LE DESTIN RETROUVE

Bonjour à tous !

Merci à tous de me lire, j'espère que la suite va vous plaire. Voici un petit chapitre et à bientôt !

Je vous souhaite une agréable lecture. Bises, Bergère

Poupée dorée

C'était l'anniversaire d'Hermione. Seize ans. Elle était une des plus vieilles de son année, née au tout début de Septembre, elle changeait d'âge à peine commencée l'année. Albus, lui, venait à peine d'avoir quinze ans : elle se serait sentie vieille, peut-être, si ses deux amis n'avaient pas tous deux été bien plus grands qu'elle, et si Albus n'avait pas eu dans le regard cette lueur un peu surprenante de vieille sagesse, qu'il semblait avoir toujours un peu eue, mais qui s'accentuait avec le temps. Leur cinquième année s'annonçait passionnante. On leur avait annoncé une célébration incroyable cette année, parce que c'était les 900 ans de l'école, soi-disant. Hermione n'était pas sûre de la véracité de cette information – elle n'avait pas trouvé une seule date, même à dix ans près, pour la création de Poudlard – mais ne râlait que pour la forme. L'idée de célébrations, de quelques amusements un peu originaux, d'une vie différente dans le château, la séduisait franchement.

Black avait annoncé du haut de son podium qu'il y aurait une cérémonie officielle, aux alentours de mars, et avec cela la totale, un bal, des discours, des petits fours. Il présentait cela avec un profond ennui, l'air même franchement dérangé par toutes ses petites et insignifiantes affaires dont il faudrait s'occuper. Il termina par alors représentez avec honneur vos maisons, et se rassit. Hermione se retourna avec enthousiasme vers ses deux amis, espérant voir sur leurs visages un peu de sa propre joie : force lui fût de constater que, vraiment, c'était une joie de petite fille apparemment. Albus paraissait ennuyé, et Elphias franchement paralysé.

« - Mais c'est une bonne chose ! tenta-t-elle malgré tout.

- Bah, je te pensais moins frivole, Hermione, lâcha Albus d'un ton un peu dur, éteignant d'un coup toute sa joie. »

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Elle cligna des yeux, il faisait nuit, et ils venaient de rentrer d'une insupportable session d'écrase-pieds, ponctuée, comme si cela n'était pas suffisamment désagréable, de coups de fouet magique envoyés par le directeur de Gryffondor, le petit Derrida Weasley, qui semblait déterminé à voir sa maison avoir une danse parfaitement sèche, et aussi douloureuse que possible, le jour de la cérémonie. En s'affalant dans un fauteuil de leur salle commune, alors que la plupart des autres élèves de leur maison allaient retrouver leur lit avec le plus grand soulagement, elle poussa un soupir à fendre les pierres.

« - D'accord, Albus, tu avais raison. Je n'ai plus aucune envie de célébrer Poudlard…

- Je n'ai jamais rien eu contre célébrer Poudlard. J'ai un problème avec la manière dont ça va se faire. Tu vois ça ? Je ne vois pas le rapport entre l'école et les fastidieux cours de danse.

- Mouais…, lâcha-t-elle. »

Dernièrement, Albus avait de plus en plus de remarques de ce genre, qui lui déplaisaient franchement. Enfin, peut-être pas : il avait toujours été particulier, Albus, et régulièrement il lui avait dit des choses avec lesquelles elle n'était pas du tout d'accord. Non, le véritable problème, lui semblait-il, c'était plutôt que, depuis quelques mois, elle le prenait mal, et personnellement. D'ailleurs, elle n'eut heureusement pas le temps de se concentrer là-dessus, sans quoi elle se serait très certainement renfermée sur elle-même et aurait fini toute seule dans sa chambre à pleurer en laissant les deux garçons là, car Elphias, assis bien droit sur son fauteuil, d'un air propret, fit d'un air mécontent :

« - Franchement, vous avez beau jeu de vous plaindre, tous les deux.

- Comment ça ? demanda Albus.

- Parce que vous n'allez pas vous faire punir par Weasley parce que vous y allez seuls, à cette satanée cérémonie.

- Comment ça ?

- Le bal. Il faut y aller en couple, répéta Elphias.

- Ah oui ? fit Albus, l'air complètement déconcerté.

- Tu vois, tu n'écoutes même pas… Oui, et je peux te dire que si je me retrouve sans cavalière il va me… enfin je ne veux même pas y penser. »

Il y eut un silence. Hermione fronça les sourcils, de plus en plus haut. Elle avait oublié son agacement vis-à-vis d'Albus et de sa manière de s'adresser à elle.

« - Et tu crois que pour nous ça va être plus facile ? essaya-t-elle.

- Evidemment ! Albus est le cerveau de l'école, et toi tu es le cerveau de l'école et tu es jolie, fit Elphias sur le ton de l'évidence.

- Jolie ! ricana-t-elle en observant sa tenue de sorcière proprette.

