Can you feel my pain

Scandal de Shonda Rhimes et When Blue Meets Blue de bala02614

(Lien original fiction n°4725516)

Traduction et Création de Lex Lina


Every time I close my eyes

It's like a dark paradise

No one compares to you

I'm scared that you won't be waiting on the other side

There's no relief, I see you in my sleep

And everybody's rushing me, but I can feel you touching me

There's no release, I feel you in my dreams

Telling me I'm fine

Lana Del Rey – Dark Paradise


5

Le temps que Fitz reprenne ses esprits, Olivia est déjà assise dans le taxi qui la ramène vers Washington. Il parvient à stopper le véhicule et se place près de la portière de la jeune femme. « Descends. ».

Livie lève un sourcil outré et fait un signe à l'attention du conducteur. « Non. Allez-y. ».

Le chauffeur semble gêné, à se retrouver ainsi entre deux feux. « Écoutez madame, je ne veux pas d'histoire ! C'est quand même Monsieur Grant. ».

Elle soupire. « Bon et pour… ». Ses mains fébriles ouvrent son sac et fouillent dedans. « Pour quatre cent dollars ? ».

Il offre un sourire édenté dans son rétroviseur intérieur. « Pour ça, même Godzilla ne m'arrêterait pas ! ».

Le plat de la main de l'acteur frappe doucement le toit de la voiture. « Ne bougez pas de là. Olivia descends de ce taxi. Nous n'avons pas fini notre discussion. ».

Elle croise les bras, ne voulant pas céder. « Je ne sais pas d'où te vient cette soudaine nostalgie mais, il n'y a plus rien à sauver Fitz. Le sujet est clos pour moi depuis cinq ans alors laisse-moi partir. ».

Cette fois, il ouvre la portière. « DESCENDS DE CETTE PUTAIN DE VOITURE ! ».

Effarée à l'idée qu'il fasse un esclandre, Livie finit par descendre. Bonne joueuse, elle laisse un excellent pourboire au chauffeur en plus de la course qu'il n'a pas eu le temps de faire. Fitz l'entraine ensuite dans son bureau, d'où elle aperçoit le bungalow où elle a passé la nuit avec Jake.

Est-ce que ? Non, il ne devait pas être là hier soir ?! Nom de… Ne me dites pas qu'il nous a vus !

Alors qu'il ferme la porte, Olivia marche jusqu'à la fenêtre, instillant un peu plus son doute, avant de repartir dans l'autre sens, et prête à en découdre. « Je ne comprends pas ce que tu veux Fitz… Tout ça c'est du passé. ». Ses bras sont croisés contre sa poitrine et elle est à deux doigts de se ronger les ongles, comme lorsqu'elle était ado. « Quand on s'est rencontré… dès le premier instant ensemble… J'ai senti cette connexion entre nous. Mais nous étions tous les deux déjà pris. Lorsqu'on a failli franchir le pas, je… Je t'avais prévenu que je ne prendrais pas cette relation à la légère… que si tu m'embrassais, ne serait-ce qu'une fois… Et tu n'as pas hésité à tenter de me conquérir, à sortir puis à coucher avec moi. Tu savais que j'étais déjà avec quelqu'un. Te rends-tu comptes que j'ai quitté Edison pour toi. J'étais fiancée ! Tu m'as fait croire en des sentiments… qui n'étaient que de la fumée… Mais je ne te jette pas la pierre, la faute est partagée car j'étais assez stupide pour jouer le jeu et y participer sans penser aux conséquences. ».

Maintenant qu'il est là, elle ressent pleinement cette aura d'arrogance et de confiance en lui que Fitz dégage naturellement. Malgré l'attraction qui les dirige naturellement l'un vers l'autre, Livie est exaspérée et remet de la distance entre eux. L'acteur ouvre la bouche mais elle l'interrompt. « Ne dis rien… Ta déclaration arrive avec cinq ans de retard. Au pire, si tu as besoin de me blesser encore afin de pouvoir te sentir mieux alors vas-y ! Putain, fais-le et laisse-moi tranquille ensuite ! Mais surtout… Surtout, ne pense pas que tu comptes encore pour moi… Ne t'approche pas ! ».

