Can you feel my pain

Scandal de Shonda Rhimes et When Blue Meets Blue de bala02614

(Lien original fiction n°4725516)

Traduction et Création de Selina


I got beauty, I got class

I got style, and I got ass

And you don't even care to care […]

Why don't you love me?

Tell me, baby, why don't you love me

When I make me so damn easy to love?

Why don't you need me?

Tell me, baby, why don't you need me

When I make me so damn easy to need?

Beyoncé – Why Don't You Love Me ?


6

Fitz sourit au journaliste qui l'interviewe avant d'adresser un salut à la foule. Les hurlements des fans se font encore plus intenses rien qu'à cause de ce simple geste. Il reporte son attention vers la caméra. « Je tiens à remercier encore toutes les personnes qui ont voté pour moi. Ce prix me fait tout autant plaisir qu'un Oscar ou un Grammy et cela me touche particulièrement. ». Ses mains soulèvent le Teen Choice Award qu'il a reçu plus tôt dans la soirée avant qu'il ne le donne à Harrison, son PR de la soirée, qui reste quelques pas en retrait.

L'acteur n'a pourtant qu'une idée en tête, quitter les lieux au plus vite afin rejoindre l'endroit où doit se trouver Olivia. Sa société fait partie des organisateurs de la soirée caritative des Studios Fox et le thème choisi cette année est particulièrement divertissant. La fête foraine. Il ne pouvait trouver mieux pour tenter de se rapprocher d'elle.

Ce n'est pas loin d'une demi-heure plus tard, qu'il parvient enfin à quitter le tapis rouge grouillant d'ados hurlants et à monter dans la limousine qui doit l'emmener dans un autre coin de Los Angeles pour assister à la soirée organisée par la Fox.

Mellie est déjà confortablement installée dans la voiture et elle fait mine de ne pas remarquer la distance physique établie par son fiancé. Elle rumine encore le fait de n'avoir pu assister aux Teen Choice. Non point que l'idée de recevoir du 'slim' sur sa robe Dior était plaisante mais la couverture médiatique était une formidable occasion. La jeune femme tente d'entamer une discussion bien que le regard de Fitz reste obnubilé par le défilement des rues de la ville au travers des vitres teintées de la limousine. Elle finit par se taire, fatiguée de mener une conversation à sens unique.

Une fois à destination, c'est encore Harrison qui le prend en charge, lui rappelant les personnes à voir où à éviter ainsi que le reste de son programme pour la soirée.

Mais Fitzgerald ne l'écoute déjà plus. A mesure qu'ils avancent, son regard se perd parmi les invités qui entrent dans la grande salle, à la recherche d'Olivia.

Ses pas le conduisent le long du tapis rouge, où il exécute son rôle à la perfection. Il faut reconnaître que malgré la pression médiatique qui accompagne son travail, pouvoir accéder à ce type de soirée est une chance incroyable alors prendre le temps de saluer le gratin d'Hollywood est une gageure nécessaire.

Une fois qu'il passe les deux grandes portes cachant les festivités, il est épaté par le travail des petites mains qui ont réalisé un chantier pareil.

Tout est fait pour que les invités soient totalement immergés dans l'ambiance d'une fête foraine chic. Même une bonne odeur sucrée, mélange de pop-corn au beurre et barbe à papa, flotte dans l'air. Ses yeux bleus suivent les différents stands où sont proposés des jeux qui permettent la récolte de fonds.

Mellie parvient à le retrouver et s'accroche à son bras. Telle une miss, elle salue quelques personnalités, à gauche et à droite avant de lui glisser une petite ribambelle de jetons colorés dans la main. « Je te les donne, je ne saurais quoi en faire. ». Son soupir est plus que méprisant. « Est-ce que cette bande de crétins ne pouvaient pas faire un simple dîner, où l'on glisse discrètement un chèque avec plusieurs zéros pour faire une donation. ». Ses pommettes remontent lorsqu'elle offre un faux sourire à une journaliste et son amabilité retombe aussi vite lorsqu'ils continuent à avancer. « En espérant au moins qu'ils ont prévu quelque chose de fort au niveau du bar pour supporter tout ça… ».

Fitz pose sa main sur celle de sa fiancée qui est en contact avec la manche de son costume. Il marmonne, bougeant à peine les lèvres pour que personne ne remarque le contenu effarant de leur conversation. « Pourquoi es-tu venue alors ? Si cela te déplaisait tant, tu pouvais rester à la maison ou dans je ne sais quelle partie de l'enfer où tu te complais. ».

Il stoppe un instant. Son index et son pouce pincent l'arête de son nez. Il doit trouver un moyen de contrôler son stress et sa tension avant de trouver celle pour qui il est venu. L'acteur est fatigué de ces personnes qui se servent de lui ou qui attendent quelque chose de sa part. Toutes ces manigances ne devaient-elles pas se terminer avec la mort de son père ? Pourquoi est-ce que sa putain d'ombre plane encore au-dessus de leurs têtes ?

Voilà pourquoi Fitz a autant été attiré par Miss Pope après tout. La jeune femme n'a jamais été impressionnée par le fait qu'il soit riche, que sa famille soit influente et encore moins cherché à s'attirer ses bonnes grâces. Bien au contraire, Liv l'a détesté dès qu'elle a posé les yeux sur lui, exprimant le fait que faire partie d'une grande famille, n'inclut pas d'office qu'on mérite son attention.

Mais, ils ont fini par s'apprécier et le mec imbu de sa personne, qu'il pouvait clairement être à cette époque, a vite compris deux choses, premièrement qu'elle était une merveilleuse personne tant intérieurement que physiquement et ensuite qu'il ne serait jamais assez bien pour elle.

Et ça, Edison, son petit ami de l'époque insistait sur ce détail de mille et une façons. Au point que la conquête de Livie était devenue un défi personnel pour Fitz.

Quand, au grand dam de ses parents, Fitz a décidé de poursuivre une carrière d'acteur, il a sauté le pas en s'affranchissant un peu de l'emprise paternelle. Goutant un peu d'indépendance, le jeune homme a emménagé avec sa fidèle bande de copains. Ce qui incluait Edison et par conséquent, la belle Olivia fréquentait régulièrement leur garçonnière.

Sa séduction habituelle ne fonctionnait pas. Cette fille était fraîche, jeune, magnifique et trop intelligente pour son propre bien. Dotée d'un sens moral hors du commun, elle donnait toujours une opinion claire et sensée et pourtant régulièrement contredite par l'avis de Fitz. Car, ce qu'il aimait par-dessus tout c'était de la mettre en colère. Il adorait pousser les limites de la jeune femme alors elle a fini par faire de même pour lui.

En fait, leur animosité s'était peu à peu transformée en une certaine reconnaissance de l'autre. Fitz passait son temps à flirter avec la jeune femme alors qu'elle le repoussait de manière peu amicale… polie mais effrontée. Son dédain montrait clairement qu'elle connaissait son côté séducteur et que toutes ses remarques suggestives ou désobligeantes n'étaient qu'une façade.

Ce qui le minait vraiment était la relation que Livie entretenait avec Edison. Bien plus vieux qu'elle, il avait une idée stéréotypée de la femme qui devait se tenir à ses côtés et cela énervait Fitz au possible de voir Olivia qui se pliait à ses volontés.

Mellie le sort de ses pensées quand elle lui indique une de ses amies. L'incitant à prendre des nouvelles de cette autre sorcière, Fitz détache la main de Mellie de sa personne et s'immerge dans la foule à la recherche d'Olivia.

Bien que ses yeux continuent à parcourir les différents stands, son esprit divague encore un peu dans le passé. Lors de ce moment fatidique où il a su que Livie était faite pour lui. Lui, et lui seul. Pas un des trois autres mecs qui vivaient avec lui. Ils étaient le 'Rat Pack' le plus connu du comté.

Jake était surtout motivé à servir son pays. L'Amérique était sa raison de vivre. Né dans une famille de militaires typique, on lui a vite inculqué le sens du mot patriote, en lettres capitales avec ses céréales du petit déjeuner et les lettres alphabet de sa soupe du soir.

