Un mois et demi pour faire un nouveau chapitre ! J'ai eut si peu de temps, c'est vraiment dommage car j'aurais voulu écrire ce chapitre il y a deux semaines pour le premier an tout pile de cette fanfiction.
J'espère que le précédent chapitre vous a plus. Comme je le répète, n'hésitez pas à laisser quelques commentaires de vos avis et critiques.
Nous allons rattraper le temps perdu ! Bonne lecture !
Quand je rouvris les yeux, les grahyènas et les medhyènas autour de moi semblaient plus à l'alerte que lorsque je les avais fermé. Il y avait de l'agitation, ce qui me força à reprendre pleinement conscience alors que mes muscles brûlaient encore de la précédente course que j'avais du réaliser. Clora était toujours contre moi et Auri se tenait assise à côté d'elle comme un chien de garde. Ses nageoires au niveau de la tête frémissaient comme si elle était aux aguets, je finis par demander d'une voix rauque ce qu'il se passait :
"- Ton copain arrive. Maugréa-t-elle. Thane a appelé la meute pour nous prévenir. Et Sungri a expliqué comment allait se passer la rencontre. Ce qui a provoqué toute cette animation."
Le ton de l'aquali était plutôt froid. Elle n'était ni ravie de la venue du grand cerf, ni du retour de Thane qui allait de nouveau monopoliser son amie. Et je compris pourquoi les loups se mouvaient sans cesse après avoir appris la teneur de ce rendez-vous. Ils devaient tous être surpris qu'un herbivore allait venir faire face à leur chef et ce dans un but de conciliation. Je ne fus d'ailleurs pas longue à réagir à mon tour, je fis un énorme effort pour me redresser sur mes pattes, chassant par la même occasion Clora qui ouvrit des yeux embrumés. J'avais hâte de voir Jismo arriver, j'avais tant besoin de réconfort... Je restais cependant nerveuse, car la tension que provoquait cet évènement était élevée et je ne voulais pas qu'il arrive quoi que ce soit. Dressant les oreilles comme tous les autres, j'attendis avec incertitude l'arrivée du haydaim.
Ce ne fut pas long. Rapidement, on pu distinguer très clairement le son de sabots se dirigeants vers nous. Mais nous retînmes tous notre souffle car il nous semblait percevoir plus que le son d'un pokémon au galop. Nous savions que Thane allait être bien trop silencieux pour être discerné, cela ne pouvait donc pas être lui qui provoquait ce raffut. Sungri, qui avait commencé à ordonner les siens afin que tout se déroule pour le mieux, se crispa très légèrement, se tenant sur ses gardes. Ce n'était pas non plus le son d'un troupeau, mais il y avait plus d'un pokémon, c'était certain. Finalement, trois cervidés bondirent d'entre les arbres, atterrissant en faisant déraper leurs sabots juste devant nous. Il y avait deux jeunes, un haydaim dont les cornes n'avaient pas encore terminé leur croissance et un vivaldaim qui n'allait certainement pas tarder à évoluer, car il commençait à perdre sa fourrure de jeune faon. Entre eux deux, se tenant bien droit, la tête haute et sa splendeur emplissant tous les lieux : Jismo.
Les deux jeunes herbivores aussitôt arrivés s'agitèrent avec panique, ils semblaient vouloir repartir aussi vite qu'ils étaient arrivés. Mais le chef de harde réa* brièvement avec force pour les rappeler à l'ordre et malgré leurs jambes fines et tremblantes, ils cessèrent tous mouvements et se tinrent tranquille.
Le vacarme environnant se tut pour saluer cette arrivée impressionnante. Un grahyèna ne tarda pas à venir fermer la marche et à se positionner aux côtés de Sungri. C'était Thane qui s'était fait devancer par les cerfs, plus rapides que lui. Celui-ci salua son alpha d'un coup de truffe avant de se placer en arrière et d'observer la rencontre.
Herbivores et carnivores, ce face à face était étrange et provoquait une sorte d'émulation invisible. Bien qu'aucun de ceux présents, hormis Jismo et moi, n'avaient pour habitude de se tenir en face de sa proie ou de son prédateur, aucun n'eut la volonté de briser cet équilibre précaire même si l'instinct leur poussait à faire le contraire.
Les deux chefs se toisèrent en silence, ils n'eurent nullement besoin de se présenter pour se reconnaître. Chacun avança d'un pas vers l'autre, mais les deux restaient muet : au-delà de la force et du respect qu'ils émettaient tous les deux, ni l'un ni l'autre ne connaissait la formule dont il devait user pour ouvrir la discussion. C'était un évènement particulièrement important qui devait demander de nombreux usages, mais perdus aujourd'hui dans l'oubli. Je m'approchais, d'un pas calfeutré malgré moi, car je ne savais pas si je devais m'immiscer dans ce tête à tête ou bien me tenir à l'écart. Jismo me remarqua et tourna doucement sa tête vers moi, avec une expression amicale qui emplissait ses yeux. Mais cela fut vite balayé par de l'inquiétude quand il constata les marques de combat sur mon corps et mon état de faiblesse. Il se tourna de nouveau rapidement vers Sungri et prit la décision de parler le premier :
"- Me voici donc présent, Sungri "dos argenté". Et accueille aussi deux des miens afin qu'ils soient témoins des évènements présents. Nous sommes venus au galop, mais que s'est-il passé ?"