Ne tenant pas compte de son ordre, Fitzgerald se tient tout près d'elle, au point qu'elle aperçoit clairement sa pomme d'Adam qui déglutit lorsque ses mots semblent bloqués dans sa gorge. « Non… Tu es la seule qui existe à mes yeux. Ne vois-tu pas ? Je n'en serais pas là si tu ne m'avais pas soutenu jusqu'ici. ». Il pose sa main contre la joue de la jeune femme, comme il l'a fait si souvent auparavant. « Jamais je ne m'excuserai assez pour ce que j'ai fait Ollie… ». Il plonge ses yeux bleus dans le regard si sombre en face de lui, cherchant des réponses aux questions qu'il se pose sans cesse. « A cette époque… Je me pensais fort et indépendant mais en fait, tu m'as fait réaliser combien j'étais encore sous la coupe de mon père… Je n'avais pas la maturité nécessaire pour comprendre ce que je faisais. Je ne dis pas que c'était de sa faute car j'ai juste suivi la voie la plus facile pour moi. ».

Livie soupire et Fitz comprend que cela ne suffit pas. « Mon destin était tracé, bien avant ma naissance. Je savais déjà qu'aucune de mes relations amoureuses ne seraient sérieuses, vu que Jerry avait déjà une femme désignée pour moi et pourtant… ». Ses bras enserrent la jeune femme et comme d'habitude, il est surpris de la trouver si physiquement fragile alors que son caractère la rend plus puissante que pas mal d'hommes qu'il connait. « Malgré le fait que tu étais déjà engagée, je te voulais que pour moi, uniquement à moi. Tu m'obsédais Olivia. Comment pouvais-je résister ? ».

Avant même que la jeune femme ne réalise ce qui se passe, Fitzgerald se penche vers elle et place ses lèvres sur les siennes. Durant un instant, elle se débat contre lui, ses mains parfaitement manucurées contre le torse large et musclé. Livie tente vainement de le repousser mais il maintient son geste plus fermement, savourant la douceur qui s'oppose à lui.

Finalement, et comme à chaque fois, elle abandonne et le laisse faire. Savourant le baiser et y répondant à son tour, Olivia passe ses mains dans ses cheveux et se laisse guider vers le mur, à proximité où Fitz l'emprisonne. La jeune femme est surprise quand son dos rencontre l'obstacle et il profite de cette opportunité pour glisser sa langue à l'intérieur de sa bouche, se délectant cette sensation qu'il croyait perdue à jamais.

Chacun se remémore l'autre. L'odeur boisée de Fitz ou le parfum frais de la lotion qu'Olivia utilise pour tartiner sa peau satinée tous les matins. Elle qui masse doucement son cuir chevelu alors qu'il la maintient fermement contre lui, comme si elle risquait de s'échapper.

Lorsqu'ils sont à la limite de manquer d'air, leurs lèvres, rouges des assauts subis, se séparent, les laissant hors d'haleine. Ils restent ainsi, immobiles, le regard sombre et scrutant la réaction de l'autre jusqu'au moment où Olivia reprend conscience de la réalité.

Sa poitrine se soulève et se rabaisse comme si elle venait de faire un sprint puis, brisant l'instant, sa main se lève précipitamment et claque violemment la joue de Fitz.

L'acteur recule, surpris. Les yeux écarquillés par son propre geste, Olivia s'écarte du mur, essuyant sa bouche à l'aide de sa manche. Sa tête se tourne à gauche puis à droite, à en faire craquer sa nuque. Elle expire de soulagement en constatant que personne ne semble avoir assisté à la scène. « Ne refais plus jamais ça. Jake et moi sommes ensemble. On ne peut revivre le passé. C'était une erreur. ». Puis, plus pour elle-même que pour son interlocuteur, elle maugrée. « Mon dieu ! Comment ai-je pu ? Je suis une imbécile si je tombe encore une fois dans le panneau ! ». Sentant son équilibre précaire, elle prend appui sur le dossier haut d'un des fauteuils voltaire à proximité, mais reste dos à lui, refusant ne serait-ce qu'un contact visuel.

