LE DESTIN RETROUVE

Bonjour tout le monde ! Rapidement je vous publie ce nouveau chapitre. J'ai repris l'écriture (jusqu'ici je vivais sur mon avance) je suis assez contente tout ça progresse. En tous cas je vous embrasse, j'attends vos avis ! Bises, Bergère

Destin accompli

Elle portait une de ces affreuses robes d'hôpital qui vous donnent la sensation d'être interné dans un asile pour fou, et n'avait pas le droit de faire plus que de passer de la position assise dans le lit, à la position couchée dans le lit. C'était parfait. Pourtant, elle se sentait bien maintenant, les deux premiers jours, d'accord, elle voulait bien croire qu'il fallait se remettre de ce temps passé dans le coma. Mais bon, ce n'était pas en restant assise dans cette pièce blanche qu'elle allait revenir à la réalité. Et puis, très franchement, être seule ne lui avait peut-être pas fait de mal pour tenter de se remettre les idées en place ; mais il y avait aussi quelque chose de particulièrement gênant à se plonger dans toutes ces pensées, toutes ces idées et ces sentiments qui étaient à elle, et qui en même temps ne lui appartenaient pas. Un peu de conversation, de lecture, même de la télévision moldue aurait été bienvenus pour l'empêcher de tourner en rond sur tout ce qu'elle avait vu – ou vécu, ou… enfin allez savoir. Et surtout pour apaiser la brûlure du poids des lèvres d'Albus Dumbledore dont elle ne semblait pas pouvoir chasser l'impression.

Vraiment, le monde magique lui avait montré bien des choses surréelles, mais sans doute n'en était-elle jamais arrivée à un tel degré de bizarrerie, de sens insensé de…. Non mais sérieusement. À la limite, observer une situation de ce type, la voir. C'aurait été bizarre, d'accord. Mais elle aurait pu… l'imaginer et le comprendre. Avoir un regard extérieur, pour l'amour de Merlin ! Mais se faire catapulter à l'intérieur d'elle-même, non ça vraiment ça n'était pas juste. Comment pouvait-elle décemment être vaguement bouleversée, elle, Hermione Granger – pff… Hermione Granger d'aujourd'hui, de mars 2010 – par un baiser que lui avait donné, dans une sorte de monde parallèle, un Albus Dumbledore de 19 ans en 1900. En mille neuf cent !

Heureusement, les médicomages lui avait dit qu'à partir d'aujourd'hui elle aurait à nouveau le droit à des visites, et elle ne pouvait qu'espérer que revoir des personnes réelles, de la vraie vie, celle qui était palpable et dont on ne se réveillait pas en sursaut, lui ferait du bien. Sinon… Non, il ne fallait pas penser à cela.

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« - Hermione ?

- Véronique, contente de vous voir. »

C'était honnête. Elle n'avait jamais été aussi heureuse de voir sa supérieure, quel que soit le contexte : au vu de la situation, c'était à dire un immense désordre qui ne faisait pas du tout sens, la directrice du département des Mystères était sans doute la seule à pouvoir l'aider et lui apporter quelques réponses. Les autres fois, elle n'avait pu que lui donner des réponses vagues et des informations rapides, dans l'urgence. Mais cette fois-ci, elle se sentait présente, pour de bon, revenue à sa propre vie.

« - Bien, répliqua l'autre les lèvres pincées. »

Elle n'avait rien perdu de sa sécheresse naturelle, mais cela avait presque quelque chose d'attendrissant pour Hermione, quelque chose de si palpable, de si normal.

« - Comment allez-vous, Hermione ?

- Bien, je crois.

- Bon. Qu'avez-vous compris de cet objet ? interrogea-t-elle. »

Il y avait une telle curiosité dans cette question qu'elle s'effraya un peu : si Véronique était en train de lui demander à elle ce qu'il y avait à savoir sur le Fortunoscope, alors elles n'étaient pas sorties. Car si elle en avait appris beaucoup sur Dumbledore – le vrai ? Allez savoir… – elle n'avait pas du tout avancé sur la question de l'objet qui l'avait envoyée là.

« - Ce que vous m'en avez dit. Que j'étais envoyée en observation de ma… de ma destinée ? Enfin, pas de ma destinée parce que je suis très clairement envoyée dans le passé. Donc, de ce qu'aurait été ma… destinée idéale ?

- Oui, je pense que cette définition convient. Autre chose ?

- Je suis lancée dans un monde parallèle, mais je suis… en moi-même. J'ai suivi votre conseil, je n'ai pas résisté la dernière fois. Mais tout ça m'enfonce profondément dans des sentiments et des expériences qui me sont extérieures.

- Elles vous sont aussi intérieures, Hermione, répliqua l'autre.

- D'accord, mais ça a quelque chose de gênant, ne pût-elle s'empêcher se faire remarquer.

- Je m'en doute. Mais je suis au regret de vous dire que c'était inévitable avec un tel objet. Bon, et pourquoi vous êtes-vous réveillée si définitivement ? Pensez-vous être arrivée au bout de cette destinée parallèle ?

