5.
- Capitaine Salmanille Khurskonde, à vos ordres, générale !
- Heureuse de vous revoir, capitaine. Les plus folles rumeurs ont couru à votre sujet… J'ai personnellement redouté le pire.
- Je ne pouvais laisser mon père dans cette chasse à l'homme. Nous l'avons tous suivi. Ce ne fut qu'une fois en sécurité que mes frères et moi avons repris nos vies, mes parents reconstruisent la leur.
Véhale Nhoor s'assombrit.
- Votre domaine saisi, vos comptes bloqués, j'espère que vous avez une « poire pour la soif ». Je ne vous demande bien évidemment rien sur ce sujet, je me doute que le baron votre père a toujours eu un plan de secours, bien qu'il s'estime avoir été investi de droit divin quasi et donc libre sur ses terres. Mais, aucun de mes rapports ne me soulage au sujet de votre enfant ! ? Votre bébé ?
- Je ne sais pas, mentit Salmanille, on m'a fait évacuer le castel en urgence. J'étais à peine consciente… Un ou deux serviteurs ont dû l'emmener, et le garder en sécurité. Des amis à moi investiguent, poursuivit-elle en continuant de monter le scénario de protection de son enfant. Pour sa sécurité, mes parents ne m'ont rien dit du plan échafaudé pour lui dans l'urgence. Ainsi, je pars le plus en paix possible, je vous l'assure. Je sais que j'aurai, un jour, de bonnes nouvelles sur mon fils.
- Je vous le souhaite. Et ne pensez désormais qu'à votre mission, capitaine Khurskonde.
- Quelle sera-t-elle ?
- Annihiler les poches de résistance du domaine de Lothar Grudge aussi appelé Roi des Pirates. Ca rétablira l'ordre, au moins dans la zone immédiate des Nuages de Klomel et ça sécurisera dans la foulée l'emplacement des mines de carcinium.
- Bien. Juste une question professionnelle : où est celui que j'ai traqué ?
- Il est désormais notre allié, enfin, tant que je tiendrai bon les rênes et que je dissimulerai soigneusement la cravache dans mon dos.
- Sur ce dernier point, je vous le déconseille, glissa vivement Salmanille. Puis-je poursuivre, générale ?
- Allez-y, mais rappelez-vous que je ne suis pas patiente !
- J'ai pu l'étudier de près, votre nouveau jouet, il n'a marché dans cette combiné insensée que parce qu'il n'avait pas d'autre choix. Il faisait partie de la bande à Lothar, mais un jour ou l'autre il aurait pris son indépendance, en accord avec ce dernier cependant. Pirate, avec si nécessaire l'appui des siens, il pouvait continuer de défier toutes les flottes de défense. Là, entre les Pirates et les flottes, il était acculé. Il aurait pu fuir aussi loin que possible, la situation serait demeurée la même.
- Il a fait alliance avec le diable, ce n'est un secret pour personne. C'est son passé qui demeure bien un mystère. Mais, un jour ou l'autre, je finirai bien par tirer cela au clair ! Quelque chose à ajouter, capitaine ?
- Il tiendra parole envers vous, tant qu'il y trouvera son intérêt, tant que vous ne lui donnerez aucun ordre direct.
La jeune femme esquissa un sourire.
- Vous avez fait appel aux connaissances et à l'instinct du Militaire qu'il fut, il va fonctionner sur ces bases, mais sans dépendre de personne. Croyez-moi, il va prendre son pied comme personne à faire régner sa propre loi !
- Mais, je l'espère bien ! assura Véhale Nhoor. Un fusible toujours à deux doigts de sauter mais qui en attendant fera des étincelles. J'espère remporter ce pari ! Vous pouvez disposer et aller reprendre votre poste, capitaine Khurskonde.
Sur le seuil du bureau de la générale de la Flotte terrestre, l'Autrichienne se retourna.
- Une question, s'il vous plaît… Seulement neuf mois de suspension pour le capitaine Skendar Waldenheim ? Pourquoi ce traitement de faveur ?
- Je ne pense pas que ça vous regarde ! siffla Véhale Nhoor. Pourquoi m'interrogez-vous à ce sujet ?
- Je me suis liée d'amitié avec lui, depuis que nous avons fait cause commune contre les Pirates. Son sort m'importe. Et vous, vous n'êtes pas connue pour faire preuve de clémence.
- Ma marque, ricana la générale. Disons que mes preuves étaient trop faibles pour une lourde sanction… Quand on met une photo sous le nez des gens, ils ont une fâcheuse tendance à voir la personne partout, et ce même si des témoignages concordent, les civils ayant une dangereuse tendance à être très influençables et très déconcentrés. Je sais que Skendar Waldenheim a hébergé son fils, jusqu'à ce qu'il fasse son show pour filer de chez lui et non y débouler comme il tentait de le faire croire à une crédule assistance.
- Ca a plutôt bien marché, à ce qu'on dirait, remarqua Salmanille. Vous aviez cependant plus que des présomptions, et vous n'avez donc pas sévi comme on l'aurait attendu de vous…
- Et moi, est-ce que je vous demande qui est le père de votre fils ? jeta Véhale. Est-ce que je vous interroge sur le fait que ce sont les Waldenheim qui ont accouru ventre à terre le jour de l'accouchement ?
- Beaucoup de monde m'est passé dessus, mentit encore avec aplomb la jeune femme. Ma chatte a vu le loup bien plus que je ne pourrais en tenir le compte. Quant au capitaine de l'Arcadia, je ne peux qu'imaginer qu'il ne plante sa bite tout partout et sans réfléchir. Pour ma part : « de père inconnu » me semble la seule explication plausible, même pour moi !
- Et aussi, rien à voir avec le fait que sur la liste du matériel embarqué à bord de l'Arcadia, il y avait tout ce qu'il faut pour s'occuper d'un bébé tout juste né ? Je sais tirer des conclusions, capitaine Khurskonde ! Mais je garderai le silence, c'est ce qui est le plus à mon avantage, ça pourrait me servir, un jour ! Je ne vous retiens plus, répéta la générale.
Avec une légère grimace de dépit qui accréditait mieux que des paroles la thèse de sa générale, Salmanille se retira.