Fitzgerald défait les premiers boutons de sa chemise, comme s'il risquait de s'étouffer avec son col. Il maintient sa pression en se penchant assez pour lui dire d'une voix plus rauque qu'habituellement. « Et même lorsque tu es là, furieuse, pleine de colère contre moi… J'ai encore plus envie de toi. Tu es loin d'être idiote Ollie…. Tu sais ce qu'il y a entre nous. ».

Ollie… Cela fait si longtemps qu'elle n'a pas entendu ce surnom. Lui seul l'appelait ainsi.

Fitz sent combien la jeune femme est réactive à son approche. Il se tient maintenant derrière elle, et seulement quelques centimètres les séparent. D'un seul mouvement, il franchit la distance et relâche l'air qui restait emprisonné dans ses poumons. Les doigts d'Olivia se resserrent contre le fauteuil, faisant crisser le velours sur lequel ils exercent leur pression.

Fitz lève ses mains jusqu'aux épaules de la femme qu'il tente désespérément de reconquérir et fait courir ses doigts le long de ses bras, insistant sur le pli des coudes puis sur ses poignets avant d'emprisonner délicatement ses mains.

La poitrine de Livie semble prise de soubresauts tant elle respire avec difficulté. Est-ce leur proximité ou le fait que la discussion prenne une tournure dérangeante, intense et déroutante… inattendue et exquise… Le gifler encore ou lui sauter dessus ? Son esprit n'a pas le temps de prendre une décision que Fitz l'oblige à se retourner pour lui faire face. « Oui. À présent tout ce qui m'importe est que tu sois mienne et que les seules idées qui te viennent soient que je te fasse l'amour du matin au soir. ». Ses mains larges saisissent le visage de la jeune femme et il presse ses lèvres contre les siennes. Ce baiser ne dure qu'un instant mais rend la situation encore plus instable.

Elle tremble bien plus encore, mais cela ne le stoppe toujours pas. Il continue en lui caressant la joue, faisant courir ses doigts le long de la courbe de son menton puis de son cou. Ensuite, son corps se presse doucement, lui laissant toute l'opportunité de ressentir le moment, cette réalité qu'il lui propose.

Olivia détourne son regard, gênée d'être émoustillée tant par la présence indéniable de son ex que par la teneur de ses propos. Mais, il faut reconnaitre que c'est vrai. Lorsque Fitz est concerné, c'est irrésistible. Outre leurs esprits qui se complètent en parfaite synergie, l'acteur sait jouer de son physique. Ses cheveux légèrement bouclés, que ses doigts ne demandent qu'à décoiffer. Et ses yeux d'un bleu intense qui brillent ou s'obscurcissent à la moindre émotion. Colère, désir, envie, peur ou joie, son regard est comme une bague d'humeur. Et son corps… Mon dieu qu'elle aimerait ne plus être aussi addicte à ce corps qui épouse si parfaitement le sien.

Qu'est ce qui m'en empêche ? Jake… Oh Mon dieu JAKE !

Emplie de culpabilité, la jeune femme finit par se défaire de celui qui, sans aucun scrupule, lui a déjà fait tant de mal et semble prêt à recommencer. La déception est clairement visible sur le visage de Fitz mais Olivia n'en a cure. « J'ai déjà cru en tes sentiments une fois. Ne refais plus jamais ça. ».

La jeune femme se mord la lèvre quand elle sort de la pièce et une fois dans le hall, elle est rapidement rejoint par le reste de son équipe. Ceux-ci, comme à leur habitude, font rempart autour de leur patronne. Elle jette un dernier regard derrière elle, alors qu'un énorme 4x4 avance sur les graviers d'un blanc immaculé.

Fitz se tient là. Les manches de sa chemise maintenant légèrement froissée, sont repliées sur ses avants bras, offrant un air plus détendu qu'il ne doit être en réalité. Il l'observe d'un air sombre et calculateur, promettant un combat acharné afin qu'elle cède à nouveau.

