Vous aimez la musique ? Pour ce chapitre, je recommande Ain't Nobody de Felix Jaehn, ou How Deep Is Your Love de Calvin Harris pour la partie de Sakura. Pour la partie de Naruto, je recommande Speechless de Candyland. :D

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Troisième cliché


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Ses talons résonnèrent dans les couloirs de l'agence DarkPink. Sakura Haruno, actrice en vogue de vingt-quatre ans, marchait d'un pas rapide. Elle noua ses cheveux roses en queue de cheval à l'aide de l'élastique qu'elle tenait entre ses dents puis ouvrit son sac à main pour en sortir un miroir de poche. Toujours en marchant, elle ouvrit le miroir, regarda son maquillage et contempla ses traits gracieux. De grands yeux verts, une frange légère et quelques mèches roses plus courtes encadrant son visage et des lèvres pulpeuses lui firent face. Elle esquissa un petit sourire satisfait. Après avoir rangé son miroir, elle examina sa robe en coton crème et arrangea les manches de son gilet gris clair. A son sac, elle avait attaché un foulard vert malachite, son préféré, car le temps se refroidissait rapidement en fin de journée.

Sur son passage, ses kouhais la saluaient tous et toutes, admiratifs, timides ou bien enivré par sa grâce. Sa figure était parfaite, sa silhouette élancée et athlétique à la fois était enviée, et ses cheveux roses soyeux et pleins de reflets étaient on ne peut plus efficace signe caractéristique pour une célébrité. Elle adorait l'attention. Elle ne vivait que pour être au centre de toutes les conversations, et sa passion pour le cinéma était bien réelle. Depuis son enfance, et d'aussi loin que ses souvenirs la portaient, elle avait toujours désiré être sous les feux des projecteurs. A l'école, elle jouait le premier rôle dans les pièces de théâtres de fin d'année. Elle voulait qu'on la voit, qu'on la reconnaisse et qu'on l'admire. Un jour, elle se ferait sûrement appeler Haruno-sama par ses admirateurs. A vrai dire, ses fans étaient déjà très passionnés. Elle croulait sous les lettres et les cadeaux laissés à son nom à l'agence. Il était rare qu'il se passe un jour sans qu'on ne la prévienne qu'elle avait reçu quelque chose.

- Haruno-san, un colis a été laissé ce matin à l'accueil pour vous. Devons-nous l'apporter à votre agent ?

- Hmmm, répondit-elle distraitement, un sourire d'ange aux lèvres.

Sa vie était un conte de fée, un rêve duquel elle ne voulait jamais se réveiller. Son univers était rempli d'amour et d'euphorie. Elle était l'idole de son temps. Mais elle en voulait plus, toujours plus. Sa soif de popularité et d'attention ne tarissait jamais. Elle n'aurait de cesse de s'acharner au travail, enchaînant les rôles populaires jusqu'à ce qu'elle soit l'espoir de la nation, ou jusqu'à ce que les directeurs de films à l'étranger ne la propulsent à un rôle international. Elle le méritait. Elle avait travaillé dur toute son enfance pour ça, et rien que pour ça. Peu importe s'il avait fallu abandonner l'école, ses anciens amis, une vie normale, la possibilité de marcher dans les rues, elle avait volontiers échangé tout cela pour vivre pleinement sa destinée.