Edison quant à lui, voyait les choses en grand. Il racontait à qui voulait l'entendre qu'il serait le premier président noir des Etats Unis. Son plan de carrière était déjà tout tracé et il n'avait qu'une idée en tête... faire entrer Olivia dans le moule qu'il lui avait réservé. Celui de Première Dame... qu'elle le veuille ou non.

Cyrus, quoique pétrit d'ambition, était plus réaliste. Il aimait, et aime encore la politique, mais il sait qu'il n'a pas le charisme pour atteindre les sommets qu'il convoite. Le travail de l'ombre, le sale boulot et l'organisation de plans machiavéliques, là oui, il se reconnait et c'est pourquoi il a toujours cherché celui qui serait sa tête d'affiche. Mais, contre toute attente, au lieu de choisir Edison, Cyrus a préféré Fitz.

Fitz, qui se laisse porter par les éléments mais réussi toujours tout ce qu'il entreprend. Lui qui ameute les foules rien qu'avec un sourire et dont les gestes, parfois déplacés, provoquent émois et soupirs chez les jeunes femmes et même pas mal d'hommes qui le jalousent et rêvent d'être lui ou de respirer le même air que lui.

Il soupire, malgré tous ces avantages, la situation dans laquelle il se noie actuellement est loin d'être glorieuse. Pourtant tout avait si bien commencé entre eux, enfin aussi bien qu'un orage tropical.

Flashback…

Pour une énième fois, Fitz regarde le cadran de sa montre. « Qu'est-ce qu'elle fout ? ». Il ne sait pourquoi cela le touche autant, au point que sa jalousie menace de faire surface à tout moment.

Son regard est tourné vers l'entrée du parc, qu'Olivia, accompagnée de son petit ami, aurait dû franchir depuis plus d'une heure déjà. Le couple devait rendre visite aux parents d'Edison, où la jeune femme subirait, encore une fois, un lavage de cerveau en règle sur les joies d'être femme au foyer et non une carriériste accomplie. Et cela, malgré le fait qu'elle ait quinze ans de moins que son futur fiancé.

Cyrus entre dans son champ de vision, montrant une bouteille de champagne et remplissant, sans lui demander son avis, son verre qui restait vide dans sa main. « Bois un peu Fitz, il faut fêter ça comme il se doit. ».

Il grommelle. « Non merci. ». Sa mauvaise humeur ne semble pas prête à le lâcher.

Son meilleur ami ne cède pas pour autant. « Oh ! Allez quoi ! C'est une célébration ! QUI SONT LES MEILLEURS !? ». Toutes les personnes présentes lèvent leurs verres et crient leur joie dans une joyeuse cacophonie.

Ne sachant même plus pour quelle occasion tout ce monde est réuni dans le parc de la résidence des Grant, Fitz finit par lever son verre et le vide d'un trait.

Cyrus siffle son admiration devant une telle descente. Un serveur passe à proximité et Fitz en profite pour déposer sa flûte et saisir un verre de whisky. Le liquide finit de manière aussi expéditive que les autres. Cette fois, Cyrus prend le verre et soupire. « Tu devrais peut être calmé le jeu sur ça. ».

Reprenant les mots de son ami, Fitz maugrée. « Pourtant, c'est une célébration, non ? Alors ne me dis pas ce que je peux faire. ».

Cyrus lève les mains défensivement et change d'humeur quand il interpelle Olivia. « Justement celle que j'attendais ! Si tu parviens à dérider notre ami ici, présent, tu auras ma reconnaissance éternelle ! ».

Fitz reste un moment éberlué car il n'a absolument pas vu la jeune femme passer devant son nez alors qu'il surveille l'entrée depuis un bon moment. Il persifle. « Alors, comment c'était ? ».

Olivia lève les yeux au ciel et soupire. « N'en rajoute pas, ok ? ». Elle lui ôte un nouveau verre des mains.

Fitz commence à s'énerver. « Quoi ? Toi aussi ? Tu vas me dire de ne pas boire ? ».

Elle grimace quand le liquide passe ses propres lèvres. « Je n'ai jamais dit ça. Mais, il y a des journalistes dans la foule. Et, je pense sérieusement que j'en ai bien plus besoin que toi. ».

Cyrus revient vers eux. « Félicitations Olivia ! Je n'en reviens pas ! Ma petite Livie est fiancée ! ».

La gorge de Fitz se contracte aussitôt, l'empêchant d'avaler le verre qu'il venait d'intercepter. « Quoi ? ».

Cyrus lui tape dans le dos. « Hé ! Hé ! Ne sois pas si surpris ! On savait qu'Edison préparait sa demande depuis un bout de temps. ». Il se tourne vers Olivia. « Ne t'inquiète pas. C'est juste l'alcool qui lui monte à la tête. Tu sais que nous sommes ravis pour vous. Pas vrai, Fitz ? ». Quand il remarque l'orage qui s'annonce entre le couple, il se sauve vite avant de risquer une morsure de son meilleur ami. « OK, je vais voir ce que font les autres, hein !? On se retrouve au buffet ! ».

La jeune femme grimace. Ce n'était pas ainsi qu'il devait l'apprendre. Prendre des gants, l'attaquer au moment où son attention était portée ailleurs, oui. Mais l'annoncer de but en blanc, devant des témoins et alors que Fitz enchaîne les verres d'alcool comme si c'était du vin de messe, non. Saisissant à son tour une flûte de champagne, elle entraîne Fitz dans le jardin. Vu sa situation, s'il pouvait montrer un minimum de compassion, cela serait agréable d'avoir quelqu'un de son côté.

Le couple s'assoit dans une alcôve de lierre, à l'écart du reste de la fête. Olivia soupire. « N'en rajoute pas, ok. Je sais ce que tu penses et ce n'est pas une décision que j'ai pris à la légère. ».

Fitz rit jaune. « Tu n'as aucune idée de ce que je pense… ». Il fait signe à un serveur et celui-ci leur tend, quelques minutes plus tard, une bouteille de vin accompagnée de deux grands verres.

Tout au long de la soirée, le couple sirote le liquide soyeux dans un silence confortable. Fitz tente de noyer cette jalousie aigre qui coule dans ses veines alors que Livie essaie de calmer sa colère envers Fitz, reconnaissant que le jeune homme est un bon moyen d'oublier la bonne nouvelle que peuvent être ses fiançailles. Ils se mettent à se remémorer de bons souvenirs et bien que certaines de leurs blagues n'ont pas de chutes, ils rient de bon cœur.

Cyrus, Jake et Edison s'approchent du couple. Ils sourient devant la scène. « Je ne sais pas lequel des deux a bu le plus. ».

Jake siffle son admiration devant les bouteilles de grands crus vides sur la table. « Fitz ou Olivia…. Olivia ou Fitz… ».

Edison trouve cela beaucoup moins drôle. « Je dirais qu'ils sont à égalité. Fitz, j'ai toujours dit que tu étais un mauvais exemple à suivre, mais là c'est… ».

Cyrus l'interrompt. « Oh ! Au moins ils s'amusent ! ».

Olivia sourit, devant cette tentative d'apaisement. Elle se lève doucement, testant son équilibre avant de finir son vin d'un gloup. « Je vais me coucher. ».

Elle tend son verre à Cyrus afin qu'il le pose sur le plateau situé près de lui. Elle pose un baiser sur sa joue et dit. « Merci Cy'. C'était génial. ».

Cyrus lui retourne son baiser. « Bonne nuit princesse. ».

Jake reçoit le même cadeau et en plus, ils se promettent de visiter une exposition ensemble lors de sa prochaine permission.

Edison la retient par le bras et embrasse sa main gauche affectueusement. « Peut-être devrais-je te raccompagner et te border. ».

Olivia sourit et pose la paume de sa main sur sa chemise. « Non, non merci. Profite encore de la soirée. Il y a du beau monde et c'est une bonne opportunité pour toi. ». Elle remet ensuite sa cravate bien droite. « Mais, je te remercie d'y avoir pensé. ».

Edison n'insiste pas. Lorsqu'Olivia a une idée en tête, et qu'elle est valable, il préfère ne pas lutter.

