Draco
Londres, 1930
La vie de Draco était plutôt différente de ce qu'elle aurait pu être s'il était resté dans les années 80. Il était même presque content d'être resté bloqué ici. Content pour Scorpius, son fils adoré, qui n'aurait pas à souffrir de sa funeste célébrité un peu moins pour ses recherches.
Il y avait longtemps maintenant que Draco était atteint par le virus de la recherche. A la mort d'Astoria, il avait dû se trouver un but, pour réussir à élever son fils malgré les obstacles inhérents à sa réputation. C'était plus facile ici. Personne ne le connaissait, sauf Potter. Et ce dernier semblait avoir attrapé la manie du vieux fou de donner une seconde chance à ceux qui en avaient besoin. C'est ainsi que Potter se rapprochait le plus à l'heure actuelle de ce qu'il pouvait appeler un « ami ». Quelqu'un sur qui compter. Ça avait été plutôt progressif, mais on n'a pas beaucoup d'autres solutions quand on ne peut dire à personne qui on est ni d'où on vient.
En arrivant en 1930, tout ne s'était pas déroulé comme prévu. Tout d'abord, ils ne souhaitaient pas atteindre cette époque, mais un évènement se déroulant presque vingt ans plus tard : la chute de Gellert Grindelwald. En effet, ce brave homme possédait - paraît-il - un nombre certain d'objets pour le moins intéressants, et cela aurait permis à Draco de continuer ses recherches sur la Magie. Enfin, ce petit détour par le passé aurait pu être sans conséquences, si seulement !
Il avait eu le malheur, un matin, de trouver son fils alors âgé de trois ans, la tablette entre les mains. Potter était alors sorti en ville pour chercher de quoi nourrir les petits. Alors que le jeune garçon s'apercevait de la présence de son père, un souffle s'échappa de l'artefact, suivi d'un dégagement phénoménal de fumée. N'écoutant que sa peur de perdre son fils, Draco s'échina à lui retirer la tablette des mains. Celle-ci voyait sa surface se fracturer, alors qu'elle restait en un seul morceau entre les mains du petit garçon. Elle semblait en feu, mais il ne s'en dégageait aucune chaleur. Alors qu'il essayait de récupérer l'objet, Draco ressenti un picotement progressif au bout de ses doigts et lâcha la tablette sous la surprise. Tout s'arrêta alors. Rien n'était visible sous la fumée, mais lorsque elle s'atténua, il ne restait plus entre les mains de Scorpius qu'un tas de poussière.
L'enfant semblait en état de choc, mais aucune blessure n'était visible. Il avait probablement reçu une dose très importante de Magie et il était plus prudent de l'amener à l'hôpital pour rester en observation.
C'est ainsi que Draco Malfoy se retrouva à Sainte Mangouste, un bambin dans chaque bras et l'esprit complètement embrouillé. Il avait l'impression de planer, comme s'il avait respiré un peu de ce Skooma dont raffolait Blaise. Il ne pouvait décemment pas laisser le petit Al sans surveillance dans la chambre qu'ils avaient loués.
Les couloirs de l'hôpital étaient bondés. L'épidémie de dragoncelle était tellement importante cette année là qu'elle avait fait la Une des journaux. Au moins, il ne s'agissait pas du service où se rendait la petite troupe. A l'accueil on les avait dirigés vers le service des sortilèges, au troisième étage.
C'était à ce moment là que Draco avait dû se trouver un nom d'emprunt. Il devait en changer à chaque époque pour éviter la redondance de son nom.
« Draco Le Fey. Comme Morgane Le Fey, des cartes de Chocogrenouilles. » C'était sa carte préférée, celle d'une sorcière maléfique aux grands pouvoirs, une de ses ancêtres selon la légende familiale. Et puis son nom sonnait un peu comme « Malfoy », alors ce serait plus facile s'ils restaient bloqués ici.
