LE DESTIN RETROUVE
Bonjour à tous ! Voici la suite, qui je l'espère va vous plaire (personnellement, j'aime bien ce chapitre). En espérant vos commentaires ! Bises, Bergère
Eclatement
Aberforth était parti prendre le train. Il y serait allé tout seul, mais elle avait proposé de l'accompagner – tout de même, partir à King's Cross tout seul, c'était d'une tristesse… Une seconde après sa proposition, il y avait eu un long blanc, le genre de silence dérangeant qu'elle avait toujours envie de remplir d'un incessant babil. Puis Albus s'était levé et avait dit à son frère d'aller prendre sa valise, parce qu'ils partaient maintenant pour la gare et qu'il avait rendez-vous avec Gellert ensuite et qu'il n'avait pas que cela à faire. Et elle s'était retrouvée toute seule dans leur maison sombre et triste. Jusqu'à ce que l'on sonne, puis ouvre sans attendre. Elle avait à peine atteint le couloir quand elle y trouva un garçon, jeune, élégant, le visage fin. Ce ne pouvait être que lui.
« - Albus est là ? demanda-t-il d'une voix un peu sèche.
- Gellert Grindelwald, c'est ça… ? demanda-t-elle à voix basse.
- Oui. »
Il la regarda de haut en bas, un regard insistant et dur qui lui envoya un désagréable frisson dans le bas de l'échine, une sorte de froid soudain. Cet homme au visage d'enfant sage ne lui inspirait rien de bon, il était trop angélique de visage et trop dur de voix. Elle s'éclaircit la gorge, le regard de Gellert était toujours en train de la fixer.
« - Il a amené Aberforth à la Gare, je suis restée avec Ariana.
- Vous êtes une gouvernante ?
- Non, fit-elle claquer en se sentant s'énerver. Je suis Hermione, Hermione Granger.
- Ah, lâcha-t-il en haussant les épaules.
- Je suis… je suis une amie d'Albus.
- Bon. Alors. Il ne m'a jamais parlé de vous. »
Elle se sentit serrer les mâchoires. Il ne fallait surtout pas qu'elle s'énerve, cela ne servirait à rien. Et puis… Inspirant profondément, elle se força à continuer de paraître calme.
« - Il ne reviendra pas dans longtemps. Je vais voir Ariana. »
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Lorsqu'Albus était revenu, il avait passé un instant dans l'hésitation. Un instant à peine, un véritable poids plume de moment, si léger et si bref qu'elle avait presque la sensation qu'il n'avait pas existé. Pas vraiment, seulement dans son imagination, dans cette part de son cœur qui désirait lui être nécessaire. Le moment avait disparu, brutalement, et Albus était venu vers Gellert, lui avait marmonné quelque chose à l'oreille sans plus lui accorder un regard. Bien, l'ambiance était officiellement à son comble, décida-t-elle avec un peu d'amertume malgré tout, mais parvenant à conserver une pointe d'ironie dans sa manière d'appréhender la situation.
Dès ce moment, Gellert Grindewald s'était senti réaffirmé dans sa supériorité dédaigneuse : Albus lui avait donné la prééminence, de façon visible, presque inconsciente de sa propre violence et de sa propre décision. La cohabitation en devenait chaque jour plus désagréable : le garçon, brillant c'était vrai, mais aussi particulièrement désagréable, mauvais, était constamment présent. Il faisait peser sur la maisonnée quelque chose de malsain. Albus le suivait, l'écoutait, la bouche entr'ouverte, l'expression amoureuse : elle n'existait pas. Pour Gellert elle existait, oui, mais elle existait comme une puce, un pou, comme un de ces moustiques que l'on poursuit, sans fin, afin de pouvoir dormir : elle sentait dans tout ce qu'il disait, dans sa manière de faire peser son regard vert sur sa silhouette de petite femme, l'attente du moment où il serait enfin débarrassé de son bourdonnement. Il n'attendait que de l'écraser.
