17.
D'être seul en face à face avec Clio qui venait de se présenter, au plus près, rendait Warius particulièrement mal à l'aise.
- Vous êtes étrange… Je ne veux pas me montrer malpoli, c'est juste que… Vous êtes une télépathe, ça expliquerait bien des sensations.
- Il s'agit en effet d'une de mes caractéristiques. Depuis l'Arcadia, j'ai perçu vos émotions. Alors que pour lui ce n'était au départ qu'un petit jeu, Albator a infiltré certaines de vos certitudes pour les remettre en question.
Le capitaine du Karyu aurait voulu rétorquer qu'elle se mêlait de choses qui ne la regardaient pas, mais il était presque impossible de résister au magnétisme de prunelles d'or !
- Je m'étais préparé, s'entendit-il répondre. Je m'étais blindé, sachant tout du Pirate. Mais comme souvent, la réalité n'a rien à voir avec les connaissances théoriques. Votre capitaine est… déroutant ! Un coup il fait montre d'emblée d'un caractère de cochon envers moi, un coup il manque laisser la vie en s'interposant entre un tir mortel et la seconde de nos cibles !
- Oui, c'est tout lui, en effet.
- Vous ne voulez vraiment pas un café ou un soda ? insista Warius comme pour tenter de détourner le sujet de la conversation.
- Sans façon. Mais si vous avez un vin millésimé, je ne dis pas non !
- Pardon ? C'est un cuirassé Militaire ici, pas un caberdouche ! Mais j'ai plus d'une bonne bouteille, en effet, vieilles et traîtres…
- Tout ce dont je raffole !
Et la bouteille amenée, Clio en vida la moitié en quelques gorgées, ce qui la fit briller l'espace d'un instant.
- Rassurez-vous, capitaine Zéro, cette lueur-là n'est pas dangereuse. Et pour en revenir au sujet de ma visite, je souhaiterais que vous ne houspilliez mon capitaine pour la durée du retour.
- Je ne pense pas lui avoir pris la tête en premier ! grommela Warius. Il ne s'est pas gêné pour se payer la mienne à plus d'une reprise… Mais bon, au vu des circonstances actuelles, il n'aura pas besoin que je prenne ma revanche – ce n'est pas mon genre, et certainement pas au vu de son état !
Warius eut un borborygme entre le rire et le grognement.
- Vous ne vous pas déplacée « juste pour ça » ?
- Quand je parlais de vos émotions mal canalisées, je ne pense pas qu'elles concernaient le capitaine de l'Arcadia. Vous avez fait le tour de son dossier de Pirate, c'est tout le reste qui vous tourmente à présent… Albator, un Pirate sorti de nulle part !
- Et tout le monde a un passé pour qu'au jour d'aujourd'hui nous soyons ainsi, lui et moi avons eu un échange à ce sujet. Je lui avais presque promis d'extraire ses squelettes du placard… Je n'ai rien trouvé et lui n'a pas lâché un mot !
- En effet, vous ne tirerez absolument rien de lui.
- Je peux être très…
- Le seul qui aurait pu répondre à, toutes, vos questions était Lothar Grudge. C'est lui qui a fait d'un prisonnier amnésique le Pirate à sa botte qui a mis en pratique tous les cruels enseignements assimilés, lâcha alors la Jurassienne. Et Albator n'a jamais retrouvé la mémoire depuis, ou si peu que ça en est insignifiant, mentit-elle dans la foulée.
- Voilà qui explique bien des choses… Excusez-moi, Clio, pria l'officier de la République Indépendante en prenant un appel. Marina ?
- Je viens d'avoir un message de Doc Machinar. Albator s'est réveillé.
Alhannis, calé au creux du bras valide de son père, s'occupait consciencieusement de compter et de recompter ses doigts de pieds tout en les suçant à qui mieux mieux.
- C'est normal ? fit Toshiro, perplexe.
- Il paraît que oui. C'est ce que j'ai lu dans plusieurs encyclopédies sur le GalactoNet. Ce que c'est compliqué, un bébé !
- Oui, ça ne résume pas à donner des biberons et à lui faire des risettes, glissa Kei. C'est très complexe, délicat à veiller au quotidien et il faut apprendre à décoder tous les signes qu'il envoie, même ceux qui ne sont pas visibles !
- Tu t'y connais ? questionna soudain Toshiro.
- Avec sept petits frères et sœurs, j'ai eu de quoi m'occuper, les bébés ont peu de secrets pour moi, rougit la blonde seconde de l'Arcadia.
- Et c'est maintenant que tu le dis ? ! s'étrangla son capitaine.
- Tu ne m'as rien demandé, j'ai juste tenté de me rendre utile quand c'était nécessaire. Et Cyvelle pourvoyait à tout, de jour comme de nuit. Si tu veux, capitaine, je le ramène à son berceau pour la sieste.
- Je crois qu'il ne sera pas le seul à en faire une, bâilla le blessé.
Il redressa et soutint le dos du bébé qui émit un grognement de protestation, refermant ses doigts minuscules sur le bracelet de sa montre.
- Laisse-le dormir avec toi, glissa Toshiro.
- Mais je vais l'écraser ! protesta Albator.
- Bien sûr que non ! Allez, faites de beaux rêves, tous les deux.
Albator roula légèrement sur son côté gauche, ramenant Alhannis contre son ventre. Le bébé s'y blottit, yeux déjà clos, pouce en bouche.
Toshiro et Kei se retirèrent sur la pointe des pieds, le père et le fils ayant déjà sombré dans le sommeil.