- Je n'ai pas dit sophistiquée, Hermione, j'ai dit jolie, reprit Elphias sur ce ton d'évidence qui faisait qu'on le croyait toujours, parce qu'il avait ce sens des relations. »

Se sentant un peu gênée, malgré tout, elle fixa le plafond. Ils n'avaient jamais ce genre de conversations, d'habitude. On ne parlait pas de cœur, un point c'est tout, cela ne se faisait pas entre garçon et fille, même aussi proches. Elphias rajouta, avec une pointe de sous-entendu qu'elle choisit d'ignorer :

« - Oui. Et si vous n'y allez pas tous les deux, déjà. »

Hermione lâcha un gloussement qui se voulait moqueur, mais malgré elle son regard courut se visser dans celui d'Albus qui avait aussi tourné les yeux vers elle. Oui, elle aurait eu envie qu'Albus l'invite, elle ne… le demanderait pas, et elle y penserait plus tard. Mais oui, elle en aurait eu envie, accepta-t-elle soudainement. Ses deux yeux très bleus l'avaient accroché à lui, et elle resta pétrifiée, toute entière tournée vers lui, se sentant lue et s'attendant brusquement, maintenant, à ce qu'il ouvre la bouche et dise quelque chose comme… pourquoi pas ou Hermione, qu'en penses-tu ? Mais le moment s'éternisait, cette bizarre immobilité devenait douloureuse. Albus ne disait rien. Elle força son regard ailleurs, sur le côté, et retomba sur Elphias qui les observait avec la plus grande attention.

« - Elphias tu…

- Moi je… »

Ils commencèrent tous deux leur phrase en même temps, et abruptement s'arrêtèrent. Ce fut Albus qui reprit en premier :

« - Moi je m'en fiche d'y aller tout seul. Je n'ai pas envie d'aller demander à des filles de partout, c'est ridicule. »

Cette remarque dure laissa un silence, et Hermione mit du temps à reprendre son idée. Elle avait lancé cela à l'impulsion, et pour les mauvaises raisons. Elle laissa son entêtement la pousser à s'enfoncer encore un peu plus dans cette direction.

« - Elphias, si tu veux on peut y aller ensemble, dit-elle comme s'il s'agissait d'une affaire de business.

- Avec moi ? demanda l'autre comme si elle était tombée sur la tête.

- En tant qu'amis, sans sous-entendus. Je pense que tu te trompes, personne ne va me courir après. Et même si je n'apprécie pas franchement ta formulation Albus, je n'ai aucune envie d'aller courir après un cavalier que je ne connaîtrai pas. Sauf, rajouta-t-elle avec une sorte d'urgence et comme une échappatoire, si tu… veux inviter quelqu'un d'autre.

- Non, non, très bien… Parfait, si tu es sûre.

- Très bien, faisons ça, dit-elle d'un ton brusque en se levant.

- Hermione, tu me sauves la vie !

- Mais non, mais non, fit-elle avec un peu de dureté, partant à grands pas vers sa chambre.

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Trois semaines. Il lui avait fallu trois semaines pour se le dire à elle-même, entièrement, regardant son visage dans la glace : elle était amoureuse d'Albus. Voilà. Et après ? Cela ne devait rien changer dans sa vie. Elle ne devait pas changer de comportement. Elle ne devait pas espérer. Ce serait stupide, il était très clair qu'Albus n'était pas amoureux d'elle, mais il semblait même désespérément désintéressé par tout ce qui pouvait avoir trait au beau sexe. Elle regarda son visage dans la glace, ses dents mal assorties du devant, ses cheveux laids et brumeux, ses yeux sans grâce. Elle ne s'était jamais mise en valeur, elle n'avait jamais pensé cela nécessaire ou très important : soudain, elle détestait ses cheveux, ses dents, son corps un peu filiforme. Il serait toujours temps, un jour, d'arranger cela. Sa force première, ce serait de ne pas changer d'un coup. Elle avait un cerveau, et cela suffirait bien pour être l'amie d'Albus.

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Elle se sentait un peu mal soudainement. Elle regardait dans le miroir, son reflet de quand elle avait seize ans, un reflet encore moins flatteur que ce dont elle se souvenait. Que faisait-elle là ! Elle était revenue, elle y était. C'était le choc, c'était… elle était amoureuse d'Albus Dumbledore. Hein ? Elle se regardait se regarder et déplorer son physique, et se laissa retomber dans le tournis inévitable. Dans la chambre de Sainte-Mangouste, elle eut un sursaut désagréable, sur son lit. Mais elle n'eut pas le temps de rouvrir les yeux qu'elle était déjà repartie, retombée dans cette autre vie. La frustration de ne pas savoir, de ne toujours pas savoir ce qu'elle faisait là et ce qu'était ce la tint en alerte, encore un peu, et elle atterrit debout, à quatre heures de l'après-midi, au mois de mars, une robe dorée dans les mains, sa baguette et une série de produits sur sa table, et malgré tout franchement déprimée. Ne pas résister. Elle inspira fortement, et se força à se détendre. Sa propre conscience s'éloigna tranquillement, dissipant comme un nuage ses propres inquiétudes.