Enfin, elle atteignit le salon où plusieurs senpais et kouhais sous la supervision de son agent se relaxaient entre deux activités. Aujourd'hui, elle y trouva Sasori et Shikamaru, deux des acteurs masculins les plus tendance de la DarkPink. Sasori Chito profitait d'un fauteuil de massage. Ses cheveux roux et ses sourcils froncés lui donnaient cet éternel air sauvage et indomptable. Il aurait pu être yakuza tant son attitude impétueuse avait fait parler de lui par le passé. A ses mains, il portait des bagues gothiques en acier. Il était vêtu d'un tee-shirt rock noir avec un dessin blanc stylisé, et d'un jean en cuir brillant. A ses poignets, des bracelets à clous accentuaient le côté rebelle du jeune homme. Ses baskets étaient prune et noires, avec des lacets multicolores. Il portait également un keffieh bleu marin et noir autour du cou. Shikamaru Nara, l'éternel mécontent, était lui habillé d'une chemise aux manches retroussées jusqu'aux coudes, à carreaux noirs et taupe, avec un nœud papillon noir autour du col, ainsi que d'un bermuda noir et de baskets de ville décontractées. Il était la personne la plus flegmatique et désinvolte qu'elle connaissait. Elle ne savait jamais ce à quoi l'autre pensait, et ne comprenait pas pourquoi il n'avait pas l'air plus heureux d'être l'un des jeunes acteurs les plus connus du pays. Shikamaru enchaînait de bons rôles, principalement dans des films d'actions ou historiques, et il avait toujours eu bonne presse. Mais il ne semblait pas plus épanoui et fier que cela. Une telle attitude dépassait son entendement. Elle l'appréciait tout de même, car le brun était plutôt agréable et amical une fois qu'on s'intéressait à lui et qu'on évitait de le harceler trop souvent. Il était bien plus fréquentable que le roux, un playboy notoire qui ne se cachait pas d'avoir dragué directeurs et scénaristes, hommes ou femmes, pour réussir sa carrière. Sakura ne savait même pas pourquoi il s'embêtait à faire tout cela, puisqu'il était indéniablement bon devant la caméra. C'était sûrement pour cela que tout le monde fermait les yeux à l'agence et couvrait ses bavures, contrôlant ses apparences publiques et distribuant des pots-de-vin aux journalistes pour qu'ils n'exposent pas les nombreuses conquêtes du roux.

- Shikamaru-san, Sasori-san, salua-t-elle avant de prendre place sur un canapé mordoré, non loin du Nara.

- Yo, Sakura-san ! répondit le brun sans pour autant quitter son portable des yeux.

- Salutations, hi-me-san ! susurra Sasori avant de pousser un petit soupir en changeant les réglages du siège massant.

Sakura ne releva pas le surnom idiot que lui donnait le rouquin et sortit à nouveau son miroir de poche ainsi qu'un tube de mascara.

- Ton maquillage est déjà parfait, hime-san. En revanche, on a entendu parler de ta rencontre avec Yamanaka-san. Vous deux faites sensation dès que vos chemins se croisent.

- Cette sale pouffe, lâcha Sakura, toujours concentrée sur son maquillage. Comment une peste pareille obtient-elle des rôles dans des comédies romantiques ?

- Allons, allons ! Elle et toi devriez être meilleures amies pour la vie ! Les deux actrices les plus prisées du pays, la blonde et la rose c'est un combo gagnant ! tenta Sasori.

- Ne me fait pas rire. Amies ? Même pas en rêve. Mais si tu aimes Yamanaka à ce point, ne te gênes pas, saute-la, rétorqua-t-elle en lançant un regard méprisant au roux.

- Aouch ! accusa-t-il. Shikamaru ? Un petit mot pour changer de conversation ?

Le brun resta silencieux un instant, puis releva la tête.

- Hmmm, et comment ça s'est fini avec la scénariste de ton dernier film ? demanda-t-il d'un air absent.

Sasori soupira bruyamment avant de reprocher au brun de ne pas du tout l'aider dans cette histoire. Il se tourna à nouveau vers elle, avec un grand sourire.

- Tu resteras toujours ma préférée, hime-san, personne ne t'arrive à la cheville !

- Naturellement, approuva-t-elle. D'ailleurs, je vais bientôt décrocher un nouveau film de Ketsudo. Les rumeurs disent que l'acteur pour le rôle principal sera Itachi Uchiha. Du coup, Iruka-san a contacté Ketsudo pour me proposer.

Ketsudo était un directeur particulièrement prisé depuis quelques années. Tous ses films étaient des hits et jouer pour lui assurait de nombreux contrats publicitaires par la suite.

- Uchiha-san, hein ? On va fricoter avec l'ennemi ?

- Ta gueule, la geisha. Pas tout le monde ouvre les cuisses pour le premier venu. Qu'il soit à la Chuusaki ou non, il reste l'acteur numéro un du pays. Jouer avec lui me donne naturellement la place de numéro un, s'enthousiasma-t-elle.

- Trop bruyant, déclara Shikamaru avant de se lever et de quitter la pièce, peu intéressé par la dispute entre ses collègues.

Au même moment, Iruka Umino, leur agent, arriva dans le salon. Il salua gentiment Shikamaru qui lui rendit son sourire avant de s'approcher vers elle, ne laissant pas la chance à Sasori de rétorquer quoi que ce soit.

- Sakura-san, prête ?