Les premières fois, cela l'avait rendue folle, un peu mal-à-l'aise, en colère aussi. Maintenant, elle avait chassé tout cela, ces sentiments superficiels. Il ne restait plus, à chaque fois, que le sentiment juste et impressionnant de la peur : il lui faisait peur. Elle s'appliquait à ne pas le montrer, car c'était cela précisément qu'il souhaitait. Mais le fait restait. Il lui faisait peur. Monstrueusement peur. Pas quelque chose à sursauter, plutôt une sensation qui s'infiltrait en elle, constamment, qui la tenait en alerte. Souvent, assise dans un des fauteuils du salon, où elle s'obstinait à venir s'installer, elle ne parvenait pas à lire réellement et elle regrettait amèrement l'absence d'Aberforth. Ou d'Elphias, d'ailleurs. N'importe qui, un allié…
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La plume goutait sans cesse sur le parchemin. A force de la tenir en suspension, regardant la feuille jusqu'à ne plus rien faire, l'encre se mettait à couler. Les premières fois, elle avait changé de papier. Mais plus maintenant, cela n'avait strictement aucun sens. L'évidence s'imposait : elle était ici depuis deux semaines, elle n'avait pas écrit à Mikhaïl. Elle ne lui écrirait pas. Elle ne l'épouserait pas. Ce garçon était gentil, vraiment. Gentil, y avait-il mot plus dur, plus intransigeant, plus dépourvu d'affection véritable, pour parler de quelqu'un avec qui l'on s'apprêtait à passer sa vie. Elle ne le ferait pas, il fallait se l'admettre.
De l'étage, elle pouvait entendre Gellert déclamer quelque chose, à croire qu'il récitait de la poésie. L'expérience lui laissait deviner qu'il s'entrainait à haranguer une foule de sorciers imaginaires – et qu'Albus, seul à admirer, les yeux grands ouverts et le bon sens fermement mis de côté, hochait la tête à la fin de chaque phrase, avec une insupportable franchise aveugle. Ne pas épouser Weasley, d'accord. Mais avait-elle la force de le lui écrire maintenant ? Cela pouvait-il décemment s'écrire sans paraître n'en avoir rien à faire ? C'était triste de voir combien la seule chose qui lui serrait le cœur, à ce sujet, c'était la déception qu'aurait Mikhaïl ; et cela encore à peine, car son cœur se faisait douloureux dans sa poitrine, oui, toujours plus, et il ne se faisait douloureux que pour Albus qu'elle voyait dériver. Non, elle n'écrirait pas maintenant.
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« - Ariana, calme-toi ! »
La voix d'Albus se voulait calme, elle pouvait l'entendre. Mais cela même qui lui permettait de l'entendre était que ce ton incapable d'être réellement calme était monté si haut dans les aigus, était hurlé si fort avec une sorte de force de désespoir, que d'un, peut-être même de deux, étages plus haut elle pouvait l'entendre, à travers la pierre et sa concentration. Elle reposa sa plume – une énième lettre de candidature, qui serait rejetée dans la semaine, pouvait bien attendre. Sans hésitation elle tendit l'oreille. Non ce n'était pas ses affaires. Mais elle était ici depuis trois semaines, à s'occuper précisément des affaires des autres, et il semblait bien que c'était maintenant ou jamais.
Cette exclamation affolée fut suivie d'un silence. Un long silence. Puis un cri de fille. La voix d'Ariana, évidement. Brusquement, elle se leva et courut vers la porte mais sa baguette n'était pas sans sa poche. Où était-elle ? Où était-elle ? Bon dieu, ce n'était pas le moment, pas du tout ! Fourrageant avec violence sur le bureau, retournant de l'encre, elle finit par se souvenir que l'objet servait actuellement à lui tenir les cheveux en place. Comment Merlin avait-il pu la faire aussi stupide, franchement !? Enfin prête à intervenir dans elle ne savait quoi, elle dévala les escaliers, manqua trébucher sur la dernière marche. Personne dans le salon. Par Merlin ! L'urgence la rendait moins efficace que d'habitude : elle s'arrêta, au milieu du couloir, et se mit à penser. Bon. Fermant les yeux, elle prit le temps de respirer, de se laisser ressentir ce qui avait lieu. Une sensation d'agitation venait du sous-sol où se trouvait la chambre d'Ariana – au grand dam d'Hermione, mais personne ne lui avait jamais demandé son avis et Aberforth lui-même semblait trouver que cette lumière artificielle était plus sûre.
