LE DESTIN RETROUVE

Ok, honte sur moi, honte sur ma vache (oui c'est Mulan) : je suis en retard d'au moins une semaine. J'ai des excuses (ma vie c'est le bordel, j'étais en concours blanc, passe l'agreg tu verras c'est rigolo) et vraiment, j'ai oublié. Mais bon mes excuses clairement on s'en fiche et donc, sans plus attendre, et avec mes plus grands remerciements à mes lecteurs et j'ai quand même l'affront d'espérer une review ! Je vous souhaite une agréable lecture ! Bises, Bergère

Raz-de-marée

Elle était partie en vacances pour l'été sans dire au revoir à Albus. Ils ne s'étaient pas écrit. Maintenant, sur la plateforme du Poudlard Express, elle ne parvenait pas à s'empêcher de regarder de-ci de-là, à la recherche de sa si caractéristique silhouette. C'était sa dernière année à Poudlard. Que ferait-elle, ensuite ? Elle n'en était pas certaine. Ces parents lui avaient fourni une rente, qu'ils promettaient de lui donner pour ses 21 ans afin qu'elle fasse ce qu'elle souhaitait dans son monde, ce monde qu'ils comprenaient si peu. Dans deux semaines, elle aurait 17 ans et, dans ledit monde, elle serait déjà majeure mais encore privée de moyens – elle avait tenté d'expliquer cela à ses parents, mais leur ouverture au monde magique avait ses limites et elle avait très vite compris qu'elle ne tirerait qu'un plus vif refus à insister de la sorte.

Peut-être retournerait-elle à ses parents, pendant un temps. Elle n'avait rien contre, mais il faudrait qu'elle se trouve une occupation. Elle ne s'imaginait pas du tout comme une femme passive, elle s'insupporterait. Et puis il lui faudrait gagner de l'argent : le pécule préparé par ses parents était confortable, mais pas pour une vie. Cela dit, elle savait qu'elle trouverait assez facilement un emploi subalterne. Pour le reste, en tant que femme… Enfin, elle aviserait. On lui avait expliqué que le monde sorcier, pour ce qui était de l'indépendance féminine, était très en avance. Elle attendait de constater.

Enfin, du coin de l'œil, alors qu'elle manœuvrait sa lourde valise, elle l'aperçut. Il paraissait s'être encore affiné de visage, un visage très délicat et volontaire, charmant, dont elle se détourna rapidement. Savoir qu'il était là lui suffisait, elle ne voulait pas entrer en contact davantage. Elle s'était calmée, sa rage bue jusqu'à la lie. Maintenant, elle l'avait pardonné, pour cette fois, et elle ne le voyait plus. Elle sentait néanmoins qu'au moindre contact ce sentiment insupportable qui ne voulait pas s'en aller du fond de son cœur reviendrait exploser et lui ferait faire la même erreur : à nouveau, elle ferait trop confiance à Albus, en qui on ne pouvait avoir qu'une confiance limitée, avec qui il n'y avait qu'une intimité limitée. Et, sans l'ombre d'un doute, elle attirait une fois de plus une déception intense voire une vraie blessure. Elle ne voulait pas se faire ça, et elle avait envie d'être à la hauteur de son idée d'elle-même : elle était à l'orée de devenir une femme mature, intelligente, indépendante. Elle se devait d'être cela. Albus entra dans le wagon des Préfets et Préfets-en-Chef. Il était bien sûr devenu cela, cette année. Il n'y avait pas de simples préfets et septième année, elle n'avait donc plus de poste. Mais cela lui allait. Elle avait l'autorisation de se servir des locaux de Potions personnellement, elle passerait le temps gagné à cela. Elle avait décidé de se perfectionner là-dedans, être à la pointe de quelque chose.

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Mi-octobre. Cours de transplanage. Beaucoup de désartibulations pour peu de résultat, l'instructeur n'avait vraiment aucun talent pédagogique. Rangés par ordre alphabétique, hommes et femmes mélangés, elle avait devant elle, à un rang d'écart, Elphias et Albus côte à côte. En réussissant sa tentative, Albus se trouva retourné, face à elle, vraiment précisément en face, presque comme s'il l'avait fait exprès – c'était lui, il n'était même pas impossible qu'il ait maîtrisé son premier transplanage aussi incroyablement. Il avait fini par cesser de la rechercher, parfois son regard bleu la parcourait de haut en bas et elle réprimait le frisson en serrant tous les muscles en elle, jusqu'au plus intérieur de la mâchoire. Immobile, il laissa son insupportable regard bleu la transpercer un moment, les traits fins de son visage parfaitement statufiés, comme si elle lui avait lancé un Petrificus Totalus particulièrement réussi. Puis son visage se fissura en quelque sorte, il tenta un petit sourire. Comme par réflexe, elle répondit par un sourire elle aussi. L'instant d'après, il avait fait demi-tour et expliquait comment faire à Elphias.