Ayant déjà connu cela, Olivia sait que sa volonté va être mise à rude épreuve. Ses lèvres la démangent à l'idée de pouvoir l'embrasser ne serait-ce qu'une fois encore. Son cœur et sa raison sont déjà en conflit, l'un désirant plus que tout qu'elle court se blottir dans ses bras tandis que l'autre veut surtout lui mettre un coup de pied dans le tibia avant prendre une douche froide car il serait facile d'oublier les heures sombres et tristes qu'elle a vécues après leur séparation, il y a cinq ans de cela.

Oui, une douche. C'est exactement ce qu'il me faut. Encore mieux, je vais faire quelques longueurs dans la piscine du club…

Comme par le passé, la culpabilité lui colle à la peau comme la crasse et Olivia a l'impression que seules les effluves chlorées de la piscine pourront la défaire de ses remords et de sa trahison.

Fitz faire un signe de la main auquel elle ne répond pas. Quand la voiture démarre, Abby s'empresse de lui demander ce qu'il s'est passé et Olivia est déjà exaspérée d'être coincée dans le véhicule.

xoxo

C'est par une fin de matinée pluvieuse, que Jake retrouve sa petite amie, assise sur une des marches menant au pied de la statue d'Abraham Lincoln. Cet endroit est sacré pour eux, vu que c'est ici qu'ils ont eu plusieurs rencards, plus ou moins ratés à cause de leurs emplois du temps chargés et que l'officier a, malgré tout, réussi à la conquérir.

Il a tenté de la joindre toute l'après-midi mais sa boite vocale était déjà pleine, et Olivia ne le rappelait toujours pas. Alors qu'une chose est habituellement indéniable, Olivia Pope est toujours joignable. C'est donc passablement inquiet qu'il se dirige droit vers elle.

Jake s'assoit près d'elle, maugréant intérieurement sur le fait que la marche est mouillée et que son pantalon est maintenant détrempé et passablement inconfortable.

Il l'observe silencieusement. Cela doit faire un moment qu'elle se tient là. Ses vêtements sont trempés, son maquillage laisse de longues trainées noires sur ses joues et sa chevelure brille des milliers de gouttes d'eau qui sont tombées dessus. Elle se laisse faire quand il lui prend la main. Celle-ci est glacée.

Plusieurs minutes passent et Jake finit par lui demander ce qui ne va pas. Le corps d'Olivia est secoué par un sanglot et elle tourne son visage vers lui. Ses larmes se mélangent aux gouttes de pluie. Encore une fois, elle semble brisée. C'est clairement visible et cette sensation de déjà-vu lui fait peur. Ce n'est pas la première fois qu'elle est dans cet état.

Qu'est-ce qu'il peut y faire ? Rien.

Cela fait déjà trois semaines qu'ils ont passés la nuit dans le bungalow de Grant et depuis rien n'est pareil. Ok, il y a la pression des oscars qui approchent accompagnés de la folie des soirées de galas mais, Jake n'est pas dupe. Quelque chose d'autre tourmente sa petite amie et la ronge de l'intérieur. Comme d'habitude, elle mettra cela sur la faute de ses nerfs mais, il n'est point dupe.

Je suis sûr que c'est Grant !

Effectivement, on peut dire que Fitzgerald est passé à la vitesse supérieure. Où qu'ils aillent, l'acteur est présent ou est concerné par la situation. Ils se croisent dans les restaurants, les soirées et la plupart des événements organisés pour le gotha de Washington. Sans compter les moments où Olivia doit surement le rencontrer lors de ses rendez-vous avec Cyrus.

Merde, c'est un acteur, il n'est pas censé vivre à Hollywood ou partir dans un quelconque pays pour y tourner des scènes ou déblatérer des dialogues à la con ?

S'il s'écoutait, il balancerait sa Livie sur son épaule et la porterait jusqu'à leur lit pour lui faire l'amour jusqu'à ce qu'elle crie le fait qu'elle n'appartient qu'à lui, Jake Ballard. Il sait qu'elle le ferait, et plutôt deux fois qu'une. Mais des promesses, aussi subtiles ou sublimes soient-elles, dites sous le coup de l'extase ou de l'émotion, ne sont pas forcément vérité.

