Au volant de son véhicule de service, baillant suite à sa nuit trop courte, elle devait rejoindre l'unité sur le terrain. En arrivant au bureau, les yeux mi-clos, un café en main, elle avait reçu un appel de Shimotsiki qui lui demandait de les rejoindre au plus vite aux entrepôts des quais du Sud Est. D'après les données que Shion lui avait fait parvenir, cette partie des quais avait été louée par une grosse entreprise d'import-export. Ce que les citoyens parvenaient à acheter en ligne leur était livré IRL grâce à cette entreprise dont l'existence et le commerce était cautionné par Sybil. Les superordinateurs du système ne se privaient pas de passer au crible les moindres objets commandés avant de les autoriser sur le territoire... Ils n'avaient pas besoin que leur paix soit troublée par quelques idées d'étrangers vivant de la guerre civile... Le motif de leur déplacement était simple : un corps avait été retrouvé dans un des containers. C'était le cinquième de trois mois. Cela ne pouvait en aucun cas s'agir d'un accident selon le rapport qu'elle lisait , car toutes les victimes avaient été étranglées...

Avec un soupir, Akane Tsunemori se gara près du fourgon des Exécuteurs. Elle enfila détacha sa ceinture et descendit.

Personne. Elle ne voyait aucun membres de son unité aux alentours. Le compartiment où étaient rangés les Dominateurs était grand ouvert. Il manquait cinq armes. Visiblement, ils les avaient prises. Deux armes gisaient à terre, émettant une lueur rouge à la place de l'azur habituel. Quelqu'un avait essayé de manipuler un Dominateur sans être un utilisateur autorisé... Elle ramassa un arme qui s'initialisa aussitôt, reconnaissant son grade d'inspecteur et sa teinte.

Elle appela l'inspecteur Shimotsuki au moyen de son communicateur. Sa collègue décrocha aussitôt, disant d'une voix grave mais essoufflée :

- Inspecteur ! Où êtes-vous ?

- Près du fourgon, faites moi un rapport de la situation.

- Les entrepreneurs ont été retirés de leurs fonctions il y a quelques jours. Ce n'était pas dans le rapport...

- Venez en aux faits.

- Leur coefficient de criminalité a explosé, ils ont dépassé les 400. Mais ils sont très laborieux et dangereux.

- Où êtes vous ?

- Nous nous sommes retranchés dans les entrepôts, ils ont des armes d'assaut, ce qui rend toute approche risquée.

- Où sont-ils ?

- Quelque part sur les quais... Repliez-vous, ils n'ont aucun scrupule à tirer sur les agents de la SP !

- Des blessés ?

- Non, j'ai déployé Ginoza et Hinakawa sur les toits, ils vont sûrement tenté d'entrer en contact avec vous. Je tente de trouver leur point d'approvisionnement afin qu'ils n'aient plus accès à leurs munitions avec Shugo et Yayoï.

- Bien, tenez...

La communication fut coupée, interrompue par un bruit sourd puis un cri.

Dans sa course entre les containers qui sur-peuplaient l'entrepôt où ils étaient, Shimotsuki s'arrêta. Elle tenta de rappeler sa supérieure. Une fois... Deux... Trois... Pas de réponses...

- Que se passe-t-il, où est Akane, demanda Yayoï en se tournant vers l'inspecteur qui avait les yeux écarquillés d'horreur.

- Je... J'ai perdu le contact... Il y a eut une explosion...

- Hound 2, Sheperd Leader 2 , nous descendons ! Annonça Ginoza dans leurs oreillettes.

- Hound 3 ! Vous serez à découvert ! Ne descendez que si vous avez un visuel du Sheperd 1 ! s'exclama Shimotsuki.

- On la voit, lança la voix hésitante de Hinakawa.

- Je veux un rapport de la situation extérieure.

- Le fourgon a explosé.

- L'inspecteur a été projeté par le souffle de l'explosion. Nous arrivons à sa heuteur.

- Gino, elle est en vie, lança Yayoï d'une voix froide.

Il y eut un silence un moment, tous dans l'attente d'une réponse de leur collègue.

- Bien sûr, Yayoï... grogna Ginoza. On la ramène dans l'entrepôt.

Shimotsuki, Yayoï et Shugo purent poursuivre leur quête l'esprit moins hanté, décidés à trouver l'arsenal de ces entrepreneurs ayant déraillé. Sans quoi, ils ne pourraient pas arrêter ces criminels.