Un discret mouvement de ses pupilles indiqua que sa question impliquait mon état et celui de mes deux amies. S'il était venu directement et aussi vite c'était parce que Thane lui avait intimé que la situation était urgente et me concernait. Il avait pris le risque de faire confiance au grahyèna, son prédateur naturel, afin de me venir en aide. Cependant, pas une confiance aveugle, car si les deux autres cervidés étaient d'abord présents pour voir Morihogosha à l'action, ils l'étaient aussi dans le doute d'une attaque surprise menée par les loups. Mais Jismo était d'abord pressé de savoir ce qui m'était arrivé avant de mettre en place une conversation sérieuse avec le chef de meute. Celui-ci ne broncha pas et répondit calmement à sa demande :
"- Soit le bienvenu Jismo ainsi que les tiens. Je remercie votre présence suite à ma demande. Nous nous remettons d'un combat avec deux hommes, où nous avons protégé Lilly et ses amies."
Dire ces mots aussi naturellement à un haydaim s'avérait particulièrement troublant pour Sungri. Même si cela ne le décontenançait pas, le fait de les prononcer ainsi admettait déjà les principes qu'obligeait Morihogosha, la simple conversation permettait d'établir le respect entre prédateur et proie. Cela le fit sourire, mais il ne garda pas cette expression afin de ne pas paraitre insultant. Les oreilles bien droites, la queue immobile, il attendit la réaction du cerf qui le dévisageait. Il affronta sans ciller ce regard et le soutint aussi sereinement qu'il lui était possible. Les deux chefs se jaugeaient, dans le fond, il restait une certaine appréhension.
"- Des hommes, encore ?"Questionna le grand cerf en se tournant vers moi.
À la manière dont il me regardait, je savais qu'il voulait que ça soit moi qui réponde cette fois-ci. Si c'était moi qui le racontais, alors il y croirait sans en douter une seule seconde. Frémissante, pendant quelques secondes mes yeux furent implorants. Déjà que j'avais été forcée à le faire une première fois je ne voulais pas recommencer. Mais cette fois-ci Sungri ne voulait pas me laisser le choix :
"- Lilly s'apprêtait à nous donner plus de détails sur l'altercation."Affirma-t-il.
Mon poil se hérissa quelque peu et je fusillais l'alpha du regard qui m'ignora royalement, tourné vers Jismo. Il était en train de me piéger pour me forcer à répondre. Maintenant que j'avais pris un peu de repos et que j'avais un allié avec moi, il laissait moins de place à la patience.
"- Nous avons vraiment besoin de tout savoir Lilly. Poursuivit-il en se tournant finalement vers moi. Tout ce dont tu vas parler maintenant nous est important pour établir de bonnes bases sur la conversation que nous allons avoir tous les trois."
J'admirais son habileté à argumenter. Mais j'étais amer que cela se retourne contre moi, comme si je n'avais pas assez subi... Heureusement pour nous, j'avais repris un peu de courage. Assez pour pouvoir m'exprimer un minimum clairement sans que mes craintes ne brisent ma voix. Tremblante j'entamais mon récit regardant autour de moi les nombreux paires d'yeux qui me fixaient :
"- Nous étions parties chercher Auri... Balbutiais-je. Mais sur le chemin nous avons été surprises, Clora et moi, par ces deux dresseurs. Je... J'en connaissais un, enfin je connaissais les deux puisque le second était celui qui nous avait attaqué avec l'ursaring, mais..."
Je déglutis pour prendre mon temps, pour être assez concise, et aussi pour trouver rapidement des arguments sur la suite que j'allais aborder :
"- Le... Le premier était mon ancien dresseur et il voulait me récupérer de force. Et vu que je refusais ils nous ont attaqué avec leurs pokémons."
Je prenais de gros risques avec cette affirmation. Surtout si les deux hommes venaient à revenir et que leurs pokémons en question se mettaient à donner leur version des faits. Je souhaitais de toute mon âme que cela n'arrive pas. Après cette affirmation je ne savais plus quoi ajouter, ce fut Auri qui me donna la piste :
"- Ils venaient d'un bâtiment qui perçait la montagne ! S'exclama-t-elle, trop fière d'ajouter sa brique à l'édifice alors qu'elle se sentait en retrait. Plus loin au-delà du lac.
- Oui, ils venaient de là-bas. Acquiesçais-je. Et moi aussi."
À cette révélation il y eut un sursaut général et on me regarda avec de grands yeux interrogateurs. Après-tout, on associait ces hommes aux nombreuses attaques faites sur la forêt, puisque Nikki en avait été l'origine. Et savoir qu'avant j'étais dans le même bateau qu'eux en laissait plus d'un perplexe. Je regrettais immédiatement d'avoir dit une telle affirmation. Je m'empressais de me corriger :
"- Je me suis enfuie pour une bonne raison ! On me retenait contre mon gré. Je n'étais pas heureuse là-bas..."
Thane pencha la tête sur le côté, plongé dans une certaine réflexion, il rassemblait tous les éléments qu'il avait à mon sujet.
"- Maintenant que j'y pense, commença-t-il, ils n'ont pas usé de pokéball pour te forcer à les suivre...
- Pourtant en tant que dresseur c'est ce qu'il aurait du utiliser. Souligna Sungri.
- Je venais à peine d'arriver là-bas ! Me justifiais-je. Avant je ne vivais pas avec eux... !
- C'est ce que voulait dire l'arcanin par "Tu ignores tout d'ici." Poursuivit à ma place Sungri. Tu venais d'arriver sur les lieux et tu n'avais pas connaissance de ce qu'il s'y passait.
- Oui ! Affirmais-je avec véhémence. Je sais qu'il y a d'autres hommes à la base mais je n'en ai vu que trois ! Le plus âgé qui nous a attaqué et deux autres."
