LE DESTIN RETROUVE
Bonjour ! Un grand merci à Pika-Clo pour ses reviews ! Et merci à mes autres lecteurs, n'hésitez pas à me donner votre avis ! Sur ce je vous souhaite une bonne lecture. Bises, Bergère. PS : j'en profite pour espérer que vos proches vont bien.
Colère de dragon
Elle avait ravalé sa honte, pourtant connue d'elle seule, de toutes ses étranges espérances qui l'avaient percée de part en part pendant le bal. Elle s'était levée le lendemain matin, elle était allée manger, elle avait rigolé avec les garçons, discuté avec Elphias, passé un long moment à la bibliothèque, elle avait fait sa journée la tête haute, l'air de rien, et elle avait retrouvé son lit, et les jours s'étaient enchaînés. Elle n'y pensait presque plus. Aujourd'hui, même, en ce tout début de mois de juin, Mikhaïl Weasley, un petit-cousin de leur professeur à un degré inconnu, et incidemment placé à Poufsouffle, était venu lui demander s'il pouvait lui écrire pendant les vacances, sans que cela soit gênant ou… Elphias avait soufflé derrière elle qu'il était de la branche riche de la famille. Elle en était devenue rouge vif, et elle avait balbutié un oui. Il ne s'agissait pas d'épouser ce rouquin à l'air un peu patibulaire, mais finalement, correspondre comme cela, pourquoi pas, cela lui changerait les idées.
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Elle rouvrit les yeux. Au milieu de sa sixième année, dans la Grande Salle, face à la tasse de thé qu'elle prenait toujours pour petit déjeuner, avec un verre de jus de citrouille et des œufs. Tout était normal, Albus et Elphias étaient du côté masculin de la table, face à elle. Albus ne mangeait que des choses sucrées, son thé même était rempli de plusieurs sucres. Oui, cette scène était normale, Mikhaïl était passé lui dire bonjour. Il avait une présence agréable et tranquille, et il la couvait de regards admiratifs qui, malgré tout, avaient quelque chose de plaisant. Elle ne lui était pas du tout attachée, non, mais enfin, elle appréciait sa présence. Enfin oui, tout était normal, ce matin. Jusqu'à l'arrivée du courrier. Elle n'avait que le journal, Albus pour sa part une lettre du Ministère au sujet de laquelle il marmonna, en l'ouvrant, sûrement le Magenmagot. Le journal n'apportait pas d'information fascinante, mais diligemment, pour rentabiliser son achat, elle se mit à lire, malgré tout, les articles principaux.
« - Mr Dumbledore ! »
La voix un peu aiguë du professeur Black raisonna dans son dos : visiblement, il y avait eu quelques murmures annonçant sa venue, mais absorbée dans sa lecture elle ne l'avait pas remarqué. Le Directeur ne se levait jamais de sa table pour venir vers eux, d'ordinaire, et elle ne put s'empêcher de se retourner rapidement et de jeter un coup d'œil : c'était bel et bien lui. Elle reporta son regard sur ses amis. Elphias devait avoir une expression semblable à la sienne, étonnée, mais Albus ne semblait pas plus surpris que ça, peut-être davantage gêné d'ailleurs. Phineas Black arborait une expression si proche du respect, pendant la seconde où elle l'avait vu, qu'elle se dit que cette lettre du Magenmagot, ce n'était peut-être pas si anodin. Il s'éclaircit la gorge, bruyamment, avec une sorte d'emphase qui donnait l'impression qu'il allait se lancer dans un monologue. Ne voulant pas se tordre le cou à la manière d'une autruche et avoir l'air d'une imbécile, elle dut se concentrer sur les expressions de ces amis pour avoir une idée de ce que le Directeur faisait. Enfin il reprit.
« - Monsieur Dumbledore, toutes mes félicitations !
- Merci monsieur le Directeur, dit Albus d'un air dégagé, mais en baissant les yeux.
- Non, non, vraiment, vous faites honneur à l'école. Il n'y a pas de trophée pour ce genre d'accomplissements, mais je vous ferai faire une plaque, ou quelque chose.