La jeune femme remonte les marches menant à la résidence et une fois à l'intérieur, franchit les différents couloirs menant à sa chambre. Au bout de deux minutes, son regard se tourne vers la gauche, puis la droite, à la recherche d'un tableau, d'une statue ou d'un quelconque bibelot qu'elle pourrait reconnaître. « Fais chier. ». Sa main s'attarde sur une poignée mais la porte refuse de s'ouvrir quand une voix derrière elle la fait sursauter.

« Qu'est-ce que tu es en train de faire ? ».

Olivia montre la porte du doigt. « Je vais me coucher. ».

Le rire de Fitz est léger mais fait écho tout de même dans le long couloir. « C'est ma chambre. ».

« Oh… Cette maison est un putain de labyrinthe. ». L'état d'ébriété de la jeune femme semble avoir fait disparaître le filtre de convenance qu'elle porte habituellement tel une seconde peau.

« Je sais et je la déteste autant que toi. ». Malgré le couloir sombre, le jeune homme sait que Livie doit grimacer d'être prise ainsi au dépourvu. Il décide d'en profiter. « Je suppose que tu commences déjà à jouer le rôle de la parfaite idiote. C'est ce qu'il te demande, non ? ».

« Laisse-moi tranquille, Fitz. ».

Il se rapproche d'Olivia, sentant qu'elle est déjà assez contrariée pour la pousser à bout aisément. « Quoi ? Cet après-midi ne t'a pas convaincue ? Est-ce que tu t'es imaginée ainsi dans dix ans… voire même vingt ou trente ans plus tard. Une jolie femme trophée à qui on demande l'adresse de son traiteur ou de son fleuriste… Car tu sais que si tu signes, il n'y a pas d'échappatoire. Tu sais que si tu signes, tu n'as plus aucun avenir. ».

« Tais-toi ! Tu ne sais pas de quoi tu parles… Tu as clairement trop bu. ».

Fitz ricane. « Tu es toujours la première à faire des leçons de morale et pourtant tu te retrouves là, dans cette situation merdique avec ce mec qui est prêt à te sacrifier pour faire de toi une ombre. Il fallait le dire, je me serais aussi mis sur la liste. Mon père est gouverneur. Sur la photo de famille, tu peux être notre touche exotique. ».

Il touche tellement de points sensibles en cinq minutes de conversation que lui-même pense, un instant, qu'il est allé un peu trop loin. La tension qui émane de la jeune femme est telle, que Fitz se demande si elle ne risque pas une combustion spontanée.

Le regard de Livie est brûlant de colère. Sa voix est basse quand elle marmonne. « Tu es le mec le plus crétin, égoïste et manipulateur qu'il m'a été donné de rencontrer ! ». Elle avance vers lui, son index menaçant son torse alors que Fitz tente de garder son équilibre. « Tu crois que le fait d'être le fils de Grant peut te permettre d'agir ainsi ? ».

Les yeux bleus de Fitz la défient. « Et pourquoi pas ? Si lui, le fait, alors pourquoi je n'en profiterais pas moi aussi ? ».

La jeune femme semble décontenancée par ces propos, mais, elle se reprend vite. « Peut-être, mais… Mais, je ne pensais pas que tu te rabaisserais à ça. Est-ce que je ne suis que ça pour toi aussi ? ».

Fitz lève les yeux au ciel. Comment ose-t-elle agir ainsi ? Comment-a-t-elle pu accepter une telle situation ? « Oh s'il te plait. Tu vas encore me donner mal au crane avec ta bonne foi. Putain, mais tu t'es fiancée ! Est-ce que tu te rends compte ? Tu es en train de foutre ta vie en l'air ? Et pour quelle obscure raison, hein ? Faire plaisir à papa ! Tu n'es pas mieux que moi sur ce coup ! Surtout que tu ne l'aimes même pas ce type ! ».

La réaction ne se fait pas attendre. Un 'o' parfait se forme entre ses lèvres délicates. Sa mâchoire est contrite et c'est entre ses dents serrées qu'elle menace. « Fitzgerald… Thomas… Grant…. Je suis à ça… à ça d'en venir aux mains. ».

Voilà.

C'est le moment que le jeune homme attendait si impatiemment. Il soupire, la défiant en employant le même ton qu'elle. « Vas-y. Je sais que tu n'oseras pas Olivia… Carolyn… Pope. ».

À l'instant où la main d'Olivia est au plus près de son visage, Fitz la saisit par le poignet. Il fait de même avec son autre bras quand elle tente encore de le gifler Le temps semble rester en suspens et seuls leurs souffles et leurs regards montrent la tension entre eux.

Pris dans ce mélange d'amour et de haine, ils franchissent tous deux la distance qui séparent leurs lèvres pour s'embrasser passionnément. Gardant son emprise sur elle, de par ses bras retenus et de ses lèvres, le jeune homme entraîne Olivia jusqu'à sa chambre, fermant la porte à clef derrière lui.

Fitz soulève sa prisonnière qui, par simple réflexe, croise ses jambes autour de lui, n'interrompant qu'à peine leur baiser. Depuis le temps qu'il rêvait de cet instant, c'est presque religieusement qu'il la dépose sur son lit, sa bouche s'empressant de dévorer le cou offert à lui.

À bout de souffle, Livie soupire. « On ne doit pas faire ça. Ce n'est pas bien. ». Elle se redresse tant bien que mal pour être, pourtant, rapidement stoppée par Fitz. Même s'ils arrêtaient maintenant, il a déjà eu la réponse qu'il désirait. A aucun moment, Olivia n'a démenti le fait qu'elle n'aimait pas Edison. C'est tout ce qui compte à ses yeux. Et, c'est aussi ce qui l'empêche de la laisser quitter cette pièce.

Encore à genoux, l'un devant l'autre, Fitz l'embrasse. Sa main glisse dans son dos et remonte le long de sa colonne vertébrale pour atteindre le ruban qui retient les cheveux de la jeune femme. Ceux-ci retombent sur ses épaules en une cascade de soie noire. Sa bouche quitte sa peau, l'espace d'un instant, pour susurrer. « Tu es magnifique. Ne changes rien, tu es parfaite telle que tu es. Ça me tue qu'il t'oblige à aliéner qui tu es vraiment. ».

Elle mord sa lèvre tout en l'aidant à retirer son t-shirt. Ses mains laissent une traînée rougeâtre quand elle force ses ongles contre la peau ferme et douce de son torse. « C'est trop tard maintenant… Cela ne changera rien entre nous. On blesserait tellement de monde. ».

Si elle savait combien Fitz n'a cure de l'avis de leur entourage. Son regard bleu perce ses yeux sombres. Il murmure. « Rien n'est juste dans ce monde Livie, mais…. Je n'ai jamais ressenti quelque chose d'aussi intense de toute ma vie. ». Il force sa main à se poser sur l'emplacement de son cœur et la jeune femme se surprend à apprécier de sentir l'organe qui bat à tout rompre.

« Fitz… ».

Peu de temps après, même les bruits et la musique venant de la soirée qui se joue juste en dessous d'eux ne perturberont la suavité de leurs actes.

Et, malgré la passion et le sentiment d'unité qui les a liés cette nuit-là, Olivia a tenu parole. Bien qu'elle se soit séparée d'Edison, dès le lendemain, sa relation avec Fitz est restée très longtemps platonique.

Ce fut une de ces expériences à la fois frustrante et passionnée. Jamais il n'avait été aussi proche de quelqu'un, même pas Jake ou Cyrus. Ce n'était que de petits riens. Elle l'aidait à mémoriser ses textes tandis qu'il la questionnait sur ses exposés de fac. Elle le traînait dans des musées alors qu'il lui apprenait à se détendre. Tout cela jusqu'à ce qu'elle cède à nouveau, qu'ils officialisent leur couple publiquement puis qu'il y mette un terme d'une manière immonde, la laissant en larmes et trahie.

Fin de Flashback

C'est enfin le moment qu'il attendait. Son ultime chance. Elle est à quelques pas de lui et ne s'est pas encore rendu compte de sa présence.