Shion avait déjà envoyé des drones encadrer la zone. De ce fait, les entrepreneurs ne pouvaient fuir. Ainsi donc, les agents de l'unité 1 devaient seulement neutraliser leurs munitions pour les neutraliser ensuite. Plus facile à dire qu'à faire...

Shimotsuki et Yayoï fouillaient chaque container, esperant y trouver les réserves de poudre de leurs assaillants. Rien... Elles ne trouvaient rien..

- S'il n'y a rien ici, pourquoi tentent-ils d'y entrer depuis tout à l'heure, lança sceptique Shugo.

Dans leur oreillette, Ginoza jura.

- Quoi,Gino, lança Yayoï.

- C'est nous qu'ils veulent.

- Comment ça, sourcilla Shimotsuki.

- Cela signifie que la chasse est ouverte et que nous sommes leur gibier, traduisit Yayoï en grognant.

- Toujours tomber sur des sadiques, quelle unité, soupira Shion dans leur oreillette.

- On se regroupe près de l'entrée Nord, Ginoza, Hinakawa, restez y avec l'inspecteur ! Ordonna Shimotsuki.

- On ne risque pas de bouger, commenta l'ancien inspecteur.

Alors que des balles pleuvaient sur la porte blindée de l'entrepôt, face à Ginoza et Hinakawa à la mine sévère, prêts à intervenir, le reste de l'unité 1 arrivé au point de rendez-vous. A terre, plus loin, l'inspecteur Tsunemori était inconsciente.

Yayoï se hâta à ses côtés pour l'examiner tandis que Shugo et Shimotsuki tentaient de mettre sur pieds un plan d'attaque et d'évasion !

Ils finirent par se mettre d'accord sur une stratégie simple, efficace et peu risquée.

- Yayoï, comment va Akane, lança Ginoza de sa position.

- Des débris du fourgon lui on salement amoché les jambes et perforé le côté droit. J'ai stoppé les principales hémorragies mais elle doit voir un médecin.

- Elle est revenue à elle, demanda, soucieux, Hinakawa.

- Oui... Je suis... Consciente, grogna Akane en se redressant péniblement malgré les avertissements de Yayoï.

- Inspecteur Tsunemori, votre voiture est intacte, nous allons vous y conduire en priorité, l'ambulance mettrait trop de temps à arriver, lança Ginoza.

- Quel est vôtre plan, Shimitsuki, demanda Akane sans prêter attention aux regards noirs de Ginoza qui ne voulait pas qu'elle se lève.

- Shion-san a envoyé tous les drones sur les entrepreneurs. Ils sont coincés, encerclés. Il suffit de les arrêter ou de les neutraliser s'ils ne collaborent pas.

- Très bon plan. Restez prudente, le psycho pass de ces individus a connu une croissance sans précédent en moins de deux jours. Je ne serai pas étonnée de découvrir que ce sont eux qui ont tués ces victimes innocentes afin de pièger ici les yeux de Sybil.

- Nous sommes des agents de la SP, en quoi notre mort rétablierait leurs torts, fit Mika.

- Nous sommes les bras armés de Sybil, nous appliquons sa justice. Croyez vous que des entrepreneurs voient une différence entre le système et ceux qui défendent la stabilité de celui-ci ? Non, je ne le crois pas. La preuve étant qu'ils ont cru pouvoir utiliser un Dominateur. Ils ne comprennent rien au fonctionnement de la SP. C'est là leur erreur.

- On y va, les coups de feu ont cessé, lança Ginoza en ouvrant doucement l'immense porte blindée, son arme braquée à l'extérieur.

Yayoï passa le bras de sa supérieure sur ses épaules, la soutenant pour avancer, couverte par Shugo et Shimotsuki. Hinakawa couvrait Ginoza.

Shion avait bien envoyé les drones encercler les malfaiteurs. Ils semblaient avoir vidé leurs chargeurs sur les robots, paniqués. A présent, ils hurlaient de colère en tentant de fuir, mais les drones étaient bien trop imposants et eux trop prévisibles...

- Agents de la SP ! Déposez vos armes ! Ordonna Shimotsuki en brandissant son Dominateur

- Hah aha ! Les agents de la SP ne sont rien ! Des pantins, voilà ce que vous êtes ! Une simple explosion a envoyé votre collègue au tapis !

Ils refusaient de poser leurs armes et tentaient encore de forcer le passage aux drones inébranlables...