Je ne fis aucun descriptif et ne citais pas non plus leur nom. Ces informations étant inutiles. Je doutais que des pokémons sauvages aient l'occasion de faire des recherches à partir de ça. Comme essoufflée par cette explication, je finis par me taire en essayant de prendre du recul pour savoir si j'avais été convaincante et si mes explications tenaient la route. Je ne voyais rien d'autre à ajouter, alors je relevais la tête vers les deux chefs. Je finis d'ailleurs par remarquer que Jismo n'avait pas dit un mot durant toute la durée de mon discours. Ce qui me surprit. Je le dévisageais alors avec incertitude et il répondit alors à ma question muette :
"- J'ignorais tout cela. Fit-il calmement. Lors de nos conversations tu ne l'avais jamais mentionné."
Vu qu'il n'ajouta rien de plus, mon cœur se serra et eut l'impression de voir un reproche dissimulé dans cette phrase. Le fait que je ne lui avais pas tout dit. Orgueilleuse et me sentant toujours acculée je lui répondis sèchement :
"- Tu ne m'avais jamais dit que tu avais rencontré Thane."
Le grand cerf releva l'échine, surpris de ma réplique cinglante. Pourtant il n'avait eut aucune animosité dans la remarque qu'il m'avait fait. Il commença à sentir en moi un grand trouble, le même auquel il avait été déjà confronté quand il m'avait demandé si mes proches ne me manquaient pas depuis que j'étais ici. Il savait maintenant que quelque chose n'allait pas dans mon passé et que je ne souhaitais pas l'aborder.
Sungri, tout aussi étonné, pris la décision de couper net à tout conflit, il m'emmena vers quelque chose que je n'avais pas abordé :
"- Il doit y avoir malgré tout une raison qui a poussé ces hommes à venir te récupérer. Si tu n'étais pas d'un quelconque intérêt il ne se serait pas donné tout ce mal."
Jismo et moi ne nous étions pas quitté du regard pendant que Sungri prenait la parole. Nous cherchions l'un et l'autre à comprendre ce qui ce passait dans nos esprits. La meute assistait au spectacle, fascinée et intriguée, autant par ce qui était dit que ce qu'il se passait.
"- Je... Commençais-je peu sûre de savoir comment répondre sans avouer mon secret. Ils ont... Fait des expériences sur moi... Terriblement douloureuses. Et je... Je ne sais pas de quoi il s'agissait si ce n'est que ça me faisait terriblement mal."
Une demi-vérité était toujours plus efficace qu'un mensonge pur et simple. Mais j'espérais sincèrement que personne n'irait plus loin dans ces questions. Et d'ailleurs, j'allais y mettre un point d'honneur :
"- Je ne veux plus revivre ça. Je ne veux plus avoir de rapport avec ça. Donc... Il serait plus intelligent de chercher un moyen à nous protéger d'eux plutôt que de les connaître."
J'ignorais si ma remarque allait être efficace, mais au moins j'y avais mis du cœur et j'étais persuadée qu'on allait enfin comprendre que je souhaitais ne pas en parler. Auri hocha la tête en soutient et tourna vers moi une expression désolée pour ce qui m'était arrivée. Clora aussi, elle avait récupéré assez de force pour venir s'allonger à mes côtés et écouter correctement la conversation. Je finis par ne plus prononcer mots, attendant à ce que les chefs prennent la relève. J'en avais assez dit et ne voulais en dire plus. Voyant que mon récit était clos, Sungri prit ma suite :
"- Voilà pour ce qu'il c'est passé. Elles affrontaient à elles seules un arcanin, un démoloss et un elecsprint. Nous avons entendu leur appel à l'aide et sommes intervenus avant qu'ils n'emportent Lilly."
Jismo hocha consciencieusement la tête, plongé dans une intense réflexion. Personne ne le voyait, mais une force intérieure qu'il ne se connaissait pas tentait de prendre le dessus, un tiraillement dans la poitrine qui cherchait à mettre en ébullition son esprit. Mais il chassa cette sensation en s'ébrouant. Il allait répliquer mais Sungri n'en avait visiblement pas fini :
"- Lors de la rencontre, expliqua-t-il, quand j'ai appris que ces hommes venaient d'un bâtiment caché dans la forêt, il m'est venu une possibilité..."
Le cerf tourna vers lui un regard plein d'intérêt.
"- Jismo, poursuivit-il, l'éclair blanc... Il était venu nous voir pour nous parler de ce fait : que les hommes s'étaient installés dans la montagne et que nous devions les en chasser. J'ignore s'il est venu vous voir aussi pour vous demander votre aide. Mais c'est probablement à cause de lui que les hommes s'en sont pris à la forêt."
L'éclair blanc ? Je regardais tout autour de moi, tout le monde semblait connaître ce personnage et suivre le fil de la conversation. J'allais devoir me contenter de combler mon manque de savoir par moi-même.
"- Il est venu nous voir. Confirma Jismo. Mais ma harde n'a pas été conviée à l'attaque qu'il a voulu porter... Je vois maintenant exactement le lien dont tu veux parler, j'ai été bête de ne pas y songer plus tôt ! C'était pourtant évident !
- Oui. Acquiesça l'alpha. Nous connaissons tous l'éclair blanc. Et avec ce que viens de nous raconter Lilly nous savons ce qui a justifié sa présence et son attaque.
- Excusez-moi... Me forçais-je en coupant la discussion. Mais qui est l'éclair blanc... ?"
Alors que j'avais déjà attiré l'attention sur moi avec mon histoire, voilà qu'on me dévisageait de nouveau à cause de mon ignorance. La surprise était palpable et soulignait d'autant plus que j'aurais du savoir cela. Mes oreilles en arrière, j'attendais malgré tout une réponse.
"- Tu ne finiras pas de me surprendre Lilly. Proclama Sungri. La réputation de l'éclair blanc s'étend pourtant bien au-delà de nos régions et de ce continent. Il est connu mondialement... Même dans les villes dont tu es censé être originaire."