- Tout-à-fait, Iruka-san ! Partons vite, avant que je ne sois contaminée par la bêtise de Sasori-san, déclara-t-elle en se levant.

- Allons, allons, vous et Shikamaru-san vous entendez si bien d'ordinaire ! répondit son agent.

Iruka Umino était un homme bon, et un agent efficace. Elle se rendait bien compte de la chance qu'elle avait d'avoir quelqu'un de si bienveillant à ses côtés. Sa famille ne pensait d'elle qu'en terme d'argent reçu. L'Umino était la dernière personne qui se souciait de sa santé et de son bien-être. Il était toujours présent ou prêt à intervenir en cas de besoin. Ses cheveux châtains tombaient élégamment dans sa nuque, et une fine cicatrice traversait son visage horizontalement, barrant son nez. Il était de taille moyenne, toujours impeccable sur lui, mais il faisait aussi figure de grand frère pour ses protégés. Peu importe ses caprices, peu importe ses demandes déraisonnables de petite fille, son agent ne la laisserait jamais tomber. Il savait bien qu'elle faisait l'enfant maintenant faute d'avoir pu le faire avant, poussée par sa mère à exploiter son talent. Et elle avait suivi la femme avec toute sa bonne volonté, elle avait cru en ces doux rêves faits de paillettes et de lumière. Et elle continuait, même maintenant qu'elle faisait en sorte d'éviter celle qui avait été son modèle pendant longtemps. Elle continuait, parce qu'elle ne savait plus que faire ça. Et parce que si jamais elle arrêtait un jour, elle ne voulait pas penser à ce qui lui resterait. S'il lui restait quelque chose. Alors Sakura comptait sur son avidité. Il fallait qu'elle en veuille plus. Et Iruka Umino l'aiderait à exister dans ce monde qui était le sien pour toujours.

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La façade légèrement rosée, la structure rappelant un palais européen et une étendue d'eau accueillant en son centre une fontaine, le tout entouré de verdure avec les montagnes en fond, le cadre exceptionnel qu'offrait l'Imperial Hotel à hibiya, situé derrière le palais impérial, ne laissa pas de marbre le photographe. Profitant de la verdure extérieure puis de l'intérieur même de l'hôtel gigantesque, il réalisa peut-être l'une de ses plus belles collections de photos. Il acheva son travail dans un hall majestueux mélangeant un tapis rouge et doré à des piliers bruns. Au centre, une plante trônait sous un magnifique lustre en pierres véritables. La lumière tamisée donna une allure noble à ses modèles qui posèrent dans différents vêtements chics et élégants.

- Pour moi, c'est bon. Nous allons terminer ici, annonça-t-il de sa voix claire.

Les modèles le remercièrent et les assistants se précipitèrent pour enlever le matériel. Pas peu fier d'avoir eu la chance de venir travailler dans un endroit pareil, quittant le studio un instant, le photographe ébouriffa ses cheveux avant de ranger son appareil photo. Un homme faisant parti du personnel de l'hôtel lui signala qu'il était invité à se rendre dans le restaurant s'il le désirait. Il refusa poliment et continua à s'affairer tout en saluant ses assistants.

- Dans ce cas, nous vous retrouverons aux studios, Uzumaki-san. La plupart d'entre nous avons une autre séance dans une heure, prévint l'un d'entre eux.

- Pas de soucis, Taka-san. On se voit plus tard !

Naruto s'occupa de son matériel, puis fouilla dans la poche de sa veste kaki pour en sortir les clés d'une chambre. On lui avait laissé investir les lieux pour l'occasion, et il avait travaillé plusieurs heures d'affilées. Lui et les assistants étaient meurtris. Après tout, l'Imperial Hotel n'était pas petit. Il avait fallut tout déplacer de nombreuses fois, et attendre que les maquilleurs et stylistes aident les modèles à changer de tenues et de styles. Naruto redressa ses lunettes à monture noire avant de passer son sac en bandoulière sur son épaule, puis toucha machinalement le collier qu'il avait autour du cou. Le pendentif, un lacet accueillant une pierre mélangeant une infinité de tons bleus et verts, était son bien le plus précieux. Il le passait autour de son cou cérémonieusement tous les matins, avant de choisir des lunettes et d'ébouriffer ses cheveux pour cacher son visage. Il s'était tellement habitué à cela que lui-même ne savait plus vraiment à quoi il ressemblait. Son image en tête la plus proche était son visage sur les photos de ses séances nocturnes. Mais là encore, il était maquillé, portait divers accessoires qui le changeait à volonté et à l'infini.