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C'était un bal, on avait exigé d'eux tous qu'ils soient parfaits, de haut en bas, pas de danse et coupe de cheveux inclus. Weasley lui avait fait comprendre, d'un regard un peu dur, que si d'ordinaire il se fichait qu'elle ne soit pas très féminine, ses très bonnes notes ne suffiraient pas à justifier un buisson en lieu et place de chevelure. Maintenant qu'on était le jour en question, elle s'admettait complètement qu'elle avait fait tout cela en se voilant la face, comme si elle n'avait pas eu envie de se faire belle pour bien d'autres questions ! Maintenant qu'elle y était, et qu'elle était partie se préparer si tôt, elle ne pouvait plus que faire quelque chose de correct au moins. Ou rester à se cacher dans sa chambre, mais les chances que cela fonctionne étaient… limitées. Si elle abandonnait Elphias à son sort, il allait la tuer. Elle regarda son reflet encore intouché :

« - Poule mouillée, s'accusa-t-elle. D'abord, tu t'en fiches d'Albus. »

Pour le principe, elle se frappa la joue – un peu plus violemment que prévu – et après une lourde inspiration se mit au travail, petit à petit, un gros livre de sorts de beauté ouvert devant elle. Qui aurait cru qu'il y avait tant de sorts inutiles ! Elle avait tout prévu, et avait surestimé le temps. Avec une heure et demi d'avance, elle se tenait saucissonnée dans son corset doré et ses jupons, une grosse coiffure avec une fleur rouge sur la tête, des boucles de partout, les dents un peu refaites et le visage couvert de rouge. Maintenant quoi ? Ses voisines arrivaient, elle se cacha derrière les lourds rideaux de son lit à baldaquins, bizarrement honteuse d'être ainsi toute pomponnée.

Hésitante, enfermée derrière les rideaux, isolée des rires de ses camarades, se tenant fixe pour ne rien abimer, elle se sentait plus stupide que jamais. Alors, précautionneusement, elle s'assit sur le bord du lit, et prit un livre sur la pierre philosophale, un énorme bouquin illisible, fait de notes prises lors de conférences de Nicolas Flamel. Le temps alors s'écoula enfin, presque trop vite.

« - Hermione, lança une voix hésitante. Tu, tu es là… ? »

Elle ouvrit brutalement le rideau. Elle ne l'avait même pas remarqué, mais il n'y avait plus personne ici, autour d'elle. Les dortoirs étaient vides, il faisait nuit dehors. Elphias était exactement au niveau de la limite qu'il ne pouvait pas dépasser.

« - Je suis là, je suis là, se précipita-t-elle en passant les mains sur son impressionnante meringue de tissu.

- Ah merci Merlin ! J'ai bien cru que tu avais disparu, ou que tu avais trouvé un meilleur cavalier.

- Non, non, je ne te ferais jamais ça ! s'exclama-t-elle en passant ses chaussures précipitamment. Voilà, voilà.

- Wow, Hermione. Tu es impressionnante, tu vois j'avais raison.

- Merci, fit-elle essoufflée. »

Ils redescendirent les marches à toute vitesse, et déboulèrent sans grande classe dans le Hall, se redressant tous les deux. Elle lui prit le bras et tenta d'assumer une expression aussi professionnelle et belle que possible. L'endroit était bondé, les officiels étaient déjà entrés, et il s'agissait maintenant de ne pas avoir l'air d'un troupeau. Arrêtés derrière un couple de septième année, plus grands qu'eux, ils reprirent leur souffle.

« - Sais-tu si… ? tenta-t-elle doucement.

- Je crois qu'il n'a pas de cavalière. Mais je ne sais pas. »

Mais la réponse vint très vite. D'un coin, la voix du professeur Weasley s'éleva suraiguë :

« - Comment osez-vous ! et moi qui allait vous présenter au Ministre personnellement. Je vous préviens, vous allez me trouver quelqu'un pour vous accompagner le temps de la présentation, ou je vous fais exclure de cette école ! »

Un cercle se formait autour des deux personnes concernées, et ils virent Albus hausser les épaules d'un air assez faussement désolé, très bizarrement élégant dans une robe de cérémonie bleu ciel. Il avait quelque chose de déplaisant, une sorte d'arrogance, qui fit froncer le nez à Hermione. Le professeur renvoya Albus se joindre aux autres sous une pluie de reproches, se trouvant visiblement vraiment déçu de ne pas pouvoir faire un exemple, se privant ainsi du meilleur élève de tous les temps. Leur ami se recula, petit à petit, dans la foule. En tournant, il les aperçut du coin du regard. Ses yeux passèrent de l'un à l'autre, illisibles, et il s'arrêta longtemps sur sa silhouette à elle, habillée comme une poupée. Puis, secouant la tête, il disparut derrière la foule des élèves.