17.

Le voyageur était descendu de sa navette intergalactique.

- Permission de monter à bord, Amiral Rheindenbach ?

- Refusée !

- Un ami me permet de monter à bord ?

- Accordé !

Ses sens plus perturbés que jamais, les pensées sens dessus-dessous, Alérian avait rempli un grand verre de citronnade à son hôte, se servant un autre dans la foulée.

- Oshryn… Ton mari, votre enfant, …

- Et tu es de la famille, depuis si longtemps ! Je devais être là !

- Merci, souffla Alérian en étreignant de toutes ses forces son meilleur ami de la Flotte, après un certain Amiral à la retraite ! Mais personne ne peut rien pour moi…

- Nous ferons tous la seule chose possible, depuis toujours : être auprès de toi, en pensées, à défaut de pouvoir combattre ! jeta le jeune homme blond. Et nous nous sommes tous réunis en ce but ! Quoique tu fasses, ou quoique tu aies fait de tes pouvoirs, nous serons à tes côtés. Mon époux, Skemdel, m'a donné son autorisation, et un jour peut-être notre enfant me pardonnera si ça tournait mal – mais ma place est ici, surtout en ces moments !

- Merci… Mais cette fois moins que jamais, je ne pourrai te protéger… Je suis désolé… Et je ne veux pas faire de ton enfant un orphelin tout comme je ne puis faire des miens des orphelins…

Alérian se reprit, buvant son verre de limonade assoiffé, en quelques gorgées.

- Je ne vais pas te confier le Firestarter, tu es en retrait. Et j'ai des jumeaux assez particuliers qui ont pris le relais, reprit le jeune homme à la chevelure immaculée. Mais, tu es là…

- Et je n'aurais jamais dû quitter ma place !

- Oshryn !

- Je le regrette, mais pas tant que je le devrais au nom de notre amitié. Je peux aider, à ma petite échelle ?

- Etre là, c'est important, merci !

Oshryn tiqua une nouvelle fois.

- Mais pourquoi redouter ce combat plus que tous les autres ? s'étonna-t-il. Tu as été de tant d'affrontements, perdant la plupart du temps aux débuts, mais tu en es toujours revenu ! En quoi c'est différent ? Si j'ai bien suivi le dernier lien de la newsletter Surnaturel, tu es le Souverain des Dragons, Instance Surnaturelle, et tout le toutim ! Où est le souci ?

Oshryn tressaillit encore.

- J'avais l'habitude de tes ondes, si puissantes, me déstabilisant presque physiquement. Et là il n'y a plus rien ! Qu'as-tu fait, Alie ?

Devant l'affolement de son ami, Alérian dut avouer.

- Je me suis libéré de ma puissance. J'ai tout offert au Feu du Ciel. Il ne me reste que le minimum, pour ne pas mourir, Humainement parlant… Pour le reste, je ne sais pas…

- Oh, Alie…

- Ne me pose plus aucune question, Oshryn, je t'en supplie, gémit le jeune homme aux crins de neige. Je ne sais absolument rien de mon adversaire, c'est bien la première fois que cela m'arrive… Mais j'ai une idée en tête et je dois la suivre !


Délaissant pour un moment son obsession Surnaturelle, Alérian avait bouclé de nouveaux rapports concernant la gestion au quotidien de la Flotte Indépendante.

Il avait terminé en transférant ses conclusions et directives à l'Etat-Major, et en apposant une signature électronique sur un monceau virtuel de paperasserie.

- Je ne comprendrai jamais comment Warius a pu trouver du plaisir à se colleter à tout cela ? ! C'est à devenir dingue. Ce qui expliquerait beaucoup de choses le concernant, ricana le jeune homme.

- Et le respect de tes aînés, on ne te l'a pas appris ?

Faisant pivoter son fauteuil, Alérian se retourna d'un bloc.

- Qui t'a fait embarquer, toi ?

- Ton Second. Pour ne t'avoir pratiqué que quelques semaines, il t'a bien cerné, je dirais, jeta Warius avec un léger sourire. Il a accepté de me faire rentrer en catimini, et sans qu'il en soit fait mention dans le Registre de Bord !

- Si tout le monde se met à comploter dans mon dos…

- L'arroseur arrosé, ajouta Warius, mais sans pouvoir en rire entièrement. Je suis juste venu pour être présent à tes côtés, Alie. Je ne réclame aucunes prérogatives, d'ailleurs je suis à la retraite et tu me remplaces magistralement !

Alérian ne se dérida pas.

- Et si toi, tu traînes tes guêtres à mon bord, je ne peux qu'en déduire que mon père… ?

Warius secoua négativement la tête.

- Non, il n'ose pas.

- Mais je ne lui hurlerai plus dessus en lui faisant les plus indécents reproches ! Là, je suis très calme, mes réactions épidermiques sont loin derrière !

- Ce n'est pas ça. Il ne veut pas te perturber. Il s'est même rendu à tes arguments et il rentre à Heiligenstadt auprès des siens, au cas où tu ne serais pas en mesure d'éradiquer la menace du Juge Suprême Lovisthar.

Alérian grimaça.

- Je ne suis pas sûr de pouvoir croire à ce schéma d'un père aussi raisonnable. Mais je le dois pour m'ôter un souci de la tête. Tu es bien installé?

- Parfaitement.

- Bien, en ce cas je viendrai dîner avec toi !

- Je ferai préparer tout ce que tu aimes.

- Merci. Maintenant, excuse-moi, mais j'ai encore du boulot pour gérer ta Flotte !

Et sans vérifier si son nouveau visiteur se retirait de la pièce, Alérian s'attela à ses dernières obligations d'Amiral du jour.