Content de lui, l'Uzumaki partit dans les couloirs de l'hôtel afin de regagner sa chambre. En chemin, des pas précipités résonnèrent derrière lui. Quelqu'un courrait, c'était certain. Il n'eut pas le temps de se demander qui pouvait avoir la curieuse idée de courir dans un hôtel que quelque chose le percuta dans son dos.

- Ouf !

Pris par surprise, il se retourna. Avant même de voir le visage de l'individu, il sentit deux mains le saisir fermement aux épaules. Puis, face à lui, visiblement à bout de souffle, un jeune homme brun le regardait, l'air passablement énervé. Malheureusement pour Naruto, il ne s'agissait pas non plus que n'importe quel brun.

- U-Uchiha-san ? bégaya-t-il.

- Bien, tu as fini par retenir mon nom. Conduis-moi à ta chambre, lança l'autre d'un ton sec.

Le monde sembla vaciller autour de Naruto. Le modèle dédaigneux venait de lui ordonner quelque chose. Et pas non plus n'importe quelle chose. Pire, le souffle chaud du brun avait apporté avec lui l'odeur d'alcool. Il hésita un instant entre s'énerver et partir en courant, paniqué, mais ce fut le brun qui parla le premier.

- Magnes-toi. Ces paparazzis sont plus rapides que des pumas !

D'autres pas pressants retentirent. Naruto savait à quel point les paparazzis étaient horribles. Lui-même lorsqu'il intervenait à l'extérieur avec des célébrités faisait bien attention à ne pas entrer dans leur champ de vision. Après tout, il ne tenait pas à ce que qui que ce soit voit son visage, ou pire, l'affiche dans les magazines, même en tout petit, flou, en arrière plan. Il attrapa le poignet du modèle et le tira à sa suite. Heureusement, sa chambre n'était pas bien loin. Il poussa l'Uchiha à l'intérieur, vérifia que les paparazzis n'étaient pas encore en vue, et referma la porte derrière lui.

'Maintenant, tu peux t'énerver.'

- Oy, je ne sais pas ce que tu fous ici, mais-

- Ta gueule, l'étudiant, coupa le brun.

Naruto vit rouge. Son sang bouillait en lui. Mais en posant son regard sur le modèle, il vit tout de suite que quelque chose n'allait pas. Le brun était complètement débraillé. Sa chemise blanche était entrouverte, laissant sa gorge apparente, recouverte de sueur. Ses cheveux, noir de jais, étaient toujours impeccables, mais des perles de sueurs collaient quelques mèches sur son front. Il portait un simple pantalon noir et des baskets couleur olive. Il était affalé au sol, comme une anomalie dans la riche chambre beige et marron, à moitié sur la moquette, un bras accoudé sur le lit confortable où Naruto avait déposé le matériel dont il n'avait pas eu besoin. Pourtant, à voir la musculature du brun, il n'aurait jamais deviné que celui-ci n'était pas sportif. Bien qu'on voyait ses clavicules bien apparentes, et qu'il avait le bassin étroit, il n'en restait pas moins musclé. Il était indéniablement très beau, d'une beauté non forcée. La première fois qu'il l'avait vu, Naruto y avait surtout vu la laideur de son attitude, sa façon malsaine de plisser ses yeux de colère et le froncement de son nez lorsqu'il croisait le regard d'autres personnes. Il voyait souvent à travers les apparences, parce que son métier l'avait ainsi forgé. A force de voir des visages, des mouvements, des postures, il finissait par en savoir beaucoup plus qu'il ne le désirait sur les personnes qui venaient au studio. D'un simple coup d'œil, il voyait l'essentiel chez les gens. Et l'essentiel chez l'Uchiha était morbide. Il ne pouvait bien sûr pas l'expliquer, mais il y avait quelque chose de très noir chez l'individu. Nul doute qu'il cachait des secrets à faire dresser les cheveux sur la tête. Il n'était pas intéressé par quoi. Seul le paradoxe du brun l'intéressait. Souvent, une personne laide à l'intérieur finissait inévitablement par l'être à l'extérieur. Mais l'Uchiha restait beau, les traits bien dessinés, les gestes élégants et aériens, et d'une virilité qui contrastait avec son visage étroit et ses yeux noirs profonds. C'était plus son aura qui transpirait toutes les ténèbres qui devaient emplir sa vie, et les démons qui l'accompagnaient ou le pourchassaient. Sasuke Uchiha était bel et bien une anomalie, et il ne savait quoi en faire. Jiraiya avait eu raison, il était son type. Pas dans un sens intime, mais en tant que modèle. Le mannequin était tout à fait le type de perle rare qu'il recherchait, une personnalité complexe et difficile à cerner, malgré ce qui paraissait être évident aux premiers abords. Il avait été si sûr de lui après avoir interrompu sa séance, et aujourd'hui, le simple fait de croiser des paparazzis l'avait fait fuir comme un voleur, transpirant sans gêne, s'affalant dans la chambre d'un presque inconnu.