Merlin, j'ai oublié de laisser un mot pour Potter. Il va me faire une crise si je ne le préviens pas au plus tôt… pensa immédiatement le blond
Heureusement, ils furent pris en charge rapidement par une infirmière d'un certain âge. Scorpius avait une respiration et un rythme cardiaque trop rapide, ainsi que des pupilles dilatées.
« Comment dites-vous que ça s'est passé ? »
« Je fais des recherches sur un objet magique relativement dangereux. Il y avait des protections autour, mais je crains que mon fils n'ait réussi à les contourner.. par magie accidentelle, je ne vois que ça. Cet objet n'est pas sensé s'activer sans l'utilisation d'un « mot de passe ». Il avait l'objet entre les mains quand je suis arrivé. La décharge s'est déclenchée quand Scorpius s'est rendu compte que j'étais là. »
Il n'avait pas de mal à entrer dans son rôle de père choqué et inquiet, puisque c'était, en fait, vraiment le cas. Draco Malfoy était inquiet. Pour son fils et sa santé, pour lui si Potter se rendait compte de leur disparition et aussi pour eux-tous. Ils n'avaient plus la tablette. C'était une catastrophe.
« J'ai oublié de vous dire : j'ai reçu ce qui m'a semblé une décharge de Magie lorsque j'ai touché l'objet. Je crains que mon fils n'en ait absorbé plus encore. »
« Alors vous devez vous aussi être examiné, Monsieur. »
« Je dois prévenir quelqu'un que je suis là avec les garçons, ça ne peut pas attendre ? » L'infirmière eut un sourire compréhensif, peut être pensait il qu'il allait prévenir sa femme. Elle allait être surprise.
« Je vous le déconseille, mais soit, vous êtes adulte. Avant tout, je vous prie d'inscrire votre nom et adresse, au cas où il vous arriverait quelque chose. Ensuite, il me paraît plus sage de laisser ce deuxième bambin ici. Vous serez examiné à votre retour. »
Albus était calme, comme toujours, mais il fut difficile de le dégager des bras de Draco. C'était décidément un drôle de petit bonhomme. Il semblait savoir écouter, observer, mais il n'avait encore jamais prononcé un mot. Les deux hommes savaient que ce n'était pas normal, mais malheureusement la psychologie des enfants n'était pas un domaine connu du monde des sorciers. Quand on est habitué à un certain degré de bizarrerie…
Potter n'était pas encore rentré, alors Draco décida de lui laisser un mot. En insistant sur le fait qu'ils étaient tous en bonne santé. Il espérait seulement que c'était vrai, mais Potter n'avait pas à le savoir. Pas tout de suite. Il retourna à Sainte Mangouste immédiatement après, toujours par voie de Cheminette.
Draco commençait à peine son examen qu'Harry déboula dans la pièce. Son regard avait quelque chose de semblable à celui du fameux soir au Département des Mystères : un très gros grain de la folie latente de son propriétaire.
« Merde, t'as été blessé ? Où est Albus ? Il est blessé aussi, c'est ça. Argh, je savais que c'était pas une bonne idée. J'aurais pas dû. J'aurais pas dû.» Il commençait à s'arracher les cheveux quand l'infirmier qui s'occupait jusqu'alors de Draco – un homme immense, à la peau noire comme de l'ébène - se décida à intervenir.
« Vous allez me suivre Monsieur. Vous n'avez pas l'air bien. Le petit Albus est en pleine forme. Il semble ne pas avoir été touché et il a été confié à la garderie de l'hôpital, en vous attendant. »
« Mais je dois le voir… »
« Vous devez surtout vous calmer. » répondit l'infirmier en faisant un signe à sa collègue, qui se trouvait derrière. Elle en profita pour lui jeter un sort sédatif, puis fit léviter le brun jusqu'au lit voisin. Elle sorti de la pièce en secouant la tête et en marmonnant contre « ces nouvelles mœurs qui dérangent le cerveau des honnêtes gens ».
