LE DESTIN RETROUVE
Bonjour à tous.
D'abord : pardon. Je suis vraiment désolée, ma vie personnelle et mes études ont été pour le moins chaotiques ces derniers mois et je vous ai laissés tombés. Mais j'ai besoin d'écrire, j'ai des chapitres d'avance, je m'y remets. J'ai bien conscience que j'aurais perdu certains d'entre vous mais je promets de faire davantage d'efforts.
Previously : Mikhaïl a demandé Hermione en mariage.
Je vous embrasse et espère malgré tout vos avis.
Bises, Bergère
Bouleversements épistolaires
Chère Hermione,
Je me permets de t'écrire le premier. J'espère que cela ne te dérange pas. Il ne s'agit pas de te presser dans ta réponse, tu as, je te l'ai dit, tout le temps du monde. J'espère que tu vas bien.
Mes parents, à qui j'ai dit que je t'avais, comme on dit, posé la question, aimeraient beaucoup te rencontrer. Si, par hasard, tu acceptais de venir passer quelques jours chez moi, dans le courant juillet, cela me ferait vraiment plaisir.
Bien à toi,
Avec toute l'affection du monde,
Mikhaïl
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« - Il est bien ce garçon, au moins ?
- Maman, je n'ai rien répondu encore. »
Elle avait commis l'erreur de parler à ses parents de l'invitation, et donc de la demande. Sa mère était devenue insupportable. D'un autre côté, elles n'avaient pas été si proches depuis très longtemps. Ce domaine-là, sa mère le comprenait. Bien mieux qu'elle.
« - Si tu y vas, pas d'imprudences…
- Maman…
- Tout de même. Et sinon, toute cette correspondance c'est lui ?
- Non. J'ai un ami qui prépare son tour du monde. »
Elle serra les lèvres. Oui, Elphias allait partir avec Albus, c'était presque chose faite. De son côté, tous les métiers où elle proposait ses services – c'est-à-dire des choses qui demandaient au moins un minimum de capacités de intellectuelles – finissaient par froncer les sourcils quand elle déclarait qu'elle était sans attache, à part ses parents moldus. Décidément, peut-être avait-elle sous-estimé ce que c'était, s'en sortir seule dans ce monde aussi, en étant une femme. Elle s'y était un peu attendue, mais à la réflexion tout cela ressemblait bien à la petite bourgeoisie d'où elle venait. Ce n'était pas très plaisant. Ses hautes capacités en Potions semblaient réduites à néant dès qu'elle n'était pas si magique que cela, et en plus de cela sans mari ou fiancé. En quoi cela affectait-il ses capacités, hein ? Pour peu, elle se serait revendiquée continuatrice de George Eliott. Mais cela n'atteignait pas les sorciers, de toute façon. Elphias et Albus faisaient le tour du monde, ensemble. Elle était clouée au salon de thé de sa mère. Peut-être allait-elle se rendre chez Mikhaïl, malgré tout.
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Cher Mikhaïl,
Tant que tes parents ne se font pas trop d'idées, alors avec le plus grand plaisir.
Affectueusement,
Hermione.
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Hermione,
Je me permets de t'écrire cette nouvelle moi-même parce qu'Albus a l'égo qu'il a toujours eu, et sans doute un peu de timidité, et il ne le fera pas lui-même. La chose a été étouffée pour le moment, mais cela sortira probablement bientôt dans le Prophète. Malgré tout, je pense qu'il voudrait que tu le saches avant, et je pense que tu le voudrais aussi.
Hier soir, la mère d'Albus est morte. Je ne sais pas trop ce qui s'est passé, mais en tout cas cette chose-là est sûre. Albus refuse de me voir, pour le moment, je n'ai pas très envie d'imaginer. Il est parti en recevant la lettre de sa sœur, me voilà tout seul au Chaudron Baveur. L'enterrement aura lieu samedi. Albus ne t'invitera pas, c'est sûr. Cela dit, je pense que t'y voir ne lui ferait pas de mal. Je ne te force bien sûr pas la main.
