette.
Elle prit le temps de la ranger dans la poche arrière de son jean troué avant de faire face à Nott qui la regardait sans dire un mot.
- Dominique revient cet après-midi, si c'est que tu veux savoir.
- Peu importe.
- Non. Sinon tu ne m'aurais jamais entrainée là-dedans. D'ailleurs, maintenant que j'y pense. Quand on t'a surpris deux fois dans les couloirs, tu la suivais ?
Il ne répondit pas et elle prit cela pour un oui. Mais, si on suivait la logique tordue de Nott -qui semblait être la même que celle qui animait la jeune Weasley-, ce n'était pas du tout par inquiétude qu'il était sur ses traces. A cette époque, ils recommençaient à peine à se parler. Il devait chercher un moyen de lui en vouloir pour six autres années. Il avait trouvé à présent.
Nott devait avoir les mêmes pensées car un fin sourire s'afficha sur ses lèvres.
- J'avais raison, murmura-t-il. Au final, même si je n'ai pas encore tout compris, j'avais raison. Elle n'est pas digne de confiance.
- Ah, c'est donc pour ça que vous avez …,
La jeune fille hésita nettement à continuer mais décida qu'elle s'en fichait. A présent, Nott lui faisait beaucoup moins peur et c'était peut-être par … loyauté envers Dominique ou quelque chose du genre qu'elle se devait de le pousser dans ses retranchements.
- Sur le casier de Potter, ajouta-t-elle sans donner plus de précision.
- Erreur, avoua-t-il sans quitter la Préfète-en-chef de son regard noir. Qui ne se reproduira jamais.
- Alors pourquoi tu m'as attiré ici pour me tirer les vers du nez ?
Le regard du Serpentard se fit plus noir et elle comprit qu'elle avait été un peu trop loin en lui mettant cette vérité sous le nez. Peut-être n'était-il pas encore prêt à accepter d'être un peu humain parfois ? Ce type était vraiment déroutant et fêlé … complètement fêlé.
- Je ne vais pas nier. Je comptais avoir des réponses.
- Tu n'en auras pas de ma part, fit la Serdaigle en haussant les épaules.
- Je viens de le comprendre, murmura-t-il en se redressant. C'est vraiment bizarre cette relation que vous avez … Toutes les deux, vous criez partout que vous n'êtes pas amies mais tu viens de me donner la preuve que ce n'est pas vrai. A vrai dire, je ne comprends pas pourquoi ni comment vous arrivez à vous entendre et je ne suis pas sûr que vous le sachiez vous-même.
- Nous ne sommes pas …
- Même toi, tu sais que tu mens. Sur ces belles paroles Lysenko, je ne suis pas sûr d'avoir envie de te dire "au revoir" mais un "adieu" serait peut-être trop présomptueux de ma part.
- Je ne crois pas, il y a peu de chance qu'on se croise à Orel à des milliers de kilomètres de l'Angleterre. N'est-ce pas ?
Nott secoua la tête, l'air de dire qu'il y avait en effet peu d'espoir et que c'était très satisfaisant comme ça. La jeune fille hocha la tête, songeuse, suivant du regard la silhouette fine de Nott qui sortait des toilettes sans un autre regard pour elle.
En effet, il y avait peu d'espoir qu'ils se recroisent après les ASPICS, surtout qu'elle venait de comprendre que le Serpentard avait réellement l'intention de couper définitivement les ponts avec Dominique. Elle lui avait menti alors qu'elle avait promis de ne pas le faire.
- Je ne lui ai rien dis, se sentit obligée de se justifier la jeune Serdaigle.
Dominique hocha la tête en direction de Gemma pour la remercier. Cette dernière devina que, même si elle faisait la fière, elle devait être très éprouvée par les derniers évènements avant son séjour à l'hôpital des sorciers.
- De toute façon, l'école est bientôt finie. Il y a juste ces fichus ASPICS à passer et nous pourrons quitter cet endroit de malheur, murmura Dominique en jetant un coup d'œil à la porte de l'ancienne salle d'Arithmancie. Et oublier.
Gemma ne répondit pas. L'idée qu'elle avait eue en passant autant de temps devant la porte avait eu le temps de faire son chemin. Depuis, elle avait tout planifié de A à Z. Il ne restait plus qu'un détail mais pas des moindres : convaincre Weasley.
- N'est-ce pas ?, insista Dominique en fronçant les sourcils.
Gemma devait avoir l'air songeuse ou alors la Poufsouffle avait finalement appris à décrypter ses émotions ces dernières semaines. Songeant que, de toute façon, il faudrait qu'elle saute le pas avant la fin de l'année et qu'il était mieux qu'elle le fasse le plus tôt possible pour que Dominique ait le temps d'y réfléchir, elle secoua la tête.
- Je ne compte pas oublier. Pas encore.