La main posée sur un comptoir et l'autre près de son visage, Olivia semble en pleine contemplation. Lorsque Fitz finit par se rapprocher, il remarque que la jeune femme est, en fait, en train de regarder méchamment une fléchette qu'elle tient du bout de ses doigts. Il réprime un petit rire et demande. « Est-ce que tu tentes de la convaincre d'atteindre la cible ? ».

Le léger sursaut de la robe empire montre qu'Olivia a bien entendu ses propos bien qu'elle ne tourne son regard vers lui. Pleinement concentrée à sa tâche, elle marmonne. « Il ne me reste plus beaucoup de jetons, et c'est pour l'aile pédiatrique de l'hôpital. Je ne dois pas me planter. ».

Il acquiesce en souriant. « OK. Alors, voyons de quoi tu es capable. ». Son corps se poste à une distance respectable et le dos appuyé contre le comptoir, Fitz prend le temps d'admirer la jeune femme qui le captive tant. Sa main lui indique de continuer sa partie, interrompue par son arrivée.

Olivia soupire, espérant retrouver un peu ses nerfs qui sont mis à rude épreuve par la proximité de l'acteur et refait face au stand. Ses sourcils se froncent sous la concentration et s'apprête à lancer sa fléchette. Mais, au moment où elle relève les doigts au niveau de son visage, Fitz se pose juste derrière elle, retenant son poignet. Un miaulement de protestation s'échappe de sa gorge et l'homme l'interrompt avant même que sa colère se fasse entendre.

Fitz penche son visage tout contre Olivia qui se renfrogne, se demandant à quel jeu il joue. De sa main, pâle en comparaison aux cheveux sombres de la jeune femme, il écarte les boucles qui obstruent l'accès à son oreille. « Doucement… Il faut savoir que ces jeux sont truqués. Regarde sur ce côté… ». Le couple fait un léger mouvement dans cette direction. Olivia incline un peu sa tête, ne comprenant pas ce qu'elle est censée voir. Fitz continue. « … Le mur est légèrement incliné et, alors que tu lances toutes tes fléchettes de la même façon, certaines ne peuvent atteindre les cibles les plus importantes… Est-ce que tu comprends ? ».

Elle se mord la lèvre et ses yeux s'écarquillent quand elle ressent son corps qui se presse contre le sien. « Une illusion d'optique. ».

Fitz pose une de ses mains contre sa taille. Il sourit à la réaction 'réflexe' d'Olivia quand elle s'appuie contre lui avant de se reprendre comme s'il la brûlait d'un simple contact.

Elle sent toujours aussi bon et il sait que le mélange de son odeur florale et de son propre après rasage ne fera qu'accroître leur alchimie.

Sa main large autour du poignet de Livie saisit la fléchette qu'elle comptait lancer. Toujours contre elle, mais lui laissant juste assez de place pour qu'elle puisse l'observer sans se casser le cou, Fitz reste stoïque, comme un prédateur qui aurait aperçu une proie. Seuls signes de sa concentration, sont ses yeux qui se plissent.

Olivia sursaute quand un petit 'pop' la distrait. Sa mâchoire manque de tomber quand elle réalise qu'il vient d'éclater un des ballons avec sa fléchette. Fitz demande au gérant du stand. « Combien de cible pour la plus grosse prise ? ».

L'homme peu ravi de la présence de l'acteur, grimace. « Trois. ».

Fitz préfère passer outre le manque d'amabilité du forain et sourit, saisissant une autre fléchette de la réserve d'Olivia. Son ton se fait malicieux quand il demande. « Est-ce que je peux avoir un baiser pour me porter chance ? ».

Elle répond en souriant. « Tu n'en as pas eu besoin pour la première ! ».

Il resserre son étreinte contre elle et dit sérieusement. « Oui, mais là les enjeux sont plus élevés. ». Bien que tous deux sachent pertinement qu'il n'en a pas besoin, il continue à jouer sur ses sentiments. « Puis, je ne pense pas y arriver si je n'ai pas un de tes baisers magiques. ».

Un couple à proximité émet des « oooh » et des « ahhh » devant leur petite comédie. Une ou deux petites mamies semblent même prêtes à les marier.

Livie soupire. Pourquoi est-ce qu'il se montre toujours aussi charmant. « D'accord… Juste un alors. ».

Aussi nerveuse qu'une collégienne, elle ferme les yeux et tend ses lèvres vers la joue de l'acteur qui bien entendu se presse de poser sa bouche contre la sienne. Cela dure plus longtemps qu'elle ne l'aurait voulu et Olivia s'en veut lorsque c'est Fitz qui rompt le contact de leurs lèvres.

D'un air victorieux, l'acteur s'empare des deux fléchettes restantes et sans effort, les envoie directement au cœur de chaque ballon.

Des applaudissements se font entendre autour d'eux et il attend de recevoir le prix avant de se tourner vers elle. Se penchant vers elle, tel un chevalier après une joute, Fitz déclare. « Princesse, votre prix. ».

Olivia, autant amusée qu'outrée par son impudence, saisit l'enveloppe et s'écarte de lui. Elle désigne l'enveloppe et l'acteur de sa main avant de grommeler. « Je préfère te signaler que cela ne change rien… ». Remarquant d'autres oreilles attentives à tout ce que peut faire l'acteur, Livie s'écarte rapidement de lui.

Avant de partir dans une autre direction, elle dit par-dessus son épaule. « Merci quand même ! Mais… Je ne t'apprécie toujours pas. ».

Il hausse les épaules et s'empresse de marcher à ses côtés. « Ça me va. C'est mieux que lorsque tu cries que tu me détestes alors… Puis, je pense que j'ai largement assez de sentiments pour nous deux. ».

Olivia sourit et embrasse la femme d'un député venue les rejoindre. Elles parlent quelques instants avant que le couple ne recommence à se promener dans la foire. Quelques fans profitent de la fête pour approcher Fitz et lorsque les discours énamourés à l'attention de l'acteur sont plus qu'élogieux, Olivia fait mine de vomir discrètement.

Quand ils recommencent leur visite des stands, elle fait mine de ne pas comprendre. « Je ne saisis pas… Je veux dire… Ok, tu es bon acteur et même brillant sur scène mais de là à faire… ».

Il l'interrompt. « N'oublie pas que je suis très séduisant aussi… ». Devant l'air offusqué de la jeune femme, Fitz réplique encore. « Ce n'est pas moi qui le dit mais le numéro spécial de GQ et non, il n'y a pas que les ménagères qui pensent cela comme en témoigne mon TCA de ce soir. ».

Ils s'écartent de l'allée principale et Olivia stoppe devant l'estrade menant au bocal empli de promesses de don. La jeune femme glisse l'enveloppe qu'ils ont gagnée dans le bol, ravie de participer à cette œuvre de charité. Redescendant les marches, elle se tourne vers Fitz, les yeux dangereusement plissés. « Ces gens ont bien de la chance. S'ils te connaissaient vraiment, ils… ».

Encore une fois, il interrompt son fil de pensée en posant sa main sur celle de la jeune femme, qui tient déjà la poignée de la porte menant aux coulisses. « J'ai changé Livie. ».

Elle détourne le regard. « A ce qu'il parait. Mais, peu importe. ».

Le couple reste un moment silencieux et immobile. Fitz détient toujours sa main et ne semble pas prêt à la lâcher. Le téléphone d'Olivia sonne, elle y répond. « J'arrive dans trente secondes, Quinn. ». Repoussant son contact, elle ouvre la porte. « Je te remercie de ta participation. Passe une bonne fin de soirée. ».

Alors que ces mots auraient dû établir la fin de leur entrevue, l'acteur lui barre toujours le passage vers les coulisses. « Demain… Je sais que tu as rendez-vous avec Cyrus. C'est prévu pour quelle heure ? ».

La jeune femme est surprise. « Comment est-ce… Désolée, j'ai autre chose à faire ensuite. ».

Fitz sourit. Un de ses sourcils se redresse, montrant le défi qu'il lui lance. « Non, je sais que tu es libre tout l'après-midi. ».

Préférant ne pas savoir comment il peut être au courant de son emploi du temps, elle répond. « Vers trois heures. Pourquoi ? ».

« Passe me voir après. ».

« Non. ».