Pour ma part je t'embrasse fort, tu me manques,
Elphias
PS : Je t'en supplie, quoique tu fasses, tiens-moi au courant.
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Cher Mikhaïl,
Je suis désolée de changer d'avis si vite. Une circonstance exceptionnelle me retient pour les jours à venir, et je ne pourrai pas venir. Si la chose est possible, je ne suis pas du tout contre l'idée de venir plus tard dans l'été – si, bien sûr, cela ne dérange pas chez toi.
Une fois encore, pardonne-moi,
Hermione.
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Pourquoi ne lui avait-elle pas dit la vérité ? Enfin, pourquoi n'était-elle pas entrée dans le détail ? la nouvelle était dans la presse, maintenant, ce n'était pas un secret. Cette sorte de pudeur descendait un peu trop profondément, trouvant ses racines quelque part dans son cœur : elle préférait ne pas trop y penser. D'ailleurs, la question ne se posait même pas. Elle irait à cet enterrement. D'abord, elle avait été très amie avec Albus. Ensuite, cette espèce de colère en elle n'était pas du tout inhumaine : elle lui était bien trop attachée pour ne pas souhaiter le soutenir, dans la mesure du possible. Elphias, qui était déjà allé à Godric's Hollow, lui avait proposé de venir la chercher. Demain, dix heures. Il s'agissait maintenant de se trouver une tenue noire qui ne dénote pas parmi les tenues sorcières.
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Il n'y avait presque personne, dans la petite église de Godric's Hollow, et moins de monde encore lors de la mise en terre. C'était un peu surréel. Les trois enfants Dumbledore se tenaient l'un à côté de l'autre, tous ceux qui étaient là connaissaient déjà l'existence d'Ariana. Albus n'avait invité personne, il avait même presque fait de la contre-invitation, couvrant de secret la date de la mise en terre.
Albus l'avait saluée d'un hochement de tête, en la voyant. Maintenant, un peu sur le côté, elle pouvait observer la totalité de son profil, ainsi que celui de son frère et de sa sœur. Ariana avait un visage fin et très pâle : elle aurait été jolie, si l'impression de fragilité qu'elle dégageait n'avait pas donné avant tout la désagréable sensation que l'on pourrait la briser du bout des doigts, comme une brindille. Sa tenue était d'un bleu pâle, qui renforçait l'impression générale de faiblesse. Elle regardait dans les airs, visiblement sans savoir pourquoi elle était ici. Elphias lui avait chuchoté qu'Albus n'avait pas voulu qu'elle soit présente, au vu de tout ce qui avait lieu – même si sur cela, précisément, Albus ne disait rien – mais qu'Aberforth avait insisté, sûr de pouvoir gérer sa petite sœur et certain qu'il fallait qu'elle soit là.
Aberforth lui tenait la main. Le garçon, 15 ans, avait un air de détermination profonde, ancrée dans toute sa physionomie. Elle ne pouvait voir ses yeux mais c'était impossible de se méprendre. Et puis Albus, à côté, regardait la tombe de sa mère comme s'il avait été prêt à tomber dedans, tête la première. Le marbre était lentement placé. Et puis le silence s'installa complètement. Quelqu'un, une femme un peu âgée, s'avança la première vers les trois enfants exprimant ses plus sincères condoléances. Aberforth avait la mâchoire serrée, cela se voyait. Albus murmura :
« - Je vous remercie beaucoup, Bathilda. »
Alors elle entra dans la queue qui s'était faite, trainant au bout. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle lui dirait, maintenant qu'elle avait l'occasion de communiquer la peur qu'il la repousse, ne voulait pas d'elle, la reprit. Aujourd'hui, il le pourrait totalement et elle comprendrait. Pour autant, elle ne le souhaitait pas. Arrivée devant eux, elle parvint à dire :
« - Je suis vraiment désolée. »
Albus haussa les épaules dans un mouvement un peu bizarre qui le fit paraître bossu. Son regard bleu s'accrochait, résolument, au lointain, elle eut une soudaine et quasi irrépressible envie de pleurer.
