LE DESTIN RETROUVE
Bonjour ! Un immense merci à Pika-Clo pour ses reviews qui sont toujours si agréables à recevoir ! Et merci à mes autres lecteurs, n'hésitez pas à me donner votre avis ! Sur ce je vous souhaite une bonne lecture, et à dans 2 semaines ! Bises, Bergère
Au bal des illusions
L'ensemble de l'opération était, en fait, très fastidieux. Les officiels parlèrent un à un, chacun de ce ton oratoire forcé que l'on prend en toute occasion, très rythmé de façon artificielle. Ils se tenaient les uns à côté des autres, formant de longs rangs autour de la salle. Le bon point, c'était qu'avec tout ce temps passé à écouter d'une oreille ce qui se disait, Hermione eut le temps d'apprécier la décoration de la salle. Elle avait écouté consciencieusement les premières déclarations, au côté d'Elphias qui pour sa part resta concentré du début à la fin. Mais elle avait très vite compris que, de toute façon, ils allaient tous répéter à peu près la même chose, faire l'éloge de Phineas Black, parler de la longévité de l'école, et puis faire un grand discours sur l'inspiration que les Fondateurs doivent être pour nous tous, grâce à qui presque tout le monde magique de Grande-Bretagne était uni dans une connaissance commune et une culture partagée. Lorsque le troisième officiel eut répété tout cela dans un ordre différent, en exprimant surtout son immense gratitude, elle abandonna complètement.
Le haut plafond était caché par plus de bougies que d'ordinaire, et voletaient en l'air paillettes et brillants, qui ne tombaient jamais. Le long des murs, de lourds chandeliers flottant illuminaient la pièce d'une façon à la fois plus tamisée et plus impressionnante que d'habitude, et une lumière bleuâtre tombait d'on ne savait où sur l'estrade d'où chacun parlait tour à tour. Les tables avaient été enlevées, et ne restait qu'un pourtour de petites tables rondes et hautes, laissant une sorte de couloir dans lequel tous étaient parqués pour le moment, et la place d'une large piste de danse. Les tables encore vides étaient recouvertes de nappes de dentelles, aux couleurs des quatre maisons, et il était indubitable que dans quelques instants, lorsqu'enfin tout cela serait fini, elles se couvriraient des mets les plus fins. Son estomac était bizarrement noué, cette idée-là ne lui fit pas vraiment plaisir, pour être honnête.
Quant à tous ceux qui étaient là… c'était un déluge de couleurs vives et de tenues tout à fait grandiloquentes. La vraie différence par rapport au monde moldu qu'elle avait connu, c'était finalement que les hommes eux aussi portaient du rouge, du vert, du blanc, en de longues robes ornées. Certains avaient l'air ridicule, dans des tenues trop grandes ou qui ne leur allaient pas du tout. D'autres à côté, surtout les filles il fallait le dire, avaient tiré avantage de cette opportunité de porter autre chose que la tenue réglementaire. Elle n'avait rien à dire, elle faisait pareil. En face, tout seul au niveau d'un angle, et visiblement perdu dans ses pensées, Albus était encadré de deux couples de septième année, plus grands que lui, qui chuchotaient derrière lui. Il avait une sorte de prestance, comme oublieuse. Il ne fallait pas se concentrer là-dessus.
Elle revint poser son regard sur le ministre, qui était le dernier à parler. Un petit bonhomme, vraiment minuscule, enfermé dans des robes qui semblaient le faire tenir droit comme un pique et lui serrer même le cou. Et puis ça s'en était enfin fini. Le ministre invita la directrice adjointe, directrice de Serpentard, une sorte de fil de fer de près d'un mètre quatre-vingt, mais la personne féminine la plus haut gradée dans la hiérarchie de Poudlard, et l'on lança la musique. C'était la valse la plus ridicule qu'elle ait jamais vu et c'était dire, mais elle se retint de rire : tout le morceau, ils restèrent tous les deux les seuls sur la piste, la danse d'ouverture, sous le regard respectueux des adultes et franchement dubitatif de la plupart des élèves. Enfin, le morceau s'arrêta. Black invita O'Connor, ce qui faisait un couple moins ridicule, les préfets en chef, tous en cœur – ils n'avaient visiblement pas le choix – allèrent sur la piste, et puis le reste des officiels. A la fin de ce morceau, plus long encore, ils eurent le droit de bouger. Elphias lui tendit la main d'un air désolé de lui imposer cela, mais il ne dansait pas si mal. C'était plutôt la foule qui rendait la chose difficile, mais tant pis.