Le loup avait légèrement penché sa tête sur le côté, interrogatif à cette énigme que je lui posais quand à mon identité. Dieu que j'avais peur de me faire découvrir avec pareille remarque. Comme si j'avais raté une information qu'on apprenait à tous depuis le plus jeune âge, un peu comme une part de l'histoire qu'il est particulièrement important de connaître.
"- C'est bien là une des preuves de ta singularité... Finit par proclamer le vieux grahyèna. Ta vie devait être bien particulière pour avoir autant d'intérêt pour ces hommes et pour que tu ignores même ce qu'il se passe dans le monde... Mais je vais répondre malgré tout à ta question."
Il ne réalisait pas le moins du monde le poids qu'avaient ses mots pour moi. Chacune de ses phrases avait eut l'effet d'un océan s'effondrant sur mes épaules. Il s'était inconsciemment approché si prêt de la vérité que je me demandais encore comment ça ne pouvait pas lui paraître évident. Fixant le pokémon, immobile comme une statue, j'attendais.
"- L'éclair blanc est un personnage important dans le monde pokémon. Car il s'est donné la tâche de nous défendre des hommes qui se servent de nous pour faire le mal.
- Cela va bien au-delà, ajouta Jismo, il s'est mit en tête qu'aucun humain n'est digne de confiance. Et pour cela il a prit la décision de détruire toute installation des hommes qui va à l'encontre de ses principes.
- Il y a un peu plus de quinze jours, il est venu voir les pokémons sauvages de la forêt pour nous proposer de nous joindre à une attaque qu'il a réalisé peu de temps après sur des hommes installés ici. J'ai refusé d'y joindre ma meute, n'ayant pas vent ni gêne de leur présence.
- Il en va de même pour moi et ma harde. De plus il est stupide et particulièrement dangereux d'attaquer les hommes gratuitement sans attendre de réponse en retour. La preuve en est de ce jeune homme et son ursaring.
- Exactement, c'était aussi mon avis. C'était une bien mauvaise idée."
Le haydaim et le grahyèna se fixèrent avec intérêt, étonnés de voir que l'un avait eut la même réaction que l'autre. Cela amplifiait leur reconnaissance et permettait de voir que des associations pouvaient se faire pour le bien des deux groupes. Mais Sungri songea aussitôt à quelque chose qu'il devrait faire, car un élément de cette situation ne lui plaisait pas... Il réagirait là-dessus plus tard, il devait d'abord finir ce point. Mais avant qu'il ne puisse reprendre la parole, j'allais l'interrompre. Car je faisais rapidement le calcul dans ma tête et constatais la coïncidence :
"- Quand je me suis enfuie... Débutais-je. J'ai pu m'échapper car les lieux où j'étais retenue se faisaient attaquer par des pokémons qui ravageaient tout sur leur passage. Est-ce que ça se pourrait que ça soit... "L'éclair blanc" qui ait provoqué ça ?"
Les deux chefs hochèrent leur tête en cœur. Maintenant, ils en étaient sûrs. Tout concordait, notamment le fait que je fus torturée là-bas et que cela faisait partie de ce que ne supportait pas ce mystérieux personnage. D'ailleurs je n'avais toujours pas saisi : était-ce un pokémon ? Ou bien un homme ? Le monde entier avait entendu parlé de lui, cela m'intriguait beaucoup.
"- Je pense que oui. Annonça Clora. C'est à peu près à cette période que nous t'avons retrouvé près du lac.
- Lilly, demanda Sungri, parle nous de cette base. Toi qui y étais, qui a vu ce qu'il s'y passait, tu pourrais nous éclairer sur comment nous devons réagir par rapport à ça.
- Oui. Soutint Jismo. Je devine les intentions de Sungri. Au vu des fortes réactions des hommes à notre encontre, la forêt est face à une menace. Et Morihogosha doit intervenir avec l'aide de tous les autres pokémons."
C'était donc ainsi que les évènements s'entremêlaient. C'était plutôt surprenant, une action en répondant à une autre. Cela me rassurait en partie, car je sentais maintenant que c'était à mon avantage : les hommes de la base étaient pour eux comme pour moi un danger et je pouvais me faire des alliés pour m'en protéger. Mais qu'est-ce que je pouvais bien leur dire pour les aider ? Je me rappelais un peu de l'endroit où je m'étais éveillée, vaguement du couloir dans lequel j'avais tenter une première fois de fuir et encore moins la pièce dans laquelle on m'avait finalement de nouveau enfermée.
"- J-je ne saurais vous dire... Avouais-je.
- Pourquoi ? Demanda Jismo interloquée.
- J'étais prisonnière. Je ne connais rien d'autre que la torture qu'on m'a fait subir."
Silence. J'étais désolée de ne pouvoir ajouter quoi que ce soit à. Mais à part la description d'un couloir et de deux pièces que j'avais connu brièvement, je ne connaissais rien de là-bas. Et pour le coup personne n'avait envie de me demander le détail de ce qu'on m'avait fait. Mais Sungri et Jismo restaient sur leur faim, ça ne leur permettait pas d'enclencher une réaction de notre part, pour agir pour le bien de la communauté.
"- Lilly, essaya le noble haydaim, dans ce cas là, juges-tu nécessaires que les pokémons prennent la décision d'intervenir ? Si nous ne connaissons pas qui nous affrontons, peut-être que nous foncerions droit vers notre chute. Nous ne pouvons pas douter au risque d'augmenter la réaction des hommes."