- Me clamse pas dans les bras, je suis pressé, fut tout ce qu'il trouva à dire.

Le brun ne répondit rien, encore à bout de souffle. Naruto le regarda passer sa main sur son visage d'un geste las, chassant la sueur de son front. Les sentiments du blond se bataillèrent avant qu'il ne se sente finalement obligé de servir un verre d'eau à son « invité ». Il avait beau avoir un sale caractère, il n'était pas non plus horrible à ce point. Il aurait voulu être plus égoïste en général, mais apparemment, son bon fond le rattrapait toujours en courant. En silence, il tendit un verre d'eau au mannequin. Quelques secondes s'égrenèrent avant que l'autre ne prenne conscience de la chose et attrape faiblement le verre. Une fois vidé, d'une traite, il le posa à côté de lui, le regard perdu dans le vague. Naruto, étant lui-même un travailleur acharné, reconnut ce qui arrivait au mannequin.

- Oy, tu fais de l'hypoglycémie. Depuis quand t'as pas mangé ?

- … manger, murmura l'Uchiha, les yeux toujours dans le vide. Hn ?

- Oui, manger, boire, se sustenter, quel mot faut-il pour que sa seigneurie comprenne qu'il va bientôt tomber dans les pommes ?

- …

Naruto soupira. Sasuke leva la tête vers lui, le regardant sans le voir. Il eut le souffle coupé par la vision du brun, gorge découverte, tout en sueur, les lèvres légèrement entrouvertes, ce qui lui donnait un air indécemment sensuel.

'Pas moyen !' pensa-t-il.

Mais une fois encore, il fut vaincu en quelques secondes. Les yeux remplis de regrets, il alla chercher sur le lit, du côté de la fenêtre, sa boîte à bento. Il avait refusé d'aller au restaurant de l'hôtel car il avait amené son propre déjeuner. Après tout, il était excellent cuisiner. L'habitude de n'avoir que lui pour se nourrir l'avait rendu habile dans l'art culinaire, et son côté fantaisiste et créatif le poussait à toujours se surpasser sur ses bentos. Souvent, il en ramenait pour ses deux amis, qui poussaient sans défaut des petits cris excités en découvrant ses créations. Il adorait donner des visages ou confectionner des formes d'animaux avec ses ingrédients. A contrecœur, il enleva le couvercle, ramassa une paire de baguettes et déposa le tout à côté du modèle.

- Mange. Et t'avises pas de laisser une seule miette, prévint-il.

L'Uchiha lui lança un drôle de regard, posa ses yeux sur la boîte, puis sur lui à nouveau, et prit enfin la boîte sur ses genoux. D'un geste mal assuré, il prit les baguettes, et contempla un moment le contenu de la boîte. Naruto ne le montra pas, mais il était vexé. Il pensait honnêtement être très bon cuisiner, et il était persuadé que sa nourriture donnait envie. Il n'y avait nul besoin d'hésiter. Lui-même avait très envie de reprendre son repas et de l'engloutir comme un goinfre.

Enfin, le brun prit sa première bouchée. Le blond regarda la scène comme s'il s'était s'agit d'une vidéo jouée au ralenti. Pour l'occasion, il avait particulièrement soigné la présentation. La partie de droite était du riz au curry déguisé en panda grâce à des algues, et l'autre était une petite salade avec quelques morceaux de bœuf et des saucisses coupées en forme de petits poulpes. Il avait aussi glissé sur les côtés quelques tranches d'omelette finement épicée. Lorsque l'Uchiha posa la bouchée sur sa langue, Naruto sentit son estomac se creuser. Le brun mâcha lentement, comme absent, et avala finalement. Ce fut alors la première fois que le photographe vit le visage de l'impassible mannequin s'illuminer, et ses yeux s'agrandir.

