Chapitre 4 : crash
1938, Londres
Scorpius était un garçon de « dix-ans-presque-onze », un âge où tous les petits sorciers comptent les jours qui les séparent de leur anniversaire.
« Père, tu es vraiment sûr que je vais recevoir ma lettre? Vraiment vraiment ?» Il était indubitablement inquiet. Il lui semblait n'avoir jamais fait quoi que ce soit de magique durant sa courte existence. « Oui Scorpius, j'en suis sûr. Si ton né-moldu de voisin a reçu la sienne, je n'ai aucun doute. » Il soupira.
Son père ne s'inquiétait pas : la capacité de son fils à disparaître au moment le moins opportun sortait résolument de l'ordinaire. Et il était capable de parler à une vitesse telle que même Colin Crivey - pourtant maître dans ce domaine-aurait été pris de vertiges. C'était le portait de son père au même âge, mais leurs caractères étaient radicalement différents.
C'était un garçon plein de vie, un peu trop parfois. Il était terriblement curieux, quitte à se retrouver dans des situations improbables. Un jour il s'était retrouvé coincé en haut d'un arbre pour avoir essayé de savoir si son chaton Myrza menait une double vie auprès d'autres maîtres.
Il avait des cheveux blonds et fins, de grands yeux gris ainsi qu'un petit nez en trompette. Hormis ses oreilles légèrement décollées, il ne tenait pas grand-chose de sa mère, au plus grand désarroi de son géniteur !
Scorpius avait essentiellement grandi à Londres, dans un petit appartement sous les combles. La petite famille y était de retour après avoir cependant passé leur dernière année en France « à cause du travail de Père » pour le Ministère de la Magie et plus précisément pour le Mystère.
Son père l'avait élevé seul, sa mère étant morte en couches. Il lui semblait parfois qu'elle lui manquait, mais comment savoir quand on n'en a jamais connu ? Son père avait beaucoup de mal à en parler, semblait-il. Il n'avait droit qu'à des réponses floues à ses questions. Il avait en revanche quantité de photos d'elle. Celle que Scorpius préférait la représentait avec son père, assis sur un banc de pierre, devant un manoir gigantesque. C'était sa préférée parce que c'était la seule où on pouvait les voir « tous les trois » : le ventre d'Astoria ne laissait aucun doute sur sa qualité de femme enceinte.
Ils étaient depuis peu de retour à Londres pour préparer une rentrée qui approchait vite. Trop vite. Cela faisait dix jours qu'ils étaient rentrés et c'était déjà la mi-août.
« N'oublie pas qu'on va chez les Kettleby samedi prochain. »lui rappela son père.
« On ne pourrait pas y aller tout de suite ? J'ai des tas de trucs à raconter à Albus ! »
« Tu sais bien que j'ai encore beaucoup de travail ce soir. J'ai un rapport à rendre. Et puis c'est seulement dans 3 jours. »
La fin de semaine arriva rapidement. Scorpius avait reçu sa lettre pour Poudlard le jour de son anniversaire, comme prévu. Ils iraient donc bientôt chercher ses fournitures sur le Chemin de Traverse. Pour le moment, ils se rendaient chez Monsieur Kettleby, un sorcier et ami de longue date du père de Scorpius, quoi qu'il n'ait jamais su où ils s'étaient connus. Le fils de Monsieur Kettleby s'appelait Albus et ils avaient presque le même âge. Scorpius le considérait comme son meilleur ami et c'est pourquoi il était tout excité de le revoir après une année au loin.
Ils arrivèrent chez les Kettleby aux alentours de midi, par voie de Cheminette. Ces derniers habitaient dans un quartier moldu de la banlieue de Londres où les maisons de briques rouges, toutes identiques, étaient collées les unes aux autres.
La Cheminette les déposa dans un salon confortable, quoi que petit. Une délicieuse odeur de pâtisserie se répandait dans l'appartement.
Scorpius observa la pièce : ça n'avait pas beaucoup changé en un an. Des livres s'accumulaient en tas à côté du canapé –sûrement du fait d'Albus. L'ensemble semblait menacer de s'écrouler.
Un homme brun d'une trentaine d'années sortit de la cuisine, un tablier autour du cou.
« Ah, vous êtes déjà là, je ne vous attendait pas aussi tôt »
« Nous sommes à l'heure, Potter.» Il cracha ce dernier mot. Son père avait dit à Scorpius que c'était un surnom qu'il lui avait donné lorsqu'ils étaient plus jeunes. Et même si ça lui paraissait vraiment bizarre « Pottier » pour un surnom, il avait arrêté de se poser des questions à propos des deux hommes.
« Monsieur, Albus est dans sa chambre ? » dit Scorpius en jetant un regard interrogatif au brun.
« Non, il est au parc avec Anton, son voisin. Tu peux aller le prévenir que nous mangeons dans un quart d'heure ? Tu peux rester avec lui en attendant… »
« J'y cours monsieur Kettleby ! » dit il en disparaissant par la porte d'entrée.
Les deux hommes étaient désormais seuls, ce qui leur convenait parfaitement. En effet, ils partageaient tous deux un secret : ils n'étaient pas d'ici !
« Je suppose que tu as compris que je ne l'avais pas encore retrouvée… »
Le brun acquiesça.
« la tablette… », il commença, hésitant « je me demande si nous ne devrions pas tout arrêter. Si ça se trouve, elle n'existe pas ici. Ou elle n'existe plus.»
La tablette s'était désintégrée entre les mains de Scorpius, alors qu'il était âgé de trois ans, lors de leur dernier voyage. Ils étaient piégés depuis presque dix ans dans une époque qu'ils n'avaient pas choisis.
« Les gamins ont fait leur vie ici, je sais. Mais j'ai toujours l'espoir de retrouver un jour ma femme. Je pensais que toi aussi. » Il y avait comme un reproche dans sa voix.
« J'y ai beaucoup réfléchi. » Il ignora le reniflement de mépris de l'homme en face de lui. « Supposons que nous soyons parvenus à sauver chacun notre femme, comment est-ce que nous aurions fait ? Tu aurai en face de toi un double de toi-même qui vit avec ta femme, partage son lit et, surtout, l'aime au moins autant que toi. Pourquoi elle te choisirait toi ? »
« Elle n'aurait pas à me choisir, si je tue l'autre. »
« Et elle te laissera faire ? T'es vraiment un taré fini., Malfoy. Je sais pas comment t'as réussi à m'embarquer dans cette histoire de fou.»
« T'étais fou, toi aussi. C'est pas moi qui ait trempé dans les affaires de magie noire. Des trucs à faire peur à ce bon vieux Voldemort.. » Il s'arrêta brusquement, en apercevant les deux garçons qui rentraient du parc.
« On ne leur dira rien. » dit précipitamment le survivant.
L'autre répliqua : « On verra. » avant de se reprendre « Quand ils voudront baiser leur grand-mère. »
Leur conversation s'arrêta là, sur un regard noir des deux partis.
Note :
Les Malfoy du futur sont désormais connus sous le nom de Le Fey
Les Potter sont les Kettleby.
Ils ont choisis ce nom d'après leur carte de Chocogrenouilles préférée (ce sont de grands gamins)