« Bien, je compte sur vous pour le calmer à son réveil, Monsieur Le Fey. Les enfants ne vous seront remis qu'à cette unique condition. » reprit-il « Nous n'avions pas terminé votre examen. Alors reprenons : Avez-vous senti une douleur lors de cette décharge ? Et en ressentez vous une maintenant ? »
Les questions s'enchaînèrent pendant un petit quart d'heure, avant qu'il ne soit décrété que Draco ne souffrait d'aucun mal, si ce n'était son impression de planer et ses pupilles dilatées. Cela le fit rire de penser que la Magie était comme une drogue, un peu moins quand il prit conscience que son fils en avait reçu en plus grande quantité que lui.
L'infirmier rangeait son matériel, tout en regardant en biais cet homme blond qui riait seul comme un fou. Il comprit à quoi pensait ce dernier lorsqu'il fronça les sourcils, en posant un regard embué tout autour de lui.
« Ma collègue est allée chercher votre fils. Il devra rester en observation trois jours au minium, avec une visite semestrielle jusqu'à ses sept ans – quand sa Magie sera stabilisée. Nous ne lui avons rien donné pour atténuer les effets de la décharge – il n'existe pas d'autre remède qu'attendre. »
Tout se passa ainsi. Ils étaient à quatre dans une même chambre. Si Draco avait mis quelques heures pour redescendre, il fallu une journée de plus à Scorpius. Harry fut mis au courant de la situation dès son réveil et il fallut une nouvelle intervention des infirmiers pour le calmer. Albus semblait surexcité. Il sortait constamment de son lit pour rejoindre selon ses envies Scorpius, Harry ou Draco.
Un autre effet secondaire, et pas des plus banals fut mis en évidence lors de leur première nuit. C'est aussi à cette occasion qu'Albus prononça ses premiers mots, ainsi que sa première phrase. Il réveilla son père en pleine nuit en lui demandant :
« Papa, pourquoi Scorpius il brille aussi fort ? »
Et pour briller, Scorpius brillait. L'accident semblait l'avoir rendu fluorescent et il étincela toute la nuit. Malheureusement pour lui, les adultes semblaient plus heureux de découvrir qu'Al savait – en fait – parler depuis longtemps.
« Un sacré petit bonhomme, Al. Bientôt il va nous apprendre qu'il est Merlin lui-même. »
« Mais c'est moi, Merlin ! » mentit-il avec aplomb, avant de glousser caché, derrière ses mains. C'était un enfant, après tout.
Pendant leur séjour à Sainte-Mangouste, les deux hommes avaient eu le temps de préparer leur sortie. Ils semblaient bloqués à cette époque et ça ne leur plaisait pas plus à l'un qu'à l'autre, mais ils n'avaient pas le choix. Il leur fallait une nouvelle identité, ce qui n'allait pas être simple avec deux enfants qui comprenaient ce qu'ils entendaient. Ils décidèrent d'un commun accord que les enfants n'avaient pas à savoir. Ils oublieraient en grandissant. Sinon tant pis.
Draco avait un peu plus de chance qu'Harry, pour son intégration future. En effet, il était une tradition au Département des Mystères qui consistait à apposer une « marque » magique sur ses membres. Cette marque permettait de reconnaître chaque personne qui faisait partie du département, pour le reconnaître en cas d'accident, de missions sous couverture ou d'autres situations compliquées, comme les voyages dans le temps. Les langues-de-plomb, comme Draco, avaient accès à l'ensemble des équipements (la salle des cerveaux, la salle de l'arche, etc.) ainsi qu'à une salle de recherche dont ils pouvaient contrôler l'accès. Lorsque Draco avait rejoint le Mystère, après ses études, il avait été surpris de constater qu'aucun langue-de-plomb ne travaillait à plein temps dans les locaux du département. La plupart préféraient travailler chez eux – leur statut le leur permettant – et il leur était juste demandé de publier un compte rendu de leurs expériences ou recherches de la semaine. C'était un avantage extraordinaire pour un veuf, père d'un enfant qui venait juste de naître. Et il comptait toujours en profiter, 2 ans plus tard et plusieurs décennies plus tôt.