En marchant cette fois, elle descendit. Une voix mâle, grave, inquiétante – Gellert, à n'en pas douter – parlait. D'un rythme si lent, si infiniment développé, que c'était à croire qu'il n'arriverait jamais au bout, qu'il cherchait à ensorceler quelqu'un, à le plonger dans un état hypnotique, sans conscience, sans raison. Alors elle rentra dans la pièce avec brutalité, faisant sursauter tout le monde. Gellert et Albus avaient leur baguette sortie, l'un vers Ariana, l'autre vers Gellert. Que se passait-il ici ?
« - Ariana, du calme, fit Gellert comme s'il le répétait pour la millième fois. »
La fille était blanche, plus pâle encore que d'habitude. Sa poitrine s'élevait à un rythme précipité et, maintenant qu'elle-même ne bougeait plus, Hermione pouvait sentir sa magie entrer et sortir d'elle, incontrôlée, agressive. Adressée à Gellert Grindewald. Stupidement, sans comprendre l'enjeu, elle se sentit un instant soulagée de voir que l'instinct simple et honnête de la gamine lui donnait raison. Et puis, subitement, la magie éclata. Le lustre vola en éclat, ils se retrouvèrent dans le noir, les fenêtres cessant de créer un faux monde extérieur. Albus cria, Gellert lança un trait de lumière mais, déstabilisé, n'atteint pas la jeune fille. Alors son ami sembla se figer : les yeux écarquillés, Albus semblait incapable de bouger, Gellert pointait toujours sa baguette sur Ariana, le regard dur.
« - Et qu'est-ce que tu vas faire ? »
Sa question sembla s'évaporer dans l'air, immédiatement, comme si personne ne l'avait entendue. Ariana semblait effrayée, et pourtant son regard ne lâchait pas Gellert.
« - Oh ! Gellert ! Et maintenant, que vas-tu faire ?
- Hein ? lui aboya-t-il à la figure.
- Avec ta baguette-là, tu ne vas quand même pas l'attaquer !
- Et peut-être que si !
- Ah oui ! Ah oui, et pourquoi ? lui cracha-t-elle à la figure. »
Il y eut un silence. Long. Gellert la regardait, l'air presque vide. Et puis Ariana produit un son bizarre, aigu, désagréable, à la fois agressif et terriblement triste. Gellert se raffermit dans sa position et fit entre ses dents :
« - Parce qu'elle n'est pas normale. Une anomalie. Un échec. »
Sa baguette suivait tous les mouvements de la fillette, et elle suivait les mouvements de la baguette sans savoir quoi faire ni quoi penser. Et puis Albus intervint, et sans bruit il envoya un sort à Gellert, puis un deuxième, de grandes lignes colorées. Mais que se passait-il ! Elle se tourna, secouant non sans mal l'impression de paralysie qui lui pesait sur les épaules, le cœur, la baguette : l'expression d'Albus était haineuse, folle. Il protégeait sa sœur. Du coin de l'œil, elle regarda cette dernière. Yeux écarquillés, pupilles dilatées, tremblante, elle semblait au bord de l'explosion, tout cela n'allait nulle part.
« - Albus ! tenta Gellert.
- Je te déteste !