- Euh… »

Comment diable ne s'était-elle pas posé cette question d'elle-même auparavant ? Merlin mais tout cela lui avait littéralement fondu le cerveau ! Elle se mit à réfléchir, mais tout semblait lui passer dans la tête et disparaître sans qu'elle puisse parvenir à une conclusion.

« - Hermione, pourquoi le songe a-t-il pris fin ?

- Euh…, répéta-t-elle, mais cette fois c'était la gêne qui la tenait coite et elle espéra que le rouge ne lui montait pas aux joues.

- Un événement traumatique ? votre mort ?...

- Mon Dieu, non, non !

- Ah. Bon…

- Non, un événement marquant et, euh, disons surprenant, parvint-elle à résumer en tâchant de ne pas trop attiser la curiosité de sa supérieure.

- Donc c'est le choc qui vous aura réveillée, et pas la fin de votre vision ?

- Je… Je ne sais pas, très franchement. »

Elle avait tellement envie que la chose soit enfin terminée. Cela dit, elle ne pouvait effectivement pas en avoir l'assurance. Se pouvait-il qu'elle ait accompli son destin ? Peut-être, mais dans ce cas alors pourquoi ne se serait-elle pas réveillée directement après avoir sauvé Ariana ? C'était forcément cela, le nœud principal, l'élément qu'elle était appelée à bouleverser. Du moins par rapport à ce qu'elle savait de Dumbledore. Non, ce qu'elle avait su de Dumbledore par le passé, de sa vie dans son entier. Merlin, vraiment, c'était trop compliqué et bien trop personnel… si seulement ce pouvait être la fin ! Cela dit, inutile de se voiler la face, elle ne pouvait être certaine que la chose soit arrivée au bout. Aucun moyen de s'en assurer, d'ailleurs, que d'attendre.

« - Franchement, reprit-elle en se redressant un peu dans son lit d'hôpital, je peux être arrivée au bout. Il y a eu un… un moment qui à mon avis pourrait être mon rôle théorique à jouer – si absurde que paraisse cette notion. Cela dit, c'est vrai que je me suis réveillée à un moment charnière, mais pas forcément une… fin.

- Donc vous ne savez pas.

- Je ne sais pas, confirma-t-elle avec une moue.

- Bon. Reposez-vous. Je vais voir à vous trouver un poste sans… danger, d'ici à ce que la situation se stabilise.

- Dans un autre département ? demanda-t-elle un peu inquiète.

- Oui, sûrement. Je ne vous rétrograde pas. Je ne veux simplement pas courir le risque de vous voir reperdre conscience au pire moment. Je vais voir, Minerva m'a dit que dans le pire des cas, si je ne trouve pas d'autre solution, vous pourriez faire des interventions en défense contre les forces du mal.

- Vous en avez parlé à Minerva ? »

Oui, les deux femmes se connaissaient, et Minerva McGonagall la connaissait et… Enfin tout de même, elle se sentait bizarrement honteuse, mal-à-l'aise. Pourtant son aînée ne pouvait en aucun cas deviner ce qu'elle venait de vivre ; et même si elle l'avait pu, il n'y avait jamais rien eu lieu de… enfin voilà, de plus que de l'amitié entre ces deux grands sorciers. Et puis de toute façon, il fallait qu'elle respire et arrête de trop s'inquiéter de tout cela ! Le premier point, c'est qu'elle n'était coupable de rien. Le second c'est qu'elle était une femme intelligente et capable, et qu'elle allait faire le tri dans sa tête et tout irait bien.

« - Hermione, cela fait presque un mois tout compris que vous êtes dans cet hôpital, le monde sorcier entier… J'exagère. Mais toutes les personnes un peu proches de vous sont au courant.

- Oui, j'imagine que cela fait sens, réfléchit-elle. Je n'ai pas tout à fait le sens de la… temporalité.

- Je vous laisse Hermione, je vous verrai dans quelques jours pour décider de ce que nous faisons. »

Sur ce, Véronique se pencha sur elle et, un instant, elle crut que sa supérieure aller lui poser un baiser maternel sur le front ; mais à la place elle tendit la main et la lui serra. Une preuve de plus qu'il fallait qu'elle se reconnecte avec la réalité. Une part d'elle était presque surprise de ne voir que des femmes en pantalon. Ce retour à la réalité n'était pas si facile que cela.

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« - Hermione, enfin !

- Oh, Ron ! »

Voilà, cela, c'était la normalité. De le voir ici, cela c'était bien, c'était sain, c'était tout ce qu'il lui fallait pour balayer les divers éléments qui se mêlaient en elle et de faire un tri rapide et efficace. Il se saisit de sa main et la serra. Merci Merlin il lui avait manqué, vraiment. Elle n'aurait jamais cru que quelqu'un pouvait lui manquer quand elle n'avait même pas conscience de son existence… mais tout de même il lui avait manqué. Elle s'agrippa à cette main, et pressa ses doigts. Bien, tout allait rentrer dans l'ordre, elle ne replongerait pas dans ce rêve. Dehors, dans le couloir, il y avait des murmures.

