8.
L'air malicieux, Kei jeta un coup d'œil derrière son capitaine.
- Tiens, pas d'Alhannis ?
- Nous allons sous peu être en état d'alerte maximal. Je n'ai pas trop de temps à lui accorder. Tu as mes renseignements supplémentaires sur le Queen Eméraldas ?
- Tout concorde : il n'y a que deux êtres vivants à bord : Darguold Flumershand et sa fille Eméraldas, expliqua Kei en envoyant leur photo sur le grand écran de la passerelle de l'Arcadia.
- Oh, une rousse, j'adore les rousses ! lança Toshiro en piquant un fard.
- Moi aussi, glissa Fulker Orhon depuis sa console des armes.
- Deux personnes, seulement. Et donc des centaines de Mécanoïdes ?
- Plus un Cerveau Artificiel qui vaut bien notre Grand Ordinateur ! compléta Kei.
- Non, personne ne peut me battre ! se révolta le petit ingénieur binoclard. Mais si c'est le cas, je serais curieux d'examiner ce Cerveau !
- C'est de l'ordre du possible, une fois qu'on aura fait le ménage à bord… Quelque chose me souffle qu'on va devoir le finir au corps à corps.
- Et pourquoi donc ? s'enquit le capitaine du Karyu, depuis sa passerelle, alors qu'une fenêtre de son buste s'ouvrait sur le grand écran.
- Parce que la Flotte terrestre veut le Queen pour l'étudier et Flumershand préfèrera le faire sauter plutôt que nous l'arraisonnions ! siffla le grand corsaire balafré. Nous aurons donc à l'aborder.
- Mon Karyu ne dispose pas de tubes d'ab…
- Pourquoi je n'en suis pas surpris ?
- Les vaisseaux de guerre de votre Flotte non plus ! tint à faire sèchement remarquer l'officier de la République Indépendante.
- Voilà pourquoi les Pirates seront toujours mieux équipés ! gloussa le capitaine de l'Arcadia.
- Vous parlez toujours bien de l'armement de votre cuirassé ? persifla Warius.
Albator répondit par un ricanement.
- Venez me rejoindre, jeta-t-il après un moment de silence.
- De quoi ? !
- Le temps presse, ne discutez pas ! aboya Albator.
L'écran s'éteignit.
- Pas possible, une telle tête de bois ! On aurait pu croire que la discipline Militaire l'aurait contraint à plus d'obéissance ! maugréa le corsaire à la chevelure caramel.
- J'ai la capitaine de l'Ephaïstor en ligne, renseigna Kréon.
- Qu'elle attende !
- Elle souhaite parler au papa de son fils.
- Bien, bascule-la sur ma fréquence privée, jeta Albator en se dirigeant vers son grand fauteuil en bois sculpté.
Analyzer s'approcha aussitôt, deux parois de sa poitrine s'ouvrirent sur un petit écran où apparut le visage de Salmanille.
- Parle-moi encore de notre fils ! pria-t-elle.
Warius était bougon et il n'entendait pas le dissimuler.
- Depuis quand vous êtes-vous mis dans la caboche que c'était à vous de mener la danse ? Je n'apprécie que très modérément d'être convoqué. Nous sommes partenaires dans cette opération, vous n'avez nullement à me donner des ordres !
- Vous êtes venu…
- Directive de ma flotte pour vous assister… Et je répète que vous n'avez à croire que vous menez la danse !
- Il faut bien que quelqu'un le fasse.
- Vous n'êtes qu'un consultant, protesta l'officier de la République Indépendante. Moi, je suis sur ce dossier depuis des mois !
- Quel est le gros point faible du Queen Eméraldas ? jeta Albator. Le connaissez-vous ?
- J'en ai relevé plusieurs, mais trop minimes que pour nous donner un avantage. Et la plupart impossible à atteindre en plein combat.
- Et moi, je vous affirme le contraire ! décréta très sérieusement le capitaine de l'Arcadia. Et je sais comment immobiliser le Queen suffisamment de secondes pour que nous portions une frappe décisive. Il parait que le Karyu dispose d'un canon assez particulier ?
- Tiens, vous n'en savez pas plus sur le sujet ? ironisa Warius.
- Ce canon semble est un des secrets le mieux gardé de votre flotte. Personne ne l'a vu en action, mais on en a entendu parler ! Je crois que le Queen en méritera une démonstration !
- Possible… Vous avez une langue acérée, capitaine Albator, mais vous maîtrisez votre sujet, je dois l'avouer. Je ne jugerai néanmoins qu'en vous voyant à l'œuvre !
- J'en ai autant à votre encontre. Moi, je n'ai rien à me prouver, vous en revanche avez à briller chaque fois un peu plus vis-à-vis de votre flotte !
- Ne vous croyez plus aussi libre comme l'air qu'avant, prévint le capitaine du Karyu à l'adresse du corsaire balafré. Vous avez mis le petit doigt dans l'engrenage, vous êtes fait !
- Je tâcherai de m'en sortir au mieux ! Inutile de vous tracassez pour moi, je suis un chat, je retombe toujours sur mes pieds !
- Comme si j'allais perdre du temps en songeant à vous !
- Et une invitation à dîner, ça vous prend de votre précieux temps ?
- Encore ?
Warius fronça les sourcils.
- A quoi songez-vous donc ?
- Il y a des sujets que j'aimerais aborder, qui ne sont pas dans votre dossier Militaire, capitaine Zéro. Et je veux un dîner hors du protocole entre votre flotte et la mienne. Si cela vous agrée ?
Warius inclina positivement la tête.
- Je pense que ça peut se faire. Et je peux vous retourner la formule : votre dossier Pirate est désespérément vide !
- J'aime assez, gloussa le capitaine de l'Arcadia.
- Pourquoi ça ne m'étonne pas ? Vous êtes diantrement complexe, imprévisible, et ça vous rend bien peu fiable ! Jusqu'à preuve du contraire, le tout neuf corsaire est pour moi aussi dangereux que les Pirates que nous traquons !
- Une opinion que se défend. A ce soir, capitaine Zéro !
- D'accord. Et, pour une fois dans votre vie, faites quelque chose de vraiment utile, capitaine Albator ! ?
- Quoi donc ?
- Passez chez le coiffeur et rasez-moi cette tignasse, c'est à peine si je distingue vos traits !
Albator partit dans un grand rire.