Autant ne rien dire, mais là….

Jake finit par la prendre dans ses bras, où elle se blottit. Elle grelotte un peu et il reconnait ses 'snif' quand pour chercher du réconfort, la jeune femme respire son odeur.

Olivia se redresse, prête à lui parler mais il l'en empêche en l'embrassant. L'officier sait que s'il la laisse s'exprimer, elle risque de lui dire ce qu'il refuse d'entendre. La peine et le regret sont si clairs dans ses yeux qu'ils finiront par l'obliger à employer des expressions comme le fameux 'il faut qu'on parle…'. Son baiser se fait plus fougueux, offrant une dose d'amour qu'elle ne peut refuser. Il s'imagine en mission, dans un climat arctique et ses mains détiennent une dernière flamme pour rallumer leurs cœurs en cendre. Non, il ne laissera pas Grant éteindre cette étincelle.

xoxo

Encore quelques jours passent. Dans l'appartement d'Olivia, Jake fait mine d'être endormi sur le canapé alors que la jeune femme et son amie Abby sont dans la cuisine.

Ses yeux se ferment de fatigue mais la conversation entre Livie et la rousse est bien trop intéressante pour laisser sa conscience divaguer.

Entre ses cils, il remarque la mine réjouie d'Abby. Logique, elle vient de se rabibocher avec son maso de petit ami et sur son visage est inscrit un sourire tellement énorme qu'on pourrait croire qu'elle est stupide ou que quelqu'un l'a farcie de champignons hallucinogènes.

Pour une fois, c'est Olivia qui s'active alors qu'Abby est tranquillement assise sur le comptoir. Le 'pop' d'une bouteille de vin se fait entendre et Jake imagine aisément sa petite amie qui en déverse le contenu dans ses grands verres. Après quelques minutes silencieuses où la jeune femme a dû porter le verre à hauteur de son visage pour apprécier la qualité du breuvage, Livie dit doucement. « Jake m'a demandé si je voulais m'installer avec lui. J'ai pas mal réfléchi et je crois que je vais accepter. ».

Son amie tente de ne point s'étouffer avec son vin. « Tu quoi ? ».

Olivia hausse les épaules. « N'aie pas l'air si choquée. Depuis le temps que nous sommes ensemble, ça devait finir par arriver. Arrête de minimiser ma relation.».

Abby se mord l'ongle du pouce, signe que son esprit tourne à plein régime. Elle se penche pour vérifier que Jake est toujours endormi et chuchote. « Mais, est-ce que tu es sûre ? Et qu'est-ce que tu fais de Fitz ? ».

Olivia se resserre une grande rasade de vin. « Il n'a rien à voir là-dedans. Fitzgerald Grant n'a plus son mot à dire sur la manière dont je mène mon existence depuis bien longtemps maintenant. ».

Abby lui offre un petit sourire. « C'est ça, essaie de te persuader. ».

Sa voix est sérieuse, presque sombre quand son amie répond. « Fitz voulait que je sorte de sa vie et c'est exactement ce que j'ai fait. Tu ne comprends toujours pas Abby ? Il ne voulait plus de moi. Il en a choisi une autre. ». Ses mains se lèvent, montrant un peu plus son exaspération. « Pourquoi est-ce si important maintenant ? ».

Abby saute du comptoir et se rapproche d'elle. « Je me souviens de nos conversations… On sait tous pourquoi il a agi ainsi… Tu me disais qu'il était la personne la plus importante à tes yeux et tu abandonnes si aisément ? ».

Olivia boit encore une gorgée de vin, réprimant sa colère avant de répondre. « Aisément ? Abby ! Toi-même, tu sais que le temps passé n'effacera ni ses fautes ni ses erreurs. Et qu'est-ce qui me dit que ce mec a réellement changé ? ». Sa voix tremble quand elle continue. « Dieu sait combien il me manque encore parfois. Je pensais qu'il était le seul à pouvoir me comprendre, comme lorsqu'on passait des heures assis, l'un contre l'autre… J'ai osé croire à un amour fusionnel. Mais là, j'en peux plus, je dois continuer à avancer... Tu étais là quand j'ai dû réapprendre à vivre sans lui, sans sa présence à mes côtés. Et heureusement que Jake était là, lui aussi, pour me dire que tout irait bien. ».

