11.

Dans l'envolée des jupes blanches de sa robe, Maya s'approcha de la statue de marbre tout aussi immaculé. Elle les écarta en l'évasement d'une corolle de fleurs, pour s'agenouiller.

- Je suis à tes ordres, Suprême Juge Lovisthar !

- Tu es un bon petit soldat, Déesse Maya. Celle qui a succédé à Lumiane a cru avoir gagné en tuant mes petits Juges des racines de ses plantes. Au contraire, mes petits Juges m'ont transféré toute leur puissance et je suis désormais bien plus que les Divinités du monde des Immortels. Et je compte bien être le dernier d'entre eux afin de régner !

Bien que pas un frémissement n'agite le colosse assis, Lovisthar rugit.

- Cette vermine Humaine, Roi des Dragons, a tué mon rejeton. Il m'a tout pris, et je ferai de même en retour. Et je détruirai dans la foulée tout ce qui lui tient à cœur, Naturel ou Surnaturel ! Et tu es une bonne petite soldate ! Tu es même la meilleure. Je ne pouvais rêver d'une autre pièce maîtresse aussi solide ! Tu es prête ?

Maya frémit.

- Cet Humain, ces Humains – celui que j'ai affronté, et l'autre que je vois en rêves – ils me semblent proches, mais je ne sais pas pourquoi… Je dois vraiment les atomiser ?

- Eux en priorité ! Eux disparus, j'aurai une avenue devant moi !

- A tes ordres, Suprême Juge.

Maya se retirant, le Suprême Juge Lovisthar sortit de sous sa toge un flacon renfermant un cœur, noir, presque entièrement.

- Tu es à moi, Déesse d'Amour. Et en tuant ton mec et ton fils, je vais te détruire, une fois que je serai parvenu au bout de mes desseins !

Se figeant dans sa posture, Lovisthar se retira dans sa méditation de morts, se nourrissant de toutes les peurs familiales de la mer d'étoiles pour en détruire chaque foyer, gratuitement, pour le plaisir des larmes et des souffrances.


Pour une des rares fois de sa vie, Alérian demeurait sans faim devant la table chargée de son petit-déjeuner servi par un attentionné Beebop.

Après avoir remué interminablement la cuillère dans son assiette creuse de porridge, le jeune homme avait considéré ses œufs, les aliments grillés d'accompagnement, l'assiette de frites et le bol de ketchup.

- J'ai faim !

Et se jetant sur ses assiettes, Alérian se gava jusqu'à faire exploser son estomac.

- Itha, tu protèges toujours mon esprit, mes pensées, mes propos ?

- Oui, mais ce sont surtout les cœurs de tes Dragons qui sont le meilleur bouclier. Tu as été terrible avec ton père !

- Oh, ça va, je suis au courant ! J'étais là quand je l'ai avoiné ! Je le regrette, mais je ne peux revenir sur le passé, même moi. Pas de mon fait tout du moins… Mais je ne sais pas si mon père saura passer au-delà de mes invectives…

- Il est ton père, glissa Beebop en changeant les plats pour apporter les desserts : semoules salées, gâteaux, glaces et simplement chantilly aromatisée.

- Et il est mon seul père. Alors que j'ai eu une mère adoptive et Lhora Shormel et une mère biologique. J'ai été tellement gâté sur ce point ! Est-ce que j'ai tout perdu, tout saccagé, en faisant les pires reproches à mon père ?

- Je ne sais pas. Je ne suis qu'un petit robot d'assistance de passerelle. Je l'étais à ma conception. Tu as fait de moi ton Ordonnance, Amiral ! Je suis apte à tous les services. Mais pour les sentiments ou ressentiments Humains, je n'y connais rien. Je suis juste avec toi, Alie. Je suis ton ami, même électronique !

- Tu es le plus précieux de tous, tu as été de mon tout premier voyage, et j'ai rencontré Warius, et Marina ! Voilà les souvenirs dont je devrais me rappeler. Et non me dresser contre mon père ! Il souffre… Mais je ne peux prendre ses douleurs en compte, car il n'est que trop lié à Maya, à ma conception, aux fluides échangés et qui sont demeurés en elle d'où l'accusation de l'avoir « polluée » !

Alérian se racla la gorge, vida son café trop serré, même froid.

- Je dois jouer entre trop de sentiments. Et les miens sont parmi les plus tortueux, torturés, instables… Comment je vais bien pouvoir y arriver ? Je me sens tellement impuissant, la rage de ne pouvoir rien faire me dévore les entrailles au propre comme au figuré… Je n'y arriverai jamais…

- Tu l'as toujours fait. Je toujours vu revenir ! se réjouit le petit robot rouge et blanc en se dandinant de plaisir, ses petites pognes serrant les poignets de son ami Humain.

- Merci, Beebop !

Curieusement, quoique, le petit robot parut rougir de toutes ses pommettes !