« - C'est qui ?

- Euh… Tu veux la liste complète ? demanda Ron avec un petit sourire.

- Non, ça va… Et pourquoi est-ce qu'ils tiennent tous dans le couloir ?

- Parce qu'ils tentent de nous laisser deux minutes tranquilles.

- Et on y croit ? tenta-t-elle avec un petit sourire.

- Non pas vraiment. Je vais leur ouvrir. »

Elle hocha la tête doucement. Mais, déjà, Ron s'était approché et avait déposé sur ses lèvres un baiser léger. Puis, après un instant de recul, il était revenu l'embrasser un peu plus fort avant de s'éloigner pour rouvrir la porte. Et cela avait été agréable, et doux, et familier. Et malgré tout le visage d'un Albus d'à peine la vingtaine s'était imposé à son esprit quand il l'avait embrassée. Bon, c'était sans doute normal. Cela passerait… Cela dit, elle s'en sentait un peu nauséeuse et accueillit avec gratitude la diversion que provoqua l'entrée dans la pièce d'un groupe de rouquins, ainsi que d'Harry et, en fond, de Fleur. Elle ne pouvait pas penser et ressentir davantage pour le moment. Il fallait qu'elle se pose un moment, après.

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Oui, elle se sentait mieux. Physiquement évidemment, mais le fait même de sortir de l'hôpital semblait l'avoir remise d'aplomb. Mais surtout… intérieurement. Elle reprenait ses marques. Parfois, de petits instants de la réalité semblaient lui faire mal au ventre, elle s'en sentait déboussolée comme si ça n'avait pas été normal, pas comme cela. Mais, dans l'ensemble, elle avait réussi à trier dans sa tête. Cette relation avec Albus, cet amour passionnel – et stupide, franchement, plus elle y pensait plus elle se sentait en position de faiblesse face à cet homme, si elle regardait les faits et pas l'aura Albus Dumbledore en face, et cela ne lui convenait pas – semblait redescendre au stade de souvenir. Si cela pouvait être fini, ce serait bien… Ce souvenir déjà était bizarre. Impossible d'en parler, même à Ron. Surtout à Ron peut-être. C'était comme si elle avait un passé plus riche qu'avant et pourtant elle savait ne l'avoir vécu que dans sa tête. Et cela, c'était franchement bizarre. Mais tout compte fait, si elle pouvait s'en tirer avec cette unique séquelle, ce ne serait pas si mal.

Elle reprendrait le travail demain. A Poudlard, finalement : le ministère semblait peu disposé à l'employer à autre chose que gratte-papier, et si c'était pour cela elle préférait encore donner des conseils à des enfants. Allez savoir, peut-être serait-elle utile. La vie semblait reprendre son cours, un peu altéré d'accord mais pas complètement absurde. Il fallait y croire, un de ces jours tout reprendrait son sens normal. Il fallait voir, aussi, à reprendre des habitudes, dans des domaines où elle n'avait pas su jusqu'ici qu'il y avait de l'habitude. Par exemple, dans le toucher. Elle s'était enfin décidée à laisser Ron l'approcher, l'autre soir, et ils avaient fait l'amour : il faudrait qu'elle réapprenne cette sensation, cette intimité. C'était à croire qu'elle n'avait jamais été dans cette position avec lui, auparavant. Elle en avait tremblé, d'une sorte d'embarras réprimé.

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« - Merci beaucoup, Hermione.

- De rien, voyons, Minerva c'est un plaisir.

- Vraiment, de travailler ici à la place du département des Mystères ? »

La directrice avait une petite pointe d'ironie dans la voix, et elle ne put s'empêcher de sourire un peu complice face à cette remarque. Ce n'était effectivement pas l'occupation la plus fascinante de sa vie, mais elle se sentait modérément utile et celui lui occupait l'esprit. Cette question d'utilité la fit tiquer, mais elle repoussa la sensation aussi vite que possible : elle allait de l'avant, selon tout évidence cette affaire était finie.

« - Voulez-vous monter boire une tasse de thé ? Je vous promets de ne pas vous harasser pour savoir où vous a envoyé le Fortunoscope, ajouta-t-elle avec un regard de bonté.

- Très bien oui, avec plaisir. »

Elle suivit la vieille dame. Minerva McGonagall avait gardé des rides, perdu de sa rapidité – pas avec sa baguette cela dit – et paraissait parfois réprimer un air de douleur. Mais une chose n'avait pas changé, elle se tenait plus droite qu'un i en toute circonstance : cette permanence avait quelque chose de rassurant. Sans avoir à murmurer de mot de passe, elle poussa la lourde porte de bois. Il y avait longtemps qu'elle n'était pas montée dans ce bureau, et même aujourd'hui elle y trouvait quelque chose d'intimidant. En entrant, elle baissa la tête parce une sorte de réflexe d'humilité, et se laissa guider à un fauteuil sans trop regarder autour d'elle. Pourtant, en s'asseyant, elle réalisa qu'elle avait oublié un détail lourd de sens : dans son cadre argenté, Albus Dumbledore la fixait de son regard pétillant.