- Balades toi près d'un fourgon se faisant bombarder et puis on en reparlera, siffla Yayoï.

- Leur psycho pass est à 489, on fait quoi, lança Shugo qui connaissait la réponse.

- On leur attribue le châtiment que Sybil leur réserve, répondit simplement Shimotsuki.

Élimination Létale. Ils furent exterminés en trois tirs. Des trois entrepreneurs, il ne resta que trois amas de chair et de sang.

Déjà Ginoza démarrait en trombe, Yayoï sur la place passager, Akane allongée sur la banquette arrière. Shimotsuki soupira. Elle devait faire un rapport de cette intervention qui avait mal tourné à cause de son manque d'informations...

Des flashs de souvenirs vinrent la tourmenter. Elle vit le fourgon exploser. Sa chute, ralentie par la perte de perception de ce qui l'entourait. La douleur dans son flanc droit. La douleur dans ses jambes. Le bip incessant de son communicateur... La voix irritée de Ginoza, celle paniquée de Shimotsuki, Et encore et toujours cette douleur intarissable qui enflammait son corps...

Puis elle avait souvenir de s'être relevée... Avoir parlé... Entendu le plan d'attaque de Shimotsuki... Puis... Puis ça s'assombrissait. Elle perdait le fil, tentait de s'accrocher à ses résidus de conscience, à ses forces, à... L'oubli de la douleur...

Sa douleur avait été plus forte que sa volonté. Sa capacité physique avait chuté, emportant ses aptitudes mentales... La pensée, la réflexion, la volonté d'oublier..

Se faufilant un chemin jusque ses poumons, enflammant sa gorge au passage et gonflant ses deux organes avec volonté... L'air entra en elle. Comme si elle n'avait pas respiré depuis des jours. Des heures. Elle inspira profondément, ouvrant ses grand yeux brun à la lueur caramel...

Ses prunelles se braquèrent sur le produit qui était suspendu au dessus de son lit. Elle tourna son regard vers la perfusion qui lui était accrochée au bras. Elle grogna, se redressa et arracha l'aiguille qui était dans son avant bras.

Il y eut un bip sonore et rapide. Elle n'y prêta aucunes attention, cherchant son communicateur des yeux puisqu'il n'était plus à son poignet.

Une infirmière entra au pas de course, une seringue à la main. Elle lui ordonnait de se calmer, de se rallonger. Ignorant complètement la femme qui tentait d'imposer son autorité, elle balança péniblement ses jambes hors de son lit. Elle portait sa chemise uniquement à moitié boutonnée, laissant entrevoir ses bandages à l'abdomen et ses cuisses. Elle posa un pied à terre, alors que l'infirmière braillait, réclamant des renforts pour calmer la patiente.

Elle se leva. Ses jambes la trahirent. Elle chuta lourdement, ses plaies la tiraillant à nouveau. A terre, elle remarqua deux colosses qui entraient. Sûrement la sécurité de l'hôpital où on l'avait transférée... Ils tentèrent de la soulever, l'immobiliser au moins, le temps que l'infirmière lui injecte ce produit qui se languissait dans la seringue...

Elle se débattit, hurlant :

- Qu'est-il advenu de mon unité ? Répondez moi ! Que s'est-il passé ?

- Madame l'inspecteur... Calmez-vous... Vos blessures vont s'ouvrir à nouveau.

- Je ne me calmerai pas tant que je n'aurai pas de réponse , s'exclama Akane Tsunemori. Et où est mon communicateur ? Qu'avez-vous fait de mes affaires ?

L'aiguille se planta dans son bras droit. Sa vision, à petit feu, se troublait. Ses forces, à son grand dépourvu, la quittaient... Ses lèvres encore remuaient, sans laisser aucun son lui échapper...

- C'est incroyable, sa teinte est d'une pureté incroyable malgré ce qu'il vient de passer, disait l'infirmière alors qu'elle sombrait à nouveau.

Cette fois-ci, son réveil fut provoqué par un éclat de voix. Ses yeux s'ouvrirent péniblement. Elle constata non sans surprise qu'on avait immobilisé ses bras. Ses poignets avaient été immobilisé contre les battants du lit... Elle comprenait la frustration des résidents d'asiles ou de centre de redressement... Être ainsi attaché à un lit était frustrant, irritant, douloureux pour son ego...

- Qu'on la détache tout de suite ! Ordonnait la voix qui avait causé son réveil.