Le ton de sa voix exhalait la force qu'il possédait. Une énergie qu'il me transmettait par ses mots. Je me rappelais le rôle que j'avais accepté de prendre avec lui et me rendais compte que je ne devais plus penser à moi dans le problème présent. Mais aux habitants de la forêt, qui s'étaient fais attaqués sans raison valable. Après tout, en prenant du recul, bien qu'Arthur fut venu pour moi ce jour là, le jeune homme qui l'accompagnait n'était pas précédemment venu pour mon cas, mais bien pour agresser les pokémons sauvages quel qu'il soit. Le hasard avait juste voulu que je sois présente à ce moment là.
Quelle égoïste je faisais. Je ne devais pas me dissimuler dans ce monde, je devais en faire partie pour m'intégrer définitivement et réaliser ce que je souhaitais depuis le début : une nouvelle vie. Je devais effacer mes craintes au profit du duo que je formais avec Jismo.
Mon expression s'endurcit et gagna en allure. Me mettre dans cette optique me permit de trouver les mots exacts que je devais formuler :
"- Jismo, débutais-je, S-Sungri. Je sais peu de chose sur eux, peut-être autant que vous au final. Mais nous avons vu ce que ces humains ont fait : le vieil homme venait peut-être pour moi aujourd'hui, mais la forêt à souffert beaucoup plus tôt des attaques du plus jeune."
Je me tournais brièvement vers Sungri, cherchant confirmation. Je n'avais assisté qu'à une attaque de Nikki, mais j'avais cru comprendre, avec la rencontre qui avait eut lieu, que la montagne avait essuyé plusieurs assauts de sa part. Il hocha la tête pour valider mes dires et je pu continuer :
"- Là-bas on m'a fait du mal. Et je ne suis peut-être pas la seule, surtout si ce fameux "éclair blanc" a décidé d'intervenir. Je doute que ces personnes nous veulent du bien, il faut nous en protéger."
Auri et Clora eurent beaucoup de mal à me reconnaître avec une pareille déclaration. Jismo n'était pas du tout surpris, il savait que j'étais capable d'assumer le rôle de morihogosha. Quant à Sungri, cela effaça les derniers doutes qu'il avait à mon sujet pour savoir si j'en étais digne. La foule autour de nous retint un soupir de soulagement, car aucun pokémon pour l'instant n'était parvenu à y voir clair, puisque la conversation ne tournait au départ qu'autour d'une seule personne. Maintenant qu'il y avait eut des éclaircissements sur le fil directeut de la discussion, la tension diminua d'un cran. Les deux autres herbivores qui accompagnaient Jismo eurent même un sursaut de se rendre compte que, tout absorbés par le sujet, il avait finalement ignoré la masse de prédateurs naturels qui les encerclaient.
"- Pourquoi n'irions-nous pas voir directement sur les lieux ce qu'il en est ?"
Proposa Thane, qui ne pouvait plus retenir le flot de questions qui traversaient son esprit.
Sa manière de s'immiscer en surpris et en gêna plus d'un. Il recommençait à oublier la tenue qu'il devait avoir. Son alpha mit brièvement ses oreilles en arrière tout en secouant la tête en désapprobation. Cependant, la question avait le mérité d'être soulevée :
"- C'est vrai, soutins Clora. Après tout Auri sais où ils se trouvent.
- Je ne suis pas sûre que ça soit une bonne idée ! Intervins-je. Ça nous rapprocherait du danger !
- Une approche furtive pourrait être efficace ! Insista Thane. Et en plus ça nous permettrait de nous tenir prêt.
- Paix, Thane. Grogna Sungri pour le rappeler à l'ordre.
- Ils n'ont pas tort. Finit par répondre Jismo. Nous devrions voir par nos propres yeux ce qu'il en est.
- Mais nous ne savons même pas combien ils sont, affirmais-je, ils pourraient nous attendre.
- Oui, effectivement. Fit le cerf. C'est pourquoi je propose que vous vous reposiez avant que nous nous organisions demain pour se faire."
Thane piétinait sur place d'enthousiasme. Il n'avait qu'une envie : planter ses crocs dans la chair des personnes qui avaient attaqué les siens et sa bien-aimée. Clora avait été gravement blessée et elle ne tenait toujours pas debout. L'appel de la vengeance était fort. Et il était heureux de voir que l'Haydaim allait dans son sens. Il était persuadé que ça allait se faire de cette manière, dans sa tête il commençait déjà à établir un plan et pris une inspiration pour reprendre la parole, mais Sungri le devança :
"- Oui nous avons tous besoin de repos. Dit-il paisiblement. Et aussi de chasser."
Le froid que cela jeta sur l'assemblée fut si violent que nous n'entendions plus que le vent au travers des arbres. Cette déclaration semblait tellement se détacher du reste qu'elle nous rappelait une chose : la réalité du pokémonde. Voilà un sujet que l'alpha ne voulait pas qu'on oubli et qu'il fallait aborder.
Toutes les oreilles s'étaient dressées, aux aguets du moindre mouvement. Et je sentis que la meute de grahyènas et de medhyènas se tenait prête derrière son chef. Car eux non plus n'avait pas oublié l'aspect étrange de la situation. Jismo fut décontenancé pendant quelques instants, mais il ne bougea pas. Ses deux confrères par contre se mirent à trembler. Ne voulant pas que tout tourne mal, je pris la décision de me placer contre lui, délaissant encore une fois Clora qui n'était pas ravie. Je soutins le regard calme du vieux grahyèna. Finalement, le grand haydaim finit par prendre la parole :
"- Bien évidemment...
- Bien évidemment. Répéta l'alpha. Toi et les tiens êtes les bienvenus, Jismo. Mais nous devons parler de quelque chose d'important avant de nous organiser, ensemble, pour agir. Et c'est de Morihogosha dont il s'agit."
Le grand cerf baissa et remonta ses bois pour marquer son accord. Mais personne n'avait idée de ce qui lui en coûtait pour qu'il reste serein. Il remercia Arceus que je fus présente et que je marquais bien le camp dans lequel je me trouvais. Et à sa plus grande surprise, Auri vint me rejoindre.