- Je ne dis pas que ça sera facile mais …
- Non, ce n'est pas ça que je veux dire. Je ne peux pas oublier tant que Fil de fer et Gros derrière sont dans la nature.
La réaction de Dominique fut des plus étranges. Au lieu de la raisonner ou même de paraitre perplexe devant cette réflexion, la jeune Poufsouffle éclata de rire. Un rire nerveux, aigu, presque délirant, qui dura de longues secondes. Lorsqu'elle se calma, Gemma était sur le point d'aller chercher Pomfresh, persuadée que les médicaments qu'elle prenait lui faisait perdre la tête.
- C'est hors de question, affirma-t-elle étrangement en essuyant une larme qui roulait sur sa joue.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?, s'étonna Gemma qui avait peine à y croire.
- Qu'il est hors de question qu'on se lance à la poursuite de Gros derrière et Fil de fer. C'est bien ça, n'est-ce pas, l'idée tordue qui a traversé ton cerveau de malade ? Oh oui, c'est ça. J'en étais sûre. Je n'ai pas passé deux semaines à dormir à Sainte-Mangouste, j'ai eu aussi pas mal de temps pour réfléchir. J'en ai conclu facilement que ta nouvelle obsession, après James, après Johnson, ce serait eux.
- Ce n'est pas une obsession, la contredit Gemma en fronçant légèrement les sourcils.
C'était une nécessité.
- Tu parles. En attendant, j'ai eu aussi le temps de trouver comment te raisonner, alors pour une fois dans ta vie, tu v as m'écouter. Il est hors de question qu'on tente de les retrouver. C'est beaucoup trop dangereux et comment crois-tu que nos parents vont réagir ? Personnellement, ma mère préfèrerait m'enfermer dans ma chambre jusqu'à ce qu'ils soient sous les verrous, plutôt que de me laisser courir derrière eux. Ce n'est pas possible. On est trop faibles pour ça et c'est le travail des Aurors. Ils les attraperont. Et alors, tu pourras faire ton deuil ou une connerie du genre. Mais, pour l'instant, on est beaucoup trop fragiles pour ça. Ce n'est pas une solution en soi, tu m'entends ? On a déjà fait peur à tout le monde l'autre soir, ne compte pas sur moi pour recommencer. Ah et si tu comptes partir toute seule, ce qui serait une idée grotesque, je te dénoncerai à ton père sans aucune once d'hésitation.
- Mais …
- Ecoute, il est évident que, contrairement à toute logique, JE suis l'adulte responsable de notre relation. Alors, voilà ce qu'on va faire. Je ne veux pas, je ne peux pas courir après ces deux tarés. Mais il est évident que ta soif de vengeance doit-être épongée alors je veux bien faire des recherches. Sur cette potion, sur Cвеm. En Angleterre. Je suis persuadée qu'on sera plus utiles vivantes à Londres que mortes je-ne-sais-où. Je ne te demande même pas si tu es d'accord, tu n'as pas le choix.
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Les ASPICS. Nuit et jour. Nella Flint ne respirait plus que pour apprendre par cœur ses manuels et ses fiches de révision. Avant le petit-déjeuner, entre les cours, pendant les pauses, pendant le dîner et toutes ses soirées n'étaient consacrées qu'à ça.
A chaque moment de la journée où elle se retrouvait seule, elle ouvrait un bouquin ou sortait une fiche et fermait son esprit pour ne plus se consacrer qu'à ça. C'était à peu près simple durant la journée mais le soir, Dewi ou Wil insistaient toujours pour qu'elle se lâche un peu. Ils ne comprenaient pas, eux. Dès qu'elle levait le nez de ses cours, dès qu'elle n'écoutait plus un professeur, elle pensait à autre chose. Elle voyait le corps raide de Mervin Kalls partout dans sa tête et le sang qui s'échappait de son propre pyjama. Ce sang, luisant et apeurant, qui était encré en elle et dont elle n'arrivait pas à se débarrasser, surtout après le coucher du soleil. La nuit était devenue sa pire ennemie et il avait été rare qu'elle dorme plus de quelques heures depuis cette soirée d'horreur.
Le pire était le mélange de compassion et d'inquiétude qu'avaient Dewi et Wil envers elle. Tous les deux se relayaient pour la surveiller alors qu'elle ne cherchait qu'à les fuir. Comme James, elle avait refusé de leur dire quoi que ce soit mais non parce qu'elle n'en avait pas le droit. Elle n'y arrivait tout simplement pas. Elle avait bien essayé, le lendemain matin. Mais à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, elle devenait comme muette. A vrai dire, elle n'arrivait pas à mettre de mots sur ce qui lui était arrivé.
- Ah, enfin, je t'ai trouvé !