« Au moins pour me dire bonjour. ».

Les jolis yeux d'Olivia s'écarquillent. « Tu veux que je passe te dire bonjour ? ».

Le sourire de Fitz atteint au moins les 500 mégawatts quand il répond nonchalamment. « Bien sûr, pourquoi pas ? Je sais que Papa Pope a inculqué les règles de bienséance à sa fille bien-aimée. Puis… Aux dernières nouvelles, je ne mords pas.».

C'est à ce moment que la présence de Quinn est remarquée de l'autre côté de la porte. « Peut-être que si c'était le cas, elle ne ferait pas autant de difficultés. ». Les yeux de l'acteur s'écarquillent autant que ceux de sa patronne quand ils se tournent tous les deux vers la petite employée qui, comme d'habitude, est tout sourire après son petit trait d'humour. Elle resserre son étreinte autour de son bloc-notes et hausse les épaules, offrant un sourire diabolique et innocent à la fois. « Quoi ? Beaucoup de gens aiment ce genre de truc. Ça pimente la relation. ».

Fitz se met à rire. « Oh Quinn, si Olivia ne détenait pas déjà mon cœur, je vous l'aurais servi volontiers sur un plateau. ».

« Ah désolée, mais… Vous êtes trop parfait pour moi, monsieur Grant. ».

La mâchoire de l'acteur semble prête à se décrocher. « Je suis comme tout le monde, j'ai des défauts. ».

La jeune femme ne sourit plus et dit plus froidement. « Ça, on a pu le constaté. Olivia, on doit y aller. ». Sans même un autre regard pour lui, Quinn retourne dans les tribunes.

Livie secoue sa tête et tourne son regard vers Fitz. « Désolée. ».

Il semble malaisé un instant avant de se reprendre. « Non, il ne faut pas. Je le mérite. ». Sa main se lève jusqu'au visage d'Olivia et ses doigts frôlent sa joue. « Passe, s'il te plait. Demain… ».

Il faut tout le courage du monde pour que la jeune femme ne faiblisse pas sous son contact. « Je ne sais pas. Notre réunion peut durer des heures… ».

« J'attendrais. ».

Son ton, son regard et son sourire sont si doux qu'Olivia se laisse attendrir. Elle acquiesce.

Fitz saisit sa main puis pose un baiser sur ses phalanges. « À demain, alors… ». Olivia réprime un éclat de rire lorsqu'il repart vers la fête foraine, à reculons et un visage bien trop heureux pour être honnête.

Lorsqu'elle rejoint enfin son équipe dans les coulisses, Quinn et Abby l'attendent avec de grands sourires. La jolie rousse l'observe. « Alors ? ».

« Alors rien. ».

Quinn demande. « Tu le vois demain ? ».

Olivia acquiesce. « Je dois passer dire 'bonjour'. ».

Abby l'entraîne, en la tenant par le bras. « Oh c'est comme ça qu'on dit maintenant. ».

« Ce n'est pas ce que vous pensez les filles ! ».

Quinn s'arrête et la regarde un instant. « Oui, ça sera bien plus torride. ».

Abby éclate de rire. « Tu m'étonnes ! Bien dit ! ». Elles se tapent dans la main puis tapent leurs poings l'un contre l'autre, regardant le regard outré de leur patronne située entre elles deux.

« Qu'est-ce que je vais faire de vous deux ? ».

xoxo

Sur les marches, aux pieds de Lincoln, Olivia reste immobile. Jake s'approche doucement et s'assoit auprès d'elle. Bien qu'il n'ait pas envie d'entendre la raison de son tourment, le militaire parvient à marmonner. « Qu'est-ce qu'il y a ? Que s'est-il passé ? ». Malgré ses tripes d'acier dans la plupart des situations, ici, à cet instant, il a peur qu'Olivia lui dise la vérité et, que tous ses rêves de futur ensemble ne partent en fumée.

Il lui saisit les mains pour tenter de les réchauffer un peu.

Cette femme est faite pour lui. Il en a toujours été persuadé. Mais est-ce que lui est fait pour elle ? Il n'en est pas certain et, ce qui est pire c'est qu'il a l'impression qu'elle n'en est pas convaincue non plus.

« Je vais bien. ». La façon dont Olivia répond est si impassible, si froide qu'il préfère se taire. Elle retire ses mains des siennes et les pose sur ses cuisses. Son regard sombre reste fixé sur ses doigts, comme s'ils étaient coupables d'un quelconque crime.

Jake ne sait que dire ou faire pour la faire sourire, lui changer les idées. Non, lui n'a pas ce pouvoir-là. Il se redresse et passe sa main sur son pantalon devenu humide au contact des marches mouillées. Ce sentiment d'être inutile et d'avoir été berné est plus difficile à accepter que le militaire ne le pensait. C'est même horrible.

Elle lève les yeux vers lui, dans une prière sourde. Mais, il ne comprend pas ce qu'elle veut de lui. Il dit, sans même réaliser sa demande. « Dis-moi… ».

Le vent et la pluie recommencent à sévir. Elle murmure. « Je ne peux pas… ».

Le téléphone de la jeune femme sonne dans sa poche et, il n'a pas besoin de regarder l'écran pour savoir qui l'appelle. Elle exhale un long soupir qui sonne telle une délivrance.

Est-ce qu'ils se sont disputés ? Est ce qu'elle pensait qu'il n'allait pas l'appeler ?

Jake ne comprend pas pourquoi cette jeune femme brillante, à qui tout réussit, est toujours emplie d'insécurités dès que Fitz est impliqué.

La sonnerie continue à retentir entre eux. Il finit par dire. « Tu devrais répondre. ».

Olivia sort le téléphone de sa poche et décroche.

Aurait-elle ignoré l'appel si je n'avais rien dit ? Pourquoi est-ce que je tente encore de me persuader ? Qu'est-ce qu'il me faut de plus ?

Il l'écoute distraitement. Un simple 'salut', si lourd de sous-entendu entre eux. Ensuite, elle s'excuse dans un souffle et lui assure que malgré tout ce qu'il peut croire… bien qu'elle comprenne son point de vue… elle ne peut accepter cette situation…

Jake pourrait vomir directement sur les pieds d'Abraham Lincoln. Il écoute encore quelques minutes et voit, en direct live, la progression du moral de sa petite amie. Elle sourit maintenant, un sourire doux et tranquille. Ses yeux ne sont plus mélancoliques. L'orage est passé.

Mais cela ne dure qu'un instant. Il ne sait pas ce que Fitz a pu dire mais elle prend une moue plus attristée et toute couleur semble s'enfuir de son visage à mesure que les gouttes de pluie tombent sur le trottoir. Elle baisse les yeux et murmure un rapide 'Je ne sais pas mais… Je dois y aller…' avant de raccrocher.

Alors qu'il est évident que son esprit est pris dans un étau, il ne peut s'empêcher de demander. « Tout va bien ? ».

Olivia secoue la tête, sans donner une autre explication. La colère qu'il éprouve le prend par surprise et sa voix s'en ressent. Sa question suivante sort plus froidement qu'il ne l'aurait souhaité. « Ne joues pas avec moi, Olivia et dis-moi ! ? ».

Elle répond sans rien dire de plus. « Aucun jeu. ».

Il s'écarte de deux trois pas avant de revenir. « Dis-moi... ». Ce n'est pas une interrogation mais une supplique.

Sa petite amie reste silencieuse, au point qu'il se demande si elle ne le fait pas languir exprès. Mais, elle lève sa main pour l'atteindre et l'incite à s'assoir auprès d'elle. Et encore une fois, il ignore l'inconfort des pierres trempées sous ses fesses et préfère se concentrer sur le contact de sa main douce contre sa peau froide. Il veut savourer cette intimité car il a peur qu'elle ne soit la dernière.

Sa voix est déchirante quand elle chuchote. « Je suis désolée. ». Une certaine dévastation s'inscrit sur son visage. « Je suis désolée. ». Son corps tremble comme parcouru par de violents frissons et Olivia se remet à pleurer. Appuyée contre le corps de son… Jake, il la serre contre lui.

