6.
Commandant suprême à bord, Alérian jeta un coup d'œil à son second, Phop Torsbim, au teint bleuté, aux crins écarlate, les yeux plus noirs que la suie, de son espèce.
- Nous avons quitté Déa depuis deux mois, Amiral. Tout est paisible, renseigna le jeune Lieutenant.
- Ce n'est pas normal. Ce n'est pas normal du tout !
- Si, je vous assure ! intervint Rhikel, le jumeau du Second du Firestarter. Des prémonitions, Amiral ?
- Non, justement ! aboya le jeune homme à la crinière immaculée. Et je vous trouve très neufs arrivés à mon bord pour vous lier à mes ennuis de, disons d'un « autre genre »…
- Nous avons été observateurs, remarqua Phop. Nous avons tout vu ! Nous n'avons rien compris… Mais nous avons réalisé ce que vous pouviez faire, hors du commandement de ce Destroyer !
- Et je vous évalue malgré tous trop néophytes que pour comprendre l'aspect Surnaturel de mes combats. Fin de la discussion !
Et bien que conscient qu'avoir rabroué sans raison son Second et son Officier Scientifique, Alérian se contenta de se draper dans la toge invisible de sa fonction d'Amiral pour clouer tous becs – vu que lui-même ne comprenait rien à ce qui lui arrivait depuis bien trop des semaines !
Alérian se leva de son grand fauteuil noir de commandement sur l'aire surplombée de sa passerelle.
- Denver, murmura-t-il, je dois te parler. Viens. Je ne peux pas rêver, et je veux surtout t'avoir en face de moi ! Compris ?
- J'arrive, mon Roi !
- Non, je t'en prie en tant qu'ami en pleine détresse !
- Je suis déjà là, à ton appart !
- Merci.
Et Alérian quitta précipitamment sa Passerelle.
Denver, le Dragon de Poche frotta sa tête contre l'épaule de son ami Humain.
- Je serais venu à l'appel de mon Souverain. Mais je suis arrivé bien plus vite au souhait de mon ami ! Je te suis reconnaissant à un point que tu n'imagines pas que tu demeuras ami et non dictateur !
- Moi, despote ? Je n'y avais jamais songé ! Mais cela ne sera jamais…
Alérian rassembla ses idées.
- J'ai parlé avec Itha la Déesse Dorée. Je n'en ai tiré que des angoisses à venir, avec aussi l'impression qu'elle ne m'avait pas tout révélé ! Je me suis retiré, car je voulais égoïstement profiter encore de nuits avec la femme de ma vie, nos petites jumelles, et fêter la pendaison de crémaillère d'Alden et d'Alastor ! Je me suis trompé, pour Itha… ?
Le petit Dragon vert tournoya sur lui-même, faisant mine de vouloir se mordre la queue, jeu auquel il ne se livrait pourtant plus depuis ses tendres mois d'après naissance.
- Maya est passé à l'ennemi, déclara simplement Denver. Le combat à venir, que tu pressentais, concerne des Immortels, et tu vas devoir y trouver ta place !
- Mais, je ne suis pas…
- Il le faudra, bien que tu ne le sois pas, en effet ! aboya le Dragon de Poche.
Se réveillant en sursaut, Alérian porta la main vers la bouteille d'eau mise toujours à sa portée pour la nuit par un Beebop attentionné, en fit sauter le bouchon et en vida goulument la moitié d'une seule traite.
En pleine nuit, l'alarme, de Niveau 5, le plus haut qui soit, avait fait sursauter Alérian.
- Lieutenant Torsbim ?
- Nous sommes attaqués par des Pirates !
- Identifiés ?
- Non, sinon je vous l'aurais déjà renseigné, Amiral. Les croiseurs d'assauts de ce cuirassé en retrait nous canardent ! Je n'ai obtenu aucune identification. Il ne s'agit ni votre père… ni aucun de vos amis « particuliers »…
- J'arrive !
Bouclant son ceinturon supportant son arme de service, Alérian finit de s'apprêter, insomniaque depuis un moment pour avoir été vraiment surpris par l'appel de son Second et donc prêt à réagir !
- Papa, où es-tu… ?
Face à une Maya toute auréolée de noire, la mine mauvaise, les ongles démesurément long, Albator ne savait plus que faire, que dire, devant la femme, sa première rose qu'il avait aimée de tout son cœur, et qui lui avait donné le fils de sa vie en aîné de ses enfants !
- Maya…
- Crève, Pirate qui m'a polluée de ta semence !
Et d'un trait de lumière, Maya embrasa le grand Pirate borgne et balafré.