"- Mais ! Protesta Clora. Ça ne te ressemble pas Auri."
L'aquali détourna la tête de son amie, grognon, n'enviant pas la position que pourtant elle prenait. C'était encore sa fierté qui parlait au travers de ses actes, mais son orgueil refusait de donner explication.
Le grand loup reprit la parole comme si rien ne s'était passé, il se tourna vers les siens et proclama haut et fort :
"- Écoutez tous ! Je vous ai demandé de rester calme et de ne pas intervenir lorsque je vous ai annoncé que des haydaims viendraient à notre rencontre, sans aucune animosité. Je vous dois des explications et les voici :
Depuis quelques temps un rôle retrouve sa place au sein de la forêt. La paire Morihogosha demande à se réintégrer pour nous protéger. Ce nom vous est probablement inconnu pour la majorité d'entre vous. Les plus anciens peuvent déjà pousser quelques murmures. Morihogosha est censé être le gardien de la forêt et ce par l'acte de deux pokémons.
"Que la proie et le chasseur s'allient en équilibre."
Un carnivore..."
Il me désigna de sa truffe.
"- ... Un herbivore..."
Puis Jismo.
"- Puissions nous respecter les règles établies pour nous mouvoir sans crainte !"
Des grognements et des couinements d'interrogation répondirent à ce discours que peu arrivaient à traduire pour le moment. Mais la singularité de cet évènement avait été frappée par les paroles du vieux loup.
"- Écoutez. Reprit plus doucement Sungri. À partir d'aujourd'hui, je veux qu'avant chaque chasse, chaque attaque, vous vous employez à annoncer votre arrivée. Et chaque fois que votre office est terminé, de faire un nouvel appel."
Je sentais très clairement que l'envie de protester était bien présente, mais que pour le moment personne n'osait contredire le chef. L'idée semblait tellement irréelle qu'on peinait à y croire. Pourtant il insista :
"- Ça veut dire que dorénavant vous ne tuerez plus sans prévenir afin de fixer une entente avec les herbivores."
Cette fois-ci, l'explication étant claire et nette, des aboiements se firent entendre. Comment osait-on leur demander une chose pareille ? La masse de pokémons semblait reprendre l'organisation telle que j'avais pu la voir quand ils étaient venus nous porter secours. Un rassemblement agressif et dangereux, certains eurent même l'audace de pousser des hurlements afin d'imiter l'ordre qu'on leur avait donner : sonner l'heure de la chasse. Mais Sungri n'allait pas les laissait faire : il fit signe à Jismo, Thane et quelques grahyèna restés calmes de prendre part à ce qu'il allait faire. Prenant une grande inspiration et appuis sur le sol, il poussa un rugissement puissant dont l'écho retentit au travers de toute la forêt. Les quelques congénères qui le soutenaient ne surent pas quoi faire hormis se placer derrière lui en soutient. Jismo, dont le sang froid était impressionnant réa puissamment pour se joindre au chef de meute. Le calme revint presque aussitôt, mais la confusion était toujours là.
"- Ils nous faut apprendre à nous faire confiance. Gronda Sungri. Trop de fois nous nous sommes fais surprendre comme trop de fois nous avons surpris. Nous ne sommes pas des bêtes sauvages, nous pensons et nous parlons parce que nous sommes animés. Et il faut effacer la peur qui nous entoure."
Des voix s'élevèrent et les éternelles questions furent soulevées : "Comment nous nourrirons-nous ?", Qu'est-ce que ça nous apporte ?", "Pourquoi ferions-nous confiance ?". Face à ça, le loup incita Jismo à prendre la parole et à fournir les éternelles réponses. J'observais qu'une de ses oreilles s'agitait nerveusement, avant de reprendre une position immobile. Instinctivement je donnais un coup de museau amical pour le soutenir. Sa peau tressauta à l'endroit où je l'avais touché, mais il tourna vers moi un regard emplit de reconnaissance avant de parler :
"- Pour vous comme pour nous, nous prenons des risques à suivre ce que nous établissons. Rien ne nous promet que vous préviendrez toujours de votre venue lorsque vous chassez."
Il déglutit discrètement, il fallait que lui aussi frappe fort dans les mentalités pour que cela fonctionne. Il allait alors faire appel à un évènement qui l'avait lui-même profondément troublé.
"- Lilly et moi formons cette paire. Poursuivit-il en ignorant ceux qui demandaient comment on osait prendre ces rôles sans demander leur avis. Et pour sceller le pacte, en tant que carnivore elle a tué et dévoré l'un des miens."
Ce souvenir était toujours aussi efficace. Même moi je n'aimais pas me le rappeler. Je détournais la tête, désolée, mais me forçais à regarder dans les yeux la meute de loups qui me dévisageait pour chercher la vérité. Je ne devais pas avoir une attitude qui niait ce fait.
"- Elle a fait cela face à ma harde. Continua le cerf. Ceux qui m'accompagnent pourront le confirmer. Nous avons accepté de nous plier à ça, pour que nous puissions nous soutenir tous ensemble quand nous en avons besoin..."
S'en suivit l'explication qui ressortait chaque fois que le sujet était mis sur la table. Le noble et grand chef de harde justifia point par point l'existence de morihogosha, soutenu par Sungri qui lui expliquait les raisons qui le poussait à se joindre à cette initiative. Surtout en ce moment de crise, semblait-il, avec ces hommes étranges cachés en plein milieu de la forêt. Le temps fut long pour répondre aux interrogations de chacun, pour calmer l'ardeur de certains. Mais petit à petit, l'idée commença à faire le tour des têtes présentes et à se faire accepter, surtout quand Auri se joignit en cœur à nos efforts à notre plus grande surprise :
"- Lors de l'attaque de l'ursaring, maugréa-t-elle, il m'a défendu à ses risques et périls alors qu'il n'aurait pu ne pas le faire..."