Même s'il reconnait que c'est atroce, car elle pleure pour un autre que lui, le militaire ne pourrait supporter de lui tourner le dos, de ne pas être présent pour elle.

Il demande encore. « Dis-moi ce qui se passe. ».

Elle baisse sa tête. « Je ne peux pas. ».

Qui est-ce qu'elle protège ? Moi, elle ou Fitz ? La connaissant, elle essaie surement de nous épargner tous les trois…Mais ça ne marche pas comme ça. Ce n'est pas si facile.

Leur situation ne cesse de dégénérer. Et tout le monde le sait. Depuis que l'acteur a repris sa place dans leurs vies, Olivia et lui semble toujours sur un piédestal tandis que Jake reste dans l'ombre. Mellie est le quatrième côté de leur carré, mais cela a toujours été un triangle amoureux.

Et encore, est ce que j'ai vraiment compté dans leurs vies ?

Il insiste. « Tu me le dois… ». Ce n'est pas une récrimination, ni même un reproche. Juste un fait. Il est prêt. Prêt à être libéré de ce doux tourment. Depuis qu'elle lui a laissé une chance, Jake ne vit que pour elle et a changé autant que possible pour la satisfaire.

Peut-être est-ce le plus gros problème… Le fait qu'il soit totalement pris dans un amour aveugle pour la jeune femme, dévoué corps et âme alors que Fitz tourne autour d'elle tel un électron libre.

L'acteur est plus spontané, charmeur. Il n'a jamais vraiment vécu de situations difficiles et ne connait pas réellement les côtés sombres d'une existence. Élevé dans les beaux quartiers, dans une famille privilégiée, il ne sait pas ce que c'est d'avoir à lutter pour obtenir quelque chose, d'être déterminé à montrer sa valeur. Sa voie est toute tracée et on sait qu'il ira loin. Il faut savoir qu'il n'y a qu'auprès d'Olivia qu'il se dévoile et montre un minimum de profondeur. Elle lui a appris à ne pas se contenter de ce qu'il a, l'obligeant à viser toujours plus haut.

Même dans leur relation avec la jeune femme, ils sont opposés. Là où Jake est gentil et tendre dans toutes ses attentions, lui offrant la sécurité qu'elle recherche, Fitz est enthousiaste et agressif. Attention, pas dans le sens où il pourrait lui faire du mal, loin de là. Il est surtout passionné et presque impérial. Et il faut reconnaître qu'ensemble Fitz et Olivia sont un couple sexy et désirable, rendant jaloux hommes et femmes qui sont à proximité de leur aura.

Jake pose sa main sur celle de sa petite amie, lui offrant un peu de chaleur car sa peau est glacée. « Alors ? ». Il n'y a ni passion ni récrimination dans son timbre de voix. Le soldat est prêt à entendre sa confession maintenant. Il est prêt à accepter ce qui l'attend, à tourner la page, s'il le faut. Il a vécu cette vie pour elle, changeant en fonction de ce qu'elle désirait. Mais cela n'était pas suffisant et cela ne le sera jamais. Maintenant, il le sait et à la vue de son état, Olivia s'en rend compte aussi. Le pire est qu'il est persuadé que Fitz ne la mérite pas… Mais, ça ne compte plus.

Elle finit par murmurer. « Je n'y arrive plus. Ça me rend dingue. ».

Jake a envie de la secouer, la sortir de cette léthargie, jusqu'à ce qu'elle finisse par cracher sa déception, mais il ne fait rien. Il continue à la tenir contre lui, lui frottant doucement la main ou le dos. Malgré tout, Jake reste un mec bien. Il connait la valeur de la jeune femme qu'il tient dans ses bras et c'est ce qui fait qu'il garde sa colère pour lui. Il ne peut pas l'ignorer comme Fitz l'a fait durant toutes ces années. Alors, il cache la rancœur qu'il a contre son rival sous les couches d'amour et d'amitié qu'il a pour Olivia. Pourtant sa voix le trahit quand il insiste. « J'ai besoin de savoir. J'ai besoin de l'entendre. ».

Elle lève son regard vers lui. Il y reconnait de la culpabilité, de la peine et du doute. Il se demande de quoi est-ce qu'elle a peur et est-ce qu'elle l'a aimé, lui, pleinement, ne serait-ce qu'un peu ? Lui, il l'a vraiment aimée, comme jamais il n'a aimé quelqu'un d'autre de toute sa vie.

Elle s'écarte un peu, pour se tapoter les yeux à l'aide d'un mouchoir. « C'est stupide, vraiment. ». Son sourire est peu crédible mais cela prouve au moins qu'elle cherche à le réconforter. Jake serait presque capable de continuer la comédie plus longtemps, faire mine qu'il n'y a aucun problème. Elle explique, rangeant son mouchoir dans son sac. « Fitz… ». Son regard se détourne un instant avant de se reposer sur le soldat. « Fitz et moi… on s'est disputé… Ce n'est rien… Je dois être fatiguée car je fais toute une histoire pour pas grand-chose. ».

Jake soupire. Il pourrait revenir en arrière mais lui aussi est fatigué. Ça ne peut plus continuer ainsi. Fitz est comme un putain de fantôme qui hante leur couple et sabote leur relation. Toujours là, à roder en attendant que le soldat baisse sa garde.

Il regrette presque les premières années idylliques qu'ils ont eu ensemble lorsque l'acteur était trop con pour se rendre compte qu'il devrait tout faire pour la récupérer et qu'Olivia était trop en colère contre lui pour voir clairement le jeu de sa trahison. A cette époque, la jeune femme n'était pas en proie au doute. Non, elle n'était qu'à Jake et son cœur battait pour lui.

Mais, le temps a fait son travail. Ce putain de Fitzgerald s'est réveillé et la rancœur d'Olivia s'est adoucie. Qu'est-ce qu'il peut faire contre une telle alchimie ? Même lui sait qu'ils sont faits pour être ensemble.

« Tu l'aimes. ».

Olivia se redresse, ouvrant et fermant la bouche à mesure que les rouages de son cerveau dénient et acquiescent cette affirmation. Sans lui dire qu'il a tort, elle se remet à pleurer. Cette fois, elle ne s'épanche pas sur lui et il en est reconnaissant. Sa voix n'est qu'un murmure. « Je ne le voulais pas…. ».

Jake sait que la jeune femme se désespère aussi de la situation. Ils savent tous les trois, car oui, Fitz doit se douter de la chose tout autant que les deux autres, que l'acteur va foutre toute leur histoire en l'air. Mais, l'amour est ce qu'il est. On ne choisit pas. Dès le début de leur histoire, Jake savait que Livie n'était pas pour lui. Avec cette femme passionnée et lumineuse, il a connu un bonheur sans faille et ensoleillé et il est content d'avoir eu cela pour le temps que cela a duré. « Je sais. ».

Il pose une dernière fois sa main sur celle d'Olivia, la serrant un moment. Puis, il se redresse et descend les marches pour rejoindre la rue. Hélant un taxi, il s'empresse de monter dedans avant de changer d'avis et de tenter de gagner son cœur encore une fois.

Donnant l'adresse de son QG, il soupire, se demandant s'il n'est pas temps de penser à quitter Washington.

xoxo

La grande piscine de la résidence des Grant mérite d'être vue au moins une fois dans sa vie. Les naïades en mosaïque venant tout droit d'Italie, le bois précieux des meubles, le moelleux velouté des serviettes et la piscine quasi olympique dont l'eau limpide fait mille et un reflets sur la véranda victorienne, tout est étudié dans le moindre détail pour vous montrer la splendeur de la famille Grant.

Bien qu'Olivia soit persuadée que la famille possédant un tel joyau n'a eu que rarement l'occasion de l'utiliser à bon escient, elle ne s'en était jamais privée.

Pourtant, maintenant, c'est un des endroits qu'elle exècre le plus au monde.

La jeune femme se souvient de la dernière fois qu'elle était dans cette pièce.

Flashback

Elle venait de faire des longueurs, à s'en dessouder les bras quand Fitz l'a rejoint en s'asseyant à une des tables situées près du bord de la piscine. Elle sait que Jake doit aussi les rejoindre pour dîner.