- Merci, répéta Albus de cette expression toujours à la fois fière et honteuse, qui parvenait à la neutralité la plus totale et qui sembla, de ce fait, mettre un doute dans les pensées du Directeur.
- Dans son courrier, le Ministre me dit qu'il vous a écrit, vous savez, pour vous faire part de la nouvelle avant la remise du prix. Je ne sais pas si…
- Si, si, coupa Albus un peu sèchement, ce qui sembla surprendre les autres autant qu'elle. Si, j'ai le courrier. »
En disant cela, au lieu de présenter la lettre qu'il venait de recevoir, il la couvrit de sa serviette dans un geste qui lui fit froncer les sourcils. Pour la première fois depuis l'arrivée du Directeur à côté de leur table, il lui vint à l'esprit de se demander de quoi il s'agissait. Elle ne se souvenait pas d'un événement particulier, d'une conférence, de quoique ce fut de ce genre, qui dans les mois derniers auraient amené Albus à une reconnaissance ministérielle.
« - Très bien. Toutes mes félicitations. J'irai me procurer l'article, je vous voir ce dont tout le monde parle.
- Hm, acquiesça Albus de la façon la plus vague possible.
- Quel numéro ?
- Celui d'octobre, je crois.
- Très bien ! Bon, je me ferai un plaisir de vous accompagner à votre remise de prix. En attendant, passez une bonne journée. »
Lentement, Black s'éloigna. Le silence intimidant qui s'était installé dans la Grande Salle se dissipa lentement, laissant les conversations reprendre leur droit. Elphias semblait s'adapter à la situation docilement, avec même un manque de curiosité qui manqua la sidérer ; mais il lui sembla, à le voir grignoter un morceau de toast en regardant délibérément dans le vide, qu'il attendait en fait de voir sa réaction à elle. Une sorte d'effroi lui serra le cœur brutalement : il n'y avait pas de raison, du moins pour le moment, mais elle avait un bizarre pressentiment, nourri de toutes ces petites choses, de ces gestes à peine esquissés. L'impression qu'il y avait quelque chose là-dedans de louche, voire de nécessairement désagréable, de décevant ou… Elle s'éclaircit la gorge, qui lui paraissait sèche et serrée.
« - Albus ?
- Oui ? répondit-il. »
Il n'alla pas plus loin, pris une gorgée de thé. Elle s'agaça un peu, brutalement. La sensation de malaise se renforça dans son estomac, et elle déglutit avec encore plus de difficultés. L'idée de lui demander de quoi il s'agissait lui parut stupide, alors même qu'elle ouvrait la bouche – qui était-elle pour lui demander cela, sa mère, sa femme ? C'était ridicule… Il reprit une gorgée de thé, semblant ne regarder nulle part, et sa colère lui revint :
« - C'est quoi cet article ? lâcha-t-elle d'un ton qu'elle savait agressif.
- Un article, fit-il d'un ton désinvolte qui acheva de la rendre folle.
- Un article sur quoi ?
- Sur Nicolas Flamel.
- Hein ? »
Elle entendit sa voix monter dans les aigus, et quelques personnes se retournèrent dans sa direction. Elle se savait rouge et colérique, et tant de questions et de récriminations menaçaient de se former sur ses lèvres qu'elle ne pouvait, de toute façon, plus rien dire du tout, rien ne serait sorti de sa bouche entr'ouverte. Bien sûr, il était toujours possible qu'il y ait erreur, qu'elle soit en train de s'imaginer le pire sans raison, de se faire un film de A à Z. C'était possible, et malgré tout, l'absence de réponse d'Albus ne pouvait que confirmer qu'il y avait un problème. Elle se leva, repoussant le banc dans un grand raclement, et prit la direction de la sortie à pas forcenés, une expression renfrognée sur le visage, après avoir lancé un regard qui se voulait significatif à Albus. Il ne vint pas.
