15.
Alérian écarquilla les yeux.
- Mais tu es un Juge ! Non, c'est impossible, la Déesse Itha vous a tous stoppés ! vitupéra-t-il.
- Suprême Juge Lovisthar, rectifia paisiblement la statue immobile sur son trône. Un peu de respect, jeune Humain immature et impuissant !
Le jeune homme se dressa sur ses ergots de jeune coq au contraire ayant atteint le plein âge de la maturité !
- Ne m'insulte pas. Je suis une Instance Surnaturelle, je suis le Souverain des Dragons, je ne suis déjà plus celui que tes Juges ont réussi à vaincre avec trop de facilité !
Alérian fit étinceler ses prunelles d'énergie pure.
- Si tu m'en veux, pour une raison inconnue, quoique je puisse deviner en dépit de mon intelligence limitée d'Humain que tu méprises, j'ai à te dégommer ! Je n'admets pas qu'un adversaire se dresse devant moi et veuille me faire la peau, j'y tiens à mon épiderme marqué par les combats, que les cicatrices soient apparentes ou non !
Le Juge, père de tous les autres, se redressa, ce qui était tout à fait inhabituel pour un être de sa nature, et au vu de l'expérience qu'Alérian avait eu avec tous les enfants qu'il avait engendré au fil de son immortalité !
- Vas-y, fais-moi plaisir, Alérian, explose ton énergie Surnaturelle, affronte-moi !
- C'est quoi ce défi ? tressaillit le jeune homme. Tu veux me piéger ?
- Il est déjà trop tard pour toi, infinimétisité Humaine ! hurla Lovisthar.
Consumé de l'intérieur par sa propre énergie, Alérian se décomposa en milliards de cellules, dispersé à travers les univers.
Alérian rouvrit les yeux, bien au chaud sous sa couette, dans son appartement du Firestarter, loin du Suprême Juge Lovisthar, loin d'avoir à faire appel à sa puissance pour affronter son dernier adversaire en date !
- Ce n'était qu'un rêve. Et cela le demeurera…
- Non, c'était une projection du futur ! siffla la miniature de Zunia posée sur sa table de nuit comme une figurine décorative d'animaux fantastiques !
- De quoi ? s'étrangla le jeune homme en prenant la bouteille près de lui pour se remplir un verre et se rafraîchir la bouche et la gorge. Mais, quelle que soit l'issue, je dois me mesurer à ce Lovisthar !
- Tu ne le peux pas ! se désola la mini-Dragonne Noire. En faisant appel à ton énergie phénoménale, tu vas te détruire toi-même ! Cette puissance est trop grande pour l'Humain que tu es !
- Ne fais pas ta Lovisthar, grommela Alérian tout en commandant son petit-déjeuner aux Cuisines de son Destroyer. Et puis, si je ne me bats pas, qui arrêtera Lovisthar ? Il ne songe qu'à me dégommer… Il a rendu ma mère maléfique, il a détruit le Sanctuaire d'Itha, et si je ne le menace pas il détruira les foyers de mon père et le mien !
Alérian s'agenouilla auprès de l'hologramme de Zunia, lui caressant tendrement les écailles, la faisant grogner de plaisir, yeux clos, sa queue s'agitant paisiblement.
- Je n'ai pas le choix, Zunia, mon premier Dragon ! Et si je ne maîtrise pas mes pouvoirs trop puissants, je dois quand même y aller… Je suis dépassé par mon énergie, elle me surpasse, elle me trahit désormais… Mais elle est là, en moi. Et je n'ai que ça pour contrer les horreurs Surnaturelles qui mettent en péril les familles que j'aime le plus ! Ne me dis pas que tu ignorais quelle serait ma réaction, Zunia ? J'ai été odieux avec mon père, mais il avait raison, et je n'ai pas voulu… C'était bien trop dur à l'envisager ! Et je ne sais pas comment je pourrais me dresser contre ma propre mère… Les Schormel m'ont élevé comme leur propre enfant, je leur en serai à jamais reconnaissant, mais même si elle pète toutes ses durites, Maya est celle… Je dois être digne de la mémoire des Schormel, et je dois la sauver elle ! Et que personne ne me dise que je ne peux pas réussir cet autre miracle, car je dois me colleter à ce combat !
Alérian soupira.
- Comme l'autre fois, le feu des Dragons ne pourra rien contre Lovisthar. Je devrai me débrouiller !
Les yeux de Zunia se remplirent de larmes.
- Mais je ne peux pas te laisser partir à la mort, à ta propre autodestruction, parce que ta puissance est trop importante pour ton corps et ton âme d'Humain ! Nous avons voulu te faire un cadeau, nous tous tes alliés Surnaturels, mais nous t'avons mené à ta perte. Peux-tu nous le pardonner, Alie ?
Le jeune homme à la crinière immaculée sourit, doucement, apaisé.
- Je ne vous reproche rien, assura-t-il. Et je vous remercie au contraire de tous les cadeaux que j'ai reçus. A moi de m'en servir, pour tenter de survivre une fois encore ! Sois en paix, Zunia !
- Merci, Alie…
Et s'inclinant, de façon toujours impressionnante, même en version miniature, Zunia rendit son entier témoignage d'amitié à son ami qui avait été le premier être à voir à sa sortie de l'œuf !