Fitz est arrivé bien plus tôt que prévu…

Usant de l'échelle, Olivia sort de l'eau, perlant le sol à mesure qu'elle avance avant de s'emmitoufler dans un des peignoirs. Elle s'installe en face de lui et défait sa queue de cheval tandis qu'il l'observe nerveusement. Cela fait près de deux semaines qu'ils ne se parlent presque plus, au point que son petit ami ne rentre plus que pour prendre des vêtements propres. Parti d'une simple broutille, Olivia ne comprend toujours pas comment la situation a pu devenir si catastrophique entre eux. 'Désastérifique' même dirait son amie Abby. Enfin si, elle le devine… Fitz passe de plus en plus de temps avec son père tandis qu'elle est reléguée au second voire troisième plan.

Plusieurs minutes passent et la langue de Fitz ne semble toujours pas se délier. Soudainement ennuyée, Olivia se lève et rejoint la grande salle d'eau située à côté.

Alors que la jeune femme trempe dans un bain délassant, Fitz la rejoint encore une fois et marche jusqu'au seuil de la pièce. Ses bras sont croisés et son air est sombre. Ses yeux bleus la fixent toujours, comme s'il voulait imprimer la jeune femme dans un coin de son cerveau ou la supprimer d'un rayon laser, cela dépend si l'on est pessimiste ou non.

Elle lève son regard vers lui. A y regarder de plus près, il est loin d'être aussi impeccable que d'habitude. Son pantalon est froissé et sa chemise semble être sur son dos depuis plus d'une journée. Ce n'est pas son Fitz… Elle ne le reconnait plus.

Qu'est-ce qu'il se passe Fitz ?

Habituellement cette question aurait été posée à voix haute, en toute franchise mais l'ambiance actuelle est trop étrange.

Ils continuent à se regarder jusqu'à ce que Fitz se décide enfin à parler. « J'ai fait comme tu as dit. J'ai parlé avec mon père et nous avons, je pense, réglé nos différents. ». Son regard est distant alors qu'un instant plus tôt il était plus acéré qu'un aigle.

Olivia avait même oublié les détails de leur conflit. Ayant elle-même une situation familiale compliquée et sortant de fiançailles plus que manquées, La jeune femme voulait que l'avenir professionnel et personnel de Fitz parte sur des bases saines et solides, donc il fallait qu'il règle ses conflits avec son paternel avant qu'ils n'envisagent une relation plus sérieuse et officielle pour leur couple. Le jeune homme n'était absolument pas d'accord mais après maintes persuasions, il a fini par céder. Il a tenu sa promesse. Et l'idée que maintenant cette situation se retourne contre elle, brise le cœur d'Olivia.

Fitz continue, semblant peser chacun de ses mots. « Je lui ai promis que je resterais avec lui, le temps de sa campagne. Nous allons montrer l'image d'une famille soudée… Surtout depuis que le soutien apporté par la famille de Mellie nous a permis de redresser la barre. ».

Olivia lève un sourcil. « Mellie ? ».

Se raclant la gorge, son petit ami répond. « Oui, hum… Melody, tu la connais. L'avocate. Mon père souhaite que nous passions du temps ensemble, histoire de rameuter les voix des 'sangs bleus'. ». Il fait les apostrophes avec ses doigts.

Mellie, Mellie, Mellie… Parfaite petite Mellie… Olivia ne sait combien de rencontres mystérieusement fortuites, se sont produites où le couple croisait cette jeune et belle arriviste, de noble famille de surcroit, acclamée telle la vierge Marie par Grant Senior dès qu'il en avait l'opportunité. « OK…. Et tu la vois souvent, Mellie ? ».

Elle soupire quand son esprit pratique lui dit que Fitz a encore besoin de travailler sa nervosité qui est plus que flagrante. Ce n'est vraiment pas le moment d'avoir une conscience professionnelle.

Il se gratte la nuque et soupire. « Assez, oui. C'est bon pour l'image, tu comprends. ».

L'eau qui dégouline du bras d'Olivia quand il sort de l'eau les distrait un instant. « Vous passez pour un couple aux yeux de la presse ? ».

Fitz se détourne avant d'expirer un grand coup en se redressant. « Oui. Mon père avait prévu ça depuis le début de sa campagne. Nous jouons le jeu dès que c'est possible. Je ne pense pas que ça te pose un problème, vu que tu as déjà du mal à accepter notre relation. ».

Les yeux de la jeune femme s'écarquillent. « Je n'ai jamais dit que… ». Elle ne s'attendait absolument pas à ça. Il semble clairement attendre une réponse et elle ne comprend pas ce qu'il attend d'elle. Son consentement peut être ?

Depuis le début de sa campagne ?! Mais cela fait au moins trois semaines que… C'est une blague, par pitié !

Maya Pope, sa mère, lui a toujours dit qu'il ne faut pas poser de question dont on n'a pas réellement envie d'entendre la réponse, mais là, elle a besoin de savoir. Décidant que ce petit jeu a assez duré, elle demande franchement. « Est-ce que tu as couché avec elle ? ».

« Olivia... ».

Olivia plonge la tête dans l'eau, laissant le bruit de l'eau envahir son esprit avant de remonter à la surface. Elle passe sa main sur son visage, en retirant l'excès d'eau. « Est-ce que tu couchais avec elle alors que tu partageais encore notre lit ? ». Elle le regarde droit dans les yeux. « Est-ce que tu as baisé cette fille alors que me disais encore que tu m'aimais ? ».

Fitz semble vaciller un instant, déjà outré par son langage châtié si peu utilisé habituellement et abattu par sa propre révélation, avant de se reprendre. « Oui. ».

La jeune femme hoche la tête, subrepticement. Sa voix, enrouée, murmure. « Je… Je pense que… tout est dit. ».

Celui qui vient de briser son cœur hésite à entrer afin de la rejoindre mais elle le stoppe en levant sa main précipitamment. « Laisse-moi, s'il te plait. ».

« Livie. ».

« Ne m'appelle pas comme ça. Seuls mes amis proches ont le droit de me nommer ainsi. Laisse-moi MAINTENANT ! ».

Les pas de Fitz sur le sol carrelé sont étouffés par les clapotis de l'eau, tandis qu'Olivia sent sa détresse l'envahir. Jamais, jamais elle n'aurait cru que leur couple… qu'il ferait une chose pareille.

Ses pleurs sont à la limite de l'hystérie alors qu'elle se laisse glisser un peu plus dans la grande baignoire. Elle veut juste laisser son esprit divaguer, qu'il retourne à une époque où son cœur était entier. Peut-être que sous la surface de l'eau, sa tristesse ne sera plus qu'un mauvais souvenir. L'eau a toujours été une échappatoire pour la jeune femme.

Peu de temps après, Jake arrive dans la résidence. Bien que fatigué par un meeting interminable à Washington, et encore en costume officiel, le militaire s'est empressé de faire le chemin jusqu'à la Résidence des Grant. L'idée de passer une bonne soirée avec Fitz et la pétillante Olivia est justement ce qu'il lui faut pour se détendre.

Il est surpris de trouver Fitz à l'entrée avec un verre à la main. Retirant sa coiffe, pour saluer son ami, il demande. « Je ne suis pas en retard, au moins ? ».

Fitz sourit tristement. « Non, tu arrives juste à temps. Je… Je viens de faire une… connerie … non en fait… ça fait déjà un moment que j'en fais et… Aujourd'hui, c'est jour de récolte… et si… Si je ne pars pas maintenant, je risque de revenir sur ma décision…. Et je ne peux pas, non, il ne faut pas. Il faut que tu trouves Livie… enfin, Olivia. ». Il semble prêt à faire une syncope ou à vomir tant il est blafard. « Oui, c'est ça. Cherche Olivia, elle a besoin d'un ami. ».

Le militaire ne comprend pas. « Besoin d'un ami ? Mais, qu'est-ce que tu racontes ? Si Olivia a besoin de quelqu'un, cela ne peut être que toi ! ». Le couple idyllique formé par Fitz et Livie est une telle évidence que nombreux sont ceux qui ressentent une pointe de jalousie en vivant auprès d'eux. Alors pourquoi tout ce mystère ?

