7.

Les portes de la passerelle de l'Arcadia s'ouvrirent sur une étrange et monstrueuse créature : mix entre un chien, un éléphanteau et un dragon pour les écailles saillantes de son encolure et de sa queue. Et elle portait sur son dos une sorte de nacelle où pépiait un bébé roux.

- Masgoll, te voilà, sourit Albator en venant récupérer son enfant.

- « mascotte », je dirais plutôt ? glissa Kei en s'approchant. Mais d'où sort cette chose ! ?

- Et moi, je dirais plutôt mastiff, intervint la créature, télépathiquement.

- Ce fut un des croisements de base, renseigna le corsaire borgne et balafré. Au fil des générations, on a fait de Masgoll un monstre exposé dans les cirques itinérants… J'avais mon zoo, mon sanctuaire animalier comme je préfère l'appeler car tous les animaux ont leur espace naturel et vaste, et il l'a intégré. Masgoll aime inconditionnellement, j'espère le lui rendre, et je suis sûr qu'Alhannis réponds de tout son cœur à cette compagnie.

Le jeune homme sortit de sa nacelle le bébé qui roucoulait.

- Tu fais enfin tes nuits, toi, ce n'est pas trop tôt ! Maintenant, tu es un vrai petit ange !

Alhannis entre les bras, le capitaine de l'Arcadia alla s'asseoir dans son fauteuil, Kei sur ses talons.

- Quoi, tu veux l'adopter ? gloussa le jeune homme à la chevelure caramel.

- Je doute que son père soit d'accord. C'est une autre blonde, celle de ses pensées. Mais…

- Quoi donc ? Et là, tu ne vas pas me parler de mon petit porcelet rose ?

- Un des pires combats de notre nouvelle vie de corsaire se profile… La place d'Alhannis… Sa mère a repris ses vols, avec l'Ephaïstor !

- Et tu crois qu'il serait moins exposé ?

Kei grimaça.

- Je pense qu'un cuirassé Militaire impose plus de réflexion avant une attaque en règle… Quoique…

- Oui, justement, quoique… Et le castel des Khurskonde n'est plus que ruines. Aussi, c'était soit l'Arcadia, soit l'Ephaïstor, et j'étais prems !

- « prems » ? La sécurité d'Alhie se résume à ça ?

- Alhie ? J'aime ! Et toi, tu aimes, porcelinou ?

Alhannis sortit le pouce de sa bouche, plissa les yeux comme s'il réfléchissait, puis il gloussa vigoureusement en s'agitant.

Pour sa part, Albator capta le regard attendri et inquiet de sa seconde.

- Kei ? Il ne s'agit plus de « premsittude » là ?

- Si tes ennemis, et même rares amis te voyaient, tu ne fais plus peur à qui que ce soit ! Alhannis est ta force et la pire des faiblesses ! En le pouponnant, tu le présentes comme le meilleur moyen de pression contre toi, et tu t'exposes car tu penseras toujours à lui avant toi !

- C'est le rôle d'un papa, non ?

- Mais pas celui d'un ex-Pirate et actuel corsaire ! Et je doute que le cinoche de la maman et le tien trompe qui que ce soit… La rumeur doit se répandre dans tous les mondes : Alhannis est ton enfant – ça fera autant rigoler que comploter, contre sa mère et toi !

- Je sais, mais c'est mon enfant, et à ce bord, il y a quarante-deux personnes, Cyvelle sa nounou et Masgoll pour le protéger ! Kei, je n'envisageais pas une vie avec un mioche, mais je ne peux plus envisager ma vie sans Alhannis !

Toujours pas rassurée, mais pour soudain d'autres raisons, la seconde de l'Arcadia ne se dérida pas.

- Et si tu vas au bout de ton raisonnement, capitaine, que se passera-t-il le jour où le secret de polichinelle éclatera ? Ton père, nous savons. Mais, pour ta « belle-famille », je doute qu'elle saute de joie à ta révélation !

- Cela, on verra, si le moment se présente un jour.

Albator se leva et replaça Alhannis dans sa nacelle, referma la ceinture de sécurité et donna une légère tape sur l'épaule de Masgoll dont le garrot lui arrivait à hauteur des épaules.

- Alhannis va réclamer les petits pots moulus que Turgote la cuisinière Mécanoïde lui prépare avec amour. Cyvelle t'attend pour son repas.

- Je le reconduits, assura Masgoll, toujours télépathiquement, en faisant demi-tour pour quitter la passerelle.

Kei se tourna vers son capitaine.

- Il me semble avoir plus de conscience que bien des êtres ?

- Je vous entends toujours, Kei Yuki !

- Masgoll !


Son fils couché par sa Nounou, Masgoll dormant au pied du berceau, Albator avait pris sa douche, s'était brossé les dents avant de boire quelques gorgées d'eau et de s'allonger dans son lit à draperies issu de la mise à sac de son propre château d'Heiligenstadt !

Après une première journée à préparer son Arcadia, de fond en combles, pour le combat à venir, il avait fermé sa paupière avant de s'endormir.

- Je préférais ton apparence de nuage noir…

- Tu me reconnais ? fit avec sincère étonnement le squelettique papillon noir.

- Nuage ou Papillon, tu dégages la même énergie, la même puanteur, la même sensation de mort… Tu es le Thanatos ! Bien que là, je n'aie pas la moindre égratignure et donc aucune raison de me retrouver devant toi… Je ne vais pas mourir !

- Pas aujourd'hui, en effet. Mais je suis venu te prévenir d'autre chose. Albator, tu fus un Pirate, tu as commis des abominations, des meurtres et même impardonnables… Sous peu, tu vas être confronté à tes victimes, à tes actes. Et qu'importe que tu fus la victime de ton propre Roi, que tu tentes de te forger une réputation de corsaire, ton passé te rattrapera toujours !

- Je ne l'ignore pas. J'ai juste besoin de temps, pour mettre mon équipage en sécurité sous cette nouvelle légitimitivité, et bien évidemment mon fils ! Ai-je ce temps, Thanatos ?

- Juste le temps minimum, je ne contrôle pas ce paramètre ni l'avenir en constante évolution. Sois prudent et ne gaspille pas une minute, Albator. Sinon, toi et moi nous nous reverrons bien trop tôt et ça, je ne le souhaite nullement !

- Et moi donc !

- En ce cas, nous nous comprenons parfaitement, conclut le Thanatos en se volatilisant du rêve de son hôte.

Dans son sommeil, Albator esquissa un léger sourire, le même qu'eut en même temps Alhannis.