- Albus… »
Les sorts prenaient plus d'ampleur, la violence allait grandissant, elle se sentait transpirer, les gouttes lui démangeaient la peau et pourtant il faisait froid, si froid, une ridicule envie d'éternuer lui montait à la tête et toute sa concentration, ou presque, se fixait sur ce dysfonctionnement nasal mal venu. Puis il y eut une lumière verte. Dans l'agitation, impossible de savoir qui en venait à cette solution létale… mais l'idée même lui glaça le sang, elle serra sa baguette dans son poing et ses lèvres jusqu'à ce qu'elle les sente douloureuses. Les deux hommes s'attaquaient vraiment, complètement.
Elle devinait, en Albus, cet indescriptible mélange d'admiration et de haine, qui donne une incroyable force dans le combat, mais aussi un impossible malheur. Il faisait voler sa magie dans tous les sens, et son opposant, visiblement remis de sa surprise, était sans pitié. Et soudain, dans l'agitation, concentrée et pourtant comme incapable de voir, il lui sembla qu'un de ces traits de lumière allait dans la mauvais direction, bifurqué par quelque chose. Droit sur Ariana, pauvre fille sans baguette, malheureuse et incapable de répondre. Elle ne sut pas trop ce qu'il lui prit : à grands pas, elle traversa le champ de bataille qui tombait en morceaux, et dans un saut bizarre qui se ressentit fortement, quelque part entre son bassin et sa colonne vertébrale, elle atterrit tout près d'Ariana en lança un sort de protection. En un instant, le sort avait rebondi, et les deux combattants qui avaient marqué une étrange pause s'étaient remis à se battre. Aussi lentement et tranquillement que possible, elle se retourna vers la petite fille.
« - Ariana, tu me reconnais ?
- Oui, murmura-t-elle.
- Nous allons sortir d'ici, tu veux bien ? »
Elle se savait très peu douée en relations humaines, surtout en temps de crise. Trop dure, trop sèche. Mais Ariana hocha la tête vigoureusement. Alors doucement, aussi doucement du moins qu'elle le pouvait entourée de ces explosions, elle lui tendit la main que l'autre saisit avec une sorte de désespoir. Puis, à quatre pattes, presque à se traîner au sol, elles se dirigèrent vers la sortie. Enfin, ayant franchi le seuil Hermione claqua la porte derrière elles, s'efforçant de ne pas imaginer ce qu'il se passait derrière. On entendait encore des choses se casser, des entrechocs. Ariana se rapprocha d'elle et, lentement, elle la laissa s'installer entre ses bras, le visage pressé contre sa poitrine comme si elle était sa mère. Leurs deux respirations étaient lourdes, honnêtes, presque gênantes. Et enfin un silence et un bruit de vent. Elle sentit la tête d'Ariana se relever mais fermement, presque avec violence, elle la maintint contre elle, pressée contre l'incontrôlable rythme de son cœur. Le silence s'éternisait, il n'y avait plus qu'une respiration, seule, précipitée, bizarre, de l'autre côté, dans l'autre pièce.
« - Hermione ? »
Elle tourna la tête si vite qu'elle crut s'être fait mal, vraiment mal, à la nuque.
« - Albus ? »
Sa tête dépassait de la porte, comme s'il n'osait pas en sortir encore, comme si la colère passée l'avait rendu timide, désormais. Cet air d'épuisement lui était inconnu : un peu bizarrement, se sentant vaguement coupable, elle apprécia de le voir dans cette situation. Vrai, comme offert à elle dans sa fragilité.
« - Il est parti. Il est parti…
- D'accord, parvint-elle à marmonner.
- Comment va-t-elle ?
- Pas mal. »
Il passa le pas de la porte, lentement, puis se laissa tomber à leur côté sur le sol froid et, avec une douceur qu'elle ne lui avait jamais vue, il posa la main sur l'épaule d'Ariana. Dans un soupir il ferma les yeux et s'appuya entièrement, crâne et dos, contre le mur. C'était à croire qu'il regardait, à l'intérieur de ses paupières, les étoiles dans le ciel.
« - Merci, Hermione. »