« - Merci encore, Hermione. Je ne suis pas Albus, je n'aurais pas pu simplement venir tout seul.
- Arrête, c'est un service mutuel !
- D'accord, mais bon… Enfin tu es vraiment très jolie dans cette robe. Tu vois comme j'avais raison !
- Elphias…, rit-elle. »
Le morceau finissait, ils s'étaient éloignés de la piste et Hermione avait saisi, pour s'occuper, une coupe d'allez-savoir-quoi. Albus était de l'autre côté et, les ayant aperçus, finit par se décider à revenir dans leur direction, faisant le tour par derrière les tables, mais Weasley l'attrapa en chemin. Le professeur tenait par le poignet une grande fille de septième année, une gryffondor plantureuse et ravissante, très maquillée, visiblement ce qu'il avait trouvé de plus présentable, et saisissait Albus par la manche le posta à côté d'elle d'un air sévère ; elle passa docilement le bras dans le sien. Albus avait un air boudeur très exagéré qui lui fit échapper un petit sourire en coin, malgré sa désapprobation pour ce qui était de la manière de se comporter.
« - Se plaindre d'être présenté au ministre de la Magie en personne, fit Elphias, c'est bien Albus ça !
- Ah ça… »
Malgré elle, elle sentait combien elle aurait apprécié, elle, être présentée au ministre, pouvoir dire qu'elle lui avait parlé en personne. Quelque part, pas très loin de l'estrade, le cavalier de la jeune fille semblait prêt à déverser tout son ressentiment de s'être vu retirer sa cavalière et de se retrouver tout seul. Elle reporta son regard vers Albus et la jeune fille à côté, ressentant à son tour un petit pic de jalousie, mais retenant toute remarque.
« - Je suis sûre qu'il ne se rend même pas compte qu'elle est là, lui dit Elphias.
- Hein ? Euh… ah oui peut-être, répondit-elle comme si cela ne lui importait pas. Possible. »
Cette manière qu'avait Elphias de toujours tout sentir et pressentir était parfois franchement désagréable. Elle se sentait atteinte profondément, mise à nu. Elle secoua la tête et dit avec un rire un peu étranglé :
« - C'est elle qu'il t'aurait fallu, comme cavalière.
- Mais non… »
.
C'était tard dans la soirée. Une grande partie des élèves étaient partis, de ci de là, et il n'y avait plus un seul officiel du ministère. La piste était à moitié vide, certains y dansaient une sorte de quadrille qui n'avait rien à voir avec la musique. Elphias était parti se coucher, mais, ne sachant même pas trop pourquoi, elle était restée, assise dans un coin sur un tabouret qu'elle avait récupéré par hasard. Elle regardait toute la pièce avec une bizarre nostalgie, un peu déçue de tout et sans pourtant mettre le doigt dessus.
« - Hermione ? »
La voix l'Albus n'avait pas ce ton un peu orgueilleux de d'habitude, elle y décela une pointe d'hésitation qu'il semblait ne jamais connaître, ou du moins toujours cacher, et en se retournant elle trouva son regard, malgré tout, aussi libre que d'habitude, aussi illisible. Sa main monta, par réflexe, vers sa coiffure qui, depuis le temps qu'elle était en place, devait avoir sévèrement perdu de sa tenue, mais elle l'arrêta en l'air, se forçant à ne pas faire attention à cela.
« - Oui ?
- Je pense que la soirée est bientôt finie, lui dit-il.
- Elle n'était pas magnifique, répliqua-t-elle en reposant ses mains à plat, chacune sur un genou. »
Il ne lui répondit pas tout de suite, continuant à la fixer, droit dans les yeux. Elle se sentit transpirer, et s'en détesta. Il lui tendit la main, avec un sourire un peu amusé, et demanda.