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La chevelure rousse de Mikhaïl était reconnaissable entre mille. L'autre jour, il lui avait proposé, lors de leur prochaine sortie dans Pré-au-Lard, d'aller prendre un thé tous les deux. Elle lui avait dit oui. Elle se sentait mener ce pauvre type en bateau, mais c'était plus fort qu'elle : il était gentil, sa compagnie n'était pas désagréable. Cela lui changeait les idées. Depuis, il l'évitait bizarrement. Il avait l'air d'avoir sauté le pas parce qu'on approchait de la fin de l'année, et que c'était presque, déjà, le mois de juin. La sortie d'ailleurs était pour après leur derniers examens, dans un mois. C'était un peu saugrenu, cette démarche mais tant pis, elle faisait avec. Le voir était agréable. Ne pas le voir ne la dérangeait pas.

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« - Hermione, je peux te demander quelque chose ?

- Oui…

- Pourrais-je te demander un service ?

- Oui ? »

D'accord, c'était puéril, mais il y avait un certain plaisir à laisser Albus dans cette situation incertaine, à le sentir très clairement en demande, ainsi, et elle en situation de donner ou non. Cela faisait du bien.

« - Je vais devoir m'absenter, demain.

- Oui. »

Paraître ne pas s'intéresser à la raison de son absence était très difficile, mais au prix d'un gros effort elle feignit l'indifférence. Il était venu lui parler, elle répondait, c'était déjà bien. Il ne lui donnerait pas la satisfaction de davantage.

« - Pourrais-tu me passer tes cours de runes ?

- Il n'y a personne d'autre ?

- Personne d'autre en qui j'ai réellement confiance.

- Ah. Et depuis quand as-tu besoin des cours ? ironisa-t-elle.

- J'aime bien les avoir quand même. »

Elle déglutit lentement, pesant sa réponse. Les runes avaient été, depuis la troisième année, leur matière. Parce qu'Elphias n'y allait pas. Plus même, les runes avaient été la matière préférée de leur amitié, pour ce qui la concernait, parce que c'était le seul cours où elle était meilleure que lui. Probablement parce qu'il se concentrait moins qu'elle, peut-être parce qu'il n'avait pas un sens très aigu des langues. Ils avaient des notes équivalentes, ce n'était pas la question, Albus n'avait que des Optimal, partout. Mais elle sentait mieux la langue que lui, il l'avait toujours reconnu.

Elle était en mesure de lui dire non. Elle l'observa.

« - D'accord, je les donnerai à Elphias.

- Merci. »

Il y eut une longue pause. Elle pressait ses lèvres, très serrées, très tendues. Si elle desserrait tous ces muscles, elle allait sans l'ombre d'un doute lui dire quelque chose. Elle ne voulait pas lui en donner la satisfaction. D'ailleurs, elle fut surprise de voir qu'Albus, lui, ne semblait pas préoccupé de points d'honneur de cette sorte :

« - Comment vas-tu ?

- J'ai dit que je te passais mes notes de runes. Pas qu'on faisait la conversation. »

Elle se retourna avec une sorte de violence et le planta là. Elle avait été si tentée de reprendre la conversation. Heureusement que son honneur piqué à vif l'avait rattrapée à temps. Sinon elle se serait rembarquée dans ce bateau qui ne pouvait, pour elle, qu'échouer. Il fallait continuer comme cela. Tant pis si, en même temps que ce bizarre sentiment de puissance, il y avait un peu de culpabilité.

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« - Eh bien voilà ?

- Oui… »

Depuis qu'ils avaient commandé leur thé, Mikhaïl avait un comportement très bizarre. Il était devenu rouge, du cou au front, comme s'il avait eu très chaud, et passait le bras dans sa chevelure rousse toutes les trente secondes.