Elle avait parlé si bas qu'on fut obligé de lui faire répéter pour que l'assemblée l'entende. Elle réitéra alors sa parole, de manière brusque mais pour le moins clairement. Clora à ce moment là commença a comprendre les réactions de son amie et elle lui adressa un petit sourire taquin discret.
On nous demanda beaucoup de détails. Mais finalement, les medhyènas et les grahyènas finirent pas être à court de questions. Sungri passa parmi les siens :
"- Maintenant que la situation est claire, dit-il, nous allons pouvoir agir. Nous n'oublions pas bien sûr nos propres besoins."
À ces mots, il dévisagea Jismo, lui faisant comprendre qu'il parlait de la chasse qu'il avait précédemment citée. Il avait la volonté de créer des liens afin d'entretenir la paix dans la montagne, mais il rappelait aussi qu'il ne fallait pas devenir trop intime. Car on ne savait pas qui pouvait un jour tomber sous les crocs des prédateurs.
"- Un petit groupe partira demain. Expliqua-t-il. Accompagné par Auri qui les mènera à ce bâtiment. Jismo, je te tiendrai au courant au travers de Lilly, je te le promets. Nous saurons ce qu'il se passe. En attendant... Nous ferions mieux de nous séparer."
Le haydaim courba l'échine pour saluer le chef de meute qui lui rendit son salut. Et les deux groupes commencèrent à se diviser pour partir chacun de leur côté. Je bondis aux côtés d'Auri et de Clora et leur expliquaient que je les rejoindrai plus tard, je voulais tout d'abord suivre Jismo.
Boitant toujours de ma patte arrière, je m'élançais à la suite des herbivores afin de les rattraper.
Au départ les trois pokémons étaient silencieux. Et moi après tant d'émotions, j'avais besoin de me relâcher un peu. C'est pourquoi, après un petit temps de marche je finit pas rompre ce silence :
"- Merci d'être venu aussi vite.
- C'est naturel. Répondit Jismo se tournant vers moi tout en marchant.
- Je ne me sentais pas... Débutais-je. Est-ce que vous allez rentrer directement voir votre harde où est-ce que vous allez faire un détour ?"
L'herbivore me regarda avec douceur et devinait ma requête derrière cette interrogation. Il donna alors quelques indications à ses confrères et s'éloigna d'eux pour se rapprocher de moi.
"- Je peux t'accompagner jusqu'à voir Colmillo si c'est ce que tu souhaites. Affirma-t-il.
- Il doit s'inquiéter. Dis-je. Cela fait un moment que je ne suis pas retournée le voir.
- Il a plus de ressource que tu ne le penses, crois-moi."
J'hochais la tête en silence tandis que nous commencions à nous éloigner de l'haydaim et du vivaldaim. Bientôt nous fûmes seuls avec le calme de la forêt.
"- Je... Balbutiais-je. ...Voulais un peu te parler.
- Est-ce que c'est à propos de la rencontre avec Thane ? Tenta-t-il."
Il y avait de cela, mais pas uniquement, maintenant que je me détendais, l'énergie venait à me manquer et j'avais besoin de me confier quelque peu. Mon fardeau se faisait déjà lourd seul.
"- On abordera ça un peu plus tard, répondis-je, c'est juste que je me posais pas mal de questions...
- Je t'écoute attentivement.
- Avec ce que Sungri a souligné tout à l'heure... Je me demandais... Tu sais, je suis une carnivore et je chasse ce que je peux mais... C-Comment tu réagirais, si c'était un haydaim que je venais à abattre ?"
Croyant d'abord que j'allais parler de la culpabilité que je pouvais ressentir en tuant, Jismo ne s'attendait pas à ce que je demande ça. Et il fut soudainement sans réponse, réalisant que malgré tout son discours, cela l'atteignait.
"- Je... Ne sais pas Lilly. Avoua-t-il. Je t'avouerais qu'inconsciemment cette question ne m'était jamais venue à l'esprit. Pourtant avec ma tutrice..."
Sa voix s'étrangla brièvement mais il se reprit :
"- ... Je ne devrais même pas réagir. Car tu l'as déjà fait et sera probablement amené à le refaire. C'est dans l'ordre des choses et je... Je sais que tu feras ça "dans les règles".
- Mais même au-delà de ça, ça me gêne. Si tu le souhaites je peux promettre de ne pas tuer l'un des tiens. Je n'ai pas envie que cela nuise à notre ami... tié."
Est-ce que j'allais trop loin ? Après-tout Sungri nous avait clairement montré qu'il ne fallait pas devenir intime. Afin que des problèmes de moralité ne naissent pas.
"- Lilly, dit Jismo de sa voix grave, il faut surtout jamais que tu ne fasses ça. Que dirais les autres pokémons si certains étaient chassés plus que d'autres ?
- Mais...
- Non. N'y pense jamais. Surtout pas. Tu romprais l'équilibre, même si tu le faisais avec de bonnes intentions..."
Mes oreilles s'affaissèrent et toute joie disparu de mon visage. Je ne voulais pas qu'il y ait de l'écart entre nous... Je voulais pouvoir construire quelque chose de fort pour que Morihogosha soit indestructible et efficace. L'haydaim pencha la tête sur le côté et sembla déchiffrer mon doute car il me répondit avec une infinie délicatesse :
"- Nous sommes une exception.
- Comment... ?
- Nous sommes une exception Lilly. Nous travaillons ensemble à ce que cela fonctionne, nous ne devons pas mettre de frontière entre nous."