- Mais... Elle est instable et risque de se blesser ou blesser le personnel si...

- Elle a paniqué. C'est compréhensible, on l'a abandonnée ici. A présent, obéissez.

- Vous devez contrôler au moins sa teinte avant que je ne puisse le faire... Comprenez moi, je suis là pour le bien de...

- C'est bon. C'est bon. Donnez moi la clé de ces foutues menottes. On la contrôle puis on la détache.

- Voyons, ce ne sont pas des menottes. Ce sont des lanières de cuir doublées d'une alliage de métaux destinés à sa propre sécurité !

- Vous dites ça pour garder votre teinte claire. Je ne risque pas de laisser passer cela, vous n'aviez aucun droit d'immobiliser un agent de la SP.

Des bruits de pas s'éloignaient vivement dans le couloir. Akane tenta de se redresser malgré ses poignets et épaules entravés. Elle croisa le regard brillant de colère de Ginoza, suivi de Hinakawa.

- Gino, ravie de te revoir, lança-t-elle.

- Vous êtes enfin réveillée, tous au bureau s'inquiétaient.

- J'étais debout, mais on a jugé bon de m'endormir.

- Je contrôle votre teinte et vous détache, l'infirmière surveille, grogna Ginoza en la pointant de son Dominateur. Elle hocha la tête, comprenant, ayant entendu la conversation, jugeant tout de même l'infirmière un peu parano...

- 25,8, toujours aussi claire, inspecteur, fit-il sans surprise avec un sourire en coin.

- L'unité au complet va bien, demanda Akane alors qu'ils la détachaient.

- Oui, vous avez été la seule blessée, répondit Hinakawa alors que Ginoza retirait sa veste pour la lui tendre.

Elle l'enfila en le remerciant, n'ayant encore aucunes nouvelles de ses affaires.

L'infirmière répondit à Hinakawa , qui était allé poser la question, que tout avait été incinéré car le sang pouvait assombrir la teinte de ses patients...

Les nerfs à vifs, Ginoza alla chercher la voiture, alors que Hinakawa invitait son inspecteur à le suivre jusqu'au garage. Plusieurs infirmiers tentèrent de les stopper, ordonnant que la patiente reste jusqu'à ce que le médecin donne la permission de quitter l'hôpital. C'est donc encadrés de trois hommes de la sécurité de l'hôpital, Hinakawa faisant barrage entre les colosses et son inspecteur, qu'ils arrivèrent au parking.

Ginoza se mit à aboyer que la SP ne se priverait pas de faire une descente dans cet hôpital dans les jours à venir, pour contrôler la teinte de tous les employés ! Il les trouvait trop irritant et insistants pour des aides soignants...

Sous le regard noir de l'exécuteur, on laissa finalement l'inspecteur Tsunemori grimper dans la voiture , imitée par Hinakawa. Une fois la portière claquée, Ginoza prit sa place derrière le volant pour enfin démarrer.

- Je ne sais pas si c'était raisonnable de l'emmener alors que des soins sont encore nécessaires, confia Hinakawa en lançant des regards obliques à son inspecteur somnolente.

- Shion la prendra en charge une fois arrivés. Je ne l'aurai pas laissée sortir si nôtre analyste n'était pas médecin.

- Je n'ai jamais vu un exécuteur protéger ainsi son inspecteur, commenta Hinakawa.

- Tu fais pareil, notifia Ginoza.

- Moi, c'est parce qu'elle m'a sauvé des centres. Elle m'a offert une vie que je n'aurai jamais eut même si j'avais été normal. Je lui dois tout... Vous... Vous étiez son supérieur...

- J'ai promis à un ami de ne pas la laisser tomber.

- Cet ami est mort ?

- Non, il voyage.

- On peut encore voyager avec le système Sybil ?

- Non, le système l'a rejeté. Il fait donc sa vie ailleurs. Autrement.

Dans le silence qui suivit, le route filait sous les roues de la voiture de service et Akane s'était endormie, la tête appuyée contre la vitre de la portière. Hinakawa eut un sourire amusé, disant :

- Cet ami... C'est Shinya Kogami.

- Oui.

- Il reviendra, affirma Hinakawa.

- Pourquoi en es-tu sur ?

L'exécuteur à la chevelure rouge posa son regard cerné sur l'inspecteur, disant :

- Parce que... Il voudra savoir si vous tenez vôtre promesse...