Abby est encore prête à défendre sa cause. « Mais Livie… ».

Livie grommelle quelque chose d'inaudible. Son verre à vin est posé si brutalement sur la table, qu'il est étonnant que le pied ne se soit pas brisé sous l'impact. « Arrête ça maintenant. Jake est celui qu'il me faut. ».

Son amie la prend dans ses bras. « Peut-être mais est-ce celui que tu veux réellement ? Je ne peux pas te laisser faire ça. Choisir le confort plutôt que ce que ton cœur désire. Ballard savait dans quoi il se lançait en sortant avec toi si peu de temps après ta rupture avec Grant. ». Olivia ne répond pas. Abby insiste car elle ne peut s'empêcher d'être désolée pour elle. « Ne base pas ta relation sur la culpabilité que tu ressens. Sur le long terme, cela fait bien plus mal qu'on ne l'imagine. Tout ça parce que tu as la trouille d'échouer. Ça ne te ressemble pas, Livie. ».

Personne d'autre que Livie ne mérite plus d'avoir cette chance, sa vie rêvée. Tous les gladiateurs ont eu besoin de son aide à un moment où un autre de leur carrière et Livie a toujours été présente pour eux. Donc, il est normal qu'ils fassent de même pour leur patronne. Même si c'est au dépend de Ballard. L'officier ne mérite pas cela mais si le bonheur d'Olivia en dépend, il doit être retiré du jeu.

Les yeux sombres d'Olivia sont embués de larmes qui refusent pourtant de couler. Jake grimace, et réprime son envie de passer ses nerfs sur le premier meuble qui se tient à proximité. Les yeux clos, il se dit qu'effectivement la curiosité tue le chat… C'est une conversation qu'il n'aurait jamais dû entendre.

Malgré le fait qu'ils soient en couple depuis si longtemps… Elle… Elle est toujours… Son cœur appartient encore à Fitz.

xoxo

Mellie avance dans le couloir faiblement éclairé par la lumière venant du bureau. Sa longue nuisette en soie noire glisse sur sa peau à chacun de ses mouvements, accompagnée par sa chevelure jais tout aussi soyeuse qu'elle a détachée pour la nuit.

Lorsqu'elle passe la porte du bureau, Fitz est déjà irrité. Sa peau crémeuse qui contraste avec sa tenue, ses gestes savamment calculés même lorsqu'ils sont uniquement tous les deux… ce manque de naturel. Il a l'impression d'être encore sur un plateau, prêt à tourner une scène… Cette femme s'adapte à toutes les situations. Une véritable actrice dans son quotidien. Elle est si vide et neutre que l'acteur se demande encore quelle est sa véritable personnalité.

Elle baisse ses yeux bleus vers lui et dit d'un ton inquiet. « Chéri, viens te coucher. Tu sembles prêt à tomber de fatigue. ».

Sans même lui offrir un nouveau regard, Fitz continue à lire un des scripts que Cyrus lui a ordonné de lire. « Je bosse. Je viens dès que j'ai fini. ».

La jeune femme grimace, une main sur sa hanche, soulignant la courbure de sa silhouette. « Tu travailles tout le temps en ce moment. Tu n'as même plus une minute à me consacrer. ». Elle fait le tour du bureau et s'assoit, élégamment, sur le bois exotique.

« Je ne vois pas en quoi cela te dérange. Tu peux profiter de ma notoriété et de mon argent sans même être obligée de supporter ma présence, donc où est le problème ? ».

Malgré le fait qu'il cite des évidences, Mellie est offusquée d'être si vénalement décrite. « Ce qui me dérange surtout, c'est ton comportement. ». Sa main saisit un coupe papier situé juste à côté et ses doigts effleurent la lame. « Ou peut être est-ce quand tu fais mine de travailler alors que tu pourrais m'expliquer pourquoi… cette Amanda ou Belinda, je ne sais même plus, se permet d'appeler directement chez nous et que je sois obligée de prendre le message. ».

