27.

- Appel entrant ! signala la blonde seconde de l'Arcadia.

- Galahane ? grogna son capitaine qui était revenu sur la passerelle.

- Non, un certain Jéhobald, il se dit le chef de la Communauté de l'Arche des Carsinômes.

- Génial. Ils se taisent pendant vingt-quatre heures et puis ils balancent des infos. Toshiro ?

- J'ai tout encodé dans le Grand Ordinateur, il va nous sortir ce qu'il va trouver sur eux. Je vous rejoins pour la sortie des résultats.

- Les portes de ce hangar où ils nous ont amenés sont aussi celles de notre sortie, fit Kréon. Si on y met assez de puissance, nos canons peuvent les éventrer. Ces portes de sas, sont pratiquement les seules faiblesses que les scans me rapportent sur cette Arche.

- Une navette s'approche, informa Fulker. Je suppose qu'elle va te mener à ce Jéhobald.

- Vu la taille de cette navette, j'ai comme l'impression que je n'ai pas droit à de la compagnie… remarqua Albator.

- N'y va pas, pria Kei. On fait comme Kréon a dit, on file !

- Pour se faire aussitôt à nouveau tracter ? grinça le capitaine de l'Arcadia. Non, ils ne l'activeront peut-être plus tant que je serai face à eux… Ils doivent attendre quelque chose de nous, à notre infinitésimale mesure, sinon ils nous auraient atomisés d'entrée, ou encore ils nous auraient éliminés une fois nous avoir confinés ici.

- Navette arrimée.

- Les Carsinômes ne nous laissent absolument pas le choix, rugit le grand corsaire balafré. Nous sommes complètement piégés. Et si je ne vais pas à ce rendez-vous, ils n'hésiteront certainement pas à nous écraser comme une coquille de noix ! A tout de suite ! jeta-t-il ensuite en quittant la passerelle.

- J'espère, soupirèrent en chœur Kei, Kréon et Fulker.


- Appel entrant, fit Kei.

- Oui ? grommela le chauve Kréon.

- La capitaine de l'Ephaïstor, elle a dû fuir le combat, opérer des sauts spatio-temporels qui ont achevé de réduire son cuirassé à l'état d'épave. Elle est plus vulnérable que jamais… Elle va tenter de rallier une base amie en espérant ne même pas tomber sur un patrouilleur adverse qui l'achèverait.

- Au moins, elle s'en est sortie, ça fera plaisir au capitaine quand il sera de retour. Mais elle n'appelle pas que pour ça ?

- Son vaisseau est pratiquement détruit, elle a perdu des dizaines de membres d'équipage, mais surtout l'Ephaïstor n'arrête pas de semer des pièces dans son sillage, il peut imploser à tout moment et condamner les survivants, poursuivit la jeune femme. Elle nous envoie une navette de secours.

Fulker Orhon serra les poings au-dessus des claviers de sa console des armes.

- On est piégés, mais on n'a pas besoin de…

- Elle nous renvoie Alhannis, l'Ephaïstor est devenu en quelques minutes l'endroit le moins sûr de nos deux cuirassés ! coupa Kei. Maji, sors notre Tranchoir de proue, on va ouvrir ce hangar comme une boîte de conserver et aller récupérer la navette !

- Mais, tu ne vas pas laisser Albator derrière nous ? ! protesta Kréon, outré, rouge.

- Il sait très bien que notre priorité absolue est Alhannis ! siffla la jeune femme. Si nous ne la récupérons pas, Alhannis va dériver dans l'espace, le condamnant à une mort atroce et inéluctable, et Cyvelle elle-même s'éteindrait une fois à court d'énergie… Nous n'avons pas le choix, nous devons sortir d'ici.

Son Tranchoir sorti, s'ouvrant également le passage à l'aide des tirs de ses canons sur les portes du hangar, l'Arcadia traversa les épaisseurs de blindage et jaillit dans l'espace.

- Et notre capitaine ? insista Toshiro en déboulant. On ne sait absolument pas ce qu'ils lui veulent.

- Ces Carsinômes ne doivent avoir nulle part où aller, tout ce qui les entoure est hostile, il n'est vraiment pas dans leur intérêt de s'en prendre à un corsaire de la Flotte terrestre, rétorqua Kei, qui ne semblait néanmoins pas entièrement convaincue par ses propres propos !

- Maetel disait que…

- Je ne crois pas aux divagations d'une diseuse de mauvaise aventure, surtout si elle est blonde ! Albator comprendra. Et il avait aussi raison : ils ne se sont pas préoccupés de nous et réactivé le rayon tracteur.

- J'espère surtout qu'on le récupèrera, lui aussi… soupira le petit ingénieur binoclard, sombre et inquiet au possible alors que les résultats de ses recherches s'affichaient sur l'écran de son ordinateur. Kei !

- Quoi, Toshiro ? souffla-t-elle alors que l'Arcadia fonçait à la rencontre de la navette de secours.

- Carsinômes, c'est bien leur nom, mais Albator et toi les avez déjà rencontrés, c'est dans les archives du bord.

- Excuse-moi, mais nous n'aurions oublié ni leur nom ni leur Arche !

Toshiro s'avança vers la jeune femme qui au vu de la tête qu'il tirait se décomposait à mesure qu'il approchait.

- Tosh… ?

- Une Arche, sa fonction c'est de transporter les derniers survivants d'un monde, fit Toshiro d'une voix blanche. Le Deathsaber a croisé leur colonie, il y a trois ans de cela, sur la planète Kathar, et l'a ravagée…

- Je m'en souviens. Ils ont retrouvé leur nom d'origine, et en prenant l'Arcadia nous brouillions nos propres pistes. Ainsi, durant ces vingt-quatre heures, aucun de nous n'a reconnu l'autre ! s'affola la seconde de l'Arcadia. Mais là, eux non plus n'auront pas oublié le protégé de Lothar Grudge… Albator n'a aucune chance de s'en sortir.

- J'ai l'écho de la navette de secours, elle va opérer son dernier saut spatio-temporel, renseigna Kréon. Ensuite, Kei ?

- On la récupère et ensuite, même si c'est disproportionné, on retourne sur l'Arche et on l'attaque !

- Ca va signer l'arrêt de mort d'Albator, murmura Clio en s'approchant.

- Il aura été condamné dès qu'il se sera retrouvé face à ce Jéhobald… fit Kei, désespérée. Je ne crois pas qu'il soit seulement encore en vie.

- Je nous mets sous bouclier d'invisibilité, en espérant que leur technologie ne surpasse pas la nôtre, quoique, au vu de cette Arche, ils sont très avancés !

- Je sens que nous allons faire un joli petit feu d'artifice, grommela Maji depuis la salle des machines.

- Ou peut-être pas, jeta soudain Fulker depuis sa console aux armes. Je n'ai pas détecté le moindre système agressif à la surface de l'Arche ! Sinon, pourquoi serions-nous toujours en un seul morceau ?

- Et nous devons le demeurer maintenant qu'Alhannis est à nouveau dans son berceau, aboya Kei. On arrive, Albator !