« - Alors, une danse ? »
Elle hocha bêtement la tête, sans même trop y réfléchir, mais resta assise un moment avant de réagir et de se lever en lui tendant la main. Il lui prit la taille, sans appuyer, presque comme s'il n'y était pas, elle posa la main sur son épaule. Elle se sentait très calme, maintenant, très tranquille : c'était Albus, malgré tout, elle le connaissait très bien. Etre amoureuse de lui, maintenant que la valse commençait, ce n'est pas grand-chose, tout bien réfléchi. Malgré tout son dédain apparent pour cet exercice, Albus dansait très bien – bien mieux qu'Elphias. Elle dut ouvrir grand les yeux de surprise, car il émit un petit gloussement :
« - J'ai suivi les cours comme toi, tu sais.
- Quand même, sourit-elle. »
Le silence retomba. La musique était rapide, il était tout compte fait assez facile de ne pas parler, de se concentrer sur les mouvements et sur sa respiration. Maintenant que la piste était vide, il était beaucoup plus facile de se déplacer qu'en début de soirée, ils passèrent trois ou quatre fois devant l'estrade lorsque le morceau fini. Et enchaîna sur quelque chose de bien plus lent. Ils restèrent là, cette fois il y avait tout le temps de penser, et de parler, mais elle ne lui demanda pas pourquoi, ni quoique ce soit d'autre. De son regard bleu, il regardait autour de lui, semblant balayer la salle du regard, son pas était un peu moins assuré qu'avant.
« - Je suis désolé, de ne pas t'avoir invitée avant.
- A danser ? Je ne danse pas très bien Albus, tu avais bien raison…
- Non, non, avant ça. »
Il baissa enfin le regard vers elle, tranquillement, de l'air de n'en rien penser, comme toujours. Elle ne put s'en empêcher, une partie d'elle s'enflamma. Elle crut voir arriver tout, tout ce dont elle savait que l'absolue impossibilité, l'irréconciliable imaginaire. Elle déglutit avec un peu de difficulté :
« - Mais non Albus, voyons. Ce n'est rien.
- Tout de même. Je veux dire, j'aurais dû rebondir sur la suggestion d'Elphias, j'ai cru comprendre que c'était ce que tu attendais.
- Euh… Oui, je l'avais envisagé. C'est tout. Ce n'est rien. »
Il ne rajouta rien. Elle resta, le visage tendu en l'air, vers lui, l'observant, prête presque à se faire embrasser. La valse se finit, Albus la lâcha tranquillement, il ne rajouta rien pendant un moment puis, saisissant un verre – un verre pour lui, pas pour elle – lui dit :
« - Bon, tant mieux. Et puis tu étais avec Elphias.
- Oui… fit-elle d'une petite voix. »
Il fit un petit bruit, comme un rire, en marchant vers la sortie, attendant visiblement qu'elle le suive. Et elle le suivit, tout en se sentant un peu bête : toute cette montagne qu'elle s'était faite d'une pauvre petite valse sans signification. Les couloirs étaient vides, elle aurait eu envie de l'arrêter – qui disait qu'elle avait décidé de quitter la fête elle ? – mais ne parvenait pas à se décider.
« - Tu sais, Elphias avait du nez quand même ?
- Euh… oui pourquoi ?
- Tout le monde t'a trouvée très jolie, la moitié des garçons que j'ai entendu parler de toi ont remarqué.
- Oh… »
Il n'ajouta rien. Il ne dit rien de plus. La déception acheva de s'inscrire en elle, le corset qui lui serrait la taille lui rentrait soudain dans les côtes, elle avait mal aux pieds et elle se trouvait ridicule. Elle eut envie de lui dire quelque chose, envie soudainement de tout mettre au clair. Et puis, en ouvrant la bouche…
« - Et sinon, ce ministre de la Magie ?
- Un poids plume, et pas que physiquement. Il trouve que Nicolas Flamel, ce n'est pas grand-chose. Un imbécile.
- Je vois… »