Elphias lui avait dit de faire attention parce qu'il était amoureux d'elle, vraiment. Elle avait chassé l'idée d'un geste de la main, mais à le voir se tortiller comme cela, il fallait admettre que la chose était plus que probable. Elle n'était pas certaine de ce qu'elle en pensait. Cette espèce de sentiment qui l'emplissait de timidité n'était pas vraiment attirant, il la laissait assez peu enthousiasmée, mais pas inquiète non plus. Il ne disait plus rien, et le silence devenait gênant, elle se racla la gorge brutalement. Toujours rien.

« - Tout va bien, Mikhaïl ?

- Euh, oui, oui.

- Tu n'as pas l'air…

- Eh bien… Je voulais te dire quelque chose.

- Hm, hm. »

Elle n'avait pas envie de lui dire oui, au vu de ce qu'il allait dire elle ne voulait pas être trop engageante. Malgré elle, l'idée d'être ainsi appréciée si complètement lui réchauffait les entrailles, remontait l'image qu'elle avait d'elle-même. Il promena un regard affolé, comme une bête traquée, tout autour d'eux. Le salon de thé était presque vide, rien ne viendrait le sauver de sa propre résolution.

« - Voilà. Je… t'admire beaucoup.

- Euh… merci, fit-elle avait hésitation, ne s'étant pas vraiment attendu à cela.

- Je veux dire. Il n'y a aucun doute sur le fait que je te suis, euh, très attaché, mais je crois que tu le sais. »

Il fit une longue pause, elle se sentit obligée d'acquiescer, il n'y avait pas vraiment d'autre solution. Bizarrement, la déclaration ne lui réchauffait pas tant le cœur que ça, elle se sentait même un peu mal-à-l'aise dans ce bizarre tête-à-tête.

« - Mais je tenais à ce que tu saches que ce n'est pas un sentiment stupide et infondé. Je suis profondément admiratif de ton intelligence et de… Enfin, voilà, conclut-il en rougissant violemment.

- Merci… Mais…

- Non, non attends. Voilà, donc, je n'oserais jamais te euh… te demander une quelconque forme de liaison, comme ça. En plus tu viens d'une famille moldue, comme moi, nous devons avoir les mêmes habitudes de ce côté-là. »

Elle plissa les yeux. Où voulait-il en venir ? Elle déglutit un peu difficilement. C'était à son tour de se sentir isolée, comme sur un radeau, en pleine mer, rien à l'horizon que l'inconnu avec qui elle se trouvait. C'était assez franchement désagréable.

« - Donc, reprit-il avec une sorte de ton décisif. Je voulais te euh… D'abord, ne va pas immédiatement à la réponse, d'accord ?

- Oui…

- Et ne… Enfin… Voilà. Je suis aussi prêt à faire ça bien pour le familial…

-Mikhaïl…, tenta-t-elle d'interrompre.

- Donc. Veux-tu, Hermione, m'épouser ?

- Hein ? »

C'était sorti tout seul. Elle sentit que son visage s'était déformé dans une expression tout à fait disgracieuse et étrange. En face d'elle, celui qu'elle commençait à considérer comme un ami se décomposait à vue d'œil. Elle se força à se recomposer un peu, à quitter cette expression d'inquiétude surprise. La chose était très difficile.

« - Désolée, je ne… m'y attendais pas.

- D'accord, répondit-il d'une voix blanche.

- Vraiment, ne… c'était vraiment, tout simplement, de la surprise.

- D'accord…

- Je vais y penser. »

De toute façon, elle ne pensait à rien. Elle n'avait pas d'idée, elle n'avait ni chaud ni froid. Elle allait, effectivement, y penser. Le visage de Mikhaïl c'était un peu détendu, elle se sentait mieux. Le reste de son discours prenait à nouveau un sens : il voulait simplement qu'elle soit une femme honnête. L'idée semblait à un millénaire de toutes ses préoccupations.

« - Voilà, fit-il avec une voix enrouée. C'est un peu une bouteille à la mer. Mais c'est gentil d'y penser. Je vais… je vais te laisser. »

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Sur le quai, la figure d'Albus passa une fois encore, en quittant Poudlard pour toujours. Elle n'avait encore rien répondu à Mikhaïl, elle n'y avait pas vraiment pensé de toute façon. Elle s'était promis de se concentrer là-dessus pendant ce temps de latence, maintenant qu'elle était diplômée. Elphias partait avec Albus faire le tour du monde. Elle en ressentait un peu de jalousie. Elle-même restait là.