POV Draco
Presque dix ans qu'on est coincés ici. Et Scorpius et Albus qui rentrent à Poudlard. Le temps passe terriblement vite, mais ça n'amoindrit pas les sentiments. Je suis toujours follement amoureux de ma femme, Astoria, même après sa disparition, et même en sachant que je ne pourrai plus pas la sauver. J'ai pas tellement réussi à refaire ma vie. Potter, si. J'ai un boulot sympa, pas de collègues emmerdants, un fils adorable, mais j'ai l'impression d'avoir rien à faire ici, dans ce monde, dans cette époque ou dans cette vie. Tu me diras, je crois que j'ai toujours ressenti ça. A part quand j'ai rencontré celle qui allait devenir ma femme. Elle était merveilleuse, et tout ce qui me reste d'elle c'est quelques souvenirs et notre fils. J'aurai vraiment préféré qu'il lui ressemble, plutôt qu'à moi, mais c'est comme ça faut s'y faire.
Potter m'a avoué qu'il avait rencontré quelqu'un, et ça m'énerve. D'une certaine manière on est devenu très proches lui et moi. Pas que je sois intéressé par lui, mais on était deux fous qui pouvaient compter que sur l'autre pour s'en sortir, même pas sur nous-mêmes. J'ai un peu l'impression d'être abandonné. Je suis plus un gamin depuis longtemps, mais j'ai peur de ça. L'abandon. Heureusement que Scorpius existe sinon je crois que je serais dans une sérieuse dépression.
On a été acheter sa baguette, avant la rentrée. Un crin de sombral ! J'en reviens toujours pas. J'ai cru un moment qu'il avait trouvé la baguette des Trois frères. Heureusement c'est une autre. Mais cette baguette a l'air au moins aussi sombre que l'autre. Le pire ? ça ne lui correspond pas du tout. C'est le garçon de onze ans le plus joyeux que j'ai jamais vu. Même Luna Lovegood avait des périodes sombres. Lui non.
Sa première lettre doit arriver d'un instant à l'autre. Il me dira dans quelle maison il a été réparti, ainsi qu'Albus. C'est mon filleul, déclaré sur le tard, d'accord, mais mon filleul tout de même. Si son idiot de père décidait de l'abandonner, ce serait à moi de m'en occuper. Heureusement qu'il est pas assez stupide pour crever à un moment pareil !
En attendant je me prépare une tasse de thé, du Earl Grey, le préféré de Mère. Elle me manque aussi. On a pas idée de mourir aussi jeune d'une fièvre entropique.
Ah, voilà la lettre ! Je coupe soigneusement le bord de l'enveloppe, puis lis.
« Cher papa,
Je commence par le plus important : je suis à Serpentard !
Le trajet dans le Poudlard Express était super ! J'ai rencontré plein de gens dans le train, avec Albus. Y avait la fille que j'avais croisée chez Ollivander's. Elle s'appelle Lysandre. Elle est sympa, même si un peu bizarre. Et elle parle presque autant que moi ! Y a Albus qui dit qu'il la connaît, mais il sait pas dire d'où. Après on a rencontré Tom. Lui il était vraiment pas bavard au début, mais comme on a mis longtemps à atteindre l'école, on a quand même réussi à lui parler. Il connaît pas Poudlard alors je pense qu'il savait pas non plus qu'il serait un sorcier.
On a été répartis ensemble, avec Al et Tom. Lysandre est partie à Serdaigle. C'est dommage, j'espère qu'on pourra se parler quand même…
Je t'aime très très fort !
Je te promet une nouvelle lettre très bientôt ! J'ai trop de trucs à te raconter !
A bientôt !
Scorpius »
Al est à Serpentard. Potter doit être surpris. Je passerai le voir plus tard, je pense. C'est pas tout les jours que je peux le taquiner comme ça !
Lysandre. J'ai une de mes arrières grand-tante qui s'appelait comme ça. Bah, ça devait être un nom courant à l'époque.
Et le petit Tom, un né-de-moldu à Serpentard ?