Fitz émet un rire bref, faux et plus qu'ironique. Il se sert un nouveau verre, comme s'ils parlaient de la pluie et du beau temps. « Jamais Livie… Olivia n'aura besoin de quelqu'un comme moi. Un putain de lâche… et infidèle avec ça… Je ne suis pas la moitié de l'homme qu'elle mériterait… Je… Vas-y Jake… Elle et moi, c'est fini. Il faut que tu ailles la voir… ». Voyant que son ami ne bouge toujours pas, il s'énerve. « PUTAIN, MAIS DÉPÊCHE-TOI ! Elle doit… elle doit être en train de pleurer … ou de planifier ma mort. ». Sa main exerce une telle pression sur son verre, qu'il se casse en plusieurs morceaux. Avant même qu'ils ne réalisent la situation, du sang coule rapidement de sa paume.

Jake s'inquiète, comprenant que la situation est plus grave qu'il n'imaginait, lui tend un mouchoir. «Je suis sûr que ce n'est rien de grave et merde… Fitz, qu'est-ce que tu as encore fait ?! Où est-ce qu'elle est ? ».

La main enroulée dans son bandage de fortune, il montre la grande verrière, visible de l'autre côté du jardin. Jake passe une main stressée dans ses cheveux. « Merde, Fitz… Bon j'y vais, hein. Tu restes là. Tu ne bouges pas, OK !? Ou plutôt, vas faire soigner cette plaie. Mais surtout, reste tranquille. ».

Ses pas sont de plus en plus rapides, à mesure qu'il approche de la grande piscine. Sa voix résonne dans la grande pièce et se répercute inlassablement contre les murs. « Livie ? Olivia ?… OLIVIA ?! OLIVIA ! ».

Il finit par arriver jusqu'à la salle d'eau attenante qui est inondée. Qu'est ce qui se passe ici ? L'eau coule, débordant du rebord de la grande baignoire mais il ne remarque personne. Ce n'est pas possible… Les affaires de la jeune femme sont encore là.

Des clapotis se font entendre et Jake s'approche doucement pour refermer les robinets qui continuent à déverser des litres d'eau sur le sol.

Son cœur s'arrête. Il l'a retrouvée, elle est là. Mais… Sans même retirer sa chemise, ni relever ses manches et, se foutant carrément du fait qu'il risque de tremper son costume officiel, Jake entre les deux pieds dans la grande baignoire afin de relever son amie. Toutes convenances sont rapidement oubliées, quand il se baisse afin de la récupérer.

Il manque de se briser le cou contre la faïence quand il transporte la jeune femme jusqu'au rebord. Ses cours de secourisme lui permettent de faire les gestes d'urgence, malgré son angoisse. Et, Jake se dépêche de prendre un peignoir à proximité afin d'y passer le corps nu de son amie. Quand elle ouvre les yeux, il s'empresse de la prendre dans ses bras et, toujours à terre, il la berce doucement. Il murmure des mots pour la calmer et souffle son prénom à plusieurs reprises afin qu'elle reprenne ses esprits.

Elle reste un moment immobile avant de crachoter une bonne quantité d'eau quand elle maintient son emprise sur la chemise collée sur le militaire telle une seconde peau. Livie cache son visage contre son torse, griffant son visage contre les décorations militaires accrochées sur sa veste. Son corps secoué de spasmes, montre qu'elle pleure encore, à chaudes larmes, la fin de sa relation avec Fitz.

Après quelques minutes, qui semblent une éternité aux yeux de Jake, ils parviennent jusqu'au vestibule, où il l'aide à se sécher et à passer un vêtement sec. Comble de l'ironie, c'est justement l'instant que choisit son cœur, présumé sec et rabougri, pour se mettre enfin en marche. C'est à ce moment qu'il réalise ses sentiments pour la belle Olivia. Car, même dans cette détresse, elle est une véritable vision. Une naïade corrompue par ce monde trop réel et bafouée par un de ses meilleurs amis qui semble agir comme le dernier des fils de pute. Jake sait qu'il est déjà perdu, irrémédiablement amoureux.

Il l'aide à rejoindre le garage afin de monter dans la voiture qu'il a garé quelques minutes plus tôt. Posant une main réconfortante sur l'épaule de la jeune femme, il lui dit. « Je reviens tout de suite, Ok ? Tu ne bouges pas, je dois juste… Je reviens. ».

Elle hoche la tête mollement, sans dire un mot. La tête du militaire est emplie de mille tourments quand il repart vers l'entrée de la résidence. Mais, Fitz n'est pas là. Un domestique lui indique que le jeune homme est parti peu après son arrivée et qu'il a laissé pour seule consigne de prendre soin de Miss Pope.

N'ayant plus rien à faire dans cet endroit de malheur, Jake retourne à la voiture et s'empresse de quitter les lieux afin de ramener Olivia chez elle.

Une fois devant le grand immeuble, la jeune femme se met à trembler. Comment rentrer chez elle alors que tout dans l'appartement indique sa vie avec Fitz ?

Comprenant son tourment, Jake décide de l'emmener chez lui, en attendant qu'elle ait les idées plus claires. Car il sait qu'une fois le choc passé, Olivia se remettra en selle en peu de temps. Cette femme est une guerrière, passionnée et vindicative. Il sait qu'elle s'en remettra. Et si elle l'accepte, le soldat sera à ses côtés.

Olivia est restée dans un état presque catatonique durant près de vingt-quatre heures, puis il a fallu près d'une semaine avant qu'elle ne soit capable de reprendre le cours de sa vie.

Jake et la jeune femme restent assis dans le canapé du salon, à regarder des rediffusions de vieux films. Emmitouflée dans un des grands sweats du militaire, Olivia finit par soupirer. Les yeux de la jeune femme sont troublés. « Je ne comprends pas ce qui se passe ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Pourquoi ? Comment vais-je faire pour continuer ? ».

Les lèvres d'Olivia commencent à trembler. Cela n'est pas dû au froid mais à la détresse qu'elle ressent. La jeune femme les mord afin de ne pas montrer un peu plus sa peine. Mais Jake a déjà remarqué cela.

Il se rapproche un peu plus d'elle et trace sa lèvre inférieure du bout de son pouce, essuyant doucement une infime goutte de sang, petit rubis écarlate échappé de ses lèvres gercées.

Les lèvres abusées, s'écartent, laissant échapper un soupir insoupçonné par la tendresse qu'il offre. Instantanément, le soldat se penche vers la jeune femme et l'embrasse. Il caresse de sa langue, lui offrant un baume pour son âme en peine.

Les yeux sombres d'Olivia se referment un instant quand elle semble se perdre dans cette sensation. Mais, cela ne dure qu'un instant.

Resserrant la chemise tout contre elle, Olivia se redresse. « Je ferais mieux d'y aller. J'ai déjà bien trop abusé de ton hospitalité. ».

Le soldat se relève précipitamment et la retient juste avant qu'elle ne franchisse la porte de la chambre pour récupérer ses affaires. « Reste. Plus rien ne t'attend là-bas. Je ne veux pas que tu sois seule dans un moment pareil. Ce n'est pas bon pour toi. ».

Bien que ce ne soit pas une bonne idée, Livie ne s'imagine pas retourner dans l'appartement qu'elle partageait avec Fitz. Seule, à broyer du noir dans un lit froid et avec cette impression qu'il n'y a plus de lendemain pour elle.

Les bras de Jake l'enserrent quand son corps recommence à trembler et il l'accompagne doucement jusqu'au canapé où elle était quelques instants plus tôt.

Ils restent ainsi, allongés, l'un contre l'autre. Lui, pose des baisers sur son front, sur ses joues, caresse doucement sa chevelure et l'enlace tendrement tandis qu'elle se laisse bercer par les battements réguliers de son cœur alors qu'elle sait que le sien est en miettes, des larmes s'échappant de ses yeux clos.

A bientôt !

Merci à Lyra pour sa relecture.

et à toutes les personnes qui ont pris le temps de laisser un commentaire telles que Nathalie, Guest (laisse ton nom la prochaine fois), Ziguili, Kiria01, Mimi3109 et les autres que j'oublie...