'Hehe, personne ne peut y résister,' se félicita-t-il mentalement.

L'autre resta un moment figé sur place, les baguettes en l'air, avant de s'attaquer avec soin à finir le repas. Au fur et à mesure qu'il avalait le contenu, il sembla reprendre des couleurs. Naruto lui tendit une bouteille d'eau qu'il avait trouvé dans le mini-frigo pour accompagner son repas. Le brun la vida très rapidement, et reprit son repas. Le tout se passa en silence. Il décida alors de laisser l'autre manger de son côté et débarrassa le lit de ses affaires pour être prêt à repartir. Après tout, sa journée de travail ne s'arrêtait pas maintenant.

Il sentit son portable vibrer dans la poche de sa veste, et s'arrêta pour regarder ses messages. Une fois fait, il reprit ce qu'il était en train de faire, et informa d'une voix plate, peu décidé à aider l'autre avec trop d'enthousiasme, ce qu'il avait lu.

- Mes assistants viennent de me prévenir que Yuko Urada vient d'arriver dans l'hôtel. Il semblerait qu'un groupe de paparazzis qui traînait par ici pour les photos se soit rassemblé autour d'elle. Après tout, Urada-san fait les meilleurs films d'auteur depuis trente ans.

L'Uchiha ne répondit rien et continua de manger. Une fois fini, il déposa le bento respectueusement sur le lit, et posa les baguettes en équilibre dessus. Il s'essuya la bouche avec son poignet droit et se leva complètement, étendant ses jambes endolories. Sans un mot ni un remerciement, il se dirigea vers la porte. Le sang ne fit qu'un tour dans le système du blond. Il regrettait déjà d'avoir jamais pu penser à aider un ingrat pareil.

- Uchiha, prévint-il. C'est la dernière fleur que je te fais. Retire ta séance avec moi, ou tu vas le regretter.

- …

- Trop d'audace ne serait pas bon pour ta carrière dans ce cas. Je doute que tu tiennes à voir ton vrai visage sur mes photos.

Son ton avait beau être menaçant, l'Uchiha ne se retourna pas. Il pencha simplement la tête, et Naruto l'entendit lâcher un rire méprisant. Celui qu'il venait d'aider n'ajouta rien et partit aussitôt, vif comme l'éclair.

Lui aussi, finit par rire. Un rire sadique.

'Très bien. Tu me cherches ? Tu vas me trouver, enfoiré.'

Son sourire s'étira, inquiétant. C'était la deuxième fois qu'il croisait ce petit impudent. La prochaine fois, il lui ferait mordre la poussière. Psychologiquement. Peu de gens avaient osé le défier, mais il ne fallait jamais le mettre en colère. Sous ses airs d'adolescent mal coiffé se cachait quelqu'un de fier et rancunier. Il serait sans pitié, et ferait comme avec toutes les célébrités qui l'avaient regardé de haut. Il prendrait les photos les plus vraies de l'Uchiha, et exposerait sa vraie nature sur papier glacé.

Décidé à faire payer le mannequin, il repartit d'un bon pas. Il ne le vit dans aucun couloir et continua. Lorsqu'il sortit de l'hôtel, il ne vit même plus la fontaine, ou la végétation, ou bien encore les montages en arrière plan. Son regard était fixé droit devant lui, et il esquiva sans peine les journalistes massés autour de l'actrice. En sortant du domaine de l'hôtel, il manqua un individu, tapis dans l'ombre, un appareil photo braqué sur lui.

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Bonjour ! Le chapitre vous a plu ? ^^

Petit conseil: Ne jugez pas trop vite les personnages :3 Mais en tout cas, ça chauffe entre Naruto et Sasuke hahaha ! (Awww. :P)

Qu'avez vous pensé de Sakura ? Sasori ? Shikamaru ?

Qui va gagner au jeu du "tu m'cherches, j'te bouffe" entre Sasuke et Naruto ? :P

Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à laisser un commentaire, ça fait toujours plaisir :P J'ai envie de savoir comment va évoluer votre opinion des personnages ! ^^

Si vous suivez Ange Déchu: Ahem... J'ai environ 1 page et demi du prochain chapitre d'écrit, donc... Patience ? ^^

A la prochaine !