13.
Alérian inspira profondément avant d'ouvrir la bouche, s'étant juste avant gargarisé avec de l'eau fraîche.
- Clio, est-ce que mon père accepterait encore de me parler, après tout ce que lui ai jeté à la tête. Mes reproches injustifiés, injurieux, et cruels au possible… Je l'ai chassé de mon Firestarter alors qu'il était venu me soutenir, et il n'a même pas levé la main pour me filer un soufflet !
- Tu as bien trop de souffrances en toi, Alie, fit doucement la Jurassienne. Et ton père n'ignore rien de tous tes tourments, depuis l'adolescence, et il a été de bien de tes combats Surnaturels, même en coulisses. Tu es agité, soumis à des influences qu'il n'imagine même pas, il te pardonnera toujours tout, tant que tu ne mettras pas son foyer en péril…
- Et si je ne me lance pas dans le combat que je refuse depuis si longtemps, Chalandra et ses enfants, mes frère et sœur, ils seront menacés. Voilà ce qui explique les affolements de mon père et son langage qui m'a mis hors de moi ! Et mes mots ont outrepassé de façon démesurée toute mon absence de raison…
- Vraiment ? insista la Jurassienne, tout en pinçant les cordes de sa harpe, interlocutrice étonnamment directe du jeune homme à la crinière immaculée. Tu étais innocent de propos dans cet échange ?
- …
- Comme si je ne l'avais pas immédiatement pressenti, Alie ! Alors que l'ignorais sur l'instant, tu as d'instinct voulu protéger celui qui t'était le plus cher ! Et pour l'aimer, tu l'as haï ! Il fallait qu'Albator s'éloigne, retourne auprès de tes demi frère et sœur. Et toi, tu seras libre de tous les égarements !
- Je ne compte pas partir dans une folie suicidaire, je te rassure, Clio ! jeta rapidement Alérian. Mais j'ai à réfléchir, pas trop pour ne pas douter.
- Merci, Alérian, fit la Jurassienne en inclinant gracieusement la tête.
Elle tressaillit néanmoins, cessant sa musique, levant la tête vers son interlocuteur sous version hologramme.
- Tu vas finalement le faire ? souffla-t-elle, frémissant comme une plante bien qu'aucune brise n'agite l'appartement du château arrière de l'Arcadia.
- Oui, et c'est ce que je veux dire à mon père…
- Il t'attend sur sa Passerelle.
Téléporté par sa seule volonté de Souverain des Dragons, Alérian se matérialisa auprès de son père.
- Je n'aime pas me servir de ce pouvoir. Il ne me ressemble pas. Je n'en avais pas eu besoin avant. Mes cauchemars de puissance trop forte à canaliser, je ne voudrais pas qu'ils se réalisent si je deviens une sorte d'Instance Royale DragoSurnaturelle !
- Tu fais ce que tu veux. Et tu le peux, plus que jamais ! marmonna d'une voix basse Albator, dos tourné, face à la grande baie vitrée lui donnant vue sur sa chère mer d'étoiles. En quoi pourrais-je encore t'être utile ?
Alérian se saisit du verre de red bourbon, plutôt abandonné dans l'urgence sur une table à son apparition, pour le vider d'un trait.
- Tu voulais le pire des affrontements ? Tu vas l'avoir, vieux Pirate ! Je suis décidé à aller trouver comment y parvenir, puis ensuite combattre ma propre mère ! Tu es satisfait ? rugit Alérian.
- Oui, et désolé car je perdrai l'un des deux premiers amours de ma vie… Je ne pensais qu'au présent, aux menaces, alors que ce que je souhaitais pour protéger mes enfants était le pire à sacrifier de mes souvenirs et des tiens !
- Ma mère m'a confié à une famille, je ne me rappelle pas de Maya… Mais elle a été avec moi durant tant d'années pour mes premiers pas Surnaturels. Elle m'a sauvé, et Clio ensuite.
- Les prémices de mon amitié avec Clio, se rappela le grand Pirate balafré, de la nostalgie dans sa prunelle marron. Est-ce que je dois te perdre à ton tour, Alie ?
- Je vais affronter ma mère, je n'ai plus le choix… Je me suis révolté à l'idée que tu m'aies mis dans cette arène, mais tu avais raison, papa… Je crains qu'il n'y ait que moi, et s'il fait qu'il y aie un moyen de la neutraliser, c'est à moi de m'y coller ! Au revoir, papa !
Son fils reparti dans les brouillards naturo-surnaturels de la mer d'étoiles, Albator était retourné auprès de Clio.
- Je l'ai tellement voulu, tout en le redoutant à la fois. Et j'y ai poussé mon fils à la chevelure de neige en espérant qu'il s'y refuse… Mais là Alie, après m'avoir avoiné de première part au combat… J'espère et j'ai peur… Je crois que, pour la première fois de ma vie, je dois rentrer m'incruster auprès de ma famille à Heiligenstadt !
- Sage décision, se contenta de dire la Jurassienne.
Albator soupira, infiniment.
- Je ne veux ni perdre le souvenir de ma rose qui m'a fait survivre, ni perdre le premier de mes fils ! Est-il possible que cela se réalise au bout de cet affrontement entre Immortels ?
- Non, fit Clio en secouant négativement la tête.
