9.

Les jours de Mission étaient passés, identiques, interminables, insupportables. Mais avec leurs pauses précieuses, permettant à Alérian de discuter et d'échanger des vidéoconférences avec les cadets de ses enfants, les jumelles et le petit Alcyn.

- Ils me font tellement de bien, papa, murmura-t-il à l'adresse de son père demeuré sur le Firestarter alors que l'Arcadia continuait pourtant de voler à son tribord.

- Ils te font oublier… murmura le grand Pirate balafré.

- Oui, rugit le jeune homme à la chevelure immaculée. Ils sont ce que j'ai de plus précieux, avec ton foyer à toi. Et aucune Déesse, D'or ou Maléfique, ne m'en privera, en dépit de ses prédictions !

- Tu as des nouvelles d'Itha ? Je ne pensais pas poser cette question concernant celle qui a voulu t'empoisonner !

- Et qui m'a sauvé la vie, je l'ai oublié un trop long moment, et des ressentiments mal appropriés qu'elle m'a pardonnés dans sa sérénité atteinte… Mais je ne zappe rien moi non plus, et je lui en veux toujours ! Je suis trop Humain… Et ça fait que je ne peux me battre contre ma nouvelle ennemie…

Alérian leva un regard désolé sur son père, en tenue complète de Pirate de l'Arcadia pour sa part.

- Je ne peux pas l'affronter, c'est aussi simple que ça ! Comment pourrais-je affronter ma propre mère, la rose de ta vie ? ! J'en suis incapable… Je ne trouve pas de solution… J'y ai réfléchi près de trois mois durant. Et à ma prochaine escale, Dana va me rejoindre avec petit Alcyn, je tiens à en profiter. Tu as fait venir Chalandra, comme je te l'avais suggéré ?

- Oui, nos enfants sont tous grands, ils se débrouillent, même si nous gardons nos trois yeux sur eux ! Elle est plus libre qu'avant, elle vient. Ca me fait un plaisir infini, et ça m'inquiète.

Alérian rajouta du sucre dans sa tasse de thé, les cœurs alarmés, et tous les affolements remontant quasi à sa gorge, lui donnant l'envie de vomir sa propre vie.

- La menace sur nos foyers, elle est présente à chaque minute de jour et nuit, souffla Albator. Je n'ai jamais été affolé, mais avant je n'avais pas ma famille… J'ai peur, je l'avoue, mais pas pour moi ! Tu peux faire quelque chose, mon miracle de fils, Souverain des Dragons ?

- Je tente, je ne comprends pas encore… Mais ma protection s'étend aux miens, à tous les miens, et les Dragons veillent sur ton foyer, mon papa. Pour mon adversaire… J'en suis incapable, comment le pourrais-je un jour ? ! Je le répéterai à l'infini : cela m'est insupportable !

Albator se racla la gorge, versant du red bourbon dans deux verres.

- Tu peux protéger mon foyer ? Ils sont tout pour moi !

- Oui, c'est déjà fait. Mais je ne peux me résoudre au pire…

Albator étreignit son fils, de tout son amour.

- Il va falloir le faire… Moi, je ne peux rien… Itha est faible, elle a son Sanctuaire à reconstruire, rendre vie à ses Suivantes, pour que toutes elles raniment le Feu du Ciel ! Je ne puis rien, et il est hors de question que je la tue ! J'ai atomisé trop d'Unités Surnaturelles, parfois trop gratuitement… Mais je ne peux tuer ma mère !

- Alors, qui le fera ?

- Je m'en fous ! hurla Alérian. Et toi, vieux fou, arrête de protéger cette rose ! Elle n'est plus qu'épines, folie, meurtre ! Elle n'est plus rien ! Ni pour toi ni pour moi !

Alérian serra ses poings à se faire saigner en s'enfonçant les ongles dans la chair.

- Je ne peux pas… Je ne pourrai jamais… Je nous condamne tous… Pardonne-moi, papa. Mettons tous nos enfants en sécurité ! Car je ne peux rien projeter sur l'avenir… Je suis faible, non ? Je suis impuissant…

- Tu te reprendras, et tu prendras les bonnes décisions, les pires soient-elles.

Alérian s'effondra, épuisé, à la limite de l'évanouissement.

- Non, jamais je m'affronterai ma mère…

- Elle va massacrer les Mondes, les Mondes Immortels !

- Je ne suis pas en état.

Albator secoua son fils à la chevelure immaculée, comme un pruneau, furieux dans sa prunelle de caramel

- Fais ton boulot, Souverain des Dragons !

- J'ai besoin d'autres aides, vu mon adversaire. Je vais y réfléchir !

- Merci, Alie.

- Non, tu es l'origine de toute cette horreur, je te hais, je te vomis ! Ne reviens jamais face à moi !

Et sur cette éructation, Alérian se retira.

« Vas aux Enfers, vieux Pirate ! ».