Nella sursauta, prête à dégainer sa baguette. Ce genre de réflexe idiot lui arrivait de plus en plus. Un rien lui faisait peur et n'importe quel bruit suspect lui rappelait la nuit du vingt-huit mai. Elle se souvenait de tout. Son cœur qui s'était arrêté lorsque ce grand type l'avait attrapé par les cheveux, l'éclair vert qui n'était pas passé loin de Gemma et avait finalement touché Mervin, le visage borgne de l'homme obèse. Tout était aussi clair que cette nuit-là et c'était bien là le problème.
La jeune Serdaigle leva les yeux sur Wil Jordan. Le jeune homme lui faisait face et venait de s'assoir sur la chaise libre en face d'elle. Nella avait cru pouvoir être tranquille en choisissant cette place très éloignée de l'entrée de la bibliothèque mais, apparemment, elle n'avait pas été assez imaginative.
Elle regarda son petit-ami d'un air absent et baissa le nez dans ses cours de Sortilèges. Les Impardonnables. Oui, voilà, c'était presque ce qu'il lui fallait pour la distraire, malgré l'ironie de la situation.
- Nella.
Doloris, le sortilège de torture. L'imperium qui permettait de contrôler une personne. Et bien entendu, Avada Kedavra, le sortilège de mort. Mais celui-là, elle le connaissait déjà.
- Nella !
- Hein ? Quoi ?
- Ca suffit, j'en ai marre !, lâcha Wil, sans se soucier de baisser le ton.
Abasourdie, la jeune fille s'agrippa à son manuel tandis que le Gryffondor tentait de le tirer dans l'autre sens. Il ne fallut pas longtemps à ce dernier pour prendre le dessus et elle fut dépossédée de son meilleur atout.
- Il faut qu'on parle. Dewi et moi on a besoin de comprendre ce qu'il se passe. James et toi refusez de nous dire ce qu'il se passe ! Même Moorehead ne veut pas dire un seul mot à Dewi !
- Tu sais bien ce qu'il se passe, murmura Nella d'une petite voix.
- Tout ce qu'on sait, c'est que James et toi faisiez partie de ce groupe qui a suivi Wiertz ce soir-là et que Kalls est mort. Comment ? Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qu'est-ce que tu as vu ?
Autant de questions auxquelles elle ne pourrait pas répondre. Pour la plupart, elle n'avait pas de réponses. Pour le reste, elle n'y arriverait tout simplement pas.
- Enfin, peu importe, reprit Wil en plissant les yeux. Le véritable problème c'est que tu me fuis.
- Je ne …
Nella s'arrêta net. Elle n'était pas prête à proférer un mensonge aussi gros. Elle n'arriva pour autant pas à supporter le visage accusateur de Wil et baissa la tête. Elle ne fut pas moins honteuse quand il lui attrapa la main et s'il elle ne se dégagea pas, ce fut pour ne pas lui faire de peine.
Ca irait mieux demain.
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Les examens débutèrent deux jours plus tard par l'épreuve théorique de Défense contre les Forces du Mal. La plupart des étudiants jurèrent que c'était là l'examen le plus difficile qu'ils aient eu à passer, Nella Flint compris, pour qui ça n'avait pas été mieux le lendemain, quoiqu'elle en dise à Wil Jordan. Néanmoins, ils changèrent d'avis l'après-midi, lors de l'épreuve de Sortilèges qui comportait plus de définitions que d'explication de texte, ce que tous déplorèrent vivement.
Le lendemain avaient lieu les épreuves de Botanique et Potions, ce qui ne rassura pas vraiment les septièmes années. Après la Métamorphose le jour suivant l'Histoire de la Magie, vint l'heure des options comme l'Etude des Moldus, l'Arithmancie ou encore l'Etude des Runes. Ce fut après cette épreuve qu'Arthur Lowe fit un malaise, persuadé d'avoir tout raté et de ne pas pouvoir intégrer une grande école après coup. Même Camille Teyssier eut l'air légèrement septique quant à la véracité de ses paroles mais fit semblant d'être compatissante en allant le chercher à l'infirmerie pour le début des épreuves pratiques.
La plupart des élèves regrettèrent immédiatement la théorie. Le jeudi après-midi alors qu'Harriet Moorehead effectuait une prestation exceptionnelle en Sortilèges, Dominique Weasley transforma son examinateur en poulet dans la même épreuve. Pour elle qui était si nulle en Métamorphose, c'était une petite victoire mais la vieille dame replète qui vint au secours de son collègue ne parut pas du même avis et elle passa le reste de la journée à se plaindre qu'elle était incomprise de tous.
Finalement, lorsque le samedi arriva, veille de départ en vacances, tous étaient soulagés. Maintenant, il ne leur restait plus qu'à attendre les résultats, ils ne pouvaient plus rien faire pour changer la donne. Advienne que pourra !