« - Vraiment désolée, parvint-elle à répéter, la voix brisée mais retenant les larmes. »
Elle s'éloigna tout de suite, mais une sorte de certitude lui donna l'impression que le regard d'Albus s'était décroché de son infini de douleur pour s'accrocher quelque part dans son dos. Il y faisait une sorte de frisson bizarre. Elle se retrouva à côté d'Elphias, et se retourna. Il regardait toujours dans le vide, mais cette fois c'était dans sa direction. Le nœud dans sa gorge ne voulait pas s'en aller, elle déglutit difficilement.
« - Je pense qu'aujourd'hui on ne peut plus faire grand-chose, lui chuchota Elphias.
- Pourtant…
- Moi aussi j'aimerais pouvoir faire plus. Mais là, il faut te requinquer Hermione. Est-ce que tu voudrais boire un verre, quelque part, avant de rentrer ?
- Ca va salir ma réputation, sortir dans Londres avec un homme… mais pour ce que c'est ma réputation, rit-elle avec une lourde amertume. D'accord ! »
L'enthousiasme était feint. Mais cela ferait plaisir, d'être avec un ami un peu. Quelqu'un avec qui il n'y avait pas de besoin particulier de faire attention. Vraiment attention. Pas comme sa mère, ou Mikhaïl, ou tous ces emplois qui lui refusaient un travail sans vraie raison.
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Cher Albus,
Je me permets de t'écrire après… Enfin. Je t'offre, une fois encore, mes plus sincères condoléances. Les mots ne servent à rien, je le sais. Mais si tu veux me parler. Si tu veux… Si je peux faire quoi que ce soit. N'hésite pas.
Je… Inutile de parler du passé. Si, à présent, tu acceptes ou souhaites me parler à nouveau, alors. Enfin, je suis là pour toi.
Bien à toi,
Hermione
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Elphias venait de le lui écrire. Albus ne partait pas avec lui faire ce tour du monde. La chose était décidée depuis longtemps, depuis près d'une semaine. Elle contempla la lettre d'Elphias. Et Albus, comme d'ordinaire, ne lui avait rien dit. Il n'y avait pas de quoi être en colère. Seulement triste. Mais elle se sentait en colère, malgré tout. Elle roula en boule la lettre d'Elphias, qui n'y pouvait rien, et retourna à son livre.
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Hermione,
Merci beaucoup. Je me consacre à ma famille pour ce moment.
Bien à toi,
Albus.
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Mademoiselle Granger,
Nous sommes au regret de vous apprendre que, malgré de très grandes qualifications, il ne nous ait pas possible de vous choisir pour ce poste, en raison d'un refus de notre Directeur.
Avec nos plus basses excuses,
Habbot Library
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Cher Mikhaïl,
Après mûre réflexion, trop longue sans doute pour toi et j'en suis désolée, j'ai fini par me décider. Sur le principe, je te dis oui.
Je préférerais une période de fiançailles assez longue, je veux dire, je veux te connaître. Mais sur le principe, c'est d'accord.
Affectueusement,
Hermione
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En regardant la lettre partir, elle réalisa à quel point elle n'avait pas réfléchi en l'écrivant. La formulation en était maladroite voire franchement désagréable pour quelqu'un d'amoureux. Elle avait décidé en un instant. Elle venait d'accepter de se marier, et pour résumer le cheminement de sa pensée, elle se mariait parce qu'Albus lui écrivait après Elphias et que l'on ne voulait pas lui donner un travail. Elle poussa un long soupir. Il faisait très chaud, le hibou n'était presque plus visible dans le lointain. Elle rentra chez elle, regarda la silhouette de sa mère dans la cuisine, faisant le thé, et décida de ne pas lui parler tout de suite. Dans sa chambre, un lourd livre sur Potions et Allergies était grand ouvert. Maintenant, il valait mieux se consacrer à cela.