Je me redressais avec intérêt, mon espoir renaissant aussitôt à cette remarque. Constatant le bien que cela me faisait de le savoir, le cerf eut un petit sourire.
"- Restons honnêtes et ouverts. Et tout se passera pour le mieux."
Soulagé, ce petit morceau de bonheur suffit à me faire oublier pour un temps le reste. Cela fut communicatif car Jismo, par la joie que je ressentais, avait plus d'entrain. Nous marchâmes quelque peu sans rien nous dire, la présence de l'autre suffisant amplement. Mais le pokémon ne voulait pas s'en arrêter là : il avait ressentit ma détresse et sentait qu'il y avait bien plus à guérir encore. Mais, parce que je me braquais aisément, il allait devoir prendre beaucoup de précaution pour m'en parler :
"- Comment te sens-tu après ce combat ? Demanda-t-il.
- Je... Répondis-je, perturbée par le retour de ce qui travaillait mon esprit. Je ne sais pas trop. J'ai eut très peur..."
Je voulais parler de ce que j'avais ressenti, mais j'étais effrayée de dévoiler une part de mon histoire tout en confiant mes sentiments.
"- Je ne voulais vraiment pas qu'il me ramène. Dévoilais-je malgré tout.
- Faisait-il... Parti de tes "proches" ? Cet homme qui voulait te forcer...
- Non, pas du tout... Mais c'était celui qui avait le plus d'influence, d'une... Certaine manière.
- On ne le laissera jamais faire, je te le promets. Par ailleurs, je suis désolée si j'ai pu te blesser en voulant parler de toi. Je ne pouvais pas savoir.
- Tu ne pouvais pas savoir.
- Mais même si tu préfères garder le silence, je reste prêt à t'écouter."
Je redressais la tête, droit devant moi, solennelle. C'était quelque chose de très important à savoir. Moi qui ne faisais pas partie de ce monde avant. Je pouvais commencer à établir des racines qui prenaient naissance par la simple amitié grandissante que j'avais avec Jismo. Cela me rassurait énormément. Je gardais le silence quelques minutes après cette remarque, cela fut suffisant pour que nous apercevions Colmillo au loin. Le petit rattata avait quitté le nid que je lui avais trouvé pour vivre son aventure, insouciant dans la forêt. Je le voyais en train de discuter et de jouer avec des nidorans. Cela m'arrêta net, éberluée par cette scène. On avait du mal à croire qu'il avait vécu le meurtre de ses parents.
Peut-être que finalement ça venait bien de moi : cette vision qui provenait tout droit de ma culture, comme quoi ce que j'avais fait était mal. Dans la nature, les éléments étaient ce qu'ils étaient, on ne pouvait pas les changer, juste s'en accommoder et vivre avec. Colmillo semblait le faire à la perfection.
Souriant en voyant mon expression, Jismo baissa la tête à ma hauteur pour me dire sur un ton amusé :
"- Tu vois, il n'y a pas de crainte à avoir."
J'hochais la tête machinalement, toujours sous le coup de l'émotion. Le petit souriceau ne nous avait pas encore vu. Le voir à la rencontre d'autres pokémons me tourna cependant sur un autre sujet :
"- Jismo, peux-tu me raconter comment tu as connu Thane ? Je voudrais comprendre ce que j'ai manqué.
- Mais bien sûr." Répondit-il.
Il s'allongea au sol pour se détendre et m'expliqua les détails de son premier contact avec le grahyèna. Contente d'apprendre que Jismo n'était pas celui à faire le premier pas, sans moi, je l'étais un peu moins de savoir que j'avais été suivi sans m'en rendre compte. Il fallait que je m'exerce.
Nous passâmes l'après-midi de cette manière, à discuter, tandis que Colmillo nous rejoignit finalement, paniqué de me trouver dans l'était que j'étais. Il passa son temps à me soigner et à me bichonner avant que finalement au soir, Jismo ne rentre auprès de sa harde.
Le lendemain matin, Sungri tint sa promesse. Dès que le soleil fut assez haut à l'horizon, il envoya trois de ses loups les plus discrets, accompagnés par Auri, vers la base. Le trajet se passa sans encombre, les grahyènas étaient très doué pour la furtivité. Cependant, ils durent à de nombreusex reprises reprendre l'aquali qui pour le coup l'était beaucoup moins. Mais leur patience et leur attention fut récompensés : ils finirent par être en vu des lieux.
Cependant, ils durent augmenter leur vigilance : sur leur chemin, il croisèrent des hommes, vêtus de bleu. Eux aussi avançaient furtivement vers la base. Et ils semblaient se préparer à une attaque au vu de leur organisation et de leur pokémons sortis auprès d'eux. Notre petit groupe failli à plusieurs reprise se faire repérer, heureusement pour eux, ces hommes là n'étaient pas intéressés par les pokémons sauvages. Ils finirent par se tapirent dans un fourré et observer de loin ce qu'il se passait.
On leur avait intimé l'ordre de trouver un moyen de voir ce qu'il se passait en intérieur. Malheureusement pour eux, ils n'allaient pas en avoir l'occasion.
Pour la simple et bonne raison qu'à ce moment précis Bari sonnait l'alerte en plein cœur de la base et lançait les hostilités entre les policiers de Vestigions au-dehors et les membres de l'organisation ō à l'intérieur... Auri et les grahyènas assistèrent alors horrifiés à la violence des combats. Si violent, que cela ne dura pas bien longtemps avant que les hommes vêtus de bleu partent en retraitent, accompagnés par des hommes qui avaient réussi à s'échapper, dont un soulevé par son arcanin.
*Réa, du verbe réer. Un cerf qui rée est un cerf qui pousse son cri.