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« - Comment as-tu pu oser ? hurla-t-elle à la figure d'Albus, dehors sous la neige avec une grosse capuche, sans gants et sans écharpe.
- C'est un article, et ce n'est pas…
- Ce n'est pas un article d'alchimie portant sur la pierre philosophale, peut-être ?
- Si, mais…
- Mais c'est ce que j'avais commencé à travailler moi, c'est ma question et mon idée. Et non seulement tu écris un article sans m'en parler, mais en plus ensuite tu ne daignes même pas m'expliquer ce qui s'est passé ! Et tu ne préviens pas et…
- Hermione, je…
- Hermione, gnagna, tu vas encore me prendre pour une imbécile ! Encore !
- Comment ça ? s'énerva-t-il à son tour.
- Ce n'est pas la première fois que tu ne me dis pas des choses de ce genre. Mais là c'est du plagiat !
- Mais non ! se défendit-il.
- Oh si ! Mais tu sais ? Je n'en ai rien à faire, au fond, tu as sûrement fait effectivement quelque chose de brillant de mon idée. Non, ce qui m'insupporte, c'est que tu ne m'aies pas même prévenu, que tu aies tout fait dans mon dos. Une idée que j'avais partagée avec toi en te faisant confiance ! »
Sa voix montant dans les aigus à nouveau, elle posa ses poings sur ses hanches, sentant que tout en elle était hérissé, elle ne savait même plus la sensation de froid. Elphias, un peu à l'écart, semblait attendre le résultat avec une curiosité mal-à-l'aise.
« - Hermione, franchement, écoute-moi…
- Non ! C'est fini. Tu es brillant, tu es intelligent, tu es… Enfin tout ce que tu veux ! Mais là, c'est fini, insista-t-elle.
- Quoi ? demanda-t-il en ouvrant de grands yeux, surpris d'une manière qui acheva de la rendre folle, si la chose était même possible.
- Notre amitié, Albus ! Ou devrais-je dire cet arrangement dans lequel tu te sers de moi quand tu en as besoin, et un point c'est tout ? »
Albus lui répondit, quelque part derrière elle, sa voix se perdant dans les flocons de neige, et, surtout, dans sa volonté de ne rien entendre de ce qu'il pensait qu'il pouvait dire pour arranger les choses. Elle se sentait brûler des pieds à la tête, au point même que les flocons se transformaient en pluie au-dessus d'elle. Oui, elle était absolument furieuse et, surtout, elle ne voulait pas abandonner sa rage. Quelque chose, profondément, en elle, savait parfaitement que si elle faisait cela, si elle se laissait aller à ressentir autre chose d'une colère dévorante, ce serait la tristesse, la déception, même le chagrin d'amour, qui viendraient la consumer ainsi. Et cela ridicule, en plus d'être triste. Mieux valait en vouloir à Albus, mieux valait couper ici des fils bien trop douloureux, qu'elle avait laissés l'enserrer au fil du temps, qui en étaient presque à lui aliéner, au-delà du cœur, l'esprit. Mais non, il n'en était pas question. Oh non ! Que cet espèce d'égoïste si plein de lui-même fasse sa vie sans elle. Peut-être avait-elle réellement besoin, ou envie de lui dans sa vie, mais il était hors de question que…
« - Hermione ? »
À bien un mètre derrière elle, observant une sorte de distance de sécurité qu'elle ne pouvait qu'applaudir, Elphias tentait visiblement de la faire revenir sur terre.
« - Non, non, Elphias. Dans l'état où je suis-je vais t'envoyer bouillir dans le lac et tu n'as rien fait, toi…
- Mais… ça va ?
- Non ! coupa-t-elle avec violence avant de tenter de se radoucir. Non, pas vraiment, mais… ne t'en fais pas. Je ne vais pas te demander de choisir ton camp. »
Son sourire était si figé qu'il lui faisait mal au coin des lèvres. Aussi elle ne tint pas longtemps et repartit à grand pas vers le château. Non, elle n'était pas d'humeur.