Fitzgerald soutient son regard mais ses joues prennent une teinte rosée. « Amanda… Amanda Tanner. Ce n'est qu'une assistante. ».

Elle insiste, enfonçant le couteau… ou plutôt le coupe papier… dans la plaie. « Elle a appelé trois fois. ».

Reprenant le contrôle de ses émotions, l'acteur retourne à ses papiers. « Cyrus n'emploie que des personnes dévouées à leurs boulots. ».

Agacée par cette pseudo nonchalance, Mellie s'énerve bien plus. « Arrêtes ! Tu parles d'une dévotion… Tu fais… Tu fais cela comme si tu étais… ».

Fitz balance son script un peu plus loin sur le bureau, comprenant que ce n'est pas avec sa fiancée dans la même pièce qu'il parviendra à quelque chose. « Mellie. Putain ! Arrête de caqueter. Je n'ai vraiment pas le temps pour cela. ».

La jeune femme se relève, hésitant entre la colère hystérique et la résignation. « Tu n'as jamais de temps pour moi mais tu en trouves pour ces trainées. Tu as intérêt à être plus discret à l'avenir si tu ne veux pas que je te pourrisse l'existence. Et je veux, je dirais même que j'exige, que tu me consacres du temps ! N'oublies pas que tu as choisi de rester auprès de moi alors ne fais pas ta victime maintenant. ».

L'acteur expire lentement et se lève doucement de son fauteuil. Ses mains sont posées à plat sur le bureau. Son esprit semble encore embrumé pourtant ce n'est pas dû à l'alcool qu'il aurait pu consommer aujourd'hui. Ses paupières se ferment et il ressent des picotis de fatigue et de frustration.

Non. C'est cette putain de situation. Il est fatigué et ça le rend malade de vivre ce genre de dispute, chaque putain de jour de sa putain d'existence et cela depuis plus de cinq ans. Que ce soit son père, Mellie ou même Cyrus. Tout le monde essaie de le contrôler, de le manipuler et de pourrir tout ce qu'il tente de faire à longueur de journée. Il passe une main lasse sur son visage et lorsqu'il ouvre les yeux, il constate que la jeune femme est toujours là.

Mellie. Son visage magnifique mais toujours méprisant, sa bouche pincée, son air sophistiqué et hautain. Tout ça lui donne envie de vomir directement sur ses escarpins à cinq mille dollars.

Comment ai-je pu avoir l'idée de vouloir finir ma vie à ses côtés ? C'est une erreur. Une terrible et pitoyable erreur.

Il se lève et l'accompagne jusqu'à la porte. Alors qu'elle pensait surement que son fiancé allait céder, comme il le fait depuis déjà pas mal d'années, Mellie est surprise, voire même choquée quand les lèvres de Fitz répondent froidement. « Dorénavant, je ne me consacrerai qu'aux choses qui comptent réellement pour moi. Et, tu es loin d'être sur cette putain de liste. ». Sa main qui tenait la porte du bureau continue son geste et la ferme en claquant.

Maintenant qu'il est seul dans le bureau, Fitz sourit, ravi de ne point entendre la fin de la diatribe maugréée par sa fiancée. Ses pas le dirigent vers la petite console où une carafe et plusieurs verres sont mis à sa disposition. Machinalement, ses mains saisissent le bouchon en cristal et s'apprêtent à lui servir un scotch quand son esprit interrompt son geste.

Non…

Il n'a pas bu depuis son altercation avec Livie. La jeune femme a raison. Il ressemble de plus en plus à son père. L'alcool en intraveineuse, des maitresses alors qu'il n'est même pas encore officiellement marié, et certains ont même commencé à se plaindre de son arrogance.

Tout comme Big Jerry.

Un goût de bile remonte dans sa gorge et est encore plus prononcé quand un souvenir refait surface dans son esprit. Titubant jusqu'à son fauteuil avant de s'assoir lourdement dessus, Fitz se remémore la discussion houleuse entre Olivia et son père.