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En se levant, elle trouva un hibou tapant à la fenêtre de la chambre qu'elle partageait, avec insistance. Les cheveux encore emmêlés et se trainant hors de son lit, elle alla récupérer le papier qui était accroché à sa patte. D'un air effrayé, l'oiseau s'enfuit alors subitement, et la laissa avec le parchemin, bizarrement doux au toucher. En se frottant les yeux, elle vit le titre du magazine d'où cela provenait, Alchimie magie, et tout de suite sentit la colère la reprendre. Alors en plus il avait le culot de lui envoyer à la figure le résultat de son pillage. Ah bah oui, vraiment ! Sortant sa baguette, prête à détruire tout de suite la page, elle remarqua cependant un énorme barbouillage en rouge, en bas, auquel son regard accrocha malgré elle. Avec une plume, à l'encre écarlate, quelqu'un – Albus, sans l'ombre d'un doute – avait entouré une dizaine de fois ce qui semblait être une note finale, puisqu'elle faisait suite à la signature. En dessous de l'ensemble de l'article, il avait écrit : « Avec tous mes remerciements envers Hermione Granger, qui a été la première à m'intéresser à ce sujet et à qui je dois bien des idées. »
Ses yeux s'agrandirent brutalement, puis elle les plissa et approcha le papier avec un air de suspicion. Comment ça, il l'avait citée ? Elle relut cette espèce bizarre de dédicace finale le nez retroussé, incapable de décider ce qu'elle pensait. Bon, il avait mis son nom, il ne lui avait pas tout volé de façon absolument affreuse, d'accord. L'article, écrit en tout petit, était entièrement imprimé sur la grande page : sans trop s'en rendre compte, par une sorte d'habitude qui, sans doute, ne la quitterait jamais, elle commença à le lire. C'était bien le style d'Albus, simple et naturel jusque dans les moments où il abordait des notions vraiment complexes. La lecture, à dire vraie, était passionnante. Arrivée au bout, elle bouillonnait de questions, de remarques. Son regard retomba sur le nom qu'il avait mis en avant, visiblement dans l'espoir de la calmer, d'apaiser la colère qui ne l'avait pas quittée depuis près d'une semaine. Cela lui redonna un sentiment d'injustice et de colère, nourri d'une bizarre admiration pour cet article brillant. Sa baguette était toujours dans sa main, elle la pointa vers le papier qui s'enflamma dans une sorte de rugissement, comme mangé par un dragon.
Ah oui, il pensait se faire pardonner si facilement ? Eh bien il rêvait !
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« - Mais Hermione, tu ne peux pas le détester à ce point ?
- Ah mais… le détester, non. Lui en vouloir au point de ne pas avoir envie de lui parler ou de le voir, ça oui. »
Elphias poussa un soupir. Elle pouvait le comprendre. L'année touchait à sa fin, et elle n'avait toujours pas adressé la parole à Albus. Enfin, si, elle lui avait dit « Bonjour » et « queues de rats » pendant un cours de potion où ils s'étaient retrouvés en paire. Albus paraissait désolé, un peu. Pas assez pour lui donner envie de passer l'éponge réellement. Finalement, c'était Elphias qui payait les pots cassés : pour sa part, elle était encore assez remontée pour ne pas ressentir à plein combien il lui manquait. La nuit, si, quand elle cherchait à s'endormir. Mais elle se tenait si occupée…
« - Bon, et Mikhaïl ?
- Mikhaïl ? Il est gentil.
- Hermione ?
- Oui, répondit-elle d'un air distrait.
- Il t'aime vraiment beaucoup…
- Ah non, arrête avec ça ! s'exclama-t-elle. Est-ce que je t'embête avec Joséphine, moi, hein ?
- Hermione, je t'ai dit que j'étais amoureux de Joséphine et je t'ai demandé conseil. Ça n'a rien à voir…
- Bon, il est gentil, oui, c'est tout.
- Ok, ok, d'accord, abandonna son ami. Je n'en dis pas plus, avec ton tempérament de feu en ce moment, je vais prendre à la place du concerné ! »