Cette putain de conversation qu'il n'aurait jamais dû entendre et qui lui a fait prendre cette décision plus qu'idiote…

La jeune femme se tient ferme, les mains sur les hanches, prête à en découdre avec l'homme que l'on nomme Big Jerry. Et ce surnom est amplement mérité car, Fitzgerald Grand deuxième du nom, est connu pour ne point mâcher ses mots et est reconnu pour piétiner ses adversaires ou sa propre famille jusqu'à ce que mort s'en suive. Souvent, il lui a répété qu'on ne devient pas gouverneur qu'en souriant et en serrant des mains.

Pourtant, sa petite amie est là, en train de le défendre, toutes griffes dehors. « Je me suis toujours demandée ce que je pourrais vous dire. Il y a tant de choses que Fitz n'a pu connaitre à cause de vous. Bien qu'il croule sous l'argent et le pouvoir, des émotions basiques comme l'affection ou le fait de se sentir protégé au sein de sa famille, ne l'ont jamais touché. Où étiez-vous lorsqu'il avait besoin de vous ? S'il était triste ou qu'il menait son équipe à la victoire ?! Je vous ai tellement détesté qu'en fait, je ne réalisais même pas combien vous avez été utile pour baliser le chemin vers son cœur. Il veut tellement être votre contraire, que Fitz a développer une sensibilité peu commune. Il est plein de compassion et est protecteur avec tous ses amis et ceux de sa famille qu'il respecte encore assez pour les considérer comme tels. Tout cela ne vient pas de vous. Et j'en remercie le ciel. ».

Jerry reste choqué qu'un si petit bout de femme se permette de lui répondre ainsi. « Mademoiselle. Je ne sais pas d'où vous sortez mais vous vous trompez sur mon fils. Il est exactement comme moi, ou il finira par le devenir. Je vous conseille de sortir de sa vie avant qu'il n'arrive quelque chose de malencontreux. ».

« Est-ce une menace ? ».

« Vous le prenez comme vous l'entendez. ».

Elle hoche la tête vélocement. « Jamais. Jamais je ne le laisserais devenir le monstre que vous êtes. Personne n'est heureux en votre compagnie et je ne suis même pas sure que vous sachiez à quel point vous êtes exécrable. ».

Fitz reste planqué derrière la grande porte. La conversation lacée de venin entre Livie et son père continue mais il ne parvient plus à se concentrer dessus. Comment supporter une telle relation ? une telle confiance absurde en sa personne ? Olivia le place sur un tel piédestal que Fitz se demande si ce n'est pas plus prudent de casser le mythe avant que la jeune femme ne réalise qu'il ne correspond en rien à ses attentes. Non, leur couple est assez fort pour supporter la colère et la pression de son père. Mais, et si elle se trompait ?

Lorsque la jeune femme sort du bureau, au lieu de lui sauter dans les bras, Fitz se cache dans une alcôve à proximité. Pourquoi est-ce qu'il fait une chose pareille ? Pourquoi est-ce qu'il se cache ? Il est sorti de sa torpeur par la main de son père qui l'entraine à sa suite dans la pièce. « Junior, tu es justement la personne que je désirais voir. ».

Quand il ressort de là quinze minutes plus tard, Fitz a le regard vitreux, la mine triste et hagarde. Oui c'est ça. Il doit mettre un terme à sa relation avec la jeune femme… Seule Mellie est celle qui est à la hauteur de ses ambitions...

Il a fallu la mort de Big Jerry pour qu'enfin, Fitz parvienne à s'extirper complètement de son emprise. Qu'il retrouve enfin cette liberté que Livie lui avait pourtant offerte. L'acteur se frotte les yeux. Comment a-t-il pu se laisser convaincre de laisser tomber la seule femme qui croyait en lui ? Il se redresse dans son siège et regarde son emploi du temps. Il ne reste que peu de temps avant qu'il ne soit pris dans l'engrenage infernal de la promotion des oscars. Sa main saisit son téléphone portable et compose le numéro de Cyrus. Son mea culpa n'en sera que plus efficace.